Chronologie succincte de l’affaire Plantin
Petite contribution à une histoire de la censure en France à la fin du XXe siècle
28 novembre 1997. Sortie du n° 1 (daté d’octobre
1997) de la revue de périodicité semestrielle Akribeia (mot grec
signifiant « exactitude ») sous-titrée : Histoire, rumeurs, légendes.
Ce n° 1 de 240 pages comporte des textes de Marc Bloch, Albert Dauzat, Nigel
Watson, Oldroyd Granville, Carlo Mattogno et Enrique Aynat ainsi qu’une
quarantaine de pages de notes de lecture. Le dépôt légal a été effectué
dans les jours qui ont suivi la livraison par l’imprimeur. Il en sera de même
pour tous les autres numéros, contrairement aux affirmations mensongères de l’ensemble
de la presse qui reprend probablement les « informations » distillées par
certaines organisations totalitaires.
Mars 1998. Publication d’un article délateur de Maurice Moissonnier
(professeur d’histoire lyonnais retraité né le 26 juin 1927) dans le
bulletin Ras l’front (« Le "hideux miracle" continue... »,
n° 3, daté de mars 1998, p.2). Après avoir énuméré à sa manière le
sommaire du n° 1 de la revue, l’auteur écrit que les notes de lecture
distribuent « les recommandations sérieuses pour de bonnes revues
confidentielles souvent interdites d’affichage et de publicité ». Plus loin,
il ajoute : « Publicité non payée mais utile à tous ceux qui luttent contre
le retour de la bête immonde : Akribeia est né sous la direction d’un
certain Jean Plantin, à St-Genis-Laval (Rhône). St-Genis-Laval, qui fut en
1944 un haut lieu de la barbarie nazie : 120 détenus de Montluc mitraillés,
grenadés et brûlés dans le fort qui surplombe la petite ville... Une rumeur,
un mythe ? / En ce temps-là, il y avait à Lyon des imprimeurs clandestins qui
risquaient leur vie pour dire vrai. De nos jours, certains imprimeurs acceptent
de reprendre au grand jour les vieux mensonges des assassins comme le font ceux
de cette maison connue du 6e arrondissement de Lyon. / Pire... La revue figure
déjà sur le site Internet du triste Thion. Preuve (qui n’est même plus à
faire tant l’évidence est grande !) que des réseaux bien articulés existent
internationalement. »
Avril 1998. Sortie du n° 2 (mars 1998) d’Akribeia.
10 mai 1998. Publication d’un autre article délateur dans Le
Journal du dimanche sous la plume de Bernard Fromentin (« Un historien
lance une revue négationniste », p.4). Ce dernier, correspondant du journal à
Lyon, connaît bien le stalinien Moissonnier. À propos des deux premiers
numéros de la revue, voici par exemple ce qu’il écrit : « Cette production
est clairement vouée à la promotion de toutes les formes de propagande niant
notamment l’existence des chambres à gaz dans les camps d’extermination
nazis. La loi interdisant la négation publique du génocide est ici contournée
selon une technique éprouvée. Les notes de lecture, les bibliographies, une
rubrique intitulée "chronologie révisionniste de l’année" sont
autant de prétextes à diffuser adresses, boîtes postales et sites internet du
réseau international. »
29 mai 1998. Le magazine Livres Hebdo publie dans son n° 295,
p.38, l’écho suivant à propos de la revue Akribeia : « Embarras. La
Société des gens de lettres, par l’intermédiaire de son président
François Coupry, tient à se désolidariser "publiquement et
totalement" de la publication du texte d’Albert Dauzat, Faux bruits et
légendes, dans le n° 1 de la revue Akribeia pour laquelle elle
avait donné initialement son accord. "Nous découvrons aujourd’hui que
la revue Akribeia s’est servie, selon un procédé habituel de la
presse révisionniste, de la ’caution’ d’Albert Dauzat (et à travers lui
de la SGDL)", écrit François Coupry qui estime que l’opération avait
pour but de conférer une apparence de crédibilité à des contributions
"manifestement révisionnistes". La SGDL "dont la bonne foi a
été surprise", tient à "affirmer l’indignation et la répulsion
que lui inspirent les thèses négationnistes défendues dans Akribeia".
» Précisons que des droits de reproduction pour le texte de Dauzat avaient
été payés dans les règles.
Juillet 1998. Un fonctionnaire de police (peut-être des renseignements
généraux) se présente à la Librairie Lyonnaise (53, rue Franklin, à Lyon),
pose des questions au sujet de la revue Akribeia et demande si elle est
vendue dans le magasin. Il prétend mensongèrement au vendeur présent qu’elle
est interdite.
Octobre 1998. Publication dans la revue Anomalie/Ovnis, paranormal,
animaux mystérieux (n° 4) d’un effarant article du sociologue Pierre
Lagrange concernant la revue Akribeia intitulé : « À propos d’une
tentative de légitimation des thèses négationnistes » (p. 6-7). L’auteur y
accuse Jean Plantin de vouloir « faire passer le génocide hitlérien pour un
mythe ». Il écrit également ceci : « La littérature révisionniste n’a
rien à voir avec les études sur les rumeurs et les légendes. Ces dernières
étudient des affaires qui sont l’objet de controverses alors que la
littérature négationniste construit une argumentation conspirationniste qui
tente de faire passer pour controversée une période de l’histoire de ce
siècle dont la réalité ne se discute pas – et ne peut l’être qu’au
prix de l’invention d’un complot juif mondial. Bref, le discours des
négationnistes correspond non aux études sur les rumeurs et légendes, mais à
certains discours étudiés dans le cadre des études sur les rumeurs et
légendes contemporaines – dont la plupart n’ont bien évidemment pas le
caractère monstrueux des thèses négationnistes, même s’ils en reproduisent
la structure paranoïaque. » Lagrange accusait aussi Jean Plantin d’avoir
trompé Steve Moore, rédacteur en chef de la revue anglaise Fortean Studies,
afin d’obtenir l’autorisation de traduire et de publier (sans versement de
droits, comme il avait été convenu) une étude de Nigel Watson et Oldroyd
Granville sur une rumeur de la première guerre mondiale (parue dans les
Fortean Studies, volume I, John Brown Publishing, Londres, 1994). Dès le
mois de janvier 1998, l’inquisiteur P. Lagrange avait procédé à une petite
enquête « sur les circonstances de l’accord passé avec Plantin ». S. Moore
lui répondit le 23 janvier 1998 : « J’ignorais tout des motivations
politiques de Plantin et je suis extrêmement déçu d’avoir été piégé et
d’avoir aidé un journal poursuivant des buts politiques alors que je croyais
simplement participer à la diffusion de la connaissance. Plantin m’a dit qu’il
préparait une collection d’essais sur les rumeurs de la PREMIÈRE Guerre
mondiale, pas de la Seconde. » Le vocabulaire et les expressions utilisées par
Lagrange dans son article à l’égard de la revue Akribeia et de son
directeur de publication est très révélateur quant au mode de fonctionnement
de sa pensée : « récupérer et détourner les travaux d’historiens et de
sociologues », « entreprise manipulatrice », « subterfuges », «
"études" », « genre de littérature diffusée par Akribeia
», « Moore ne pouvait soupçonner ce qui se tramait », « de telles
déviances », « ses thèses repoussantes », « manipulation », « propagande
négationniste », « pamphlet négationniste », « horreur » des « arguments
des auteurs qu’affectionne Jean Plantin », « Akribeia [...] est une
entreprise de propagande au service d’une idéologie monstrueuse ». Plantin a
envoyé un texte de rectifications à la revue qui, comme on pouvait s’y
attendre, ne l’a pas publié. Un écho sur cette « non-affaire », qui donne
la pleine mesure du « débat intellectuel » dans la France de cette fin de
siècle, est paru dans l’éditorial de Steve Moore au volume 5 des. Fortean
Studies (John Brown Publishing, Londres, 1998, p. 7 ; en p. 6 figurait la
liste des souscripteurs à ce volume dans laquelle on pouvait lire le nom de...
Jean Plantin).
Novembre 1998. Sortie du n° 3 (octobre 1998) de la revue Akribeia.
12 décembre 1998. Le Procureur de la République de Lyon, en la personne
de François Molins, premier procureur adjoint, demande au SRPJ (Service
Régional de la Police Judiciaire) de Lyon de procéder à une enquête
concernant une infraction présumée de « publicité en faveur de revue ou d’ouvrage
interdit dangereux pour la jeunesse malgré interdiction administrative, et
complicité » commise dans les notes de lecture des trois premiers numéros de
la revue Akribeia. En effet, selon lui, « [la] lecture des trois
premiers exemplaires de cette revue laisse apparaître de la publicité, par
voie d’insertions dans la rubrique "notes de lectures", pour un
certain nombre d’ouvrages ou de revues interdites par arrêtés du ministère
de l’intérieur en vertu de l’article 14 de la loi n° 49-956 du 16 juillet
1949 modifiée par la loi du 4 janvier 1967, de proposition, de don, ou de vente
aux mineurs, d’exposition et de publicité par voie d’affiches ou sous l’une
des formes prévues par le même article 14. » La liste de ces « insertions »
est ensuite donnée. Manifestement, ce Molins-là ne semble pas connaître la
signification précise de certains mots, ce qui est assez fâcheux pour un
magistrat.
4 janvier 1999. Le SRPJ de Lyon reçoit du Procureur de la République de
Lyon une note administrative composée de dix-neuf feuillets émanant des
services des Renseignements généraux de Lyon et datée du 17 décembre 1998.
Les huit premières pages sont une sorte d’analyse du contenu du n°3 de la
revue Akribeia. Cet hallucinant et grotesque rapport qui a été diffusé
auprès de la presse régionale et nationale et dont le juge François Berger
est allé jusqu’à reprendre certains arguments dans le texte de son jugement
fait l’objet plus loin d’une rapide analyse.
13 janvier 1999. Vers 11 h 40, le lieutenant Bacconnier téléphone à
Jean Plantin et l’invite à passer dans les plus brefs délais à l’Hôtel
de Police, au 40 de la rue Marius Berliet, dans le 8e arrondissement
de Lyon. Il ne veut pas dévoiler au téléphone les raisons de cette
convocation mais laisse entendre que la revue Akribeia est concernée.
Quelque peu étonné par la manière dont il est « invité », Plantin
manifeste courtoisement son refus de déférer à la moindre convocation et
annonce qu’il attend sereinement la suite des événements.
13 janvier 1999. À 15 h 00, quatre policiers en civil débarquent au
domicile de Jean Plantin. Il s’agit, comme on l’apprendra plus tard, du
commissaire principal de police Philippe Justo, du capitaine de police
Jean-Pierre Ducros et des lieutenants de police Damien Bacconnier et Pierre
Philippe Cartet. Plantin descend ouvrir le portail d’entrée. Le commissaire
Justo joue son petit numéro en exhibant à plusieurs reprises sa carte de
policier et demande à Plantin s’il est prêt à signer un mandat de
perquisition de son domicile. Refus de Plantin qui ne voit pas la moindre raison
ou justification à une telle perquisition. Les quatre policiers le laissent se
changer avant de l’embarquer. À l’arrivée à l’Hôtel de Police de Lyon,
vers 15 h 40, on notifie à Plantin sa mise en garde à vue pour une durée de
24 heures. Le lieutenant Bacconnier procède à un premier interrogatoire
général de Plantin sur, entre autres choses, l’infraction de « publicité
» qui lui est reproché et sur le contenu de la revue Akribeia. Le
prévenu est ensuite conduit dans une cellule de garde à vue. Auparavant il lui
a fallu se déshabiller totalement, ses vêtements étant minutieusement
fouillés et palpés.
14 janvier 1999. Matin. Au terme d’une nuit quasi sans sommeil et l’estomac
creux, Plantin est de nouveau interrogé à 9 h 00 par le capitaine de police
Jean-Pierre Ducros assisté de Muriel Sobry, commissaire de police stagiaire. Le
policier semble croire sincèrement à la dangerosité extrême du
révisionnisme pour la jeunesse. C’est au cours de cet interrogatoire que le
commissaire principal Philippe Justo, faisant irruption dans le bureau de Ducros,
se met à traiter Plantin de « connard », de « truffe », etc. Tout au long
de cette journée, du reste, le prévenu aura droit à des allusions
méprisantes ou ironiques de divers policiers sur ses activités d’éditeur et
sur les opinions qui lui sont prêtées. A l’issue de cet interrogatoire,
Plantin est conduit au service anthropométrique. On lui relève notamment ses
empreintes digitales et on le photographie de face et de profil, tel un vulgaire
criminel de droit commun. Mais c’est ainsi qu’on traite en France les
criminels de la pensée et les déviants de l’esprit. Le matin même, vers 9 h
30, sa mère, âgée de 75 ans, a été interrogée par Bacconnier du fait qu’elle
est gérante de la société d’édition C.H.C.
14 janvier 1999. Après-midi. Plantin est extrait de sa cellule vers 14 h
30. On l’informe qu’on va procéder à une perquisition à son domicile.
Cette perquisition est effectuée par le capitaine Jean-Pierre Ducros, le
lieutenant Damien Bacconnier, le commissaire de police stagiaire Muriel Sobry et
le commandant de police Michel Salager de la Direction régionale des
Renseignements généraux. Cette incroyable perquisition n’a donc pas eu lieu
en présence d’un juge d’instruction comme l’exige le Code de
procédure pénale en matière de presse. L’affaire aura des suites sur le
plan judiciaire. Au cours de la perquisition, Bacconnier, colt à la hanche, en
profite pour mettre sens dessus dessous et sans motif apparent une partie de la
bibliothèque de Plantin ainsi que ses documents d’archives. Il était
évident que les policiers de la pensée voulaient mettre à tout prix la main
sur la liste des abonnés et des clients de la revue Akribeia. Peine
perdue. Ducros, qui dirige les opérations, demande à Plantin de lui indiquer
où se trouvent certains ouvrages interdits tels que les Annales d’histoire
révisionniste, la Revue d’histoire révisionniste, les
Protocoles des Sages de Sion. Concernant les Protocoles, Plantin
répond qu’il ne possède pas ce texte. Faux ! s’écrit triomphalement
quelques minutes plus tard le commissaire stagiaire Sobry qui a en effet
découvert dans les rayons de la bibliothèque l’ouvrage en deux volumes de...
Pierre-André Taguieff sur la question. Au bout du compte, deux ordinateurs d’une
valeur totale d’environ 20 000 F et quatorze disquettes informatiques sont
saisis et placés sous scellés. Les policiers avaient tout de même pu
constater que Plantin n’était pas connecté au réseau Internet. Divers
objets ont disparu au cours de la perquisition, notamment un tampon encreur et
un manuel d’utilisation du logiciel Word 6. De retour de perquisition, le
responsable de la société immobilière qui domicilie le siège social de la
société C.H.C. est prié de passer à l’Hôtel de Police où il sera
interrogé par Muriel Sobry, commissaire de police stagiaire. À 18 h 15, il est
mis fin à la garde à vue de Jean Plantin qui peut regagner son domicile.
15 janvier 1999. Un communiqué de presse est rédigé par « les Amis de
Jean Plantin » à propos de l’interpellation de ce dernier, des conditions
ignominieuses de sa garde à vue, de la perquisition opérée chez lui et de la
saisie de ses outils de travail. Ce communiqué de presse, adressé à plus d’une
trentaine d’organes de presse et placé sur le réseau Internet, se terminait
par ces mots : « Policiers et magistrats qui, de près ou de loin,
participeraient à cette dégradante chasse aux sorcières et qui, notamment,
refuseraient, sous quelque prétexte que ce soit, la restitution immédiate de
ses biens et de ses instruments de travail à ce remarquable chercheur, doivent
savoir que nous rendrons compte de leurs faits et gestes, nommément,
précisément et comme la loi et le bon droit nous autorisent à le faire. » À
la suite de la diffusion de ce communiqué de presse, le Directeur de l’Hôtel
de Police de Lyon reçut, semble-t-il, plusieurs dizaines de lettres ou fax de
protestations de la part de correspondants outragés du monde entier dans les
semaines qui suivirent. Une enquête pour « diffamation envers des
fonctionnaires de la police nationale dans l’exercice de leurs fonctions »
sera même ouverte. Sans suites. On retiendra que seuls quelques rares journaux
se sont faits l’écho du communiqué de presse : Faits et Documents,
Minute, Rivarol, Le Libre Journal.
10 février 1999. Le SRPJ de Lyon reçoit une note signée de Philippe
Caillol, magistrat adjoint au chef du bureau des questions pénales auprès de
la Direction des libertés publiques (sic) relevant du ministère
de l’Intérieur. Cette note fait suite à une demande du 23 décembre
1998 du SRPJ de Lyon. La note de Ph. Caillol comporte notamment cette phrase
ahurissante qui témoigne d’un esprit totalitaire assez inquiétant : « Je
vous précise que cet ouvrage [il s’agit de la revue Revision]
ne pouvant faire l’objet de publicité, le fait de le citer constitue une
infraction à l’arrêté pris par le ministre de l’intérieur, même si
mention de cette interdiction figure dans le texte incriminé. » Plus loin, on
lit cette autre phrase stupéfiante : « De plus, parmi les notes de lecture,
figurent de multiples allusions envers les chambres à gaz, pouvant parfois s’analyser
comme des contestations de crimes contre l’humanité au sens de l’article 24
bis de la loi de 1881 issu de la loi "Gayssot" : à titre d’exemple,
on peut citer en pages 241/242 la note relative à l’ouvrage "De Gaulle
et le génocide des juifs. Le général était-il révisionniste ?",
notamment sa dernière partie (chambres à gaz = bobard de guerre). »
28 février 1999. Article du journaliste-inquisiteur Bernard Fromentin
dans Le Journal du dimanche, en p. 7, sous le titre : « Le parquet de
Lyon débusque un éditeur négationniste. » On y lit avec étonnement que l’enquête
de la police « devrait permettre d’établir pourquoi et comment la revue
visée constituait le nouveau vecteur de la propagande négationniste, maintes
fois condamnée pour avoir contesté l’existence des chambres à gaz dans les
camps de concentration de l’Allemagne nazie. À la lecture des trois premiers
numéros de la revue publiée depuis octobre 1997, il était évident que la
relance du réseau [sic] passait par Saint-Genis-Laval. »
3 mars 1999. Article de Sandrine Boucher dans l’hebdomadaire Lyon
Capitale (n° 212, 3-9 mars 1999, p. 6-7) intitulé : « La mauvaise herbe
négationniste repousse à Lyon. » Ce texte, qui fourmille d’erreurs et d’approximations,
prétend apporter des « révélations » sur le cursus universitaire de Jean
Plantin. Le lecteur apprend ainsi que, aux dires des brillantes personnes qui l’ont
connu au cours de ses études, c’était un étudiant somme toute médiocre,
toujours près du radiateur. Le même jour, 3 mars, la chaîne de télévision
France 3 diffuse vers 19 h 15, dans son journal régional (couvrant l’ensemble
de la région Rhône-Alpes), un reportage de plusieurs minutes sur l’«
affaire Plantin ». On y voit notamment l’inquisiteur de la pensée Fromentin
qui, exemplaire de la revue Akribeia en main, joue sans aucune pudeur le
rôle du procureur devant les caméras. Le reportage est rediffusé le lendemain
vers 12 h 15.
10 mars 1999. Mis en cause dans le précédent numéro de Lyon
Capitale à propos de deux textes publiés dans la revue Terre et Peuple
qu’il dirige, Pierre Vial, professeur à Lyon III, adresse un droit de
réponse à l’hebdomadaire dans lequel il précise qu’il est « en
désaccord avec le négationnisme » (n° 213, 10-16 mars 1999, p. 10).
11 mars 1999. Dans La Voix du Lyonnais, supplément régional
hebdomadaire du quotidien stalinien L’Humanité, on annonce en « une
» une « nouvelle affaire de diffusion de textes niant la réalité des camps
de concentration nazis ». L’article est signé de l’inquisiteur de la
pensée Maurice Moissonnier et finement intitulé : « Le chancre du
négationnisme. » La profondeur de l’analyse se trouve renforcée par un
vocabulaire choisi : « camouflage dérisoire et scandaleux », « perversité
intégrale », « défense des bourreaux », « génocide de l’esprit », «
écrits violemment négationnistes », « ce Jean Plantin », « gâteau
empoisonné », « la Bête », « ultime provocation ». Cette « provocation
» est constituée par le fait que Plantin a l’incroyable audace de résider
à Saint-Genis-Laval, lieu de l’exécution de 120 personnes par l’armée
allemande en août 1944.
23 mars 1999. Un huissier de justice (de l’étude
Laurent-Roudil-Reynaud-Chalançon d’Oullins) vient apporter au domicile de
Jean Plantin une citation à comparaître pour le 22 avril au tribunal
correctionnel de Lyon, 6e chambre. Selon le texte de cette citation, Jean
Plantin est prévenu d’avoir
Fait de la publicité
– En octobre 1997, dans la revue numéro 1 d’AKRIBEIA
1/ sur [sic] le « rapport RUDOLF » rapport d’expertise sur la formation et le contrôle de la présence de composés cyanurés dans les chambres à gaz d’AUSCHWITZ (pages 198 et 199) interdit. par arrêté du Ministre de l’Intérieur en date du 7 avril 1977 [sic, pour 1997] de propositions, dons, ventes aux mineurs ou publicité par voie d’affiche ou sous l’une des formes prévues par l’article 14 de la Loi du 16 juillet 1949.
2/ Pour le livre « Oradour, un demi siècle de mise en scéne (pages 200 et 201) interdit par arrêté du Ministre de l’Intérieur du 2 septembre 1997 de propositions, dons, ventes aux mineurs ou publicité par voie d’affiche ou sous l’une des formes prévues par l’article 14 de la Loi du 16 juillet l949.– En mars 1998, dans la revue numéro 2 d’AKRIBEIA (pages 195, 218 et 219)
1/ Pour la revue d’histoire révisionniste numéro 6 revue interdit par arrêté du Ministre de l’Intérieur du 2 juillet 1990 de propositions, dons, ventes aux mineurs ou publicité par voie d’affiche ou sous l’une des formes prévues par l’article 14 de la Loi du 16 juillet 1949.
2/ Pour la revue « REVISION » pour le prolétariat français interdit par arrêté du Ministre de l’Intérieur du 14 mai [sic, pour juin] 1990 de propositions, dons, ventes aux mineurs ou publicité par voie d’affiche ou sous l’une des formes prévues par l’article 14 de la Loi du 16 juillet 1949.– En octobre 1998, dans la revue numéro 3 d’AKRIBEIA (pages 216, 217, 234)
1/ Pour la revue « Annales d’histoire révisionniste » interdite par arrêté du Ministre de l’Intérieur du 2 juillet 1990 de propositions, dons, ventes aux mineurs ou publicité par voie d’affiche ou sous l’une des formes prévues par l’article 14 de la Loi du 16 juillet 1949.
2/ Pour la « revue d’histoire révisionniste » interdite par arrêté du Ministre de l’Intérieur du 7 [sic, pour 2] juillet 1990 de propositions, dons, ventes aux mineurs ou publicité par voie d’affiche ou sous l’une des formes prévues par l’article 14 de la Loi du 16 juillet 1949. Faits prévus et réprimés par l’article 14 de la Loi 49-956 du 16 juillet 1949.
faits prévus par ART. 14, AL. 1, AL. 3 LOI 49-956 DU 16/07/1949 et réprimés par ART. 14 AL. 6 LOI 49-956 DU 16/07/1949.[Nous avons respecté autant que possible l’orthographe et la typographie du texte de la citation à comparaître.]
15 avril 1999. Livraison par l’imprimeur Bosc du n° 4
(mars 1999) de la revue Akribeia.
21 avril 1999. À la veille du procès de Jean Plantin, le quotidien
stalinien L’Humanité consacre deux pages venimeuses voire haineuses,
sous la plume de Serge Garde, à la revue Akribeia et à son directeur de
publication. Son premier article (annoncé en « une ») met en cause une
prétendue « filière Akribeia », revue dont la publication « n’aurait
jamais été possible sans des complaisances coupables, notamment dans certains
milieux lyonnais, universitaires et judiciaires » (p. 6). La revue Akribeia
y est présentée comme la « quintessence de l’abjection », « imprimée
sans honte par Bosc-France à Oullins ». Le journaliste cite ensuite un passage
du grotesque rapport des R.G. concernant le numéro 3 de la revue Akribeia.
Dans un autre article, il est question des mémoires de maîtrise et de DEA de
Plantin. On y apprend ainsi que le professeur Ladous aurait accordé la mention
« très bien » au mémoire de maîtrise de Plantin (intitulé : Paul
Rassinier (1906-1967). Socialiste, pacifiste et révisionniste) par
humour : « Cette maîtrise était tellement grotesque que je me suis dit que,
après cela, personne ne pourrait plus prendre Rassinier au sérieux. » Pour ce
qui est du mémoire de DEA (intitulé : Les Épidémies de typhus
exanthématique dans les camps de concentration nazis, 1933-1945), les
membres du jury auraient fait en sorte de n’accorder qu’une mention passable
à l’étudiant « pour l’empêcher de soutenir une thèse ». Serge Garde
commente : « [Ceux qui affirment cela] savent pourtant qu’en
1991, à Lyon, les DEA n’étaient assortis d’aucune mention. » Ajoutons
que, cette année-là, les étudiants en DEA d’histoire de Lyon II ne
passèrent ni examen écrit ni examen oral, les notes étant probablement
attribuées à la tête du client.
22 avri1 1999. Le procès de Plantin pour « publicité en faveur de
publications dangereuses pour la jeunesse » se tient à 14 h 00 devant la 6e
chambre correctionnelle du Palais de justice de Lyon. Celui-ci est quadrillé
par de nombreux CRS et policiers en uniforme. Seuls « négationnistes »
présents, au lieu de la horde de néo-nazis attendue : Jean Plantin et son
avocat, maître Pierre-Marie Bonneau, du barreau de Toulouse. Trois
organisations totalitaires se sont portés parties civiles : la LICRA (Ligue
internationale contre le racisme et l’antisémitisme) et le B’nai B’rith-Loge
Enfants d’Izieu (avocat : Alain Jakubowicz) ainsi que SOS-Racisme (avocats :
Marie-Noëlle Fréry, du barreau de Lyon, et Pascal Cherki, du barreau de
Paris). Le procès se déroule de 14 h 15 environ à 17 h 30. Le tribunal est
présidé par le juge François Berger assisté de Mademoiselle Allais et de
Madame Lacroix. Le substitut du Procureur de la République est Jean-Yves
Varaldi. On ne peut pas dire qu’on ait assisté à un procès pour infraction
à l’article 14 de la loi du 16 juillet 1949, le président Berger voulant à
tout prix se faire expliquer par le prévenu le contenu de certaines notes de
lecture et posant un tas de questions sans rapport direct avec l’objet des
poursuites. Les avocats des parties civiles, quant à eux, étaient venus pour
lancer ou poursuivre une campagne médiatique et idéologique contre les
professeurs Régis Ladous et Yves Lequin et, au-delà, contre les universités
Lyon II et Lyon III. Dans leurs filandreuses plaidoiries, ils firent un savant
amalgame entre la revue Akribeia et divers sites Internet « néo-nazis
» (dont Plantin ignorait jusqu’à l’existence) et allèrent jusqu’à
évoquer une tuerie qui venait de se commettre aux Etats-Unis. C’est tout
juste, si Plantin n’était pas accusé d’en être moralement responsable. Au
terme du procès, l’avocat général réclama une peine de prison d’un an
avec sursis et 20 000 F d’amende. « Réquisitions-plafond ou presque »,
comme l’écrira plus tard le journaliste Nicolas Ballet (Le Progrès,
28 mai 1999, p.7). Me Bonneau demandera la relaxe pure et simple de son client.
On notera que, dans ses conclusions, la Licra n’a pas craint d’affirmer que
la Revue d’histoire révisionniste « a été maintes fois condamnées
[sic] pour révisionnisme et provocation à la haine raciale avant d’être
définitivement interdite » (p. 9). Selon l’expression consacrée, plus c’est
gros mieux ça passe.
23 avril 1999. Démission du professeur Yves Lequin de ses fonctions de
directeur du DEA d’histoire moderne et contemporaine à Lyon II. Lequin avait
dirigé en 1991 le DEA de Plantin sur les épidémies de typhus dans les camps
de concentration allemands. « J’ai été piégé il y a huit ans par un
étudiant. Jean Plantin a fait chez moi un travail qui ne pouvait pas être
accusé de négationnisme. Malgré tout, j’ai manqué de vigilance, car être
trompé c’est aussi se tromper. Huit ans après, j’assume », déclare-t-il
(Lyon Matin, 27 avril 1999, p. 5). Parallèlement, l’UNEF-ID,
syndicat étudiant d’extrême gauche, réclame l’annulation des travaux
universitaires de l’ancien étudiant (Lyon Matin, 24 avril 1999,
p. 7).
24 avril 1999. Le président de Lyon III Gilles Guyot indique qu’une
enquête administrative est en cours concernant les conditions de soutenance du
mémoire de maîtrise de Jean Plantin.
27 avril 1999. Démission du professeur Régis Ladous de la direction du
DEA d’histoire religieuse de Lyon III qu’il devait prendre en charge à la
rentrée 1999. Le Pr Ladous avait attribué une mention « Très bien » au
mémoire de maîtrise d’histoire soutenu par Jean Plantin en juin 1990 à Lyon
III et consacré à Paul Rassinier, fondateur du révisionnisme.
30 avril 1999. Le bulletin d’informations politiques Prospective
Rhône-Alpes publie un entretien avec Yves Lequin (propos recueillis par l’inquisiteur
Fromentin). Celui-ci y déclare notamment que la succession des affaires à
caractère révisionniste dans les universités de Lyon « justifie la création
d’une commission d’historiens dont les travaux permettraient d’éclairer
les conditions et les modalités de cette récurrence sur le terrain lyonnais
».
Dans un autre entretien publié début mai dans le mensuel Lyon Mag’ (n°
81, mai 1999, p. 14), Lequin déclare que « Plantin est un falsificateur qui
venait chercher à l’université une caution », qu’il « trouvait bizarres
les sujets auxquels [il] s’intéressait », que « Plantin
avançait masqué », que son mémoire de maîtrise « est plus que suspect »
et qu’il « faut mener une action de fond » « pour se débarrasser de cette
peste ». Pour finir, il s’agit d’« engager une réflexion pour trouver des
moyens efficaces de débusquer les négationnistes ».
Dans le même numéro de Lyon Mag’, on apprend (p. 14) que le cercle
Marc-Bloch, « regroupant des universitaires et des syndicalistes qui luttent
contre le négationnisme », s’en prend vivement à Yves Lequin qui «
franchit les bornes de la décence » en proposant la création d’une
commission à la suite de l’affaire Plantin.
Signalons que l’entretien de Lequin était précédé d’un court chapeau
dans lequel la revue informait ses lecteurs, un mois à l’avance, de la
condamnation de Plantin à un an de prison avec sursis et 20 000 F d’amende !
Le même jour, 30 avril, la presse fait mention d’un communiqué de Bruno
Gollnisch, secrétaire général du Front national (lepéniste), dénonçant «
l’épuration hystérique » et « la police de la pensée » après les
poursuites judiciaires contre Jean Plantin. « Je n’ai jamais entendu parler
avant tout cela de M. Plantin ni de sa revue, mais depuis que le procureur de la
République a requis l’emprisonnement de son auteur, je ferai tout pour la
lire par protestation contre la police de la pensée qui sévit dans un pays
autrefois le plus libre du monde », estime M. Gollnisch. « En ces temps
incertains, on finit toujours par être le "révisionniste" de quelqu’un.
On attend la démission du coiffeur de M. Plantin, de son dentiste », a-t-il
ajouté (Lyon Figaro, 30 avril 1999, p. 4).
6 mai 1999. Annonce de la parution du numéro 4 de la revue Akribeia
par la presse régionale. « Avec cette nouvelle livraison, l’éditeur
lyonnais, âgé de 33 ans, pourrait être poursuivi sur le fondement de la loi
Gayssot de 1990 qui punit le délit de contestation de crime contre l’humanité
de 300 000 francs d’amende et/ou 5 ans [sic, en fait un an] d’emprisonnement
» (Nicolas Ballet, « Révisionnisme : Plantin persiste et signe », Le
Progrès, p. 5).
Conférence de Nadine Fresco sur Paul Rassinier à 19 h 30 à l’IUFM (Institut
universitaire de formation des maîtres) de Lyon (4e arrondissement). Elle y
reprend certains des arguments développés dans son ouvrage intitulé
Fabrication d’un antisémite (Le Seuil, Paris, 1999) dans lequel elle
tentait vainement de démontrer que Rassinier, fondateur et pionnier du
révisionnisme historique en France, n’avait jamais été rien d’autre qu’un
abominable antisémite.
12 mai 1999. Une réunion publique pour faire le point sur l’affaire
Plantin se tient à Lyon III à l’instigation du syndicat étudiant UNEF-ID et
en collaboration avec l’UEJF (Union des étudiants juifs de France) et SOS
Racisme. « Plantin ne doit plus bénéficier d’une caution scientifique, il
faut rayer ses diplômes », ont demandé associations et syndicats d’étudiants
(Lyon Figaro, 14 mai 1999, p. 3). À la suite de cette réunion, le
directeur et un groupe d’historiens du Centre Pierre-Léon, centre d’histoire
économique et sociale (CNRS, Lyon II), diffusent la déclaration suivante :
1. Nous nous associons pleinement à l’émotion générale suscitée par la révélation de l’obtention en 1990 et 1991 par le futur éditeur négationniste Plantin, d’une reconnaissance universitaire à Lyon III et Lyon II.
2. Nous prenons acte des conséquences qu’en ont tirées nos collègues Régis Ladous et Yves Lequin en démissionnant de la direction de leur Dea respectif. Nous regrettons que ces démissions ne soient pas accompagnées de la reconnaissance publique plus nette d’une faute professionnelle grave : Régis Ladous, en attribuant une maîtrise dont le contenu révélait clairement les sympathies négationnistes de l’auteur. Yves Lequin en acceptant sans précaution un sujet de Dea qui apparaît, faute de pouvoir lire un mémoire malheureusement non conservé, pour le moins suspect.
3. Nous rejetons tous les amalgames qui tendraient à confondre cette négligence avec une complaisance avec des idées négationnistes dont nos collègues ne sont pas soupçonnables. Ces amalgames ne peuvent servir que les véritables négationnistes qui prospèrent à l’université Lyon III.
4. Nous rappelons qu’il n’existe pas de sujet interdit en histoire. Il reste plus que jamais nécessaire de continuer à travailler sur l’histoire du Génocide pour préciser, face aux mensonges des négationnistes, les conditions de l’extermination par les nazis de six millions de juifs européens. Ces recherches doivent s’accompagner de précautions méthodologiques qui n’ont malheureusement pas été prises avec l’étudiant Plantin.
5. Nous souhaitons que cette affaire débouche sur une réflexion approfondie sur les pratiques de choix, suivi, et soutenance des sujets de recherche donné aux étudiants de maîtrise et de Dea.
6. Nous soutenons pleinement la demande de création d’une commission pluridisciplinaire nationale d’enquête.
Dans Le Progrès, la journaliste Nathalie Avril cite quelques extraits d’une lettre ouverte adressée aux médias par le professeur Régis Ladous. D’après Lyon Capitale, cette lettre avait été envoyée le 30 avril (5-11 mai 1999, p. 10). Lyon Figaro (supplément régional au quotidien national Le Figaro) est le seul, à notre connaissance, à avoir donné le texte intégral de cette lettre (12 mai 1999, p. 2). Le voici :
Depuis l’ouverture de poursuites judiciaires contre le dénommé Plantin, je suis présenté comme l’un des artisans actifs du révisionnisme universitaire pour avoir dirigé le mémoire de maîtrise de ce monsieur voilà bientôt dix ans. À cette première accusation s’ajoute celle d’être un irresponsable qui récompenserait des travaux qu’il jugerait grotesques. Dans ces conditions, j’ai accepté, à la demande du président de l’Université Lyon III, de renoncer à la direction du DEA d’histoire religieuse uniquement pour pouvoir m’exprimer tout à fait librement.
Je me permets donc de rappeler un engagement ancien et permanent contre le révisionnisme. J’avais la faiblesse de croire cet engagement plus connu. Dès avril 1990, j’ai, avec mes collègues d’histoire contemporaine de Lyon III, clairement marqué ma réprobation face aux écrits de Bernard Notin. Trois ans plus tard, j’ai récidivé, avec mes collègues, dans une tribune libre du « Monde » intitulée l’historien et les falsificateurs (« Le Monde », 9 avril 1993). J’ai aussi témoigné en justice à la demande de Pierre Vidal-Naquet dans un procès qui lui était fait par Bernard Lugan dont on m’accuse aujourd’hui d’être un proche.
Toutes ces prises de position publiques auraient dû, croyais-je, me mettre à l’abri de dénonciations ou d’insinuations intolérables qui relèvent de la diffamation.
En ce qui concerne le mémoire de maîtrise du dit Plantin, consacré à « Paul Rassinier : socialiste, pacifiste et révisionniste » [ici une coupure du journal, sans omission semble-t-il, qui ajoute : consultable à la bibliothèque de la Faculté des Lettres de l’université Lyon III], tout lecteur attentif verra que, malgré ce qu’est devenu son auteur et la façon dont on le lit à la lumière du présent, le mémoire n’est pas, contrairement à ce qui a été écrit, un « panégyrique » de Rassinier mais un travail référencé comme doit l’être une maîtrise, certes peu mis en perspective mais d’une prudence affichée, où les citations scandaleuses sont celles de Rassinier. D’ailleurs, soucieux de lever les ambiguïtés d’une trop grande neutralité, j’ai exigé avant soutenance que ce candidat affirme dans une nouvelle conclusion, plus nettement que dans la précédente, que la démarche de Rassinier n’avait rien de scientifique ni d’historique, ce qu’il a fait. À partir de là, je n’ai plus eu aucun contact avec lui et il était loisible à chacun, et en particulier à mon expérimenté collègue d’une université voisine qui a dirigé son DEA de se faire aisément par lui-même une opinion sur les risques que pouvait représenter un sujet encore plus sensible. Plantin a en effet consacré son DEA aux épidémies dans les camps de concentration, sujet qu’il m’a proposé mais que j’ai refusé. Contrairement à ce qu’on a pu lire, ce sont donc bien les thèses de Rassinier que je considère comme grotesques et non pas le travail incriminé qui est, objectivement, une démonstration du caractère délirant des assertions de Rassinier et qui ne peut donner prise, seul, à une accusation de révisionnisme.
Néanmoins, l’historien que je suis regrette qu’il devienne impossible de mener des recherches scientifiques sur l’histoire du racisme, du négationnisme et de l’extrême droite lorsque l’on confond systématiquement la direction de recherche sur des idées scandaleuses et l’adhésion à ces idées. Je crois que ces études sont la meilleure façon de démonter la perversité de ces raisonnements et de mettre en garde contre leurs effets nuisibles. Je crois aussi, qu’associée à la démonstration scientifique, la dérision est, face à des thèses grotesques, une arme plus efficace que les indignations vertueuses et la mise en interdit de sujets qui deviennent ainsi la propriété exclusive et. sans contrôle des partisans de ces doctrines néfastes.
Ce texte appelle au moins une rectification de détail. Ce n’est pas avant mais après la soutenance que le professeur Ladous a demandé à Jean Plantin de modifier sa conclusion et cela pour des raisons qui n’ont jamais été clairement précisées à ce dernier. Qui plus est, c’est le texte de la première conclusion, croyons-nous, qui se montre le plus sévère pour Rassinier et non le second. Voici en effet un court extrait de la première conclusion :
L’analyse que nous avons présentée des travaux historiques de Rassinier ne rend sans doute pas compte de tous leurs aspects. Néanmoins, elle montre clairement les insuffisances, d’ailleurs manifestes, de l’oeuvre de Rassinier. Celui-ci, suivant des méthodes contestables et, à vrai dire, assez peu universitaires [note], a laissé de côté d’innombrables témoignages et dépositions de déportés et d’anciens membres des services de sécurité de l’Allemagne national-socialiste [note]. Il est significatif, d’autre part, que Rassinier ait si peu parlé des camions à gaz et des redoutables Einsatzgruppen. Faut-il voir là comme un reflet du faible nombre de travaux consacrés à ces questions et, plus particulièrement, de la pauvreté de l’historiographie française sur le national-socialisme ? [note] Enfin, parmi les quelques documents et témoignages étudiés par Rassinier, il est frappant de constater qu’i1 semble avoir choisi à dessein ceux qui possédaient le moins de valeur.
[Suivaient quelques exemples de ces documents et témoignages : ceux de Miklos Nyiszli, Kurt Gerstein, Rudolf Höss. En fin de conclusion était abordé le problème du faux témoignage avec plusieurs citations d’auteurs au-dessus de tout soupçon : Shmuel Krakowski, Germaine Tillion, Pierre Vidal-Naquet, Jean Stengers, Henry Rousso, Olga Wormser-Migot, Michel de Boüard, Yosef Hayim Yerushalmi.]
13 mai 1999. Prospectives Rhône-Alpes annonce la publication du n° 4 d’Akribeia sous le titre : « La revue négationniste Akribeia persiste, signe et indigne » (n° 520, p.2, article non signé). Il s’agit, pour dire la vérité, d’un pur concentré de discours censorial.
[…]
La lecture de la dernière livraison de la revue lyonnaise Akribeia inspire la nausée. L’éditeur Jean Plantin y apparaît encore comme le traducteur et comme le propagandiste de réseaux tout à fait structurés, d’une menaçante « internationale brune » comptant des auteurs en France, en Italie, comme aux États-Unis. Ces réseaux sont capables de collecter les fonds nécessaires à la réalisation de telles revues, offrant apparemment toutes les garanties du sérieux documentaire. Les démocraties doivent leur opposer leur état de droit, sans faiblesse, ni lassitude, ni emportement, éventuellement jusqu’à la saisie ou au retrait de la vente. Car ces revues peuvent troubler des esprits faibles. Elles sont d’ailleurs faites pour cela.
À l’intérieur des universités de la République, il conviendrait dès maintenant d’envisager des sanctions professionnelles envers les auteurs d’enseignements ou de travaux à caractère négationniste, comme l’annulation des diplômes indûment délivrés par ceux-ci, par des négligents ou par des irresponsables. La respectable indépendance des universitaires doit avoir une limite dessinée par le bon sens et par la Loi. Hors les amphi- théâtres, cela doit aller, comme aujourd’hui, jusqu’aux poursuites engagées en application des textes sur la protection des personnes et des groupes. La France n’en manque heureusement pas. Si l’on estime que la chose jugée doit y conserver une autorité, mieux vaut alors ne pas se tromper de cible.
18 mai 1999. La presse annonce la création par l’université
Lyon II d’une commission pluridisciplinaire qui sera chargée de «
développer les questions que posent le négationnisme et d’analyser, à
partir de l’exemple lyonnais, les relations du négationnisme avec le monde
universitaire ». Elle devra organiser une journée d’études à l’automne
1999, puis un colloque international en 2000. Cette commission sera constituée
d’historiens, de linguistes, de sociologues, de philosophes et de militants,
certains membres de Lyon II, d’autres non. Par ailleurs, le président de Lyon
II Gelas charge l’historien Bernard Comte « d’établir une chronologie
exhaustive de tous les faits qui, depuis l’affaire Faurisson, ont mis d’une
manière ou d’une autre l’université lyonnaise en contact avec les
négationnistes ».
20 mai 1999. L’inquisiteur de la pensée Bernard Fromentin passe à la
Librairie Lyonnaise et justifie les poursuites judiciaires intentées contre
Plantin et les divers ennuis qu’il a dû subir depuis plusieurs mois. « Il l’a
bien cherché », finit-il par lâcher à bout d’arguments lors d’une brève
conversation avec le responsable de la librairie.
21 mai 1999. Un conseil d’administration se tient à l’université
Lyon II où il est beaucoup question de l’affaire Plantin. L’UNEF-ID y a
posé trois questions. Tout d’abord, les étudiants ont souhaité que le
conseil d’administration demande la saisine de la section disciplinaire pour
les deux professeurs qui ont suivi le DEA de Plantin. Cette proposition a obtenu
quinze voix « pour », zéro « contre » et vingt-deux abstentions. Deuxième
chose, « le conseil d’administration interpelle le secrétaire général de l’université,
sous couvert du président, sur l’entame [sic] d’une
procédure visant à annuler le DEA de Jean Plantin. La disparition du mémoire
empêchant toute vérification scientifique, une enquête administrative doit
être menée pour déterminer les modalités dans lesquelles ce DEA a été
délivré, sur la base du procès-verbal de ce DEA. » Cette deuxième
proposition a été acceptée avec trente voix « pour », zéro « contre » et
huit abstentions. Troisième exigence : que le conseil d’administration de
Lyon II demande au ministère de l’Education nationale la création d’une
commission permanente, scientifique et pluridisciplinaire, « une commission aux
frontières plus larges que celle de Lyon II, pour assurer un suivi effectif des
problèmes négationnistes à l’université ». Proposition adoptée par
trente-six membres (zéro « contre » et trois abstentions) (Lyon
Figaro, 22 mai 1999, p. 5).
23 mai 1999. Publication dans Le Journal du Dimanche d’un
article de l’inquisiteur de la pensée Bernard Fromentin. Ce texte, qui
contient un nombre ahurissant d’erreurs, est intitulé : « Lyon et les facs
de la honte » (p. 10). Le grotesque rapport des R.G. concernant la revue
Akribeia y est tout bonnement qualifié de « pièce essentielle du dossier
».
25 mai 1999. Un rassemblement, très clairsemé aux dires de la
presse, a lieu place Bellecour, à Lyon, contre la « multiplication des
affaires de négationnisme dans les universités lyonnaises » et contre la
venue, dans la soirée, de Jean-Marie Le Pen pour un meeting du Front national.
27 mai 1999. Le tribunal correctionnel de Lyon rend son jugement contre
Jean Plantin. Ce dernier est condamné à six mois d’emprisonnement avec
sursis et à 10 000 francs d’amende. Par ailleurs le tribunal ordonne la
confiscation des divers objets saisis (les disquettes et les deux ordinateurs d’un
montant total supérieur à 20 000 F). Il devra en outre payer à chacune des
trois organisations totalitaires-parties civiles la somme de 10 000 F à titre
de dommages-intérêts plus la somme de 3 000F pour frais d’avocat. À cela s’ajoutent
divers dépens de procédure. Au total, si l’on prend en compte la valeur des
deux ordinateurs, l’addition se monte à plus de 70 000 F ! Et nul «
intellectuel » ou historien en France (à l’exception du Lyonnais Bruno
Gollnisch) pour protester contre cette décision de justice sans précédent.
Sur Ie fond, le tribunal a tout de même relaxé Plantin pour les deux notes de
lecture concernant Le Rapport Rudolf et Le Massacre d’Oradour de
Vincent Reynouard, les arrêtés pris contre ces deux ouvrages n’interdisant
pas la « publicité » en leur faveur. Le point essentiel, si l’on peut dire,
du texte du jugement tient dans le passage suivant :
Contrairement à ce que soutient la défense, la citation de ces écrits dans les notes de lecture de la revue AKRIBEIA, ouvrage manifestement destiné à une diffusion auprès du public, que ce soit par abonnements ou par la distribution en librairie, constitue la publicité au moyen d’annonces ou d’insertions publiées dans la presse prévue et réprimée par l’article 14 de la Loi du 16 juillet l949, dans la mesure où l’activité même de Jean PLANTIN avait pour objet de rendre ses écrits publics.
De toute évidence, il s’agit là d’un grossier
détournement de la loi de 1949, détournement. jugé naturellement « très
satisfaisant » par SOS Racisme (Lyon Capitale, n° 225, 2-8 juin
1999, p. 2).
Plus loin, justifiant la recevabilité des trois organisations totalitaires s’étant
portées parties civiles, le texte du jugement déclare ce qui suit, reprenant
sans vergogne certains arguments d’un grotesque rapport des R.G. concernant le
n° 3 de la revue Akribeia :
Les agissements de Jean PLANTIN, directeur de la publication de la revue AKRIBEIA, qui, sous couvert d’examen scientifique de faits historiques, à l’aide de méthodes d’apparence objective, ouvre ses pages à des auteurs négationnistes ou révisionnistes, présente une bibliographie comportant les noms d’auteurs révisionnistes mêlés à ceux d’historiens, de chercheurs ou d’écrivains renommés pour donner l’impression d’un travail historique et scientifique sérieux, et souligne l’intérêt d’ouvrages frappés d’interdiction, compte tenu de leur caractère antisémite, raciste, de ce qu’ils font l’apologie du génocide en incitant à la haine raciale, causent un préjudice personnel et direct aux parties civiles, préjudice qui ne se confond pas avec celui dont le Ministère Public demande réparation.
Le même jour est diffusé un communiqué de Bruno Gollnisch intitulé : « Plus de libertés à Moscou qu’à Lyon. » En voici le texte, non dénué d’erreurs et de contradictions :
La scandaleuse condamnation de M. Plantin par un tribunal pénal appliquant les lois liberticides de la police de la pensée démontre, s’il en était. besoin, que le champ des libertés publiques ne cesse en France de se restreindre.
Le prétexte de cette condamnation pour délit d’opinion, à savoir la loi protégeant la jeunesse, est particulièrement grotesque, quand on utilise cette loi pour fixer de manière obligatoire le discours des historiens, et que les publications vantant les perversions pédophiles ou zoophiles s’étalent à la devanture des kiosques. On en veut à M. Plantin d’avoir écrit sur Rassinier, considéré comme l’un des premiers révisionnistes. Paul Rassinier était un résistant authentique, déporté, et député socialiste. La raison pour laquelle le stalinien Gayssot a pris l’initiative de la loi en vertu de laquelle M. Plantin est condamné, c’est que Rassinier estimait que dans les camps de déportés, les Kapos communistes étaient parfois pires que les SS. Toute vérité n’est pas bonne à dire. Il est tout de même navrant de constater qu’à l’aube de l’an 2000, il y a aujourd’hui plus de libertés à Moscou qu’à Lyon.
28 mai 1999. La plupart des quotidiens régionaux et
nationaux annoncent la condamnation de Plantin en écrivant, reprenant
probablement les termes d’une même dépêche de presse, que Plantin avait «
fait état, dans sa revue, d’ouvrages interdits » (Le Figaro,
Libération, L’Humanité, Le Dauphiné libéré, etc.).
29 mai 1999. Sous la plume de Claude Francillon, son correspondant
régional, le quotidien Le Monde rend compte, pas trop malhonnêtement
dans l’ensemble, du verdict du 27 mai. Il est un point de son article sur
lequel il convient toutefois de revenir brièvement. Le journaliste écrit en
effet que, « lorsqu’il a été mis en cause, Jean Plantin s’est prévalu d’une
formation d’historien acquise au sein des universités lyonnaises ». Quelques
jours plus tard, dans le bimensuel « catholique » Golias, l’inquisiteur
de la pensée Francis Serra écrira carrément que « Jean Plantin se vante d’avoir
soutenu une maîtrise sur Paul Rassinier ». Pour dire la vérité, Plantin ne s’est
jamais vanté de rien du tout, il a seulement mentionné son niveau d’études
au policier qui l’interrogeait à ce sujet. D’autre part, il n’a jamais
fait état ou étalage, dans les pages de sa revue Akribeia, de ses
diplômes universitaires, peaux d’ânes auxquels il n’attache guère d’importance.
Le mensuel Lectures Françaises de juillet-août 1999, tirant de toute
évidence ses informations de la presse serve, écrit également que, devant le
tribunal, « Jean Plantin a eu beau évoquer sa mention très bien pour son
mémoire de maîtrise (sur Paul Rassinier), ou son travail de DEA sur les
maladies épidémiques dans les camps de concentration, rien n’y a fait »
(p.45). Bien entendu, c’est pure invention.
31 mai 1999. Jean Plantin fait appel de sa condamnation sur l’ensemble
du jugement (pénal et civil). Cet appel est annoncé le 11 juin par la presse
locale (Le Progrès et Lyon Figaro).
2 juin 1999. L’hebdomadaire Lyon Capitale annonce (n° 225, 2-8
juin 1999, p.2) que l’organisation totalitaire SOS Racisme s’apprête à
porter plainte contre Plantin pour le contenu du n° 4 d’Akribeia.
La journaliste Sandrine Boucher écrit :
SOS Racisme qui fut, comme les autres associations, un peu à la remorque des premières poursuites lancées à l’initiative du parquet de Lyon, n’entend pas se faire chiper la vedette cette fois-ci. D’autant plus que la relative rapidité de son action permet, contrairement au ministère public qui fut « coincé » par la prescription des faits, d’attaquer, dans le délai de trois mois imparti, l’éditeur sur le fondement de la loi Gayssot. Ce texte, arme classique contre le négationnisme, réprime la contestation du génocide d’un an d’emprisonnement et 300 000 francs d’amende maximum.
[L’article fait ensuite allusion au mémoire de DEA de Plantin et ajoute que] le mystère du contenu de [sic] DEA disparu sera peut-être prochainement levé : Marie-Noëlle Fréry, avocate de SOS Racisme, espère en effet que le mémoire a été archivé dans le matériel informatique saisi par la police chez Jean Plantin et désormais confisqué par la justice.
3 juin 1999. Vers 9 h 30. Jean Plantin reçoit un appel
téléphonique du lieutenant de police Bacconnier qui lui demande de passer dès
que possible à l’Hôtel de Police. Il sait déjà que le n° 4 de la revue
est concerné. Faute de transport en commun (du fait d’une grève), il
téléphone à l’Hôtel de Police pour dire qu’il ne viendra que le
lendemain.
4 juin 1999. 9 h 50. Plantin arrive à l’Hôtel de Police où il est
reçu par l’officier de police Daniel Mounicq qui lui notifie son placement en
garde à vue. La police souhaite l’entendre sur plusieurs points : les deux
articles de Mark Weber sur Buchenwald et Bergen-Belsen et trois notes de
lecture. Plantin refuse de répondre à la moindre question et refuse également
de signer le moindre procès-verbal. Vers 10 h 30, le commissaire principal
Philippe Justo, celui-là même qui l’avait traité de « connard » et de «
truffe » le 14 janvier lors d’une précédente garde à vue, l’aperçoit
depuis son bureau et lance d’une voix forte à la cantonade : « Fasciste !
», puis : « Il faut le tuer ! », et encore : « Tuez-le ! » Il s’ensuit
une brève altercation à l’issue de laquelle Justo souhaitera notamment que
Plantin soit condamné cette fois-ci à de la prison ferme et qu’il soit
soumis à un examen psychiatrique. Plantin est ensuite emmené dans une cellule
de garde à vue après avoir dû se déshabiller totalement pour la fouille de
ses vêtements.
L’après-midi, nouvelle séance d’interrogatoire par le policier Éric
Mazancieux. Même refus de Plantin de répondre et de signer. Dans le même
temps, Justo s’est rendu avec d’autres policiers à l’imprimerie Bosc,
probablement pour connaître la date exacte de livraison du n° 4 et le nombre d’exemplaires
imprimés. On apprendra le 7 septembre que l’imprimeur a lui-même fait l’objet
de poursuites de la part du Parquet. Vers 17 h 30, Plantin est reconduit dans sa
cellule où il passera la nuit.
5 juin 1999. Matin. Nouvelle séance d’interrogatoire de Plantin par le
lieutenant Cartet. Même refus de répondre et de signer. Le gardé à vue est
finalement relâché à 9 h 45.
7 juin 1999. Publication dans Le Progrès de Lyon d’une «
tribune libre » du sycophante communiste Didier Daeninckx (une lettre de ce
dernier était jointe aux conclusions de l’organisation totalitaire SOS
Racisme – lors du procès pour « publicité » – qui attestait que la revue
Akribeia était bien vendue dans une librairie parisienne). Intitulé «
Quand Lyon perd ses facultés », cet article signale que des journaux
étrangers comme El Païs en Espagne ou L’Indice en Italie se
seraient fait l’écho de l’affaire Plantin et du scandale qu’elle a
suscité au sein des universités lyonnaises. L’auteur prétend que Plantin
adopte les positions de Rassinier dans son mémoire consacré à ce dernier. Il
va jusqu’à parler, sans rire, de « l’insoutenable violence antisémite »
de ce texte.
10 juin 1999. Publication dans l’hebdomadaire communautaire Tribune
juive d’un article de Sylviane Oling (née le 27juillet 1951 à Oullins,
vice-présidente de la loge B’nai B’rith-Enfants d’Izieu) sur l’affaire
Plantin. L’article, qui contient le lot habituel d’erreurs et d’approximations
sur le sujet, figure sous la rubrique « haine raciale » et reproduit en
couleur la couverture du n° 3 de la revue Akribeia.
12 juin 1999. Le bimensuel « catholique » Golias de mai-
juin (n° 66) commence à être vendu en kiosque. Il contient un dossier de dix
pages sur l’affaire Plantin (annoncé dès le 10 juin par Lyon Figaro)
rédigé par Francis Serra et Christian Terras. À côté de ces deux esprits
étriqués et authentiques grands maîtres-inquisiteurs de la pensée, les
censeurs Moissonnier et Fromentin feraient presque pâle figure. Le ton de leurs
articles est venimeux et plein d’une hargne fort peu chrétienne.
Le premier article (de Serra) rend compte du procès du 22 avril. Akribeia
y est qualifiée au passage de « dernière née des revues antisémites » et
de « torchon négationniste ». Plantin, personnage éminemment insignifiant,
est tout bonnement présenté comme étant « au centre d’un réseau
négationniste international ».
Le deuxième article (de Terras) est consacré au mémoire de maîtrise de
Plantin (sur Rassinier). Des extraits en sont cités et l’ancien étudiant est
même carrément accusé d’avoir falsifié la biographie de l’ancien
déporté révisionniste en raison d’une confusion commise entre deux procès
(le premier intenté par Rassinier pour diffamation et le second intenté,
contre Rassinier pour diffamation également), confusion qui ne dissimulait d’ailleurs
pas le fait essentiel, à savoir que Rassinier avait écrit sous un pseudonyme
dans l’hebdomadaire Rivarol.
Le troisième article est d’une certaine manière le plat de résistance. Il s’agit
d’un entretien avec le professeur Régis Ladous dont le titre (« On s’est
planté ! ») reprend une remarque finaude de l’universitaire. Celui-ci
déclare notamment que Plantin est « un indécrottable » et qu’à l’époque
de son mémoire de maîtrise, « c’était un gamin qui faisait plus pitié qu’autre
chose ». Évoquant un autre étudiant, il n’hésite pas à affirmer que c’était
« un garçon complètement allumé ». Il tente de justifier les soutenances,
à la fin des années 1980 et au début des années 1990, de plusieurs mémoires
« controversés » en les présentant comme une espèce d’improbable «
expérience pédagogique », ce que semblent infirmer les témoignages de
plusieurs de ses anciens étudiants. Cet entretien comporte de nombreux propos
assez étonnants dans la bouche d’un universitaire. En voici quelques
échantillons : « En tout cas chez nous [c’est-à-dire à Lyon III],
Jean Plantin n’aurait pas eu son DEA, je vous le garantis » ; « [les
responsables de Lyon II] sont des types qui fonctionnent sur le mode de type
secte », « Paul Rassinier a "pété les plombs" à un moment de sa
vie », « il a complètement disjoncté par la suite », etc.
Viennent ensuite un article sur le mémoire de maîtrise d’un ancien étudiant
concernant Le Thème de la race dans l’« Émancipation nationale »,
un autre sur Yves Lequin et sur le mémoire introuvable de DEA de Jean Plantin,
un autre sur la sortie du quatrième numéro de la revue Akribeia (Golias
en profite pour livrer à ses lecteurs l’adresse personnelle de Jean Plantin)
et un dernier sur la mission confiée à l’universitaire Bernard Comte de
rédiger une chronologie des événements liés au révisionnisme dans les
universités lyonnaises depuis une vingtaine d’années.
12-13 juin 1999. Dans la nuit du 12 au 13 juin, la bibliothèque
interuniversitaire de Lyon II et de Lyon III est ravagée par un incendie d’origine
indéterminée (à ce moment-là) qui détruit les trois quarts des ouvrages et
des revues du fonds.
17 juin 1999. Publication intégrale dans le quotidien Présent d’un
texte de l’AFP résumant l’affaire Plantin et signé de François Bougon. On
y apprend par exemple que Régis Ladous n’a pas participé à une réunion
avec des étudiants à propos de l’affaire parce que son « état physique et
moral » se dégraderait de jour en jour, selon l’un des organisateurs de
cette réunion. D’autre part, le texte signale l’existence d’une
déclaration de soutien à R. Ladous intitulée Non à l’amalgame qui
dénonce au passage le « monde sectaire du négationnisme » et affirme que «
l’existence de sujets d’étude tabous ne peut aboutir qu’à figer la
réflexion ». Cette déclaration a été approuvée par les universitaires
Maurice Agulhon, Jean-Claude Beaune, Marc Ferro, Pierre Gire, Jean-Marie Mayeur,
Lionel Moutot, Pierre Pierrard, Pierre-André Taguieff et Pierre Vidal-Naquet
(lequel tient à préciser qu’il n’aurait pas accepté Plantin à
soutenance). Fin août, le nom d’Émile Poulat viendra s’ajouter à cette
liste. (Ces précisions concernant les noms des signataires ne figuraient pas
dans le texte de l’AFP.)
19 juin 1999. Après avoir trouvé un avis d’huissier dans sa boîte
aux lettres, Plantin passe à la mairie de Saint-Genis-Laval où on lui remet
une citation à comparaître – qui n’a pas respecté le délai de vingt
jours prévu par la loi de 1881 – devant le tribunal correctionnel de Lyon. Il
est cité par l’organisation totalitaire SOS Racisme qui a porté plainte en
vertu de l’article 24bis de la loi du 29 juillet 1881. L’organisation, dont
les statuts ne prennent d’ailleurs pas en compte la contestation de crimes
contre l’humanité, lui fait grief de quatre notes de lecture (entre
parenthèses, le principal point incriminé) : la première sur un ouvrage de
Cedric Martel (des guillemets sacrilèges ont été mis à l’expression «
solution finale de la question juive »), la deuxième sur un ouvrage de Mark
Weber (le texte de ce dernier se permet de critiquer le procès de Nuremberg),
la troisième sur un texte de Samuel Crowell (il y aurait eu des rumeurs pendant
la seconde guerre mondiale, y compris dans les camps de concentration), la
quatrième sur Le Bulletin trimestriel de la Fondation Auschwitz (l’expression
« selon l’histoire officielle » a été employée).
1er juillet 1999. La 6e chambre correctionnelle du tribunal de Lyon,
présidée ce jour-là par le juge-historien François Berger, renvoie le
procès au mardi 7 septembre 1999. À la sortie du tribunal, un certain Bruno
Amsellem, photographe à l’hebdomadaire Lyon Capitale, tente de prendre
Plantin en photo malgré l’opposition manifeste et vigoureuse de ce dernier.
Un policier en uniforme du Palais de justice doit intervenir pour séparer les
deux protagonistes.
2 juillet 1999. Le Progrès de Lyon annonce que le Parquet de Lyon
va poursuivre Plantin pour le n° 4 de la revue Akribeia.
21 juillet 1999. Selon la presse locale, l’incendie de la bibliothèque
interuniversitaire de Lyon pourrait être d’origine criminelle, des traces d’hydrocarbures
ayant été retrouvées par les experts près du départ du feu (Le
Progrès, 21 juillet 1999, p. 7 ; Lyon Figaro, 22 juillet 1999, p.
4). Prudente, la presse locale n’établit aucun lien avec l’affaire Plantin.
28 juillet 1999. Plantin passe chercher à l’étude d’huissiers
Laurent-Roudil-Reynaud-Chalançon d’Oullins une citation à comparaître du
Parquet pour le 7 septembre 1999. On lui reproche divers passages des deux
articles de Mark Weber sur les camps de Buchenwald et de Bergen-Belsen (l’historien
révisionniste américain a eu l’audace d’affirmer en effet qu’il n’y
avait pas eu de chambres à gaz dans ces deux camps) ainsi que trois notes de
lecture (sur des ouvrages ou des textes de Martel, Weber et Crowell).
7 septembre 1999. Procès. Plantin, non comparant, était représenté
par Maître Éric Delcroix. Aux dires de divers observateurs, ce procès a été
digne à certains égards et toutes proportions gardées des tristement
célèbres procès de Moscou. Contrairement aux usages qui veut qu’un avocat
venu de l’extérieur passe en premier, le procès ne débutera qu’à 16 h
00. Des motifs fallacieux de procédure sont invoqués. Chose qui ne s’était
sans doute jamais vue jusqu’à présent en matière de révisionnisme, l’imprimeur
de la revue Akribeia avait également fait l’objet de poursuites sur le
fondement de la loi Gayssot. Le but de cette opération est clair : il s’agit
d’intimider et de menacer les imprimeurs qui auraient l’imprudence de
travailler pour des éditeurs non conformes aux normes totalitaires de la
République française. L’imprimeur, Michel Brailly, interrogé à la barre
pendant plus d’une demi-heure, a reconnu qu’il ignorait le contenu et la
nature des textes publiés dans la revue Akribeia, a présenté des
excuses, a promis à Maître Jakubowicz de verser à une association juive le
bénéfice de l’impression de ladite revue et s’est plus ou moins engagé à
ne plus rien imprimer pour l’infâme Plantin. Les deux anciens professeurs de
ce dernier, Régis Ladous et Yves Lequin, avaient été appelés à témoigner
par SOS Racisme. Le plus surprenant est qu’ils soient venus tous les deux
alors que l’organisation totalitaire n’avait cessé depuis des mois de les
accuser en des termes très durs de complaisance coupable à l’égard du
révisionnisme. À la barre, Ladous, pitoyable et au bord de la crise de nerfs,
a confessé sa très grande faute de n’avoir pas su ou pu remettre Plantin sur
le droit chemin de la conformité aux dogmes historiques officiels tout en
déplorant les « lectures perverses » et les « mauvais enseignants » de son
ancien élève. Selon la presse, les dépositions des deux universitaires «
donneront une touche surréaliste à. ce procès sans prévenu. Un vrai festival
de propos emberlificotés, de réponses hors sujet » (Lyon Figaro,
8 septembre 1999, p.2). « En l’absence de leur ancien élève, les deux
professeurs des universités lyonnaises sont apparus comme les principaux
accusés de ce procès » (Le Monde, 9 septembre 1999, p. 11).
Dans son réquisitoire, le procureur François Molins demande notamment une
peine de six mois d’emprisonnement avec sursis contre Plantin et une amende de
50 000 F. Il ordonne aussi le versement de 30 000 F à SOS Racisme et 50 000 F
à la Licra sous peine de révocation du sursis. Contre l’imprimeur il demande
une amende de 8 000 F. Au terme d’une brillante plaidoirie qui tranche avec
celles des avocats des parties civiles (Fréry, Cherki et Jakubowicz), Maître
Delcroix plaide la relaxe pure et simple de son client. Vers 20 h 45, fin du
procès. Le jugement est mis en délibéré au 28 septembre par le président
Bernard Boulmier.
L’Humanité du 7 septembre consacre une pleine page à ce procès sous la
plume de Serge Garde. Évoquant l’incendie qui a ravagé la bibliothèque
interuniversitaire de Lyon, ce dernier a sa petite idée concernant les
responsables et affirme avec un bel aplomb en conclusion de son article : « Qui
donc peut professer la haine de la culture judéo-chrétienne au point de
vouloir brûler des livres ? » (p. 13).
28 septembre 1999. Le jugement est reporté au 7 octobre (Le
Progrès, 29 septembre 1999, p. 5).
Affaire à suivre...
Akribeia, n° 5, octobre 1999, p. 8-33.
Akribeia
Directeur: Jean Plantin
45/3, route de Vourles
F-69230 Saint-Genis-Laval
Prix des n° 1 et 2 : 20,5 € fco ; des n° 3 et 4 : 21,5 € fco ; des n° 5 et 6 : 18 € fco.
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