Chronologie succincte de l’affaire Plantin

Petite contribution à une histoire de la censure en France à la fin du XXe siècle

28 novembre 1997. Sortie du n° 1 (daté d’octobre 1997) de la revue de périodicité semestrielle Akribeia (mot grec signifiant « exactitude ») sous-titrée : Histoire, rumeurs, légendes. Ce n° 1 de 240 pages comporte des textes de Marc Bloch, Albert Dauzat, Nigel Watson, Oldroyd Granville, Carlo Mattogno et Enrique Aynat ainsi qu’une quarantaine de pages de notes de lecture. Le dépôt légal a été effectué dans les jours qui ont suivi la livraison par l’imprimeur. Il en sera de même pour tous les autres numéros, contrairement aux affirmations mensongères de l’ensemble de la presse qui reprend probablement les « informations » distillées par certaines organisations totalitaires.
Mars 1998. Publication d’un article délateur de Maurice Moissonnier (professeur d’histoire lyonnais retraité né le 26 juin 1927) dans le bulletin Ras l’front (« Le "hideux miracle" continue... », n° 3, daté de mars 1998, p.2). Après avoir énuméré à sa manière le sommaire du n° 1 de la revue, l’auteur écrit que les notes de lecture distribuent « les recommandations sérieuses pour de bonnes revues confidentielles souvent interdites d’affichage et de publicité ». Plus loin, il ajoute : « Publicité non payée mais utile à tous ceux qui luttent contre le retour de la bête immonde : Akribeia est né sous la direction d’un certain Jean Plantin, à St-Genis-Laval (Rhône). St-Genis-Laval, qui fut en 1944 un haut lieu de la barbarie nazie : 120 détenus de Montluc mitraillés, grenadés et brûlés dans le fort qui surplombe la petite ville... Une rumeur, un mythe ? / En ce temps-là, il y avait à Lyon des imprimeurs clandestins qui risquaient leur vie pour dire vrai. De nos jours, certains imprimeurs acceptent de reprendre au grand jour les vieux mensonges des assassins comme le font ceux de cette maison connue du 6e arrondissement de Lyon. / Pire... La revue figure déjà sur le site Internet du triste Thion. Preuve (qui n’est même plus à faire tant l’évidence est grande !) que des réseaux bien articulés existent internationalement. »
Avril 1998. Sortie du n° 2 (mars 1998) d’Akribeia.
10 mai 1998. Publication d’un autre article délateur dans Le Journal du dimanche sous la plume de Bernard Fromentin (« Un historien lance une revue négationniste », p.4). Ce dernier, correspondant du journal à Lyon, connaît bien le stalinien Moissonnier. À propos des deux premiers numéros de la revue, voici par exemple ce qu’il écrit : « Cette production est clairement vouée à la promotion de toutes les formes de propagande niant notamment l’existence des chambres à gaz dans les camps d’extermination nazis. La loi interdisant la négation publique du génocide est ici contournée selon une technique éprouvée. Les notes de lecture, les bibliographies, une rubrique intitulée "chronologie révisionniste de l’année" sont autant de prétextes à diffuser adresses, boîtes postales et sites internet du réseau international. »
29 mai 1998. Le magazine Livres Hebdo publie dans son n° 295, p.38, l’écho suivant à propos de la revue Akribeia : « Embarras. La Société des gens de lettres, par l’intermédiaire de son président François Coupry, tient à se désolidariser "publiquement et totalement" de la publication du texte d’Albert Dauzat, Faux bruits et légendes, dans le n° 1 de la revue Akribeia pour laquelle elle avait donné initialement son accord. "Nous découvrons aujourd’hui que la revue Akribeia s’est servie, selon un procédé habituel de la presse révisionniste, de la ’caution’ d’Albert Dauzat (et à travers lui de la SGDL)", écrit François Coupry qui estime que l’opération avait pour but de conférer une apparence de crédibilité à des contributions "manifestement révisionnistes". La SGDL "dont la bonne foi a été surprise", tient à "affirmer l’indignation et la répulsion que lui inspirent les thèses négationnistes défendues dans Akribeia". » Précisons que des droits de reproduction pour le texte de Dauzat avaient été payés dans les règles.
Juillet 1998. Un fonctionnaire de police (peut-être des renseignements généraux) se présente à la Librairie Lyonnaise (53, rue Franklin, à Lyon), pose des questions au sujet de la revue Akribeia et demande si elle est vendue dans le magasin. Il prétend mensongèrement au vendeur présent qu’elle est interdite.
Octobre 1998. Publication dans la revue Anomalie/Ovnis, paranormal, animaux mystérieux (n° 4) d’un effarant article du sociologue Pierre Lagrange concernant la revue Akribeia intitulé : « À propos d’une tentative de légitimation des thèses négationnistes » (p. 6-7). L’auteur y accuse Jean Plantin de vouloir « faire passer le génocide hitlérien pour un mythe ». Il écrit également ceci : « La littérature révisionniste n’a rien à voir avec les études sur les rumeurs et les légendes. Ces dernières étudient des affaires qui sont l’objet de controverses alors que la littérature négationniste construit une argumentation conspirationniste qui tente de faire passer pour controversée une période de l’histoire de ce siècle dont la réalité ne se discute pas – et ne peut l’être qu’au prix de l’invention d’un complot juif mondial. Bref, le discours des négationnistes correspond non aux études sur les rumeurs et légendes, mais à certains discours étudiés dans le cadre des études sur les rumeurs et légendes contemporaines – dont la plupart n’ont bien évidemment pas le caractère monstrueux des thèses négationnistes, même s’ils en reproduisent la structure paranoïaque. » Lagrange accusait aussi Jean Plantin d’avoir trompé Steve Moore, rédacteur en chef de la revue anglaise Fortean Studies, afin d’obtenir l’autorisation de traduire et de publier (sans versement de droits, comme il avait été convenu) une étude de Nigel Watson et Oldroyd Granville sur une rumeur de la première guerre mondiale (parue dans les Fortean Studies, volume I, John Brown Publishing, Londres, 1994). Dès le mois de janvier 1998, l’inquisiteur P. Lagrange avait procédé à une petite enquête « sur les circonstances de l’accord passé avec Plantin ». S. Moore lui répondit le 23 janvier 1998 : « J’ignorais tout des motivations politiques de Plantin et je suis extrêmement déçu d’avoir été piégé et d’avoir aidé un journal poursuivant des buts politiques alors que je croyais simplement participer à la diffusion de la connaissance. Plantin m’a dit qu’il préparait une collection d’essais sur les rumeurs de la PREMIÈRE Guerre mondiale, pas de la Seconde. » Le vocabulaire et les expressions utilisées par Lagrange dans son article à l’égard de la revue Akribeia et de son directeur de publication est très révélateur quant au mode de fonctionnement de sa pensée : « récupérer et détourner les travaux d’historiens et de sociologues », « entreprise manipulatrice », « subterfuges », « "études" », « genre de littérature diffusée par Akribeia », « Moore ne pouvait soupçonner ce qui se tramait », « de telles déviances », « ses thèses repoussantes », « manipulation », « propagande négationniste », « pamphlet négationniste », « horreur » des « arguments des auteurs qu’affectionne Jean Plantin », « Akribeia [...] est une entreprise de propagande au service d’une idéologie monstrueuse ». Plantin a envoyé un texte de rectifications à la revue qui, comme on pouvait s’y attendre, ne l’a pas publié. Un écho sur cette « non-affaire », qui donne la pleine mesure du « débat intellectuel » dans la France de cette fin de siècle, est paru dans l’éditorial de Steve Moore au volume 5 des. Fortean Studies (John Brown Publishing, Londres, 1998, p. 7 ; en p. 6 figurait la liste des souscripteurs à ce volume dans laquelle on pouvait lire le nom de... Jean Plantin).
Novembre 1998. Sortie du n° 3 (octobre 1998) de la revue Akribeia.
12 décembre 1998. Le Procureur de la République de Lyon, en la personne de François Molins, premier procureur adjoint, demande au SRPJ (Service Régional de la Police Judiciaire) de Lyon de procéder à une enquête concernant une infraction présumée de « publicité en faveur de revue ou d’ouvrage interdit dangereux pour la jeunesse malgré interdiction administrative, et complicité » commise dans les notes de lecture des trois premiers numéros de la revue Akribeia. En effet, selon lui, « [la] lecture des trois premiers exemplaires de cette revue laisse apparaître de la publicité, par voie d’insertions dans la rubrique "notes de lectures", pour un certain nombre d’ouvrages ou de revues interdites par arrêtés du ministère de l’intérieur en vertu de l’article 14 de la loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 modifiée par la loi du 4 janvier 1967, de proposition, de don, ou de vente aux mineurs, d’exposition et de publicité par voie d’affiches ou sous l’une des formes prévues par le même article 14. » La liste de ces « insertions » est ensuite donnée. Manifestement, ce Molins-là ne semble pas connaître la signification précise de certains mots, ce qui est assez fâcheux pour un magistrat.
4 janvier 1999. Le SRPJ de Lyon reçoit du Procureur de la République de Lyon une note administrative composée de dix-neuf feuillets émanant des services des Renseignements généraux de Lyon et datée du 17 décembre 1998. Les huit premières pages sont une sorte d’analyse du contenu du n°3 de la revue Akribeia. Cet hallucinant et grotesque rapport qui a été diffusé auprès de la presse régionale et nationale et dont le juge François Berger est allé jusqu’à reprendre certains arguments dans le texte de son jugement fait l’objet plus loin d’une rapide analyse.
13 janvier 1999. Vers 11 h 40, le lieutenant Bacconnier téléphone à Jean Plantin et l’invite à passer dans les plus brefs délais à l’Hôtel de Police, au 40 de la rue Marius Berliet, dans le 8e arrondissement de Lyon. Il ne veut pas dévoiler au téléphone les raisons de cette convocation mais laisse entendre que la revue Akribeia est concernée. Quelque peu étonné par la manière dont il est « invité », Plantin manifeste courtoisement son refus de déférer à la moindre convocation et annonce qu’il attend sereinement la suite des événements.
13 janvier 1999. À 15 h 00, quatre policiers en civil débarquent au domicile de Jean Plantin. Il s’agit, comme on l’apprendra plus tard, du commissaire principal de police Philippe Justo, du capitaine de police Jean-Pierre Ducros et des lieutenants de police Damien Bacconnier et Pierre Philippe Cartet. Plantin descend ouvrir le portail d’entrée. Le commissaire Justo joue son petit numéro en exhibant à plusieurs reprises sa carte de policier et demande à Plantin s’il est prêt à signer un mandat de perquisition de son domicile. Refus de Plantin qui ne voit pas la moindre raison ou justification à une telle perquisition. Les quatre policiers le laissent se changer avant de l’embarquer. À l’arrivée à l’Hôtel de Police de Lyon, vers 15 h 40, on notifie à Plantin sa mise en garde à vue pour une durée de 24 heures. Le lieutenant Bacconnier procède à un premier interrogatoire général de Plantin sur, entre autres choses, l’infraction de « publicité » qui lui est reproché et sur le contenu de la revue Akribeia. Le prévenu est ensuite conduit dans une cellule de garde à vue. Auparavant il lui a fallu se déshabiller totalement, ses vêtements étant minutieusement fouillés et palpés.
14 janvier 1999. Matin. Au terme d’une nuit quasi sans sommeil et l’estomac creux, Plantin est de nouveau interrogé à 9 h 00 par le capitaine de police Jean-Pierre Ducros assisté de Muriel Sobry, commissaire de police stagiaire. Le policier semble croire sincèrement à la dangerosité extrême du révisionnisme pour la jeunesse. C’est au cours de cet interrogatoire que le commissaire principal Philippe Justo, faisant irruption dans le bureau de Ducros, se met à traiter Plantin de « connard », de « truffe », etc. Tout au long de cette journée, du reste, le prévenu aura droit à des allusions méprisantes ou ironiques de divers policiers sur ses activités d’éditeur et sur les opinions qui lui sont prêtées. A l’issue de cet interrogatoire, Plantin est conduit au service anthropométrique. On lui relève notamment ses empreintes digitales et on le photographie de face et de profil, tel un vulgaire criminel de droit commun. Mais c’est ainsi qu’on traite en France les criminels de la pensée et les déviants de l’esprit. Le matin même, vers 9 h 30, sa mère, âgée de 75 ans, a été interrogée par Bacconnier du fait qu’elle est gérante de la société d’édition C.H.C.
14 janvier 1999. Après-midi. Plantin est extrait de sa cellule vers 14 h 30. On l’informe qu’on va procéder à une perquisition à son domicile. Cette perquisition est effectuée par le capitaine Jean-Pierre Ducros, le lieutenant Damien Bacconnier, le commissaire de police stagiaire Muriel Sobry et le commandant de police Michel Salager de la Direction régionale des Renseignements généraux. Cette incroyable perquisition n’a donc pas eu lieu en présence d’un juge d’instruction comme l’exige le Code de procédure pénale en matière de presse. L’affaire aura des suites sur le plan judiciaire. Au cours de la perquisition, Bacconnier, colt à la hanche, en profite pour mettre sens dessus dessous et sans motif apparent une partie de la bibliothèque de Plantin ainsi que ses documents d’archives. Il était évident que les policiers de la pensée voulaient mettre à tout prix la main sur la liste des abonnés et des clients de la revue Akribeia. Peine perdue. Ducros, qui dirige les opérations, demande à Plantin de lui indiquer où se trouvent certains ouvrages interdits tels que les Annales d’histoire révisionniste, la Revue d’histoire révisionniste, les Protocoles des Sages de Sion. Concernant les Protocoles, Plantin répond qu’il ne possède pas ce texte. Faux ! s’écrit triomphalement quelques minutes plus tard le commissaire stagiaire Sobry qui a en effet découvert dans les rayons de la bibliothèque l’ouvrage en deux volumes de... Pierre-André Taguieff sur la question. Au bout du compte, deux ordinateurs d’une valeur totale d’environ 20 000 F et quatorze disquettes informatiques sont saisis et placés sous scellés. Les policiers avaient tout de même pu constater que Plantin n’était pas connecté au réseau Internet. Divers objets ont disparu au cours de la perquisition, notamment un tampon encreur et un manuel d’utilisation du logiciel Word 6. De retour de perquisition, le responsable de la société immobilière qui domicilie le siège social de la société C.H.C. est prié de passer à l’Hôtel de Police où il sera interrogé par Muriel Sobry, commissaire de police stagiaire. À 18 h 15, il est mis fin à la garde à vue de Jean Plantin qui peut regagner son domicile.
15 janvier 1999. Un communiqué de presse est rédigé par « les Amis de Jean Plantin » à propos de l’interpellation de ce dernier, des conditions ignominieuses de sa garde à vue, de la perquisition opérée chez lui et de la saisie de ses outils de travail. Ce communiqué de presse, adressé à plus d’une trentaine d’organes de presse et placé sur le réseau Internet, se terminait par ces mots : « Policiers et magistrats qui, de près ou de loin, participeraient à cette dégradante chasse aux sorcières et qui, notamment, refuseraient, sous quelque prétexte que ce soit, la restitution immédiate de ses biens et de ses instruments de travail à ce remarquable chercheur, doivent savoir que nous rendrons compte de leurs faits et gestes, nommément, précisément et comme la loi et le bon droit nous autorisent à le faire. » À la suite de la diffusion de ce communiqué de presse, le Directeur de l’Hôtel de Police de Lyon reçut, semble-t-il, plusieurs dizaines de lettres ou fax de protestations de la part de correspondants outragés du monde entier dans les semaines qui suivirent. Une enquête pour « diffamation envers des fonctionnaires de la police nationale dans l’exercice de leurs fonctions » sera même ouverte. Sans suites. On retiendra que seuls quelques rares journaux se sont faits l’écho du communiqué de presse : Faits et Documents, Minute, Rivarol, Le Libre Journal.
10 février 1999. Le SRPJ de Lyon reçoit une note signée de Philippe Caillol, magistrat adjoint au chef du bureau des questions pénales auprès de la Direction des libertés publiques (sic) relevant du ministère de l’Intérieur. Cette note fait suite à une demande du 23 décembre 1998 du SRPJ de Lyon. La note de Ph. Caillol comporte notamment cette phrase ahurissante qui témoigne d’un esprit totalitaire assez inquiétant : « Je vous précise que cet ouvrage [il s’agit de la revue Revision] ne pouvant faire l’objet de publicité, le fait de le citer constitue une infraction à l’arrêté pris par le ministre de l’intérieur, même si mention de cette interdiction figure dans le texte incriminé. » Plus loin, on lit cette autre phrase stupéfiante : « De plus, parmi les notes de lecture, figurent de multiples allusions envers les chambres à gaz, pouvant parfois s’analyser comme des contestations de crimes contre l’humanité au sens de l’article 24 bis de la loi de 1881 issu de la loi "Gayssot" : à titre d’exemple, on peut citer en pages 241/242 la note relative à l’ouvrage "De Gaulle et le génocide des juifs. Le général était-il révisionniste ?", notamment sa dernière partie (chambres à gaz = bobard de guerre). »
28 février 1999. Article du journaliste-inquisiteur Bernard Fromentin dans Le Journal du dimanche, en p. 7, sous le titre : « Le parquet de Lyon débusque un éditeur négationniste. » On y lit avec étonnement que l’enquête de la police « devrait permettre d’établir pourquoi et comment la revue visée constituait le nouveau vecteur de la propagande négationniste, maintes fois condamnée pour avoir contesté l’existence des chambres à gaz dans les camps de concentration de l’Allemagne nazie. À la lecture des trois premiers numéros de la revue publiée depuis octobre 1997, il était évident que la relance du réseau [sic] passait par Saint-Genis-Laval. »
3 mars 1999. Article de Sandrine Boucher dans l’hebdomadaire Lyon Capitale (n° 212, 3-9 mars 1999, p. 6-7) intitulé : « La mauvaise herbe négationniste repousse à Lyon. » Ce texte, qui fourmille d’erreurs et d’approximations, prétend apporter des « révélations » sur le cursus universitaire de Jean Plantin. Le lecteur apprend ainsi que, aux dires des brillantes personnes qui l’ont connu au cours de ses études, c’était un étudiant somme toute médiocre, toujours près du radiateur. Le même jour, 3 mars, la chaîne de télévision France 3 diffuse vers 19 h 15, dans son journal régional (couvrant l’ensemble de la région Rhône-Alpes), un reportage de plusieurs minutes sur l’« affaire Plantin ». On y voit notamment l’inquisiteur de la pensée Fromentin qui, exemplaire de la revue Akribeia en main, joue sans aucune pudeur le rôle du procureur devant les caméras. Le reportage est rediffusé le lendemain vers 12 h 15.
10 mars 1999. Mis en cause dans le précédent numéro de Lyon Capitale à propos de deux textes publiés dans la revue Terre et Peuple qu’il dirige, Pierre Vial, professeur à Lyon III, adresse un droit de réponse à l’hebdomadaire dans lequel il précise qu’il est « en désaccord avec le négationnisme » (n° 213, 10-16 mars 1999, p. 10).
11 mars 1999. Dans La Voix du Lyonnais, supplément régional hebdomadaire du quotidien stalinien L’Humanité, on annonce en « une » une « nouvelle affaire de diffusion de textes niant la réalité des camps de concentration nazis ». L’article est signé de l’inquisiteur de la pensée Maurice Moissonnier et finement intitulé : « Le chancre du négationnisme. » La profondeur de l’analyse se trouve renforcée par un vocabulaire choisi : « camouflage dérisoire et scandaleux », « perversité intégrale », « défense des bourreaux », « génocide de l’esprit », « écrits violemment négationnistes », « ce Jean Plantin », « gâteau empoisonné », « la Bête », « ultime provocation ». Cette « provocation » est constituée par le fait que Plantin a l’incroyable audace de résider à Saint-Genis-Laval, lieu de l’exécution de 120 personnes par l’armée allemande en août 1944.
23 mars 1999. Un huissier de justice (de l’étude Laurent-Roudil-Reynaud-Chalançon d’Oullins) vient apporter au domicile de Jean Plantin une citation à comparaître pour le 22 avril au tribunal correctionnel de Lyon, 6e chambre. Selon le texte de cette citation, Jean Plantin est prévenu d’avoir

Fait de la publicité
– En octobre 1997, dans la revue numéro 1 d’AKRIBEIA
1/ sur [sic] le « rapport RUDOLF » rapport d’expertise sur la formation et le contrôle de la présence de composés cyanurés dans les chambres à gaz d’AUSCHWITZ (pages 198 et 199) interdit. par arrêté du Ministre de l’Intérieur en date du 7 avril 1977 [sic, pour 1997] de propositions, dons, ventes aux mineurs ou publicité par voie d’affiche ou sous l’une des formes prévues par l’article 14 de la Loi du 16 juillet 1949.
2/ Pour le livre « Oradour, un demi siècle de mise en scéne (pages 200 et 201) interdit par arrêté du Ministre de l’Intérieur du 2 septembre 1997 de propositions, dons, ventes aux mineurs ou publicité par voie d’affiche ou sous l’une des formes prévues par l’article 14 de la Loi du 16 juillet l949.

– En mars 1998, dans la revue numéro 2 d’AKRIBEIA (pages 195, 218 et 219)
1/ Pour la revue d’histoire révisionniste numéro 6 revue interdit par arrêté du Ministre de l’Intérieur du 2 juillet 1990 de propositions, dons, ventes aux mineurs ou publicité par voie d’affiche ou sous l’une des formes prévues par l’article 14 de la Loi du 16 juillet 1949.
2/ Pour la revue « REVISION » pour le prolétariat français interdit par arrêté du Ministre de l’Intérieur du 14 mai [sic, pour juin] 1990 de propositions, dons, ventes aux mineurs ou publicité par voie d’affiche ou sous l’une des formes prévues par l’article 14 de la Loi du 16 juillet 1949.

– En octobre 1998, dans la revue numéro 3 d’AKRIBEIA (pages 216, 217, 234)
1/ Pour la revue « Annales d’histoire révisionniste » interdite par arrêté du Ministre de l’Intérieur du 2 juillet 1990 de propositions, dons, ventes aux mineurs ou publicité par voie d’affiche ou sous l’une des formes prévues par l’article 14 de la Loi du 16 juillet 1949.
2/ Pour la « revue d’histoire révisionniste » interdite par arrêté du Ministre de l’Intérieur du 7 [sic, pour 2] juillet 1990 de propositions, dons, ventes aux mineurs ou publicité par voie d’affiche ou sous l’une des formes prévues par l’article 14 de la Loi du 16 juillet 1949. Faits prévus et réprimés par l’article 14 de la Loi 49-956 du 16 juillet 1949.
faits prévus par ART. 14, AL. 1, AL. 3 LOI 49-956 DU 16/07/1949 et réprimés par ART. 14 AL. 6 LOI 49-956 DU 16/07/1949.

[Nous avons respecté autant que possible l’orthographe et la typographie du texte de la citation à comparaître.]

15 avril 1999. Livraison par l’imprimeur Bosc du n° 4 (mars 1999) de la revue Akribeia.
21 avril 1999. À la veille du procès de Jean Plantin, le quotidien stalinien L’Humanité consacre deux pages venimeuses voire haineuses, sous la plume de Serge Garde, à la revue Akribeia et à son directeur de publication. Son premier article (annoncé en « une ») met en cause une prétendue « filière Akribeia », revue dont la publication « n’aurait jamais été possible sans des complaisances coupables, notamment dans certains milieux lyonnais, universitaires et judiciaires » (p. 6). La revue Akribeia y est présentée comme la « quintessence de l’abjection », « imprimée sans honte par Bosc-France à Oullins ». Le journaliste cite ensuite un passage du grotesque rapport des R.G. concernant le numéro 3 de la revue Akribeia. Dans un autre article, il est question des mémoires de maîtrise et de DEA de Plantin. On y apprend ainsi que le professeur Ladous aurait accordé la mention « très bien » au mémoire de maîtrise de Plantin (intitulé : Paul Rassinier (1906-1967). Socialiste, pacifiste et révisionniste) par humour : « Cette maîtrise était tellement grotesque que je me suis dit que, après cela, personne ne pourrait plus prendre Rassinier au sérieux. » Pour ce qui est du mémoire de DEA (intitulé : Les Épidémies de typhus exanthématique dans les camps de concentration nazis, 1933-1945), les membres du jury auraient fait en sorte de n’accorder qu’une mention passable à l’étudiant « pour l’empêcher de soutenir une thèse ». Serge Garde commente : « [Ceux qui affirment cela] savent pourtant qu’en 1991, à Lyon, les DEA n’étaient assortis d’aucune mention. » Ajoutons que, cette année-là, les étudiants en DEA d’histoire de Lyon II ne passèrent ni examen écrit ni examen oral, les notes étant probablement attribuées à la tête du client.
22 avri1 1999. Le procès de Plantin pour « publicité en faveur de publications dangereuses pour la jeunesse » se tient à 14 h 00 devant la 6e chambre correctionnelle du Palais de justice de Lyon. Celui-ci est quadrillé par de nombreux CRS et policiers en uniforme. Seuls « négationnistes » présents, au lieu de la horde de néo-nazis attendue : Jean Plantin et son avocat, maître Pierre-Marie Bonneau, du barreau de Toulouse. Trois organisations totalitaires se sont portés parties civiles : la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) et le B’nai B’rith-Loge Enfants d’Izieu (avocat : Alain Jakubowicz) ainsi que SOS-Racisme (avocats : Marie-Noëlle Fréry, du barreau de Lyon, et Pascal Cherki, du barreau de Paris). Le procès se déroule de 14 h 15 environ à 17 h 30. Le tribunal est présidé par le juge François Berger assisté de Mademoiselle Allais et de Madame Lacroix. Le substitut du Procureur de la République est Jean-Yves Varaldi. On ne peut pas dire qu’on ait assisté à un procès pour infraction à l’article 14 de la loi du 16 juillet 1949, le président Berger voulant à tout prix se faire expliquer par le prévenu le contenu de certaines notes de lecture et posant un tas de questions sans rapport direct avec l’objet des poursuites. Les avocats des parties civiles, quant à eux, étaient venus pour lancer ou poursuivre une campagne médiatique et idéologique contre les professeurs Régis Ladous et Yves Lequin et, au-delà, contre les universités Lyon II et Lyon III. Dans leurs filandreuses plaidoiries, ils firent un savant amalgame entre la revue Akribeia et divers sites Internet « néo-nazis » (dont Plantin ignorait jusqu’à l’existence) et allèrent jusqu’à évoquer une tuerie qui venait de se commettre aux Etats-Unis. C’est tout juste, si Plantin n’était pas accusé d’en être moralement responsable. Au terme du procès, l’avocat général réclama une peine de prison d’un an avec sursis et 20 000 F d’amende. « Réquisitions-plafond ou presque », comme l’écrira plus tard le journaliste Nicolas Ballet (Le Progrès, 28 mai 1999, p.7). Me Bonneau demandera la relaxe pure et simple de son client. On notera que, dans ses conclusions, la Licra n’a pas craint d’affirmer que la Revue d’histoire révisionniste « a été maintes fois condamnées [sic] pour révisionnisme et provocation à la haine raciale avant d’être définitivement interdite » (p. 9). Selon l’expression consacrée, plus c’est gros mieux ça passe.
23 avril 1999. Démission du professeur Yves Lequin de ses fonctions de directeur du DEA d’histoire moderne et contemporaine à Lyon II. Lequin avait dirigé en 1991 le DEA de Plantin sur les épidémies de typhus dans les camps de concentration allemands. « J’ai été piégé il y a huit ans par un étudiant. Jean Plantin a fait chez moi un travail qui ne pouvait pas être accusé de négationnisme. Malgré tout, j’ai manqué de vigilance, car être trompé c’est aussi se tromper. Huit ans après, j’assume », déclare-t-il (Lyon Matin, 27 avril 1999, p. 5). Parallèlement, l’UNEF-ID, syndicat étudiant d’extrême gauche, réclame l’annulation des travaux universitaires de l’ancien étudiant (Lyon Matin, 24 avril 1999, p. 7).
24 avril 1999. Le président de Lyon III Gilles Guyot indique qu’une enquête administrative est en cours concernant les conditions de soutenance du mémoire de maîtrise de Jean Plantin.
27 avril 1999. Démission du professeur Régis Ladous de la direction du DEA d’histoire religieuse de Lyon III qu’il devait prendre en charge à la rentrée 1999. Le Pr Ladous avait attribué une mention « Très bien » au mémoire de maîtrise d’histoire soutenu par Jean Plantin en juin 1990 à Lyon III et consacré à Paul Rassinier, fondateur du révisionnisme.
30 avril 1999. Le bulletin d’informations politiques Prospective Rhône-Alpes publie un entretien avec Yves Lequin (propos recueillis par l’inquisiteur Fromentin). Celui-ci y déclare notamment que la succession des affaires à caractère révisionniste dans les universités de Lyon « justifie la création d’une commission d’historiens dont les travaux permettraient d’éclairer les conditions et les modalités de cette récurrence sur le terrain lyonnais ».
Dans un autre entretien publié début mai dans le mensuel Lyon Mag’ (n° 81, mai 1999, p. 14), Lequin déclare que « Plantin est un falsificateur qui venait chercher à l’université une caution », qu’il « trouvait bizarres les sujets auxquels [il] s’intéressait », que « Plantin avançait masqué », que son mémoire de maîtrise « est plus que suspect » et qu’il « faut mener une action de fond » « pour se débarrasser de cette peste ». Pour finir, il s’agit d’« engager une réflexion pour trouver des moyens efficaces de débusquer les négationnistes ».
Dans le même numéro de Lyon Mag’, on apprend (p. 14) que le cercle Marc-Bloch, « regroupant des universitaires et des syndicalistes qui luttent contre le négationnisme », s’en prend vivement à Yves Lequin qui « franchit les bornes de la décence » en proposant la création d’une commission à la suite de l’affaire Plantin.
Signalons que l’entretien de Lequin était précédé d’un court chapeau dans lequel la revue informait ses lecteurs, un mois à l’avance, de la condamnation de Plantin à un an de prison avec sursis et 20 000 F d’amende !
Le même jour, 30 avril, la presse fait mention d’un communiqué de Bruno Gollnisch, secrétaire général du Front national (lepéniste), dénonçant « l’épuration hystérique » et « la police de la pensée » après les poursuites judiciaires contre Jean Plantin. « Je n’ai jamais entendu parler avant tout cela de M. Plantin ni de sa revue, mais depuis que le procureur de la République a requis l’emprisonnement de son auteur, je ferai tout pour la lire par protestation contre la police de la pensée qui sévit dans un pays autrefois le plus libre du monde », estime M. Gollnisch. « En ces temps incertains, on finit toujours par être le "révisionniste" de quelqu’un. On attend la démission du coiffeur de M. Plantin, de son dentiste », a-t-il ajouté (Lyon Figaro, 30 avril 1999, p. 4).
6 mai 1999. Annonce de la parution du numéro 4 de la revue Akribeia par la presse régionale. « Avec cette nouvelle livraison, l’éditeur lyonnais, âgé de 33 ans, pourrait être poursuivi sur le fondement de la loi Gayssot de 1990 qui punit le délit de contestation de crime contre l’humanité de 300 000 francs d’amende et/ou 5 ans [sic, en fait un an] d’emprisonnement » (Nicolas Ballet, « Révisionnisme : Plantin persiste et signe », Le Progrès, p. 5).
Conférence de Nadine Fresco sur Paul Rassinier à 19 h 30 à l’IUFM (Institut universitaire de formation des maîtres) de Lyon (4e arrondissement). Elle y reprend certains des arguments développés dans son ouvrage intitulé Fabrication d’un antisémite (Le Seuil, Paris, 1999) dans lequel elle tentait vainement de démontrer que Rassinier, fondateur et pionnier du révisionnisme historique en France, n’avait jamais été rien d’autre qu’un abominable antisémite.
12 mai 1999. Une réunion publique pour faire le point sur l’affaire Plantin se tient à Lyon III à l’instigation du syndicat étudiant UNEF-ID et en collaboration avec l’UEJF (Union des étudiants juifs de France) et SOS Racisme. « Plantin ne doit plus bénéficier d’une caution scientifique, il faut rayer ses diplômes », ont demandé associations et syndicats d’étudiants (Lyon Figaro, 14 mai 1999, p. 3). À la suite de cette réunion, le directeur et un groupe d’historiens du Centre Pierre-Léon, centre d’histoire économique et sociale (CNRS, Lyon II), diffusent la déclaration suivante :

1. Nous nous associons pleinement à l’émotion générale suscitée par la révélation de l’obtention en 1990 et 1991 par le futur éditeur négationniste Plantin, d’une reconnaissance universitaire à Lyon III et Lyon II.
2. Nous prenons acte des conséquences qu’en ont tirées nos collègues Régis Ladous et Yves Lequin en démissionnant de la direction de leur Dea respectif. Nous regrettons que ces démissions ne soient pas accompagnées de la reconnaissance publique plus nette d’une faute professionnelle grave : Régis Ladous, en attribuant une maîtrise dont le contenu révélait clairement les sympathies négationnistes de l’auteur. Yves Lequin en acceptant sans précaution un sujet de Dea qui apparaît, faute de pouvoir lire un mémoire malheureusement non conservé, pour le moins suspect.
3. Nous rejetons tous les amalgames qui tendraient à confondre cette négligence avec une complaisance avec des idées négationnistes dont nos collègues ne sont pas soupçonnables. Ces amalgames ne peuvent servir que les véritables négationnistes qui prospèrent à l’université Lyon III.
4. Nous rappelons qu’il n’existe pas de sujet interdit en histoire. Il reste plus que jamais nécessaire de continuer à travailler sur l’histoire du Génocide pour préciser, face aux mensonges des négationnistes, les conditions de l’extermination par les nazis de six millions de juifs européens. Ces recherches doivent s’accompagner de précautions méthodologiques qui n’ont malheureusement pas été prises avec l’étudiant Plantin.
5. Nous souhaitons que cette affaire débouche sur une réflexion approfondie sur les pratiques de choix, suivi, et soutenance des sujets de recherche donné aux étudiants de maîtrise et de Dea.
6. Nous soutenons pleinement la demande de création d’une commission pluridisciplinaire nationale d’enquête.

Dans Le Progrès, la journaliste Nathalie Avril cite quelques extraits d’une lettre ouverte adressée aux médias par le professeur Régis Ladous. D’après Lyon Capitale, cette lettre avait été envoyée le 30 avril (5-11 mai 1999, p. 10). Lyon Figaro (supplément régional au quotidien national Le Figaro) est le seul, à notre connaissance, à avoir donné le texte intégral de cette lettre (12 mai 1999, p. 2). Le voici :

Depuis l’ouverture de poursuites judiciaires contre le dénommé Plantin, je suis présenté comme l’un des artisans actifs du révisionnisme universitaire pour avoir dirigé le mémoire de maîtrise de ce monsieur voilà bientôt dix ans. À cette première accusation s’ajoute celle d’être un irresponsable qui récompenserait des travaux qu’il jugerait grotesques. Dans ces conditions, j’ai accepté, à la demande du président de l’Université Lyon III, de renoncer à la direction du DEA d’histoire religieuse uniquement pour pouvoir m’exprimer tout à fait librement.
Je me permets donc de rappeler un engagement ancien et permanent contre le révisionnisme. J’avais la faiblesse de croire cet engagement plus connu. Dès avril 1990, j’ai, avec mes collègues d’histoire contemporaine de Lyon III, clairement marqué ma réprobation face aux écrits de Bernard Notin. Trois ans plus tard, j’ai récidivé, avec mes collègues, dans une tribune libre du « Monde » intitulée l’historien et les falsificateurs (« Le Monde », 9 avril 1993). J’ai aussi témoigné en justice à la demande de Pierre Vidal-Naquet dans un procès qui lui était fait par Bernard Lugan dont on m’accuse aujourd’hui d’être un proche.
Toutes ces prises de position publiques auraient dû, croyais-je, me mettre à l’abri de dénonciations ou d’insinuations intolérables qui relèvent de la diffamation.
En ce qui concerne le mémoire de maîtrise du dit Plantin, consacré à « Paul Rassinier : socialiste, pacifiste et révisionniste » [ici une coupure du journal, sans omission semble-t-il, qui ajoute : consultable à la bibliothèque de la Faculté des Lettres de l’université Lyon III], tout lecteur attentif verra que, malgré ce qu’est devenu son auteur et la façon dont on le lit à la lumière du présent, le mémoire n’est pas, contrairement à ce qui a été écrit, un « panégyrique » de Rassinier mais un travail référencé comme doit l’être une maîtrise, certes peu mis en perspective mais d’une prudence affichée, où les citations scandaleuses sont celles de Rassinier. D’ailleurs, soucieux de lever les ambiguïtés d’une trop grande neutralité, j’ai exigé avant soutenance que ce candidat affirme dans une nouvelle conclusion, plus nettement que dans la précédente, que la démarche de Rassinier n’avait rien de scientifique ni d’historique, ce qu’il a fait. À partir de là, je n’ai plus eu aucun contact avec lui et il était loisible à chacun, et en particulier à mon expérimenté collègue d’une université voisine qui a dirigé son DEA de se faire aisément par lui-même une opinion sur les risques que pouvait représenter un sujet encore plus sensible. Plantin a en effet consacré son DEA aux épidémies dans les camps de concentration, sujet qu’il m’a proposé mais que j’ai refusé. Contrairement à ce qu’on a pu lire, ce sont donc bien les thèses de Rassinier que je considère comme grotesques et non pas le travail incriminé qui est, objectivement, une démonstration du caractère délirant des assertions de Rassinier et qui ne peut donner prise, seul, à une accusation de révisionnisme.
Néanmoins, l’historien que je suis regrette qu’il devienne impossible de mener des recherches scientifiques sur l’histoire du racisme, du négationnisme et de l’extrême droite lorsque l’on confond systématiquement la direction de recherche sur des idées scandaleuses et l’adhésion à ces idées. Je crois que ces études sont la meilleure façon de démonter la perversité de ces raisonnements et de mettre en garde contre leurs effets nuisibles. Je crois aussi, qu’associée à la démonstration scientifique, la dérision est, face à des thèses grotesques, une arme plus efficace que les indignations vertueuses et la mise en interdit de sujets qui deviennent ainsi la propriété exclusive et. sans contrôle des partisans de ces doctrines néfastes.

Ce texte appelle au moins une rectification de détail. Ce n’est pas avant mais après la soutenance que le professeur Ladous a demandé à Jean Plantin de modifier sa conclusion et cela pour des raisons qui n’ont jamais été clairement précisées à ce dernier. Qui plus est, c’est le texte de la première conclusion, croyons-nous, qui se montre le plus sévère pour Rassinier et non le second. Voici en effet un court extrait de la première conclusion :

L’analyse que nous avons présentée des travaux historiques de Rassinier ne rend sans doute pas compte de tous leurs aspects. Néanmoins, elle montre clairement les insuffisances, d’ailleurs manifestes, de l’oeuvre de Rassinier. Celui-ci, suivant des méthodes contestables et, à vrai dire, assez peu universitaires [note], a laissé de côté d’innombrables témoignages et dépositions de déportés et d’anciens membres des services de sécurité de l’Allemagne national-socialiste [note]. Il est significatif, d’autre part, que Rassinier ait si peu parlé des camions à gaz et des redoutables Einsatzgruppen. Faut-il voir là comme un reflet du faible nombre de travaux consacrés à ces questions et, plus particulièrement, de la pauvreté de l’historiographie française sur le national-socialisme ? [note] Enfin, parmi les quelques documents et témoignages étudiés par Rassinier, il est frappant de constater qu’i1 semble avoir choisi à dessein ceux qui possédaient le moins de valeur.

[Suivaient quelques exemples de ces documents et témoignages : ceux de Miklos Nyiszli, Kurt Gerstein, Rudolf Höss. En fin de conclusion était abordé le problème du faux témoignage avec plusieurs citations d’auteurs au-dessus de tout soupçon : Shmuel Krakowski, Germaine Tillion, Pierre Vidal-Naquet, Jean Stengers, Henry Rousso, Olga Wormser-Migot, Michel de Boüard, Yosef Hayim Yerushalmi.]

13 mai 1999. Prospectives Rhône-Alpes annonce la publication du n° 4 d’Akribeia sous le titre : « La revue négationniste Akribeia persiste, signe et indigne » (n° 520, p.2, article non signé). Il s’agit, pour dire la vérité, d’un pur concentré de discours censorial.

[…]
La lecture de la dernière livraison de la revue lyonnaise Akribeia inspire la nausée. L’éditeur Jean Plantin y apparaît encore comme le traducteur et comme le propagandiste de réseaux tout à fait structurés, d’une menaçante « internationale brune » comptant des auteurs en France, en Italie, comme aux États-Unis. Ces réseaux sont capables de collecter les fonds nécessaires à la réalisation de telles revues, offrant apparemment toutes les garanties du sérieux documentaire. Les démocraties doivent leur opposer leur état de droit, sans faiblesse, ni lassitude, ni emportement, éventuellement jusqu’à la saisie ou au retrait de la vente. Car ces revues peuvent troubler des esprits faibles. Elles sont d’ailleurs faites pour cela.
À l’intérieur des universités de la République, il conviendrait dès maintenant d’envisager des sanctions professionnelles envers les auteurs d’enseignements ou de travaux à caractère négationniste, comme l’annulation des diplômes indûment délivrés par ceux-ci, par des négligents ou par des irresponsables. La respectable indépendance des universitaires doit avoir une limite dessinée par le bon sens et par la Loi. Hors les amphi- théâtres, cela doit aller, comme aujourd’hui, jusqu’aux poursuites engagées en application des textes sur la protection des personnes et des groupes. La France n’en manque heureusement pas. Si l’on estime que la chose jugée doit y conserver une autorité, mieux vaut alors ne pas se tromper de cible.

18 mai 1999. La presse annonce la création par l’université Lyon II d’une commission pluridisciplinaire qui sera chargée de « développer les questions que posent le négationnisme et d’analyser, à partir de l’exemple lyonnais, les relations du négationnisme avec le monde universitaire ». Elle devra organiser une journée d’études à l’automne 1999, puis un colloque international en 2000. Cette commission sera constituée d’historiens, de linguistes, de sociologues, de philosophes et de militants, certains membres de Lyon II, d’autres non. Par ailleurs, le président de Lyon II Gelas charge l’historien Bernard Comte « d’établir une chronologie exhaustive de tous les faits qui, depuis l’affaire Faurisson, ont mis d’une manière ou d’une autre l’université lyonnaise en contact avec les négationnistes ».
20 mai 1999. L’inquisiteur de la pensée Bernard Fromentin passe à la Librairie Lyonnaise et justifie les poursuites judiciaires intentées contre Plantin et les divers ennuis qu’il a dû subir depuis plusieurs mois. « Il l’a bien cherché », finit-il par lâcher à bout d’arguments lors d’une brève conversation avec le responsable de la librairie.
21 mai 1999. Un conseil d’administration se tient à l’université Lyon II où il est beaucoup question de l’affaire Plantin. L’UNEF-ID y a posé trois questions. Tout d’abord, les étudiants ont souhaité que le conseil d’administration demande la saisine de la section disciplinaire pour les deux professeurs qui ont suivi le DEA de Plantin. Cette proposition a obtenu quinze voix « pour », zéro « contre » et vingt-deux abstentions. Deuxième chose, « le conseil d’administration interpelle le secrétaire général de l’université, sous couvert du président, sur l’entame [sic] d’une procédure visant à annuler le DEA de Jean Plantin. La disparition du mémoire empêchant toute vérification scientifique, une enquête administrative doit être menée pour déterminer les modalités dans lesquelles ce DEA a été délivré, sur la base du procès-verbal de ce DEA. » Cette deuxième proposition a été acceptée avec trente voix « pour », zéro « contre » et huit abstentions. Troisième exigence : que le conseil d’administration de Lyon II demande au ministère de l’Education nationale la création d’une commission permanente, scientifique et pluridisciplinaire, « une commission aux frontières plus larges que celle de Lyon II, pour assurer un suivi effectif des problèmes négationnistes à l’université ». Proposition adoptée par trente-six membres (zéro « contre » et trois abstentions) (Lyon Figaro, 22 mai 1999, p. 5).
23 mai 1999. Publication dans Le Journal du Dimanche d’un article de l’inquisiteur de la pensée Bernard Fromentin. Ce texte, qui contient un nombre ahurissant d’erreurs, est intitulé : « Lyon et les facs de la honte » (p. 10). Le grotesque rapport des R.G. concernant la revue Akribeia y est tout bonnement qualifié de « pièce essentielle du dossier ».
25 mai 1999. Un rassemblement, très clairsemé aux dires de la presse, a lieu place Bellecour, à Lyon, contre la « multiplication des affaires de négationnisme dans les universités lyonnaises » et contre la venue, dans la soirée, de Jean-Marie Le Pen pour un meeting du Front national.
27 mai 1999. Le tribunal correctionnel de Lyon rend son jugement contre Jean Plantin. Ce dernier est condamné à six mois d’emprisonnement avec sursis et à 10 000 francs d’amende. Par ailleurs le tribunal ordonne la confiscation des divers objets saisis (les disquettes et les deux ordinateurs d’un montant total supérieur à 20 000 F). Il devra en outre payer à chacune des trois organisations totalitaires-parties civiles la somme de 10 000 F à titre de dommages-intérêts plus la somme de 3 000F pour frais d’avocat. À cela s’ajoutent divers dépens de procédure. Au total, si l’on prend en compte la valeur des deux ordinateurs, l’addition se monte à plus de 70 000 F ! Et nul « intellectuel » ou historien en France (à l’exception du Lyonnais Bruno Gollnisch) pour protester contre cette décision de justice sans précédent. Sur Ie fond, le tribunal a tout de même relaxé Plantin pour les deux notes de lecture concernant Le Rapport Rudolf et Le Massacre d’Oradour de Vincent Reynouard, les arrêtés pris contre ces deux ouvrages n’interdisant pas la « publicité » en leur faveur. Le point essentiel, si l’on peut dire, du texte du jugement tient dans le passage suivant :

Contrairement à ce que soutient la défense, la citation de ces écrits dans les notes de lecture de la revue AKRIBEIA, ouvrage manifestement destiné à une diffusion auprès du public, que ce soit par abonnements ou par la distribution en librairie, constitue la publicité au moyen d’annonces ou d’insertions publiées dans la presse prévue et réprimée par l’article 14 de la Loi du 16 juillet l949, dans la mesure où l’activité même de Jean PLANTIN avait pour objet de rendre ses écrits publics.

De toute évidence, il s’agit là d’un grossier détournement de la loi de 1949, détournement. jugé naturellement « très satisfaisant » par SOS Racisme (Lyon Capitale, n° 225, 2-8 juin 1999, p. 2).
Plus loin, justifiant la recevabilité des trois organisations totalitaires s’étant portées parties civiles, le texte du jugement déclare ce qui suit, reprenant sans vergogne certains arguments d’un grotesque rapport des R.G. concernant le n° 3 de la revue Akribeia :

Les agissements de Jean PLANTIN, directeur de la publication de la revue AKRIBEIA, qui, sous couvert d’examen scientifique de faits historiques, à l’aide de méthodes d’apparence objective, ouvre ses pages à des auteurs négationnistes ou révisionnistes, présente une bibliographie comportant les noms d’auteurs révisionnistes mêlés à ceux d’historiens, de chercheurs ou d’écrivains renommés pour donner l’impression d’un travail historique et scientifique sérieux, et souligne l’intérêt d’ouvrages frappés d’interdiction, compte tenu de leur caractère antisémite, raciste, de ce qu’ils font l’apologie du génocide en incitant à la haine raciale, causent un préjudice personnel et direct aux parties civiles, préjudice qui ne se confond pas avec celui dont le Ministère Public demande réparation.

Le même jour est diffusé un communiqué de Bruno Gollnisch intitulé : « Plus de libertés à Moscou qu’à Lyon. » En voici le texte, non dénué d’erreurs et de contradictions :

La scandaleuse condamnation de M. Plantin par un tribunal pénal appliquant les lois liberticides de la police de la pensée démontre, s’il en était. besoin, que le champ des libertés publiques ne cesse en France de se restreindre.
Le prétexte de cette condamnation pour délit d’opinion, à savoir la loi protégeant la jeunesse, est particulièrement grotesque, quand on utilise cette loi pour fixer de manière obligatoire le discours des historiens, et que les publications vantant les perversions pédophiles ou zoophiles s’étalent à la devanture des kiosques. On en veut à M. Plantin d’avoir écrit sur Rassinier, considéré comme l’un des premiers révisionnistes. Paul Rassinier était un résistant authentique, déporté, et député socialiste. La raison pour laquelle le stalinien Gayssot a pris l’initiative de la loi en vertu de laquelle M. Plantin est condamné, c’est que Rassinier estimait que dans les camps de déportés, les Kapos communistes étaient parfois pires que les SS. Toute vérité n’est pas bonne à dire. Il est tout de même navrant de constater qu’à l’aube de l’an 2000, il y a aujourd’hui plus de libertés à Moscou qu’à Lyon.

28 mai 1999. La plupart des quotidiens régionaux et nationaux annoncent la condamnation de Plantin en écrivant, reprenant probablement les termes d’une même dépêche de presse, que Plantin avait « fait état, dans sa revue, d’ouvrages interdits » (Le Figaro, Libération, L’Humanité, Le Dauphiné libéré, etc.).
29 mai 1999. Sous la plume de Claude Francillon, son correspondant régional, le quotidien Le Monde rend compte, pas trop malhonnêtement dans l’ensemble, du verdict du 27 mai. Il est un point de son article sur lequel il convient toutefois de revenir brièvement. Le journaliste écrit en effet que, « lorsqu’il a été mis en cause, Jean Plantin s’est prévalu d’une formation d’historien acquise au sein des universités lyonnaises ». Quelques jours plus tard, dans le bimensuel « catholique » Golias, l’inquisiteur de la pensée Francis Serra écrira carrément que « Jean Plantin se vante d’avoir soutenu une maîtrise sur Paul Rassinier ». Pour dire la vérité, Plantin ne s’est jamais vanté de rien du tout, il a seulement mentionné son niveau d’études au policier qui l’interrogeait à ce sujet. D’autre part, il n’a jamais fait état ou étalage, dans les pages de sa revue Akribeia, de ses diplômes universitaires, peaux d’ânes auxquels il n’attache guère d’importance. Le mensuel Lectures Françaises de juillet-août 1999, tirant de toute évidence ses informations de la presse serve, écrit également que, devant le tribunal, « Jean Plantin a eu beau évoquer sa mention très bien pour son mémoire de maîtrise (sur Paul Rassinier), ou son travail de DEA sur les maladies épidémiques dans les camps de concentration, rien n’y a fait » (p.45). Bien entendu, c’est pure invention.
31 mai 1999. Jean Plantin fait appel de sa condamnation sur l’ensemble du jugement (pénal et civil). Cet appel est annoncé le 11 juin par la presse locale (Le Progrès et Lyon Figaro).
2 juin 1999. L’hebdomadaire Lyon Capitale annonce (n° 225, 2-8 juin 1999, p.2) que l’organisation totalitaire SOS Racisme s’apprête à porter plainte contre Plantin pour le contenu du n° 4 d’Akribeia. La journaliste Sandrine Boucher écrit :

SOS Racisme qui fut, comme les autres associations, un peu à la remorque des premières poursuites lancées à l’initiative du parquet de Lyon, n’entend pas se faire chiper la vedette cette fois-ci. D’autant plus que la relative rapidité de son action permet, contrairement au ministère public qui fut « coincé » par la prescription des faits, d’attaquer, dans le délai de trois mois imparti, l’éditeur sur le fondement de la loi Gayssot. Ce texte, arme classique contre le négationnisme, réprime la contestation du génocide d’un an d’emprisonnement et 300 000 francs d’amende maximum.
[L’article fait ensuite allusion au mémoire de DEA de Plantin et ajoute que] le mystère du contenu de [sic] DEA disparu sera peut-être prochainement levé : Marie-Noëlle Fréry, avocate de SOS Racisme, espère en effet que le mémoire a été archivé dans le matériel informatique saisi par la police chez Jean Plantin et désormais confisqué par la justice.

3 juin 1999. Vers 9 h 30. Jean Plantin reçoit un appel téléphonique du lieutenant de police Bacconnier qui lui demande de passer dès que possible à l’Hôtel de Police. Il sait déjà que le n° 4 de la revue est concerné. Faute de transport en commun (du fait d’une grève), il téléphone à l’Hôtel de Police pour dire qu’il ne viendra que le lendemain.
4 juin 1999. 9 h 50. Plantin arrive à l’Hôtel de Police où il est reçu par l’officier de police Daniel Mounicq qui lui notifie son placement en garde à vue. La police souhaite l’entendre sur plusieurs points : les deux articles de Mark Weber sur Buchenwald et Bergen-Belsen et trois notes de lecture. Plantin refuse de répondre à la moindre question et refuse également de signer le moindre procès-verbal. Vers 10 h 30, le commissaire principal Philippe Justo, celui-là même qui l’avait traité de « connard » et de « truffe » le 14 janvier lors d’une précédente garde à vue, l’aperçoit depuis son bureau et lance d’une voix forte à la cantonade : « Fasciste ! », puis : « Il faut le tuer ! », et encore : « Tuez-le ! » Il s’ensuit une brève altercation à l’issue de laquelle Justo souhaitera notamment que Plantin soit condamné cette fois-ci à de la prison ferme et qu’il soit soumis à un examen psychiatrique. Plantin est ensuite emmené dans une cellule de garde à vue après avoir dû se déshabiller totalement pour la fouille de ses vêtements.
L’après-midi, nouvelle séance d’interrogatoire par le policier Éric Mazancieux. Même refus de Plantin de répondre et de signer. Dans le même temps, Justo s’est rendu avec d’autres policiers à l’imprimerie Bosc, probablement pour connaître la date exacte de livraison du n° 4 et le nombre d’exemplaires imprimés. On apprendra le 7 septembre que l’imprimeur a lui-même fait l’objet de poursuites de la part du Parquet. Vers 17 h 30, Plantin est reconduit dans sa cellule où il passera la nuit.
5 juin 1999. Matin. Nouvelle séance d’interrogatoire de Plantin par le lieutenant Cartet. Même refus de répondre et de signer. Le gardé à vue est finalement relâché à 9 h 45.
7 juin 1999. Publication dans Le Progrès de Lyon d’une « tribune libre » du sycophante communiste Didier Daeninckx (une lettre de ce dernier était jointe aux conclusions de l’organisation totalitaire SOS Racisme – lors du procès pour « publicité » – qui attestait que la revue Akribeia était bien vendue dans une librairie parisienne). Intitulé « Quand Lyon perd ses facultés », cet article signale que des journaux étrangers comme El Païs en Espagne ou L’Indice en Italie se seraient fait l’écho de l’affaire Plantin et du scandale qu’elle a suscité au sein des universités lyonnaises. L’auteur prétend que Plantin adopte les positions de Rassinier dans son mémoire consacré à ce dernier. Il va jusqu’à parler, sans rire, de « l’insoutenable violence antisémite » de ce texte.
10 juin 1999. Publication dans l’hebdomadaire communautaire Tribune juive d’un article de Sylviane Oling (née le 27juillet 1951 à Oullins, vice-présidente de la loge B’nai B’rith-Enfants d’Izieu) sur l’affaire Plantin. L’article, qui contient le lot habituel d’erreurs et d’approximations sur le sujet, figure sous la rubrique « haine raciale » et reproduit en couleur la couverture du n° 3 de la revue Akribeia.
12 juin 1999. Le bimensuel « catholique » Golias de mai- juin (n° 66) commence à être vendu en kiosque. Il contient un dossier de dix pages sur l’affaire Plantin (annoncé dès le 10 juin par Lyon Figaro) rédigé par Francis Serra et Christian Terras. À côté de ces deux esprits étriqués et authentiques grands maîtres-inquisiteurs de la pensée, les censeurs Moissonnier et Fromentin feraient presque pâle figure. Le ton de leurs articles est venimeux et plein d’une hargne fort peu chrétienne.
Le premier article (de Serra) rend compte du procès du 22 avril. Akribeia y est qualifiée au passage de « dernière née des revues antisémites » et de « torchon négationniste ». Plantin, personnage éminemment insignifiant, est tout bonnement présenté comme étant « au centre d’un réseau négationniste international ».
Le deuxième article (de Terras) est consacré au mémoire de maîtrise de Plantin (sur Rassinier). Des extraits en sont cités et l’ancien étudiant est même carrément accusé d’avoir falsifié la biographie de l’ancien déporté révisionniste en raison d’une confusion commise entre deux procès (le premier intenté par Rassinier pour diffamation et le second intenté, contre Rassinier pour diffamation également), confusion qui ne dissimulait d’ailleurs pas le fait essentiel, à savoir que Rassinier avait écrit sous un pseudonyme dans l’hebdomadaire Rivarol.
Le troisième article est d’une certaine manière le plat de résistance. Il s’agit d’un entretien avec le professeur Régis Ladous dont le titre (« On s’est planté ! ») reprend une remarque finaude de l’universitaire. Celui-ci déclare notamment que Plantin est « un indécrottable » et qu’à l’époque de son mémoire de maîtrise, « c’était un gamin qui faisait plus pitié qu’autre chose ». Évoquant un autre étudiant, il n’hésite pas à affirmer que c’était « un garçon complètement allumé ». Il tente de justifier les soutenances, à la fin des années 1980 et au début des années 1990, de plusieurs mémoires « controversés » en les présentant comme une espèce d’improbable « expérience pédagogique », ce que semblent infirmer les témoignages de plusieurs de ses anciens étudiants. Cet entretien comporte de nombreux propos assez étonnants dans la bouche d’un universitaire. En voici quelques échantillons : « En tout cas chez nous [c’est-à-dire à Lyon III], Jean Plantin n’aurait pas eu son DEA, je vous le garantis » ; « [les responsables de Lyon II] sont des types qui fonctionnent sur le mode de type secte », « Paul Rassinier a "pété les plombs" à un moment de sa vie », « il a complètement disjoncté par la suite », etc.
Viennent ensuite un article sur le mémoire de maîtrise d’un ancien étudiant concernant Le Thème de la race dans l’« Émancipation nationale », un autre sur Yves Lequin et sur le mémoire introuvable de DEA de Jean Plantin, un autre sur la sortie du quatrième numéro de la revue Akribeia (Golias en profite pour livrer à ses lecteurs l’adresse personnelle de Jean Plantin) et un dernier sur la mission confiée à l’universitaire Bernard Comte de rédiger une chronologie des événements liés au révisionnisme dans les universités lyonnaises depuis une vingtaine d’années.
12-13 juin 1999. Dans la nuit du 12 au 13 juin, la bibliothèque interuniversitaire de Lyon II et de Lyon III est ravagée par un incendie d’origine indéterminée (à ce moment-là) qui détruit les trois quarts des ouvrages et des revues du fonds.
17 juin 1999. Publication intégrale dans le quotidien Présent d’un texte de l’AFP résumant l’affaire Plantin et signé de François Bougon. On y apprend par exemple que Régis Ladous n’a pas participé à une réunion avec des étudiants à propos de l’affaire parce que son « état physique et moral » se dégraderait de jour en jour, selon l’un des organisateurs de cette réunion. D’autre part, le texte signale l’existence d’une déclaration de soutien à R. Ladous intitulée Non à l’amalgame qui dénonce au passage le « monde sectaire du négationnisme » et affirme que « l’existence de sujets d’étude tabous ne peut aboutir qu’à figer la réflexion ». Cette déclaration a été approuvée par les universitaires Maurice Agulhon, Jean-Claude Beaune, Marc Ferro, Pierre Gire, Jean-Marie Mayeur, Lionel Moutot, Pierre Pierrard, Pierre-André Taguieff et Pierre Vidal-Naquet (lequel tient à préciser qu’il n’aurait pas accepté Plantin à soutenance). Fin août, le nom d’Émile Poulat viendra s’ajouter à cette liste. (Ces précisions concernant les noms des signataires ne figuraient pas dans le texte de l’AFP.)
19 juin 1999. Après avoir trouvé un avis d’huissier dans sa boîte aux lettres, Plantin passe à la mairie de Saint-Genis-Laval où on lui remet une citation à comparaître – qui n’a pas respecté le délai de vingt jours prévu par la loi de 1881 – devant le tribunal correctionnel de Lyon. Il est cité par l’organisation totalitaire SOS Racisme qui a porté plainte en vertu de l’article 24bis de la loi du 29 juillet 1881. L’organisation, dont les statuts ne prennent d’ailleurs pas en compte la contestation de crimes contre l’humanité, lui fait grief de quatre notes de lecture (entre parenthèses, le principal point incriminé) : la première sur un ouvrage de Cedric Martel (des guillemets sacrilèges ont été mis à l’expression « solution finale de la question juive »), la deuxième sur un ouvrage de Mark Weber (le texte de ce dernier se permet de critiquer le procès de Nuremberg), la troisième sur un texte de Samuel Crowell (il y aurait eu des rumeurs pendant la seconde guerre mondiale, y compris dans les camps de concentration), la quatrième sur Le Bulletin trimestriel de la Fondation Auschwitz (l’expression « selon l’histoire officielle » a été employée).
1er juillet 1999. La 6e chambre correctionnelle du tribunal de Lyon, présidée ce jour-là par le juge-historien François Berger, renvoie le procès au mardi 7 septembre 1999. À la sortie du tribunal, un certain Bruno Amsellem, photographe à l’hebdomadaire Lyon Capitale, tente de prendre Plantin en photo malgré l’opposition manifeste et vigoureuse de ce dernier. Un policier en uniforme du Palais de justice doit intervenir pour séparer les deux protagonistes.
2 juillet 1999. Le Progrès de Lyon annonce que le Parquet de Lyon va poursuivre Plantin pour le n° 4 de la revue Akribeia.
21 juillet 1999. Selon la presse locale, l’incendie de la bibliothèque interuniversitaire de Lyon pourrait être d’origine criminelle, des traces d’hydrocarbures ayant été retrouvées par les experts près du départ du feu (Le Progrès, 21 juillet 1999, p. 7 ; Lyon Figaro, 22 juillet 1999, p. 4). Prudente, la presse locale n’établit aucun lien avec l’affaire Plantin.
28 juillet 1999. Plantin passe chercher à l’étude d’huissiers Laurent-Roudil-Reynaud-Chalançon d’Oullins une citation à comparaître du Parquet pour le 7 septembre 1999. On lui reproche divers passages des deux articles de Mark Weber sur les camps de Buchenwald et de Bergen-Belsen (l’historien révisionniste américain a eu l’audace d’affirmer en effet qu’il n’y avait pas eu de chambres à gaz dans ces deux camps) ainsi que trois notes de lecture (sur des ouvrages ou des textes de Martel, Weber et Crowell).
7 septembre 1999. Procès. Plantin, non comparant, était représenté par Maître Éric Delcroix. Aux dires de divers observateurs, ce procès a été digne à certains égards et toutes proportions gardées des tristement célèbres procès de Moscou. Contrairement aux usages qui veut qu’un avocat venu de l’extérieur passe en premier, le procès ne débutera qu’à 16 h 00. Des motifs fallacieux de procédure sont invoqués. Chose qui ne s’était sans doute jamais vue jusqu’à présent en matière de révisionnisme, l’imprimeur de la revue Akribeia avait également fait l’objet de poursuites sur le fondement de la loi Gayssot. Le but de cette opération est clair : il s’agit d’intimider et de menacer les imprimeurs qui auraient l’imprudence de travailler pour des éditeurs non conformes aux normes totalitaires de la République française. L’imprimeur, Michel Brailly, interrogé à la barre pendant plus d’une demi-heure, a reconnu qu’il ignorait le contenu et la nature des textes publiés dans la revue Akribeia, a présenté des excuses, a promis à Maître Jakubowicz de verser à une association juive le bénéfice de l’impression de ladite revue et s’est plus ou moins engagé à ne plus rien imprimer pour l’infâme Plantin. Les deux anciens professeurs de ce dernier, Régis Ladous et Yves Lequin, avaient été appelés à témoigner par SOS Racisme. Le plus surprenant est qu’ils soient venus tous les deux alors que l’organisation totalitaire n’avait cessé depuis des mois de les accuser en des termes très durs de complaisance coupable à l’égard du révisionnisme. À la barre, Ladous, pitoyable et au bord de la crise de nerfs, a confessé sa très grande faute de n’avoir pas su ou pu remettre Plantin sur le droit chemin de la conformité aux dogmes historiques officiels tout en déplorant les « lectures perverses » et les « mauvais enseignants » de son ancien élève. Selon la presse, les dépositions des deux universitaires « donneront une touche surréaliste à. ce procès sans prévenu. Un vrai festival de propos emberlificotés, de réponses hors sujet » (Lyon Figaro, 8 septembre 1999, p.2). « En l’absence de leur ancien élève, les deux professeurs des universités lyonnaises sont apparus comme les principaux accusés de ce procès » (Le Monde, 9 septembre 1999, p. 11). Dans son réquisitoire, le procureur François Molins demande notamment une peine de six mois d’emprisonnement avec sursis contre Plantin et une amende de 50 000 F. Il ordonne aussi le versement de 30 000 F à SOS Racisme et 50 000 F à la Licra sous peine de révocation du sursis. Contre l’imprimeur il demande une amende de 8 000 F. Au terme d’une brillante plaidoirie qui tranche avec celles des avocats des parties civiles (Fréry, Cherki et Jakubowicz), Maître Delcroix plaide la relaxe pure et simple de son client. Vers 20 h 45, fin du procès. Le jugement est mis en délibéré au 28 septembre par le président Bernard Boulmier.
L’Humanité
du 7 septembre consacre une pleine page à ce procès sous la plume de Serge Garde. Évoquant l’incendie qui a ravagé la bibliothèque interuniversitaire de Lyon, ce dernier a sa petite idée concernant les responsables et affirme avec un bel aplomb en conclusion de son article : « Qui donc peut professer la haine de la culture judéo-chrétienne au point de vouloir brûler des livres ? » (p. 13).
28 septembre 1999. Le jugement est reporté au 7 octobre (Le Progrès, 29 septembre 1999, p. 5).

Affaire à suivre...


Akribeia, n° 5, octobre 1999, p. 8-33.


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