De Gaulle et l'extermination des juifs.
Le général était-il un "révisionniste" ?

Jean-Marie Boisdefeu

En 1984 déjà, le professeur Robert Faurisson avait relevé le fait que le général De Gaulle n'avait jamais prononcé les mots « chambres à gaz » et cela, suggère le professeur, pour la simple raison qu'il n'y croyait pas [1] ; toutefois, ce n'est vraiment qu'à l'occasion du procès Papon qu'on s'est enfin interrogé publiquement sur l'attitude de De Gaulle face à l'extermination des juifs par les Allemands.
Pour les uns, le général « savait » -d'ailleurs, de Pie XII à Papon, tout le monde savait- mais il s'est tu au point de ne même pas faire allusion à l'extermination des juifs dans ses Mémoires de guerre ; De Gaulle aurait ainsi fait preuve d'une insensibilité impardonnable qu'expliquerait un antisémitisme quasi atavique. Terrifiés par ces accusations, notamment celle d'antisémitisme, les autres répondent que le général n'était nullement antisémite, au contraire, mais qu'il « ne savait pas » : il ignorait tout simplement l'existence des camps d'extermination et de leurs chambres à gaz ; il n'avait connaissance que de la déportation des juifs et il l'a d'ailleurs déplorée à plusieurs reprises dans ses Mémoires de guerre.
En fait, tout cela est imprécis, confus, peut-être même hypocrite :

Avant d'examiner dans le détail les arguments des uns et des autres, rappelons sommairement la chronologie de certains faits :

Le premier à avoir répondu à l'accusation portée contre De Gaulle est Henri Amouroux. Dans le Figaro-Magazine du 10 avril 1998 [pp. 30 et 32 : « De Gaulle est-il coupable ? »], le célèbre historien et membre de l'Institut s'interroge sur la responsabilité éventuelle du général dans « l'ignorance française face au génocide ». Amouroux y reconnaît que la question du génocide des juifs n'a été que « peu - ou pas- abordée par le général de Gaulle » dans ses Mémoires de guerre. Ceci peut s'expliquer, dit-il, par le fait que l'extermination et le rôle de Vichy n'étaient pas connus des Français de 1945. Et de s'appuyer sur le fait qu'en 1945, des journaux comme Le Monde et Le Figaro ne contenaient pas d'informations sur le sujet.
Cette analyse est vraiment étonnante :

On doit donc exclure que De Gaulle n'ait pas entendu parler de l'extermination des juifs, lorsqu'il publia ses Mémoires de guerre de 1954 à 1959. (Rappelons qu'ils ont été réédités au moins jusqu'en 1970 sans correction du texte original.)

Répondant à Gérard Boulanger, avocat des parties civiles au procès Papon et qui a fait remarquer dans son livre Papon, un intrus dans la République que, jamais, De Gaulle n'avait parlé d'extermination des juifs dans des chambres à gaz ou par d'autres moyens (remarque déjà faite par le professeur Faurisson ainsi que nous l'avons vu), Jean Foyer, ancien ministre du général De Gaulle et président de l'Institut Charles De Gaulle, écrivait dans Le Figaro-Magazine du 8 novembre 1997, p 11, que cela était faux et de citer les passages suivants des Mémoires de guerre du général (pagination de l'édition en livre de poche chez Plon : 1958 pour le tome 2 et 1961 pour le tome 3) : 

Contrairement à ce que prétend Jean Foyer, il est bien difficile d'admettre que tous ces passages, en admettant qu'ils s'appliquent tous aux juifs, portent sur une « extermination » massive et programmée des juifs. Certes, le général emploie l'épithète « horrible » mais il se garde bien d'employer les mots « extermination » et « chambres à gaz » ; ces passages semblent donc plutôt décrire une « persécution » « honteuse » prenant finalement la forme d'une déportation d'hommes, de femmes et d'enfants dans des conditions « horribles » ; ce discours est d'ailleurs fort banal, tout le monde admettant, par exemple, que les conditions régnant à Auschwitz au plus fort de la déportation des juifs de France étaient lamentables.

De son côté, en appui à un article de Georges Broussine dans Le Point du 20 juin 1998 (article n'apportant rien au débat) et en rupture avec l'histoire officielle, Alain Peyrefitte, ancien ministre et biographe de De Gaulle affirmait (Le Point du 27 juin 1998) : « Je peux affirmer, d'après ses propres confidences, que le général, qui n'affabulait jamais sur ce genre d'affaires [sic], n'était pas informé de l'existence des camps d'extermination. Dans le tome III de C'était de Gaulle, je me propose de rendre publics ces propos privés. Comment en aurait-il connu l'existence, tandis que Churchill et Roosevelt, apparemment, l'ignoraient ? Pourquoi n'ont-ils pas réagi ? » En attendant, Peyrefitte protestait contre l'affirmation que le général ait « omis de parler des Juifs » dans ses Mémoires mais en ne s’appuyant toutefois que sur les seuls 3 premiers des quatre extraits déjà cités par Jean Foyer et dont nous avons dit qu'ils n'étaient pas convaincants.
Certains ont pris cette promesse de révélations pour argent comptant et n’ont même pas attendu la publication dudit tome 3 pour s’y référer : ainsi, Jean-Louis Crémieux-Brilhac (ex-chef de service à l’information de la France Libre à Londres) écrit-il dans La lettre des Résistants et des Déportés Juifs de sept-oct 1999 : « Le général De Gaulle pourra dire 20 ans plus tard à Alain Peyrefitte qu’il avait ignoré jusqu’à une date très tardive l’existence des camps d’extermination. » !
Depuis, on le sait, Alain Peyrefitte nous a quittés mais, fort heureusement, il a pu corriger les épreuves de son tome 3 [publié par Fayard en 2000]. Nous en avons extrait ce qui suit :

  1. Dans un « Avertissement » [p 8] : « Rappelons toutefois que, seuls, peuvent être considérés comme engageant le général de Gaulle ses écrits ou déclarations publiés. » C’est bien notre avis aussi. 

  2. Dans le chapitre 3 intitulé « Les Israéliens n’ont rien à nous demander et nous n’avons rien à leur donner » [pp 275 à 283] :

Mais les deux anciens ministres du général ne se contentent pas de faire des citations qui ne sont pas convaincantes ;  plus grave : ils omettent de citer des passages plus éclairants encore sur ce que le général aurait pu penser de la question :

Ce dernier passage, rappelons-le, est extrait du tome 3 publié à partir de 1959 et réédité sans correction par la suite au moins jusqu'en 1970. On peut, sans caricaturer la position du général, le résumer de la sorte : la persécution des juifs à laquelle Vichy a collaboré (le général, nous l'avons déjà dit, se garde bien de parler d'extermination) a sans doute été odieuse et déplorable mais elle doit être considérée comme un fait accessoire de même importance que l'affaire de la Cagoule [sur laquelle affaire, d'ailleurs, pas un Français sur cent ne pourrait dire trois mots].

On peut encore se référer à un choix -effectué par le fils du général, l’amiral De Gaulle- d’allocutions et messages de 1946 à 1969 et publié en 2000 [2] : le seul passage intéressant se trouve dans une allocution prononcée le 30/4/47 à Bruneval à l’inauguration d’un Mémorial des combattants et qui est dans le style de ce qu’on a déjà relevé dans les Mémoires : «  Les six cents mille hommes et femmes de chez nous, qui sont morts sur les champs de bataille, ou aux poteaux d’exécution, ou dans les camps de misère, sont morts pour la France et pour la France seulement. »

***

Il semble donc bien qu'on puisse raisonnablement conclure de tout cela que :

Jean-Marie Boisdefeu


Notes

[1]

Interview donnée à M. Mugarza le 18 juin 1984 ; voyez aussi « Précisions sur le détail », National Hebdo, 1-7 janvier 1998, p. 15 et « Pires que Le Pen, les révisionnistes Churchill, Eisenhower et de Gaulle », National Hebdo, 5-11 novembre 1998, p. 17. On peut en trouver le texte dans « Ecrits révisionnistes (1974-1998) », édition privée hors-commerce, 1999 : vol. II, p. 521 ; vol. IV, pp. 1843 sqq. et pp. 1889 sqq. 

[2]

Charles De Gaulle, « L’esprit de la Ve République », Plon, 1996, 1163 p. L’extrait cité est de la page 329.

[3]

Les défenseurs autoproclamés de De Gaulle se ridiculisent et –plus grave- trahissent le général et –finalement- contribuent à salir sa mémoire. Le plus simple et le plus honnête serait pour eux d’adopter l’hypothèse faurissonnienne. Mais, voilà, certains ont perverti notre morale : aujourd’hui, nier le génocide des juifs ou simplement en contester les modalités est devenu le plus grave des péchés mortels ; pour un Jospin, c’est même devenu un crime, le « crime de la Pensée » ; pour un Bensoussan, c’est le « génocide continué » ; un jour viendra, sans doute, où nier ce crime sera même plus grave que d’être accusé de l’avoir perpétré ou le justifier. Pour le moment, en tous cas, il apparaît aux pseudo-gaullistes, gens bien-pensants et politiquement corrects, qu’il serait plus opportun de plaider l’ignorance : le général n’a rien dit car il ne savait pas ; certes, il a fini tout de même par savoir mais, apparemment, trop tard : il avait déjà donné le bon à tirer à son imprimeur. Thèse tout à fait invraisemblable que des Amouroux, des Gallet et autres Gallo vont se ridiculiser à exposer. Arrive alors Peyrefitte, confident de De Gaulle, qui va commettre une bourde de plus : le général lui a effectivement fait la confidence de sa connaissance tardive et, lui, Peyrefitte, en fournira la « preuve » dans son prochain livre. A la lecture dudit tome 3, on relève que la mort a laissé au pauvre Peyrefitte le temps d’ajouter une note de bas de page consacrée à cette question mais on doit tout aussitôt constater qu’il a continué à divaguer et, de toute façon, n’a pas pu tenir la promesse qu’il avait faite ; de façon fort légère d’ailleurs : en effet, à quelle date fixer la fin de la période d’ignorance du général ? Après la publication du dernier tome des Mémoires de guerre, c’est-à-dire en 1959 ? Autant affirmer que le général De Gaulle était un mal-comprenant, un attardé voire un demeuré car, à l'époque, tout le monde « savait ». Pour ne pas tomber dans le grotesque (mais n’y est-on déjà pas ?), Peyrefitte n’aurait pas pu la fixer après la publication du premier tome en 1954 et, de la sorte, il aurait mis en évidence aux yeux des plus obtus le fait que De Gaulle avait choisi de continuer à se taire et avait délibérément cherché à banaliser une tragédie aussi effrayante. Ceux qui croient n’auraient-ils pas alors été en droit de tenir ce De Gaulle pour un être vil et méprisable ? 

[4]

A propos de la remarque d'Alain Peyrefitte sur le silence des deux autres grands chefs occidentaux de la coalition antiallemande, Eisenhower et Churchill. 
Robert Faurisson [Peyrefitte se garde bien de citer son nom !] avait également relevé depuis longtemps déjà que ces deux éminents personnages n'en ont pas dit beaucoup plus que le général De Gaulle.

Le général Dwight D. Eisenhower dans « Croisade en Europe - Mémoires sur la deuxième guerre mondiale », Robert Laffont, 1949, 593 pages, ne parle qu'en une seule occasion de l'extermination mais en des termes étonnants ; traitant du problème des personnes déplacées (DP), Eisenhower dit en pages 495 et 496 : « Parmi les D.P. (Displaced Persons), les Juifs se trouvaient dans les conditions les plus misérables. Depuis des années, ils étaient réduits à la famine, molestés et torturés. Il n'était pas possible, même en les traitant décemment, en les nourrissant et en les habillant, de les tirer d'un seul coup de leur torpeur et de leur désespoir. Ils continuaient à s'entasser les uns sur les autres dans la même pièce, semblant trouver de cette façon un soupçon de sécurité, et attendaient passivement ce qui allait arriver. »
L'extermination ? Les chambres à gaz ? Eisenhower n'en parle d'aucune manière.

Quant au Premier ministre britannique, Winston S. Churchill, il aborde à peine le sujet dans les « Mémoires sur la deuxième guerre mondiale » (12 tomes que Plon a publiés entre 1948 et 1954 et qui ne comptent pas moins de 5.309 pages) ; encore n’utilise-t-il jamais les mots « chambres à gaz ».
Dans le corps même de ses Mémoires, il écrit en page 16 de l’édition française : « Sous la domination hitlérienne qu’ils se laissèrent eux-même imposer, les Allemands commirent des crimes qui n’ont pas d’équivalents pour l’énormité et l’iniquité dans aucun de ceux qui ont assombri l’histoire de l’humanité. Le massacre en gros, par des procédés systématiques, de 6 ou 7 millions d’hommes, de femmes et d’enfants, perpétré dans les camps de concentration [°]  allemands, dépasse en horreur les boucheries brutales et expéditives de Gengis Khan, réduit dans l’échelle des monstruosités à des proportions minuscules. L’extermination de populations entières fut méditée et poursuivie par l’Allemagne comme par la Russie, dans la guerre à l’Est. L’affreux progrès réalisé par le bombardement aérien des villes ouvertes –les Allemands en ayant pris l’initiative, les Alliés dont la puissance ne cessa de croître, leur répondirent avec vingt fois plus de force- trouva son paroxysme dans l’emploi de bombes atomiques qui rasèrent Hiroshima et Nagasaki. »
[°] « execution camps » dans l’édition anglaise (The Second World War, Vol I, The Gathering Storm, p. 17) selon Hugh dans VffG, Heft 2, Juli 2001, p. 234.
Il faut tout d’abord rétablir la citation dans son contexte. Il apparaît alors qu’en fait, ce passage fait partie d’un parallèle entre les deux guerres mondiales. Lors de la première guerre mondiale, dit Churchill, les lois de la guerre avaient, en gros, été respectées ; ce ne fut pas le cas au cours de la seconde. Et de faire l’aveu (qui l’honore) que les Alliés n’avaient pas fait exception mais en des termes (qui ne l’honorent pas) qu’on pourrait résumer ainsi : Les Américains  rasèrent Hiroshima et Nagasaki à la suite de précédents allemands mais les Allemands (et même les Russes) ont fait bien pire et ont assassiné systématiquement des millions de civils.
D’une part, Churchill évoque deux crimes américains, ce qui le dispense d’évoquer le crime plus personnel qu’il commit à Dresde [250.000 morts en 24 heures ?] ; d’autre part, s’il parle des crimes allemands et russes en termes de pertes humaines, par contre, il réduit les crimes alliés à de simples destructions matérielles [voyez, par exemple, le mot « rasèrent »] et omet donc de nous parler des centaines de milliers de victimes japonaises, toutes civiles, des crimes, particulièrement atroces, des Américains. Enfin, l’attribution de la responsabilité des massacres de populations par voie aérienne à l’Allemagne est pour le moins excessive.
Le rappel par Churchill des crimes allemands fait donc partie d’un plaidoyer pro domo et leur donne donc moins de vraisemblance. Mais peu importe, diriez-vous peut-être, car ce n’est pas l’objet de la question. Vous auriez raison mais il reste que Churchill n’a pas cru bon dans ce passage : 

  • d’écrire le mot « juif » (sans qu’on puisse nier qu’il pensait également à eux) d’où on peut tirer la conclusion qu’il ne voyait pas le caractère unique du traitement qui leur avait été réservé ; 

  • d’écrire les mots « chambres à gaz », l’emploi des mots « procédés systématiques » [au pluriel !] semblant même indiquer qu’en l’occurrence, il n’avait pas d’idées bien arrêtées.

On trouve encore dans les annexes desdits Mémoires des lettres dans lesquelles Churchill parle de la déportation des juifs hongrois et de leur massacre. Ces annexes, notons-le, sont constituées d'extraits de notes de service, de lettres et de discours traitant de sujets très divers, les uns manifestement importants (comme la conduite de la guerre), d'autres apparemment plus futiles (comme le parking des bicyclettes des fonctionnaires de tel ministère ou encore la pénurie de cartes à jouer en Grande-Bretagne) ; les éléments nous intéressant figurent dans les annexes du Tome VI consacré à la période du 6 juin 1944 au 3 février 1945 : « Annexe B. Notes personnelles du premier ministre de juin à décembre 1944 » : 

  • page 370 : « 11 juillet 1944, Premier ministre à secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères. 
    Il n'y a aucun doute, cette affaire [la persécution des juifs en Hongrie et leur expulsion du territoire ennemi]
    [Cette précision est de Churchill lui-même ; nous y reviendrons.] constitue probablement le crime le plus grave et le plus affreux qui ait jamais été commis dans l'histoire du monde, et il a été perpétré avec une précision toute scientifique par des hommes qui se prétendent civilisés, au nom d'un grand Etat et d'une des races dominantes de l'Europe. Il est bien évident que tous ceux qui auront participé à ce crime et tomberont entre nos mains, même ceux qui n'ont fait qu'obéir aux ordres en procédant à la boucherie, devront être exécutés dès que leur participation aux assassinats aura été prouvée.
    Je ne peux donc estimer qu'il s'agisse du genre d'affaires ordinaires soumis à la puissance protectrice, comme, par exemple, l'insuffisance de nourriture, ou des conditions sanitaires défectueuses dans certains camps de prisonniers. Par conséquent, à mon avis, aucune négociation, d'aucune sorte, ne devrait avoir lieu à ce sujet. Il faudrait annoncer publiquement que tous ceux qui y auront pris quelque part seront pourchassés et mis à mort
    . »

  • page 372 : « 14 juillet 1944. Premier ministre à secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères. 
    Evasion des Juifs hors de Grèce.
    Il faut traiter cette question avec la plus grande prudence. Il est fort possible que des Juifs riches paient des sommes considérables pour éviter d'être massacrés par les Boches. (...)
    »

  • page 375 à propos de la création d'une unité combattante juive : « 26 juillet 1944. Premier ministre à secrétaire d'Etat à la Guerre.
    (...) 
    2° L'idée de voir les Juifs essayer de s'attaquer directement aux assassins de leurs coreligionnaires de l'Europe centrale me plaît et je pense qu'elle causera une vive satisfaction aux Etats-Unis. (...)
    3°. (...) Je ne peux concevoir pourquoi cette race martyre, dispersée dans le monde entier et qui a souffert plus que n'importe quelle autre des conjonctures actuelles, se verrait refuser la satisfaction d'avoir un drapeau. (...)
     »

  • page 378 : « 4 août 1944. Premier ministre à secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères. 
    Cette affaire paraît assez troublante [le cas des Juifs hongrois]. Ces malheureuses familles, composées surtout de femmes et d'enfants, ont racheté leur vie probablement aux prix des neuf dixièmes de leurs biens. (...)
     »

En résumé, après la guerre, loin du bruit des armes, des cris et des invectives, Churchill entreprit de rédiger ses Mémoires c'est-à-dire de transmettre à la postérité sa version de l'histoire ; comme tous les mémorialistes, Churchill dut certainement peser ses mots et veiller à ne pas transmettre des affirmations qui, réflexion faite, ont pu lui apparaître comme des incongruités dont la relation ne pouvait que ternir sa gloire : il ne crut donc pas utile de dire un seul mot dans le corps desdits Mémoires ni sur la déportation et le massacre des juifs hongrois (qu'il réduisait dans une parenthèse introduite -on peut le supposer- lors de la rédaction des Mémoires à « la persécution des Juifs en Hongrie et leur expulsion du territoire ennemi ») ni sur la déportation des autres juifs européens ni sur les chambres à gaz auxquelles, d'évidence, il ne croyait toujours pas. Comme De Gaulle et Eisenhower.

A propos du contenu de ladite parenthèse : comment expliquer ce qu'il faut bien appeler une révision ? Probablement de la même façon dont on explique aujourd'hui les rapports entre Churchill, Roosevelt et De Gaulle : 

  • d'une part, pendant la guerre, les deux premiers tinrent des propos peu amènes sur le troisième, lequel le leur rendit bien (Roosevelt accusa même De Gaulle de collaborer avec les Allemands) ;

  • d'autre part, la guerre terminée et le temps des Mémoires arrivé, ils se couvrirent d'éloges.

Il est bien connu que dans le feu de l'action, nous tenons parfois des propos qui dépassent notre pensée.


Source : Cet article est la synthèse d’un article publié dans Akribeia, n° 3, Octobre 1998, pp. 241-245, d’un complément publié dans Akribeia n° 6 de mars 2000, pp. 99-104 et d’un complément non publié.


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