Considérations sur la déportation des juifs de France et de Belgique
à l'est de l'Europe en 1942

Enrique Aynat 

Cette étude, traduite de l'espagnol par Jean Plantin, est la première des deux études composant le recueil publié en octobre 1994, Estudios sobre el « Holocausto ». La deportación de judíos de Francia y Bélgica en 1942. La resistencia polaca y las cámaras de gas de Auschwitz (Valence, Enrique Aynat).

0 Introduction

0. 1 Genèse et objet du travail

Environ 42 000 juifs ont été déportés de France à destination du camp de concentration d'Auschwitz (Haute Silésie) tout au long de l'année 1942. 17 000 d'entre eux ont été immatriculés comme prisonniers. Les 25 000 autres, selon ce qui est généralement admis, ont été anéantis à l'aide d'un gaz toxique dès leur arrivée au camp. Pour leur part, 16 500 juifs ont été déplacés hors de Belgique pendant la même période et avec la même destination ; parmi eux - toujours selon la croyance générale - 4 500 furent admis à Auschwitz comme détenus et 12 000 furent exterminés.
Néanmoins, nous avons lu un jour qu'on avait aperçu des groupes de juifs déportés de France et de Belgique en 1942 dans des endroits situés à l'est d'Auschwitz, ce qui a éveillé en nous une certaine curiosité mais aussi une certaine méfiance. Ces juifs se trouvaient en effet là où, selon la thèse officielle, ils n'auraient pas dû se trouver. C'est pourquoi nous nous proposons d'examiner les sources qui nous permettent de savoir ce qui est réellement arrivé aux juifs déportés de France et de Belgique en 1942 : ont-ils été exterminés à Auschwitz ou bien, comme le suggèrent certains indices, une partie d'entre eux au moins n'a-t-elle pas poursuivi son voyage jusque dans des territoires situés plus à l'est ?

0. 2 Sources

Panstwowe Muzeum Oswiecimiu, Pologne.

Centre de Documentation Juive Contemporaine. Paris, France.

Hoover Institution. Stanford University. Stanford, Californie, USA.

Polish Underground Movement (1939-1945) Study Trust (Studium Polski Podziemnej). Londres, Grande-Bretagne.

Institut für Zeitgeschichte. Munich, Allemagne.

Les documents du chapitre II ont été cités d'après l'annexe documentaire de l'ouvrage de Serge Klarsfeld, Vichy-Auschwitz, p. 356-476. L'inventaire commenté du fonds du Centre de Documentation Juive Contemporaine par Lucien Steinberg, dans Les Autorités allemandes en France occupée, nous a été également d'une grande utilité pour la rédaction de ce chapitre.

0. 3 Méthode

Nous avons cherché à savoir ce qui était arrivé aux juifs déportés de France et de Belgique en 1942 par l'examen des sources datant de cette époque. Nous avons pensé que, si la grande majorité de ces déportés avaient vraiment été anéantis à leur arrivée à Auschwitz, il en serait resté des traces ineffaçables dans les documents de cette période.
C'est la raison pour laquelle nous n'avons pas pris en considération les témoignages, les mémoires, les dépositions lors de procès et, d'une manière générale, tout type de déclarations faites après la guerre par ceux qui ont été impliqués dans ces événements - juifs et Allemands principalement.
Nous nous sommes appuyé en premier lieu sur les documents de l'administration du camp d'Auschwitz qui ont réussi à survivre à la guerre. Nous avons ensuite passé en revue les documents du service de la police allemande à Paris chargé de la déportation des juifs. Nous nous sommes également intéressé aux rapports de la résistance polonaise et du gouvernement polonais en exil. Nous y avons recueilli quelques indices, découverts dans différentes sources, sur l'existence de juifs, en provenance de France et de Belgique, dans l'est de l'Europe. Pour finir, nous avons livré nos conclusions sur ce qui est probablement arrivé à ce groupe de juifs.
Afin de situer plus facilement les noms de lieux, nous avons indiqué entre parenthèses, à la suite de chaque localité, le pays dont elle fait actuellement partie. Ainsi, nous signalons que Theresienstadt est en République tchèque alors que cette ville faisait en réalité partie en 1942 du Protectorat de Bohême-Moravie et que la République tchèque, et la Tchécoslovaquie avant elle, n'existait pas en tant que telle à ce moment-là.
En ce qui concerne les lieux, nous nous sommes efforcé de respecter leur nom actuel. La ville polonaise de Lodz fut par exemple rebaptisée Litzmannstadt par les Allemands en 1940 et récupéra son nom polonais original en 1945, qui est celui sous lequel il sera cité ici. Les localités de Theresienstadt (actuellement Terezin) et Auschwitz (actuellement Oswiecim) sont des exceptions à cette règle car les appellations allemandes sont universellement connues. Néanmoins, lorsqu'il s'est agi des sources polonaises, nous avons toujours employé Oswiecim au lieu d'Auschwitz.

0. 4 Evolution de la question

En 1960, une archiviste du Panstwowe Muzeum Oswiecimiu [Musée d'Etat d'Oswiecim] (désormais : PMO), Danuta Czech, a publié en allemand une liste chronologique des principaux événements survenus dans le camp d'Auschwitz en 1942 [1]. Dans ce travail, l'on indique avec exactitude ce qui est arrivé à chaque convoi de juifs après son arrivée au camp. Voici par exemple ce qui est dit sur le convoi arrivé de France le 31 août 1942 :

Transport RSHA [2] du camp de Drancy [3], 983 juifs. Après la sélection, 72 femmes furent admises dans le camp en tant que détenues et reçurent les numéros 18749-18819. Les 912 autres personnes furent gazées (wurden vergast).

Cependant, dans la seconde édition allemande de cet ouvrage [4], ce qui s'est produit à l'arrivée du convoi fait l'objet d'une version totalement différente :

Avec le convoi 25 du RSHA en provenance de France sont arrivés 1 000 juifs du camp de Drancy. 280 enfants de moins de 14 ans se trouvaient dans ce convoi. Parmi les adultes, se trouvaient 253 hommes entre 18 et 50 ans. Une première sélection eut probablement (wahrscheinlich) lieu à Cosel [5]. Après la sélection dans le KL [6] Auschwitz, seules 71 femmes, qui reçurent les numéros 18749-18819, furent internées dans le camp en tant que détenues. Si l'on admet (wenn man annimmt) que 253 hommes ont été gardés lors de la première sélection à Cosel, alors 676 personnes ont perdu la vie dans les chambres à gaz (dann kommen 676 Menschen in den Gaskammern ums Leben).

Mais il n'existe aucune précision à ce sujet. On ne sait pas avec certitude si le train s'est arrêté à Cosel et si l'on y a effectué une première sélection. Dans le cas où le train s'est arrêté à Cosel, l'on ne sait pas non plus avec certitude combien d'hommes sont descendus. On ignore donc combien de personnes sont arrivées à Auschwitz et, par voie de conséquence, combien ont été gazées.
En définitive, l'archiviste du PMO et rédactrice de cet ouvrage fondamental dans l'historiographie d'Auschwitz est passée en l'espace de 29 ans d'une certitude et d'une précision absolues à une indétermination et à une ambiguïté générale. Qu'était-il arrivé entre-temps ?
En 1978 Serge Klarsfeld avait publié Le Mémorial de la déportation des Juifs de France (désormais : MDJF). Il avait révélé dans cet ouvrage que quelques-uns des convois partis de France en 1942 s'étaient arrêtés à Cosel et qu'un certain nombre d'hommes y étaient descendus. Une partie de ces hommes avaient survécu à la guerre [7]. Pour être précis, en ce qui concerne le convoi n° 25 déjà cité, S. Klarsfeld avait localisé huit survivants masculins en 1945. Néanmoins, comme nous l'avons vu, d'après l'édition de 1960 du Kalendarium, tous les hommes de ce convoi avaient été anéantis à peine arrivés au camp. L'archiviste du PMO n'avait donc pas tenu compte en 1960 de la sélection préalable à Cosel, se bornant à considérer comme exterminée la différence entre le nombre des membres du convoi au départ de la France et le nombre de personnes immatriculées à Auschwitz. Dans la seconde édition du Kalendarium, onze ans après la publication de l'ouvrage de S. Klarsfeld, l'auteur n'a eu d'autre solution que de modifier sa première version.
Il est étrange que D. Czech n'ait pas tenu compte dès le premier instant de la sélection à Cosel. Dans ses notes autobiographiques, Rudolf Höss - premier commandant d'Auschwitz - signale qu'à l'été 1942, les convois de juifs des pays occidentaux à destination d'Auschwitz s'arrêtaient au préalable à Cosel et que plus de 10 000 hommes y avaient été sélectionnés. Ces mémoires datent de 1947 et c'est précisément au PMO qu'ils ont été déposés [8]. De plus, dans un rapport de la Croix-Rouge néerlandaise publié en 1952, on indique qu'entre le 28 août et le 12 décembre 1942 - période que le rapport appelle lui-même « de Cosel » (Cosel-periode) - plusieurs convois de juifs néerlandais, français et belges s'arrêtèrent dans la localité citée pour y déposer un certain nombre d'hommes avant l'arrivée à Auschwitz [9].
Cette divergence et d' autres du même genre entre les deux éditions du Kalendarium nous ont conduit à nous intéresser en premier lieu à la source ou aux sources dont disposait D. Czech pour affirmer que tel ou tel nombre de personnes de tel ou tel convoi avait été anéanti à leur arrivée à Auschwitz. Nous voulions savoir en particulier ce que disait cette ou ces sources sur l'extermination de juifs déportés de France et de Belgique en 1942. Cette enquête nous permettrait de connaître, par la même occasion, la valeur et le degré de confiance qu'il est possible d'accorder au Kalendarium en tant qu'ouvrage de référence, du moins pour ce qui a trait au sort des juifs après leur arrivée à Auschwitz.
C'est la raison pour laquelle nous nous disposons à examiner cette question en priorité.

1 Les listes des numéros matricules d'Auschwitz. Le Kalendarium

Les listes des numéros matricules d'Auschwitz [10] constituent la source principale sur l'arrivée de convois de détenus durant l'existence du camp de concentration. En fait, selon l'auteur F. Piper, ces listes sont « dans la plupart des cas la seule trace de ces convois de masse » [11].
Ces listes ne sont pas un document officiel allemand. Il s'agit de notes prises clandestinement par des détenus qui travaillaient dans le service d'accueil de la Section Politique ou Gestapo du camp à partir des « listes d'arrivée » (Zuganglisten) officielles. Le document fut envoyé secrètement à l'extérieur en 1944 [12].
Les listes, indépendantes pour les hommes et pour les femmes, présentent en colonnes les informations suivantes, de gauche à droite :

Dans cette dernière colonne, on avait l'habitude de noter en abrégé le poste de police qui avait envoyé le convoi. Ainsi : « Katt » est Kattowitz (Katowice), « Kra » est Krakau (Cracovie), « Rad » est Radom, « Lub » est Lublin, etc. Les espaces en blanc correspondent, semble-t-il, aux convois de juifs envoyés de toute l'Europe par l'agence allemande chargée de la déportation (RSHA). Néanmoins, aucune indication dans le document n'en fait mention. Nous reproduisons dans l'annexe I une page du document qui contient les listes d'hommes.

En résumé, la source principale - et pour ainsi dire la seule - existant sur l'arrivée des convois de déportés à Auschwitz n'est pas un document allemand mais un ensemble de notes prises clandestinement par des membres de la résistance polonaise sur la base de la documentation officielle du camp. En outre, cette source ne dit rien concernant les effectifs de chaque convoi et le nombre des exterminés.
Ce document fournit néanmoins le support principal sur lequel s'appuient les deux éditions du Kalendarium de D. Czech. Et cet auteur affirme dans son ouvrage - considéré comme une pièce fondamentale de l'historiographie d'Auschwitz - que la majorité des juifs déportés de France et de Belgique en 1942 étaient anéantis dans les chambres à gaz dès leur arrivée au camp. Nous considérons donc qu'il est nécessaire de vérifier si l'interprétation que donne D. Czech de ce document est correcte et si l'on dispose d'autres sources pour soutenir son affirmation.
Le Kalendarium fait état dans l'ordre chronologique et jour après jour des principaux événements qui se sont produits dans le camp. Dans la dernière édition allemande, celle de 1989, un paragraphe est réservé dans la marge droite à la notation de la source. On trouvera dans l'annexe II un exemple tiré d'une page quelconque où nous avons rassemblé quelques événements qui se sont produits le 7 août 1942.
L'avant-dernier paragraphe dit : « 1 014 juifs sont arrivés avec le convoi 15 du RSHA de Beaune-la-Rolande [13], en France. Il y avait dans le convoi 588 hommes et jeunes garçons et 426 femmes et jeunes filles. Après la sélection, 214 hommes, qui reçurent les numéros 57103 à 57316, et 96 femmes ont été internés dans le camp comme détenus. Les autres déportés furent assassinés dans les chambres à gaz. »
Nous constatons que la marge droite du paragraphe - l'espace destiné à indiquer la source - est en blanc. L'auteur du Kalendarium avait déjà signalé que, dans ces cas-la, la source est toujours la liste des numéros matricules [14]. Or, si nous consultons la source originale, nous verrons qu'il n'y a que deux entrées le 7 août ; l'une (numéros 56879-57102) porte l'abréviation « Samt » et correspond, semble-t-il, à un « convoi mixte » (Sammeltransport) ; l'autre entrée (numéros 57103-57316) ne porte aucune autre indication et c'est celle que l'auteur attribue au convoi en provenance de France.

[Transcription]

7.8
7.8
56879-57102
57103-57316
Samt.

 

Si, comme on le déduit du Kalendarium, il s'agit de l'unique source existant sur l'arrivée de ce convoi de France, il y a lieu de demander à D. Czech comment, en fonction d'une information aussi sommaire, elle a pu en conclure que le convoi venait de France et, surtout, que les déportés non immatriculés ont été anéantis dans les chambres à gaz. En réalité, si nous ne pouvons affirmer avec certitude que ces numéros matricules ont été attribués à des déportés de France, il nous est encore moins possible d'affirmer que la majeure partie de ce convoi a été exterminée à l'aide de gaz toxique.
D. Czech a donné à notre avis une interprétation abusive des sources en tenant pour établi ce qu'il s'agit en réalité de prouver.
C'est pourquoi le Kalendarium ne fournit aucune preuve que la majeure partie des membres du convoi de France n° 15 ait fini dans la chambre à gaz. Dans la mesure où la même situation se reproduit exactement avec le reste des convois de France et d'autres pays, l'on peut affirmer avec certitude que le Kalendarium ne fournit pas la moindre preuve de l'extermination de juifs à Auschwitz dans l'une quelconque de ses éditions.
L'exemple qui va suivre nous montre que l'interprétation donnée par D. Czech des listes de numéros matricules est en outre inexacte.
Il s'agit du convoi de Belgique n° VI. Ce convoi partit de Malines (Belgique) le 29 août 1942. Il transportait 1 000 juifs dont 179 enfants. On affirme que sa destination était Auschwitz [15]. Ce convoi ne figure pas dans l'édition de 1960 du Kalendarium. Tel quel, il n'est jamais arrivé à Auschwitz. Dans l'édition de 1989, en revanche, l'on indique qu'il est arrivé le 31 août et que personne n'a été immatriculé. On ajoute qu' « environ » (etwa) 200 hommes ont « probablement » (wahrscheinlich) été sélectionnés à Cosel et que les 800 autres personnes, parmi lesquelles toutes les femmes et les enfants, sont passées par la chambre à gaz sans laisser de trace. Serge Klarsfeld et Maxime Steinberg ont néanmoins découvert qu'au moins 9 femmes et 1 enfant de ce convoi n'ont pas été exterminés à leur arrivée à Auschwitz car ils figuraient dans les registres de quelques camps de concentration postérieurement à 1942 [16].
Quelle est la cause probable de l'erreur d'appréciation de la part du Kalendarium ? L'on sait que les convois partis de Belgique mettaient en règle générale deux jours pour arriver à Auschwitz [17]. Par conséquent, le convoi parti le 29 août devrait être arrivé à Auschwitz le 31 août. Il se trouve pourtant qu'il n'y a aucune entrée ce jour-là sur les listes d'attribution des numéros matricules.

[Transcription]

30.8/
30.8/
1.9.42/
1.9.42/
1.9.42/
1.9/
2.9/
2.9/
3.9/
3.9/
62164-62208
62209-62251
62252-62312
62313-62330
62331-62332
62333-62846
62847-62896
62897-62908
62909-62918
62919-62936

[Maribor]
Katt.
Pra.
Bresl.
Rad.
[Flossenbürg]


Katt.

Il y a plusieurs entrées le 1er septembre mais il s'agit de convois de Kattowitz, de Prague, de Breslau et de Radom. Il n'y a qu'un seul espace blanc le 2 septembre mais il correspond, d'après les deux éditions du Kalendarium, à un convoi parti de France le 31 août. Devant la difficulté de fixer la date d'arrivée de ce convoi, le Kalendarium se désintéresse du problème dans l'édition de 1960. Dans l'édition de 1989, il « extermine » le convoi dans sa totalité. Pour sa part, le Mémorial de la déportation des Juifs de Belgique fait arriver ce convoi le 3 septembre, cinq jours après son départ de Belgique le 3 septembre, et signale que 12 hommes et 27 femmes ont été immatriculés dans le camp [18]. Néanmoins, d'après les deux éditions du Kalendarium, les numéros matricules attribués à ces 12 hommes et à ces 27 femmes correspondent aux membres d'un convoi venant de France qui est arrivé le 2 septembre.
En fin de compte, la question est tellement embrouillée qu'il est impossible de savoir, concernant ce convoi parti de Belgique :

Au vu de tout cela, il convient de conclure que les listes de numéros matricules, aussi bien des hommes que des femmes, n'apportent aucun argument à l'appui de la thèse selon laquelle on procédait à Auschwitz à l'extermination des juifs en général et des juifs de France et de Belgique en particulier. Le Kalendarium de D. Czech n'apporte pas non plus d'indices, du moins dans les archives du Musée d'Etat d'Oswiecim.

2 Les documents allemands de Paris

Ces documents proviennent principalement des archives de la Gestapo de Paris et ont été saisis par les autorités françaises après la retraite des Allemands en 1944. Par la suite, le groupe de documents qui avaient un rapport avec la déportation des juifs fut cédé au Centre de Documentation Juive Contemporaine de Paris, qui le conserve actuellement.
D'après ces documents, la déportation des juifs de France avait pour but leur mise au travail à Auschwitz. Lors d'une conférence qui se tint au RSHA de Berlin le 11 juin 1942 et à laquelle assistèrent les responsables des affaires juives de la police allemande de Paris, Bruxelles et La Haye, on fit savoir que Himmler avait ordonné que de « grandes quantités de juifs » soient dirigées à Auschwitz à partir de la Roumanie ou des pays occidentaux occupés « dans le but [d'accroître] la production » (zwecks Arbeitsleistung). La condition fondamentale était que les juifs (des deux sexes) fussent âgés entre 16 et 40 ans, bien que 10 % de juifs inaptes au travail pouvaient être envoyés. On se mit d'accord pour que soient déportés 15 000 juifs des Pays-Bas, 10 000 de Belgique et 100 000 de France [19] .
Que le but de la déportation ait été d'amener de la main-d'oeuvre à Auschwitz apparaît clairement dans de nombreux documents. Par exemple :

Il ressort, à la lecture des documents allemands, que l'objectif des occupants était avant tout de fournir de la main-d'oeuvre juive à l'industrie de guerre allemande et, plus précisément, à celle qui était située à Auschwitz. Il s'ensuit que les Allemands n'avaient pas intérêt, à ce moment-là, à arrêter des gens qui ne servaient pas leurs desseins. Ainsi, lors de conversations entre Allemands et Français destinées à organiser une grande rafle à Paris de juifs étrangers et apatrides, on déclara que, parmi la population juive objet de la rafle, il fallait déduire « les juifs malades, inaptes au transport et trop vieux » (kranken, transportunfähigen und zu alten Juden). On décida également que les enfants dont les parents étaient arrêtés resteraient en France à la charge des organisations juives [25].
Au cours d'une réunion postérieure, on fixa la limite d'âge pour être arrêté lors de la prochaine rafle, qui était imminente, à 55 ans pour les femmes et à 60 pour les hommes [26].
La grande rafle de juifs étrangers et apatrides eut lieu à Paris les 16 et 17 juillet 1942. Aussitôt, les hommes et les femmes célibataires et les ménages sans enfant furent transférés au camp de Drancy, d'où ils seront déportés «dans le but d'être mis au travail dans le Reich » (zum Zwecke des Arbeitseinsatzes im Reich). Après la rafle, on constata que 12 884 personnes, parmi lesquelles 4 051 enfants, avaient été arrêtées. Les enfants seraient transférés dans un premier temps dans les camps pour juifs de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande car l'on n'avait pas encore pris de décision quant à la possibilité de les transporter vers le Reich [27].
Le 20 juillet, A. Eichmann communiqua par téléphone la destination des enfants qui avaient été arrêtés. Eichmann avait décidé que « les convois d'enfants pourront circuler dès que la déportation vers le Gouvernement Général [28] sera de nouveau possible » (sobald der Abtransport in das Generalgouvernement wieder möglich ist, Kindertransport rollen). On communiquait également qu'on avait obtenu environ 6 trains pour la fin août ou le début septembre, avec pour destination le Gouvernement Général, qui transporteraient des juifs de toute sorte, « y compris des juifs inaptes au travail et vieux » (auch arbeitsunfähige und alte Juden) [29]. Voir la reproduction de ce document dans l'annexe III.
Eichmann avait décidé en fin de compte que l'on déporterait les enfants juifs arrêtés lors de la grande rafle des 16 et 17 juillet. Ceci étant dit, il est important de souligner que, d'après le document, les enfants juifs allaient être déportés dans le Gouvernement Général, non à Auschwitz. Auschwitz fut en effet incorporé au territoire du Reich en septembre 1939 et ne fit jamais partie du Gouvernement Général. Ce détail mérite d'être souligné car il montre qu'au moins jusqu'au 20 juillet 1942, A. Eichmann, le responsable le plus élevé de la déportation des juifs, n'avait pas envisagé d'exterminer les enfants juifs français à Auschwitz.
Le 11 août 1942, un membre de la police allemande de Paris envoya un télétype au RSHA en demandant des informations sur la manière dont devait avoir lieu la déportation des enfants juifs. Le point le plus important de ce document est son en-tête, qui dit : « Concerne : déportation de juifs à Auschwitz ; là, évacuation des enfants juifs» (Abtransport von Juden nach Auschwitz ; hier Abschub der Judenkinder) [30].
Deux jours après, le RSHA répondait par un autre télétype qui ordonnait d'envoyer les enfants juifs «progressivement » (nach and nach) avec les convois d'adultes prévus à Auschwitz. En « aucun cas » (keinesfalls) ne pouvaient être mis en route des convois composés exclusivement d'enfants. Ce télétype porte un en-tête très semblable au premier : « Concerne déportation de juifs à Auschwitz, là-bas évacuation des enfants juifs » (Abtransport von Juden nach Auschwitz, dort Abschub der Judenkinder) [31]. Voir la reproduction de ce document dans l'annexe IV.
A notre avis, il faut interpréter ces documents de la manière suivante : il était prévu au départ de déporter les enfants juifs dans le Gouvernement Général, mais, comme il n'était pas conseillable - certainement pour des raisons de propagande - de faire rouler des convois composés en leur totalité d'enfants, on décida de les envoyer petit à petit, mêlés aux juifs adultes, dans les convois destinés à Auschwitz. Une fois là-bas (dort, hier), à Auschwitz, les enfants seraient déportés de nouveau, probablement vers le Gouvernement Général. Cette interprétation respecte le texte des en-têtes des télétypes en même temps qu'elle est cohérente avec le contexte.
En somme, ce qui ressort de l'examen de ces documents est que le but principal des Allemands était de fournir de la main-d'oeuvre juive à l'industrie de guerre située à Auschwitz. En ce qui concerne la déportation des enfants et des personnes inaptes au travail, l'intention était de les déporter vers le Gouvernement Général. Néanmoins, en raison des circonstances, ils furent également déportés à Auschwitz, même s'ils n'y furent probablement qu'en transit.
Cette version semble pouvoir s'accorder avec la thèse généralement acceptée de la déportation en vue de l'extermination. Si les Allemands avaient vraiment voulu anéantir tous les juifs, ils n'auraient pas pris la peine de réaliser de longs mémorandums sur les conditions que devaient réunir ceux qui étaient envoyés en déportation, ni n'auraient hésité à y inclure les enfants. La logique aurait voulu que, dès le départ, ils déportent tous les juifs qu'ils arrêtent.
Au bout du compte, les documents de la police allemande de Paris ne donnent à penser à aucun moment que le véritable but des Allemands était d'exterminer les juifs. Comme l'a reconnu un spécialiste des archives du CDJC, « il n'y a pas un seul document de notre collection qui précise de façon univoque cette équation sinistre déportation = extermination » [32].
La conclusion est, de toute évidence, que l'on ne peut en aucune manière soutenir d'après ces documents la thèse selon laquelle les Allemands envoyaient les juifs à Auschwitz pour les exterminer en masse.

3 La résistance polonaise et le gouvernement polonais en exil

Auschwitz (ou Oswiecim, selon la désignation polonaise) avait fait partie de la Pologne jusqu'en 1939. Après l'invasion allemande, Auschwitz et la Haute Silésie furent annexées au Reich. Néanmoins, le gouvernement polonais en exil (GPE) qui se forma après la déroute ne reconnut jamais les annexions allemandes. C'est pourquoi Auschwitz continuait d'être considéré par le GPE comme relevant de sa juridiction. En conséquence, la résistance clandestine polonaise, qui suivait en grande partie les instructions du gouvernement en exil, opérait également à Auschwitz et dans ses environs, où il existait en outre un nombre considérable de gens d'origine polonaise.
C'est pourquoi nous sommes parti de l'hypothèse selon laquelle, s'il s'était produit à Auschwitz un grand massacre dans la seconde moitié de 1942 - période durant laquelle eut lieu la déportation de juifs de France et de Belgique -, la résistance et le GPE en auraient très probablement eu connaissance et auraient réagi d'une manière ou d'une autre.
Voyons tout d'abord quelles possibilités avait la résistance polonaise d'obtenir des informations sur ce qui se passait dans le camp.
Dès octobre 1940 il exista une organisation de résistance à l'intérieur du camp de concentration. Elle avait été fondée par un officier polonais, Witold Pilecki, qui avait été arrêté et envoyé à Auschwitz en septembre 1940. Aux mêmes dates s'était constitué également un groupe de résistance du parti socialiste polonais. Plus tard, en 1941, il se forma en outre une organisation de droite [33].
Les diverses organisations établissaient des contacts entre elles plus ou moins fréquemment en fonction de leurs affinités nationales ou idéologiques.
L'un des objectifs de la résistance était la « réunion de preuves relatives aux crimes commis par les SS et leur transmission à l'extérieur » [34].
Les organisations clandestines se développaient à mesure que s'étendaient les installations du camp de concentration. A Birkenau, filiale d'Auschwitz, il existait une organisation secrète depuis la fin du mois d'avril 1942. Le contact entre l'organisation de Birkenau et le camp central d'Auschwitz s'effectuait pour ainsi dire quotidiennement au moyen d'un agent de liaison. L'une des tâches principales du groupe de Birkenau était d'obtenir des informations [35].
Les effectifs de la résistance s'accroissaient de manière spectaculaire. L'organisation de W. Pilecki affirme que, dans le seul mois de mars 1942, il recruta personnellement plus de 100 personnes. Sans compter qu'il y avait les forces clandestines des nationalistes et des socialistes [36]. Les groupes de résistance étaient si puissants en 1942 qu'ils avaient réussi à introduire leurs tentacules dans les centres névralgiques de la vie du camp. Leurs membres contrôlaient l'hôpital, le bureau d'attribution du travail, le bureau central, la cuisine, le bureau des constructions, les entrepôts d'alimentation et de vêtements, un grand nombre de détachements de détenus (Kommandos) et jusqu'au service politique [37].
D'autre part, les contacts entre l'intérieur du camp et l'extérieur se trouvaient facilités par la situation propre d'Auschwitz. Comme l'a reconnu l'écrivain Walter Laqueur, Auschwitz ne se trouvait pas dans le désert, mais dans une zone extrêmement industrialisée et très peuplée, entourée de villes importantes comme Beuthen, Gleiwitz, Hindenburg (Zabrze) et Katowice. En outre, Auschwitz était un véritable « archipel », avec près de 40 sous-camps qui en dépendaient administrativement [38].
En plus de la situation particulière d'Auschwitz, les contacts se voyaient facilités par le fait qu'un grand nombre des détenus qui réalisaient des travaux hors du camp étaient mêlés à la population civile et que de nombreux travailleurs civils étaient employés à l'intérieur du camp.
En réalité, pour ce qui concerne les travailleurs civils, qu'il suffise de dire qu'ils étaient des centaines et qu'il y avait autant d'Allemands que de Polonais. Ces ouvriers arrivaient au camp le matin et s'en allaient le soir, leur journée de travail achevée [39]. L'utilisation de ces ouvriers était due à la grande quantité de travail qui devait se faire dans le camp et au fait qu'il n'y avait pas suffisamment d'ouvriers spécialisés parmi les détenus. Civils aussi bien que détenus travaillaient ensemble [40].
En dépit des moyens de surveillance et de contrôle adoptés (barbelés, tours de surveillance, chiens policiers, patrouilles, etc.) et en raison du nombre croissant des prisonniers et du travail qu'il fallait effectuer hors du camp, il était impossible aux Allemands d'empêcher les contacts entre les détenus et la population locale, qui était presque exclusivement polonaise [41].
Les contacts clandestins entre le camp et l'extérieur acquirent rapidement un caractère régulier, surtout pour ce qui concernait les échanges de lettres et de paquets. L'une des organisations clandestines du camp établit rapidement un lien permanent qui lui permettait de renseigner régulièrement par lettres un groupe de résistance de Cracovie. Dans cette ville ont été conservées 350 de ces lettres, « une fraction d'un total beaucoup plus important » [42].
On a constaté en outre l'existence à Auschwitz d'un émetteur de radio clandestin. Il avait été installé secrètement dans le sous-sol du block 20, au printemps de 1942. Grâce à des contacts et des messagers, la direction de la résistance du canton de Silésie réussit à connaître la longueur d'onde sur laquelle il émettait. L'émetteur fonctionna pendant sept mois, en transmettant des renseignements sur les conditions de vie dans le camp, et, malgré cela, les Allemands ne réussirent jamais à le découvrir. A l'automne de 1942, il cessa d'émettre [43].
Il exista donc, dès la première année de la vie du camp, un lien permanent, bien que fragile, entre ce camp et le service de renseignement de la résistance polonaise du canton de Cracovie. Si bien qu'à la fin de 1941 fut créée au quartier général de la résistance à Cracovie une cellule spéciale pour assurer la liaison avec le camp d'Auschwitz [44].
Les contacts secrets entre Auschwitz et l'extérieur étaient fréquents et bien organisés à partir de 1942, ce qui fait que W. Pilecki était en « constant rapport » aussi bien avec le quartier général clandestin à Varsovie qu'avec les commandants des cantons de Cracovie et de Silésie [45].
Les canaux par lesquels transitaient les informations n'étaient pas toujours rigoureusement clandestins. En de nombreuses occasions, les messages sortaient d'Auschwitz par un moyen beaucoup plus simple : ils étaient transmis par les détenus libérés par les Allemands. Les libérations de détenus furent particulièrement nombreuses au cours de 1942 : il y eut 952 libérations durant la première moitié de cette année-là et 36 au cours des six mois suivants [46].
De ce qui vient d'être exposé on peut tirer la conclusion que, par sa situation géographique et ses propres caractéristiques de camp de travail ouvert aux travailleurs civils, Auschwitz n'était pas en soi le lieu le plus adéquat pour garder un secret. Si l'on ajoute à cela l'efficacité avec laquelle travaillaient les groupes de résistance, qui allaient jusqu'à utiliser des émetteurs de radio, il faudrait conclure que, pour la résistance polonaise, le camp d'Auschwitz était pour ainsi dire transparent. En conséquence, s'il s'était produit à Auschwitz une extermination massive de juifs, il ne fait pas de doute qu'elle aurait été connue en détail et rapidement au quartier général de la résistance à Varsovie.

3. 1 Les rapports de la résistance polonaise

Le principal recueil de documents de la représentation du GPE à l'intérieur de la Pologne - la Delegatura - sur le camp d'Auschwitz a été publié par le PMO sous le titre Oboz koncentracyjny Oswiecim. W swietle okt delegatury rzadu RP na kraj (Le camp de concentration d'Oswiecim à la lumière des documents de la Delegatura du gouvernement de la République polonaise dans le pays). Cette compilation a été réalisée grâce à des documents originaux contenus dans les archives de l'Institut d'histoire du Parti du Comité central du Parti ouvrier polonais unifié (communiste) [47]. Cet ouvrage est une compilation, apparemment exhaustive, de tous les documents de la résistance polonaise se rapportant à Auschwitz.
Nous énumérons et commentons brièvement ci-dessous tous les documents publiés dans cet ouvrage qui correspondent à la période d'août à décembre 1942, durant laquelle se serait produit le massacre de dizaines de milliers de juifs, dont plusieurs milliers venant de France et de Belgique. Nous avons indiqué pour chaque texte le titre, le nom de la publication ou du document ainsi que la date.

a) « Mémoire sur la situation dans le pays pendant la période comprise entre le 16 juillet et le 25 août 1942. » [48]
On indique que des contrôles de malades étaient effectués de temps en temps. Une partie d'entre eux finissaient dans la chambre à gaz.
On n'y parle pas des juifs.

b) « Information périodique » n° 31 (56). Supplément. 26 août 1942 [49].
Contient en majeure partie des informations fournies par le « mémoire » qui précède.
On n'y parle pas des juifs.

c) « Lettre écrite au camp d'Oswiecim. » 29 août 1942 [50].
Il est question des méthodes employées pour tuer les prisonniers. On signale l'existence de chambres à gaz : « Le plus terrible sont les exécutions en masse au moyen de chambres à gaz spéciales » (w komorach specjalne), qui contiennent 1 200 personnes. « Elles étaient aménagées en salles de douches mais, malheureusement, il en sortait du gaz à la place de l'eau » (zamiast wody wydobywa sie gaz). 300 000 personnes sont mortes ainsi. Les malades du typhus ont également été exécutées de cette manière.
Le texte comporte 68 lignes dont à peine 8 parlent des chambres à gaz.
On n'y parle pas des juifs.

d) « Information périodique » n° 33 (58). 8 septembre 1942 [51].
« Oswiecim. Le camp compte actuellement autour de 100 000 prisonniers, dont environ 70 000 juifs de toute l'Europe. Il y a tellement de cas de typhus dans le camp que même la garde SS ne quitte pas le camp. Les prisonniers non plus ne sortent pas à l'extérieur pour travailler. On isole des blocs entiers. Au cours du dernier mois on a effectué sur le territoire du camp : 1) des installations de chambres à gaz (zainstalowano komory gazowe) dans lesquelles on empoisonne les juifs (1 000 personnes par jour en moyenne) [...]. »

e) « Rapport sur la situation dans le pays pendant la période du 26 août au 10 octobre 1942. » 10 octobre 1942 [52].
Il contient des nouvelles de l'intérieur d'Auschwitz datées de la fin du mois d'août. Environ 30 000 juifs et 150 [l5 000] juives et enfants juifs y arrivèrent au cours de l'année 1942. « Dans ce nombre, environ 3 000 juifs et 7 000 juives ont été inscrits sur les listes de prisonniers, tous les enfants ont été envoyés aux chambres à gaz. » Dans les chambres à gaz « on empoisonnait principalement les prisonniers bolcheviques et juifs. Parmi les Polonais, surtout les malades incurables. »
Ce rapport a une longueur approximative de 180 lignes dont 7 à peine font référence aux juifs et aux chambres à gaz.

f) « Information périodique » n° 39 (64). 23 octobre 1942 [53].
« Jusqu'au 15 août [1942] le "livre des morts" (ksiega zmarlich) enregistrait officiellement 18 000 incinérés. Mais, mis à part ces chiffres officiels (prisonniers de Pologne et du Reich), il est mort des milliers de juifs de Pologne, de France, des Pays-Bas et d'Allemagne, plus des Serbes, des Tchèques, des Slovaques, des Hongrois, y compris des Italiens, ainsi qu'un certain nombre, à coup sur, de Polonais "déplacés". » Ce document met l'accent sur les prisonniers de guerre russes : « Il en arriva environ 60 000 tout au long de 1941 et aucun n'en réchappa : ils subirent l'action des gaz de guerre » (probowano na nich dzial ania gazow bojowych). Les biens, l'or et les bijoux confisqués aux juifs de France et des Pays-Bas dépassèrent les 60 millions de marks d'avant la guerre. «D'après le rapport d'un SS, on faisait travailler les chambres électriques (komorach elektr. ) où l'on arrivait chaque nuit à 2 500 [victimes]. Les exécutions ont lieu dans des bains électriques et dans des chambres à gaz » (lazni elektrycznej i w komorach gazowych). Les chiens du camp exterminaient également un grand nombre de victimes.

g) ler` novembre 1942 (document sans en-tête) [54].
On exécutait les prisonniers à l'aide d'un « marteau pneumatique » (Lufthammer). 70 prisonniers de guerre soviétiques s'évadèrent.
On n'y parle pas des juifs.

h) « Département de l'Information. Section occidentale. » 12 novembre 1942 [55].
Ce texte contient des informations très récentes sur l'intérieur d'Auschwitz : du 2 octobre et des 2, 3 et 4 novembre. On donne des renseignements sur l'exécution de Polonais et l'anéantissement de prisonniers soviétiques dans les chambres à gaz. La seule référence aux juifs est la suivante : « Les effectifs numériques du camp de concentration d'Oswiecim s'élevaient au 31 octobre de l'année en cours à environ 75 000 personnes, en tenant compte des juifs parqués dans le camp. »

i) « Mémoire sur la situation dans le pays pendant la période comprise entre le 11 octobre et le 15 novembre 1942. » 15 novembre 1942 [56].
Le point le plus important de ce document est le suivant : « Le livre officiel des prisonniers incinérés dans les crématoires d'Oswiecim jusqu'au 15 août de cette année porte les noms de 18 000 martyrs. Dans ce livre ne figurent pas des dizaines de milliers de personnes qui sont arrivées à Oswiecim uniquement pour être exterminées aussitôt dans les chambres à gaz. Cela touche avant tout les prisonniers soviétiques et les juifs mais également, sans doute, un certain nombre de Polonais. »

j) « A la centrale » (Do centrali). Novembre 1942 [57].
Le titre indique que le document était destiné au GPE. Dans une annexe figurent plusieurs textes sous l'intitulé général de « Copies de mémoires et de rapports sur le camp pénal (obozu carnego) d'Oswiecim ».
Le premier rapport contient des renseignements recueillis jusqu'au 15 juillet 1942, avant que ne commence à arriver le gros des juifs de France et de Belgique. De nombreux convois allèrent à la chambre à gaz, que l'on appelle Degasungskammer [sic], parmi lesquels 12 000 prisonniers bolcheviques, 8 000 Polonais et 35 000 juifs.
Le second rapport (« Fragments de la description d'un des prisonniers d'Oswiecim ») livre un exposé général sur le camp. On n'y parle pas de l'extermination des juifs.
Dans le troisième texte (« De la correspondance d'un des prisonniers d'Oswiecim » ), on signale qu'il arrivait normalement chaque semaine « deux convois de juifs de Slovaquie, de France et du Gouvernement Général. Les juifs du Gouvernement Général sont empoisonnés en masse ; il est difficile de fixer un chiffre mais il est énorme.» Et aussi : « Quelque 15 000 [juifs] gisaient autour des chambres à gaz, bien qu'on les emportaient chaque jour sur des charrettes. »
Le quatrième et dernier témoignage (« Fragment de la correspondance d'Oswiecim ») signale que l'on envoyait les malades dans les chambres à gaz ou qu'on leur injectait du poison, cette dernière méthode étant appliquée de plus en plus souvent aux juifs.

k) « Rapport hebdomadaire du Corps de Sécurité de l'Etat » (Panstwowego Korpusu Bezpieczenstwa). Ier décembre 1942 [58].
Rapport sur l'arrivée de convois de la prison de Pawiak (Varsovie) et sur la situation générale dans le camp.
On n'y parle pas des juifs.

1) « Rapport hebdomadaire du Corps de Sécurité de l'Etat. » 10 décembre 1942 [59].
On cite l'évasion de prisonniers d'Oswiecim.
On n'y parle pas des juifs.

m) « Le Gouvernement Général sous le talon de la terrible terreur de l'occupant. » 20 décembre 1942 [60].
On se borne à mentionner l'arrivée de convois de Polonais à Oswiecim.
On n'y parle pas des juifs.

n) « Annexe n° 44 de la période du 16 au 31 décembre 1942. » 31 décembre 1942 [61].
On signale qu'il y a 8 588 juifs, dont 2 621 français, parmi les détenus d'Oswiecim. Il y a des juives de France dans le camp des femmes. Pour finir, le document mentionne que l'on tue au moyen d'injections de phénol dans le coeur des juifs qui présentent « un état pathologique manifeste ».

En résumé : sur les 14 documents cités, il n'y en a que 5 qui font référence, et de manière très vague pour certains d'entre eux, à l'extermination des juifs (documents d, e, f, i et j). De plus, les mentions de l'anéantissement occupent peu de place comparativement : par exemple, seulement 8 lignes sur un total de 68 dans le document c et seulement 7 lignes sur un total de 180 dans le document e. Sur 33 pages de texte serré il y a tout juste quelques rares lignes, qui sont en général vagues, relatives à l'anéantissement systématique des juifs. Pourtant, au cours du seul mois d'août 1942, il arriva une trentaine de convois de juifs, principalement de France, de Belgique et des Pays-Bas, mais également de Slovaquie, de Yougoslavie et de Pologne. Il arrivait donc presque un convoi par jour. D'après ce qui est admis généralement, ceux qui composaient ces convois aboutissaient en grande partie dans les chambres à gaz [62]. Il s'agissait par conséquent d'un grand massacre qui aurait mérité que les documents de la résistance lui accordent une plus grande place que le silence complet ou de simples allusions faites au passage.
D'un autre côté, les allusions à des massacres systématiques ne concernent pas exclusivement les juifs. Selon ces documents, on exterminait également des prisonniers de guerres russes, des Polonais et des malades. Les juifs ne sont dans ces textes qu'un autre groupe que les Allemands anéantissaient. On mettait plus l'accent dans certains cas sur l'extermination des prisonniers soviétiques (documents e, f et h), alors que, selon la thèse généralement admise, l'anéantissement des Soviétiques et des autres groupes aurait été insignifiant comparé au meurtre de masse des juifs.
Néanmoins, dans un document interne de la résistance de l'été 1943, il est fait mention sous une forme expresse d'un gigantesque massacre de juifs. Ce document annonce que depuis l'ouverture du camp jusqu'au 15 décembre 1942, 502 000 juifs de France, de Belgique et des Pays-Bas ont été « gazés » (zagazowanych) [63]. Ce chiffre est néanmoins très exagéré. Il suppose plus du double du nombre total de déportés de ces trois pays pendant toute la durée de la guerre. Mais ce qu'il importe le plus de souligner c'est que la résistance polonaise ne pouvait s'être rendue compte subitement de cet événement. Si un nombre considérable de juifs avaient été exterminés, la résistance l'aurait sans doute su plus tôt et en aurait parlé de façon non équivoque et catégorique dans certains de ses documents. En effet, un massacre de ces proportions ne pouvait s'effectuer à l'instant, mais il devait s'être produit tout au long de plusieurs mois. C'est la raison pour laquelle les 14 documents de la résistance examinés plus haut constituent, à notre avis, un démenti à cette nouvelle information.

3.2 Les documents du gouvernement polonais en exil

Après l'invasion de la Pologne par l'Allemagne et l'Union soviétique en septembre 1939, un gouvernement polonais en exil se constitua. Ce gouvernement se fixa pour mission de combattre aux côtés des Alliés afin de reconquérir l'indépendance de la Pologne. Il eut successivement pour sièges Paris, Angers et, à partir de juin 1940, Londres. Il fut reconnu par toutes les nations alliées.
Le GPE de Londres gardait un étroit contact avec sa représentation dans le territoire occupé, la Delegatura, et par l'intermédiaire de celle-ci avec toutes les ramifications de la résistance.
Les messages et les rapports étaient envoyés clandestinement depuis l'intérieur de la Pologne à Londres soit par radio (environ 300 fois par mois), soit au moyen de messagers (une fois par mois) [64]. Le GPE était par conséquent au courant de ce qui se passait en Pologne. Et s'il s'était produit un grand massacre de juifs sur plusieurs mois à Auschwitz, il est logique de penser que le GPE en aurait eu connaissance en un bref laps de temps et en aurait fait état dans certains de ses documents officiels, en particulier dans ceux qui faisaient plus spécialement référence aux juifs.
Voyons à présent les principaux documents émis par le GPE en 1942 sur ce qui se passait à l'intérieur de la Pologne.

a) « Rapport sur les conditions en Pologne » (Report on Conditions in Poland), 27 nov. 1942. [65]
On indique dans l'en-tête que le GPE avait reçu le rapport en provenance de Varsovie le 27 novembre 1942. Le document se compose de 127 feuillets dactylographiés et est écrit en anglais. Il est divisé en plusieurs sections et prétend donner une vision globale de l'intérieur de la Pologne depuis l'invasion allemande. Il contient des informations très récentes car il fait état d'événements qui se sont produits au début du mois de novembre 1942. Le chapitre qui nous intéresse le plus ici est celui qui fait référence à la « persécution des juifs » (p. 58-59). D'après le texte, les Allemands avaient décidé d'exterminer tous les juifs et étaient en train d'utiliser la Pologne «comme un lieu de déversement (as a dumping place) pour les juifs de toute l'Europe, avec l'intention avouée de les tuer ». Une fois en Pologne, les Allemands, « ayant aboli les ghettos polonais, se mettent à les anéantir au moyen d'armes puissantes et efficaces ». Les exécutions étaient effectuées « au moyen de mitrailleuses, dans des chambres à gaz spéciales, par électrocution ou dans des "trains de la mort" ». Dans ce contexte, le rapport révèle que « plusieurs contingents de juifs d'Europe occidentale ont atteint le sol polonais ».
Dans l'une des annexes du document (VII-2), l'on parle des camps de concentration où étaient internés les Polonais. Il est notamment question du camp d'Auschwitz, à propos duquel on donne des renseignements précis sur les conditions d'hébergement, d'hygiène et de travail, ainsi que sur l'habillement, les punitions et la mortalité. Il est par conséquent évident que le GPE connaissait bien ce qui se passait à l'intérieur d'Auschwitz.
Pour finir, le document s'étendait dans les dernières annexes sur l'anéantissement des juifs dans différentes parties de Pologne : à Belzec, où les juifs étaient électrocutés (annexe 3), à Varsovie (annexes 4, 5 et 6) et dans les camps de Treblinka et de Sobibor (annexe 7). Néanmoins, dans aucune partie du document on ne précise que l'on était en train d'anéantir les juifs à Auschwitz.

b) « Rapport » (sprawozdawie) n° 6/42. 23 décembre 1942. [66]
Il s'agit d'un document officiel dactylographié, écrit en polonais et long de 82 pages. Il porte un en-tête du ministère de l'Intérieur, Section Sociale. Il est daté de Londres, 23 décembre 1942. Il est qualifié de « secret » (tajne) et l'on indique qu'il est destiné à l' « usage exclusif du service » . Il est signé par le ministre de l'Intérieur, Stanislaw Mikolajczyk. Il rassemble des informations de nature générale de l'intérieur de la Pologne qui se rapportent, pour la plupart, à la seconde moitié de 1942.
Le document est divisé en plusieurs chapitres et contient différents rapports, mémoires, messages et lettres envoyés de l'intérieur de la Pologne. L'un d'entre eux est un mémoire sur la situation générale entre le 16 juillet et le 25 août 1942. Le camp d'Auschwitz est mentionné en rapport avec l'envoi de prisonniers polonais arrêtés lors de rafles massives. On mentionne des massacres de juifs en différents endroits : Lublin, Rzeszow, Tarnow, Cracovie, Lwow et Varsovie. On signale en particulier que la liquidation du ghetto de Varsovie avait commencé et que de très nombreux juifs étaient anéantis dans les « camps de la mort de Belzec, de Sobibor et de Treblinka II » (p. 34-36).
La part la plus importante du document est consacrée à la « liquidation des juifs en Pologne » (p. 42-69) et traite presque exclusivement de la liquidation du ghetto de Varsovie.
Le document consacre enfin deux pages au camp d'Auschwitz (p. 70-71), bien qu'il ne contienne des informations que jusqu'au 1er juin 1942. Il mentionne comme méthodes d'extermination le « marteau pneumatique » (Hammerluft), les exécutions au fusil et les chambres à gaz. Cette dernière méthode était utilisée pour tuer les malades, les inaptes au travail, les bolcheviques « et, depuis peu, les convois de juifs » (i ostatnie transporty zydow). Elle constitue la seule allusion de tout le rapport aux juifs à Auschwitz.

c) « L'extermination en masse des juifs dans la Pologne occupée par les Allemands » (The Mass Extermination of Jews in German Occupied Poland) [67].
C'est un document officiel, écrit en anglais, du ministère des Affaires étrangères du GPE. Il a été publié à Londres en décembre 1942. Il contient différents textes et déclarations officiels du GPE émis entre le 27 novembre et le 17 décembre 1942. Le document était destiné plus spécialement, comme le signale son titre, à appeler l'attention du monde sur les massacres de juifs prétendument commis par les Allemands.
Le document déclare réunir les « plus récentes informations » reçues de Pologne « au cours des dernières semaines » sur les « nouvelles méthodes de meurtres de masse employées au cours des derniers mois » (p. 4-5). Sont énumérés différents lieux où s'effectue l'extermination des juifs et l'on cite une vingtaine de localités, en mentionnant tout particulièrement le ghetto de Varsovie. Ce qu'il importe de souligner est que ce document, qui déclare détenir des informations exhaustives et très récentes sur ce qui est arrivé aux juifs en Pologne, ne fait pas une seule fois mention du nom d'Auschwitz.

d) Polish Fortnightly Review.
La Polish Fortnightly Review était une publication bimensuelle du ministère de l'Intérieur du GPE. Elle constituait l'un des « principaux véhicules de diffusion de la propagande polonaise en langue anglaise » et le canal principal « par lequel le gouvernement transmettait des renseignements à la presse occidentale » [68].
Depuis le premier numéro de cette revue, en juillet 1940, jusqu'au 1er mai 1945, l'on ne trouve pas la moindre trace d'une extermination des juifs à Auschwitz. Avec cette particularité que, bien que le camp d'Auschwitz soit continuellement mentionné, il n'est nulle part indiqué qu'il s'agissait d'un lieu où l'on exterminait des juifs, et, parallèlement, bien que l'extermination des juifs soit mentionnée fréquemment, rien n'indique qu'elle était réalisée à Auschwitz [69].

Il semble évident, en définitive, que l'extermination des juifs constituait l'un des points centraux de la propagande polonaise à la fin de 1942. Cette propagande énumérait fréquemment les lieux où était censé se pratiquer ce massacre. Et il est très significatif que parmi la cinquantaine de localités dans lesquelles, selon les documents cités, on exterminait les juifs, Auschwitz ne s'y soit pas trouvé. D'un autre côté, ces rapports indiquent clairement que ce qui se passait dans le camp d'Auschwitz était connu du GPE.
La conclusion qu'il convient alors de tirer est que si le GPE ne révéla pas qu'on était en train d'effectuer ce massacre à Auschwitz, alors qu'il devrait l'avoir fait car cela convenait à sa propagande et parce qu'il savait ce qui se passait à l'intérieur du camp, cela est du -selon toute probabilité - à ce qu'il ne s'est produit à Auschwitz aucun anéantissement de juifs, du moins pas un anéantissement suffisamment important pour qu'on en parle.
C'est pourquoi il n'est pas non plus possible d'admettre, sur la foi des documents de la résistance polonaise et du GPE, que l'on pratiquait à Auschwitz, en 1942, un massacre de juifs en général et de juifs de France et de Belgique en particulier.

4 Indices selon lesquels Auschwitz n'était pas le but final de la déportation

Selon la version aujourd'hui généralement acceptée, tous les convois de juifs partis de France et de Belgique en 1942 achevèrent leur voyage à Auschwitz. Une partie de ces convois effectuait un voyage ininterrompu entre la France ou la Belgique et Auschwitz. D'autre part, comme cela a déjà été indiqué, un arrêt était prévu à Cosel, à environ 100 kilomètres à l'ouest d'Auschwitz, où descendait l'ensemble ou une partie des hommes aptes au travail. Tout de suite après, le convoi poursuivait son parcours jusqu'à Auschwitz. Une fois dans le camp, quelques hommes et femmes étaient immatriculés en tant que détenus et le reste était anéanti systématiquement et immédiatement dans les chambres à gaz. Selon cette version, il n'existe pas de cas où un détenu soit parvenu à aller au-delà d'Auschwitz [70].
Néanmoins, quelques sources indiquent qu'une grande partie des juifs déplacés de pays occidentaux étaient envoyés dans des territoires situés beaucoup plus à l'est. Selon ces sources, par conséquent, le voyage ne s'achevait pas tragiquement à Auschwitz, tout au moins pour beaucoup des déportés.
La déportation des juifs en général et des juifs occidentaux (de France, de Belgique et des Pays-Bas) en particulier était un phénomène qui ne passait pas inaperçu des Alliés. Les gigantesques mouvements de masse qui avaient lieu en Europe, et notamment le déplacement de la population juive, ne pouvaient laisser indifférents les observateurs les plus perspicaces. En 1943, un démographe américain, le professeur Eugene M. Kulischer, publia un ouvrage où il analysait les mouvements de population en Europe depuis le début de la guerre [71]. Kulischer eut accès à de nombreuses sources d'information des pays et des groupes ethniques on nationaux concernés par le problème. Kulischer reçut en particulier des renseignements d'une trentaine d'organismes, parmi lesquels l'American Joint Distribution Committee, le Belgium Information Centre, le Central and Eastern European Planning Board, le French Information Centre, la Croix-Rouge Internationale, l'Institute of Jewish Affairs, la Légation lettone à Washington, le consulat général lithuanien à New York, l'Office of Population Research et le Polish Information Centre [72].
Pour Kulischer, la déportation des juifs entre dans le cadre général des mouvements massifs de populations, volontaires ou forcés, qui se produisirent durant la seconde guerre mondiale. Les juifs étaient envoyés dans l'est de l'Europe, principalement pour travailler. Selon les termes de l'auteur, la déportation des juifs à l'Est est «l'équivalent du recrutement pour le travail dans le Reich auquel était soumis le reste de la population de l'Europe contrôlée par les Allemands, et son déplacement (removal) chaque fois plus loin à l'est était sans doute lié à la nécessité de satisfaire les besoins de l'armée près du front » [73]. Les juifs de France, de Belgique et des Pays-Bas participaient également à ce courant général vers l'Est : « On a rapporté que de nombreux juifs d'Europe occidentale ont été envoyés dans les mines de Silésie. La grande majorité a été envoyée dans le Gouvernement général et, en nombre toujours croissant, dans les régions de l'est, c'est-à-dire sur les territoires qui étaient sous la domination soviétique depuis septembre 1939 et dans d'autres zones occupées de l'Union soviétique » [74]. Une fois dans ces zones, les juifs étaient internés dans des camps de travail ou dans des ghettos en fonction de leur aptitude au travail. Kulischer souligne que les ghettos et les camps de travail « des territoires de l'est occupés par l'Allemagne sont devenus la destination des déportés aussi bien de Pologne que d'Europe occidentale et centrale » [75]. Les ghettos du Gouvernement général et des territoires de l'est étaient en particulier « la destination habituelle » (the usual destination) des juifs déportées d'Europe occidentale [76]. Kulischer indique également que de nombreux juifs déportés du ghetto de Varsovie pendant l'été 1942 avaient été envoyés « dans les camps de travail du front russe ; [on en avait envoyé] d'autres travailler dans les marais de Pinsk, ou dans les ghettos des pays baltes, en Biélorussie et en Ukraine » [77]. Bien qu'il ne l'indique pas expressément, il devait probablement s'agir des lieux évoqués par Kulischer sous le nom générique de «territoires de l'Est » et vers lesquels on tendait à déplacer tous les juifs en général.
Il existe également des sources émanant de l'intérieur de la Pologne qui confirment que les juifs occidentaux aboutissaient dans des ghettos, ne serait-ce que dans une phase préalable à l'extermination : « Après que les Allemands eurent achevé leurs préparatifs - en confinant les juifs polonais dans des ghettos et en y faisant entrer de nombreux transports de juifs d'Europe occidentale - le premier acte de la tragédie commença. » [78]
Des documents officiels du GPE, parlant également d'une politique allemande d'anéantissement physique des juifs, ce qui est conforme à la propagande de cette époque, se prononcent dans le même sens : « Le gouvernement polonais a en particulier communiqué aux gouvernements des Nations Unies des informations authentiques sur le massacre, non seulement des juifs que les Allemands ont écrasés en Pologne, mais également des centaines de milliers qu'ils ont transplantés d'autres pays et emprisonnés dans les ghettos qu'ils ont établis dans notre pays. [79] »
Il existe des indices précis montrant qu'une partie au moins des juifs déportés de France et de Belgique en 1942 allèrent dans des endroits situés à l'est d'Auschwitz, là où, selon la croyance aujourd'hui généralement admise, ils n'auraient pas dû se trouver.
Dans une lettre du 24 mars 1943, Gisi Fleischmann - activiste sioniste de Slovaquie - reconnaît la présence de juifs belges dans la région de Lublin, dans l'est de la Pologne. G. Fleischmann écrit : « Nous recevons environ 200 lettres de Deblin-Irena et de Konskawola, district de Lublin, où, en plus de nos juifs, se trouvent également des [juifs] belges (wo ausser unseren Juden sich auch belgische befinden) qui sont arrivés ces dernières semaines » [80].
Un témoin oculaire, I. Hertz, signale dans un témoignage présenté au Comité juif antifasciste d'Union Soviétique l'existence de juifs français et belges en Ukraine en 1942 : « Des convois de juifs sont arrivés dans la station de chemin de fer de Lvov depuis Tarnopol, Sambor et Brzeziny, et le chargement humain est arrivé à Belzec. En outre, des trains contenant des juifs de Bruxelles, d'Amsterdam et de Paris ont traversé Lvov (trains passed through Lvov containing Jews from Brussels, Amsterdam and Paris) ; ils ont été envoyés dans le même centre d'extermination. [81] »
Quelques documents révèlent également la présence de juifs occidentaux dans le ghetto de Varsovie. Dans le rapport confidentiel déjà cité du GPE du 23 décembre 1942 (voir paragraphe 3. 2), l'on signale qu'il y a dans le ghetto de Varsovie « un ramassis de six cent mille juifs de la région qui ont été transportés des provinces, y compris en partie de pays occidentaux occupés par l'armée allemande (nawet czesciowo z krajow zachodnich, okupowanych przez armie niemiecka) » [82]. Et, plus précisément, dans un rapport de la Delegatura sur le : «problème juif » qui couvre la période comprise entre le 15 octobre et le 15 novembre 1942, on lit : : « Des personnes qui sont en étroit contact avec le ghetto de Varsovie déclarent que d'autres convois de juifs sont arrives récemment à Varsovie de France, de Belgique et des Pays-Bas. Ces convois n'ont pas été nombreux. La destination de ces juifs n'a pas été éclaircie pour le moment mais il ne fait pas de doute qu'il s'agit pour beaucoup d'entre eux d'un séjour temporaire qui précède leur transfert à l'Est, vers l'extermination. » [83]
Un document allemand indique également implicitement quo l'on envisageait de déporter les juifs occidentaux - de France, de Belgique et des Pays-Bas - sur le territoire russe. Le document en question est un résumé d'une conférence sur les « questions juives » (Judenfragen) qui eut lieu à Berlin le 1er septembre 1942 dans le service qui s'occupait de la déportation des juifs. Y assistèrent les représentants de la police allemande chargés de la déportation des juifs dans les pays occupés. Deux des participants venaient de France, L'un d'entre eux étant le rédacteur du document. La conférence traite plus spécialement de l'évacuation des juifs. Le paragraphe qui nous intéresse ici est le suivant :

« e) Achat de baraquements (Barackenankauf). Le SS Obersturmbannführer Eichmann a demandé que l'on procède immédiatement (sofort) à l'achat des baraquements commandés par le chef de la police de sécurité de La Haye. Le camp doit être installé en Russie (Das Lager soll in Russland errichtet werden). L'envoi des baraquements peut se faire de manière à ce que chaque train emporte 3 à 5 baraquements. » [84]

On conclut manifestement du document que les juifs des pays occupés allaient être évacués dans un futur camp en Russie, dont la construction était imminente d'après les instructions d'Eichmann. Ce camp était destiné aux juifs des pays occidentaux car on allait acheter les baraquements aux Pays-Bas et on les transporterait petit à petit dans les trains de déportés. En outre, le fait que deux représentants de la police allemande de Paris aient été présents et que l'un d'eux ait fait état dans sa note de récapitulation de l'achat de baraquements comme l'une des cinq questions importantes qui avaient été traitées suggère que ce camp en Russie était prévu pour devenir un lieu de destination pour les juifs évacués de France.
En définitive, diverses sources indiquent que les juifs déportés de France et de Belgique formaient une partie du courant général de la population juive déplacée par les Allemands vers des zones de l'est de la Pologne et de Russie. Les juifs, selon ces mêmes sources, étaient internés dans des camps de travail et dans des ghettos. Dans tous les cas, il existe des éléments précis qui permettent d'affirmer, à l'encontre de la thèse généralement acceptée, qu'au moins quelques groupes de juifs français et belges ont été déportés plus loin qu'Auschwitz.

5 La question des survivants

Voyons à présent quel est le mécanisme autour duquel s'articule la thèse selon laquelle les juifs déportés de France et de Belgique en 1942 ont été presque anéantis en totalité à Auschwitz.
L'on a constaté tout d'abord que seule une partie des membres des convois étaient immatriculés et admis dans le camp d'Auschwitz et qu'il ne demeurait aucune trace du reste, tout au moins pour ce qui concerne la documentation qui a survécu. On a ensuite constaté que très peu de ces déportés étaient revenus en France et en Belgique en 1945. Pour être précis, on parle de 805 survivants pour la France [85] et de 380 pour la Belgique [86]. En ce qui concerne la France, le nombre des survivants est « celui indiqué officieusement par le ministère des Anciens Combattants », devant lequel devaient se présenter les déportés à leur retour [87]. Il semble que tous ces survivants avaient été détenus à Auschwitz. De tout cela, on tire la conclusion que les juifs qui ne sont pas revenus en France et en Belgique en 1945 sont morts en déportation, la majorité dans les chambres à gaz d'Auschwitz.
Cette thèse est néanmoins difficile à soutenir car ses deux prémisses sont viciées dès l'origine. Qu'il ne soit pas resté trace dans les archives d'Auschwitz des membres d'un convoi non immatriculés dans le camp ne signifie pas nécessairement qu'ils ont été exterminés dans des chambres à gaz. De la même façon, il ne faut pas considérer comme forcément morts tous les déportés qui ne sont pas revenus en France et en Belgique en 1945.
Qui plus est, comme on va le voir plus loin, les faits démentent également cette thèse.
Tout d'abord, les juifs non immatriculés à Auschwitz n'ont pas tous été exterminés. Plus de 30 ans après la fin de la guerre, on a réussi à savoir que plusieurs milliers étaient descendus des trains dans la ville de Cosel, à 100 kilomètres à l'ouest d'Auschwitz. C'est la raison pour laquelle ces hommes ne sont pas arrivés à Auschwitz. Malgré cela, on les a considérés comme exterminés jusqu'en 1978, date à laquelle on a rectifié l'erreur (voir paragraphe 0. 4). D'autre part, les signes de l'existence de juifs français et belges dans le district de Lublin, à Lvov et à Varsovie (voir chapitre 4) indiquent qu'ils n'ont pas été immatriculés à Auschwitz ni n'ont été anéantis.
En second lieu, tous les survivants ne devaient pas nécessairement étaient apatrides revenir en France ou en Belgique. Pour commencer, une grande partie des juifs déportés de France en 1942 étaient apatrides ou étrangers. Si l'on examine l'ouvrage de S. Klarsfeld [88], on pourra constater que seuls 15 % environ des juifs déportés de France en 1942 étaient de nationalité française et que, parmi eux, une bonne partie était des enfants nés en France de parents étrangers. En conséquence, la plupart des survivants n'avaient pas de raison spéciale de revenir en France en 1945, surtout si l'on tient compte du fait que, dans de nombreux cas, c'était le gouvernement français lui-même qui les avait livrés aux Allemands.
Un exemple de ce que de nombreux juifs survivants ne voulaient pas revenir dans leur pays d'origine ou dans celui d'où ils avaient été déportés, nous le trouvons dans le camp de Bergen-Belsen, en Allemagne. Cet ancien camp de concentration fut transformé après la guerre en un centre d'accueil pour personnes déplacées ,qui y attendaient de pouvoir émigrer dans d'autres pays. A Belsen, « les détenus juifs, qui formaient le plus grand groupe spécifique du camp (the largest single group in the camp), ne désiraient pas rentrer dans leurs pays européens d'avant la guerre, ils voulaient au lieu de cela s'installer en Palestine » [89]. Il est probable que le même désir existait parmi les juifs des autres camps pour personnes déplacées. Il est également possible que les juifs qui ne désiraient pas émigrer en Palestine le firent outre-mer. Il paraît logique que si on leur offrit l'occasion de se rendre, par exemple, en Amérique ou dans l'un des dominions de l'Empire britannique, ils le firent plutôt que de revenir dans leurs pays d'origine, pour la plupart en ruines à cause de la guerre et où ils avaient tout perdu.
Il existe de plus des preuves précises que des juifs déportés de France ne revinrent pas dans ce pays après la guerre. S. Klarsfeld a montre que, selon le ministère des Anciens Combattants, seulement 11 survivants du convoi numéro 24 se sont présentés en 1945. Néanmoins, il a pu également vérifier que 12 membres de ce convoi sont revenus en Belgique et n'ont pas informé le ministère français de leur retour [90]. Grâce à cette simple recherche, S. Klarsfeld est parvenu à accroître le nombre de survivants de ce convoi de plus de 100 %.
Autre cas : S. Klarsfeld signale à propos du convoi numéro 8 de France que, « [à] notre connaissance, 14 rescapés survivaient en 1945 de ce convoi, tous des hommes » [91]. Néanmoins, nous avons pu vérifié qu'une femme déportée dans ce convoi, Jenny Spritzer, a survécu à la guerre et a émigré en Suisse, où elle a écrit ses mémoires [92]. Ce cas est un bon exemple. J. Spritzer, juive de nationalité allemande, s'est réfugiée aux Pays-Bas avant la guerre. Après l'invasion des Pays-Bas par les Allemands, elle s'enfuit en Belgique et, de la, en France, où elle fut arrêtée alors qu'elle se dirigeait vers l'Espagne. De France, elle fut déportée à Auschwitz. Comme le séjour de cette femme en France avait été purement circonstanciel et que rien ne la liait à ce pays, quelle nécessité avait-elle d'y revenir en 1945 ? Le cas de J. Spritzer est exemplaire : une grande partie des juifs déportés en 1942 étaient également des étrangers et ne se trouvaient que de passage en France, ayant fui l'avance allemande. En principe, et à l'instar de cette femme, ces survivants n'étaient pas non plus poussés par un intérêt spécial à revenir en France en 1945.
S. Klarsfeld a reconnu l'existence de cette situation : « Aux 2 200 survivants (en 1945) que nous avons pu repérer au total, doivent sans doute s'ajouter d'autres survivants, qui ne sont passés au retour ni par la France, ni par la Belgique. Toutes sortes de raisonnements nous incitent à estimer que le nombre total de survivants (en 1945) ne devait pas excéder 2 500. [93] » Il nous a été impossible de savoir jusqu'à présent sur quelle sorte de raisonnement s'est appuyé S. Klarsfeld pour parvenir à cette conclusion.
Une autre possibilité est que les survivants sont revenus en France après 1945. Tel fut le cal, par exemple, de Stanislas Jankowski qui a été déporté de France en 1942 et n'est revenu que bien après la guerre [94]. Le cas de Jankowski est arrivé à la connaissance de S. Klarsfeld qui en a fait état dans son ouvrage, mais il est possible que d'autres soient revenus sans qu'il l'apprenne.
De tout cela, il faut conclure que la thèse généralement acceptée ne tient pas car, comme nous l'avons vu, ses prémisses sont fausses : tous les juifs non immatriculés à Auschwitz n'ont pas été exterminés et ceux qui sont revenus en France en 1945 et se sont présentés au ministère des Anciens Combattants ne sont pas les seuls survivants.

6 Conclusion : ce qui est probablement arrivé

Pour savoir ce qui est vraiment arrivé aux juifs déportés de France et de Belgique en 1945, nous devons nous en tenir aux faits. Et, en récapitulant, voici les faits :

En définitive, à partir des faits dont on a parlé, il ne faut pas tirer la conclusion que les juifs déportés de France et de Belgique en 1942 ont été presque tous anéantis dans les chambres à gaz à peine arrivés à Auschwitz. Ce massacre semble au contraire, à la lumière des éléments qui ont été apportés, extrêmement improbable. Mais alors, si ces juifs n'ont pas été anéantis à Auschwitz, que leur est-il donc arrivé ?
Les trains de déportés de France et de Belgique traversaient l'Allemagne. Beaucoup de ces trains s'arrêtaient à la gare de Cosel où descendaient un certain nombre d'hommes en âge de travailler en vue d'être internés dans les nombreux camps de travail de la région. Il est difficile de calculer le nombre total des hommes qu'on a fait descendre à Cosel. S. Klarsfeld a avance un chiffre compris entre 3 000 et 4 000 pour ce qui concerne les convois de France [95], chiffre qui parait vraisemblable. Les trains poursuivaient ensuite en direction d'Auschwitz avec le reste des membres du convoi. Il ne fait pas de doute que les trains de France parvenaient au moins à Auschwitz. On conserve les textes des télétypes envoyés par la police allemande de Paris au service d'A. Eichmann, à l'inspecteur des camps de concentration et au commandant d'Auschwitz après le départ de chaque convoi. Les télétypes annoncent le départ de chaque train en direction d'Auschwitz [96].
A l'arrivée à Auschwitz on procédait à la sélection : on attribuait un numéro d'identification aux hommes et aux femmes aptes au travail et on les internait dans le camp. On ignore ce qu'il advenait des vieux, des femmes inaptes au travail et des enfants. A notre connaissance il n'y a pas d'allusions au sort qui attendait les non-immatriculés dans la documentation du camp qui a survécu. C'est la raison pour laquelle l'on ne peut formuler que des hypothèses à partir de là.
Il est possible qu'Auschwitz, ou son annexe de Birkenau, ait servi de camp de transit pour les déportés inaptes au travail. Ils y passaient un certain temps avant d'être envoyés de nouveau vers l'Est. Cette hypothèse repose sur la procédure suivie dans la déportation d'autres juifs.
L'évacuation des juifs allemands et autrichiens dans la seconde moitié de 1942 en est une illustration. Un document des chemins de fer allemands (Deutsche Reichsbahn) du 8 août 1942 contient un « plan de circulation» (Umlaufplan) pour « des trains spéciaux (Sonderzüge) de personnes déplacées, d'ouvriers pour la cueillette et de juifs au cours de la période comprise entre le 8 août et le 30 octobre 1942 » [97]. On peut y lire qu'un certain nombre de trains avec des juifs allemands et autrichiens étaient dirigés directement vers des lieux déterminés de l'est de l'Europe : Riga (Lettonie), Wolkowysk (Biélorussie), Parczew (Pologne, secteur de Lublin) et Raasiku (Lituanie ?). Néanmoins, la plupart des convois - 26 - furent dirigés vers le ghetto de Theresienstadt (République tchèque) à partir de Vienne et de différentes villes allemandes. A son tour, le ghetto de Theresienstadt servait de point de départ à de nombreux convois - 14 - vers l'Est : vers Riga, Wolkowysk, Raasiku et Izbica (Pologne, secteur de Lublin).
Nous reproduisons dans l'annexe V une page du « plan de circulation » cité. La colonne 1 indique les dates, la 2 le numéro du train (l'indicatif « Da » désigne les trains spéciaux pour juifs), la 3 le lieu de départ et la 5 la destination. Toutes les possibilités signalées figurent sur cette page :

Ce document laisse entendre que Theresienstadt était pour de nombreux juifs allemands et autrichiens une étape dans la déportation vers l'Est. Theresienstadt devait jouer le rôle de ghetto de transit dans lequel les déportés passaient une période plus on moins longue avant d'être réexpédiés vers les zones d'installation de l'Est.
Quelque chose de semblable s'était produit quelques mois auparavant, à l'automne 1941. Environ 20 000 juifs allemands, autrichiens, tchèques et luxembourgeois avaient alors été déportés à l'Est. Dans un premier temps, ils furent internés dans le ghetto de Lodz (Pologne) où ils restèrent environ six mois avant d'être déplacés de nouveau [98].
Il est intéressant également d'observer ce qui est arrivé aux juifs slovaques déportés au printemps 1942. Du 27 mars au 14 juin 1942, autour de 38 000 personnes, dans 38 trains, furent déplacées. Sur ces trains, 4 allèrent au camp de concentration de Majdanek (Lublin, Pologne) ; les 34 autres transportèrent leurs membres dans différentes localités de la région de Lublin (Lubartow, Opole, Lukow, Chelm, Pulawy, Sobibor...). La majorité de ces convois étaient composés de familles. Plusieurs trains furent soumis à un processus de « sélection » en passant par Lublin. Ceux qui furent considérés aptes au travail furent internés à Majdanek. Les autres poursuivirent leur voyage. Une proportion considérable des déplacés échouèrent dans des « ghettos de transit » (Durchgungsghettos). Après un séjour dans ces ghettos, qui peut varier entre quelques jours ou semaines et de nombreux mois, les juifs furent déportés de nouveau. Cette seconde déportation s'effectua, dit-on, vers les « camps de la mort » [99].
Par analogie, il y a lieu de penser que les trains de juifs venant de France et de Belgique suivaient un parcours similaire, à ceci près que le voyage durait plus longtemps. Il existe également une autre raison. Comme cela a été signalé, les Allemands avaient prévu de déporter des milliers de travailleurs juifs à Auschwitz pour les employer dans l'industrie (voir chapitre 2). Il est alors logique que, devant évacuer également les enfants et, d'une manière générale, les personnes inaptes au travail, ils font fait dans les mêmes convois que ceux des travailleurs. De cette manière, tous arrivèrent ensemble à Auschwitz. Les vieillards, les femmes et les enfants attendaient à Auschwitz jusqu'à ce qu'on organise de nouveaux convois ou que l'on prenne les dispositions en vue de les accueillir dans les zones d'installation de l'Est.
Cette hypothèse est de plus cohérente avec les informations dont on disposait en 1943 dans les pays alliés. Le professeur E. Kulischer, cité plus haut, a signalé dans son ouvrage que de nombreux juifs européens occidentaux avaient été envoyés dans les mines de Silésie, mais la grande majorité de ces juifs furent déportés dans le Gouvernement général et dans les territoires occupés de l'Union soviétique (voir chapitre 4). Cosel et Auschwitz se trouvent en effet en Haute Silésie, région renommée pour ses mines de charbon. Un sous-camp d'Auschwitz, Jawischowitz, était plus particulièrement destiné à l'internement des détenus qui devaient travailler dans les mines [100].
D'un autre côté, un document allemand daté du 2 octobre 1942 renforce l'hypothèse selon laquelle Auschwitz servait de camp de transit pour les juifs déportés vers l'Est. Il s'agit d'un message envoyé de Berlin dans lequel on accorde l'autorisation de voyage aller et retour pour qu'un camion de cinq tonnes avec remorque aille d'Auschwitz à Dessau « dans le but d'aller chercher des matériaux pour le transfert de la population juive » (zwecks Abholung von Materialen für die Judenumsiedlung) [101]. Nous reproduisons ce document dans l'annexe VI. Les «matériaux» cités étaient probablement des désinfectants destinés à éliminer les parasites vecteurs de maladies - en particulier le pou de corps, vecteur du typhus - des vêtements, des effets et des corps des personnes déplacées. Une fois désinfectées, et après un délai de quarantaine, celles-ci pouvaient poursuivre leur route vers l'Est. Hypothèse mise à part, le fait est que le document précédent associe de manière non équivoque le camp d'Auschwitz à une déportation en cours.
Il est possible que de nombreux juifs, après être passés par Auschwitz, aient été évacués dans des ghettos et des villes du Gouvernement général de Pologne réservés aux juifs. Un décret allemand du 28 octobre 1942 établissait que tous les juifs habitant sur le territoire des arrondissements de Varsovie et de Lublin seraient rassemblés « dans 14 lieux destinés à devenir des circonscriptions résidentielles pour les juifs » (in 14 judischen Wohnbezirken bestimmten Orten) avant le Ier décembre de la même année. A partir du 1er décembre aucun juif ne pouvait habiter en dehors de ces circonscriptions résidentielles ou les quitter sans la permission de la police. La sanction pour ceux qui enfreignaient cette règle était la peine de mort. Les non-juifs qui vivaient dans ces zones et ne les quittaient pas avant la date fixée seraient punis d'une amende qui pouvait aller jusqu'à 1 000 zloty ou d'une peine pouvant aller jusqu'à trois mois de prison. Les « circonscriptions résidentielles juives » étaient soumises à une administration spéciale et dirigées par les « conseils juifs » (Judenraten). De cette manière, les juifs vivraient dans ces 14 lieux « complètement autonomes » (sie ganz unter sich leben) [102].
Un décret analogue du 10 novembre 1942 fixait la même réglementation pour les juifs habitant les autres secteurs du Gouvernement Général : Cracovie et Galicie. Ce décret distingue deux types de « circonscriptions résidentielles juives » (Judenwohnbezirke) : des « villes exclusivement pour les juifs » (reine Judenstädte), d'où l'on avait délogé toute la population non juive, et des ghettos situés à l'intérieur des grandes villes. Le décret établissait 55 « circonscriptions résidentielles juives » pour tout le territoire du Gouvernement Général. 42 étaient des « villes exclusivement pour les juifs » et 13 des ghettos. De loin, la majorité de ces lieux réservés aux juifs se situaient dans le secteur de Galicie, dans l'extrême sud oriental de l'ancienne Pologne (dans l'actuelle Ukraine), avec 21 « villes réservées » et 11 ghettos. A partir du ler décembre 1942, le reste du territoire du Gouvernement général sera, à l'exception des juifs employés dans l'industrie de guerre et de ceux qui étaient internés dans les camps de concentration, « exempt de juifs » (judenrein) [103].
Plusieurs des lieux mentionnés par le décret comme des « circonscriptions résidentielles juives », principalement dans les secteurs de Lublin et de la Galicie, comme Lemberg (Lvov), Parczew, Konskowola, Izbica, Lukow et Chelm, apparaissent dans différents documents (voir chapitres 4 et 5) comme des lieux de destination des juifs déportés de France, de Belgique, d'Allemagne et de Slovaquie. Il est possible qu'on ait attribué à de nombreux juifs de France et de Belgique un lieu de résidence là-bas de manière définitive. Mais cette fois leur séjour n'y fut que provisoire et ils finirent par être déplacés une fois de plus, à présent vers le Nord-Est, en Biélorussie et dans les pays baltes où l'on était également en train de déporter les juifs vers ces dates (voir chapitre 5).
Sur la carte de l'annexe VII figurent les lieux d'accueil pour les juifs déplacés d'après les documents et les indices présentés dans ce travail.
La mortalité aura été sans doute très élevée parmi les juifs déportés. La mauvaise alimentation et de médiocres conditions d'hygiène dans des régions dévastées par la guerre auront causé de nombreuses victimes au sein d'une population composée, dans une forte proportion, de personnes âgées et d'enfants. On manque de données à cet égard mais les ghettos de Lodz et de Varsovie peuvent servir d'exemples. Sur les 200 000 personnes qui sont passées par le ghetto de Lodz tout au long de la guerre, 45 000 sont mortes. Sur les 470 000 personnes qui se sont trouvées dans le ghetto de Varsovie entre la fin de 1940 et septembre 1942, 83 000 sont mortes [104].
Après la guerre, les survivants qui le voulurent et le purent retournèrent en France et en Belgique. Ceux qui revinrent en France en 1945 et le firent savoir au ministère des Anciens Combattants furent considérés officiellement comme survivants. Il est possible que d'autres soient revenus et ne l'aient pas fait savoir, ou qu'ils ne soient revenus qu'après 1945. D'autres survivants profitèrent sans doute de l'occasion qui leur était offerte d'émigrer dans des pays moins touchés par la guerre : en Amérique et dans les dominions de l'Empire britannique, principalement en Palestine. Il faut avoir présent à l'esprit que la majorité des juifs déportés de France en 1942 ne possédaient pas la nationalité française. On pense qu'il s'est produit immédiatement après la guerre un mouvement clandestin d'environ 250 000 juifs à partir de l'est de l'Europe vers les camps de personnes déplacées en Allemagne, en Autriche et en Italie. Cette migration massive a été connue sous le nom de Beriha (en hébreu, «fuite» ou « évasion »). Le but de la plupart de ces personnes était d'émigrer en Palestine, alors sous mandat britannique [105]. L'on ne peut écarter, pour les raisons indiquées précédemment, qu'il se soit trouvé parmi les 250 000 émigrants des juifs qui avaient été déportés de France et de Belgique.
Il existe enfin la possibilité que de nombreux juifs déportés par les Allemands dans des régions qui, à la fin de la guerre, se sont retrouvés sous souveraineté soviétique n'aient pas été autorisés à émigrer en Occident. Cette supposition n'exclut pas un mouvement du front de l'Est durant la dernière année de la guerre. A la fin du mois de juin 1944, les Soviétiques lancèrent une gigantesque offensive dans le secteur central du front, à la suite de laquelle d'importantes unités allemandes furent encerclées. Tout le dispositif défensif des Allemands s'effondra. Le résultat fut qu'en un peu plus d'un mois les avant-trains soviétiques étaient aux portes de Varsovie, après avoir progressé, au cours de cette période, de près de 400 kilomètres. Les Soviétiques avaient conquis la Biélorussie, la Galicie et la région de Lublin dans leur avance météorique. Comme nous l'avons signalé, d'importants contingents de juifs furent déportés vers ces trois zones. Tous ces juifs seraient restés aux mains de Staline car il aurait été impossible aux Allemands de les évacuer vers l'ouest. Il est donc possible que le dirigeant soviétique ait empêché la sortie d'URSS de tout ou partie de ces juifs à la fin de la guerre [106].
Pour finir, il reste à formuler quelques réponses à de possibles objections que l'on pourrait faire à notre travail.
En premier lieu, on peut nous accuser de n'avoir pas employé toutes les sources datant de la guerre. On peut nous reprocher en particulier de n'avoir pas tenu compte de ce qu'on appelle les « protocoles d'Auschwitz », révélations faites par des évadés présumés d'Auschwitz qui ont été diffusées au printemps de 1944. Si nous ne l'avons pas fait c'est que nous avons déjà publié un livre sur la question où il est montré que ce document ne résiste pas à la critique historique la plus élémentaire et ne mérite pas qu'on y ajoute foi [107].
En second lieu, on peut nous reprocher de n'avoir pas pris en considération les sources apparues après la guerre, essentiellement les témoignages des survivants et les mémoires et différentes déclarations des Allemands impliqués dans l'affaire. Nous ne l'avons pas fait parce que nous avons estimé que le massacre présumé de dizaines de milliers de juifs dans un même lieu - Auschwitz - et tout au long de plusieurs mois aurait laissé des traces évidentes et ineffaçables dans les documents contemporains. De plus, ce n'est pas de cette façon que l'on constate les faits historiques. Il n'a pas fallu les témoignages des survivants pour établir la preuve, par exemple, du massacre de la Saint-Barthélemy ou du bombardement de Dresde. Ce sont des faits d'une nature telle qu'ils ont laissé une infinité de traces dont on ne peut douter. D'autre part, les témoignages et les confessions d'après-guerre sont fréquemment inconciliables avec les documents contemporains. En général, les témoignages affirment que tous les juifs français et belges étaient exterminés ou admis à Auschwitz en 1942 ; les documents contemporains révèlent quant à eux la présence de juifs français et belges à des centaines de kilomètres à l'est d'Auschwitz. En cas de divergence, il faut se demander pourquoi, par exemple, un témoignage d'un survivant livré en 1970 ou en 1980 constituerait une source historique plus sûre qu'un document de la résistance on du gouvernement polonais daté de 1942.
Enfin, on peut nous accuser de n'avoir exprimé aucune certitude mais seulement des hypothèses. De là l'abus de termes ou d'expressions comme « probablement », « il est possible », « peut-être », etc. La raison en est avant tout l'absence des sources essentielles pour connaître en détail cet épisode historique. Il manque, par exemple, les documents des chemins de fer allemands [108] et de l'administration allemande en Biélorussie [109]. Le document cité au chapitre 6 est une exception. Les choses étant ainsi, nous nous sommes appuyé sur les indices existants et avons tenté de combler les lacunes au moyen d'hypothèses. C'est en définitive une méthode orthodoxe de recherche historique : partir des faits connus pour en déduire d'autres à l'aide d'un raisonnement constructif. Nous avons ainsi observé d'un côté que les documents de la résistance et du gouvernement polonais en exil ne font pas référence à l'extermination massive de juifs qui se serait déroulée à Auschwitz. Nous en avons par conséquent déduit que ce massacre ne s'était pas produit. Nous avons montré d'autre part que les Allemands étaient en train de déporter les juifs allemande, autrichiens et slovaques dans des régions de l'est de la Pologne et en Russie, après un séjour préalable dans des ghettos ou des camps de transit. Par analogie, nous avons supposé que les juifs français et belges avaient également été transférés dans ces régions après un séjour préalable dans un camp de transit celui d'Auschwitz. Nous avons vu ensuite que nos deux conjectures convenaient et se complétaient et permettent de parvenir sinon à la certitude, du moins à une grande probabilité. Et c'est ici que se concentre précisément l'essentiel de la question : d'après les sources examinées, la probabilité selon laquelle les juifs ont été déportés de France et de Belgique en Pologne et en Russie en 1942 nous paraît beaucoup plus vraisemblable que la probabilité selon laquelle ils ont été anéantis presque en totalité à Auschwitz au moyen de « chambres électriques », de «bains électriques », de « marteaux pneumatiques » ou de « chambres à gaz » sans que personne n'ait lancé de cri d'alarme.


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KLARSFELD, Serge, Le Mémorial de la déportation des Juifs de France, Paris, Beate et Serge Klarsfeld, 1978. Non paginé.
- KLARSFELD, Serge, Vichy-Auschwitz. Die Zusammenarbeit der deutschen and französischen Behörden bei der « Endlosung der Judenfrage » in Frankreich, Hambourg, Delphi Politik, 1989, 600 p.
- KULISCHER, Eugene, The Displacement of Population in Europe, Montreal, International Labour Office, 1943, 171 p.
- LANGBEIN, Hermann, Hommes et femmes à Auschwitz, Paris, Fayard, 1975, 527 p.
- LAQUEUR, Walter, The Terrible Secret. Suppression of the Truth about Hitler's « Final Solution », Harmondsworth, etc., Penguin, 1980, 262 p.
- Mémorial de la déportation des Juifs de Belgique, Bruxelles-New York, Union des déportés juifs en Belgique et Filles et Fils de la déportation/The Beate Klarsfeld Foundation, 1982. Non paginé. C'est nous qui avons paginé dans les références.
- PIPER, Franciszek, « Estimating the Number of Deportees to and Victims of the Auschwitz- Birkenau Camp », Yad Vashem Studies [Jerusalem], XXI, 1991, 49-103.
- Righteous Among Nations, Londres, Wladyslaw Bartoszewski and Zofia Lewin, 1969, 834 p.
- SPRITZER, Jenny, Ich war Nr. 10291. Tatsachenbericht einer Schreiberin der politischen Abteilung aus dem Konzentrationslager Auschwitz, Darmstadt, Darmstädter Blätter, Schwarz & Co., 1980², 161 p.
- STEINBERG, Lucien, Les Autorités allemandes en France occupée, Paris, Centre de Documentation Juive Contemporaine, 1966, 355 p.
- The Black Book. The Nazi Crime Against the Jewish People, New York, Duell, Sloan & Pearce, 1946, 560 p.
- « Unser einziger Weg ist Arbeit. », Das Getto in Lodz 1940-1944, Vienne, Löcker Verlag, 1990, 288 p.
- WEISSMANDEL, Michael Dow, Min Hametzar, New York, Emunah, 1960. Pagination en caractères hébreux.
- WERNER, Steffen, Die zweite babylonische Gefangenschaft. Zum Schicksal der Juden im Osten seit 1941, Steffen Werner, Pfullingen, 1990, 200 p.


[1]

Danuta CZECH, « Kalendarium der Ereignisse im Konzentrationslager Auschwitz-Birkenau », Hefte von Auschwitz, 3, 1960, p. 54-110 (désormais Kalendarium).

[2]

Reichssicherheitshauptamt : Office central de sécurité du Reich. Un de ses départements était chargé de la déportation des juifs.

[3]

Camp de transit situé au nord-est de Paris. Les Allemands y concentraient les juifs destinés à la déportation.

[4]

D. CZECH, Kalendarium, 1989.

[5]

Localité située à environ 100 kilomètres à l'ouest d'Auschwitz. C'est ici que s'arrêtèrent, avant d'arriver à Auschwitz, un certain nombre de trains en provenance de France et de Belgique avec pour objet de sélectionner de la main-d'oeuvre pour les nombreux camps de travail qu'il y avait dans la région.

[6]

Konzentrationslager : camp de concentration.

[7]

Serge KLARSFELD, MDJF, p. 5 (selon notre numérotation, cet ouvrage n'étant pas paginé).

[8]

D. CZECH, Kalendarium, 1989, p. 289.

[9]

Auschwitz. Deel III, La Haye, Croix-Rouge néerlandaise, 1952, p. 6.

[10]

Archives PMO. Cote D-RO/123 (Männer) pour les listes d'hommes et D-RO/123 (Frauen) pour celles des femmes.

[11]

F. PIPER, « Estimating the Number of Deportees to and Victims of the Auschwitz-Birkenau Camp », Yad Vashem Studies, XXI, 1991, p. 69.

[12]

D. CZECH, Kalendarium, 1989, p. 35, 189.

[13]

Camp de détention de juifs.

[14]

D. CZECH, Kalendarium, 1989, p. 35.

[15]

Mémorial de la déportation des Juifs de Belgique, p. 14, 22 et 23 (désormais : MDJB). Les pages correspondent à notre propre numérotation, l'ouvrage n'étant pas paginé.

[16]

15MDJB, p. 22-23.

[17]

Ibidem.

[18]

Ibidem.

[19]

Centre de Documentation Juive Contemporaine (désormais : CDJC), XXVI-29, 15 juin 1942.

[20]

Chef du département chargé de la déportation des juifs.

[21]

CDJC, NG-183, 22 juin 1942.

[22]

CDJC, RF-1221, 26 juin 1942.

[23]

CDJC, VI-190, 27 juin 1942.

[24]

CDJC, NG-183, 2 juillet 1942.

[25]

CDJC, XXVb-55, 8 juillet 1942.

[26]

CDJC, XXVb-60, 11 juillet 1942.

[27]

CDJC, XXVb-80, 18 juillet 1942.

[28]

Nom sous lequel était connue la partie du territoire de l'ancienne Pologne qui n'avait pas été rattachée au Reich et qui était soumise à une administration allemande spéciale.

[29]

CDJC. XXVI-46. 21 juillet 1942.

[30]

CDJC, XXVb-123, 11 août 1942.

[31]

CDJC, XXb-126, 13 août 1942.

[32]

Lucien STEINBERG, Les Autorités allemandes en France occupée, Paris, Centre de Documentation Juive Contemporaine, 1966, p. 99.

[33]

Barbara JAROSZ, « Le mouvement de la résistance à l'intérieur et à l'extérieur du camp », Auschwitz. Camp hitlérien d'extermination, Varsovie, Interpress. 1986, p. 145-147, 150.

[34]

Idem, p. 158.

[35]

Jozef GARLINSKI, Fighting Auschwitz. The Resistance Movement in the Concentration Camp, Londres, Julian Friedmann, 1975, p. 97-98.

[36]

Idem, p. 110.

[37]

Idem, p. 175.

[38]

Walter LAQUEUR, The Terrible Secret. Suppression of the Truth about Hitler's « Final Solution », Harmondsworth, etc., Penguin, 1980, p. 22-23.

[39]

Idem, p. 24.

[40]

Jozef GARLINSKI, Fighting Auschwitz, op. cit., p. 43.

[41]

Idem, p. 43-45.

[42]

Hermann LANGBEIN, Hommes et femmes à Auschwitz, Paris, Fayard, 1975, p. 252.

[43]

Jozef GARLINSKI, Fighting Auschwitz, op. cit., p. 100-101.

[44]

Idem, p. 46.

[45]

Idem, p. 102, 143.

[46]

Walter LAQUEUR, The Terrible Secret, op. cit., p. 169.

[47]

Oboz,. koncentracyjny Oswiecim, p. XIII.

[48]

Idem, p. 36-38.

[49]

Idem, p. 39-40.

[50]

Idem, p. 42-43.

[51]

Idem, p. 44.

[52]

Idem, p. 45-50.

[53]

Idem, p. 52.

[54]

Idem, p. 54.

[55]

Idem, p. 55.

[56]

Idem, p. 56.

[57]

Idem, p. 58-70.

[58]

Idem, p. 72-73.

[59]

Idem, p. 73-74.

[60]

Idem, p. 74-75.

[61]

Idem. p. 75-76.

[62]

Danuta CZECH, Kalendarium. 1989. p. 263-292.

[63]

Oboz, p. 79-80.

[64]

Tadeusz BOR-KOMOROWSKI, The Secret Army, Londres, Victor Gollancz, 1950, p. 150.

[65]

Hoover Institution, Poland, Ambasada (U.S.), Box 29.

[66]

Hoover Institution, Poland, Min. Spraw Wewnetrznych, Box 3.

[67]

Studium Polski Podziemnej, 2318.

[68]

David ENGEL, In the Shadow of Auschwitz. The Polish Government-in-Exile and the Jews, 1939-1942, Chapell Hill, University of North Carolina Press, 1987, p. 192, 172.

[69]

Pour plus de détails, voir : Enrique AYNAT, « Auschwitz and the Exile Government of Poland in the Polish Fortnightly Review », The Journal of Historical Review, vol. 11, n° 3, automne 1991, p. 283-319. [Voir également la version française traduite de l'espagnol : « Le gouvernement polonais en exil et Auschwitz d'après le périodique Polish Fortnightly Review, 1940-1945 », Revue d'histoire révisionniste, n° 5, novembre 1991, p. 30-70. - N.D.T.]

[70]

Serge KLARSFELD, MDJF, p. 9 ; MDJB, p. 22-23.

[71]

Eugene KULISCHER, The Displacement of Population in Europe, Montreal, International Labour Office, 1943.

[72]

Idem, p. 4-5.

[73]

Idem, p. 110.

[74]

Idem, p. 107.

[75]

Idem, p. 110.

[76]

Idem, p. 108.

[77]

Idem, p.110-111.

[78]

Extrait d'un rapport de la Delegatura du 24 avril 1943 à Londres (Biuletyn Informacyjny, 29 avril 1943), dans Righteous Among Nations, Londres, Wladyslaw Bartoszewski & Zofia Lewin, 1969, p. 674.

[79]

The Mass Extermination of Jews in German Occupied Poland, Studium Polski Podziemnej, 2318.

[80]

Michael Dow WEISSMANDEL, Min Hametzar, New York, Emunah, 1960, fac-similé reproduit dans l'annexe documentaire de cet ouvrage qui comporte une pagination en caractères hébreux.

[81]

The Black Book. The Nazi Crime Against the Jewish People, New York, Duell, Sloan & Pearce, 1946, p. 198.

[82]

Sprawozdlanie Nr. 6/42, p. 35, Hoover Institution.

[83]

Righteous Among Nations, op.cit., p. 667. Cet ouvrage publie une traduction du document original qui se trouvait dans les archives de l'Institut d'Histoire du Parti du Comité central du Parti ouvrier unifié (communiste), cote 202/XV/Vol. 2. D'après ce que nous avons pu vérifier, après la dissolution de ce parti en 1990 ses archives ont été réparties entre différents centres de documentation de Varsovie. Il nous a été impossible jusqu'à présent d'obtenir le document original.

[84]

CDJC. XXVI-59, 1er septembre 1942.

[85]

Serge KLARSFELD, Vichy-Auschwitz. Die Zusammenarbeit der deutschen und französischen Behörden bei der « Endlösung der Judenfrage » in Frankreich, Hambourg, Delphi Politik, 1989, p. 331.

[86]

MDJB, p. 23.

[87]

Serge KLARSFELD, MDJF, p. 6.

[88]

Idem.

[89]

Paul KEMP, « The Liberation of Bergen-Belsen Concentration Camp in April 1945 : The Testimony of Those Involved », Imperial War Museum Review, 5, p. 37.

[90]

Serge KLARSFELD, MDJF, convoi n° 24.

[91]

Idem, convoi n° 8.

[92]

Jenny SPRITZER, Ich war Nr. 10291. Tatsachenbericht einer Schreiberin der politischen Abteilung aus dem Konzentrationslager Auschwitz, Darmstadt, Darmstädter Blätter, Schwarz & Co., 1980.

[93]

Serge KLARSFELD, MDJF, p. 6.

[94]

Idem, convoi n° 1.

[95]

Idem, p. 8.

[96]

Idem, passim.

[97]

Institut für Zeitgeschichte, Fb 85/2, p. 217-230.

[98]

« Unser einziger Weg ist Arbeit. », Das Getto in Lodz 1940-1944, Vienne, Löcker Verlag, 1990, p. 6, 16 et 201.

[99]

Yehoshua BÜCHLER, « The Deportation of Slovakian Jews to the Lublin District of Poland in 1942 », Holocaust and the Genocide Studies, vol. 6, n° 2, 1991.

[100]

Danuta CZECH, « Les camps auxiliaires d'Auschwitz », Contribution à l'histoire du KL-Auschwitz, s.l., s.n., s.d., p. 51-52.

[101]

PMO, Fahrgenehmigungen, D-Au 1-4, 73514.

[102]

« Abschluss der Judenumsiedlung », Ostland, n° 22, 15 novembre 1942, p. 388-389.

[103]

« 55 Judenwohnbezirke im Generalgouvernement », Ostland, n° 23, 1er décembre 1942, p. 408-409.

[104]

Raul HILBERG, La Destruction des Juifs d'Europe, Paris, Fayard, 1988, p. 234.

[105]

Yehuda BAUER, « Beriha », Encyclopedia of the Holocaust, vol. I, New York, Macmillan, 1990, p. 192-196.

[106]

Steffen WERNER. Die zweite babylonische Gefangenschaft. Zum Schicksal der Juden im Osten seit 1941, Pfullingen, Steffen Werner. 1990. Selon cet auteur, les juifs s'y trouvent encore.

[107]

Enrique AYNAT, Los « Protocolos de Auschwitz » : una fuente historica ?, Alicante, Garcia Hispan, 1990. [Une traduction française de cet ouvrage est en préparation. - N.D.T.]

[108]

Raul HILBERG, La Destruction des Juifs d'Europe, op. cit., p. 1048.

[109]

Steffen WERNER, Die Zweite babylonische Gefangenschaft, op. cit., p. 17.


Akribeia, n° 2, mars 1998, p.5-59


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