Les rapports de la résistance polonaise
sur les chambres à gaz d'Auschwitz
(1941-1944)

Enrique Aynat

 

Cette étude, traduite de l'espagnol par Jean Plantin, est la seconde des deux études composant le recueil publié en octobre 1994, Estudios sobre el « Holocausto ». La deportación de judiós de Francia y Bélgica en 1942. La resistencia polaca y las cámaras de gas de Auschwitz (Valence, Enrique Aynat).

 

0 Introduction

0. 1 Genèse et objet

Depuis longtemps nous avons été curieux de connaître les informations dont disposaient le gouvernement polonais en exil et le mouvement clandestin polonais dans l'intérieur de la Pologne - la résistance - sur le camp de concentration allemand d'Auschwitz. Nous avons consacré un travail à cette question [1]. Nous y indiquions que la résistance polonaise et, par conséquent, le gouvernement polonais en exil savaient ce qui se passait à l'intérieur d'Auschwitz. Des membres de différentes organisations de la résistance étaient bien placés dans les centres névralgiques du camp de concentration, tels que le bureau central, l'hôpital, le bureau des constructions, le bureau d'attribution du travail et la section politique. Il est évident que la résistance ne pouvait ignorer les principaux événements qui se déroulaient dans le camp, en particulier la présumée extermination massive des juifs.
A cette occasion, nous nous sommes concentré sur l’étude des informations utilisées par la résistance concernant le principal instrument avec lequel, dit-on, s'effectuait cette extermination massive : les chambres à gaz homicides.

0. 2 Sources

La majeure partie des documents étudiés proviennent des archives de la Delegatura.
La Delegatura fut de 1940 à 1945 la représentation du gouvernement polonais, alors en exil à Londres. La Delegatura avait des pouvoirs exécutifs et disposait des mêmes sections, équivalentes aux ministères, qu'une administration publique. Géographiquement, elle s'étendait sur tout le territoire de la Pologne, dans le cadre des frontières du ler septembre 1939, à l'intérieur desquelles elle avait établi des délégations provinciales, de district et municipales. La Delegatura constituait de fait un gouvernement alternatif qui rivalisait avec celui du gouvernement allemand. Il s'agissait en définitive d'un « Etat clandestin » doté de son propre système d'enseignement, de son propre système légal et de ses propres forces armées, appelées Armia Krajowa ou Armée de l'Intérieur [2].
L'un des organismes dans lequel se divisait administrativement la Delegatura était le « Département de l’Information et de la Presse » (Departament Informacji y Prasy), qui se composait de deux sections : orientale et occidentale. La « Section occidentale » (Sekcja Zachodnia) s'attribuait le rôle d'organisateur de la conspiration dans la partie annexée par le Reich et, en particulier, à Auschwitz, qui avait été incorporé à l’Allemagne en 1939. C'est la raison pour laquelle elle dirigeait les actions clandestines dans le camp de concentration. La « Section occidentale » se composait de cinq départements. Le plus important était le «Département du service d'information » (Wydzial Sluzby Informacyjnej). Ses agents collaboraient étroitement avec le service d'espionnage de l'Armia Krajowa et avec les réseaux de renseignement des partis politiques faisant partie de la Delegatura. C'est par l'intermédiaire de ces organisations que parvenaient les informations à l’organisation centrale de Varsovie, des archives de laquelle proviennent la quasi-totalité des textes rassemblés dans ce travail.
Les documents de la Delegatura furent déposés après la guerre dans les archives de l’Institut d'Histoire du Parti du Comité central du Parti ouvrier polonais unifié (communiste) et classés sous la cote 202. Après la dissolution de ce parti en 1990, ils ont été transférés à la « Direction principale des Archives d'Etat » (Naczelna Dyrekcja Archiwów Panstwowych), à Varsovie, où ils se trouvent actuellement.
On peut classer en quatre groupes les documents étudiés : rapports périodiques sur la situation en Pologne, envoyés à Londres sous la forme de microfilms par des courriers ; bulletins hebdomadaires de questions urgentes, généralement transmis par radio ; bulletins confidentiels destinés aux différentes organisations clandestines ; et, enfin, rapports détaillés qui servaient de base aux précédents et qui étaient généralement dactylographiés sur des feuilles de papier volantes.
Une grande partie des documents examinés dans ce travail ont été publiés dans l’ouvrage Obóz koncentracyjny Oswiecim w swietle akt delegatury rzadu RP na kraj [Le camp de concentration d'Oswiecim (Auschwitz) à la lumière des documents de la délégation du gouvernement de la République de Pologne de l'intérieur] [3]. Cet ouvrage - que nous appellerons désormais Obóz - constitue un répertoire documentaire, réalisé apparemment avec un souci d'exhaustivité, des informations relatives à Auschwitz qui existaient dans les archives de la Delegatura. Les compilateurs déclarent que la publication des documents a été faite «conformément aux originaux conservés, sans omissions ni ratures » et qu'ils ont uniquement corrigé les fautes d'orthographe et les signes de ponctuation [4]. Pour une raison non élucidée, Obóz ne reproduit pas les documents de la période comprise entre juillet 1944 et le 27 janvier 1945, date à laquelle le camp fut occupé par les forces soviétiques.
Les autres documents examinés proviennent des archives du Polish Underground Movement (1939-1945) Study Trust (Londres), de Yad Vashem (Jérusalem), du Public Record Office (Kew, Richmond, Grande-Bretagne) et de la Hoover Institution (Stanford University, Stanford, Californie). Les archives du Polish Underground Movement (1939-1945) Study Trust de Londres conservent une partie des documents transmis clandestinement par la résistance au gouvernement polonais en exil. Nous avons pu y vérifier qu'il y a quelques documents qui ont été publiés dans Obóz et qui, comme l’indiquent ses éditeurs, ont été reproduits fidèlement.
Une grande masse de documents utilisés par la résistance polonaise au sujet du camp de concentration d'Auschwitz à donc été étudiée.

0. 3 Méthode

Nous avons suivi la méthodologie historique traditionnelle.
En premier lieu, nous avons compilé les sources et avons jugé qu'il convenait de les inclure dans un répertoire documentaire à la fin de notre travail (voir annexe 1). Le lecteur intéressé disposera ainsi d'une vision panoramique et pourra se faire une idée par lui-même. Nous avons pensé qu'il était également nécessaire de faire figurer les textes dans leur langue d'origine, suivis de leur traduction. De cette manière, le lecteur qui dispose de notions de polonais pourra accéder directement aux sources et sera aussi à même de déceler d'éventuelles erreurs de traduction.
Dans la majorité des cas, nous n'avons fait que reproduire partiellement les documents, n'ayant pris en compte que les fragments qui font allusion aux chambres à gaz homicides en particulier et à la méthode d'extermination en général. Nous avons essayé de toujours respecter le contexte. D'une façon ou d'une autre, le lecteur curieux ou soupçonneux pourra consulter la source originale complète, que nous avons toujours pris le soin d'identifier de la manière la plus précise possible.
Bien que les allusions aux chambres à gaz soient nombreuses dans les documents étudiés, en particulier à partir de 1943, elles sont très sommaires pour la plupart. Dans une forte proportion de cas les documents se bornent à mentionner simplement que les convois de juifs, de prisonniers de guerre soviétiques et de Polonais allaient « aux chambres à gaz » (do komor gazowych), ou, plus succinctement, « au gaz » (na gaz), ou que jusqu'à une date déterminée, un certain nombre de personnes avaient été « gazées » (zagazowanych). Nous avons estimé que ces allusions n'apportent rien à la connaissance des chambres à gaz et c'est la raison pour laquelle nous ne les avons pas reproduites.
Nous avons essayé de réunir uniquement les documents qui contiennent des textes descriptifs des chambres à gaz en tant que réalité matérielle, c'est-à-dire ceux qui nous indiquent comment elles étaient, comment elles fonctionnaient, où elles se trouvaient, quel était leur nombre et quel agent toxique elles utilisaient.
Les documents ont été ensuite soumis à la critique. On sait que le travail de compilation des sources doit être suivi de la critique historique, externe et interne, dont la mission est d'examiner la valeur réelle de ces sources et plus particulièrement leur authenticité et leur crédibilité. Pour effectuer cette tâche, nous avons suivi la méthode établie par les professeurs français Langlois et Seignobos et exposés dans un ouvrage qui est considéré comme un classique de la méthodologie historique [5].
Pour finir, nous avons comparé l’information contenue dans les documents de la résistance sur les chambres à gaz avec la version défendue à partir de 1945 dans le but de détecter d'éventuelles divergences. Nous avons ensuite tiré quelques conclusions.
Pour localiser chaque citation, nous avons ajouté à la fin de chacune d'elles et entre parenthèses un numéro qui correspond au numéro avec lequel chaque document a été identifié dans l’annexe documentaire.
Nous avons utilisé tantôt la désignation polonaise - Oswiecim -, tantôt la désignation allemande - Auschwitz - pour donner la localité où était situé le camp de concentration. Nous avons choisi d'utiliser dans les traductions des documents la désignation polonaise et dans le reste du travail la désignation allemande, celle-ci étant universellement connue. Nous avons adopté le même critère pour ce qui est du camp de Birkenau (en polonais : Brzezinka).

1 Critique externe

Avant d'utiliser un document nous devons nous demander d'où il vient, qui en est l’auteur et à quelle date il a été rédigé. On considère qu'un document dont on ignore l’auteur, la date et la provenance ne sert à rien. La première tâche critique de l’historien sera par conséquent d'effectuer une analyse interne du document afin de déterminer ces éléments.
En examinant les documents de la résistance, nous constatons que les dates sont précisées dans l’immense majorité des cas mais que les auteurs demeurent toujours inconnus. En principe, c'est ce à quoi on peut s'attendre car, pour des raisons de sécurité - la résistance polonaise et les Allemands se livraient une guerre implacable -, les auteurs des documents devaient garder l’anonymat. Ceci étant, l'historien ne doit cependant pas s'avouer vaincu et renoncer à obtenir des renseignements sur l’identité des auteurs et des détails sur eux. Grâce à l’analyse des documents, l’historien pourra certainement obtenir des renseignements intéressants.
Si nous analysons en effet les documents, nous constatons tout d'abord que dans l’en-tête de certains d'entre eux figurent comme signes d'identification certains chiffres, clés ou codes qui correspondent à des cellules clandestines de renseignement et de propagande. Cela montre que la transmission de l’information entre le camp de concentration et la direction de la Delegatura n'était pas directe dans ces cas-là mais qu'elle passait au moins par un organe intermédiaire. La cellule clandestine se bornait probablement à faire suivre sans plus l’information reçue du camp mais on ne peut écarter que cette cellule ait « réélaboré » l’information reçue et lui ait donné un tour ou une orientation particulière.
Nous donnons ci-dessous quelques clés ou codes de cellules d'information et de propagande que portaient différents documents :

En second lieu, il y a des documents présentés comme des « lettres » et des « rapports de prisonniers » qui - pour des raisons évidentes - ne livrent aucun indice sur l’identité de leurs auteurs. Il y a, par exemple, une «lettre écrite dans le camp d'Oswiecim » (document n° 7), une « lettre d'un prisonnier d'Oswiecim » (document n° 22) et une « traduction des rapports d'un SS fonctionnaire du bureau du camp de concentration d'Oswiecim » (document n° 24), qui - selon ce qu'indique l’en-tête du texte - « travaillait toujours pour nous». Dans d'autres documents apparaît comme auteur un pseudonyme (« Lichtenstein », document n° 27) ou seulement une indication que le récepteur du document connaît l’auteur (« je connais personnellement l’informateur », document n° 19).
Bien qu'il soit normal qu'en période de guerre et sous une dure occupation on utilise ces subterfuges pour cacher l’identité des auteurs des documents, ce qui est déjà moins normal c'est que leur identité soit restée inconnue de nombreuses années après la fin de la guerre. Il est significatif que les éditeurs de l’ouvrage Obóz, publié en 1968, n'aient identifié aucun des auteurs. Au contraire, les rares indications existant dans cet ouvrage au sujet de la personnalité de ceux-ci laissent entendre qu'au moins un des documents est apocryphe. En ce qui concerne plus particulièrement le compte rendu prétendument écrit par le membre de la SS «fonctionnaire du bureau du camp de concentration d'Oswiecim » déjà cité, les éditeurs d'Obóz signalent que « son nom n'a pas été déterminé jusqu'à présent » et qu'« il n'est pas impossible que l’auteur du document ait été qualifié de SS dans le but d'induire en erreur les autorités allemandes, pour le cas où le document tombe entre leurs mains » [10).
En troisième lieu, il demeure évident à la lecture de plusieurs documents que les informations recueillies par les auteurs proviennent d'une source de seconde main. Ainsi, dans le rapport rédigé à Londres par un réfugié polonais (document n° 19), on révèle que l’auteur a obtenu l'information « d'une personne qui a été libérée » du camp de concentration. Dans d'autres cas, l’auteur montre involontairement qu'il se borne à rapporter des racontars ou des rumeurs, car il utilise des expressions comme « on parle » (mowi sie) (document n° 7), « on raconte » (dzieje sie) (document n° 17), l’informateur « a entendu » (slyszal) (document n° 26), ou « on dit » (podobno) (document n° 29).
La critique externe, et en particulier la critique de provenance, doit vérifier en outre si les sources sont véritablement indépendantes. On part du principe que les témoins indépendants, pour relater les mêmes faits, ne seront pas placés aux mêmes endroits pour les observer et ne diront pas exactement les mêmes choses dans les mêmes termes. Les événements historiques sont si complexes qu'il est totalement invraisemblable que deux observateurs indépendants les aient racontés de la même façon.
Si nous lisons attentivement la documentation et appliquons rigoureusement ce principe, nous constatons qu'une grande quantité de textes s'appuient les uns sur les autres, qu'ils sont intellectuellement apparentés, ou, pour le dire d'une autre manière, qu'ils ont un « air de famille ». Ils proviennent en fin de compte d'une même source.
Voyons tout d'abord le cas des événements précis dont il existe des descriptions dans plusieurs documents différents.
L'anéantissement de plusieurs centaines de prisonniers soviétiques et polonais dans le bunker d'Auschwitz est chronologiquement l’une des premières occasions, selon les sources de la résistance, ou l’on a employé du gaz toxique à des fins homicides. Il est décrit dans trois textes, que nous appellerons [a] (document n° 2), [b] (document n° 3) et [c] (document n° 6) et que l’on peut confronter dans l’annexe documentaire.
Un examen des trois textes montre qu'ils tirent tous leur origine d'une même source. Dans le tableau suivant, nous exposons les points de concordance :

[a]

[b]

[c]

- « crime odieux »  (ohydnej zbrodni) - « sombre crime » (ponurej zbrodni)
- « dans la nuit du 5 au 6 septembre » (w nocy z 5 na 6. IX)  - « Dans la nuit du 5 au 6 septembre [W nocy z 5 na wrzesnia] de l’année 1941 » - « during the night of September 5th to 6th last year »
- « on a fait entrer dans le bunker » (wtloczono do bunkra) - « on a fait entrer dans le bunker (wtloczono do bunkra) d'Oswiecim »  - « were driven down to the underground shelter in Oswiecim »
- « environ [ok.] 600 prisonniers soviétiques [...] ainsi qu'environ [ok.] 200 Polonais » - « environ [ok.] 600 prisonniers civils soviétiques [...] On y a ajouté quelque [ok.] 200 Polonais » - « about a thousand people [...] among them seven hundred Bolshevik prisoners of war and three hundred Poles »
- « en leur brisant les mains et les pieds avec des barres » - « regardless of broken bones »
- « on les a empoisonnés avec du gaz » (wytruto ich gazem) - « ils ont été gazés » (wytruto gazami)

Il est clair, en définitive, que ce qui a été considéré comme la première action importante d'anéantissement au moyen de gaz à Auschwitz s'appuie sur une source unique [11].
La confrontation des documents qui décrivent l’extermination des juifs hongrois au printemps de 1944 est également significative. Si l’on compare les trois textes qui font allusion à cet événement, on observe de nouveau qu'ils sont apparentés, que, du moins, certains passages tirent leur origine de la même source.
Nous appellerons [a] (document n° 30), [b] (document n 32) et [c] (document n° 31) ces trois textes.
Dans le tableau suivant nous exposons les points de concordance.

[a]

 [b]

[c]

- « Les crématoires ne suffisent pas à la crémation » (Krematoria nie moga nadazyc paleniem)  - « Les crématoires ne suffisent pas à la crémation des cadavres » (Krematoria nie moga nadazyc z paleniem zwlok)

- « Une équipe de dentistes [...] Une autre équipe de "spécialistes" »

- « Des groupes spéciaux »

- « examine avec précision les cavités orales de toutes les victimes, pour extraire les couronnes en or et en argent ; comme ils ont peu de temps, ils cassent toutes les mâchoires »

- « brisent les dents avec des couronnes en or »

- « introduit les mains dans les vagins des cadavres des femmes pour rechercher des objets de valeur dissimulés »

- « recherchent des objets de valeur dans les vagins des femmes »

- « 4 crématoires et une briqueterie [cegielnia] travaillent, et en plus on incinère sur des bûchers de plein air »

- « 4 crématoires et une briqueterie [cegielnia] sont en action [...] et l’on incinère parfois sur des bûchers »

- « Dans les temps prochains Oswiecim doit tuer 1 200 000 juifs de Hongrie »

- « De cette manière tous  les juifs hongrois peuvent être exécutés : 1 200 000 »

La confrontation des documents qui relatent l’arrivée à Auschwitz et l’extermination postérieure des juifs hongrois révèle par conséquent qu'au moins quelques points essentiels proviennent de la même source.
De plus, dans un cas, les textes ne s'inspiraient pas les uns des autres mais étaient presque copiés mot pour mot. Si on lit les documents n° 8 et n° 10 on constatera que l’un est pour ainsi dire la reproduction littérale de l’autre. La seule différence importante est que le document n° 10 ajoute une allusion à une chambre à gaz appelée Degasungskammer - terme qui n'existe pas en allemand - et qui fait état de fosses gigantesques de quatre kilomètres de long pour enterrer les cadavres.
Il y a enfin une série de termes, de phrases, de faits et de chiffres qui reviennent à plusieurs reprises dans un bon nombre de documents.
En voici quelques exemples : 

2 Critique interne

2. 1 Critique de sincérité

Par la critique de sincérité l’historien tente de vérifier s'il existe une raison de ne pas croire à la sincérité des affirmations que contient un document. Il faut se demander en premier lieu si l’auteur se trouve dans des conditions qui, normalement, inclinent un homme à ne pas être sincère. Pour cela, on établit mentalement un questionnaire. La première question que se pose l’historien est de savoir si l’auteur d'un document a éprouvé de la sympathie ou de l’antipathie pour un groupe humain déterminé (nation, parti, secte, etc.) qui puisse l’amener à travestir les faits et à donner de ses amis une image favorable et de ses adversaires une image défavorable.
Il est très facile, dans le cas qui nous occupe, de répondre à cette question. La résistance à l’intérieur de la Pologne menait une guerre implacable contre l'occupant allemand, guerre dans laquelle l’information et la propagande constituaient des armes d'une importance vitale. Et la propagande et l’information de la résistance polonaise ne reculaient pas devant la diffusion des exagérations et des mensonges les plus grossiers, produit sans doute de la haine profonde que ressentaient à cette époque les Polonais à l’encontre des Allemands.
A titre d'exemple, examinons quelques expressions contenues dans le document « Rapport sur les conditions en Pologne [Report on Conditions in Poland], 27 nov. 1942 », envoyé clandestinement de Varsovie au gouvernement polonais à Londres [12].
D'après ce rapport, les Allemands s'étaient proposé d'éliminer physiquement toute la population polonaise. En effet, « la Pologne diffère de tous les autres pays occupés en ce qu'une tentative délibérée est en train d'être faite pour exterminer sa population » (a deliberate attempt is being made to exterminate her people) (p. 1). Pour cela, on avait établi un « programme d'extermination complète » qui avait pour but l’«extermination biologique [biological extermination] de la nation polonaise » (p. 35). Pour cela, on emploierait « tout ce que la science moderne à inventé, tout ce dont sont capables des êtres humains dépourvus de conscience » (p. 62).
Le programme d'extermination comprenait, entre autres, les méthodes suivantes : crimes individuels et de masse, camps de concentration et prisons, destruction biologique et famine, et destruction de la culture polonaise. Mérite une mention à part la « perversion systématique [systematic demoralization] effectuée par les Allemands en Pologne et plus spécialement dirigée contre la jeunesse polonaise » (p. 43). En particulier, les seuls livres publiés en polonais par les Allemands étaient « obscènes, pornographiques ou corrupteurs » (p. 43). Il n'y avait ni cinéma ni théâtre en polonais, sauf ceux qui étaient destinés à miner le moral et le patriotisme du peuple. L'entrée à ces séances était libre voire obligatoire pour la jeunesse polonaise. Il est arrivé qu'on fusille des jeunes pour ne pas y avoir assisté (p. 44). Tout était très cher en Pologne, excepté l’accès à ces séances et le whisky « que l’on donne au dîner dans les camps de travail pour les jeunes » (p. 44). Les Allemands avaient couronné leur travail de contamination morale du peuple polonais en établissant un vaste réseau de « casinos, de cabarets, de salles de bal et de maisons de prostitution » (p. 44).
D'autre part, l’administration allemande en Pologne était extrêmement corrompue. « L'ivrognerie est spectaculaire. Le vieux masque allemand de rectitude appartient au passé. Il à été remplacé par un excès affiché de vie et de plaisir et une détermination à devenir riche rapidement et à n'importe quel prix » (p. 57).
L'exemple précédent confirme les soupçons qui existent a priori selon lesquels l’information et la propagande qui circulaient clandestinement en Pologne n'étaient pas objectives. De plus, si la résistance polonaise avait été capable d'inventer un plan supposé de la part des Allemands pour l’extermination biologique du peuple polonais, il faudrait admettre, mutatis mutandis, qu'elle aurait été capable d'inventer également un plan allemand pour l’extermination biologique du peuple juif. Plus concrètement, si la résistance polonaise mentait et exagérait en ce qui concerne les informations générales, il est très probable qu'elle mentait et exagérait également pour ce qui concerne les informations relatives à Auschwitz. C'est la raison pour laquelle il convient, de ce point de vue également, de considérer a priori comme suspects les documents qui font l’objet de cette étude.
La seconde tâche que doit effectuer l’historien pour s'assurer de la sincérité de l’auteur d'un document consiste à vérifier si celui-ci a usé d'artifices littéraires dans le but d'embellir les faits, ou s'il a altéré ces derniers du point de vue dramatique pour les rendre plus spectaculaires, plus conformes aux goûts du public ou en accord avec une ligne de pensée déterminée, comme par exemple une campagne de propagande. La règle est de tenir pour suspecte une affirmation qui présente de l’intérêt d'un point de vue artistique ou dramatique et de se méfier des récits très pittoresques et très spectaculaires dans lesquels, par exemple, les personnages manifestent des sentiments très nobles ou adoptent des attitudes très véhémentes.
On trouve dans les documents examinés une abondance de situations limites, de scènes dramatisées à l’extrême, d'appels à la sensiblerie ou à des sentiments d'horreur, quand il n’est pas question de faits tout bonnement incroyables. On peut penser, en revanche, que si les actions d'anéantissement de masse au moyen de gaz avaient réellement existé, leur description simple et concise aurait été déjà assez horrible comme cela pour ne pas leur conférer une plus grande tension dramatique par l’emploi d'artifices littéraires.
Nous avons réuni ci-dessous, à titre d'exemple et sans intention d'exhaustivité, des affirmations contenues dans les documents et qui, selon nous, sont peu ou pas dignes de foi en raison de ce qu'on peut appeler l’altération dramatique de la réalité.

2. 2 Critique d'exactitude

Avec la critique d'exactitude l’historien tente de déterminer si l’auteur d'un document était bien situé pour observer. L'idéal - qui ne se produit qu'exceptionnellement dans la pratique est que le témoin du fait historique soit situé de manière qu'il observe avec précision, qu'il n’ait aucun intérêt spécifique dans le fait observé, aucun désir d'obtenir un résultat donné, ni aucune idée préconçue à ce sujet. Il doit en outre prendre note de l’événement sur-le-champ, sous peine de voir son souvenir s'estomper ou se mêler à d'autres dans sa mémoire. Bien qu'il soit extraordinairement difficile de remplir ces conditions dans la vie réelle, on considère qu'un récit ou une description sont a priori plus exacts lorsqu'ils s'en approchent le plus.
Dans notre cas, étant donné que l’on ne connaît pas les auteurs des documents, nous ne pouvons pas savoir comment ils ont travaillé et s'ils s'en sont tenus aux règles citées, mais au vu des textes étudiés, l’on peut légitimement douter qu'un témoin ait jamais réellement vu une chambre à gaz.
Si, par exemple, nous essayons de savoir simplement Comment était une chambre à gaz, nous verrons que c'est à peine si les documents y font allusion, et ces allusions seront, de plus, vagues et contradictoires. Pour être précis, un document dit simplement qu' « elles [étaient] aménagées en salles de douches, d'où sortait du gaz au lieu d'eau » (urzadzne sa laznie z prysznicami, z ktorych niestety zamiast wody wydobywa sie gaz), et qu'elles pouvaient contenir 1 200 personnes (document n° 7). Un autre document signale qu'elles étaient dans des bâtiments « sans fenêtres, à double ventail, fermées par des boulons, avec des installations d'introduction du gaz et de ventilation » (bez okien, z podwojnymi drzwiami, dociskanymi srubami oraz instalacjami do doprowadzenia gazu i wentylacji), et qu'elles avaient une capacité de 700 personnes (document n° 8).
Enfin, un autre texte affirme qu'il y avait d'« énormes salles » (ogromnych hal), pouvant contenir 1 500 personnes, avec des « petites fenêtres » (male okienko), par lesquelles on lançait l’agent mortel (document n° 27).
Si nous voulons savoir combien il y avait de chambres à gaz, nous sommes face à un ensemble d'éléments contradictoires :

Et si, pour finir, nous voulons savoir où elles étaient, nous devons nous contenter de réponses ambiguës. En réalité, la seule allusion se trouve dans le document n° 11 : « Il y avait deux lieux d'empoisonnement [trucia] : dans le crématoire du camp (qui pouvait contenir 400 personnes) et à Brzezinka, ou l’on a préparé à cette fin plusieurs petites maisons dans le bois, d'une capacité considérable. »
Cette ambiguïté s'étend aux plans connus d'Auschwitz et de sa région provenant de la résistance. Sur le plan reproduit dans l’annexe IIa [13], qui ne porte pas de date, les chambres à gaz étaient situées dans un grand bois (« Forest Brzezinka » ) contigu au camp de Birkenau (identifié sur le plan comme « Rajsko » ). On ne donne pas de détails sur l’emplacement exact des chambres à gaz ni sur leur nombre. Ce vague contraste avec la précision avec laquelle l’auteur du document a situé et identifié les installations principales, en particulier dans le camp d'Auschwitz.
Nous reproduisons dans l’annexe III un autre plan, cette fois du camp de Birkenau [14]. Il n’est pas daté, mais, d'après les éléments qu'il contient, on peut le dater de la seconde moitié de 1944. Néanmoins, ce plan, qui contient des informations assez précises -comme l’emplacement des toilettes et des cuisines dans le camp des femmes -, ne renferme aucune allusion relative aux chambres à gaz.

3 Les documents de la résistance et la version véritable des faits

Il est très significatif que les détails relatifs aux chambres à gaz et au processus d'extermination contenus dans les rapports de la résistance ne correspondent pas à la version qui a eu cours après la guerre. Et il ne s'agit pas de différences superficielles ou de nuances, produits d'inévitables erreurs d'appréciation de la part des témoins. Non. La divergence est radicale et affecte tous les aspects essentiels de la méthode supposée d'extermination. En réalité, il n'existe aucun document de la résistance, concernant le processus d'anéantissement en masse, qui soit compatible avec la version qui à été diffusée après1945.
Nous exposons ci-dessous les divergences les plus significatives, classées en quatre groupes. Par souci de commodité, nous appelons désormais thèse officielle la version qui a eu cours après la guerre.

3. 1 Description des chambres à gaz

Source de la résistance : les chambres à gaz étaient aménagées en salles de douches, « d'où sortait du gaz au lieu d'eau » (z ktorych niestety zamiast wody wydobywa sie gaz) (document n° 7).
Thèse officielle : le gaz mortel n'émanait pas des douches. L'agent toxique utilisé était un insecticide, le Zyklon B, un produit qui avait comme support une terre de diatomées ou pulpe de bois traitée chimiquement. C'était néanmoins un produit solide. On disséminait sur le sol le Zyklon B d'où se dégageait, à une vitesse plus ou moins grande en fonction de la température, de l’acide cyanhydrique, un gaz d'une grande toxicité [15].

Source de la résistance : après l’introduction du gaz dans la chambre à gaz, la « mort a lieu par asphyxie, car le sang s'échappe par le nez et par la bouche » (smierc nastepuje przez uduszenie, bo nosem i ustami wydobywa sie krew) (document n° 7).
Pourtant le Zyklon B n'entraîne pas d'hémorragie. La mort a lieu par un processus interne qui empêche l’apport d'oxygène aux cellules [16].

Source de la résistance : un document daté du 29 août 1942 indique que les cadavres des gazés étaient brûlés en plein air (document n° 7).
Thèse officielle : la crémation de cadavres en plein air n'a pas commencé avant la fin septembre 1942 [17].

Source de la résistance : « On décida de construire 5 nouvelles chambres [5 nowych komor] à Brzezinka [Birkenau], à 7 kilomètres du camp. La construction prit fin en avril 1942. » Plus loin on précise que les nouvelles chambres à gaz se trouvaient dans « cinq bâtiments » (piec budynkow) (document n° 8).
Thèse officielle : jusqu'en avril 1942 il n'y avait à Birkenau qu'un seul édifice avec chambre à gaz. Il s'agissait d'une maison campagnarde, adaptée à cette nouvelle fonction, qui reçut la dénomination de Bunker n° 1, et qui entra en service le 20 mars 1942 [18]. Par la suite, le 30 juin 1942, un second bunker entra en service [19].

Source de la résistance : les chambres à gaz mentionnées plus haut possédaient « des installations d'introduction du gaz et de ventilation » (instalacjami do doprowadzenia gazu y wentylacji) (document n° 8).
Thèse officielle : d'après les mémoires de Rudolf Höss, ancien commandant d'Auschwitz, dans l’unique chambre à gaz qu'il y avait à Birkenau à ces dates, il n'y avait pas d'installations pour introduire le gaz et ventiler, mais simplement des « lucarnes spéciales » (besondere Luken) [20].

Source de la résistance : après l’exécution dans les chambres à gaz de Birkenau, les cadavres étaient jetés «par une ouverture [przez otwor] et brûlés sur un bûcher [i pali na stosie] ». Selon le contexte, ces actions se produisirent avant septembre 1942 (document n° 24).
Thèse officielle : il n'y a aucune trace de cette ouverture. Dans les chambres à gaz existant à Birkenau à ces dates, les cadavres étaient sortis par la porte et emportas vers les fosses de crémation au moyen de wagonnets qui roulaient sur la voie d'un chemin de fer étroit [21].

Source de la résistance : « [O]n oblige les condamnés à prendre un bain avant qu'ils n'entrent dans la chambre à gaz » (document n° 24).
Thèse officielle : il n'existe pas de preuve à ce sujet. C'est absurde. Les condamnés entraient dans la chambre à gaz en croyant qu'ils allaient prendre un bain.

Source de la résistance : les victimes entraient « dans d'énormes salles [do ogromnych hal], où avait lieu la désinfection ». « Il y avait sept de ces salles [Hal tych bylo siedem], chacune d'elles pouvait contenir environ 1 500 personnes. Après avoir rempli les salles de gens, on vidait l’air [wypompowywano powietrze] et aussitôt, par de petites fenêtres, on lançait du kreuzolit au milieu du local de désinfection. Après trois à cinq minutes, les personnes qui se trouvaient à l’intérieur étaient mortes. A proximité [W poblizu] se trouvaient sept fours [siedem piecow] pour brûler les corps, chaque four avait sept ouvertures [siedem otworow] pour l’introduction des cadavres. Le processus de crémation durait à peine quelques secondes [kilka sekund] » (document n° 27).
Thèse officielle : la méthode utilisée dans les différents endroits d'Auschwitz et de Birkenau où l’on effectuait l’extermination n'a aucune ressemblance avec celle qui est décrite dans ce document. Il n'y avait pas sept salles, on ne vidait pas l’air, on n'utilisait pas de « kreuzolit » (?), il n'y avait pas sept fours, chaque four n'avait pas sept ouvertures, la crémation ne durait pas quelques secondes [22].

Source de la résistance : pendant la période d'anéantissement des juifs déportés de Hongrie au printemps 1944, les « deux chambres à gaz » (obie komory gazowe) travaillaient sans interruption (document n° 30).
Thèse officielle : à cette période fonctionnaient au moins huit chambres à gaz, situées dans quatre crématoires [23].

Source de la résistance : « Entre le massacre de chaque lot [dans la chambre à gaz] il n'y a qu'une interruption, qui est nécessaire pour enlever les cadavres, jetés dans une chambre située à côté [na druga strone komory], que ceux qui sont destinés à mourir ne voient pas » (document n° 30).
Thèse officielle : cette « chambre située à côté », invisible pour ceux qui étaient destinés à mourir, n'existait pas dans les installations homicides de Birkenau. Dans les crématoires II et III, l’unique salle contiguë à la chambre à gaz était une antichambre (Vorraum), qui était le lieu de passage obligé pour les envois successifs de victimes [24]. Dans les crématoires IV et V, les seuls locaux adjacents aux chambres à gaz étaient un vestibule, par où devaient également nécessairement passer les victimes destinées à la mort, et un petit charbonnier [25].

Source de la résistance : la crémation des cadavres des juifs hongrois se produisait, outre dans quatre crématoires et sur des bûchers de plein air, dans une « briqueterie » (cegielnia) (document n° 30).
Thèse officielle : il n'y a pas de preuve de l’existence de cette briqueterie.

3. 2 Actions d'extermination en masse à l'aide de gaz rapportées dans les documents et qui n’ont pas été reconnues par la thèse officielle

Source de la résistance : début octobre 1941, 850 prisonniers russes furent conduits à Auschwitz pour y être exterminés par le gaz (document n° 1).
Thèse officielle : il n'y a aucune trace, à cette date, relative à cet événement ou à l’arrivée de prisonniers russes [26].

Source de la résistance : 500 prisonniers soviétiques furent empoisonnés par le gaz dans un abri en béton entre le ler et le 15 décembre 1941 (document n° 4).
Thèse officielle : il n'existe pas non plus de preuve de cet événement [27].

Source de la résistance : la première utilisation des chambres à gaz s'est produite en juin 1941, quand on a anéanti 1 700 malades incurables (document n° 8).
Thèse officielle : la première action d'extermination à l’aide de gaz à Auschwitz, eut lieu, à titre d'essai, à la fin du mois d'août 1941. Les victimes furent des prisonniers de guerre russes [28].

3. 3 L'agent toxique

Selon les sources de la résistance, on utilisait soit du « gaz de guerre » (gazu bojowego) (documents n° 1 et 4), soit du « kreuzolit » (document n° 27), soit de l’acide prussique (kwas pruski) (document n° 31). Selon la thèse officielle, en revanche, l’unique agent toxique utilisé était le Zyklon B. Il est significatif que ce produit ne soit pas cité une seule fois dans les documents étudiés.

3. 4 Autres méthodes d'extermination décrites dans les documents de la résistance et qui n’ont pas été reconnues par la thèse officielle

4 Conclusions

Il convient, selon nous, de tirer deux conclusions des pages précédentes.
La première est que les documents de la résistance polonaise relatifs aux chambres à gaz d'Auschwitz ne résistent pas à la critique. Ils ne résistent pas à la critique externe car non seulement la quasi-totalité des auteurs de ces documents étaient inconnus durant l’occupation allemande, ce qui est logique, mais ils ont également gardé l'anonymat de nombreuses années après la guerre, ce qui s'explique plus difficilement. Il est en outre manifeste qu'un nombre considérable de documents, soit proviennent de sources de seconde main, soit recueillent des racontars et des rumeurs, soit falsifient l’identité de ses auteurs (comme dans le cas du fonctionnaire SS du bureau du camp). L'on a constaté également, grâce à la critique de provenance, que de nombreux documents étaient apparentés et que leur degré de parenté va de la reproduction quasi littérale à la mention de quelques phrases, d'un tour idiomatique ou d'un lieu commun. Il est tout aussi évident que les événements qui sont décrits dans différents documents (c'est le cas de l’anéantissement des prisonniers dans le bunker et de l’extermination des juifs hongrois) proviennent d'une source unique. Au vu de tout cela, et à la lumière d'une critique externe rigoureuse, la conclusion est que l’authenticité de la plupart de ces documents est suspecte.
On peut dire la même chose en ce qui concerne la critique interne. On ne peut accorder foi à la sincérité des auteurs. En effet, d'un côté les conditions se trouvent réunies pour qu'on puisse s'attendre de leur part à des affirmations mensongères, de l’autre les artifices et les figures de rhétorique abondent, typiques de ces cas dans lesquels se produit la déformation dramatique de la vérité. De plus, d'après le vague et les contradictions de ces documents, il convient de s'interroger honnêtement sur l'existence de témoins oculaires des chambres à gaz.
En définitive, si l'analyse critique conduit à décomposer les documents en affirmations, accompagnées de commentaires sur l’identité de leurs auteurs et sur la probabilité de sincérité de leurs affirmations et d'exactitude de leurs descriptions, nous constatons que les documents étudiés sont probablement apocryphes, probablement mensongers et probablement inexacts. C'est la raison pour laquelle il ne serait pas pertinent - dans le cadre d'une méthodologie historique rigoureuse - de fonder l'existence de chambres à gaz homicides à Auschwitz sur ces documents. L'attitude correcte serait en revanche de les rejeter comme des inventions [como ilusorias].
La seconde conclusion, qui est à notre avis la plus importante, vient du fait que les récits des documents de la résistance ne s'accordent pas avec la version des faits diffusée après 1945 par les tenants de ce que nous avons appelé la thèse officielle. Il est alors légitime de supposer que les descriptions des chambres à gaz et du processus de l'extermination reflétées dans les documents de la résistance ne s'appuient pas sur des observations réelles mais ont été conçues au dehors par des personnes qui ne connaissaient pas l'emplacement et la disposition intérieure des locaux où l’on disait, après la guerre, que se produisait l'extermination. Il est très significatif en ce sens que deux aspects centraux de la thèse officielle, l’emploi de Zyklon B et l'emplacement des chambres à gaz à l’intérieur des bâtiments qui abritaient les fours crématoires (crématoires II, III IV et V de Birkenau), n’ont jamais été mentionnés dans les documents de la résistance. En bonne logique, et si l’on s'en tient à la thèse officielle, l'explication la plus convaincante de cette discordance serait que les rapports de la résistance polonaise ont été inventés. Cette conclusion se confirme par le fait que les chambres à gaz apparaissent dans des rapports de la résistance au côté de méthodes d'extermination qui, selon la même thèse officielle, n’ont jamais existé (« Hammerluft », « chambres électriques », etc.).
Ceci étant dit, il convient à présent de trouver une explication et de répondre à la question suivante : pourquoi les organisations de la résistance ont-elles été incapables de fournir des informations exactes sur les chambres à gaz et se sont-elles vues dans la nécessité de faire oeuvre d'imagination ?
Il faudrait en conclure, conformément à la thèse officielle, que les actions d'extermination massives au moyen de chambres à gaz se sont effectivement produites mais qu'elles n'étaient connues en détail que d'un petit groupe de personnes, à savoir les membres du Sonderkommando qui travaillaient dans les crématoires et étaient chargés de transporter les cadavres et de les incinérer. Le Sonderkommando était isolé du reste des détenus et ses membres étaient anéantis et remplacés périodiquement. De cette manière, selon cette interprétation, seules auraient filtré de vagues rumeurs des exécutions massives par le gaz, mais pas le modus operandi, ni l’emplacement exact des chambres à gaz, ni leur disposition intérieure, ni leur nombre, ni l’agent toxique utilisé. En somme, les membres de la résistance à l’intérieur d'Auschwitz auraient donné libre cours à leur imagination autour d'un fait certain. Finalement, à la libération du camp, en 1945, les autorités soviétiques et polonaises seraient parvenues à mettre au jour tous les détails grâce à l’étude des plans, à l’inspection des lieux, aux confessions des SS capturés et aux témoignages des rares membres survivants du Sonderkommando.
Cette hypothèse est selon nous insoutenable. Il est inconcevable que la résistance polonaise, qui s'était infiltrée dans les centres névralgiques du camp et qui comptait de nombreuses voies de contact avec l’extérieur [29], ait ignoré tous les détails d'un massacre quotidien de plusieurs milliers de personnes qui se produisait sous leurs yeux. Pour prendre un seul exemple, même en supposant que l’isolement du Sonderkommando fut aussi hermétique qu'on l’a dit, n’importe qui pouvait voir qu'il entrait quotidiennement dans les enceintes des crématoires des milliers de personnes qui ne ressortaient pas. Les photographies conservées permettent de vérifier que les quatre crématoires de Birkenau étaient parfaitement visibles du reste du camp, dont ils n'étaient séparée que par une ligne de barbelés [30]. Cependant, comme nous l’avons déjà indiqué, aucun document ne mentionne que les chambres à gaz étaient situées dans les crématoires.
Selon une seconde hypothèse, les chambres à gaz homicides d'Auschwitz seraient un bobard de la propagande créé en 1941 par la résistance polonaise. Dans les pages qui précèdent nous avons montré que la plupart des documents étudiés ont été diffusés - et peut-être également créés - par des organisations d'information et de propagande de la résistance. Nous avons exposé également comment la résistance diffusait de faux rapports sur les activités et les intentions des Allemands en Pologne, comme par exemple le plan d'extermination physique du peuple polonais. Enfin, nous avons vu aussi comment on mettait en circulation des informations sur les méthodes d'extermination à Auschwitz qui, nous le savons aujourd'hui, n’ont jamais existé. Par conséquent, il est parfaitement logique de supposer que les chambres à gaz ont été une nouvelle invention des services d'information et de propagande de la résistance destinée à discréditer l’occupant allemand.
Ce serait, à vrai dire, l’explication la plus raisonnable et qui s'accorderait avec une méthodologie historique rigoureuse.
Il convient, pour finir, de risquer une hypothèse sur l’origine du mythe des chambres à gaz d'Auschwitz. Il s'agirait ainsi de savoir pourquoi la propagande polonaise a choisi le gaz comme méthode d'exécution dans les prétendues massacres présumés d'Auschwitz.
Probablement la cause fut la méfiance qui existait au commencement de la seconde guerre mondiale quant à l’emploi massif possible de gaz toxiques par les belligérants, aussi bien sur le front que contre les populations civiles. Cette possibilité était présente dans l’esprit de beaucoup de gens à cette époque. La crainte venait sans doute des souvenirs de l’utilisation des gaz durant la première guerre mondiale, au cours de laquelle ils provoquèrent des effets dévastateurs. Cette situation d'angoisse aurait pu se reproduire en juin 1941 quand le conflit germano-soviétique a éclaté.
Il existe des indices dans les documents polonais de cette époque qui accréditent cette hypothèse. Dans une brochure consacrée à Auschwitz et publiée à Londres, on décrit l’enlèvement de cadavres après une exécution au moyen de gaz. L'événement rappelait une scène de la première guerre mondiale à l’un des porteurs de cadavres : « L'un des fossoyeurs, qui portait un cadavre dans ses bras pour le jeter sur la charrette, contempla le visage gris verdâtre [the greenish-grey face] pendant un moment. Il y a des années, j'ai vu des visages semblables : [c'était dans] une tranchée déserte avec des cadavres de soldats. La même pâleur fantasmatique [ghostly pallor]. C'est la décoloration [due au] gaz poison » [31]. De plus, et c'est significatif, la première allusion à l’utilisation de gaz à des fins homicides se produit en octobre 1941, quatre mois après le début de la guerre germano-soviétique. A cette occasion l’on aurait anéanti 850 prisonniers de guerre russes et l’agent toxique serait un « nouveau type de gaz de guerre » (document n° 1).
Par la suite, la résistance polonaise aurait maintenu que le gaz était la méthode d'anéantissement, tout en étendant son champ d'application à toutes les catégories de détenus et en particulier aux juifs déportés.
Enfin, après la libération du camp en 1945, les autorités soviétiques et polonaises, décidées à maintenir le bobard, remplacèrent le « gaz de guerre » inexistant par l’insecticide Zyklon B, abondamment utilisé par les Allemands pour faire front aux épidémies de typhus successives qui ravageaient le camp [32]. Et c'est ainsi, probablement, que le mythe créé en 1941 aurait fini par adopter la forme sous laquelle il est connu aujourd'hui.


  1. Enrique AYNAT, « Le gouvernement polonais en exil et Auschwitz, d'après le périodique Polish Fortnightly Review, 1940-1945 », Revue d'histoire révisionniste, 5, novembre 1991, p. 30-70.

  2. Eugeniusz DURACZYNSKI, « Delegatura », Encyclopedia of the Holocaust, 1, New York, Macmillan, 1990, p. 356-357.

  3. Zeszyty oswviecimskie [Cahiers d'Oswiecim] (Panstwowego Muzeum Oswiecimiu), numer specjalny (I), (1968), XXXIII + 194.

  4. Obóz, p. XIV.

  5. Charles-Victor LANGLOIS et Charles SEIGNOBOS, Introduction aux études historiques, Paris, Hachette, 1898.

  6. Obóz, p. 11.

  7. Idem, p. 50.

  8. Idem, p. 93.

  9. Idem, p. 110.

  10. Idem, p. IX.

  11. On trouvera dans l'ouvrage de Carlo MATTOGNO, Auschwitz : la prima gasazione (Padoue, Edizioni di Ar, 1992), une étude approfondie de cette action homicide présumée.

  12. Hoover Institution Archives, Poland, Ambasada (U.S.), Box 29. Porte l'indication : « Strictly Confidential. »

  13. Provenant du gouvernement polonais en exil. Porte une note de présentation de la Jewish Agency for Palestine datée du 18 août 1944. Public Record Office, FO 371/42806.

  14. « Plan d'orientation du camp d'Auschwitz 2-Birkenau », Polish Underground Movement ( 1939-1945) Study Trust ; aucune cote n’est donnée.

  15. Franciszek PIPER, « Extermination », Auschwitz. Camp hitlérien d'extermination, Varsovie, Interpress, 1986, p. 117 et suivantes. On peut trouver des détails relatifs au Zyklon B dans la brochure Zyklon for Pest Control, Francfort, Degesch, s.d.

  16. Zyklon for Pest Control, p. 6.

  17. Franciszek PIPER, « Extermination », art. cité, p. 121-122.

  18. Danuta CZECH, Kalendarium der Ereignisse im Konzentrationslager Auschwitz-Birkenau, Reinbek bei Hamburg, 1989, p. 239.

  19. Idem, p. 239.

  20. Rudolf HOESS, Kommandant in Auschwitz, Munich, DTV, 1989, p. 160.

  21. Franciszek PIPER, « Extermination », art. cité, p. 120.

  22. Idem, p. 119-134.

  23. Robert FAURISSON, Mémoire en défense contre ceux qui m'accusent de falsifier l'histoire, Paris, La Vieille Taupe, 1980, p. 153-156 (reproduction d'une lettre du directeur du Musée d'Etat d'Oswiecim, K. Smolen).

  24. Jean-Claude PRESSAC, Technique and Operation of the Gas Chambers, New York, The Beate Klarsfeld Foundation, 1989, p. 284-285.

  25. Idem, p. 399.

  26. Danuta CZECH, Kalendarium, op. cit., p. 125-128. Les pages citées correspondent aux dix premiers jours d'octobre 1941.

  27. Idem, p. 149-155.

  28. Idem, p. 115-116.

  29. Enrique AYNAT, « Le gouvernement polonais en exil et Auschwitz, d'après le périodique Polish Fortnightly Review, 1940-1945 », art. cité, p. 37-44.

  30. L'Album d’Auschwitz, [Paris], Seuil, 1983, passim.

  31. The Camp of Death, Londres, Liberty Publications, 1944, p. 23.

  32. II existe deux précédents de la propagande au sujet de l'utilisation de Zyklon B comme agent homicide. Le premier concerne Auschwitz et correspond à un rapport qui aurait été rédigé par deux jeunes juifs slovaques évadés du camp le 7 avril 1944. Ce rapport fut diffusé par des membres de la communauté juive de Slovaquie (voir : Enrique AYNAT, Los « Protocolos de Auschwitz » : una fuente historica ?, Alicante, Garcia Hispan, 1990). Le second concerne le camp de concentration de Majdanek, libéré par les Soviétiques en juillet 1944. Dans une brochure d'origine soviétique publiée à Londres en 1944 on indique que le Zyklon B était utilisé dans une chambre à gaz homicide (Konstantin SIMONOV, The Death Factory near Lublin, Londres, Daily Worker League, [1944], p. 9-11)


Bibliographie

- AYNAT, Enrique, Los « Protocolos de Auschwitz » : una fuente historica ? Alicante, Garcia Hispan, 1990, 233 p.
- AYNAT, Enrique, « Le gouvernement polonais en exil et Auschwitz, d'après le périodique Polish Fortnightly Review, 1940-1945 », Revue d'histoire révisionniste [Colombes], n° 5, novembre 1991, 30-70.
- CZECH, Danuta, Kalendarium der Ereignisse im Konzentrationslager Auschwitz-Birkenau, Reinbek bei Hamburg, Rowohlt, 1989, 1 059 p.
- DURACZYNSKI, Eugeniusz, « Delegatura », Encyclopedia of the Holocaust, vol. 1., New York, Macmillan, 1990, 356-357.
- FAURISSON, Robert, Mémoire en défense contre ceux qui m'accusent de falsifier l'histoire, Paris, La Vieille Taupe, 1980, 277 p.
- HOESS, Rudolf, Kommandant in Auschwitz [12e édition], Munich, DTV, 1989, 189 p.
- L'Album d'Auschwitz. D'après un album découvert par Lili Meier survivante du camp de concentration, Paris, Seuil, 1983, 221 p.
- LANGLOIS, Charles-Victor et SEIGNOBOS, Charles, Introduction aux études historiques, Paris, Hachette, 1898, XVIII-308 p.
- MATTOGNO, Carlo, Auschwitz: la prima gasazione, Padoue, Edizioni di Ar, 1992, 190 p.
- PIPER, Franciszek, « Extermination », Auschwitz. Camp hitlérien d'extermination, Varsovie, Interpress, 1986, 91-139.
- PIPER, Franciszek, « Estimating the Number of Deportees to and Victims of the Auschwitz-Birkenau Camp », Yad Vashem Studies [Jerusalem], XXI, 1991, 49-103.
- PRESSAC, Jean-Claude, Technique and Operation of the Gas Chambers, New York, The Beate Klarsfeld Foundation, 1989, 564 p.
- SIMONOV, Konstantin, The Death Factory near Lublin, Londres, Daily Worker League, [1944], 34 p.
- The Camp of Death, Londres, Liberty Publications, juillet 1944, 38 p.
- Zyklon for Pest Control, Francfort, Degesch, [s.d.], 27 p.


Annexe I

Documents

Les documents - en réalité les fragments de documents - que nous reproduisons ci-dessous sont classés par ordre chronologique. Chaque document est précédé de quelques notes qui nous indiquent s'il a été publié ou s'il est inédit. Lorsqu'il a été publié, nous précisons l'ouvrage dans lequel il l’a été. Dans l'immense majorité des cas, les documents ont été publiés dans Obóz. Lorsqu'un document est toujours inédit, nous indiquons l'archive et la cote. Par en-tête il faut entendre les chiffres ou les codes d'identification des cellules qui obtinrent ou diffusèrent l'information ou la publication clandestine où l’on a recueilli le renseignement. Dans le cas de publication clandestine, il s'agit toujours de Informacja biezaca [Information courante], bulletin interne de l’Armia Krajowa.
Après les notes figure l'original du texte en polonais suivi de sa traduction.

Document n° 1

« [...] W Oswiecimiu w poczatkach pazdziernika przywieziono 850 oficerow i podoficerow rosyjskich (jencow) i zastosowano do nich smierc gazowa, jako probe nowego typu gazu bojowego, ktory ma bye uzyty na froncie wschodnim. »
« [...] 850 officiers et sous-officiers russes (prisonniers) furent conduits à Oswiecim au début du mois d'octobre et on leur a appliqué la mort par le gaz, pour essayer un nouveau type de gaz de guerre qui doit être utilisé sur le front de l’Est. »

Document n° 2

« [...] Obóz byl widownia ohydnej zbrodni, gdy w nocy z 5 na 6.IX wtoczono do bunkra ok. 600 wieznibw sowieckich m. in. "politrukow" z armii, oras ok. 200 Polakow - i po uszczelnieniu bunkra wytruto ich gazem, à ciala wywieziono do krematorium i spalono. »
« [...] Le camp fut spectateur d'un crime odieux lorsque, dans la nuit du 5 au 6 septembre, on a fait entrer dans le bunker environ 600 prisonniers soviétiques, en majorité des "politrucs" de l’armée, ainsi qu'environ 200 Polonais, et qu'on les a empoisonnés avec du gaz dans un bunker hermétique, les corps ayant été transportés au crématoire et brûlés. »

Document n° 3

« [...] Oswiecim. Potwierdzaja sie wiadomosci o ponurej zbrodni, dokonanej w obózie. W nocy z 5 na 6 wrzesnia 41 r. wtloczono do bunkra w Oswiecimiu ok. 600 przywiezionych cywilnych jencow sowieckich, lamiac dragami rece i nogi. Dolaczono ok. 250 Polakow. Uszczelniono wszystkie otwory bunkra i zamknietych gazami. Ciala wytrutych wywieziono noca na 80 wozach do krematorium, gdzie zostaly spalone. »
« [...] Oswiecim. Les informations sur un sombre crime effectué dans le camp se confirment. Dans la nuit du 5 au 6 septembre de l'année 1941, on a fait entrer dans le bunker d'Oswiecim environ 600 prisonniers civils soviétiques, en leur brisant les mains et les pieds avec des barres. On y a ajouté quelque 200 Polonais. Une fois que les ouvertures du Bunker eurent été fermées et rendues hermétiques, ils ont été gazés. Les corps de ceux qu'on a gazés ont été transportés pendant la nuit en 80 charretées au crématoire, où ils ont été brûlés. »

Document n°4

« [...] Za pomoca gazu bojowego wytruto w betonowym schronie ok. 500 jencow. »
« [...] A l’aide d'un gaz de guerre, environ 500 prisonniers [soviétiques] ont été empoisonnés dans un abri en béton. »

Document n° 5

« [...] 7) Sposobow mordowania jest bardzo wiele, a wiec rozstrzelania przy pomocy plutonu honorowego, mordowanie mloten powietrnym (Hammerluft), a ostatnio gazowanie w komorach gazowych. Peirwszym i drugim sposobem morduja wiezniow z wyrokow smierci przesylanych przez Gestapo, trzecim - chorych niezdolnych do pracy i transporty, ktore juz z takim przeznac zeniem przyjezdzaja (bolszewicy i ostatnie transporty Zydow). »
« [...] 7) Les méthodes d'anéantissement sont nombreuses, on fusille avec des pelotons [d'exécution], on anéantit avec un marteau pneumatique (Hammerluft), et, dernièrement, on intoxique avec du gaz dans les chambres à gaz. La première et la deuxième [méthodes] anéantissent les condamnés à mort envoyés par la Gestapo, la troisième les malades incapables de travailler et les convois qui arrivent précisément dans ce but (bolcheviques et dernièrement convois de juifs). »

Document n° 6

[L'original en polonais n'a pas été localisé.]
« [...] Tout le monde sait que durant la nuit du 5 au 6 septembre de l'année dernière environ mille personnes ont été conduites [were driven down] dans l’abri souterrain [to the underground shelter] à Oswiecim, parmi lesquelles sept cent prisonniers de guerre bolcheviques et trois cents Polonais. Comme l’abri était trop petit pour contenir ce grand nombre [de personnes], les corps furent simplement introduits de force, sans qu'on se soucie des os brisés [regardless of broken bones]. Quand l'abri a été plein, on a injecté du gaz à l’intérieur [gas was injected into it] et tous les prisonniers sont morts pendant la nuit. Toute la nuit, le repos du camp fut troublé par les gémissements et les hurlements [groans and howls] qui venaient de l’abri. Le lendemain, d'autres prisonniers durent emporter les corps, tâche qui prit toute la journée. Une charrette à bras [hand-cart] sur laquelle on ramassait les corps s'est rompue sous le poids [broke down under the weight.] »

Document n° 7

« [...] Najgrozniejsze sa egzekucje masowe przy pomocy gazu w komorach specjalnie na ten cel pobudowanych. Jest ich dwie i moga pomiescic 1 200 ludzi. Urzadzone sa laznie z prysznicami, z ktorich niestety zamiast wody wydobywa sie gaz. Traci sie w ten sposob przewaznie cale transporty ludzi, ktorzy nie sa na to przygotowani. Mo sie im, ze ida do lazni, nawet daje sie reczniki - tym sposobem przeszlo juz 300 tysiecy. Kiedys zakopywano w rowach, dzis pala na wolnym powietrzu, w rowach specjalnie wykopanych. Smierc nastepuje przez uduszenie, bo nosem i ustami wydobywa sie krew. »
« [...] Le plus terrible sont les exécutions massives au moyen de gaz dans des chambres spécialement construites à cette fin. Il y en a deux qui peuvent contenir 1 200 personnes. Elles sont aménagées en salles de douches, d'où sortait du gaz au lieu d'eau. C'est de cette façon que sont souvent exécutés des convois entiers de gens qui ne s'y attendent pas. On dit que lorsqu'ils vont au bain on leur offre même des serviettes, déjà plus de 300 000. Auparavant ils étaient enterrés dans des fosses, maintenant ils sont brûlés en plein air, dans des fosses creusées spécialement. La mort a lieu par asphyxie car le sang s'échappe par le nez et par la bouche. »

Document n° 8

« [...] Komory gazowe. Pierwsze uzycie komor gazowych nastapilo w czerwcu 1941 roku. Uformowano transport z 1 700 nieuleczalnie chorych i "urzedowo" wyslano ich do sanatorium w Dreznie, faktycznie zas do budynku, przebudowanego na komore gazowa. Budynek jadnak okazal sie za maly i niepraktyczny. Postanowiono zbudowac 5 nowych komor w Brzezince, odledlej o 7 km od obozu. Budowe ukonczono w kwietniu 1942 r. Te 5 komor - to piec budynkow bez okien, z podwojnymi drzwiami, dociskanymi srubami oraz instalacjami do doprowadzenia gazu i wentylacji ; kazdy budynek obilczony jest na 700 osob. Miedzy budynkami przeprowadzone sa szyny kolejki, ktora odwozi sie trupy do rowow, kopanych w pobliskich lasach. Gazowanie 3 500 ludzi, lacznie ze wszystkimi czynnosciami wstepnymi i koncowymi, trwa 2 godziny. Gazowano glownie jencow bolszewickich y zydow. Sposrod Polakow - przede wszystkim nieuleczalnie chorych. W raportach kierowanych z obozu do berlina nie podaje sie cyfr zagazowanych. »
« [...] Chambres à gaz. La première utilisation des chambres à gaz eut lieu en juin 1941. On constitua un convoi de 1 700 malades incurables et, "officiellement", on les envoya dans un sanatorium à Dresde, mais, en fait, ils se dirigèrent vers un bâtiment reconstruit comme une chambre à gaz. Le bâtiment se révéla néanmoins petit et peu pratique. On décida de construire 5 nouvelles chambres à Brzezinka, à 7 km du camp. La construction prit fin en avril 1942. Il y a 5 chambres, cinq bâtiments sans fenêtre, à double ventail, fermées par des boulons, avec des installations d'introduction du gaz et de ventilation ; chaque bâtiment est prévu pour 700 personnes. Entre les bâtiments il y a des rails de train par lesquels sont emportés les cadavres vers les fosses, creusées dans des bois à proximité. Intoxiquer avec du gaz 3 500 personnes, avec tous les travaux de préparation et de finition, dure 2 heures. On intoxique avec du gaz principalement les prisonniers bolcheviques et les juifs. Parmi les Polonais, avant tout les malades incurables. Dans les rapports du camp adressés à Berlin, on ne donna pas de chiffre des gazés. »

Document n° 9

« […] Do 15. VIII oficjalna "ksiega zmarlych" liczyla 18 000 spalonych. Lecz poza to liczba oficjalna (wiezniowie z Polski i Rzeszy) zginely tysiace Zydow z Polski, Francji, Holandii i Niemiec, dalej Serbowie, Czesi, Slowacy, Wegrzy, nawet Wlosi, dalej pewna liczba "wysiedlencow" polskich, wreszcie jency rosyjscy : tych przybylo w ciagu 1941 r. ok. 60 tys. i nikt nie ocalal : probowano na nich dzial ania gazow bojowych. Majatek zagrabiony w obozie Zydom z Francji i Holandii przekracza 60 milionow RM wartosci przedwojennej, stanowi go zloto i klejtoni. Wedlug relacji SS-mana zatrudnionego przy komorach elektr. dzienna liczba tych ofiar nieoficjalne wynosi co nocy 2 500 Traceni sa lazni elektrycznej i w komorach gazowych. Psy obozowe zgladzily tez wielka liczbe ofiar. »
« [...] Jusqu'au 15.VIII le "livre des morts" enregistrait officiellement 18 000 incinérés. Mais, en dehors de ces chiffres officiels (prisonniers de Pologne et du Reich), des milliers de juifs de Pologne, de France, de Hollande et d'Allemagne sont morts, en plus des juifs serbes, tchèques, slovaques, hongrois, même italiens, en plus sûrement d'un certain nombre de Polonais "déplacés" et enfin des prisonniers russes : environ 60 000 sont arrivés tout au long de 1941 et aucun n’en a réchappé : ils ont tous subi l’action des gaz de guerre. Les biens - or et bijoux - confisqués dans le camp aux juifs de France et de Hollande dépassent les 60 millions de RM d'avant la guerre. Selon un rapport d'un SS en fonction [sur place], le nombre de victimes non officielles dans les chambres électriques s'élève à 2 500 chaque nuit. Les exécutions ont lieu dans des bains électriques et dans des chambres à gaz. Les chiens du camp exterminent également un grand nombre de victimes. »

Document n° 10

« [...] Pierwsze uzycie gazowych (Degasungskammer) nastapilo w czerwcu r.1941. Uformowano transport z 1700 ludzi (nieuleczalnie chorzy - weneryczni, Korperswache, kalecy, chorzy, ktorzy przeszli resekcje zeber, chorzy na zapalenie opon mozgowych) i wyslano do sanatorium do Drezna (wg oficjalnego komunikatu). W rzeczywistosci odtranspoprtowano ich do budynku przebudowanego na komore gazowa. Budynek okazal sie za maly i niepraktyczny. Postanowiono budowe pieciu nowoczesnych komor w Brzezince (Birkenau) o 7 km od obozu. Budowe ukonczono w kietniu r. 1942. jest to 6 blokow (bez okien, drzwi podwojne, dociskane srubami, nowoczesne instalacje doprowadzajace gaz i wentylacyjne) na 700 osob kazdy. Miedzy blokami kolejki waskotorowe odwozace trupy do dlugich na 4 km kazdy rowow, do pobliskich lasow. Inna kolejka dowozi wapno do przysypywania cial. Caly teren D-kammer jest strefa zamknieta ; kazdy, ktory nie pracuje tam à znajdzie sie na tym terenie, podlega karze smierci (odnosi sie to i do SS, Wehrmachtu, cywili i wiezniow). Zagazowanie 3 500 ludzi trwa 2 godziny. »
« [... ] La première utilisation des chambres à gaz (Degasungskammer) eut lieu en juin 1941. On constitua un convoi de 1 700 personnes (malades incurables : vénériens, Körperschwache [physiquement faibles], invalides, malades atteints de méningite) qui furent envoyées dans un sanatorium de Dresde (selon le communiqué officiel). En réalité, on les transporta dans un bâtiment reconstruit en chambre à gaz. Le bâtiment se révéla petit et peu pratique. On décida de construire cinq chambres modernes à Brzezinka (Birkenau), à 7 km du camp. La construction fut achevée en avril 1942. Il y a 6 blocs (sans fenêtres, à double ventail, fermées par des boulons, avec des installations modernes d'introduction du gaz et de ventilation), chacun pour 700 personnes. Entre les blocs un train sur une voie étroite emporte les cadavres vers des fosses longue chacune de 4 km, dans des bois à proximité. Un autre train transporte la chaux pour recouvrir les corps. Tout le terrain de la D-kammer est une zone fermée ; celui qui ne travaille pas là-bas et qui se retrouve sur ce territoire est soumis à la peine de mort (qu'il soit SS, de la Wehrmacht, civil et prisonnier). Le gazage de 3 500 personnes dure 2 heures. »

Document n° 11

« [...] Co tydzien przychodza przecietnie dwa transporty Zydow ze Slowacji, Francji, Zaglebia lub Guberni. Zydzi ze Zaglebia i Guberni sa wytruwani masowo ; trudno ustalic jest nam cyfre, ale jest ona ogroma, tak ze nie moga nadazyc wywozic ubrania po zatrutych. Lezy ich kolo komor gazowych okolo 15 000, mimo ze co dzien wywozi sic je furami. Mamy dwa miejsca trucia : w krematorium bozowym (pojemnosc 400 ludzi) i w Brzezince, gdzie przygotowano w tym celu kilka domkow pod lasem, znacznie pojemniejszych. Zagazowanych zakopuje sie w duze doly, do ktorych jest doprowadzona kolejka, specjalnie wybudowana w celu ulatwiania transportow. Zatrudnieni przyzasypywaniu Zydzi cywile, sa co jakis czas wytruwani. »
« [...] Chaque semaine arrivaient normalement deux convois de juifs de Slovaquie, de France et du Gouvernement Général. Les juifs du Gouvernement Général sont empoisonnés en masse ; il nous est difficile de fixer un chiffre mais il est énorme, au point que l’on ne parvenait pas à enlever les vêtements aux victimes empoisonnées. Environ 15 000 [cadavres] gisaient autour des chambres à gaz, bien qu'on les emportait chaque jour dans des charrettes. Il y avait deux lieux d'empoisonnement : dans le crématoire du camp (qui pouvait contenir 400 personnes) et à Brzezinka, où l’on a préparé à cette fin plusieurs petites maisons dans le bois, d'une capacité considérable. Les gazés sont enterrés dans de grandes fosses auxquelles conduit une voie ferrée construite spécialement pour faciliter le transport. On utilise des civils juifs pour les remplir, qui sont empoisonnés après une brève période. »

Document n° 12

« [...] Kiedy komenda rozeszla sie do pracy, przeprowadzono ich na dziedziniec karnej kompanii, gdzie odbywaja sie egzekucje przy pomocy "Lufthammer" (mlota powietrznego). Wiezniow wiaze sie rece z tylu i po jednym wyprowadzaja rozebrwaszy do naga dziedziniec. Tam z tylu przyklada mu sie lufe tej powietrznej ztrzelby i bez huku strzela. Mot uderza w podstawe czaszki, a sprezone powietrze miazdzy caly mozg. Trupa odrzucaja na kupe i wychodzi nastepny. Podobno dzialy sie tam straszne sceny. »
« [...] Quand les commandos sont envoyés au travail, on les conduit dans la cour de la compagnie disciplinaire où ont lieu les exécutions à l’aide du "Lufthammer" (marteau pneumatique). On attache les mains des prisonniers par derrière et on les emmène nus, un par un, dans la cour. Là on pointe sur eux par derrière le canon du fusil à air et l'on tire sans bruit. Le marteau frappe à la base du crâne et l’air comprimé détruit tout le cerveau. Le cadavre est mis sur un tas et le suivant entre. On dit qu'il se produit là-bas des scènes horribles. »

Document n° 13

« Dane cyfrowe za czas istnienia obozu w Oswiecimiu do dnia 14.XII.42 r.
[…]
Zydzi :
Zagazowanych z Francji, Belgii i Holandii
502 000
Zagazowanych z Polski
20 000.
»
« Données numériques pendant la période d'existence du camp d'Oswiecim jusqu'au 15.XII.1942. [...]
Juifs :
Gazés de France, de Belgique et de Hollande : 502 000
Gazés de Pologne : 20 000. »

Document n° 14

« [...] Zydow wytruto gazem 520 000, w tym okolo 20 000 z Polski, reszta z Francji, Belgii, Holandii, Jugoslawii i innych krajow. »
« [...] Juifs gazés 520 000, parmi lesquels 20 000 de Pologne, le reste de France, Belgique, Hollande, Yougoslavie et d'autres pays. »

Document n° 15

« [...] Zagazowanych Zydow z Polski 20 000, z Francji, Belgii, Holandii 502 000. »
« [...] Juifs gazés de Pologne 20 000, de France, Belgique et Hollande 502 000. »

Document n° 16

« [...] Poza numeracja sa transporty na gaz, glownie Zydow, jak dotad ponad 500 tys. »
« [...] En dehors de la numérotation [des prisonniers officiellement morts] les [membres des] convois pour le gaz, principalement des juifs, sont jusqu'à présent de plus de 500 000. »

Document n° 17

« [...] W obozie oswiecimskim brak gazu dla trucia wieznibw oszczednosciowych osoby zostaja polzatrute, ktore nastepnie sie spala. W krematorium sciany pokrwione - gdyz czlowiek pod wplywem oszolomienia gazowego odzyskuje w piecu przytomnosc - drapie palcami beton broniac sie przed smiercia. To samo dzieje sie w spalaniach otwartych, gdzie zatruci w dolach spaleniowych po pewnym czasie przytomnieja. O tych dolach spaleniowych kraza legendy - znane sa one pod nazwa "Wieczne ognie", gdyz plona dniem i noca. »
« [...] Dans le camp d'Oswiecim, faute de gaz pour empoisonner les détenus, en raison de considérations économiques, les gens sont à moitié empoisonnés et sont incinérés aussitôt. Dans le crématoire, le mur est ensanglanté car les hommes, étourdis sous l’effet du gaz, reprennent conscience dans le four et grattent le ciment avec les doigts pour se défendre face à la mort. Il se passe la même chose pour les incinérations en plein air, où les empoisonnés sont conscients dans les fosses d'incinération quelque temps plus tard. Une légende circule sur ces fosses d'incinération : elles sont connues sous le nom de "feu éternel" puisqu'elles brûlent jour et nuit. »

Document n° 18

« [...] Wszystkie powyzsze dane nie obejmuja transportbw przeznaczonych do komor gazowych, ktore maja oddzielna numeracje. Tutaj numeracja przekracza juz 500 000 ludzi, glownie Zydow. »
« [...] Toutes les données mentionnées ne comprennent pas les convois destinés aux chambres à gaz, qui ont une numérotation à part. Là, la numérotation dépasse déjà les 500 000 personnes, principalement des juifs. »

Document n° 19

« [...] Oswiecim. W Oswiecimiu mieszkalem przez szereg tygodni. Znam dokladnie stosunki, gdyz badaniem sie zajmowal i w tym celu tam siedzialem. Od ludzi zwalninych z Oswiecimia mialem najdokladniejsze informacje o tym sietam dzieje. Gdy wyjezdzalem z Oswiecimia pod koniec wrzesnia liczba rejstrowanych wiezniow w oswiecimiu przekraczala 95 000, ale procz tego byli tez nierejstrowani. Wsrod nich 20 000 jencow bolszewickich ktorzy tam byli sprowadzeni, latem 1940. Jako tez masy Zydow deportowanych z innych krajow. Jency marli zglodu. Zydow tracono masami. Cdy wyjezdzalem stamtad bylo w Oswiecimiu okolo 15 000 wiezniow. Co najmniej 60 000 z posrod zarejestrowanych zostalo zamordowanych. Na podstawie tych pewnych informacji jakie zebralem na miejscu moge stwier zic i potwierdzic, ze Niemcy stosowali nastepujace systemy zabijania : a/ Komorygazowe : rozbierano ofiary do naga, pakowa no ich do komor i wytruwano ; b/ komory elektryczne : komory to mialy metalowe sciany, wprowadzano do nich ofiary i puszczano prad o wysokim napiecu ; c/ system t. zw. Hammerluft: T.j. mlot powietrza. Bily to specjalne komory, w ktorych tlok opadal ze sufitu i przy pomocy specjalnego urzadzenia sila preznosci powietrza ofiary ulegaly smierci. d/ rozstrzelanie : stosowano je przewaznie jako kare kolektywna w wypadkach niesubordynacji, dziesiakujac zebranych.
Najczesciej stosowano pierwsze trzy metody
: ostatnia rzadziej. Gestapowcy wystawali na podwyzszonym miejscu nad komorami gazowymi z maskami gazowymi i cynicznie przyptrywali sie masowej smierci ofiar.
Niemcy ladowali trupy i wywozili je, poza Oswiecim przy pomocy olbrzymich bagrow kopali groby y doly i przylewali je wapnem. Spalanie ofiar przy pomocy piecow elektrycznych jest sotusnkowo mniej sotosowane, bo na dobe w tych piecach mogli spopielic tylko okolo 250 trupow.
»
« [...] Oswiecim. J'ai vécu à Oswiecim durant quelques semaines. Je connais bien les conditions car j'ai enquêté à ce sujet et c'est après tout la raison pour laquelle je suis allé là-bas. J'ai obtenu les informations les plus détaillées sur ce qui se passe là-bas par une personne qui a été libérée. Lorsque j'étais à Oswiecim, à la fin du mois de septembre, le nombre de prisonniers enregistrés était de plus de 95 000, mais il y en a qui n'étaient pas enregistrés. Parmi ces derniers, 20 000 prisonniers de guerre russes amenés là-bas durant l’été 1940 [sic], ainsi que des masses de juifs amenés là-bas d'autres pays. Les prisonniers de guerre mouraient de faim, les juifs étaient exterminés en masse. Quand je suis parti, il y avait environ 15 000 prisonniers de guerre à Oswiecim. Au moins 60 000 des prisonniers enregistrés ont été assassinés. D'après les informations que j'ai recueillies sur le terrain, je peux confirmer que les Allemands appliquaient les méthodes suivantes d'extermination : a/chambres à gaz : les victimes se déshabillent et sont introduites dans les chambres, dans lesquelles elles sont asphyxiées ; b/chambres électriques : ces chambres possédaient des parois en métal, on faisait entrer les victimes et l’on activait alors un courant électrique de haute tension ; c/le système appelé Hammerluft : il s'agit d'un marteau à air. C'était des chambres spéciales où le marteau tombait du plafond et, à l’aide d'une installation spéciale, les victimes trouvaient la mort sous la pression de l’air ; d/fusillade : elle était utilisée comme une forme de punition collective dans les cas d'insubordination, en en tuant un sur dix.
Les trois premières méthodes étaient utilisées le plus fréquemment, la dernière rarement. Les hommes de la Gestapo se trouvaient dans une position qui leur permettait de surveiller avec des masques à gaz la mort des masses de victimes.
Les Allemands chargeaient les corps et les emportaient hors d'Oswiecim ; au moyen d'énormes excavatrices on faisait des trous où l’on enterrait les corps et l’on recouvrait les trous avec de la chaux. La crémation des victimes à l’aide des fours crématoires était rarement appliquée. Et c’est parce qu'on ne pouvait incinérer dans ces fours qu'environ 250 personnes en 24 heures. »

Document n° 20

« [...] Zydow wytruto gazem 520 000 z tego 20 000 z Polski, reszta z Francji, Belgii, Holandii, Jugoslawii i innych krajow. »
« [...] Juifs gazés 520 000, parmi eux 20 000 de Pologne, le reste de France, de Belgique, de Hollande, de Yougoslavie et d'autres pays. »

Document n° 21

« [...] Do konca 1942 r. w obozie oswiecimskim zatruto gazem 468 tysiecy Zydow, nie objetych ogolna rejestracja. Jest to cyfra urzedowa stwierdzona. [...] Od wrzesnia ubr. do poczatku czerwca br. do Oswiecimia przywieziono 181 tysiecy Zydow z Polski, Grecji, Belgii, Holandii i Czecholslowacji. Ze tej cyfry stracono dotad 177 tysiecy przez zatrucie gazem. [...] Ostatnio w Oswiecimiu wprowadzono rowniez pozbawienie zycia przez sciecie. »
« [...] Jusqu'à la fin de 1942, on a gazé 468 000 juifs, non inscrits dans le registre général, dans le camp d'Oswiecim. Ce chiffre a été officiellement constaté. [...] Depuis septembre dernier jusqu'au début de l’année en cours 181 000 juifs de Pologne, de Grêce, de France, de Belgique, de Hollande et de Tchécoslovaquie ont été conduits à Oswiecim. Sur ce chiffre, 177 000 ont été exécutés jusqu'à présent au moyen de gaz. [...] Dernièrement à Oswiecim on a introduit également la privation de la vie par décapitation. »

Document n° 22

« [...] Cale transporty przewozi sie wprost na gaz, bez jakiejkolwiek numeracji. Liczaba takich przekracza juz 500 000 osob. Przewaznie Zydzi. Ostatnio transporty Polakow z Lubelskiego ida wprost na gaz (mezczysni i kobiety). Dzieci rzuca sie wprost na ogien. Za Birkenau pali sie tzw. "wieczny ogien" - stos trupow na wolnym powietrzu - krematorium nie moze nadazyc.
Ostatnio robi sie proby z gazowaniem na wolnym powietrzu, zamiast w komorze - dla celow wojskowych. [...] Nowe krematorium pali dziennie okolo 5 000 osob przewaznie Zydow.
»
« [...] Des convois entiers sont dirigés directement vers le gaz, sans numérotation. Le nombre de ceux-ci dépassent déjà les 500 000 personnes. La plupart juifs. Dernièrement des convois de Polonais de Lublin vont directement au gaz (hommes et femmes). Les bébés sont lancés directement dans le feu. A Birkenau on incinère dans ce qu'on appelle le "feu éternel" - un tas de cadavres en plein air - [;] le crématoire ne suffit pas.
Dernièrement, on a eu des preuves de gazage [effectué] en plein air, non dans une chambre, à des fins militaires. [...] De nouveaux crématoires incinèrent quotidiennement environ 5 000 personnes, en majorité des juifs. »

Document n° 23

« [...] Poza nimi traci sie w komorach gazowych nieobjete rejestracja transporty Zydow (dotad pol miliona). [...] W krematorium spala sie 5 000 trupow dziennie, poniewaz jest wiecej, reszte pali sie zywcem w "wiecznym ogniu" na otwartym powietrzu w Birkenau - do ognia wrzuca sie zywcem dzieci. »
« [...] A part étaient empoisonnés dans des chambres à gaz les convois de juifs qui n'étaient pas enregistrés (un demi-million jusqu'à présent). [...] Dans le crématoire on incinère 5 000 cadavres par jour, et quand il n'y en a plus les autres sont brûlés vifs dans le "feu éternel" en plein air à Birkenau - les bébés sont lancés vivants dans le feu. »

Document n° 24

« […]
Zydzi.
Do IX.42 zagazowano w Oswiecimiu 468 000 nierejestrowanych Zydow. Od. IX.42 do VI.43 przybylo ok. 60 000 Zydow z Grecji (Saloniki, Ateny) ; ze Slowacji i Protektoratu Czech i Moraw - 50 000, z Holandii, Belgii y Francji - ok. 60 000, z Chrzanowa - 6 000 ; z Ket, Zywca, Suchej i Slemien (?) z okolic - 5 000. Z ludzi tych zyje dzis 2 %. Z tych 98 % wyslano do gazu przewaznie zupelnie zdrowych, mlodych ludzi i palono ich napol zywcem. Kazdy transport przychodzacy do Oswiecimia zostaje wyladowany, odziela sie mezczyzn i kobiety i nastepnie bez wyboru (masowo) laduje sie 98 % (glownie kobiety i dzieci) na samochody i odwozi sie do komory gazowej w Brzezince ; po straszliwych mekach (duszenie sie), trwajacych 10-15 minut, wyrzuca sie zwloki przez otwor i pali na stosie. Nalezy zaznaczyc, ze przed wejsciem do komory gazowej obowiazuje skazancow kapiel.
Na skutek braku gazow trujacych palono rowniez polzywych jeszcze. Obecnie zbudowano w brezince trzy duze krematoria na 10 000 ludzi dziennie, ktore nieustannie pala zwolki i przez ludnosc miejscowa nazywane sa "wiecznym ogniem". [...] Poza tym w obozie meskim kolo Rajska znajduje sie jeszeze jedno krematorium, gdzie pali sie zwloki straconych z wiezien w Katowicach i in. przecietnie [...].
Poniewaz krematoria nie mogly podolac ilosci ludzi, palono zwloki zwyczajnie w otwartej jamie na polu kolo Brzezinki i przez 3 dni nie widziano nic innego procz plomieni buchajacych tam, gdzie byli paleni ludzie.
[...]
Brzezinka siwecila swoj rekord zagazowania w ciagu 1 dnia 30 000 ludzi.
»
« [...]
Juifs.
Jusqu'en IX.42 [septembre 1942] 468 000 juifs non immatriculés ont été gazés à Oswiecim. De IX.42 [septembre 1942] à VI.43 [juin 1943] environ 60 000 juifs de Grêce (Salonique et Athènes) sont arrivés ; de Slovaquie et du Protectorat de Bohême et Moravie : 50 000 ; de Hollande, de Belgique et de France : environ 60 000 ; de Chrzanowa : 6 000 ; de Ket, Zywca, Suchej et de Slemien (?) et de la région : 5 000. 2 % d'entre eux vivent aujourd'hui. Parmi les 98 % restants on envoyait souvent au gaz des personnes totalement saines et des jeunes qui étaient brûlés à moitié morts. Chaque convoi arrivé à Oswiecim était débarqué, on séparait les hommes et les femmes et aussitôt, sans sélection, massivement, on chargeait les 98 % (surtout des femmes et des enfants) dans des véhicules et on les transportait dans les chambres à gaz de Brzezinka ; après d'horribles tortures ils sont asphyxiés, ce qui dure 10 à 15 minutes, et les dépouilles mortelles sont jetées par une ouverture et brûlées sur un bûcher. Il convient de signaler qu'on oblige les condamnés à prendre un bain avant d'entrer dans la chambre à gaz.
A la suite d'un manque de gaz toxique, on incinère même à moitié mort. Actuellement, on a construit à Brzezinka trois grands crématoires pour 10 000 personnes par jour, qui brûlent sans arrêt des restes humains et qui sont appelés le "feu éternel" par la population du lieu. [...] A part, dans le camp des hommes de Rajsko se trouve en plus un crématoire, où l’on brûle les restes humains de ceux qui sont exécutés dans les prisons de Katowice et d'autres lieux. [...] Comme les crématoires ne peuvent recevoir une telle quantité de personnes, on brûle régulièrement les restes humains dans une fosse ouverte dans un camp près de Brzezinka et pendant 3 jours on ne voit rien d'autre que des flammes qui jaillissent là-bas, où sont brûlés les corps. [...]
Le nouveau record à Brzezinka de gazage en un jour est de 30 000 personnes. »

Document n° 25

« [...] Nadal odbywa sie masowe mordowanie Zydow w komorach gazowych - glownie kobiety. [...] Podczas zagazowania 30 000 Zydow z Zaglebia Dabrowskiego krematoria nie nadazaly w paleniu zwlok, tak ze palono na stosach, a dzieci rzucano zywcem do ognia. »
« [...] Des massacres de juifs en chambres à gaz, principalement des femmes, ont toujours lieu. [...] Durant le gazage de 30 000 juifs de Zaglebia Dabrowa, les crématoires avaient du retard dans l’incinération des cadavres, de sorte que l’on incinérait en tas, et les bébés étaient lancés vivants dans le feu. »

Document n° 26

« [...] Krematorium miesci sie pod ziemia zbudowane na wzor scronu przeciwlotniczego. Nad powierzchnia ziemi unosi sie jedynie komin, przy budowie ktorego byl zatrudniony rowniez informator.
Gdzie mieszcza lie komory gazowe, informator nie wie, slyszal jedynie, ze sa pod ziemia, zbudowane na zwor krematorium.
»
« [...] Le crématoire se trouve sous terre, construit selon le modèle d'un abri antiaérien. Au-dessus, en surface, s'élève une unique cheminée, à côté de laquelle il y a une construction dans laquelle travaillait également l’informateur.
Où se trouvaient les chambres à gaz, l’informateur ne le sait pas, il a seulement entendu dire qu'elles étaient sous terre, construites selon le modèle du crématoire. »

Document n° 27

« [...] Do Oswiecimia spedzano ze wszystkich krajow zachodnieh jak : Holandii, Belgii, Francji tysiace zydow. Nastepowala segregacja silniejszych zabierano na roboty, ktorych przydzielano do obozow pracy. Wiekszos nienadajacych lie do pracy, slabszych fizycznie, czestokroc cale rodziny zapedzano do tak zwanej dezynfekeji. Byly to wlasciwie komory stracenia.
Ludziom kazano rozbierac lie, wlosy byly zgalane a nastepnie wpedzano do ogromnych hal, gdzie nastepowala dezynfekcja.
Hal tych bylo siedem. Kazda z nich mogla pomiescic okolo 1500 ludzi. Po zapelnieniu hal ludzmi, wypompowywano powietrze, a nastepnie przez male okienko wrzucano srodek do dezynfekcji lokalnej -kreuzolit. Po trzech do pieciu minut ludzie zanjdujacy sie wewnatrz byli straceni. W poblizu znajdowalo sie siedem piecow do spalania cial, kazdy piec zawieral siedem otworow do wrucania trupow. Proces spalania trwal zaledwie kilka sekund.
»
« [... ] A Oswiecim arrivent de tous les pays occidentaux : des milliers de juifs de Hollande, de Belgique et de France. Se produit la séparation des forts, emmenés comme ouvriers, lesquels sont affectés à des travaux dans le camp. La majorité des inaptes au travail, physiquement débiles, des familles entières, sont emmenés à la désinfection, ainsi qu'on l’appelle. En réalité ils vont dans les chambres d'exécution.
On ordonnait aux personnes de se déshabiller, on leur coupait les cheveux et aussitôt on les faisait entrer dans d'énormes salles, où avait lieu la désinfection.
II y avait sept de ces salles, chacune d'elles pouvait contenir environ 1 500 personnes. Après avoir rempli les salles de gens, on vidait l’air et aussitôt, par de petites fenêtres, on lançait du kreuzolit au milieu du local de désinfection. Après trois à cinq minutes, les personnes qui se trouvaient à l’intérieur étaient mortes. A proximité se trouvaient sept fours pour brûler les corps, chaque four avait sept ouvertures pour l’introduction des cadavres. Le processus de crémation durait à peine quelques secondes. »

Document n° 28

« [...] Na terenie Birkenau znajduje sie 6 kominow, czyli krematoriow. Nie sa nigdy bezczynna. [...] Palenie trupow zmarlych na largze to zaledwie drobna czesc krematoryjnej dzialalnosci. Kominy sa przeznaczone dla zywych nie dla umarlych. I codzien, codzien, bocznica kolejowa wchodzaca w obreb lagru zajezdzaja pociagi zwozace Zydow z Bulgarii, Grecji, Rumunii, Wegier, Wloch, Niemiec, Holandii, Belgii, Francji, Polski, do niedawna Rosji. Transport zawiera n mezczyzn, kobiety i dzieci, atarcow. 10 % kobiet z kazdego transportu zostaja odstawiona do lagru, otrzymuje wytatuowani numer, gwiazde na ubraniu i powieksza liczenby stan obozu. Reszta odsy lana jest wprost do komory gazowej. Sceny, ktore sie przy tym odbywaja sa niemozliwe do opisania. Skoro zas owe 10 % transportow wynosi przeszlo 30 tysiecy numerowanych Zydowek - jakaz jest ogol cyfra ofiar ktore komin pochlania. Straszno pomyslic, straszno patrzec, gdy przez lagerstrasse tocza sie ciezarowki wzozace na smierc 4 tysiece dzieci ponizej 10 lat (dzieci z ghetta w Teresznie w Czachach). Niektore plalaly i wolaly : Mamo. Inne zas usmiechaly sie do przchodzacych i trzepotaly raczkami. W kwadrana potem zadne z nich nie zylo a cialka odurzone gazem plonely w straszliwych piecach. I znow ktoz prawdziwosci tej sceny uwierzy. A przeciez recze i stwierdzam, ze tak bylo istotnie, biorac na swiadkow zywych i umarlych .
[...] Odurzone gazem [...] Tak, bo gaz jest drogi i "sonderkommando" obslugujace smiertelna komore stomuje go b. oszczednie. Otrzymana dawka gazu zabija slabsze osobniki, na krotki tylko moment usypia silniejsze. Te ostatnie odzyskuja przytomnosc na wozach krematoryjnych i zywcem wpadaja w nuczaca, ognista czelusc.
»
« [...] Sur le territoire de Birkenau se trouvent 6 cheminées, c'est-à-dire des crématoires. Aucune n’est inactive. [...] La crémation des cadavres morts dans le camp est à peine une petite partie de l’activité du crématoire. Les cheminées étaient destinées aux vivants et non aux morts. Et quotidiennement, quotidiennement, arrivaient sur la voie de raccordement de chemin de fer située à l’intérieur du camp des trains transportant des juifs de Bulgarie, de Grêce, de Roumanie, de Hongrie, d'Italie, d'Allemagne, de Hollande, de Belgique, de France, de Pologne et de Russie. Le convoi comprend des hommes, des femmes et des enfants. 10 % des femmes de chaque train sont envoyées au camp, on leur tatoue un numéro, on leur met une étoile sur le vêtement et le nombre des membres du camp s'accroît. Le reste est envoyé directement à la chambre à gaz. Il est impossible de décrire les scènes qui se produisent. [...] De terribles pensées, de terribles visions [nous assaillent] quand quatre mille enfants de moins de 10 ans (enfants du ghetto de Theresienstadt en Tchéquie) traversent la lagerstrasse [rue principale du camp] en camions en direction de la mort. Certains pleurent et appellent leur mère. Mais d'autres sourient au passage et agitent leurs petites mains. Un quart d'heure après aucun d'entre eux n’est plus en vie et les corps étourdis par le gaz brûlent dans d'horribles fours. Et de nouveau, qui croira ces scènes ? Et cependant, je garantis et j'affirme que cela s'est réellement passé et j'appelle comme témoins les vivants et les morts.
[...] Etourdis par le gaz [...]. Oui, parce que le gaz est cher et que le "sonderkommando" qui fait fonctionner la chambre mortelle l’administre avec beaucoup de parcimonie. L'administration de la dose de gaz tue les individus faibles et, en quelques brefs instants, endort les plus robustes. Ces derniers reprennent connaissance dans les wagonnets du crématoire et sont précipités vivants dans le tourbillon de feu. »

Document n° 29

« [...] Dziennie gazuje sie okolo 3 000 Zydow, nastepnie spala w krematorium. Polacy ulokowany w murowanych barakach twierza, ze baraki to sa podminowane. Pod podloga podobno znajduja sie dwie grube, metalowe rury, biegnace rownolegle wzdluz barabu, ktore polaczone sa z przewodami elktrycznymi prowadzacymi do Politische Abteilung blok nr 11. »
« [...I Quotidiennement on gaze autour de 3 000 juifs, qui sont ensuite incinérés dans le crématoire. Les Polonais installés dans de grandes baraques en briques affirment que ces baraques sont minées. On dit que sous le sol se trouvent deux gros tubes en métal, qui courent parallèlement le long de la baraque et sont reliés à des conduites électriques qui vont à la Politische Abteilung dans le blok n° 11. »

Document n° 30

« [...] Organizacja likwidacji Zydow prowadzona jest nastepujaco :
Zamkniete pociagi oczekuja na specjalnej bocznicy na swe wyladowanie. Transporty, ktorym nie moga nadazyc hale gazowe, koczuja w pobliskim lesie, gesto pilnowane przez ss-ow. Oczekiwanie na smierc trwa nieraz po kilka dni. Pomiedzy rampa kolejowa a gazownia dzien i noc sunie pieprzerwany korowod ludzi ku swej kolejce, w tempie uzaleznionym od usuwania trupow. Srodkiem szosy kraza samochody ciezarowe, wiozace z rampy slabych, starych i dzieci. Zdrowi ida pieszo, do ostatniej chwili nie wiedzac, ze ida na smierc. Po drodze w rowach leza SS-mani z karabinami maszynowymi. Na rampie kolejowej zostaja wszystkie walizy i dobytek prywatny. Przywozi sie je nastepnie do magazynow zwanych "kanada", gdzie specjalna ekipa wiezniow sortuje je. Przy rampie pietrzy sie masa walizek i tobolow dlugosci 300 metrow, szerokosci 20 m. wysokosci 1-go pietra. Przed olbrzymin barakiem "Effektenkammer" leza sterty garderoby, ktorej nie mozna nadazyc sortowac i pakowac. Przed wejsciem do komory gazowej wszyszy oddaj ; à posiadane przy sobie pieniadze i kosztownosci do "depozytu", nastepnie rozbieraja sie do naga, oddaja garderobe - przeszukiwana jeszcze pozniej, czy nie znajduja sie w niej zaszyte kosztownosci. Po zlozeniu garderoby wprowadza sie neiszczesliwcow do kapieli tj. komory gazowej, partiami po 1 000 osob. Nie daje sie im nawet, jak to bylo poprzednio, recznikow i mydla, nie ma na to czasu. Obie komory gazowe pracuja bez przerwy dzien i noc, nie mogac nadazyc. Miedzy usmiercaniem poszczegolnych partii istnieje tylko przerwa, ktora potrzebna jest do usuniecia trupow, wyrzucanych na druga strone komory, czego nie widza przeznaczeni na smierc. Z tej stromy komor znajduja sie cale gory trupow. Krematoria nie moga nadazyc z paleniem. Wszyscy usmierceni sa strzyzeni przez osobna ekipe fryzjerow, wlosy laduje lie do workow jako surowiec. Ekipa dentystow przeglada dokladnie jamy ustne wszystkich trupow, wyciagajac zloto i platynowe korony ; pomewaz czasu jest malo, wylamuje lie cafe szczeki. Inna ekipa "specjalistow" zanurza rece w pochwach trupow kobiecych, poszukujac ukrytych kosztownosci. Dopiero tak obrobione i skontrolowane trupy ida na spalenie. Pracuja 4 krematoria, 1 cegielnia a oprocz tego pala lie stosy na wolnym powietrzu. Czarne i geste dymy widoczne sa z daleka. Jedno krematorium jest chwilowo nieczynne, ale w pospiesznym tempie remontawane. remont okazal lie konieczny wskutek przepalonych od ciaglego uzywania rusztow i czesci pieca. Obsluga przy rabowaniu, mordowaniu i noszeniu trupow, noszaca miano "Sonderkommando" wynisi 2 tys. osob. Sa to zdrowi i mocni Zydzi, skazani rowniez na smierc po ukonczeniu swojej roboty. W chwili obecnej cyfra zagazowanych. Zydow wegierskich przekroczyla sto tysiecy i z kazdym dniem wzrasta. W najblizszym czasie Oswiecim ma usmiercic 1 200 000 Zydow wegierskich.
»
« […] L'organisation de la liquidation des juifs se fait de la manière suivante :
Des trains fermés attendent sur des voies spéciales le déchargement. Les convois qui n’ont pas de place dans la grande salle de gazage campent dans des bois proches surveillés étroitement par des hommes de la SS. L'attente de la mort dure plus d'une fois plusieurs jours. Entre le quai et le bâtiment du gaz s'avancent jour et nuit en une procession continue les personnes jusqu'à ce que vienne leur tour, qui dépend du temps d'enlèvement des cadavres. Dans le centre de la chaussée circulent les camions qui conduisent les faibles, vieux et enfants, depuis le quai. Les bien portants vont à pied, ils ne savent pas jusqu'au dernier moment qu'ils vont à la mort. Sur le chemin étaient postés dans de petites fosses des SS avec des mitrailleuses. Sur le quai restent toutes les valises et les effets privés. Ils sont emportés aussitôt dans des magasins appelés "Kanada" ou des groupes spéciaux de prisonniers les trient. Près du quai s'entasse une masse de valises et de paquets de 300 mètres de long, de 20 mètres de large et de 1 mètre de haut. Devant la colossale baraque "Effektenkammer" se trouvent des montagnes de vêtements que l’on peut à peine trier et emballer. Devant 1'entrée de la chambre à gaz tout le monde remet de 1'argent et des objets de valeur "en dépôt", on se déshabille tout de suite complètement, on remet ses vêtements - pour vérifier plus tard si l’on ne trouve pas d'objets de valeur cousues. Après la remise de leurs vêtements, les malheureux sont introduits dans 1'établissement de bains, c'est-à-dire dans la chambre à gaz, par lots de 1 000 personnes.
On ne leur donne même pas, comme on le faisait auparavant, des serviettes et du savon, on n’avait pas le temps. Les deux chambres à gaz travaillent sans interruption jour et nuit, elles ne suffisent pas.
Entre le massacre de chaque lot, il n'y a qu'une interruption, qui est nécessaire pour enlever les cadavres, jetés dans une chambre située à côté, que ceux qui sont destinés à mourir ne voient pas. Dans cette chambre contiguë se trouvent des montagnes entières de cadavres. Les crématoires ne suffisent pas à la crémation. Tous les morts sont rasés par des équipes spéciales de coiffeurs et les cheveux sont chargés dans des sacs comme matière première. Une équipe de dentistes examine avec précision les cavités orales de toutes les victimes, pour extraire les couronnes en or et en argent ; comme ils ont peu de temps, ils cassent toutes les mâchoires. Une autre équipe de "spécialistes" introduit les mains dans les vagins des cadavres des femmes pour rechercher des objets de valeur dissimulés. Seuls les cadavres examinés et vérifiés de cette manière vont à l’incinération. 4 crématoires et une briqueterie travaillent, et en plus on incinère sur des bûchers de plein air. De grandes fumées noires et épaisses sont visibles de loin. Un crématoire est momentanément inactif mais on le répare à marche forcée. La réparation s'avère nécessaire en raison de la surchauffe due à l’usage incessant des foyers et des composants du four. Le service chargé du pillage, du massacre et du transport des cadavres porte le nom de "Sonderkommando" et s'élève à 2 000 personnes. Il s'agit de juifs sains et robustes, condamnés également à la mort au terme de leur tâche. Actuellement, le chiffre des juifs hongrois gazés dépasse les cent mille et augmente chaque jour. Dans les temps prochains Oswiecim doit tuer 1 200 000 juifs de Hongrie. »

Document n° 31

« [...] Natychmiast po przyjezdzie musza oddac wszystkie kosztownosci i piedniadzie, kt. odbior jest im dokladnie kwitowany, nastepnie czekaja na "kappiel". Przed kapiela kobietom obcinaja wlosy, ktore potem sa segegowane przez specjalne komando i wysylane w pakach do Reichu. Ubrania tez sa segregowane przez oddzielne komando, niby do dezynfekcji. Caly czas az do zamkniecia komory gazowej, traktowanieb b. grzeczne, spokojne. Po zagazowaniu (kwas pruski) trupy sa jeszcze raz przegladane przez komando pod scislym nadzorem ssmanow, przede wszystkim dokladnie wyrywaja wszystkie zlote zeby. Dzienna zdobycz zlota z trupow wynosi 10-13 kg. Nastepnie trupy sa palone. Od 1.5 dzien i noc sa czynne 4 krematoria, cegielnia, czasem pala i na stosach. Likwidacja dzienna wynosi do 10 tys. W ten sposob maja byc wykonczeni wszyscy Zydzi wegierscy -jest ich 1 200 000. [...] Wsrod SS-manow sa wypadki zalaman nerwowych, oblakania - tacy ida do krematorium razem z Zydami. W obozie kurs lagodny. Od pazdziernika, po ustapienie dawnego komendanta, zostala zniesiona kara smierci za probe ucieczki. Jednak od 1.5 wrocil dawny komendant Grabner, slynny organizator masowych egzekucji, na razie jest zajety likwiddacja Zydow. »
« [...] Tout de suite après la réception on les oblige [les juifs] à donner tous les objets de valeur et l’argent, après quoi on leur remet un reçu exact, et ils attendent le "bain". Avant le bain, on coupe les cheveux des femmes qui sont aussitôt triés par un commando spécial et envoyés en paquets dans le Reich. Les vêtements sont également triés par un commando différent, apparemment pour la désinfection. Jusqu'à la fermeture de la chambre à gaz, le traitement est très courtois, pacifique. Après le gazage (par acide prussique), les cadavres sont examinés une fois de plus par un commando sous l’étroite surveillance d'hommes de la SS et l’on extrait avec précision l’or des dents. Quotidiennement le butin d'or des cadavres s'élève de 10 à 13 kg. Les corps sont aussitôt incinérés. Depuis le 1.5, 4 crématoires et une briqueterie sont en action jour et nuit et l’on incinère parfois sur des bûchers. L'anéantissement quotidien se monte à 10 000. De cette manière tous les juifs hongrois peuvent être exécutés : 1 200 000. [...] Parmi les SS, il y a des cas d'effondrement nerveux, de folie : ils se rendent au crématoire en même temps que les juifs. Dans le camp, les conditions s'assouplissent. Depuis octobre, après la démission de l’ancien commandant, la peine de mort pour tentative de fuite à été abolie. Néanmoins, depuis le 1.5 est revenu l’ancien commandant Grabner, célèbre organisateur d'exécutions massives, mais pour le moment il est occupé à l’anéantissement des juifs. »

Document n° 32

« Dotad zagazowano w oswiecimiu pareset tysiecy Zydow wegierskich. Ofiary do ostatniej chwili sa przekonane, ze przeznaczone sa na osiedlenie na Slasku lub na wymiane z jencami niemieckimi w Anglii. Transporty sa posortowane : mezczyzni, kobiety, dzieci. Walizy, ubranie, kosztownosci i pieniadze oddaje sie "do przechowadnia", a po rozebraniu do naga nastepuje zboirowa "kapiel", czyli smierc w komorze gazowej. Specjane zespoly strzyga trupy i magazynuja wlosy, wylamuja zeby ze zlotymi koronami i szukaja kosztownosci w pochwach kobiecych. Krematoria nie moga nadazyc z paleniem zwlok. Powstaly zatory, trzeba pare dni czekac na "kapiel". 2 000 zdrowych Zydow odseparowano od reszty, umieszczono w obozie w Gliwicach i kazano pisac optymistyczne listy na Wegry. Nie maja oni pojecia o losie pozostalych. »
« Jusqu'à maintenant, plusieurs centaines de milliers de juifs hongrois ont été gazés à Oswiecim. Les victimes étaient persuadés jusqu'aux derniers instants qu'elles étaient destinées à la déportation en Silésie ou à un échange avec des prisonniers allemands en Angleterre. Les convois sont classés : hommes, femmes et enfants. Valises, vêtements, objets de valeur et argent sont remis "en consigne", et, complètement dévêtus, ils marchent collectivement vers le "bain", c'est-à-dire vers la mort dans la chambre à gaz. Des groupes spéciaux coupent les cheveux des cadavres et les entassent, brisent les dents avec des couronnes en or et recherchent des objets de valeur dans les vagins des femmes. Les crématoires ne suffisent pas à la crémation des cadavres. Des encombrements se produisent, il est nécessaire d'attendre deux jours pour le "bain". 2 000 juifs sains et robustes ont été séparés du reste et ont été installés dans un camp à Gleiwitz et on leur a ordonné d'écrire des lettres optimistes en Hongrie. On n'a aucune idée du sort des autres. »


Akribeia, n° 2, mars 1998, p. 60-113


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