La « solution finale » :
ce que savaient les Alliés et les neutres en 1941 et 1942

Carlo Mattogno

Le texte suivant de Carlo Mattogno est extrait de La soluzione finale. Problemi e polemiche, ouvrage paru en décembre 1991 aux Edizioni di Ar (Padoue) qui réunit diverses études sur la politique suivie par l’Allemagne nationale-socialiste à l’égard des juifs (émigration ou extermination ?) et qui revient sur quelques polémiques italiennes relatives à l’historiographie révisionniste.

L’auteur parle ici à plusieurs reprises de « mensonges » et d’« histoires inventées par la propagande polonaise » au sujet des rumeurs d’exterminations par gazages en Pologne et ailleurs. Ces propos méritent à notre avis d’être nuancés, plus particulièrement à la lumière des deux études précédentes de Marc Bloch et d’Albert Dauzat. S’il est indéniable que la propagande a joué un rôle plus ou moins important dans les accusations de gazages, a-t-elle inventé de toutes pièces ou a-t-elle simplement relayé en les amplifiant des bruits d’origine difficilement repérable  ?

« Une fausse nouvelle naît toujours de représentations collectives qui préexistent à sa naissance », ainsi que Marc Bloch l’a fait remarquer. L’une des taches de la revue Akribeia sera précisèment d’étudier l’existence éventuelle de ces « représentations collectives » en rapport avec certains mythes concentrationnaires et génocidaires.

L’ouvrage de Walter Laqueur The Terrible Secret [1] constitue l’étude la plus documentée sur ce que l’on savait durant la seconde guerre mondiale, parmi les belligérants et les pays neutres, à propos de l’« extermination » des juifs européens.

Ce sujet, qui suscite aujourd’hui un intérêt croissant avant tout pour ses implications psychologiques et politiques, avait déjà été sommairement abordé dans les années 1960 par Saul Friedländer, lequel avait stigmatisé l’Occident chrétien, « spectateur passif de l’extermination des Juifs » [2].

W. Laqueur, qui limite son enquête aux années 1941-1942, arrive à la même conclusion : « Les preuves réunies dans cet ouvrage indiquent que des informations concernant la « solution finale » avaient été reçues dans toute l’Europe en 1942, même si on ne connaissait pas encore tous les détails » (p. 237).

Nous nous proposons d’examiner ici de manière critique la valeur de ces preuves et de la conclusion qu’en tire W. Laqueur.

1. W. Laqueur esquisse tout d’abord un tableau historique de la « solution finale » :

Le 30 janvier, Hitler annonça que dans le monde nouveau la race juive serait éliminée en Europe (p. 18).

Voici en réalité ce que Hitler dit dans son discours du 30 janvier 1939 :

Si les milieux juifs internationaux de la finance à l’intérieur et à l’extérieur de l’Europe devaient réussir à précipiter une nouvelle fois les peuples dans une guerre mondiale, le résultat ne serait pas la bolchevisation de la terre avec pour corollaire la victoire du judaïsme, mais l’anéantissement de la race juive en Europe [sondern die Vernichtung der jüdischen Rasse in Europa] [3].

Comme l’admet l’historien exterminationniste Joseph Billig, le terme Vernichtung « ne signifiait pas qu’on était déjà arrivé à l’extermination ni même l’intention délibérée d’y aboutir », mais seulement « la liquidation du rôle des Juifs en Europe » [4]. La suite du discours explique en effet le sens de cette « extermination » de la manière suivante :

Pourtant, si ce peuple devait réussir une nouvelle fois à précipiter des millions de personnes dans un conflit totalement absurde pour elles, bien qu’il puisse être profitable aux intérêts juifs, alors se manifesterait l’efficacité d’un travail d’explication qui a permis en quelques années, dans la seule Allemagne, d’abattre complètement le judaïsme [5].

En d’autres termes, Hitler ne brandissait pas dans ce discours la menace de l’extermination physique des juifs européens, mais celle de la liquidation de leur rôle politique, économique et social à l’aide du « travail d’explication » de la question juive parmi les autres peuples, lesquels, par conséquent, pensait Hitler, auraient pris à leur égard des mesures restrictives comme celles qui avaient déjà été adoptées en quelques années dans la seule Allemagne.

2.

La guerre éclata, mais au début il n’y avait pas de plan bien défini en ce qui concerne les moyens de destruction. Il est vrai que les rouages institutionnels avaient été mis en place en septembre 1939, à savoir l’Office central de Sécurité du Reich qui dépendait des S.S. et comprenait la section des affaires juives dont était chargé Eichmann. Mais il n’y avait pas de politique arrêtée. Comme le déclara Heydrich à la fin de septembre 1939, il y avait un but final, dont la réalisation prendrait quelque temps, mais les mesures nécessaires pour l’atteindre pouvaient être prises presque immédiatement (p. 18).

W. Laqueur laisse entendre que, dès 1939, le « but final » de l’« extermination » physique avait été fixé et que l’établissement de l’Office central de Sécurité du Reich (27 septembre 1939) rentrait dans ce plan en tant que « rouage institutionnel » de l’« extermination ».

Cela est pure invention, comme le prouve le décret de Göring du 24 janvier 1939 qui établissait un « Service central du Reich pour l’émigration juive » aux fins de promouvoir par tous les moyens l’émigration juive d’Allemagne [6].

Le « but final » (Endziel) du document auquel fait allusion W. Laqueur, qui porte la date du 21 septembre 1939 [7], ne se réfère nullement à l’« extermination », ainsi que l’admet Léon Poliakov : « Il est question d’un « but final ». Quel était-il  ? Non point d’extermination, encore : nous ne sommes qu’en 1939. [8] »

3.

L’un des projets à l’étude en 1940 aurait consisté à rassembler tous les Juifs européens à Madagascar. Des plans détaillés furent établis pour être rejetés quelques mois plus tard seulement (p. 18-19).

C’est faux car le « projet Madagascar » fut abandonné deux ans plus tard, comme cela ressort de la lettre d’information de Rademacher du 10 février 1942, dans laquelle on lit :

Entre-temps, la guerre contre l’Union Soviétique nous a permis de disposer de nouveaux territoires pour la solution finale [für die Endlösung]. En conséquence, le Führer a décidé d’expulser les juifs non pas à Madagascar, mais vers l’Est. Ainsi, il n’est plus besoin d’envisager Madagascar pour la solution finale [für die Endlösung] [9].

4.

En décembre 1940 Hitler signa la directive No 21 (le plan Barberousse), et peu après, Himmler et Heydrich reçurent oralement l’ordre de faire des préparatifs en vue de la « solution finale » de la question juive en Europe. Les plans ne comprenaient pas seulement les pays occupés, mais aussi les Juifs de Grande-Bretagne et d’Irlande. Il n’y eut jamais d’ordre écrit, et Himmler devait expliquer pourquoi dans un discours qu’il prononça pendant la guerre, des années plus tard, devant des chefs S.S. : il n’y aurait pas de documents écrits sur certains points (p. 19).

Il ne reste en effet aucun document de cet ordre de Hitler et c’est pourquoi les affirmations de W. Laqueur sont précisément sans fondement sur le plan documentaire. Sur ce chapitre, l’historiographie exterminationniste avance à tâtons, à tel point qu’on a justement organisé à Stuttgart, en 1984, un congrès international d’historiens pour tenter de résoudre la question suivante : « Comment, quand et où, éventuellement par qui [!] a été prise la décision ou ont été prises les décisions de tuer les Juifs européens, dans quel ordre et de quelle façon  ? [10] »

A cette inquiétante question le congrès de Stuttgart n’a pas été en mesure de fournir de réponse, ce qui témoigne du marasme et de l’état de désintégration croissante dans lequel se trouvait et se trouve encore l’historiographie exterminationniste.

5.

Le 31 juillet 1941, Heydrich, le chef de la police de sécurité, reçut de Göring l’ordre de résoudre la question juive « de la façon la plus satisfaisante possible, compte tenu des conditions actuelles ». Les techniques d’extermination existaient déjà, mais il fallait encore construire les installations et transporter les communautés juives des divers pays jusqu’aux camps d’extermination (p. 20).

W. Laqueur laisse entendre que Göring avait ordonné l’« extermination » des juifs « de la façon la plus satisfaisante possible », c’est-à-dire avait ordonné de construire les installations adéquates (« camps d’extermination » dotés de « chambres à gaz »). Il déforme complètement la signification du document qu’il cite, en en omettant la partie initiale qui dément l’interprétation exterminationniste :

En complément de la tâche qui vous a déjà été assignée par décret du 24/1/1939, à savoir d’obtenir pour la question juive, par la voie de l’émigration ou de l’évacuation [in Form der Auswanderung oder Evakuierung], la solution la plus avantageuse possible eu égard aux circonstances actuelles [...] [11].

Et, en effet, l’émigration juive hors d’Allemagne ne fut interdite que le 23 octobre 1941 [12].

W. Laqueur entre ensuite dans le vif du sujet.

6.

S’il est exact que seule une poignée d’Allemands savait tout sur la « solution finale », très peu nombreux étaient ceux qui ne savaient rien. Comme l’a dit à Nuremberg Hans Frank, le vice-roi d’Hitler en Pologne, il ne faut croire aucun de ceux qui prétendent qu’ils ne savaient rien, et il ne parlait pas seulement de ceux qui passaient alors en jugement (p. 25).

C’est faux. A Nuremberg, Hans Frank a déclaré n’avoir appris lui-même l’« extermination » des juifs qu’en 1944 et cela... par la presse étrangère (aus der Auslandpresse) [13] !

7.

Ceux qui savaient essayaient quelquefois d’induire en erreur même l’élite du parti et les hauts fonctionnaires de l’Etat. Ainsi, Hans Frank, qui était à la tête du Gouvernement Général (de Pologne), ne fut pas autorisé à visiter Belzec et Auschwitz (p. 42).

C’est faux également. A Nuremberg, Hans Frank raconta que le bruit lui parvint une fois que quelque chose était arrivé à Belzec. « Le lendemain je me rendis à Belzec. Globocnik me montra un gigantesque fossé qu’il construisait comme tranchée de protection avec plusieurs milliers d’ouvriers, des juifs à l’évidence. » Hans Frank ne vit rien d’autre dans la zone. Mais les bruits sur le meurtre des juifs ne cessèrent pas, de sorte que, le 7 février 1944, il demanda des explications à Hitler en personne, lequel lui répondit ne rien savoir et de s’adresser à Himmler. Celui-ci, dans un discours tenu à Cracovie quelque temps auparavant, avait déclaré que les rumeurs sur l’extermination des juifs étaient fausses.

A propos d’Auschwitz, Hans Frank a bien affirmé qu’il ne lui avait pas été permis d’entrer dans le camp, mais il a aussi ajouté que son automobile avait été déroutée le long de la route car une épidémie faisait rage dans le camp [14].

Il n’y a pas de raison de douter de cette explication vu qu’il y avait déjà eu à Auschwitz des cas de typhus dès mai 1942. Dans les mois suivants éclata une véritable épidémie à la suite de laquelle le camp fut fermé au personnel SS (mesure appelée Lagersperre) le 23 juillet 1942 [15].

Dans des conditions normales, l’accès au camp était autorisé également aux familles du personnel SS. Ainsi, la femme du docteur Mengele alla rendre visite à son mari à Auschwitz le 10 août 1944 et y demeura jusqu’au 6 novembre [16].

8.

Le nombre de personnes en Allemagne nazie qui étaient tout à fait au courant de la situation était probablement très réduit, même à l’automne 1942. Mais des centaines de milliers, sinon des millions de personnes, avaient entendu parler les officiers et soldats en permission des « mesures très sévères » qui figurent dans la circulaire de Bormann adressée le 9 octobre 1942 (« à titre confidentiel ») aux cadres du parti nazi (p. 40-41).

W. Laqueur déforme la signification du document auquel il se réfère. La circulaire en question débute par le passage suivant :

Au cours du travail relatif à la solution définitive du problème juif, des bruits se sont répandus parmi la population des diverses régions du Reich à propos des mesures « très sévères » appliquées aux juifs, particulièrement dans les régions de l’Est. Des enquêtes ont démontré que ces bruits – du reste déformés et exagérés – ont été rapportés par des soldats en permission des diverses unités affectées à l’Est qui ont été les témoins oculaires de l’application de ces mesures.

La circulaire esquisse ensuite un tableau de la politique nationale-socialiste à l’égard des juifs « dans le but de réagir contre la naissance de ces bruits, qui présentent souvent un caractère tendancieux et partial ».

Cette politique consistait dans l’« éloignement ou retrait total de millions de juifs résidant dans l’espace économique européen » par un plan de déportations progressives « dans de grands camps, déjà établis ou en voie d’établissement, dans l’Est, où ils devront travailler et d’où ils seront déportés plus loin vers l’Est ».

Ce plan de déportations devait être exécuté « avec une rigueur impitoyable » [17], ce qui suffit déjà à expliquer le sens des mesures « très sévères » mentionnées plus haut.

9.

Mais un an plus tôt, le 25 octobre 1941, au cours d’une conversation entre Hitler, Himmler et Heydrich, on avait déjà parlé de rumeurs circulant dans la population à propos de l’élimination des Juifs (« La rumeur publique nous attribue un plan d’extermination des Juifs ») (p. 41).

W. Laqueur falsifie la citation. Voici en réalité ce qu’Hitler a dit, le 25 octobre 1941, en relation avec le discours déjà cité du 30 janvier 1939 : « Il est bon que nous précède la crainte que nous exterminons [ausrotten] le Judaïsme. [18] »

10.

En 1943, au contraire, il y eut de nombreux rapports à ce sujet, surtout à l’occasion des bombardements alliés et de l’assassinat de milliers d’officiers polonais par les Russes à Katyn (« nous ne devrions pas nous plaindre, les S.S. ont fait la même chose aux Juifs », etc.) (p. 41).

La citation de W. Laqueur est déformée. Le texte original dit : « [...] d’autre part, l’on déclare « nous n’avons quant à nous aucun droit de nous irriter de ces dispositions des Soviétiques car des Polonais et des Juifs ont été éliminés par les Allemands dans une plus large mesure ». [19] » Le fait que cette rumeur mette les Polonais sur le même plan que les juifs exclut toute référence à un « plan d’extermination » des juifs.

11.

Mussolini avait été informé par Hitler du véritable sens de l’expression « solution finale » au début de 1942. Himmler devait lui donner davantage de détails plus tard dans l’année (p. 47).

L’affirmation n’est pas documentée, elle est donc arbitraire.

12.

Le général Giuseppe Pieche, qui représentait les carabiniers italiens en Croatie du Nord et en Slovénie, écrivit dans une note à son gouvernement que les Juifs de la zone d’occupation allemande étaient déportés dans les territoires de l’Est : « Sono stati eliminati mediante l’impiego di gas tossico nel treno in cui erano rinchiusi » [Ils sont éliminés au moyen de gaz toxiques dans les wagons dans lesquels ils sont enfermés]. Ce message date du 4 novembre 1942. Il fut lu par Ciano, le ministre des Affaires étrangères et par le général Roatta et finalement communiqué à Mussolini. Mussolini le lut, inscrivit au crayon bleu « Visto dal Duce » (vu par le Duce) et il n’y eut aucun commentaire (p. 47).

Le texte original de la note ne contient aucune référence à la source de l’information. Il dit laconiquement que « le général Pieche rapporte pour ce qu’il en sait » que les juifs croates avaient subi le traitement décrit [20]. L’information est donc incontrôlable et, par voie de conséquence, non digne de foi. Si l’on ajoute à cela qu’elle est fausse pour l’historiographie exterminationniste elle-même, qui n’a pas connaissance de « trains à gaz », la citation de W. Laqueur apparaît comme une pénible tentative de démontrer à tout prix une thèse préconçue.

13.

Mais pourquoi auraient-ils été surpris  ? Le 21 août 1942, quatre mois plus tôt, Mussolini avait reçu du ministère des Affaires étrangères italien un mémorandum rapportant que von Bismarck, le conseiller de l’ambassade d’Allemagne à Rome, avait transmis une requête des autorités allemandes demandant l’extradition de tous les Juifs croates en vue de leur déportation à l’Est. Il était clair d’après le mémorandum que déportation signifiait « in pratica eliminazione ». Le Duce inscrivit de sa main sur le mémorandum : « Nulla Osta » (pas d’objection) (p. 47-48).

W. Laqueur déforme la signification du document par une omission opportune. Le texte du document dit en effet : « Bismarck a affirmé qu’il s’agirait de plusieurs milliers de personnes et a laissé entendre que ces mesures tendraient, en pratique, à leur dispersion et élimination. [21] » Rien n’était donc clair pour Bismarck : il a seulement « laissé entendre », ce qui signifie qu’il a parlé de façon équivoque et que le mémorandum en question rapporte seulement une interprétation subjective de ses propos. Cette interprétation est à son tour équivoque et c’est seulement en omettant le mot « dispersion » que W. Laqueur peut faire croire au lecteur ignorant qu’il s’agit réellement d’extermination. S’il avait vraiment voulu parler de cela, le rédacteur du mémorandum aurait utilisé des termes explicites comme « meurtre » ou « élimination physique ». Son expression est au contraire intentionnellement ambiguÎ et, qui plus est, s’adapte mal au sens que lui attribue W. Laqueur. Dans ce cas, on attendrait une expression comme « concentration (dans les « camps d’extermination ») et élimination (physique) », certainement pas « dispersion et élimination ».

En conclusion, le mémorandum en question est tout à fait anodin et c’est seulement en en tronquant le texte qu’on peut y voir une allusion à l’« extermination » des juifs.

14.

Mais, de l’avis de Rothmund, la question n’avait pas vraiment une importance décisive : « on en savait déjà assez à l’été », écrivait-il dans son commentaire. Les documents lui donnent raison. Le 30 juillet 1942, Rothmund avait adressé aux chefs des polices locales un mémorandum de vingt-trois pages qui mentionnait expressément les horribles (grässlich) conditions régnant dans les ghettos juifs de l’Europe de l’Est, et faisait état de « témoignages unanimes et fiables » (p. 55).

W. Laqueur commente : « Un terme comme grässlich ne s’utilise pas sans raison en temps de guerre : il implique de toute évidence quelque chose de pire que la faim et la maladie » (P. 55).

Le mémorandum en question fait par conséquent référence à l’« extermination » des juifs parce que l’adjectif grässlich « ne s’utilise pas sans raison en temps de guerre » ! Que W. Laqueur soit contraint de recourir à des arguments de cette espèce pour soutenir sa thèse est très significatif Dans ce cas également il déforme le sens du document cité, qui dit :

Les témoignages unanimes et fiables sur la façon dont sont effectuées les déportations et sur les conditions dans les districts juifs [Judenbezirken] à l’Est sont tellement horribles qu’il faut comprendre les tentatives désespérées des réfugiés de fuir ce destin et l’on ne peut plus prendre la responsabilité d’un refus [22].

Aucun de ces « témoignages unanimes et fiables » ne contenait donc la moindre allusion à l’« extermination » des juifs, mais cela n’empêche pas W. Laqueur de choisir cette expression comme titre de chapitre, comme s’il existait à ce sujet des « témoignages unanimes et fiables ».

15. Du reste, l’unique rapport suisse relatif à l’« extermination » des juifs cité par W. Laqueur est, de son propre aveu, faux et non digne de foi !

Il y eut le cas d’un médecin de Zürich, le Dr Rudolf Bucher, spécialiste des transfusions sanguines, qui visita Varsovie, Smolensk et d’autres villes de l’Europe de l’Est entre novembre 1941 et janvier 1942. Il faisait partie de la première mission médicale suisse sur le front de l’Est qui était dirigée par le Dr Bircher, officier suisse de grade élevé (et également médecin) qui avait des sympathies pro-allemandes très marquées. Bucher a soutenu dans un livre publié après la guerre qu’on lui avait parlé en décembre 1941 ou en janvier 1942 d’Auschwitz et d’exécutions massives dans des chambres à gaz spéciales. Cela semble très peu probable parce que les chambres à gaz à Auschwitz n’entrèrent en activité que quelques mois plus tard, à l’exception d’un essai en septembre 1941 au cours duquel 800 prisonniers de guerre soviétiques furent mis à mort. Mais même si la mémoire du Dr Bucher est en faute en ce qui concerne Auschwitz, il est certain qu’il assista à quelques massacres et en entendit mentionner d’autres. Presque dès son retour en Suisse, le Dr Bucher prit part à des réunions publiques au cours desquelles on faisait vivre les Juifs, et raconta qu’il avait vu de ses propres yeux assassiner un grand nombre d’entre eux à Varsovie et à Smolensk. Des centaines de personnes assistaient à ces conférences. Les autorités allemandes protestèrent et Bucher fut menacé de graves conséquences par ses supérieurs dans l’armée suisse. Bucher devint par la suite une figure publique ; il fut membre du Parlement suisse pendant un certain nombre d’années après la guerre. Ceux qui l’ont connu le présentent comme un témoin pas très digne de foi et en font un homme enclin à la surexcitation et à l’exagération. Mais, et c’est tout ce qui compte, dans le cas qui nous occupe, il était certainement loin d’exagérer et sa surexcitation n’était pas déplacée (p. 55-56. C’est nous qui soulignons).

En conclusion, Rudolf Bucher a bien menti concernant Auschwitz, objet de son témoignage, pourtant « il est certain qu’il assista à quelques massacres et en entendit mentionner d’autres », et c’était certes « un témoin pas très digne de foi », « un homme enclin à la surexcitation et à l’exagération », mais « dans le cas qui nous occupe » – c’est-à-dire précisément en ce qui concerne son faux témoignage sur Auschwitz – « il était certainement loin d’exagérer » !

Dans le livre cité par W. Laqueur (p. 56, note 2), Rudolf Bucher déclare que le docteur Wagner lui rapporta qu’à Auschwitz des milliers de juifs (mais également de non-juifs) étaient tués dans des « chambres de gazage » (Vergasungskammern) construites dans ce but. L’auteur ne mentionne pas la date de ce mémorandum ni n’affirme avoir assisté à des massacres à Varsovie et à Smolensk [23]. W. Laqueur a tiré ces informations du rapport sur la politique suisse à l’égard des réfugiés durant la guerre établi par le professeur Carl Ludwig qu’il mentionne à la p. 55. Rudolf Bucher a en effet déclaré après la guerre au professeur Ludwig avoir appris à Smolensk, « en janvier 1942 », du capitaine Wagner, l’existence d’« extermination dans les chambres à gaz, suivies de l’incinération des cadavres dans d’immenses crématoires » et que des installations de cette sorte se trouvaient à Auschwitz. Sa déclaration est donc fausse.

Il est faux, de plus, comme l’affirme W. Laqueur, qu’il ait « vu de ses propres yeux » l’assassinat de nombreux juifs à Varsovie et à Smolensk. Rudolf Bucher a en effet affirmé avoir assisté de ses propres yeux à ce qui était « au moins le commencement d’une effroyable exécution de soixante-deux otages », vieillards, femmes et petits enfants « dont la plupart n’étaient pas juifs » [24].

16.

Son témoignage fut corroboré par le compte rendu du même incident que fit Franz Blaetter (apparemment, un nom de plume), sergent-chauffeur qui avait accompagné la même mission. Il écrivit également un livre où il décrit une « scène de mort en masse » dans le ghetto de Varsovie qu’il appelle « un grand cimetière » : « J’avais honte de quitter ce lieu d’horreur librement. » Son journal fut remis aux autorités suisses : il contenait des notices comme celle-ci pour le 23 octobre : « hier, 3000 juifs ont été tués pour sabotage » ou celle-ci pour le 7 novembre : « des femmes et des enfants ont été éliminés (umgelegt) pour avoir tiré sur des soldats allemands » (p. 56-57).

W. Laqueur tronque la note du 23 octobre 1941 de façon à la faire apparaître comme un témoignage oculaire qui se rapporte exclusivement aux juifs. Le texte complet dit en effet : « Un jeune homme appartenant aux SA nous a dit que 3000 personnes – juives et non juives – avaient de nouveau été exécutées hier pour sabotage, ajoutant que les juifs doivent être exterminés. [25] » Par ailleurs, cette note ne mentionne pas l’exécution de juifs « pour le seul fait d’être juif », mais de juifs et de non-juifs « pour sabotage », donc dans le cadre de la lutte contre les partisans, qui fut particulièrement dure à l’est [26]. Elle ne prouve donc rien quant à la connaissance d’un « plan d’extermination » des juifs, de même que la note du 7 novembre, qui ne nomme même pas les juifs.

17.

Kurt Gerstein, l’officier S.S. chargé de la « désinfection » avait, à son retour d’une tournée d’inspection à Belzec, fait des révélations à un diplomate suédois, le baron von Otter, au cours d’une célèbre entrevue dans l’express Varsovie-Berlin.

La destinée de ce rapport a donné lieu à beaucoup de spéculations, et on peut maintenant éclaircir cette question avec une certaine assurance. Von Otter rédigea d’abord un compte rendu écrit de son dramatique entretien, mais décida ensuite de ne pas l’envoyer par la valise diplomatique parce qu’il devait retourner à Stockholm une semaine plus tard (p. 63).

Mais il n’existe pas de trace de ce prétendu rapport écrit

A la suite d’une demande que nous avions formulée, le dossier von Otter a été pour la première fois rendu accessible en février 1980. Mais le seul document qu’on y a trouvé était une lettre de von Otter au vicomte Lagerfelt de la légation suédoise de Londres (p. 63-64).

Ce qui ressort de tout cela c’est que l’incident ne donna lieu qu’à un rapport oral de von Otter en 1942 et à aucun mémorandum ou note écrite (p. 64).

En réalité, il n’existe aucune preuve que la rencontre entre Gerstein et von Otter se soit effectivement déroulée mais, même si elle s’est effectivement déroulée, elle a été considérée comme insignifiante par le diplomate suédois au point de ne pas même mériter une brève note écrite. Le fait que von Otter ait attendu trois ans pour confirmer cette rencontre présumée, alors que désormais Kurt Gerstein était mort, est très significatif [27].

18. Sur le contenu de la lettre de von Otter au vicomte Lagerfelt, W. Laqueur écrit :

Elle relate l’histoire de son entretien avec Kurt Gerstein à la fin d’août 1942 et le récit de ce dernier concernant l’« usine à cadavres » de Belzec (expression traduite littéralement du suédois). Il y a des détails sur les conditions de transport, les procédures techniques, les réactions des gardes S.S. et des victimes juives, les collectes de bijoux, de dents en or et d’autres objets précieux (p. 64).

C’est faux. La lettre en question ne contient pas les détails mais seulement le mot « détails » (detaljer) !

Alors [Gerstein] me décrivit tout le procédé de gazage et me donna tous les détails que je lui demandai, pour vérifier, au sujet des conditions de transport, du procédé technique, de la réaction des victimes avant et après l’exécution, de la conservation des bijoux, des dents en or et de l’argent volé, du mode d’inhumation, etc. [28]

Si cela était vrai, il aurait été encore plus surprenant que von Otter n’ait pas rédigé de note écrite sur la rencontre. Mais, en réalité, le baron von Otter n’a fourni ces « détails » qu’en 1964 [29], après les avoir lus dans l’article de Léon Poliakov sur « Le Dossier Kurt Gerstein » [30]

19.

D’après von Otter, Dibelius avait reçu de Gerstein exactement les mêmes informations sur le sort des juifs (p. 64).

C’est faux également. Dans la lettre citée, von Otter se borne à dire que Gerstein, durant leur rencontre, lui rapporta avoir soumis « la chose » (saken) à Dibelius. Comme cela ressort du contexte, « la chose » était le projet de Gerstein de faire diffuser et confirmer par une puissance neutre « la connaissance de l’extermination humaine », c’est-à-dire de la prétendue « extermination » des juifs dans les camps polonais. Cela est nécessairement faux, car Gerstein, se trouvant encore dans le train Varsovie-Berlin et venant à peine d’apprendre l’existence des « camps d’extermination », d’où il revenait, ne pouvait pas en avoir déjà parlé avec Dibelius.

Que Dibelius ait reçu de Gerstein « exactement les mêmes informations » est une pure invention de von Otter, comme cela est confirmé par le fait que l’évêque allemand a fourni à ce sujet après-guerre deux versions non seulement en contradiction réciproque, mais également en contradiction avec le « rapport » Gerstein de 1945 [31]

20.

De la maigre documentation accessible, il ressort que le Vatican fut, soit le premier, soit l’un des premiers, à être renseigné sur le sort des Juifs déportés. D’après Hans Gmelin, conseiller de l’ambassade d’Allemagne à Bratislava, Burzio, le nonce apostolique de cette ville, écrivit dans une lettre adressée au Premier ministre Tuka en février 1942 que c’était une erreur de penser que les Juifs étaient envoyés en Pologne pour y travailler, mais qu’en fait ils y seraient exterminés (p. 72).

W. Laqueur reproduit sans citer la source le compte rendu déformé de Saul Friedländer de la déclaration de Hans Gmelin, qui dit :

On a parlé de cette affaire de façon très approfondie à l’ambassade sur la base de deux notes du Vatican à Tuka, premier ministre de l’époque. L’ambassadeur a rendu compte de ces notes au cours d’une conférence de rapporteurs et a fait savoir que les notes disaient qu’il n’était pas exact que les Juifs étaient envoyés dans le Gouvernement général pour être employés au travail, mais qu’ils y étaient exterminés. [32]

Saul Friedländer reproduit le passage cité comme suit :

Un membre de la délégation allemande à Bratislava, Hans Gmelin, a déclaré sous serment, en juin 1948, que dans les deux notes envoyées à monsieur Tuka, président du Conseil slovaque, le nonce apostolique en Slovaquie écrivait en février 1942 qu’il était faux de croire que les Juifs étaient envoyés en Pologne pour travailler ; en réalité ils y étaient exterminés [33].

Par conséquent, non seulement Friedländer ne précise pas que la nouvelle est de troisième main, mais il invente également la date et modifie l’expéditeur des deux notes présumées, lesquelles doivent en tout état de cause être considérées comme ayant été inventées par Hans Gmelin, car il n’en existe pas la moindre trace dans les Actes et documents du Saint Siège relatifs à la seconde guerre mondiale [34].

W. Laqueur répète les déformations de Friedländer sans référence à la source, c’est-à-dire en les présentant comme le fruit de sa propre enquête, mais avec assez peu de prudence, car il répète également l’erreur de Friedländer concernant le numéro de classification de la déclaration sous serment de Hans Gmelin : NG-5291 au lieu de NO-5921 [35]

21.

Cette déclaration est confirmée par une dépêche de Burzio au Vatican en date du 9 mars 1942, qui mérite d’être citée de nouveau compte tenu de son importance : « La déportation de 80.000 personnes en Pologne où elles seront à la merci des Allemands équivaut à condamner à une mort sûre une grande partie d’entre elles. » Et pourtant, pendant toute l’année 1942, la position officielle du Vatican continua d’être qu’il ne pouvait confirmer les nouvelles concernant la « solution finale », et qu’en tout cas les informations sur les massacres semblaient exagérées (p. 72).

Le texte exact du passage du télégramme de Burzio est le suivant : « Déportation 80.000 personnes en Pologne à la merci des Allemands équivaut en condamner grande partie mort certaine. [36] »

W. Laqueur déforme la signification de ce passage, qui est pourtant expliqué clairement dans l’introduction de l’ouvrage où il figure :

Quelle était la destination ultime des déportés, quel était le plan des nazis, restait alors une énigme. Lorsque par exemple, dès le mois de mars, Monseigneur Burzio, le Chargé d’affaires en Slovaquie parlait des déportés comme allant à « une mort certaine », il est clair qu’il basait cette assertion sur les conditions inhumaines des départs et la brutalité des gardes [37].

Cette explication est pleinement confirmée par les dépêches successives de Burzio (11, 24, 25 et 31 mars, 9 et 27 avril, 23 mai) dans lesquelles n’apparaît pas la moindre référence à la « mort certaine » des déportés [38].

22.

Il est vrai qu’Orsenigo, le représentant du Vatican à Berlin, avait le 28 juillet fait état des « ... più macabre supposizioni sulla sorte dei non ariani ». Mais des « suppositions » ne sont pas des faits sur lesquels un gouvernement (ou le chef de l’Eglise catholique) puisse asseoir sa politique. Les évêques catholiques et les chefs des églises protestantes (comme l’évêque allemand Dibelius) ont soutenu après la guerre que jusqu’à la fin ils n’avaient pas été conscients de la portée exacte de la « solution finale ». C’est peut-être vrai en ce qui concerne « la portée exacte ». Ils ne disposaient d’aucune preuve susceptible d’être acceptée par un tribunal ; aucun cardinal ou évêque ne fut jamais autorisé à visiter Auschwitz, Sobibor ou Treblinka. Tout ce qu’ils savaient, c’était par ouï-dire, mais il est peu probable qu’ils aient eu le moindre doute quant à la véracité de leurs informations (p. 72-73).

Dans la dépêche citée par W. Laqueur et qui a pour objet le sort des juifs déportés depuis le territoire du Reich, Orsenigo fait en réalité la totale profession de son ignorance à ce sujet et se dit contraint de confesser « que malheureusement personne ici n’est en mesure de pouvoir obtenir des informations certaines sur les non-aryens ». Il ajoute : « Comme il est facile de le comprendre, cette suppression de nouvelles donne lieu aux plus macabres suppositions sur le sort des non-aryens. Malheureusement courent aussi des rumeurs, difficiles à contrôler, de voyages désastreux et même de massacres en masse de Juifs. [39] »

Or, bien qu’il ne fournisse aucune preuve que les cardinaux et les évêques aient jamais su quelque chose de plus concret que de « macabres suppositions » ou des « rumeurs difficiles à contrôler », W. Laqueur se sent néanmoins en devoir d’affirmer qu’« il est peu probable » (!) que ces prélats aient nourri des doutes sur la « véracité » de simples racontars populaires !

23. Mais, outre ces racontars populaires, il y eut également le prétendu ordre d’Hitler d’exterminer les juifs européens :

Il était évident que la décision avait été prise au niveau le plus élevé de tuer tous les Juifs. Quand avait-elle été prise  ? La réponse à cette question ne pouvait pas venir de Varsovie ni de Riga et nous devons évoquer à nouveau un épisode qui a été raconté plus haut mais qui est loin d’être clair : la nouvelle que Hitler avait effectivement ordonné l’extermination de la juiverie européenne par le gaz fut pour la première fois communiquée à G. Riegner, représentant du Congrès juif mondial en Suisse, par un industriel allemand en juillet 1942. Riegner envoya le télégramme suivant à Londres et à Washington :

« Reçu nouvelle alarmante qu’au quartier général du Führer discussion et examen d’un plan selon lequel après déportation et concentration à l’Est tous les Juifs des pays occupés ou contrôlés par l’Allemagne représentant trois et demi à quatre millions de personnes doivent être exterminés d’un coup pour résoudre définitivement la question juive en Europe – stop Exécution prévue pour l’automne méthodes à l’examen y compris l’acide prussique – stop – Transmettons information sous toutes réserves son exactitude ne pouvant être confirmée – stop – Informateur considéré comme ayant rapports étroits avec les plus hautes autorités allemandes et comme communiquant nouvelles en général fiables. »

Certains de ces faits étaient déjà connus et d’autres étaient faux : le plan n’était pas à l’examen mais avait été adopté de nombreux mois auparavant. Il n’avait pas non plus pour objectif de tuer les Juifs d’un seul coup, ce qui aurait présenté d’insurmontables difficultés techniques. Mais, en dépit de tout cela, il était vrai [40] que Hitler avait pris une décision et on apprenait maintenant d’une source allemande que cette décision ne concernait pas une généralisation des pogroms mais « une solution finale ». Riegner transmettait l’information « sous toutes réserves ». On ne saurait le blâmer de cette prudence (p. 97-98).

On ne comprend alors pas pourquoi W. Laqueur blâme le Foreign Office et le Département d’Etat américain pour avoir adopté la même prudence. Il est évidemment inconcevable qu’un gouvernement puisse accepter sans réserve une information d’une telle gravité provenant d’une source inconnue et dont la véracité ne peut être contrôlée. Du reste, la crédibilité de l’information ressort clairement du fait que l’informateur allemand présumé est demeuré anonyme, y compris après la fin de la guerre, et reste tel jusqu’à aujourd’hui. W. Laqueur propose de ce fait énigmatique deux explications purement conjecturales qui n’expliquent rien en réalité (p. 99).

Cela fait naître le soupçon légitime que l’industriel allemand anonyme n’est pas la source du télégramme de Riegner et que celui-ci est un coup monté de la propagande, fabriqué en associant les thèmes de la « prophétie » de Hitler du 30 janvier 1939 – interprétée comme une menace d’extermination physique – et des déportations à l’Est.

Quoi qu’il en soit, le fait est qu’après la transmission de ce télégramme il se produisit une intensification de rapports discordants et sans fondement qui brodaient avec fantaisie sur son contenu :

Les informations supplémentaires en provenance de Genève n’étaient pas toutes utiles et certaines d’entre elles étaient tout à fait fausses. Par exemple, d’après un autre télégramme envoyé par les représentants juifs, l’ordre d’extermination avait été proposé par Herbert Backe, le commissaire nazi aux approvisionnements, qui souhaitait de cette façon radicale remédier à la pénurie qui sévissait, tandis que Frank et Himmler (sic) s’étaient opposés à la « solution finale » parce que la main-d’oeuvre juive, et (en particulier) les spécialistes juifs étaient nécessaires à l’effort de guerre. Cette information, inutile de le dire, était de la spéculation pure et simple : la décision de Hitler n’avait rien à voir avec la situation alimentaire de l’Allemagne.

Les rapports ne concordaient pas tous exactement : certains soutenaient que les Juifs étaient tués au moyen de gaz toxiques, d’autres qu’ils étaient en quelque sorte électrocutés. Il y eut un rapport qui affirmait que les cadavres des victimes servaient à fabriquer du savon et des engrais : il émanait probablement de Sternbuch à Montreux, le représentant des Juifs orthodoxes, qui le tenait d’une source polonaise. Riegner raconta une histoire semblable sur la foi d’un « officier antinazi attaché à l’état-major de l’armée allemande » : il y avait deux usines qui utilisaient les cadavres des Juifs pour fabriquer du savon, de la colle et des lubrifiants. Ces histoires invraisemblables renforcèrent le scepticisme à Londres et à Washington. Comme Frank Roberts l’écrivait : « Les faits sont déjà assez graves sans qu’on y ajoute une vieille histoire comme celle de la fabrication de savon à partir de cadavres. » Il s’avéra après la guerre que l’histoire était en fait fausse (p. 103-104).

Le Département d’Etat des Etats-Unis lui-même déclara, par la bouche d’un de ses fonctionnaires, R. B. Reams, qu’il « [n’avait] pas confirmation de ces rapports qui proviennent dans une large mesure de la lettre de Riegner au rabbin Wise » (p. 273).

En conclusion, le télégramme de Riegner, qui rapportait une information incontrôlable et provenant d’une source anonyme, n’était également qu’un simple ragot, au même titre que les autres qui circulaient en 1942.

Même dans une vision historique rétrospective, il n’y a rien en lui de « vrai » [ou de « manifestement vrai »], contrairement à ce que soutient W. Laqueur. Comme nous l’avons déjà dit (voir point 4), l’historiographie exterminationniste la plus récente ignore même si la décision de l’« extermination » des juifs a été prise et éventuellement par qui elle aurait été prise. Certains chercheurs, comme Martin Broszat, pensent que jamais Hitler ne donna l’ordre général d’« extermination » des juifs [41]. D’autres, comme A. Schleunes, estiment que l’« extermination » fut le résultat d’une « radicalisation cumulative » des mesures antisémites sans l’intervention directe d’Hitler [42].

24. L’enquête de W. Laqueur vise à établir ce que l’on savait dans les années 1941 et 1942 de la « solution finale », c’est-à-dire, selon son interprétation, d’un plan général d’« extermination » des juifs. Il s’agit donc d’établir si les belligérants et les pays neutres étaient au courant, non pas de « pogromes » isolés, mais précisément d’un plan systématique d’« extermination ». Le but principal de l’étude de W. Laqueur est par conséquent d’établir ce que l’on savait des « camps d’extermination » et des « chambres à gaz ». Commençons par le camp d’Auschwitz.

Certains rapports ignorent complètement les actions présumées d’« extermination » dans ce camp :

Le fait qu’il y avait un camp de concentration (et un des pires) à Auschwitz fut connu très tôt ; un rapport de l’O.S.S. reçu en août 1942 mentionnait son existence. Mais il ne parlait ni des Juifs ni des chambres à gaz (p. 21).

Auschwitz, entre autres, était également mentionné dans un rapport du directeur de la Croix-Rouge slovaque, Skotnicky (9 juin 1942), et dans un rapport du représentant de la Croix-Rouge française, le colonel Garteiser, qui donnait l’orthographe « Hauswitz ». Il faisait remarquer qu’on n’entendait plus jamais parler des déportés, et que ceux-ci ne pouvaient ni écrire ni recevoir de lettres (2 juin 1942) (p. 78).

Auschwitz apparaît également dans un compte rendu écrit du 27 juillet 1942, « mais apparemment comme un camp de travail » (p. 177).

Particulièrement significatif est le fait que trois femmes libérées ou évadées d’Auschwitz en 1942 ne savaient rien de la prétendue « extermination » des juifs. Voici comment W. Laqueur commente ce fait :

A certaines occasions, la résistance polonaise diffusa des informations inexactes, mais c’était probablement inévitable en temps de guerre. Par exemple, l’A.K. découvrit la vérité sur Auschwitz avec un certain retard. En 1942, trois brochures illégales (toutes les trois écrites par des femmes) furent publiées par l’armée nationale, mais les auteurs n’avaient pas encore compris que c’était devenu le plus grand des camps d’extermination (p. 139) [43].

La valeur de cette argumentation est démontrée par ce qu’il écrit aux pages 31-32 :

On sait de diverses sources (polonaises et allemandes) que la population polonaise des villages voisins de camps beaucoup plus isolés qu’Auschwitz était parfaitement consciente de ce qui se passait dans ces camps. Il est impossible qu’aucun résident de Gleiwitz, Beuthen ou Katowice n’ait pas eu la moindre idée de ce qui se passait à quelques kilomètres de leur domicile.

W. Laqueur prétend donc que les trois femmes internées à Auschwitz ne savaient rien de ce qui arrivait au camp, mais qu’en revanche les Polonais qui habitaient à plusieurs kilomètres du camp en étaient informés !

25. Pour démontrer que juifs et non-juifs « savaient », W. Laqueur cite l’exemple d’une ressortissante palestinienne qui « parla à l’Agence juive des cheminées toutes proches d’Auschwitz et expliqua à quoi elle servaient » (p. 32, note).

Comme si l’existence d’un crématoire était une preuve de l’« extermination » des juifs ! A la p. 234, W. Laqueur ajoute : « Une femme d’Oswiecim (Auschwitz) avait raconté que trois fours qui servaient à brûler les Juifs avaient été construits dans un camp près de cette ville. »

Et il précise en note :

Il n’y avait pas de Juifs dans la ville d’Auschwitz ; le témoin était en fait de la localité voisine de Sosnowiec. Elle raconta qu’on construisait deux cheminées de plus. De temps en temps on amenait des Juifs du voisinage dans les camps (p. 234, note).

Ce rapport fut transmis le 20 novembre 1942 par la Section informations de l’Agence juive et son contenu se situe « en août ou septembre 1942 » (p. 32).

Cela signifie que le témoignage de la femme de Sosnowiec est faux car, à l’époque, seul existait à Auschwitz ce qu’on nomme le « vieux crématoire », qui ne possédait qu’une cheminée.

26. Un autre rapport semble avoir un plus grand sérieux.

Par exemple, il [Benes] avait reçu en juin 1942 un rapport détaillé émanant d’un enseignant qui s’était échappé un mois auparavant. Ce rapport mentionnait bien Auschwitz et les gaz toxiques, mais ne disait pas un seul mot du sort des Juifs (p. 200).

W. Laqueur veut faire croire que le rapport en question parle de « chambres à gaz ». Que peut déduire d’autre le lecteur ignorant du rapprochement d’Auschwitz et de gaz toxiques ? En réalité, le rapport de l’enseignant tchécoslovaque dit textuellement :

C’est le camp de concentration d’Oswiecim, près de Cracovie, qui jouit de la plus mauvaise réputation. Les victimes de la cruauté allemande sont non seulement torturees et maltraitées de la manière allemande habituelle mais on expérimente également sur elles l’efficacité de gaz toxiques allemands et elles sont soumises à d’autres mauvais traitements [44].

Ici apparaît l’histoire inventée par la propagande polonaise en octobre 1941 qui constitue l’embryon à partir duquel s’est développé littérairement le mythe des « chambres à gaz » d’Auschwitz. Nous avons traité cette question de manière approfondie dans Auschwitz : la prima gasazione (Edizioni di Ar, Padoue, 1992). Bornons-nous ici à signaler que cette histoire apparaît pour la première fois dans une note du 24 octobre 1941 selon laquelle 850 officiers et sous-officiers russes avaient été tués à Auschwitz afin qu’on expérimente un nouveau type de gaz de guerre qui devait être utilisé sur le front de l’Est [45].

27.

La résistance polonaise joua un rôle crucial dans la transmission des nouvelles à l’Ouest. Elle disposait d’un assez bon réseau de renseignements ainsi que de la possibilité de transmettre les informations à l’étranger par radio à ondes courtes et par courriers. La plupart des informations sur l’entreprise d’extermination nazie atteignirent les milieux juifs à l’étranger par l’intermédiaire de la résistance polonaise (p. 241).

C’est vrai, et il est vrai aussi que ces informations, anonymes et incontrôlables, étaient et restent absolument non dignes de foi. La note citée du 24 octobre 1941 en est un exemple ; un autre exemple est le rapport mentionné par W. Laqueur à la p. 139 :

Le premier rapport plus ou moins exact sur la véritable nature d’Auschwitz semble n’avoir été publié qu’en septembre 1942. Il signalait la présence dans ce camp de 70.000 Juifs en provenance de toute l’Europe et l’installation de chambres à gaz et de trois fours crématoires en activité vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Ce rapport, qui a été publié le 8 septembre 1942 dans un bulletin d’informations polonais et est resté pour ainsi dire inconnu en Occident, rapporte qu’à Auschwitz, « dans les derniers mois », avaient été instaIlées des « chambres à gaz dans lesquelles étaient empoisonnés les Juifs (en moyenne 1000 personnes par jour) » et qu’on avait mis en service trois crématoires (3 krematoriow) « qui actuellement [teraz] sont actifs 24 heures par jour » [46].

Il est clair que le rapport a un caractère de propagande. La référence aux trois crématoires en service jour et nuit étant fausse, on ne voit pas pour quelle raison celle qui se rapporte aux « chambres à gaz » et qui est, de surcroît, extrêmement vague, devrait être vraie. Aussi bien en ce qui concerne la source (inconnue) que le contenu (en partie faux comme il est facile de le démontrer), il n’offre aucune garantie de véracité et est tout bonnement non digne de foi.

28.

De Jong mentionne le cas de Leo Laptos, prisonnier polonais qui avait travaillé comme pharmacien à AuschwitzBirkenau et avait été transféré en Hollande. Il raconta au Dr Van der Hal, détenu du camp juif de Vught, que lorsque les Juifs arrivaient à Auschwitz, la plupart d’entre eux étaient immédiatement gazés et incinérés et lui fournit des détails sur la procédure appliquée (p. 188).

W. Laqueur oublie de dire que ces « détails » sont pure invention. Leo Laptos aurait déclaré en fait que les « chambres à gaz » d’Auschwitz étaient équipées comme des salles de bain avec des conduites d’eau d’où « c’était du gaz qui sortait au lieu d’eau » (!), après quoi « le sol basculait, de sorte que les cadavres tombaient sur un tapis roulant qui les transportait jusqu’au crématoire » [47] !

Cette histoire pleine de fantaisie décrit la manière dont les « témoins oculaires » les moins avertis imaginaient, dans l’immédiat après-guerre, le déroulement des « gazages » [48]. Il est donc très improbable que ce « témoignage », de seconde main et livré après la guerre, soit réellement – du moins dans ces termes – de Leo Laptos. Il est faux en tout état de cause.

29.

Ce n’est donc qu’en 1944, quand Rudolf Vrba et Alfred Wetzler arrivèrent avec des nouvelles très détaillées sur le plus grand des camps de la mort, que les « rumeurs » devinrent une certitude (p. 179).

W. Laqueur lui-même admet donc l’inconsistance de tous les rapports sur Auschwitz, simples « rumeurs » incontrôlables dépourvues de certitude.

Quant au rapport de Vrba et Wetzler, deux juifs slovaques qui s’étaient évadés d’Auschwitz le 7 avril 1944, il s’agit d’un faux [49].

30.

Auschwitz était le plus grand de tous les camps, et il s’y produisit 667 évasions : 270 évadés furent repris, et par conséquent près de 400 ne le furent pas. En 1942, il y eut 120 évasions, l’année suivante 310. Parmi ceux qui s’évadèrent il y avait au moins 76 Juifs ; et probablement davantage. Dans de nombreux cas, les autorités du camp ne parvenaient pas à retrouver dans leurs dossiers les noms de tous ceux qui s’étaient évadés. Dans ses notes autobiographiques, Rudolf Hoess, le commandant d’Auschwitz, a écrit qu’il était pratiquement impossible d’empêcher les nouvelles de l’extérieur d’arriver à Auschwitz et vice versa. Lorsque Himmler visita Auschwitz, il se plaignit du « nombre sans précédent d’évasions réussies d’Auschwitz » et demanda au commandant d’avoir recours à tous les moyens possibles pour y mettre fin. Mais les évasions se poursuivirent (p. 206).

Cela démontrerait, selon W. Laqueur, que le monde extérieur savait qu’Auschwitz était un « camp d’extermination ». En réalité, ce fait démontre exactement le contraire car sur les 397 détenus évadés qui ne furent pas repris, seuls Vrba et Wetzler, plus deux autres Juifs slovaques qui ont développé leurs mensonges et enfin un « commandant polonais », identifié par la suite comme étant Jerzy Tabeau, ont rédigé durant la guerre un rapport sur le « camp d’extermination » d’Auschwitz [50]. Les 392 autres n’avaient manifestement rien à dire, ce qui est surprenant si Auschwitz était un « camp d’extermination ».

31. Combien peu les autorités du Reich craignaient que ne fût dévoilé le prétendu « terrifiant secret » d’Auschwitz est démontré – outre par le fait qu’elles permettaient l’accès au camp aux familles du personnel SS (voir point 7) – par les remises en liberté des détenus qu’elles autorisèrent :

Quelques détenus d’Auschwitz furent en fait libérés par les autorités allemandes. Il y eut 952 libérations pendant le premier semestre de 1942 et 26 pendant le deuxième. Il y eut des libérations même en 1943. Au début de 1944 un nombre considérable de Juives furent libérées grâce à l’intervention d’Oskar Schindler (p. 206).

Selon le « Kalendarium » d’Auschwitz, 1.148 détenus au total furent relâchés d’Auschwitz, dont 136 femmes en 1944 du camp de femmes de Birkenau, le prétendu « camp d’extermination » [51]. Louis de Jong, source de W. Laqueur, considère ce fait comme « incroyable » (unglaublich) et pense qu’il est « inexplicable » (unerklärlich) que l’Office central de Sécurité du Reich (RSHA) ait voulu courir « un risque aussi grand » [52].

La chose devient parfaitement claire et explicable si l’on admet que les autorités du Reich ne couraient aucun risque car il n’y avait aucun « terrifiant secret » à garder à Auschwitz. Cela est si vrai que, sur les deux listes de juifs sous souveraineté allemande désignés pour l’émigration en Palestine qui furent transmises par l’ambassade britannique à Madrid au ministère des Affaires étrangères espagnol le 11 mai 1944, figurent 5 noms (Gutman Chaja et sa famille, Samuel Julius, Mokry Jakob et sa famille, Orlean Cecilia et sa famille, Sternberg Sigmund) qui ont pour adresse le camp de Birkenau [53]

32. Les informations sur les camps de Treblinka et de Belzec mises en circulation par la résistance polonaise ont le même degré de crédibilité que les « rumeurs » sur Auschwitz. Commençons par Treblinka :

Dans une émission transmise par la B.B.C. à Londres, Thomas Mann parlait en novembre 1941 du traitement « inouï » infligé aux Juifs et aux Polonais. Dans la préface du recueil de ces allocutions radiodiffusées Thomas Mann écrit : « Le nombre de mes auditeurs était plus grand qu’on aurait pu s’y attendre, et pas seulement en Suisse et en Suède. » Dans ses dernières émissions, il était encore plus précis : en septembre 1942, il parla de l’extermination totale de la communauté juive européenne, de milliers de personnes gazées près de Varsovie et raconta les histoires des chauffeurs de locomotive allemands qui avaient conduit les trains dans les centres de la mort (p. 58).

W. Laqueur veut faire croire que l’émission radiophonique en question avait mentionné les « chambres à gaz » de Treblinka, camp qui se trouvait justement « près de Varsovie », à environ 80 km au NE de la capitale polonaise. Il déforme complètement sa source – le rapport du professeur Carl Ludwig – qu’il évite prudemment de citer. Voici ce qu’on peut lire dans ce rapport :

Il y a lieu de mentionner aussi une allocution prononcée à la radio par Thomas Mann le 27 septembre 1942 et diffusée par l’émetteur de Londres. Il y était question d’un conducteur de locomotive allemand qui s’était enfui en Suisse après avoir dû, plusieurs fois, conduire des trains bondés de Juifs qui étaient ensuite arrêtés en rase campagne, fermés hermétiquement et passés au gaz. Ces faits, disait Thomas Mann, ne sont point exceptionnels. Il existe même un rapport précis et authentique selon lequel 11.000 Juifs ont été gazés à Konin, dans le district de Varsovie [54].

Ce ne sont donc pas « deux conducteurs » mais un seul conducteur qui avait déclaré avoir conduit des trains, non « dans les centres de la mort », c’est-à-dire dans les « camps d’extermination » – à Treblinka dans ce cas précis – mais « en rase campagne ». Les victimes, enfin, n’étaient pas tuées dans des « chambres à gaz », comme veut le faire croire W. Laqueur, mais dans des « wagons ».

Cette histoire a été inventée par la propagande polonaise en 1942 et a été reprise deux ans plus tard, avec quelques modifications, par le « témoin oculaire » Jan Karski, ainsi que nous le verrons bientôt.

Notons en passant que l’émission de Thomas Mann du 27 septembre 1942 est manifestement la source dont s’est inspiré le général Giuseppe Pieche pour son mémorandum mentionné dans la note du 4 novembre (voir point 12).

La ville de Konin, mentionnée par Thomas Mann, se trouve à environ 180 km à l’ouest de Varsovie. Selon l’historiographie exterminationniste, personne n’a jamais été « gazé » à Konin. Cette localité est distante d’environ 40 km du prétendu « camp d’extermination » de Chelmno, qui cependant n’est pas mentionné par le prétendu « rapport précis et authentique » cité par Thomas Mann, lequel est donc faux.

33.

Enfin, par l’intermédiaire d’officiers de liaison, l’O.S.S. recevait beaucoup d’informations des Polonais résidant à Londres. Des rapports datés d’août et de septembre 1942 contiennent des détails sur des camps comme Treblinka, ainsi que des comptes rendus de témoins oculaires polonais et allemands (p. 123).

Un long rapport daté de Varsovie, août 1942, était consacré aux camps de la mort où étaient internés les Juifs, surtout Treblinka 1 et II, au processus de sélection et à de nombreux autres détails (p. 147).

W. Laqueur n’indique pas les sources de ces informations, ce qui est très significatif. On ne connaît en effet sur Treblinka aucun rapport du mois d’août 1942. W. Laqueur se réfère de toute évidence au rapport du début septembre qui fut transmis le 15 novembre par l’organisation clandestine du ghetto de Varsovie au gouvernement polonais en exil à Londres. Il s’agit en effet d’un « long rapport » sur Treblinka I et Il (dans le texte : A et B) qui contient de nombreux « détails » sur le déroulement de l’« extermination ». W. Laqueur oublie de préciser que ces « détails » ne se rapportaient pas à des « chambres à gaz » mais à des « chambres à vapeur » ! Le rapport décrit en effet deux « maisons de la mort » équipées d’une « chaufferie » (kotlownia) où se trouvait une « chaudière » (kociol) « pour la production de la vapeur d’eau » (dla wytworzenia pary wodnej) qui, à travers des « tubes » (rury) spéciaux, se dégageait dans les « chambres d’exécution » (komory egzekucyjne), provoquant l’asphyxie (duszenie) des victimes ! Naturellement, cette description s’appuyait sur le rapport d’un « témoin oculaire » (wg relacji naocznego swiadka) [55].

Aussi incroyable que cela puisse paraître, cette histoire de propagande, inventée par la résistance polonaise, est devenue dans les années suivantes la « vérité » officielle sur Treblinka, recevant même la sanction du Procès de Nuremberg [56] !

34. Les histoires inventées par la propagande polonaise sur Belzec sont tout aussi fantaisistes.

L’existence et le rôle de Belzec et de Treblinka furent connus à Varsovie dans les milieux juifs et non juifs deux semaines après que les chambres à gaz furent entrées en activité (p. 238-239).

En réalité, seule circulait à Varsovie l’histoire des « chambres à vapeur » ; ce que l’on savait sur Belzec est décrit par W. Laqueur lui-même :

Mais l’armée nationale ne disposait apparemment pas de données précises sur la façon exacte dont étaient tués les détenus de Belzec : l’électrocution et diverses autres techniques furent mentionnées par la suite à plusieurs reprises (p. 137).

La référence fournie par W. Laqueur est « Meldunki, 10 juillet 1942 » (note 2 à la p. 137). Il s’agit d’une « Communication [meldunek] spéciale du 10 juillet 1942 du lieu d’exécution de Juifs de Belzec » qui parle d’une baraque « avec une plaque électrique [z plyta elektryczna] où a lieu l’exécution » [57].

Cette communication fut transmise à Londres et fut publiée en traduction anglaise dans la Polish Fortnightly Review du 1er décembre [58].

Cette histoire devint par la suite la « vérité » officielle sur le « camp d’extermination » de Belzec et, en tant que telle, reçut à son tour la sanction du Procès de Nuremberg [59].

35.

Les missions à Londres de Jan Karski (Kozielewski) ont été mentionnées à plusieurs reprises. Karski n’était ni le premier ni le dernier courrier à arriver de Varsovie, mais en ce qui concerne les informations sur le sort des Juifs en Pologne, il fut certainement le plus important. Karski écrivit un livre sur sa mission qui parut aux Etats-Unis en 1944 et fut un succès de librairie ; il fut également publié en Grande-Bretagne, en Suisse et en Norvège (p. 277).

W. Laqueur résume ainsi les informations importantes contenues dans ce livre :

Karski raconte qu’il alla à Belzec en compagnie d’un agent juif de type aryen (qui lui avait dit que c’était un camp de transit et non pas un camp d’extermination) qui le conduisit dans un magasin tout proche. Il y fut abordé par un homme en civil qui lui dit qu’il lui fournirait un uniforme (de garde estonien) et un permis. Karski ne sait pas si cet agent (qui parlait parfaitement le polonais) était un passeur clandestin, un Allemand « ethnique » ou peut-être même un agent peu important de la Gestapo à la solde de la résistance juive. Tous deux entrèrent dans le camp par une porte de côté sans éveiller l’attention. Là c’était le « chaos » – le sol était couvert de corps affaiblis, des centaines de Juifs étaient entassés dans des wagons dont le plancher était recouvert d’une couche de chaux vive. On fermait les wagons qui quittaient ensuite le camp ; au bout de quelque temps, on les rouvrait, on brûlait les cadavres et les wagons revenaient au camp chercher un nouveau chargement. Après avoir observé la scène pendant quelque temps Karski eut la nausée et commença à perdre son sang-froid. Il voulut s’échapper et marcha rapidement vers la porte la plus proche. Son compagnon qui était resté à une certaine distance de lui se rendit compte que quelque chose n’allait pas ; il s’approcha de Karski et lui cria rudement : « Suivez-moi immédiatement ! » Ils sortirent par la porte par laquelle ils étaient entrés et personne ne les arrêta. Karski raconte qu’il n’apprit que plus tard que Belzec n’était pas un camp de transit mais un camp de la mort et que la plupart des victimes mouraient dans des chambres à gaz. Il n’avait pas vu lui-même les chambres à gaz pendant sa visite, sans doute parce qu’elles étaient murées et qu’on ne pouvait s’en approcher qu’avec un permis spécial.

Karski arriva à Londres en novembre 1942 (p. 279), [où il apporta ces] informations détaillées (p. 131).

W. Laqueur a l’ingénuité de dire que « Karski vécut dans la clandestinité à Varsovie en 1941-1942 et y mena une campagne de « démoralisation » [ou, comme le dit le texte anglais, de « propagande noire » [60] auprès des soldats allemands en faisant imprimer et distribuer des tracts en allemand » (p. 278).

L’histoire de Jan Karski est en effet de la pure « propagande noire » et c’est si vrai qu’un historien exterminationniste du calibre de Raul Hilberg a déclaré qu’il ne la mettrait même pas en note dans l’un de ses livres [61].

Conscient de cela, W. Laqueur, au lieu de dénoncer ce mensonge, cherche à l’accréditer en appuyant à l’aide d’une falsification les autres mensonges par lesquels Jan Karski tente péniblement de le justifier. Il est faux en effet que l’accompagnateur juif de Jan Karski lui ait dit que Belzec était « un camp de transit et non pas un camp d’extermination ». En réalité, Jan Karski a écrit être allé à Belzec précisément parce qu’il savait que c’était un « camp d’extermination ». Son récit commence par les propos suivants :

Quelques jours après ma seconde visite au ghetto de Varsovie, le chef du Bund devait me fournir la possibilité de voir le camp de la mort [death camp] juif. Le camp se trouvait aux alentours de la ville de Belzec, à environ cent milles à l’est de Varsovie, et était connu dans toute la Pologne pour les histoires terrifiantes qui circulaient à son sujet. Le bruit courant était que tous les Juifs qui y parvenaient, sans exception, étaient condamnés à mort. Le chef du Bund n’y était jamais allé mais possédait les informations les plus détaillées sur ses activités. Je devais y aller un jour où étaient prévues les exécutions [62].

Le but de la visite était de découvrir de quelle façon étaient effectuées ces exécutions. C’est pourquoi Jan Karski a menti s’il a déclaré à W. Laqueur « qu’il n’apprit que plus tard que BeIzec n’était pas un camp de transit mais un camp de la mort et que la plupart des victimes mouraient dans des chambres à gaz ».

Cette déclaration, du point de vue exterminationniste, c’est-à-dire du point de vue de W. Laqueur, contient une autre falsification : à Belzec, « la plupart des victimes » étaient tuées dans les « chambres à gaz ». De cette manière, Jan Karski insinue que le reste des victimes était tué selon d’autres modes, comme les « trains de la mort ». En réalité, selon l’historiographie exterminationniste, à Belzec toutes les victimes furent tuées exclusivement dans les « chambres à gaz » [63]. Dans ce cas également, W. Laqueur, au lieu de dénoncer le mensonge de Jan Karski, tente de l’accréditer en écrivant :

Les victimes à Belzec n’étaient pas en général exécutées à l’aide de chaux vive (oxyde de calcium) répandue sur le plancher des wagons, mais dans des chambres à gaz (p. 149, note 1. C’est nous qui soulignons).

En disant « en général », W. Laqueur veut faire croire que, « parfois », on utilisait ce mode d’exécution.

Pareillement faux est que Jan Karski « n’avait pas vu luimême les chambres à gaz pendant sa visite, sans doute parce qu’elles étaient murées et qu’on ne pouvait s’en approcher qu’avec un permis spécial ».

Il a écrit en effet que « le camp même contenait quelques petits entrepôts ou baraques. Le reste était complètement couvert d’une masse humaine dense, palpitante, frémissante, bruyante » [64], ce qui veut dire que l’édifice en maçonnerie qui, selon l’historiographie exterminationniste, contenait six « chambres à gaz » et n’était entouré d’aucun mur, n’existait pas du tout pour Jan Karski !

36. L’histoire des « trains de la mort », fantaisiste développement littéraire des « trains à gaz » précédemment mentionnés, n’est pas l’unique mensonge de Jan Karski. Dans son rapport de novembre 1942 à Londres, il ne parla pas des « trains de la mort » mais reprit l’histoire de l’exécution des victimes par électrocution dans « une baraque dont le sol était constitué d’une plaque métallique » [65] !

37. Les informations relatives aux trois autres « camps d’extermination » rapportées par W. Laqueur sont également de simples rumeurs de propagande incontrôlables :

Il circulait diverses rumeurs en Pologne et elles étaient apparemment exactes : on avait construit de grands bâtiments en béton près de la frontière russo-polonaise, et c’est là que les victimes étaient asphyxiées et les cadavres incinérés (il s’agissait apparemment de Sobibor qui était proche de la frontière russe) (p. 233-234).

L’histoire des « camions à gaz » de Chelmno, antécédent littéraire des « trains à gaz » et des « trains de la mort », fut mise en circulation « grâce à un petit groupe du ghetto de Varsovie qui avait organisé un centre de documentation et service de renseignements clandestins sous le nom de Oneg Shabbat », c’est-à-dire un centre de propagande, tout comme le « témoignage oculaire » des « trois fossoyeurs » échappés de ce « camp d’extermination » au début de janvier 1942 (p. 267) :

Les fossoyeurs furent interviewés par les membres de ce groupe qui transmirent les informations ainsi recueillies à la presse illégale juive et également à la résistance polonaise. L’inspirateur de ce groupe était Emanuel Ringelblum, un des chefs du parti marxiste sioniste de gauche Poale Zion (p. 158-159).

On peut juger de la véracité des informations transmises par Ringelblum par cette note de juin 1942 :

Le bombardement de Cologne a provoqué une grande joie parmi les gens. Le fait que les victimes civiles se comptent par milliers a en partie apaisé la soif de vengeance pour les millions de Juifs exterminés. Les Juifs de l’Europe tourmentée ont reconnu dans le bombardement de Cologne un acte de vengeance. Après le bombardement de Cologne ils sont devenus plus sereins. J’ai senti que même si je devais périr de leur main, ma mort a déjà été payée à l’avance [66].

D’une haine aussi exacerbée peut naître n’importe quel mensonge. Et la crédibilité que l’on doit accorder aux fameux « fossoyeurs » ressort d’une autre note de Ringelblum selon laquelle d’autres « fossoyeurs » échappés, cette fois, de Treblinka, avaient rapporté les méthodes d’exécution suivantes dans ce camp : « gaz, vapeur, courant électrique. [67] »

Sur Majdanek, enfin, W. Laqueur cite seulement « le rapport d’un jeune Juif slovaque » qui s’enfuit de ce camp « et qui, quelques jours plus tard, à la fin de juin ou au début de juillet 1942, était de retour en Slovaquie » (p. 175-176), donc à une époque à laquelle, selon l’historiographie exterminationniste, les « massacres » n’avaient pas encore commencé [68].

Il ne nous reste qu’à résumer les résultats de notre examen critique :

1. La documentation rassemblée par W. Laqueur est absolument inconsistante. Conscient de cela, il a déformé et manipulé systématiquement les rares sources disponibles afin de les présenter au lecteur ignorant comme des « témoignages unanimes et fiables ».

2. L’absolue inconsistance de cette documentation démontre que belligérants et pays neutres, au cours des années 1941 et 1942, ne savaient rien de crédible et de vérifiable à propos d’un « plan d’extermination » des juifs réalisé dans des « camps d’extermination » au moyen de « chambres à gaz ». Les nouvelles qui circulaient pendant ces années étaient de simples histoires de propagande incontrôlables et non dignes de foi, d’une nature telle qu’elles ne pouvaient être prises au sérieux par aucun gouvernement. A la fin novembre 1942, le Foreign Office n’avait encore « aucune preuve concrète de ces atrocités » [69], lesquelles restaient non confirmées également pour le Département d’Etat des Etats-Unis en décembre (p. 273-274). Le Vatican lui-même, qui « était mieux informé que quiconque en Europe » (p. 71), n’avait encore en octobre aucune confirmation crédible. Le 26 septembre, l’ambassadeur des Etats-Unis auprès du Saint-Siège, Myron Taylor, transmit au cardinal Maglione un mémorandum qui aurait été rédigé par « deux témoins oculaires dignes de confiance (aryens) » et qui avait été reçu le 30 août par l’Office de Genève de l’Agence juive pour la Palestine, en priant de l’informer si le Vatican avait « quelque information qui tendait à confirmer les rapports contenus dans ce mémorandum » [70]. Le 10 octobre, le cardinal Maglione répondit que « des informations au sujet de mesures sévères prises à l’égard des non-aryens sont également parvenues au Saint-Siège d’autres sources. Toutefois, il n’a pas été possible jusqu’à présent au Saint-Siège de contrôler l’exactitude de ces informations » [71].

3. L’absolue inconsistance de la documentation de W. Laqueur, qu’il a rassemblée en dépouillant les archives de 24 Instituts européens et américains (p. 287), démontre enfin que l’histoire de l’« extermination » des juifs européens est née et s’est développée comme « propagande noire » de la résistance polonaise et juive, et les grossiers mensonges de Rudolf Vrba, de Jan Karski, des « chambres à vapeur » de Treblinka, de l’installation d’électrocution de Belzec, des « trains à gaz », etc, en sont la preuve irréfutable. Affirmer que ces mensonges sont « comme une ombre portée de la réalité, comme un prolongement de la réalité » [72], revient à inverser les termes de la question : c’est le mythe des « chambres à gaz », développé littérairement à partir de ces histoires de propagande, qui représente une « réalité » projetée d’une ombre, un prolongement d’une ombre. Une ombre qui, déjà durant la première guerre mondiale, comme le souligne W. Laqueur lui-même, avait enveloppé l’Allemagne dans une campagne de propagande de grande envergure à base d’affreuses « atrocités » :

Les allégations concernant les atrocités commises par les Allemands commencèrent avec la violation de la neutralité belge par les Allemands en août 1914. Les Allemands racontaient les Occidentaux – avaient violé des femmes et même de jeunes enfants, empalé et crucifié des hommes, coupé des langues et des seins, arraché des yeux et brûlé jusqu’au sol des villages entiers. Ces bruits circulaient dans les journaux à sensations mais se retrouvaient également sous la plume d’éminents écrivains, de John Buchan et Arthur Conan Doyle à Arnold Toynbee, pour ne citer que quelques-uns d’entre eux. Cette propagande se poursuivit en 1914 et 1915, perdit un peu de son intensité en 1916, mais atteignit un nouvel apogée en avril 1916 lorsque la presse britannique commença à publier des informations et des commentaires sur l’utilisation par les Allemands des cadavres de soldats pour la production de lubrifiants comme la glycérine et le savon. Réflexion faite, on ajouta (probablement à l’intention de la Chine et des pays musulmans) que les cadavres servaient également à fabriquer de la nourriture pour les cochons.

Il y avait effectivement des installations de ce genre en Allemagne (Kadaververwertungsanstalten) mais on y transformait des cadavres d’animaux et non pas des cadavres humains. Toutefois, ces nouvelles n’étaient pas l’exception ; même des journaux extrêmement estimables comme le Financial Times colportait des histoires selon lesquelles le Kaiser lui-même aurait ordonné de torturer des enfants de trois ans en précisant personnellement le genre de tortures à appliquer. Le Daily Telegraph rapportait en mars 1916 que les Autrichiens et les Bulgares avaient tué 700.000 Serbes à l’aide de gaz asphyxiants. Certains lecteurs avaient probablement encore en mémoire ces histoires lorsqu’en juin 1942 le Daily Telegraph fut le premier à annoncer que 700.000 Juifs avaient été envoyés à la chambre à gaz. Car, à la fin de la Première Guerre mondiale, il était vite apparu qu’un grand nombre de ces bruits avaient été soit inventés (et certains des inventeurs l’admirent purement et simplement) soit grossièrement exagérés (p. 15-16).

W. Laqueur cite également deux de ces aveux :

Au milieu des années 20, Austen Chamberlain, le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, reconnut devant le Parlement que l’histoire de l’usine à cadavres était sans fondement. Et en février 1938 encore, à la veille d’une autre guerre, Harold Nicolson déclarait, également à la Chambre des Communes, que « nous avions menti odieusement », que ces mensonges avaient beaucoup desservi la Grande-Bretagne, et qu’il espérait ne jamais assister à nouveau à de telles campagnes de propagande (p. 16-17).

Vain espoir. Une propagande semblable explosa à nouveau dans les années 1941 et 1942, ressuscitant de vieux mensonges, à présent perfectionnés, comme celui de l’assassinat au moyen de gaz asphyxiant et du savon humain.

En 1942, cette horrible histoire devint l’un des thèmes dominants de la campagne de propagande. Le rapport déjà cité du 15 août, transmis par Myron Taylor au Vatican, disait, relativement aux juifs du ghetto de Varsovie :

Leurs cadavres sont utilisés pour faire des graisses et leurs os pour la fabrication d’engrais. A cette fin on va même jusqu’à exhumer les cadavres [73].

Dans un autre rapport reçu à Londres le 11 septembre 1942 on disait que l’on produisait du savon et des engrais à partir des cadavres (p. 266). Une lettre d’un « curé de Bratislava », transmise au Vatican le 7 mars 1943, affirmait, invoquant comme garant « un officier allemand », qu’avec les corps des Juifs, déportés en Pologne et massacrés là-bas, on fabrique du savon [...]. Du savon est cuit à partir des cadavres » [74].

Cette histoire, considérée comme un mensonge de propagande par les historiens exterminationnistes les plus autorisés, aboutit également à Nuremberg, accompagnée des immanquables « témoignages oculaires », et reçut la sanction officielle du Tribunal Militaire International [75].


NOTES

[1] Walter LAQUEUR, The Terrible Secret, Londres, Weidenfeld & Nicolson, 1980. [Nous avons utilisé l’édition française, Le Terrifiant Secret. La « solution finale » et l’information étouffée, Paris, Gallimard, 1981. N.D.T.]
[2] Saul FRIEDLÄNDER, Kurt Gerstein ou l’Ambiguïté du bien, Tournai, Casterman, 1967, p. 143.
[3] Texte dans : Wilhelm STÄGLICH, Der Auschwitz-Mythos. Legende oder Wirklichkeit ? Eine kritische Bestandsaufnahme, Tübingen, Grabert-Verlag, 1979, p. 86. [Tr. fr. Le Mythe d’Auschwitz. Etude critique, Paris, La Vieille Taupe, 1986, p. 84.]
[4] Joseph BILLIG, La Solution finale de la question juive, Paris, Serge et Beate Klarsfeld, 1977, p. 51.
[5] W. STÄGLICH, Der Auschwitz-Mythos, op. cit., p. 87. [Tr. fr., p. 85.]
[6] NG-2586-A. Voir à ce sujet notre étude, « Le mythe de l’extermination des juifs. Introduction historico-bibliographique à l’historiographie révisionniste », Annales d’histoire révisionniste, No 1, printemps 1987, p. 28.
[7] PS-3363.
[8] Léon POLIAKov, Bréviaire de la haine, Paris, Calmann-Lévy, 1979, p. 41.
[9] NG-5770.
[10] Eberhard JÄCKEL & Jürgen ROHWER (s.d.), Der Mord an den Juden im Zweiten Weltkrieg, Stuttgart, Deutsche Verlagsanstalt, 1985, p. 13.
[11] NG-2586-E/PS-710. Voir également la discussion de la thèse de G. Wellers à ce sujet dans : « Le mythe de l’extermination des juifs », art. cité, p. 47-48.
[12] T-1209.
[13] Der Prozess gegen die Hauptkriegsverbrecher vor dem internationalen Militärgerichtshof Nürnberg, 14. November 1945-1. Oktober 1946, Nuremberg, 1947 (désormais : IMG), vol. XII, p. 26.
[14] Idem, p. 25-26.
[15] Hefte von Auschwitz. Wydawnictwo Panstwowego Muzeum w Oswiecimiu, 3, 1960, p. 73.
[16] Gerald L. POSNER & John WARE, Mengele. The Complete Story, New York-St. Louis-San Francisco, etc, McGraw-Hill Book Company, 1986, p. 54-56.
[17] PS-3244, dans : Henri MONNERAY, La Persécution des Juifs dans les pays de l’est présentée à Nuremberg, Paris, Editions du Centre, 1949, p. 91-92. Voir « Le mythe de l’extermination des juifs », art. cité, p. 46-47.
[18] Adolf HITLER, Monologe im Führerhauptquartier 1941-1944. Die Aufzeichnungen Heinrich Heims herausgegeben von Werner Jochrnann, Hambourg, Albrecht Knaus, 1980, p. 106.
[19] Heinz BOBERACH (éd.), Meldungen aus dem Reich. Die geheimen Lageberichte des Sicherheitsdienstes der SS 1938-1945, Herrsching, Pawlak Verlag, 1984, vol. 13, p. 5145.
[20] Giuseppe MAYDA, Ebrei sotto Salo. La persecuzione antisemita 1943-1945, Milan, Feltrinelli Editore, 1978, p. 22. Cet ouvrage est la source de W. Laqueur (voir la note 2 à la p. 48 de son ouvrage).
[21] Ibidem. W. Laqueur a également tiré cette citation de l’ouvrage de Giuseppe Mayda, mais cette fois sans faire référence à la source.
[22] Bericht der Polizeiabteilung zum Flüchtlingsproblem vom 30. Juli 1942, p. 14. Archives fédérales, Berne.
[23] Rudolf BUCHER, Zwischen Verrat und Menschlichkeit. Erlebnisse eines Schweizer Arztes an der deutsch-russischen Front 1941-42, Frauenfeld & Stuttgart, Verlag Huber, 1967, p. 188.
[24] La Politique pratiquée par la Suisse à l’égard des réfugiés au cours des années 1933 à 1955. Rapport adressé au Conseil fédéral à l’intention des conseils législatifs par le professeur Carl Ludwig, Bâle. Annexe au rapport du Conseil fédéral à l’Assemblée fédérale sur la politique pratiquée par la Suisse à l’égard des réfugiés au cours des années 1933 à nos jours, Berne, 1957, p. 219-220.
[25] Idem, p. 221. W. Laqueur a également tiré ces citations – sans indiquer la source – du rapport du professeur Carl Ludwig d’après l’édition en allemand qu’il mentionne dans un autre contexte à la p. 61 de son ouvrage, note 2.
[26] Voir à ce sujet Rudolf ASCHENAUER, Krieg ohne Grenzen. Der Partisanenkampf gegen Deutschland 1939-1945, Leoni am Starnberger See, Druffel-Verlag, 1982.
[27] Sur le baron von Otter, voir le chapitre IV de notre étude Il rapporto Gerstein. Anatomia di unfalso, Monfalcone, Sentinella d’Italia, 1985, p. 87-97.
[28] Kungl. Utrikes Departementet. Overflyttat till UD fran Beskickningens i London dossier. Kungl. Svenska Beskickningen. Helsingfors den 23 juli 1945. Riksarkivet, Stockholm.
[29] Randolph BRAUMANN, « Das Zeugnis des Barons von Otter für den SS-Offizier Gerstein », Rheinischer Merkur, No 30, 24 juillet 1964, p. 12.
[30] Voir nos études Il rapporto Gerstein, op. cit., p. 95-96 et Come si falsifica la storia : Saul Friedländer e il « rapporto » Gerstein, Parme, Edizioni La Sfinge, 1988, p. 16-19.
[31] « Who knew of the extermination ? Kurt Gerstein’s Story », The Wiener Library Bulletin, 9, 1955, p. 22 ; Otto DIBELIUS, Obrigkeit, Stuttgart-Berlin, 1963, p. 140-141 ; PS-1553. Voir Il rapporto Gerstein, op. cit., p. 9293, et Come si falsifica la storia, op. cit., p. 20.
[32] NO-5921. Voir Come si falsifica la storia, op. cit., p. 29-30.
[33] Saul FRIEDLÄNDER, Pio XII e il Terzo Reich, Milan, Feltrinelli Editore, 1965, p. 102.
[34] Libreria Editrice Vaticana, 1967-1980.
[35] La référence se trouve dans la note 1 de la p. 72.
[36] Actes et documents du Saint Siège relatifs à la seconde guerre mondiale. Vol. 8. Le Saint Siège et les victimes de la guerre. Janvier 1941-décembre 1942, Libreria Editrice Vaticana, 1974, p. 453.
[37] Idem, p. 53.
[38]

Idem, p. 456, 476, 478, 486, 501, 515-519, 541. L’unique allusion à un possible meurtre des déportés est un ragot relatif aux jeunes juives : « ... on est convaincu que ces pauvres filles sont destinées à la prostitution ou tout simplement au massacre » (idem, p. 489, dépêche du 31 mars 1942).
Le 23 mai, le Vatican reçut la communication suivante du ministre slovaque Sidor sur le destin des juifs déportés :
« Les Juifs slovaques seront placés dans divers endroits aux alentours de Lublin où ils resteront définitivement. La population aryenne sera transférée de ces territoires et, à sa place, sera organisé un district exclusivement juif avec sa propre administration où les Juifs pourront vivre ensemble et pourvoir à leur existence par leur propre travail » (idem, p. 542-543).

[39] Idem, p. 607-608.
[40] [La version italienne, sur laquelle s’appuie Mattogno, donne « manifestement vrai » (ovviamente vero). – N. D. T.]
[41] Colloque de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, L’Allemagne nazie et le Génocide juif, Paris, Gallimard/Le Seuil, 1985, p. 191.
[42] Der Mord an den Juden im Zweiten Weltkrieg, op. cit., p. 80-81.
[43] Les titres des trois opuscules (p. 139, note 1) démontrent que les trois femmes avaient été à Auschwitz en tant que détenues.
[44] Foreign Office Papers, FO 371/30837 5365, Conditions in Czechoslovakia, p. 157-158.
[45] Zeszyty oswiecimskie. Numer specjalny (1). Wydawnictwo Panstwowego Muzeum w Oswiecimiu, 1968, p. 11.
[46] Idem, p. 44.
[47] Louis de JONG, « Die Niederlande und Auschwitz », Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte, 17e année, No 1, janvier 1969, p. 9.
[48] Voir à ce sujet « Le mythe de l’extermination des juifs », art. cité, p. 91-93.
[49] Enrique AYNAT, Los « Protocolos de Auschwitz » una fuente historica ?, Alicante, Garcia Hispàn Editor, 1990. [Une traduction française de cet ouvrage est parue dans Akribeia 3]
[50] Les rapports furent publiés en novembre 1944 par le « War Refugee Board » (Executive Office of the President, War Refugee Board, Washington D. C., German Extermination Camps – Auschwitz and Birkenau).
[51] Voir notre étude Wellers e i « gasati » di Auschwitz, Parme, Edizioni La Sfinge, 1987, p. 71-73.
[52] Louis de JONG, « Die Niederlande und Auschwitz », art. cité, p. 9 et 11.
[53] British Embassy, Madrid. 11th May, 1944. No. 587. Ministère des Affaires étrangères, Madrid. La première liste porte la date du 4 janvier, la seconde celle du 5 mars 1944. L’en-tête indique qu’il s’agit de la seconde et de la troisième « List Germany » « soumise au Commissaire pour l’Emigration et la Statistique, Jérusalem ». Le document nous a aimablement été transmis par le chercheur espagnol Enrique Aynat Eknes.
[54] La Politique pratiquée par la Suisse à l’égard des réfugiés au cours des années 1933 à 1955, op. cit., p. 226-227.
[55] Likwidacja zydowskiej Warszawy, « Treblinka », in : Biuletyn Zydowskiego Instytutu Historycznego [Varsovie], No 1, janvier-juin 1951, p. 93-100.
[56] Voir à ce sujet Il rapporto Gerstein, op. cit., p. 167-173.
[57] « Meldunek nadzyczajny z miejsca tracenia Zydow w Belzcu z 10.VII.42r », Studium Polski Podziemnej, Londres.
[58] « Extraordinary Report from the Jew-extermination Camp at Belzec », Polish Fortnightly Review, 1er décembre 1942, p. 4.
[59] Voir à ce sujet Il rapporto Gerstein, op. cit., p. 157-165.
[60] [Le texte anglais original parle en effet de « propagande noire » [black propaganda]. Le traducteur français a rendu par « démoralisation ». Dans le recueil d’extraits de livres qu’il a publié et présenté en 1986, Vladimir Volkoff distingue la propagande dite blanche de la propagande dite noire : « La propagande blanche, quand elle s’applique à une nation étrangère, est aussi une arme de guerre, dans la mesure où elle vise le moral de l’adversaire. Mais elle est nécessairement limitée dans ses effets, car, émanant ouvertement d’une source ennemie, elle ne jouit que d’une crédibilité limitée. Les sympathisants français du régime hitlérien ou les communistes non soviétiques faisant l’éloge de l’URSS sont de manière si évidente des instruments de l’étranger que leur action ne peut avoir d’impact que sur leurs propres troupes, les compagnons de route et les hésitants. La propagande noire, au contraire, trompe sur son origine et, par là, rend plausibles des mensonges délibérés. Le grand maître, pendant la Deuxième Guerre mondiale, en fut l’Anglais Sefton Delmer. En particulier, il créa plusieurs stations de radio, censées être favorables au régime nazi. L’une d’elles s’annonçait comme une radio de l’armée allemande, émettant très officiellement « de la musique et des bulletins d’information destinés à nos camarades de la Wehrmacht ». Une autre recourait à des procédés plus retors : « Je voulais faire croire aux auditeurs qu’ils surprenaient des émissions qui ne leur étaient pas destinées. En tournant les boutons de leur appareil, ils se trouveraient soudain mêlés à des signaux d’une organisation clandestine... Ces voix diffuseraient un tas d’informations confidentielles de la part d’un fidèle et loyal partisan de Hitler, méprisant la canaille qui gouvernait la patrie au nom du Führer. » Ce programme se révéla si efficace que, après la guerre, Sefton Delmer dut écrire son livre Black Boomerang pour démentir certaines des légendes qu’il avait créées et accréditées » (p. 11-12). Voir Vladimir VOLKOFF (éd.), La Désinformation, arme de guerre, [Paris-Lausanne], Julliard-L’Âge d’Homme, 1986. Des extraits du livre de Delmer sont donnés aux pages 71-85. – N.D.T.]
[61] Raul HILBERG, « Recording the Holocaust », The Jerusalem Post International Edition, 28 juin 1986, p. 8-9.
[62] Jan KARSKi, Story of a Secret State, Boston, Houghton Mifflin Company, 1944, p. 339.
[63] Adalbert RÜCKERL (s.d.), NS-Vernichtungslager im Spiegel deutscher Strafprozesse, Munich, Deutscher Taschenbuch Verlag, 1979, p. 132-145 ; Eugen KOGON, Hermann LANGBEIN, Adalbert RÜCKERL (s.d.), Nationalsozialistische Massentötungen durch Giftgas. Eine Dokumentation, Francfort-sur-le-Main, S. Fischer-Verlag, 1983, p. 165-174 et 183.
[64] Jan KARSKI, Story of a Secret State, op. cit., p. 344.
[65] « News is reaching the Polish Government in London about the liquidation of the Jewish Ghetto in Warsaw », Foreign Office Papers, FO 371/30917 5365, p. 79. Voir « Le mythe de l’extermination des juifs », art. cité, p. 83.
[66] Alberto NIRENSTAJN, Ricorda cosa ti ha fatto Amalek, Turin, Giulio Einaudi Editore, 1958, p. 50.
[67] Idem, p. 53.
[68] L’Allemagne nazie et le Génocide juif, op. cit., p. 254 : les premiers « massacres » commencèrent en septembre.
[69] Foreign Office Papers, FO 371/30923 xp 004257, p. 66.
[70] Foreign Relations of the United States, vol. III, p. 775-775. Photocopie du document dans Come si falsifica la storia, op. cit., p. 62-65.
[71] Actes et documents du Saint Siège relatifs à la seconde guerre mondiale, op. cit., vol. 8, p. 679.
[72] Pierre VIDAL-NAQUET, « Tesi sul revisionismo », Rivista di storia contemporanea, No 1, janvier 1983, p. 8.
[73] Voir note 68. W. Laqueur commente : « Le rapport renfermait quelques informations inexactes : il déclarait, par exemple, que les cadavres des victimes servaient à fabriquer des graisses et des engrais et que toute la population non juive de Sébastopol avait été massacrée. Mais dans l’ensemble il donnait une image véridique de la situation comme le faisait remarquer Lichtheim dans ses commentaires » (p. 217-218). En réalité, ce rapport ne contient que de fausses affirmations, comme celle du meurtre de 50.000 juifs « à Lemberg même, sur place », ou du massacre de 100.000 juifs « à Varsovie », ou de l’extermination de tous les juifs du district oriental de Pologne, y compris la Russie occupée. Il relate en outre que les juifs du ghetto de Varsovie étaient emmenés par groupes et fusillés « dans des camps préparés exprès dans ce but, dont l’un se trouve, dit-on, à Belzek ». W. Laqueur dit simplement que ce rapport « mentionnait Belzec » (p. 217), sans préciser qu’il le mentionnait comme camp de fusillade, non pas de « gazage », et il écrit également que « lorsque le 23 septembre Sumner Welles, le sous-secrétaire, demanda à Myron Taylor, l’ambassadeur des Etats-Unis auprès du Vatican, de découvrir ce qu’on savait de la « solution finale » au Vatican, il cita le texte intégral de ce télégramme » (p. 146), mais se garde bien de citer la réponse du Vatican. Tout cela pour faire croire au lecteur ignorant que le rapport en question était digne de foi, qu’il mentionnait les « chambres à gaz » de Belzec et que, par conséquent, le Vatican « savait ».
[74] Actes et documents du Saint Siège relatifs à la seconde guerre mondiale, op. cit., vol. 9, p. 178.
[75] Voir à ce sujet l’article de Robert FAURISSON, « Le savon juif », Annales d’histoire révisionniste, No 1, printemps 1987, p. 153-159.

Source : Akribeia, n. 1, Octobre 1997, p. 131-170.


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