Éditorial

Que nos lecteurs veuillent bien nous pardonner mais nous avons jugé utile voire nécessaire de nous intéresser de plus près à ce qu’il est convenu d’appeler l’« affaire Plantin ». On trouvera donc dans ce numéro 5 à la pagination réduite une chronologie succincte de cette affaire. Nous avons limité les commentaires au minimum et avons préféré nous en tenir aux faits, laissant s’exprimer autant que possible les principaux acteurs de cette affaire et plus particulièrement les innombrables tâcherons de la délation, de la censure et du totalitarisme. Ne nous y trompons pas en effet, nous sommes ici au coeur d’une tentative de censure totalitaire assez stupéfiante. Non contents d’avoir réussi à faire voter une loi qui institue une vérité officielle en matière d’histoire et d’être parvenus à interdire, sous des motifs fallacieux et en vue de leur disparition, des revues d’histoire dont le contenu leur déplaisait, certains individus et organisations totalitaires ennemis des libertés publiques essentielles voudraient à présent interdire que les titres mêmes de ces revues soient mentionnés. Aucun « intellectuel » n’y trouve à redire, à une ou deux exceptions près.
Et la justice a suivi comme un seul homme, si l’on peut dire, allant jusqu’à reprendre dans le texte d’un jugement les arguments spécieux d’un ahurissant rapport concocté par un obscur et anonyme fonctionnaire des Renseignements généraux de Lyon sur la revue Akribeia. Nous répliquons ici sur quelques points à ce texte grotesque.
Il nous a paru indispensable ensuite de reproduire deux textes de loi : le décret du 6 mai 1939 (autrement dit l’article 14 [sur les « journaux et écrits périodiques étrangers »] de la loi du 29 juillet 1881 « sur la liberté de la presse » [sic]) et le texte intégral de la loi du 16 juillet 1949 « sur les publications destinées à la jeunesse » (plus la version de l’article 14 en 1949 et en 1958). Les lecteurs pourront ainsi prendre connaissance du texte du Code pénal en vertu duquel le responsable de la revue Akribeia a été poursuivi.
Vient ensuite le plat de résistance de ce numéro 5 : la liste de plus de 6 000 publications interdites en France depuis 1950. Pour être exact, nous avons publié deux listes : tout d’abord les quelque 1 750 ouvrages ou revues totalement interdits de circulation, de diffusion et de vente en vertu du décret du 6 mai 1939 ; ensuite les 4 350 titres, au moins, ayant fait l’objet d’une ou de plusieurs interdictions en application de la loi du 16juillet 1949. Pour être complet sur les différentes interdictions de livres en France depuis 1945, nous aurions dû parler des publications interdites pendant la guerre d’Algérie et de tous les procès qui ont entraîné le retrait de la vente de maints ouvrages pour les raisons les plus diverses (ainsi, récemment, l’ouvrage du docteur Claude Gubler sur François Mitterrand, Le Grand Secret). Il a bien fallu nous borner.
Nous donnons ensuite une courte bibliographie autour du sujet de la censure, de son histoire et de ses mécanismes. Certains textes sont vraiment dignes d’intérêt et méritent d’être lus. Avis à ceux qui souhaiteraient approfondir leurs connaissances en matière de censure.
Pour finir, on pourra se remettre en mémoire quelques repères chronologiques révisionnistes de l’année 1998 et lire un compte rendu rédigé par Robert Faurisson sur un ouvrage traitant d’un mythe de la seconde guerre mondiale – les avions italiens bombardant des civils français en juin 1940 – ainsi que les classiques notes de lecture.

La Rédaction.


Akribeia, n° 5, octobre 1999, p. 5-6.


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