Georges Marchais, gardien de la vérité historique

Nous donnons ci-dessous à titre purement documentaire le texte d’une question écrite remis à la présidence de l’Assemblée nationale par Georges Marchais, chef du Parti communiste français, lors d’une séance de novembre 1978. Le Journal officiel (2e séance du 28 novembre 1978, p. 8452-8453) le reproduit trois fois : le premier texte s’adresse au Premier ministre (n° 9313), le deuxième au ministre de l’Intérieur (n° 9314), le troisième au ministre de l’Éducation (n° 9315). La publication visée par le très liberticide Marchais n’était en réalité qu’une bien inoffensive bande dessinée pour adultes (petit format) intitulée Hitler (éd. Elvifrance) et publiée sous la forme d’une série de six fascicules en noir et blanc. Elle y relate les aventures d’un Hitler amnésique qui a survécu à la guerre et qui poursuit ses rêves de conquête mondiale. L’ouvrage – en fait seulement le fascicule n° 2, semble-t-il – sera interdit de vente aux mineurs et d’exposition le 28 décembre 1978. Plus loin, nous reproduisons le texte d’une question posée par un certain Maurice Nilès, dont l’appartenance politique nous est inconnue, concernant cette même bande dessinée Hitler (JO, p. 8453-8454).

Livre (histoire).

9313. – 29 novembre 1978. – M. Georges Marchais attire l’attention de M. le Premier ministre sur l’édition et l’exposition au public d’ouvrages (en particulier, de bandes dessinées) qui, sous prétexte de récits historiques, constituent une falsification de l’histoire récente. Il ne s’agit pas seulement d’affabulation mais de mystifications dangereuses dans la mesure où elles présentent avec un texte et des dessins réalistes de véritables falsifications destinées à donner d’un récent et dramatique passé une vision fausse à des jeunes gens et adoléscents mal informés et manquant nécessairement de l’expérience vécue des prétendus faits évoqués. Mais surtout, s’agissant de la dernière guerre, ces ouvrages se livrent à une apologie à peine voilée du fascisme. Dans l’un d’entre eux, ayant pour thème les derniers jours de Berlin, « l’héroïsme » et le « stoïcisme » des nazis sont glorifiés, les désastres de la guerre sont présentés comme le fait de la cruauté des troupes soviétiques alliées. On tend à éveiller un sentiment de pitié pour les habitants de Berlin (dont les souffrances ne sont pas niables) mais en éludant les raisons historiques et les vraies responsabilités. Au lieu d’inspirer le dégoût pour Hitler et ses acolytes, on minimise le caractère criminel de leurs actes et on pare leur destin d’une certaine « grandeur » qui peut susciter une admiration et un attrait nocifs et malsains. En outre, les publications en question ne manquent pas de se donner un caractère alléchant par un discret aspect pornographique. Sous une apparence délibérément vulgaire et grossière, les faits sont en réalité adroitement présentés, faisant appel non au sentiment esthétique ni au goût des connaissances historiques mais aux plus basses sollicitations. M. Georges Marchais demande à M. le ministre de l’éducation : l° Si l’exposition au public de telles publications, en vitrine ou présentoir, est licite ; 2° Dans l’affirmative, quelles mesures il entend prendre pour faire respecter les textes en vigueur ; 3° Dans la négative, s’il n’est pas nécessaire de s’opposer à toute apologie, sous quelque forme que ce soit, du nazisme et de ses chefs. M. Georges Marchais s’interroge, en outre, sur l’origine exacte de ce genre d’ouvrages (imprimés en Italie, édités en France), mais sans nom d’auteur ni pour le texte, ni pour les dessins. Il n’est pas exclu que ces publications servent de véhicule à une propagande délibérée, quoique occulte, et qu’il importerait que cette hypothèse plausible soit infirmée ou confirmée par une enquête sérieuse que justifie l’anonymat des auteurs.

Livre (histoire).

9318. – 29 novembre 1978. – M. Maurice Nilès appelle l’attention de M. le ministre de la justice sur le contenu d’une bande dessinée destinée aux adultes et mise en vente depuis quelques jours sous le titre « Hitler ». Outre le fait que le nazisme n’y est pas présenté dans sa réalité, cette publication des Éditions Elvifrance est un appel à la violence, s’appuie sur la pornographie et comporte de graves mensonges historiques. C’est pourquoi M. Nilès demande à M. le garde des sceaux d’intervenir pour que cette publication soit interdite à la vente et pour que des mesures soient prises afin que de tels écrits ne puissent exister. La liberté de la presse n’est pas le laxisme, elle suppose le respect de l’histoire, le respect des lecteurs et le sens de l’honnêteté pour ceux qui écrivent.


Akribeia, n° 6, mars 2000, p. 21-22


Akribeia
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