LA DISSOLUTION DES JUIFS D’EUROPE DE L’EST

WALTER N. SANNING

 

Traduit par J.F. Beaulieu

 

PREFACE de Arthur Butz

 

L’étude des changements démographiques qui ont affecté les juifs au vingtième siècle nous présente des problèmes qui seront peut-être à jamais impossibles à résoudre, mais plusieurs aspects peuvent être cernés de façon adéquate. La toile de fond de ces changements est caractérisée par la montée du sionisme comme force politique de dimension internationale d’une part, et la montée de mouvements antisémites en Europe, surtout en Allemagne. Ces deux forces politiques qui ne partageaient évidemment pas les même motivations avaient cependant un but commun, soit la réinstallation d’un grand nombre de juifs d’Europe sur un nouveau territoire. Cet objectif commun fut à la base d’une coopération qui ne fut pas négligeable entre 1933 et 1939.

Un autre facteur qui joua fut l’adoption de politiques favorables aux juifs aux Etats-Unis ainsi qu’en URSS, ce dernier pays maintenant ces politiques jusqu’en 1948 (l’année de la création d’Israël). Ces pays sortis victorieux d’un conflit mondial continuèrent, pour différents motifs, les politiques de relocalisation des juifs que l’Allemagne avait entreprit bien que l’Allemagne ne fut pas la première à innover en la matière. Des transferts importants de populations juives avaient déjà été mis en œuvre auparavant sous l’auspice du mouvement sioniste et des Soviétiques.

Tandis que ces mouvements massifs de populations prenaient de l’ampleur après la guerre, les grandes lignes de ce qui s’était déroulé devinrent claires. Les communautés juives avaient vu leur nombre fondre de façon dramatique en Europe Centrale et en Europe de l’Est, particulièrement en Pologne. En parallèle, un nombre important de juifs émigrèrent en Palestine, aux Etats-Unis et dans d’autres pays, en employant les moyens mis à leur disposition par des organisations juives officielles ou par l’UNRRA, dont les directeurs furent les sionistes Herbert Lehman et Fiorello LaGuardia. Il y eut aussi une dispersion importante de juifs, surtout de juifs polonais, à l’intérieur du territoire soviétique. C’est pourquoi je trouve le titre de ce livre excellent.

Même si les grandes lignes de ces mouvements de population étaient claires, plusieurs détails demeuraient obscurs ou inaccessibles. L’aspect quantitatif surtout pose un problème. Nous ne savons pas combien ont été absorbés par l’Union Soviétique, combien ont émigrés vers les Etats-Unis ou d’autres pays, ou combien sont restés en Europe Centrale ou en Europe de l’Est, et le nombre important de ceux qui sont morts est difficile à évaluer. Sur ce dernier aspect, seuls les propagandistes et les gens peu informés viennent nous présenter un chiffre qu’ils prétendent véridique.

Les raisons derrière cette ignorance ne sont pas difficiles à trouver. Les mouvements de populations juives transitant par les camps tenus par l’UNRRA étaient camouflés autant que les circonstances le permettaient, pour l’excellente raison, entre autres, que les mouvements subséquents vers la Palestine avaient un caractère illégal. L’UNRRA étant supposé avoir comme but "la Réhabilitation et l'Aide organisés par les Nations Unis " (United Nations Relief and Rehabilitation) sur un continent ravagé par la guerre, et non la conquête d’un territoire non européen par des populations indigènes d’Europe, ceci explique cela.

Des données qui nous renseignent de façon précise sur ces mouvements de population sont difficiles, sinon impossibles à obtenir. Depuis 1943 le Bureau Américain de l’Immigration et des Naturalisations n’a jamais tenté de compter les immigrants juifs comme tels, et l’Europe de l’Est sous domination soviétique ne considère par la curiosité de certains chercheurs sur des sujets sensibles comme la bienvenue.

Les données de recensements ne sont pas d’une grande utilité. Aux Etats-Unis qui est aujourd’hui le centre principal de la population juive, les juifs ne sont pas catégorisés et en fait, les juifs n’ont jamais aimé être comptés. La controverse actuelle en Grande Bretagne concernant cet aspect est une bonne illustration de cette aversion.[1] Les recensements soviétiques procèdent eux au décompte des juifs, mais la méthode des recenseurs consiste à accepter l’affirmation d’un individu sur cette question. Quant on tient compte de cette aversion des juifs mentionnée plus haut (qui ici a pour cadre un climat d’anti-sionisme encouragé par l’état) ainsi que du scepticisme à adopter concernant les affirmations soviétiques, les données de tels recensements ne sont que de peu de valeur. Des dirigeants juifs de l’Ouest affirment que les chiffres soviétiques sont irréalistes et trop bas.[2]

A ces considérations on doit ajouter la difficulté qu’il y a à donner une définition au mot "juif." Ce problème est particulièrement grave dans les démocraties de l’Ouest étant donné le grand nombre de mariages mixtes et de la perte des valeurs religieuses.

Ce livre plonge de façon téméraire dans les eaux hostiles de l’étude démographique et migratoire des populations juives au vingtième siècle et tente de brosser un tableau de ce qui s’est passé, en donnant une large place aux éléments quantitatifs. Une conséquence immédiate qui découle du choix d’un tel sujet est qu’un individu cherchant des réponses simplistes et faciles ferait mieux de regarder ailleurs. Ce livre est difficile à lire même pour quelqu’un qui, comme moi, est habitué de lire des textes contenant des données quantitatives et des calculs. Une autre conséquence est qu’une personne cherchant des réponses définitives à des questions comme "combien ?" sera déçue. Il n’y a que peu d’estimations dans ce livre qui soient totalement inattaquables.

Ce genre d’imprécision qu’on peut retrouver dans cet ouvrage n’est pas de la faute de l’auteur. Il n’y a aucun moyen de traiter de ce sujet de façon simple, et il n’y a aucun moyen de déterminer les aspects quantitatifs importants avec la précision qu’un recensement mené dans une société contemporaine de l’Ouest donnerait. L’auteur est parfaitement conscient de telles limitations et avertit le lecteur qu’une estimation importante "ne doit pas être considérée comme une certitude absolue." Si j’avais à choisir un aspect pour lequel j’aurais souhaité que l’auteur procède différemment, ce serait probablement celui-ci : J’aurais souhaité que plus d’emphase soit mise sur la nature imprécise de certains résultats et le fait qu’il s’agit d’une tentative faite dans le cadre de certaines limites.

Une fois que ce point négatif a été concédé, quels sont les points positifs qui ont excité mon admiration lorsque j’ai lu le manuscrit de ce livre en ébauche, et qui m’ont poussé à recommander fortement sa publication ?

Ce livre est le premier ouvrage sérieux qui étudie à fond les changements de populations juives durant la deuxième guerre mondiale. Son aspect ésotérique est peut-être au niveau de la perception le seul antidote contre les idioties qui sont martelées par les médias pour qui les changements de populations juives sont aussi d’un intérêt majeur, bien qu’ils emploient rarement cette terminologie neutre.

Ce livre donne une description fondamentalement correcte du sujet. Bien que cette description ne soit pas une innovation totale pour nous, la profondeur des analyses est telle que je peux dire qu’à moins que de nouvelles données confidentielles sionistes ou soviétiques soient miraculeusement retrouvées et publiées, il sera difficile de faire mieux.

Bien que la complexité du sujet puisse en dérouter certains, il est important d’apprendre pourquoi une telle complexité existe. Même si plusieurs des évaluations quantitatives ne sont pas concluantes, il est important de réaliser que de telles évaluations peuvent être faites à partir de sources largement acceptées, citées correctement et, un point non négligeable, des sources qui sont souvent juives.

Le résultat est que les légende simplistes relatant le sort des juifs durant la deuxième guerre et qui ont pétrifié l’opinion publique trop longtemps viennent de recevoir un autre dur coup.

Février 1983
Arthur R. Butz
Evanston, Illinois.


NOTES

  1. Jewish Chronicle, 28 décembre 1979, p. 5; 7 mars 1980, p. 9 11 février 1983, p. 4. Pattern and prejudices, janvier 1980, p. 24+.
  2. American Jewish Year Book, , 1981, p. 239f

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