De Gaulle et l'extermination des juifs.
Le général était-il un "révisionniste" ?
Jean-Marie Boisdefeu
En 1984 déjà, le professeur Robert Faurisson avait
relevé le fait que le général De Gaulle n'avait jamais prononcé les mots
« chambres à gaz » et cela, suggère le professeur, pour la simple raison qu'il n'y croyait
pas [1] ; toutefois, ce n'est vraiment qu'à
l'occasion du procès Papon qu'on s'est enfin interrogé publiquement sur
l'attitude de De Gaulle face à l'extermination des juifs par les Allemands.
Pour les uns, le général « savait » -d'ailleurs, de Pie XII
à Papon, tout le monde savait- mais il s'est tu au point de ne même pas faire
allusion à l'extermination des juifs dans ses Mémoires de guerre ; De
Gaulle aurait ainsi fait preuve d'une insensibilité impardonnable
qu'expliquerait un antisémitisme quasi atavique. Terrifiés par ces
accusations, notamment celle d'antisémitisme, les autres répondent que le
général n'était nullement antisémite, au contraire, mais qu'il « ne
savait pas » : il ignorait tout simplement l'existence des camps
d'extermination et de leurs chambres à gaz ; il n'avait connaissance que de la
déportation des juifs et il l'a d'ailleurs déplorée à plusieurs reprises
dans ses Mémoires de guerre.
En fait, tout cela est imprécis, confus, peut-être même hypocrite :
De quoi discute-t-on ? Qu'est-ce que le général savait ou ne savait pas ? Certains confondent déportation et extermination dans des chambres à gaz.
A quelle époque se situe cette connaissance ou cette ignorance ? Certains confondent avec une légèreté étonnante la période de la guerre, celle de l'immédiate après-guerre et celle d'après les grands procès médiatisés (parfois même pédagogiques) organisés par les vainqueurs (dont la France).
Pourquoi le général a-t-il eu l'attitude que certains lui reprochent ? Parce qu'il était antisémite ? Parce qu'il ne savait pas ? Ou, tout simplement parce qu'il ne croyait pas à l'extermination des juifs dans des chambres à gaz ou par tout autre moyen, comme le pense Robert Faurisson ?
Avant d'examiner dans le détail les arguments des uns et des autres, rappelons sommairement la chronologie de certains faits :
Janvier 1942 : Conférence de Wannsee, signal donné à l'extermination des juifs européens, selon les historiens officiels. Dès le deuxième trimestre de 1942 commence la déportation des juifs installés en Europe occidentale, notamment en France ; destination : Auschwitz et ses chambres à gaz.
Dès 1942, les associations juives informent les Alliés de l'extermination systématique des juifs.
1945 : Capitulation de l'Allemagne et retour en Occident d'un faible pourcentage des déportés juifs (dont, avant même la fin de la guerre, un certain nombre de détenus d'Auschwitz).
A partir de 1945 : Procès des chefs nazis à Nuremberg. Le procureur français n'est pas le moins ardent dans l'accusation de génocide. Le jugement de Nuremberg est la référence retenue dans l'amendement Gayssot destiné à réprimer la contestation de la version officielle de l'histoire en cette matière.
A partir de 1947 : Procès des chefs SS des camps d'extermination d'Auschwitz et ailleurs à Cracovie et Varsovie.
1949 : Publication en français des Mémoires du général Eisenhower.
De 1948 à 1954 : Publication en français des Mémoires de Winston Churchill.
1954 : Publication du tome 1 des Mémoires de guerre de De Gaulle.
1956 : Publication du tome 2 des Mémoires de guerre de De Gaulle.
1959 : Publication du tome 3 des Mémoires de guerre de De Gaulle.
1961 : Procès de Jérusalem contre Eichmann, lequel est présenté comme le grand organisateur de la Solution finale. Il est à noter que ce procès avait déjà été instruit depuis longtemps par la presse.
1963-1965 : Procès de Francfort dit aussi procès d'Auschwitz contre des SS subalternes d'Auschwitz.
1967 : Déclaration de De Gaulle sur les juifs, « peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur ».
1970 : Les Mémoires de guerre de De Gaulle seront réédités sans modification de texte jusqu'en 1970 au moins, c'est-à-dire jusqu'à la mort du général.
Le premier à avoir répondu à l'accusation portée contre
De Gaulle est Henri Amouroux. Dans le Figaro-Magazine du 10 avril
1998 [pp. 30 et 32 : « De Gaulle est-il coupable ? »],
le célèbre historien et membre de l'Institut s'interroge sur la
responsabilité éventuelle du général dans « l'ignorance française face
au génocide ». Amouroux y reconnaît que la question du génocide des
juifs n'a été que « peu - ou pas- abordée par le général de Gaulle »
dans ses Mémoires de guerre. Ceci peut s'expliquer, dit-il, par le fait
que l'extermination et le rôle de Vichy n'étaient pas connus des Français de
1945. Et de s'appuyer sur le fait qu'en 1945, des journaux comme Le Monde
et Le Figaro ne contenaient pas d'informations sur le sujet.
Cette analyse est vraiment étonnante :
Tout d'abord, on doit se demander comment il se peut que le chef de la France Libre n'ait pas été au courant dès 1942/1943 de l'extermination des juifs ? Cette thèse est d'ailleurs contraire aux enseignements de l'histoire officielle.
Ensuite, Amouroux compare deux périodes [1945 et 1954/1959, période de parution des Mémoires de guerre] certes très proches mais très différentes, car elles sont séparées, ainsi que nous l'avons vu, par toute une série de procès largement médiatisés contre les chefs nazis à Nuremberg et les chefs SS responsables des camps d'extermination (sans oublier, en ce qui concerne les rééditions, les procès de Jérusalem et de Francfort).
On doit donc exclure que De Gaulle n'ait pas entendu parler de l'extermination des juifs, lorsqu'il publia ses Mémoires de guerre de 1954 à 1959. (Rappelons qu'ils ont été réédités au moins jusqu'en 1970 sans correction du texte original.)
Répondant à Gérard Boulanger, avocat des parties civiles au procès Papon et qui a fait remarquer dans son livre Papon, un intrus dans la République que, jamais, De Gaulle n'avait parlé d'extermination des juifs dans des chambres à gaz ou par d'autres moyens (remarque déjà faite par le professeur Faurisson ainsi que nous l'avons vu), Jean Foyer, ancien ministre du général De Gaulle et président de l'Institut Charles De Gaulle, écrivait dans Le Figaro-Magazine du 8 novembre 1997, p 11, que cela était faux et de citer les passages suivants des Mémoires de guerre du général (pagination de l'édition en livre de poche chez Plon : 1958 pour le tome 2 et 1961 pour le tome 3) :
Tome 2, p 49 : « Au cours de l'été [1942], s'aggravait la persécution des Juifs, menée par un 'commissariat' spécial de concert avec l'envahisseur. »
Tome 2, p 109 : « Au cours de l'hiver [1942], redoublait la persécution des Juifs malgré l'indignation publique, les protestations des évêques -comme Mgr Saliège à Toulouse, le cardinal Gerlier à Lyon-, la réprobation du pasteur Boegner, président de la Fédération protestante de France. »
Tome 2, p 209 : « Pendant la même période [premier semestre de 1944], s'étalent les honteuses horreurs de la persécution juive. »
Tome 3, p 208 : « (...) car la lutte fut salie de crimes qui font honte au genre humain. »
Contrairement à ce que prétend Jean Foyer, il est bien difficile d'admettre que tous ces passages, en admettant qu'ils s'appliquent tous aux juifs, portent sur une « extermination » massive et programmée des juifs. Certes, le général emploie l'épithète « horrible » mais il se garde bien d'employer les mots « extermination » et « chambres à gaz » ; ces passages semblent donc plutôt décrire une « persécution » « honteuse » prenant finalement la forme d'une déportation d'hommes, de femmes et d'enfants dans des conditions « horribles » ; ce discours est d'ailleurs fort banal, tout le monde admettant, par exemple, que les conditions régnant à Auschwitz au plus fort de la déportation des juifs de France étaient lamentables.
De son côté, en appui à un article de Georges Broussine
dans Le Point du 20 juin 1998 (article n'apportant rien au débat) et en
rupture avec l'histoire officielle, Alain Peyrefitte, ancien ministre et
biographe de De Gaulle affirmait (Le Point du 27 juin 1998) : « Je
peux affirmer, d'après ses propres confidences, que le général, qui
n'affabulait jamais sur ce genre d'affaires [sic], n'était pas
informé de l'existence des camps d'extermination. Dans le tome III de C'était
de Gaulle, je me propose de rendre publics ces propos privés. Comment en
aurait-il connu l'existence, tandis que Churchill et Roosevelt, apparemment,
l'ignoraient ? Pourquoi n'ont-ils pas réagi ? » En attendant,
Peyrefitte protestait contre l'affirmation que le général ait « omis de
parler des Juifs » dans ses Mémoires mais en ne s’appuyant
toutefois que sur les seuls 3 premiers des quatre extraits déjà cités par
Jean Foyer et dont nous avons dit qu'ils n'étaient pas convaincants.
Certains ont pris cette promesse de révélations pour argent comptant et n’ont
même pas attendu la publication dudit tome 3 pour s’y référer : ainsi, Jean-Louis
Crémieux-Brilhac (ex-chef de service à l’information de la France Libre
à Londres) écrit-il dans La lettre des Résistants et des Déportés Juifs
de sept-oct 1999 : « Le général De Gaulle pourra dire 20 ans plus
tard à Alain Peyrefitte qu’il avait ignoré jusqu’à une date très tardive
l’existence des camps d’extermination. » !
Depuis, on le sait, Alain Peyrefitte nous a quittés mais, fort heureusement, il
a pu corriger les épreuves de son tome 3 [publié par Fayard en 2000]. Nous en
avons extrait ce qui suit :
Dans un « Avertissement » [p 8] : « Rappelons toutefois que, seuls, peuvent être considérés comme engageant le général de Gaulle ses écrits ou déclarations publiés. » C’est bien notre avis aussi.
Dans le chapitre 3 intitulé « Les Israéliens n’ont rien à nous demander et nous n’avons rien à leur donner » [pp 275 à 283] :
[p. 282] : Conférence de presse du 27 novembre : On n’en a retenu, déplore Peyrefitte, que la qualification des juifs de « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur » mais De Gaulle a aussi parlé dans cette conférence de presse des « abominables persécutions qu’ils avaient subies pendant la Deuxième Guerre mondiale ». Max Gallo l’avait déjà rappelé dans Le Point, 20 juin 1998 sans comprendre qu’en l’occurrence, ces précisions ne faisaient qu’aggraver le cas du général.
[p. 283, note de bas de page] : Tout à la fin de ce
chapitre 3, Peyrefitte a ajouté une très longue note de bas de page
qui commence par un rappel : « Trois mois avant cette conférence de
presse, de Gaulle était à Auschwitz (cf. ch. 5, p 297) : on l’avait
oublié ! ». [En page 297, Peyrefitte relate
effectivement le passage de De Gaulle à Auschwitz à l’occasion d’une
visite officielle en Pologne le 9 septembre 1967 : « Nous
parcourons les vestiges du camp d’extermination. Un monument rappelle
la mémoire des 80.000 hommes, femmes et enfants de France, qui ont
disparu ici. Le Général y dépose une gerbe. Sur le Livre d’or du
camp, il écrit : ‘Quelle tristesse, quel dégoût et, malgré tout,
quelle espérance humaine ! ‘ »]
En deuxième lieu, Peyrefitte dit dans cette note de bas de page :
« J’ai eu l’occasion de souligner que, contrairement à ce
qui est souvent dit et écrit, de Gaulle, dans ses Mémoires de guerre,
n’est pas silencieux sur ce qu’il appelle précisément, les trois
fois qu’il en parle, une persécution (...) » et de citer à
nouveau d’une part les 3 extraits déjà cités des Mémoires
et d’autre part, des textes datant de 1940 et, dès lors, sans
intérêt (De Gaulle y parlait déjà de « persécution »).
Et Peyrefitte de conclure cette note : « La vraie question, sur
tous ces textes, est de savoir pourquoi ils ont été obstinément
occultés. »
En résumé, Peyrefitte n’a pas tenu ses promesses : il n'a fait
finalement que rappeler les passages des Mémoires cités par
Jean Foyer, passages qui ne peuvent, ainsi que nous l’avons vu,
s'appliquer à une extermination des juifs.
Mais les deux anciens ministres du général ne se contentent pas de faire des citations qui ne sont pas convaincantes ; plus grave : ils omettent de citer des passages plus éclairants encore sur ce que le général aurait pu penser de la question :
Tome 3, p 126 : De Gaulle fait le bilan humain de Vichy sans parler des juifs : « (...) 60.000 personnes avaient été exécutées, plus de 200.000 déportées dont à peine 50.000 survivraient. En outre, 35.000 hommes et femmes s'étaient vus condamnés par les tribunaux de Vichy ; 70.000 'suspects' internés ; 35.000 fonctionnaires révoqués ; 15.000 militaires, dégradés, sous l'inculpation d'être des résistants. »
Tome 3, p 274 : De Gaulle fait le bilan humain de la guerre toujours sans parler des juifs : « Viennent de mourir, du fait de l'ennemi, 635.000 Français, dont 250.000 tués en combattant, 160.000 tombés sous les bombardements ou massacrés par les occupants, 150.000 victimes des sévices des camps de déportation, 75.000 décédés comme prisonniers de guerre ou comme requis du travail. En outre, 185.000 hommes sont devenus des invalides. » On relèvera que, dans la rubrique qui pourrait englober les juifs exterminés, De Gaulle emploie les mots « sévices » (et non « assassinat » ou « extermination ») et « camps de déportation » (et non « camps d'extermination »).
Tome 3, p 290/291 : De Gaulle dresse l'acte d'accusation de Vichy et il reparle de la persécution des juifs (plus précisément de la « remise » de juifs à Hitler et des « mesures antisémites », mots qui ne peuvent s'appliquer à une politique de collaboration à l'extermination des juifs) mais il va en dire qu'elles font partie d'un ensemble de faits « accessoires » aux faits essentiels qu'étaient la capitulation, l'abandon des alliés, la collaboration avec l'envahisseur ; et de regretter que ces faits accessoires aient eu, dans les débats d'alors, une priorité qu'ils ne méritaient pas : « Toutes les fautes que Vichy avait été amené à commettre ensuite : collaboration avec les envahisseurs ; lutte menée à Dakar, au Gabon, en Syrie, à Madagascar, en Algérie, au Maroc, en Tunisie, contre les Français Libres ou contre les alliés ; combats livrés à la résistance en liaison directe avec les polices et les troupes allemandes ; remise à Hitler de prisonniers politiques français, de juifs, d'étrangers réfugiés chez nous ; concours fourni, sous forme de main-d'œuvre, de matières, de fabrications, de propagande, à l'appareil guerrier de l'ennemi, découlaient infailliblement de cette source empoisonnée. Aussi étais-je contrarié de voir la Haute-Cour, les milieux parlementaires, les journaux, s'abstenir dans une large mesure de stigmatiser l'armistice' et, au contraire, se saisir longuement des faits qui lui étaient accessoires. Encore mettaient-ils en exergue ceux qui se rapportaient à la lutte politique, plutôt qu'à celle du pays contre l'ennemi du dehors. Trop souvent, les débats prenaient l'allure d'un procès partisan, voire quelquefois d'un règlement de comptes, alors que l'affaire n'aurait dû être traitée que du seul point de vue de la défense et de l'indépendance nationale. Les anciens complots de la Cagoule, la dispersion du parlement après qu'il eut abdiqué, la détention de parlementaires, le procès de Riom, le serment exigé des magistrats et des fonctionnaires, la charte du travail, les mesures antisémites, les poursuites contre les communistes, le sort fait aux partis et aux syndicats, les campagnes menées par Maurras, Henriot, Luchaire, Déat, Doriot, etc., avant et pendant la guerre, voilà qui tenait, dans les débats et les commentaires, plus de place que la capitulation, l'abandon de nos alliés, la collaboration avec l'envahisseur. »
Ce dernier passage, rappelons-le, est extrait du tome 3 publié à partir de 1959 et réédité sans correction par la suite au moins jusqu'en 1970. On peut, sans caricaturer la position du général, le résumer de la sorte : la persécution des juifs à laquelle Vichy a collaboré (le général, nous l'avons déjà dit, se garde bien de parler d'extermination) a sans doute été odieuse et déplorable mais elle doit être considérée comme un fait accessoire de même importance que l'affaire de la Cagoule [sur laquelle affaire, d'ailleurs, pas un Français sur cent ne pourrait dire trois mots].
On peut encore se référer à un choix -effectué par le fils du général, l’amiral De Gaulle- d’allocutions et messages de 1946 à 1969 et publié en 2000 [2] : le seul passage intéressant se trouve dans une allocution prononcée le 30/4/47 à Bruneval à l’inauguration d’un Mémorial des combattants et qui est dans le style de ce qu’on a déjà relevé dans les Mémoires : « Les six cents mille hommes et femmes de chez nous, qui sont morts sur les champs de bataille, ou aux poteaux d’exécution, ou dans les camps de misère, sont morts pour la France et pour la France seulement. »
***
Il semble donc bien qu'on puisse raisonnablement conclure de tout cela que :
De Gaulle avait bien du mal à reconnaître un caractère particulier aux « mesures antisémites » prises par Vichy et l'occupant ;
De Gaulle ne croyait pas à l'extermination des juifs ni dans des chambres à gaz ni par d'autres moyens et ce serait la raison pour laquelle il aurait pris soin de ne jamais utiliser les mots « extermination » et « chambre à gaz ». En un mot, De Gaulle était un révisionniste. Les explications données par les historiens et par ceux qui se sont chargés de défendre la mémoire du général -en trahissant sa pensée ?- ne sauraient satisfaire les esprits libres et critiques, las des dogmes, des vérités officielles, du penser politiquement correct et du mensonge.[3] [4]
Jean-Marie Boisdefeu
Notes
| [1] |
Interview donnée à M. Mugarza le 18 juin 1984 ; voyez aussi « Précisions sur le détail », National Hebdo, 1-7 janvier 1998, p. 15 et « Pires que Le Pen, les révisionnistes Churchill, Eisenhower et de Gaulle », National Hebdo, 5-11 novembre 1998, p. 17. On peut en trouver le texte dans « Ecrits révisionnistes (1974-1998) », édition privée hors-commerce, 1999 : vol. II, p. 521 ; vol. IV, pp. 1843 sqq. et pp. 1889 sqq. |
| [2] |
Charles De Gaulle, « L’esprit de la Ve République », Plon, 1996, 1163 p. L’extrait cité est de la page 329. |
| [3] |
Les défenseurs autoproclamés de De Gaulle se ridiculisent et –plus grave- trahissent le général et –finalement- contribuent à salir sa mémoire. Le plus simple et le plus honnête serait pour eux d’adopter l’hypothèse faurissonnienne. Mais, voilà, certains ont perverti notre morale : aujourd’hui, nier le génocide des juifs ou simplement en contester les modalités est devenu le plus grave des péchés mortels ; pour un Jospin, c’est même devenu un crime, le « crime de la Pensée » ; pour un Bensoussan, c’est le « génocide continué » ; un jour viendra, sans doute, où nier ce crime sera même plus grave que d’être accusé de l’avoir perpétré ou le justifier. Pour le moment, en tous cas, il apparaît aux pseudo-gaullistes, gens bien-pensants et politiquement corrects, qu’il serait plus opportun de plaider l’ignorance : le général n’a rien dit car il ne savait pas ; certes, il a fini tout de même par savoir mais, apparemment, trop tard : il avait déjà donné le bon à tirer à son imprimeur. Thèse tout à fait invraisemblable que des Amouroux, des Gallet et autres Gallo vont se ridiculiser à exposer. Arrive alors Peyrefitte, confident de De Gaulle, qui va commettre une bourde de plus : le général lui a effectivement fait la confidence de sa connaissance tardive et, lui, Peyrefitte, en fournira la « preuve » dans son prochain livre. A la lecture dudit tome 3, on relève que la mort a laissé au pauvre Peyrefitte le temps d’ajouter une note de bas de page consacrée à cette question mais on doit tout aussitôt constater qu’il a continué à divaguer et, de toute façon, n’a pas pu tenir la promesse qu’il avait faite ; de façon fort légère d’ailleurs : en effet, à quelle date fixer la fin de la période d’ignorance du général ? Après la publication du dernier tome des Mémoires de guerre, c’est-à-dire en 1959 ? Autant affirmer que le général De Gaulle était un mal-comprenant, un attardé voire un demeuré car, à l'époque, tout le monde « savait ». Pour ne pas tomber dans le grotesque (mais n’y est-on déjà pas ?), Peyrefitte n’aurait pas pu la fixer après la publication du premier tome en 1954 et, de la sorte, il aurait mis en évidence aux yeux des plus obtus le fait que De Gaulle avait choisi de continuer à se taire et avait délibérément cherché à banaliser une tragédie aussi effrayante. Ceux qui croient n’auraient-ils pas alors été en droit de tenir ce De Gaulle pour un être vil et méprisable ? |
| [4] |
A propos de la remarque d'Alain Peyrefitte sur le silence
des deux autres grands chefs occidentaux de la coalition antiallemande,
Eisenhower et Churchill.
|
Source : Cet article est la synthèse d’un article publié dans Akribeia, n° 3, Octobre 1998, pp. 241-245, d’un complément publié dans Akribeia n° 6 de mars 2000, pp. 99-104 et d’un complément non publié.
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