Le grotesque rapport des Renseignements généraux de Lyon

Dans le dossier judiciaire de la première affaire Plantin figure une sorte de rapport de huit pages qui prétend analyser le n° 3 (octobre 1998) de la revue Akribeia et dont l’auteur anonyme appartient, semble-t-il, aux services des Renseignements généraux de Lyon. Ce texte grotesque et ahurissant, diffusé dans les médias régionaux et nationaux par certaines organisations totalitaires, a été qualifié sans rire par l’inquisiteur de la pensée Fromentin de « pièce essentielle du dossier » (« Lyon et les facs de la honte », Le Journal du Dimanche, 23 mai 1999, p. 10). Le comble a été atteint lorsque le juge François Berger est allé jusqu’à en reprendre textuellement certaines expressions dans les attendus de son jugement du 27 mai 1999. C’est la raison pour laquelle il nous a paru nécessaire d’apporter une réponse à ce texte sur quelques points importants. Sollicité, le révisionniste espagnol Enrique Aynat a bien voulu nous prêter son concours. Le lecteur pourra juger ci-après du crédit qu’il convient d’accorder à la police politique lyonnaise et à certains magistrats en matière d’histoire. Ajoutons que ces quelques pages contenaient un nombre extravagant d’erreurs orthographiques, typographiques et syntaxiques que nous avons choisi de reproduire telles quelles dans les passages cités [texte en retrait].

Lyon, le 17 décembre 1998
O B J E T : Volume AKRIBEIA N° 3 -octobre 1998-
Orientations -Enrique AYNAT-
Les « Protocoles d’AUSCHWITZ » sont-ils une source historique digne de foi ?
Renseignements, vérifications, analyse du contenu

I - Commentaire et vérifications sur les documents étudiés, leur authenticité et la phraséologie employée
Les « Protocoles d’Auschwitz »
Aucun document ne figure sous cette appellation dans les archives officielles,
en particulier à YAD VASHEM à JERUSALEM, au CHRD – Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation à LYON – et dans plusieurs bases de données documentaires consultées.

Enrique Aynat : Les documents que j’ai utilisés dans mon travail ne figurent pas dans les archives sous la dénomination spécifique de « Protocoles d’Auschwitz ». Les documents sont conservés sous différents noms dans les archives avec les cotes que j’indique dans la partie « Sources » (p. 203). L’expression « Protocoles d’Auschwitz » est une manière commode et générale de désigner cet ensemble de témoignages. Par exemple, la bien connue Encyclopedia of the Holocaust (Macmillan, New York-Londres, 1990) contient un article intitulé précisément « Auschwitz Protocols » (vol. 1, p. 121-122, signé de Robert Rozett) (article cité dans mon étude, p. 12 d’Akribeia, et dans la bibliographie, p. 207).

Le terme « protocoles » appartient à la terminologie révisionniste « écrits fondés » (cf « les protocoles des Sages de Sion » ouvrage révisionniste interdit.)

Enrique Aynat : Comme je viens de l’indiquer, l’expression « Protocoles d’Auschwitz » proprement dite n’appartient pas exclusivement à la terminologie révisionniste. Le terme « protocoles » d’une manière générale n’est pas non plus utilisée exclusivement par les révisionnistes. Tous les spécialistes, révisionnistes ou non, parlent ainsi du « protocole de Wannsee » ou du « protocole de Hossbach ». En outre, le texte des Protocoles des Sages de Sion, rédigé il y a environ un siècle, ne possède bien évidemment aucun caractère révisionniste. L’amalgame est vraiment très grossier.

Les chercheurs et historiens, qui font autorité en la matière, se sont penchés sur ces sources ; ils les considèrent comme absolument authentiques et leurs auteurs non susceptibles d’être taxés de falsificateurs.
Hermann LANGBEIN, dans son ouvrage « la résistance dans les camps de concentration nationaux-socialistes de 1938-1945, (Nouvelles Etudes Historiques – FAYARD 1981) a procédé à un examen très rigoureux de ces sources. Il a conclu dans le même sens et a accordé la même véracité, eu égard aux précisions apportées, au rapport sur les chambres à gaz de Kurt Gerstein (déjà cité) SS Obersturmfûhrer du Service Médico-technique de l’Office Central de la S.S. (R.S.H.A.).
Le Directeur du « Monde Juif », Georges Wellers, en 1987, dans le bulletin « Mémoire du Génocide » dresse un état des lieux de la recherche confirmant ces travaux et témoignages.

Il est probable qu’AYNAT fait référence à ces textes. Plusieurs d’entre eux sont cités dans la bibliographie, mais il ne s’agit pas d’une liste exhaustive. Méconnaissance de la documentation ou oubli à dessein, la question reste sans réponse ?

Enrique Aynat : Ni l’une ni l’autre. Ces ouvrages ou articles manquent tout bonnement d’intérêt. Ils ne sont d’ailleurs pas cités une seule fois dans les 67 références bibliographiques qui figurent dans la bibliographie de mon travail (p. 204-208), dans laquelle, soit dit en passant, il n’y en a que six qui puissent être considérées comme révisionnistes.
Note d’Akribeia : L’expression d’« examen très rigoureux » laisse rêveur quand on sait que Langbein consacre très exactement et très superficiellement 63 lignes (soit deux paragraphes ou bien une page et demie) à l’évasion des juifs slovaques et aux textes qu’ils sont censés avoir rédigés. Pour ce qui est du « rapport sur les chambres à gaz de Kurt Gerstein », Langbein n’en parle à aucun moment dans son ouvrage, le nom même de Gerstein n’apparaissant du reste pas dans l’index. On aura néanmoins noté avec une certaine consternation le crédit que semble accorder l’auteur du rapport aux élucubrations du trop célèbre Kurt Gerstein.

II – analyse de l’ouvrage et de la partie bibliographique
11 – L’ouvrage, style et petite étude comparée

La rédaction de l’ouvrage, sa terminologie, les références utilisées et la technique d’examen « scientifique » constituent la méthode « d’apparence objective » et la signature habituelle des auteurs négationnistes ou révisionnistes. Il serait trop long d’en faire un examen ligne par ligne et page par page.

Enrique Aynat : La mise entre guillemets de « scientifique » et « d’apparence objective » est abusive. Le fonctionnaire de police aurait dû montrer pour quelle raison la technique et la méthode utilisées dans mon travail méritaient ces guillemets ironiques. Et un examen détaillé n’aurait pas été nécessaire. Il aurait suffi de quelques exemples. Il est très significatif que le fonctionnaire n’en fournisse néanmoins pas un seul.

Par rapport aux derniers témoignage publié en 1988 par VRBA. Il a pu être fait les comparaisons suivantes.
L’appendice 1, page 135 de AKRIBEIA correspond à la page 361 de l’ouvrage publié chez RAMSAY, la traduction [NDLR : quelle traduction ?] paraît fidèle, quoique que l’on peut s’interroger sur la motivation de AYNAT d’en faire « une transcription » en allemand et de supprimer le titre « rapport sur les camps de concentration d’Auschwitz, Birkenau et Maîdanek
page 137, le plan ne reproduit pas les côtes
page 138, un dessin de mirador que l’on ne retrouve pas dans l’ouvrage de VRBA, mais aucune trace du croquis sur les chambres à gaz d’Auschwitz et Birkenau qui figure p 366
Les plans et les chiffres cités ensuite paraissent fidèles.
page 154 II (p 21 du document étudié) qui correspond à la p 391 le titre MAIDANEK a été enlevé dans l’ouvrage AKRIBEIA.

Enrique Aynat : Le zèle professionnel du fonctionnaire l’a conduit à comparer le texte du Protocole 1 qui figure dans l’appendice de mon travail (p. 135-159) avec celui qui existe dans l’ouvrage de Rudolf Vrba et Alan Bestic, Je me suis évadé d’Auschwitz (Ramsay, Paris, 1988, p. 361-400). Il s’interroge sur les raisons d’une « transcription ». Celles-ci étaient claires. Dans les travaux scientifiques de critique et d’analyse de documents on reproduit en annexe le texte objet d’étude en l’accompagnant d’un appareil critique. Le titre ne figure pas parce qu’il n’était pas dans le document original, qui a été transcrit avec fidélité.
Note d’Akribeia : Il convient ici d’apporter quelques précisions supplémentaires. L’ouvrage original d’Enrique Aynat en langue espagnole (que, de toute évidence, le fonctionnaire de police n’a pas consulté) était intitulé : Los « Protocolos d’Auschwitz » : ¿ una fuente historica ? (Garcia Hispán, Alicante, 1990). Il reproduisait dans une série d’appendices plusieurs textes originaux en fac-similé (pages 121 à 223). C’est la revue Akribeia qui, pour des raisons de mise en page et afin d’assurer une meilleure lisibilité des textes, a décidé de les transcrire, c’est-à-dire de les reproduire dans une nouvelle typographie. Le terme « transcription » placé entre crochets en tête de chaque texte est de la rédaction d’Akribeia. Cela ayant été précisé, venons-en à présent aux divers points du rapport des R.G. :
– p. 135 de la revue : aucun titre n’a été supprimé puisqu’aucun titre ne figurait dans le texte original. Voir Los « Protocolos d’Auschwitz », p. 124 (page 1 du texte original reproduit en fac-similé).
– p. 137 de la revue : « le plan ne reproduit pas les côtes [sic] ». En fait, le plan est reproduit fidèlement puisqu’en fac-similé ! Voir Los « Protocolos d’Auschwitz », p. 126 (dessin à la page 3 du texte original reproduit en fac-similé).
– p. 138 de la revue : « un dessin de mirador que l’on ne retrouve pas dans l’ouvrage de VRBA ». Mais que l’on retrouve bien en revanche p. 126 de Los « Protocolos d’Auschwitz » (dessin à la p. 3 du texte original reproduit en fac-similé).
– p. 366 du livre paru chez Ramsay : il ne s’agit pas d’un « croquis sur les chambres à gaz d’Auschwitz et Birkenau » mais d’une « Esquisse de la situation approximative d’Auschwitz et Birkenau », esquisse qui ne figure pas dans le document original. Voir Los « Protocolos d’Auschwitz », p. 123-150.
– p.154 de la revue : « le titre MAIDANEK a été enlevé dans l’ouvrage AKRIBEIA ». Le titre n’a pas pu être enlevé puisqu’il ne figure pas dans le texte original. Voir p.144 de Los « Protocolos d’Auschwitz » (p. 21 du texte original reproduit en fac-similé).
On notera du reste que l’auteur du rapport des R.G. est bien mal venu de s’interroger sur la fidélité des traductions et des reproductions de l’étude d’Enrique Aynat. La traduction en français du texte qui figure en annexe à l’édition française de l’ouvrage de Rudolf Vrba et d’Alan Bestic est en effet loin d’être exacte. Nous avions noté que le traducteur en avait tout bonnement omis une phrase (voir Akribeia, n° 3, octobre 1998, p. 71, note 138) mais il est probable, sinon certain, que les « erreurs » de ce genre sont légion.
On rappellera pour finir que la crédibilité du témoin Rudolf Vrba a été sérieusement mise à mal, pour dire le moins, lors du premier procès intenté à l’éditeur germano-canadien Ernst Zündel en 1985, à Toronto (Canada). Interrogé par l’avocat Douglas Christie (avec l’assistance de Robert Faurisson), il fit pâle figure. « [...] [Il] lui fallut battre en retraite sur toute la ligne en ce qui concernait son livre. Au lieu de maintenir que dans ce livre [I Cannot Forgive] il avait manifesté le plus grand souci de la vérité et de l’exactitude, il déclara qu’il ne s’agissait que d’une tentative littéraire où il avait fait appel à la licence poétique. Il utilisa les expressions suivantes : "an artistic picture", "an attempt for an artistic depiction", "a literary essay", "an artistic attempt", "art piece in literature", "literature", "artist", "licence of a poet", "licentia poetarum". [...] [Sentant que ce serait inutile voire dangereux pour l’accusation, le procureur Griffiths renonça finalement à interroger Vrba plus avant.] La stupéfaction fut générale. R. Vrba, je puis l’attester, devint livide. Il descendit du box. Il chancelait. Il gagna la sortie. Autant, le premier jour, il avait vu journalistes et caméras se presser autour de lui comme autour du témoin qui allait river leur clou aux révisionnistes, autant, le dernier jour, il quitta le palais de justice dans la solitude la plus affreuse. Je ne plains pas R. Vrba; il a l’arrogance des imposteurs de métier ; il redressera la tête; il reprendra ses mensonges, j’en suis convaincu » (Robert Faurisson, Écrits révisionnistes (1974-1998), III, De 1990 à 1992, Édition hors commerce, p. 963, 964-965).

12 – Bibliographie (p 204 à 208) :

les noms d’auteurs révisionnistes sont mêlés à d’autres auteurs, historiens, chercheurs, écrivains (Marc BLOCH, Serge KLARSFELD, etc) pour donner l’impression d’un travail historique et scientifique sérieux. Les écrits, ouvrages, citations ou conclusions de ces dernier sont extraits de leur contexte ou de leur globalité et « retournés » pour être utilisés aux fins recherchées par les révisionnistes.

Enrique Aynat : Le fonctionnaire aurait dû donner quelques exemples de textes d’auteurs non révisionnistes qui ont été « retournés » et « extraits de leur contexte ou de leur globalité » dans mon travail. Comme le fonctionnaire n’en trouve aucun et s’il est de bonne foi, il devrait admettre, suivant son propre raisonnement, que l’ouvrage examiné est un « travail historique et scientifique sérieux ».

Il assure la défense du Colonel auteur d’une tentative de putsch armé contre le gouvernement espagnol.

Enrique Aynat : Affirmation radicalement mensongère. Je n’ai jamais exercé la profession d’avocat et n’ai donc jamais défendu personne, militaire ou civil. Petite précision : le colonel dont il s’agit est en fait le lieutenant-colonel Tejero Molina.

WEISSMANDEL Michaêl Dov (p 208),
il s’agit en réalité de WEISSMANDL Michael Ber, rabbin orthodoxe antisioniste dont Arthur BUTZ (cf supra) a interprété le témoignage qu’il a utilisé à ses propres fins.

Enrique Aynat : Mais non, le personnage en question s’appelle exactement comme je l’ai indiqué : Weissmandel, Michael Dov (voir l’article à cette entrée, signé de Shlomo Kless, dans l’Encyclopedia of the Holocaust, vol. 4, p. 1639-1641).
Note d’Akribeia : L’orthographe indiquée par l’auteur du rapport provient de toute évidence de l’ouvrage – truffé d’erreurs – de Jean-Yves Camus et René Monzat, Les Droites nationales et radicales en France. Répertoire critique, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1992. Voir p. 23 de cet ouvrage (« Or, Michael Ber Weissmandl (1903-1957), qui témoigna au procès Eichmann, est un rabbin orthodoxe antisioniste [...] »). Nous avouons ignorer les raisons de cette divergence orthographique dont l’auteur du rapport a sans doute cru pouvoir tirer argument pour « démontrer » le caractère peu sérieux de l’étude d’Enrique Aynat.

Quelques autres passages du rapport grotesque

Le CEDADE, avec le CERO - CENTRO d’ESTUDIOS REVISIONISTAS ORIENTACIONES, qui publie Révi-Info, à Palma de Majorque [...).

[note : le bulletin Revi-Info était publié par le CEHRE (Centro de Estudios Historicos Revisionistas Español) d’Alicante et le CERO. Treize numéros au moins ont été publiés, le dernier en notre possession datant de février 1991.]

le CEDADE est interdit par AM J.0. du 13.02.1993

[…]

[note : la revue espagnole Cedade a été interdite de circulation, de distribution et de mise en vente sur tout le territoire français par arrêté du 8 février 1993 (publié au Journal Officiel du 13 février 1993, p. 2403) en vertu de l’article 14 (sur les publications étrangères) de la loi du 29 juillet 1881 « sur la liberté de la presse » (sic).]

IRVING David (p 206),
collaborateur avec FAURISSON, Fred LEUCHTER (Institute for historical review de COSTA MESA en Californie), Ernst ZUNDEL de la Vieille Taupe. Revue d’Histoire Révisionniste. Révision. Aux USA, cette pensée [note d’Akribeia : quelle pensée ?] est développée par Henri ROQUES (Institute for historical review de LOS ANGELES), Alfred DE ZAYAS (Nébraska), Jack WIKOFF.

[…]

[note : à notre connaissance, David Irving n’a jamais rien publié ni aux éditions de la Vieille Taupe, ni dans la Revue d’histoire révisionniste, ni dans la revue Revision. Même chose pour Ernst Zündel en ce qui concerne la Vieille Taupe et Revision [sans accent]. On rappellera que Henri Roques est français et que certains ouvrages d’Alfred De Zayas (lequel n’a d’ailleurs publié aucun texte se rapportant à la controverse sur l’existence des chambres à gaz homicides) sont seulement diffusés, et non édités, par l’IHR.)

Carlos PORTER et Vincent REYNOUARD (p 214)
ce dernier est le responsable du périodique NOUVELLE VISION, bulletin révisionniste mensuel édité par l’ANEC [...].

[note : la revue Nouvelle Vision ne paraît plus depuis son numéro 36 de mars-avril-mai 1995.]

Remarks/Commentary de Ernst ZUNDEL négationniste américain qui a publié au Canada Samisdat ; a été publié dans Revue d’Histoire Révisionniste (cf supra).

[note : le bulletin américain Remarks (sous-titré : Commentary on Current Events and History) est publié par Jack Wikoff (Aurora, New York). Ernst Zündel est un éditeur germano-canadien, responsable de la maison d’édition Samisdat Publishers Ltd. (Toronto, Canada)]

David IRVING relation de FAURISSON (p 236)
révisionniste publié dans CEDADE. A publié en 1992, dans le « Sunday Times » le journal personnel de GOEBBELS

P 241 DE GAULLE et le GENOCIDE JUIF, le Général était-il révisionniste ?
extrait de citations, phrases, interprétations qui ont été récupérés [sic] par AKRIBEIA pour asseoir leurs [sic] « théories ».


Akribeia, n° 5, octobre 1999, p. 34-40


Akribeia
Directeur: Jean Plantin
45/3, route de Vourles
F-69230 Saint-Genis-Laval

Prix des n° 1 et 2 : 20,5 € fco ; des n° 3 et 4 : 21,5 € fco ; des n° 5 et 6 : 18 € fco.


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