Réponse à César Vidal

 

En 1994, l’historien espagnol César Vidal publiait un ouvrage dans lequel il tentait de réfuter les thèses révisionnistes : La revisión del Holocausto (Madrid, Anaya & Mario Muchnik). Le révisionniste espagnol Enrique Aynat Eknes lui répondait en octobre 1995 avec El Holocausto a debate. Respuesta a César Vidal (Valence, Enrique Aynat) dont nous avons traduit ici une partie de l’introduction et l’intégralité du premier chapitre. On lira avec intérêt sa critique implacable de l’argumentation antirévisionniste de Vidal tant celle-ci ressemble à beaucoup d’autres du même genre par son indigence et sa mauvaise foi.

Récemment, dans une contribution à un ouvrage français (voir dans les NOTES DE LECTURE l’ouvrage Extrémismes en Europe sous la direction de Jean-Yves Camus), Vidal est allé jusqu’à écrire, à propos du livre dans lequel Aynat lui répond, que ce dernier y accumule « les habituels arguments du négationnisme, [l’]accusant [, outre d’être incompétent,] d’être un agent des juifs », attaque totalement mensongère et pleine de sous-entendus qui donne, il faut bien le dire, une idée assez exacte du personnage et de ses méthodes.

0.1 L’auteur et l’ouvrage

César Vidal a publié en 1994 l’ouvrage La revisión del Holocausto. César Vidal, comme cela est indiqué sur le second rabat de la couverture de cet ouvrage, est né à Madrid en 1958 et est professeur d’histoire à l’Université nationale d’éducation à distance. Il est docteur en histoire ancienne et licencié en droit et en théologie. Il a publié une trentaine d’ouvrages, dont de nombreux ont été traduits en plusieurs langues (parmi lesquelles le polonais et le géorgien). Parmi ses ouvrages, on citera : El judeocristianismo palestino en el siglo I (Madrid, 1994), Buda (Barcelone, 1994), The Myth of Mary (Californie, 1994), Diccionario de las tres religiones monoteistas : judaismo, cristianismo e Islam (Madrid, 1993) et Los esenios y los rollos del Mar Muerto (Barcelone, 1993).

Il est membre d’institutions comme l’American Society of Oriental Research et l’Oriental Institute of Chicago. Il collabore régulièrement à diverses publications. C. Vidal est donc un specialiste de l’histoire de l’antiquité, plus particulièrement dans son aspect religieux.

La revisión del Holocausto est divisée en trois parties. La première – « En el principio fue Rassinier... » [Au commencement était Rassinier...] – est consacrée à l’auteur français Paul Rassinier, pionnier du révisionnisme. Il y évoque l’évolution de cet auteur, depuis ses activités antinazies dans la France occupée – qui lui valurent d’être déporté au camp de concentration de Buchenwald en janvier 1944 – jusqu’à ses convictions révisionnistes d’après-guerre. Vidal aborde ensuite deux aspects auxquels s’est plus spécialement intéressé la critique révisionniste : l’intention supposée des Allemands d’exterminer physiquement les juifs et l’instrument – les chambres à gaz homicides – avec lequel ils ont cherché à effectuer cette extermination. Pour finir, Vidal étudie la question du chiffre des pertes juives pendant la guerre et des réparations payées par l’Allemagne.

La deuxième partie s’intitule « El aporte del otro lado del Atlántico » [L’apport d’outre-Atlantique]. Il y examine les auteurs nord-américains H. E. Barnes, A. J. App et A. R. Butz et consacre un chapitre au journal d’Anne Frank. Dans ce chapitre, Vidal met l’accent sur la récente édition critique du journal qui, selon lui, met fin à la controverse quant à son authenticité.

Dans la troisième et dernière partie – « La conexión neonazi » [La connexion néo-nazie] – Vidal examine la principale institution révisionniste, l’Institute for Historical Review, et critique violemment deux auteurs révisionnistes, David Irving et Robert Faurisson, ainsi qu’un ancien membre de la SS qui était affecté au camp de concentration d’Auschwitz, Thies Christophersen. La critique à laquelle Vidal soumet le « rapport Leuchter », expertise d’un spécialiste nord-américain en instruments d’exécution, Fred Leuchter, sur les chambres à gaz présumées et les fours crématoires de deux camps nazis, occupe en outre une place importante.

Une brève conclusion et « Diez tesis sobre el Holocausto y el revisionismo » [Dix thèses sur l’Holocauste et le révisionnisme], en guise de résumé, closent l’ouvrage.

Pour finir, Vidal consacre une annexe au « révisionnisme espagnol », dans lequel il vitupère l’auteur mexicain Salvador Borrego et l’Espagnol Joaquin Bochaca, et une autre à la « querelle des historiens allemands », sur la tentative de certains auteurs de banaliser l’Holocauste et sur la polémique qu’elle a suscitée.

La revisióndel Holocausto est en définitive une disqualification totale du révisionnisme et des révisionnistes.

0.2 But de l’ouvrage

Vidal exprime clairement quel est le but de son ouvrage

L’Holocauste a-t-il besoin d’être soumis à une révision ? L’auteur de ces lignes pense effectivement que oui. J’irai même plus loin, jusqu’à affirmer que, certainement, effectuer une révision de l’Holocauste constitue l’une des tâches les plus nécessaires à l’époque historique actuelle, du moment qu’elle repose sur l’analyse directe de sources historiques très différentes et irréfutables. Telle est la finalité de la présente étude. Il ne s’agit pas d’un ouvrage sur l’Holocauste en tant que tel. Il constitue plutôt une analyse du travail effectué en rapport avec lui par les auteurs révisionnistes [1].

Néanmoins, aucun de ces objectifs n’est atteint. L’ouvrage est un fiasco absolu. Vidal, comme on le verra plus loin, n’effectue pas de révision de l’Holocauste, il n’a pas eu accès à ces « sources historiques très différentes et irréfutables » et son analyse des historiens révisionnistes ne peut être prise en considération.

[...]

1. SOURCES ET METHODE DE CESAR VIDAL

1.1 La littérature révisionniste

Vidal indique que son ouvrage « ne cherche pas à démontrer l’Holocauste mais à analyser le phénomène de la littérature révisionniste » [2]. Dans la bibliographie de son livre Vidal énumère les ouvrages révisionnistes auxquels il a eu accès et d’après lesquels il a effectué sa critique du révisionnisme. Ce sont les suivants :

Examinons de nouveau, un à un et brièvement, les ouvrages cités par Vidal.

La historia de los vencidos, de Joaquin Bochaca, contient seulement un chapitre consacré d’une manière spécifique à l’Holocauste : « La leyenda de los seis millones de judíos exterminados », qui comprend à peine 17 pages dans un ouvrage qui en compte 433.

El mito de los 6 millones, du même auteur, est bien en revanche un ouvrage consacré exclusivement à l’Holocauste. Il a été publié en 1979.

Derrota mundial, de Salvador Borrego, est un gros livre de 656 p. La section « ¿ Resurrección en masa de judíos ? », la seule consacrée à l’Holocauste, comprend à peine 8 pages.

La fábula del « Holocausto », d’Arthur R. Butz, est une brochure de petit format de 24 pages. Il s’agit d’une traduction très résumée du texte original qui est deux fois plus long. Il y a de graves erreurs de traduction. Ainsi, Geneva (Genève) est traduit par « Génova » (Gênes) (p. 5).

Holocausto : ¿ judío o alemán ?, de S. E. Castan, est en réalité une compilation désordonnée de thèses révisionnistes de valeur inégale. Elle contient un mélange de questions qui vont des Jeux olympiques de 1936 au bombardement de Guernica pendant la guerre civile espagnole. L’Holocauste est également abordé, mais pas de manière systématique. L’auteur lui consacre 70 pages (p. 149-220) sur un ouvrage qui en comporte 352.

La mentira de Auschwitz, de Thies Christophersen, comme le reconnaît Vidal, est un « pamphlet de quinze pages » [4]. Il s’agit d’un très court texte de souvenirs. Il a été publié en Espagne pour la première fois en 1976. Le texte original porte la date du 3 janvier 1973.

Memorias de un fascista, de Léon Degrelle, est un livre de souvenirs politiques et de guerre de l’auteur belge [5]. Les références à l’Holocauste sont au nombre de deux et ne cherchent rien à réviser. Elles ne font que révéler en réalité l’ignorance de l’auteur quant à l’extermination présumée des juifs. Pour être précis, voici ce que dit Degrelle :

Les Waffen SS, entièrement occupés à leur combat, ignoraient tout de ces camps de concentration [...] Les combattants n’avaient pas la moindre idée de ce que faisaient les juifs et de ce qu’ils pouvaient devenir dans l’Europe d’arrière-garde. [...]. N’importe comment, la Waffen SS ignorait tout du sort des juifs européens depuis 1942, quand se renouvelèrent d’antiques tragédies (p. 161).

Des camps de concentration, des fours crématoires, j’ignorais tout. C’est ainsi (p. 191).

Carta al Papa, du même auteur, est, comme l’indique le titre, un texte épistolaire. Il comporte à peine 14 pages.

L’Informe Leuchter, de Fred A. Leuchter, est, comme l’indique Vidal, « un document long de vingt-cinq pages (dans l’édition espagnole) » [6]. En réalité, le texte consulté par Vidal est une mauvaise traduction et adaptation de l’ouvrage original qui comporte 185 pages.

La guerra de Hitler, de David Irving, est un gros volume qui met en parallèle l’histoire militaire de la seconde guerre mondiale et la trajectoire personnelle de Hitler pendant celle-ci. Il ne consacre aucun chapitre à l’Holocauste. Les allusions à celui-ci sont courtes et sporadiques. Vidal parle lui-même des « rares références à l’Holocauste » qui apparaissent dans cet ouvrage [7].

El camino de la guerra, également de D. Irving [8]. Il m’a été impossible de l’obtenir mais j’ai pu tout au moins vérifier qu’il ne figure dans aucune bibliographie spécialisée de l’Holocauste.

La mentira de Ulises, de Paul Rassinier, est un ouvrage consacré en grande partie à l’Holocauste. Il a été publié pour la première fois en Espagne en 1961 [9].

El drama de los judíos europeos, également de P. Rassinier, traite exclusivement de l’Holocauste. Il a été publié en 1964.

Adolf Hitler, el Ultimo Avatara, de Miguel Serrano, « n’est pas – selon la pittoresque description de son auteur – un livre. C’est la Chanson d’un Minnesänger. C’est pourquoi il faut l’écouter au-dedans de soi, dans la Mémoire du Sang, et être bu dans le rite hyperboréen du Minnetrinken. Et si des choses aussi énormes se produisent, ce sera cette fois parce que Quelqu’un nous guide depuis la plus intime inexistence du Rayon Vert » (p. 623). D’après la table des matières, le reste du livre est de la même veine. J’ignore sur quoi s’est appuyé Vidal pour dire qu’il s’agit d’un livre révisionniste.

En fin de compte, si nous enlevons de la liste qui précède les ouvrages qui traitent de l’Holocauste de manière incidente dans la mesure où ils en traitent – et que Vidal a inclus de façon abusive, il reste les textes suivants :

En résumé, les matériaux utilisés par Vidal pour « analyser le phénomène de la littérature révisionniste » se limitent à trois livres – dont deux écrits il y a plus de trente ans – et cinq brochures. De plus, certains des auteurs cités par Vidal sont complètement inconnus aux cercles révisionnistes internationaux. Ni S. Borrego ni S. E. Castan ne sont cités ne serait-ce qu’une fois dans le long index des auteurs de la principale revue révisionniste, The Journal of Historical Review, qui répertorie 759 articles de fond et recensions d’ouvrages publiés au cours de 13 années [10]. D’autre part, Vidal ne mentionne pas une seule oeuvre – livre ou article – d’auteurs révisionnistes de l’envergure de Robert Faurisson, de Carlo Mattogno, de Wilhelm Stâglich ou de Mark Weber [11]. Il ne mentionne pas non plus le travail essentiel d’A. R. Butz, The Hoax of the Twentieth Century, qui est sans doute le plus remarquable que l’on ait écrit du point de vue révisionniste.

C’est, en somme, muni de ce maigre bagage que Vidal entreprend son ambitieux voyage.

1.2 Les sources documentaires

A la fin de son ouvrage, Vidal donne une longue liste de sigles correspondant à des fonds d’archives, des centres de documentation et des sources documentaires :

Or, le lecteur attentif est surpris de constater que les sigles auxquels j’ai mis un point, (*) treize au total, n’apparaissent pas dans le corps de l’ouvrage de Vidal. Ils sont donc en trop dans la liste. Il est possible qu’il les aient incorporés dans cette liste pour donner l’impression qu’il a effectué un travail cyclopéen de documentation et de recherche. Mais la personne familiarisée avec la littérature spécialisée constatera aussitôt que Vidal a copié ces sigles dans l’ouvrage d’un auteur français [13]. Une bourde permet de dissiper les doutes : la mention « CRC Comision central para la investigacion de los crimenes hitlerianos en Polonia, Varsovia » [CRC Commission centrale pour la recherche des crimes hitlériens en Pologne, Varsovie] n’a aucun sens en espagnol. Le « R » ne convient pas au sigle car il ne correspond à aucun mot du texte espagnol. Il ne correspond pas non plus au nom en polonais [14]. En revanche, il correspond au mot français « recherche » qui figure dans le sigle utilisé par l’auteur français que Vidal a copié.

Pour des raisons que j’exposerai plus loin, mon hypothèse est que Vidal n’a pas non plus consulté les autres archives qu’il signale, s’étant borné à citer les documents de seconde main. Mon opinion est par conséquent que Vidal ne dit pas la vérité lorsqu’il affirme qu’il a disposé d’un « océan de documentation » pour rédiger son ouvrage [15].

1.3 Opinion de C. Vidal sur le révisionnisme et les révisionnistes

Le travail d’analyse et de critique doit être un travail dépassionné dans lequel il ne faut juger que les faits. L’éthique du travail intellectuel exige l’objectivité, laquelle demande qu’on soit libéré des partis pris idéologiques et des sentiments d’antipathie. Cela se concrétise par un langage respectueux et impartial. Néanmoins, Vidal ne semble pas avoir pris en compte ce principe si l’on en juge par les épithètes qu’il applique a ceux qui ne partagent pas son opinion au sujet de l’Holocauste. En voici la preuve :

1.4 Erreurs. Contradictions. Omissions. Plagiat.

1.4.1 Erreurs essentielles : méconnaissance de la littérature révisionniste et emploi d’arguments ad hominem

En premier lieu, comme je l’ai déjà indiqué (voir 1. 1), Vidal n’a qu’une connaissance très superficielle et fragmentaire de la littérature révisionniste. Mais étant donné que le but avoué de cet auteur est précisément l’analyse de la littérature révisionniste, il faut en conclure, a fortiori, que son travail est vicié dès l’origine par l’absence de sources essentielles. Cette erreur de départ, à elle seule, invalide tout l’ouvrage.

En second lieu, une critique sérieuse des révisionnistes doit s’articuler autour de leurs arguments. L’idéologie, réelle ou supposée, des révisionnistes n’a pas à entrer en considération. Autrement on commet une erreur de raisonnement, l’argument ad hominem, selon lequel on réfute les idées d’un opposant en lui attribuant des vices ou des défauts personnels. Vidal a néanmoins fait peu de cas de ce principe et consacre rien moins qu’une troisième partie de son ouvrage – « La conexion neonazi » – à essayer de prouver les liens des révisionnistes avec l’idéologie nazie ou néo-nazie. Et Vidal pèche une fois encore par manque de rigueur, car les arguments employés sont très superficiels [35]. Vidal fait montre en particulier d’un grand intérêt pour le pedigree des révisionnistes. Il indique ainsi qu’A. App est né « de parents d’origine allemande » [36], qu’A. R. Butz est né « à New York durant les années quarante, d’ancêtres italiens et allemands » [37] et que le révisionniste brésilien S. E. Castan est « petit-fils et arrière-petit-fils d’Allemands » [38].

De plus, selon Vidal, certains révisionnistes présentent un double visage. Par exemple, le révisionniste américain Harry Elmer Barnes « était très loin d’être un personnage ordinaire. Quelques-uns de ses ouvrages furent utilisés comme textes dans des universités américaines aussi prestigieuses qu’Harvard et Columbia pendant les années soixante. On le citait, en 1975, en passant sous silence ses opinions sur l’Holocauste, dans History Teacher, publication nord-américaine de la Société pour l’enseignement de l’histoire, comme un auteur à conseiller aux étudiants » [39]. En dépit de ce curriculum, Vidal ajoute que « Barnes, à l’instar de Rassinier avant lui, ne manifeste pas le moindre intérêt pour la recherche historique scientifique [...] Les opinions de Barnes manquent d’une base historique réelle et souffrent d’une évidente répétition de mensonges évidents » [40].

Vidal détecte la même surprenante métamorphose chez un auteur révisionniste américain, A. App : « A. J. App vient de milieux universitaires – il fut professeur à l’Université de Scranton et au La Salle College – » [41]. Néanmoins, malgré son irréprochable carrière d’enseignant, les idées d’App sur l’Holocauste « s’appuient sur une manipulation des données qui dénotent une malhonnêteté ou une grande ignorance préoccupantes » [42].

Enfin, contrairement à la déontologie élémentaire de l’activité scientifique, qui exige le respect de la liberté individuelle, Vidal exprime de façon voilée la nécessité de la censure :

« Objectivement, il n’existe aucune raison qui explique ce succès [de D. Irving], excepté l’appui de lecteurs néofascistes ou antisémites et le manque de discernement des maisons d’édition qui n’ont pas réussi à voir que le caractère controversial [sic] d’Irving est du nazisme habilement exposé » (c’est E. Aynat qui souligne) [43].

1.4.2 Erreurs de traduction

Vidal traduit l’expression allemande, extraite d’un document, rassenschänderische Berufsverbrechen-Juden par « habituels criminels juifs contaminateurs de la race » [44]. L’on pourrait comprendre ainsi que les juifs sont, d’une manière générale et habituellement, des « contaminateurs de la race ». Mais la traduction correcte est « criminels professionnels juifs contaminateurs de la race » c’est-à-dire des juifs auteurs récidivistes de crimes contraire à la décence (viols, actes impudiques, etc.) commis avec des personnes de sang allemand.

Pour Vidal, le terme allemand Vergasungskeller signifie « cueva de gas » [grotte à gaz] [45]. Cependant, Vergasung veut dire « carburation », « gazéification » (au sens de transformer quelque chose en gaz), « fumigation » et, enfin, « gazage ». En aucun cas il ne signifie « gaz », qui s’écrit en allemand exactement comme en espagnol (gas). Pour sa part, Keller signifie « cave », « caveau », « cellier » et, seulement en dernier lieu, « grotte ». La traduction exacte serait « cave de carburation » (ou de « gazéification », etc.). « Grotte à gaz » serait en allemand Gashöhle. Pour couronner le tout, la traduction de Vidal, en plus d’être inexacte, montre qu’il méconnaît le contexte dans lequel le terme Vergasungskeller est mentionné [46].

Vidal parle de la stérilisation en masse de « femmes indignes » (fortpflanzungsunwürdige Frauen) [47], alors que la traduction complète est « femmes indignes de se reproduire ».

Il traduit Hoch und Landesverräter par « traîtres » [48]. Mais Hoch- und Landesverräter veut dire exactement « accusés de haute trahison et traîtres à la patrie ».

Vidal traduit l’américain billion par « billion » [49], ce qui en fausse complètement la signification. Un « billion », en américain, équivaut à un milliard.

Enfin, Vidal traduit littéralement Bachelor of Arts par « baccalauréat en art » [50], alors que la correspondance exacte en espagnol [et en français] est « licencié en philosophie et en lettres ».

1.4.3 Autres erreurs

Selon Vidal, « le programme nazi d’euthanasie remonte aux débuts de l’ascension au pouvoir de Hitler et non à la période postérieure à l’éclatement de la guerre » [51]. Mais le fait est que le programme d’euthanasie fut ordonné par Hitler à la fin de l’automne 1939 – alors que la guerre avait déjà commencé –, bien que sa signature porte la date du 1er septembre 1939 [52].

Vidal indique à propos de la déclaration de guerre par la communauté juive internationale – en la personne de Chaïm Weizmann, président de l’Organisation Sioniste Mondiale contre l’Allemagne nazie :

Contrairement à ce qu’écrit Irving (ou Bochaca), Weizmann se borna à indiquer que, une fois la guerre déclenchée, les juifs britanniques – pas ceux du monde entier – soutiendraient la Grande-Bretagne dans sa lutte contre l’Allemagne [53].

Voici néanmoins ce qu’on lit à l’article « Weizmann » dans l’Encyclopoedia Judaica, publiée à Jérusalem en 1971 :

Lorsqu’éclata la seconde guerre mondiale, Weizmann promit immédiatement au gouvernement britannique toute l’aide possible de la population juive en Palestine et du peuple juif au dehors [and the Jewish people outside] [54].

Dans une note correspondant à la référence d’un document, on lit :

« Hull à Bern, 23 septembre 1942 » [55].

Comme la note est rédigée, Vidal laisse entendre que Hull – Cordell Hull, secrétaire d’Etat des Etats-Unis – envoyait ce document à un certain « Bern ». Mais, en réalité, Hull envoyait le document à la représentation diplomatique américaine à Berne (Bern en anglais), la capitale de la Suisse [56]. Il ne s’agit pas d’une erreur car « Bern » apparaît de nouveau dans l’index analytique de l’ouvrage de Vidal. Cette confusion entre un nom propre de personne et la capitale suisse, outre qu’il s’agit d’une erreur grossière, démontre que Vidal n’a pas eu accès au document original.

Enfin, Vidal cite dans la bibliographie l’ouvrage suivant :

« Vashem, Yad, El Holocausto, Jérusalem, s.d. » [57].

De la façon dont est rédigée la référence bibliographique, l’on doit comprendre qu’une personne physique, nommée « Vashem » et prénommée « Yad », a écrit l’ouvrage cité. Il s’agit en réalité d’une personne juridique, l’Institut Yad Vashem (en hébreu : « un institut et un nom »), organisme officiel du gouvernement israélien établi pour commémorer les victimes de l’Holocauste.

1.4.4 Contradictions

Concernant la question de la publicité de l’Holocauste, Vidal tombe dans une contradiction insurmontable. D’un côté, se référant au discours de Hitler du 30 janvier 1939, il dit que « le Führer indiquait explicitement quel serait le destin des juifs » [58]. Ce destin n’était autre, selon Vidal, que l’extermination physique. Un peu plus loin, Vidal écrit que « la presse allemande elle-même – soumise fidèlement aux directives du parti – indiquait sans trop de secret quel était le destin qui attendait les juifs dans le Reich de mille ans » [59]. Mais, d’un autre côté, Vidal reconnaît que l’Holocauste était « gardé secret, transmis par des silences explicites pour les exécutants, couvert par des euphémismes comme « évacuation » ou « solution finale » » [60]. Et également que « les nazis eurent depuis le début un intérêt particulier à ce que ne filtrent pas les informations relatives à leur plan pour exterminer les juifs » [61] et qu’il existait un « processus d’occultation » [62]. Vidal n’explique pas comment tout ce secret pouvait s’accorder avec les déclarations « explicites » de Hitler dans des discours que recueillait toute la presse allemande.

1.4.5 Références de sources inexistantes ou incomplètes

Il existe une règle universitaire unanimement acceptée selon laquelle on doit indiquer dans les travaux scientifiques les sources avec la plus grande précision afin que n’importe quel lecteur puisse y accéder directement et vérifier l’exactitude des citations. L’observation scrupuleuse de cette règle dans les travaux relatifs à l’Holocauste est tout particulièrement importante car il existe un nombre incalculable de documents conservés dans une multitude d’archives et de centres de documentation répartis sur trois continents.

Etranger à cette exigence, Vidal a fait montre de beaucoup de décontraction dans l’usage des notes et des références. Dans un cas même, il ne se gêne pas pour ne donner aucune référence :

« Ajoutons à cela que des documents comme celui qui est daté d’Erfurt le 2 mars 1943, venant de la compagnie J. A. Topf et Söhne [...] » [63].

Vidal laisse au lecteur le soin de vérifier dans quel pays, dans quelle ville, dans quelles archives et sous quelle cote a été classé ce document.

Dans d’autres cas, les références sont si insuffisantes qu’une personne habituée à étudier l’Holocauste – et à plus forte raison un profane – aura les plus grandes difficultés à localiser les sources originales. Par exemple, Vidal donne pour toute référence à certaines de ses citations ce qui suit :

Vidal n’explique pas au profane dans quel pays se trouvent ces « Archives nationales ».

Que veut dire « NO » ? Il n’apparait pas non plus dans la liste des abréviations.

Qu’est-ce que le « Kalendarium » ? Est-ce un document ? Un livre ? Dans ce dernier cas, qui l’a publié ? Où ? Quand ? De quelle édition s’agit-il ?

Londres est très grande et possède plusieurs centres de documentation. Dans lequel ce rapport est-il conservé ? Que signifie « Cmd 6808 » ? Ce sigle n’est pas non plus dans la liste des abréviations.

Vidal n’indique nulle part ce qu’est « PFR ». S’agit-il d’une revue ? D’archives ? D’une cote ?

1.4.6 Noms et sigles donnés sans explication

Les travaux de divulgation – comme celui de Vidal – ont l’obligation d’expliquer, de définir et d’identifier les termes, les personnes et les institutions mentionnés que la plupart des gens ne connaissent pas. Vidal, en revanche, semble partir du principe que tous ses lecteurs, même les plus ignorants, doivent savoir de quoi il parle. Voyons en un exemple :

Ainsi, le commandant de la SS Bischoff, dans une lettre du 29 janvier 1943, désigna clairement la Leichenkeller 1 du crématoire II comme Vergasungskeller (grotte à gaz) ou l’employé civil Jährling à l’occasion d’une commande à la Testa [...] [74].

En à peine quatre lignes, Vidal a suscité une demi-douzaine de questions qu’il laisse sans réponse. Qui était Bischoff ? Quelle responsabilité avait-il ? Qu’était la « Leichenkeller 1 » ?

Pourquoi n’a-t-il pas au moins traduit ce terme ? Qui était Jährling ? Qu’était la « Testa » ?

Ailleurs, Vidal mentionne un énigmatique « Bund juif de Pologne » [75], sans expliquer de quoi il s’agit exactement.

La même chose se produit avec les sigles et les abréviations. Vidal indique que Himmler visita « les ateliers de la DAW » [76], mais il n’explique nulle part ce qui se cache derrière ce sigle. Il ne précise pas non plus ce qu’étaient le « WJC à Genève, Suisse » [77] ou la « RSHA allemande » [78]. Ni « DAW », ni « WJC », ni « RSHA » ne figurent dans la liste des abréviations de l’ouvrage.

1.4.7 Plagiat

Vidal relate de la manière suivante une visite à Auschwitz du chef de la SS, Heinrich Himmler :

[L]es 17 et 18 juillet [1942], Himmler visita Auschwitz en personne avec deux objectifs bien établis : vérifier le fonctionnement du complexe industriel de IG Farben lié au camp et la manière dont se passait le travail d’extermination des juifs. [...] Le premier jour, Himmler examina les projets et les réalisations, à partir des plans et des maquettes, puis il visita Auschwitz et Birkenau. Il assista ensuite au travail de « sélection » d’un convoi de juifs hollandais et au gazage qui eut lieu dans le Bunker 2 de ceux qui étaient considérés incapables de travailler. La journée s’acheva par une visite à Auschwitz III (Monowitz) et par une réception spéciale [79].

Il cite comme source de l’information précédente « APMO, las treinta fotos de Himmler en Monowitz, neg. 361-390 ».

Voici maintenant le texte que consacre au même événement l’auteur français Jean-Claude Pressac dans un ouvrage publié en 1993 :

Les 17 et 18 juillet, Himmler vint à Auschwitz voir si la « Siedlung » et le complexe de IG Farben progressaient convenablement et comment était mis en ceuvre l’ordre d’extermination des Juifs [...] Le premier jour, à la Bauleitung, furent expliqués à Himmler avec des cartes, des plans et des maquettes les projets et les réalisations en cours. Puis, il visita toute la zone d’intérêts du camp et Birkenau. Ensuite, il assista à la sélection d’un convoi de Juifs hollandais et au gazage des inaptes dans le Bunker 2. Enfin, il se rendit à la « Buna » de Monowitz qui n’était alors qu’un immense chantier. Une grande réception clôtura cette journée [80].

La source de Pressac est « APMO, les trente photos de Himmler à Monowitz, nég. 361-390 ».

Le lecteur aura sans doute remarqué que la rédaction des références est identique. Il sera également étonné de l’extraordinaire similitude des deux textes, surtout si l’on tient compte qu’ils ne s’appuient pas sur une source documentaire écrite mais sur trente photographies. Etant donné que Pressac a publié son ouvrage avant lui, tout indique que c’est Vidal qui a plagié l’auteur français.

Il ne s’agit pas d’un cas unique. Ainsi, les pages 38-41 de l’ouvrage de Vidal offrent une extraordinaire familiarité avec le chapitre sur « Les expériences médicales » du classique de Raul Hilberg [81].

NOTES

[1] César VIDAL, La revisión del Holocausto, p. 13.
[2] Idem, p. 49.
[3] Idem, p. 197.
[4] Idem, p. 128.
[5] [Memorias de un fascista est la traduction espagnole de Hitler pour mille ans paru en 1969 à Paris aux Editions de la Table Ronde. Ne disposant pas du texte français, nous avons retraduit les citations de Degrelle à partir du texte espagnol. – N.D.T.]
[6] Idem, p. 137.
[7] Idem, p. 119.
[8] [Il s’agit probablement d’une traduction de l’ouvrage intitulé The War Path. Hitler’s Germany, 1933-1939, paru en Grande-Bretagne en 1978. N.D.T.]
[9] [La première édition française date de 1949 et de 1950. Rappelons en effet que depuis 1955 Le Mensonge d’Ulysse est la réunion des deux ouvrages suivants de Paul Rassinier : Passage de la ligne. Du vrai à l’humain, rédigé en 1948 et publié en septembre 1949 aux Editions Bressanes à Bourg-en-Bresse et Le Mensonge d’Ulysse. Regard sur la littérature concentrationnaire, publié en octobre 1950 chez le même éditeur. – N.D.T.]
[10] Vol. 13, No 6, novembre-décembre 1996, p. 54-76.
[11] [Il ne cite pas non plus les ouvrages du Suisse Jürgen Graf, de l’Allemand Germar Rudolf ou d’Enrique Aynat, principal auteur révisionniste espagnol. – N.D.T.]
[12] César VIDAL, La revisión del Holocausto, p. 193-194.
[13] Jean-Claude PRESSAC, Les Crématoires dAuschwitz. La machinerie du meurtre de masse, Paris, CNRS, 1993, p. VIII.
[14] Glôwna Komisja Badania Zbrodni Hitlerowskich w Polsce.
[15] César VIDAL, La revisión del Holocausto, p. 94.
[16] Idem, p. 52.
[17] Idem, p. 67.
[18] Idem, p. 77-78.
[19] Idem, p. 81.
[20] Idem, p. 95.
[21] Idem, p. 104-105.
[22] Idem, p. 109.
[23] Idem, p. 113.
[24] Idem, p. 115.
[25] Idem, p. 117.
[26] Ibidem.
[27] Idem, p. 118.
[28] Idem, p. 121.
[29] Idem, p. 124.
[30] Idem, p. 125.
[31] Idem, p. 147.
[32] Idem, p. 150.
[33] Idem, p. 161.
[34] Idem, p. 165.
[35] Voir dans le cas de D. IRVING, idem, p. 121.
[36] Idem, p. 71.
[37] Idem, p. 81.
[38] Idem, p. 19 1, note 293.
[39] Idem, p. 67.
[40] Idem, p. 70. [Il convient de signaler que le texte espagnol comporte ici une grosse erreur de syntaxe dont il n’a pas été tenu compte dans la traduction. – N.D.T.]
[41] Idem, p. 71.
[42] Idem, p. 74.
[43] Idem, p. 122.
[44] Idem, p. 40.
[45] Idem, p. 46.
[46] [Aynat y revient dans le chapitre 5 de son ouvrage. – N.D.T.]
[47] Idem, p. 38.
[48] Idem, p. 40.
[49] Idem, p. 69, 72 et 74.
[50] Idem, p. 142.
[51] Idem, p. 187, note 191.
[52] Hans Heinrich WILHELM, « Euthanasia Program », dans : Encyclopaedia of the Holocaust, 2, New York-Londres, 1990, p. 452.
[53] César ViDAL, La revisión del Holocausto, p. 163.
[54] Encyclopoedia Judaica, Jérusalem, Keter, tome 16, p. 434.
[55] César VIDAL, La revisión del Holocausto, p. 184, note 140.
[56] NACP, document 740.00116 European War 1939/5971 PS/SF.
[57] César VIDAL, La revisión del Holocausto, p. 195.
[58] Idem, p. 36.
[59] Idem, p. 42.
[60] Ibidem.
[61] Idem, p. 84.
[62] Idem, p. 85.
[63] Idem, p. 47.
[64] Idem, p. 183, note 129.
[65] Idem, p. 182, note 114.
[66] Idem, p. 180, note 83.
[67] Idem, p. 178, note 50.
[68] Idem, p. 178, note 51.
[69] Idem, p. 178, note 52.
[70] Idem, p. 179, note 77.
[71] Idem, p. 180, note 86.
[72] Idem, p. 184, note 13 1.
[73] Idem, p. 193-194.
[74] Idem, p. 46.
[75] Idem, p. 85.
[76] Idem, p. 46.
[77] Idem, p. 89.
[78] Idem, p. 55 et 79.
[79] Idem, p. 46.
[80] Jean-Claude PRESSAC, Les Crématoires d’Auschwitz, p. 43-44.
[81] Raul HILBERG, La Destruction des Juifs d’Europe, p. 811-820.

Source : Akribeia, n. 1, Octobre 1997, p. 171-191.


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