Le mythe des flammes qui jaillissaient des cheminées des crématoires

Les cheminées des crématoires des camps de concentration nazis crachaient-elles d’énormes flammes, ainsi que le prétendent nombre de déportés dans leurs récits ? Les révisionnistes en doutent et ils ne sont pas les seuls. Un auteur comme Jean-François Forges, peu suspect de révisionnisme, a lancé une sorte de mise en garde dans Éduquer contre Auschwitz (ESF Éditeur, Paris, 1997, p. 30) : « Les gardiens de la mémoire doivent bien faire leur propre travail et dénoncer les fantasmes complaisants et malsains qui consistent à multiplier monstrueusement les millions de morts, les flammes et les horreurs de toutes sortes. Il faut cesser de permettre aux malintentionnés de porter la suspicion sur l’ensemble des témoignages. Il est invraisemblable qu’une théorie aussi faible que le négationnisme puisse perdurer et encore séduire. La rigueur pointilleuse de toutes les personnes qui veulent parler d’Auschwitz est une des conditions pour voir enfin cesser ce retour régulier et insupportable des scandales orchestrés par les négationnistes » (c’est nous qui soulignons). Quelques pages plus loin, il écrit : « Elie Wiesel n’a pas encore quinze ans lorsqu’après un voyage épuisant, il arrive sur la rampe de Birkenau. Il est encore dans le wagon quand quelqu’un crie : "Juifs, regardez ! regardez le feu ! Les flammes, regardez ! Et comme le train s’était arrêté, nous vîmes cette fois des flammes sortir d’une haute cheminée dans le ciel noir" [note 77]. De très nombreux témoins évoquent les flammes sortant des cheminées [note 78]. / On doit sans doute comprendre ces récits comme une description symbolique de l’enfer dans lequel les déportés se trouvent plongés selon les images traditionnelles du monde de la souffrance et de la damnation » [p. 40-41]. Et le texte intégral de la note 78 est le suivant : « Par exemple, parmi tant d’autres, Jorge Semprun qui finit son livre où il parle de Buchenwald, L’écriture ou la vie, page 319, par la phrase : "Sur la crête de l’Ettersberg, des flammes orangées dépassaient le sommet de la cheminée trapue du crématoire", ou les dessins de David Olère, Un peintre au Sonderkommando d’Auschwitz, pages 36, 50, 51. S’agit-il d’étincelles, d’inflammation de gaz résiduels ? Les témoignages sont trop nombreux pour n’être qu’hallucinations. Mais ces images sont parfois amplifiées. Myriam Anissimov évoque ces flammes à plusieurs reprises dans son livre sur Primo Levi. Elle dramatise une scène évoquée dans Si c’est un homme, à propos du Chant d’Ulysse et de L’Enfer de Dante, en imaginant qu’au même moment "plusieurs milliers d’hommes, de femmes et d’enfants" étaient tués dans les chambres à gaz et que les cheminées "crachaient des flammes humaines de 10 mètres de haut" (page 263). Elle écrit plus loin que les cheminées "crachaient jour et nuit de gigantesques flammes rouges visibles à plusieurs kilomètres" (page 272), visibles même "depuis l’usine de Buna" (page 299). Ces excès d’imagination sont étonnants dans un livre consacré à Primo Levi, modèle de rigueur, de mesure, de scrupule, dont "chaque mot est pesé sur la balance de précision du laboratoire" (page 409). L’image du feu s’est cependant gravée dans la mémoire des témoins des machines de mort comme symbole d’une création infernale. Au début du film et du livre Shoah, page 18, Simon Srebnick décrit ce qu’il a vu à Chelmno. Il dit : "Il y avait deux immenses fours... et ensuite, on jetait les corps, dans ces fours, et les flammes montaient jusqu’au ciel." Lanzmann demande confirmation : "Jusqu’au ciel ?" Srebnick répond oui, les flammes montaient "jusqu’au ciel". L’image du feu qui s’élève jusqu’au ciel est sans doute la plus forte pour produire de la vérité sur le gigantisme et l’horreur des brasiers. »
Jean-Claude Pressac, dans son « Enquête sur les chambres à gaz », Les Collections de L’Histoire, n° 3, Auschwitz, la Solution finale, p. 34-41, écrit pour sa part (p. 41) : « On sait que les allégations des négationnistes portent essentiellement sur trois points. Nous ne reviendrons pas ici sur leur mise en cause du nombre des victimes juives. Mais pour ce qui concerne les deux autres points : sur l’inexistence des chambres à gaz homicides et le faible rendement incinérateur des fours Topf, elles ont été ou seront balayées par les documents de la Topf. En revanche, ces derniers contredisent, par exemple, les témoignages des survivants de Birkenau évoquant les colonnes de fumées et de flammes crachées par les cheminées des crématoires. Un crématoire ne fume pas parce que les fabricants se le sont interdits dès le premier congrès européen sur l’incinération tenu à Dresde en 1876 [note : F. Schumacher, Feuerbestattung, J. M. Gebhardt’s Verlag, Leipzig, 1939, p. 20 et 21]. La réglementation ultérieure l’a confirmé. Pour la Topf, ce fut une hantise constante dès sa fondation de construire des foyers n’émettant aucune fumée, au point que les deux premiers brevets allemands (le n° 3855 déposé le 16 mars 1878 et le n° 7493 le 14 février 1879) [note : Institut national de la protection industrielle, antenne documentaire de Compiègne] demandés par Johann Andreas Topf sont ceux de foyers fumivores dont le prospectus de réclame promettait aux futurs clients que « les foyers façon Topf assurent une combustion complète et sans fumée ». Prüfer était tenu de respecter ce double impératif (professionnel et réglementaire), même avec les fours concentrationnaires, ce qu’il confirmera aux officiers soviétiques du Smersh l’interrogeant le 5 mars 1946. C’est pourquoi aucune des photos aériennes de Birkenau prises en 1944 par l’aviation américaine ne montre de fumées sortant des six cheminées des quatre crématoires ».
Que faut-il conclure de tout cela sinon que, comme ne cessent de le répéter les révisionnistes depuis cinquante ans et comme devrait le savoir tout historien digne de ce nom, les témoignages ne sont décidément pas très probants ? Pour illustrer cette vérité d’évidence, nous donnons ci-dessous des extraits de récits de déportés qui font état de ces fameuses flammes crachées par les cheminées des crématoires. Jusqu’à preuve du contraire, ces flammes ne sont donc qu’un des nombreux mythes de l’univers concentrationnaire. Merci aux lecteurs qui nous fourniraient d’autres exemples de récits évoquant des flammes.

1954. Henry BULAWKO, Les Jeux de la mort et de l’espoir : Auschwitz-Jaworzno, nouvelle édition revue et complétée, préface de Vladimir Jankélévitch, Recherches, [Fontenay-sous-Bois ?], 1980 [1ère éd. en 1954], 188 p.
P. 162-163 : Les cheminées fument sans cesse, le ciel / [p. 163] de Birkenau est perpétuellement illuminé par les flammes qui sortent des quatre cheminées où se consument des millions de corps anonymes.
P. 180 : Qui aurait pensé voir surgir en plein coeur de l’Europe du XXe siècle, au pays de Kant et de Marx, de Beethoven et de Goethe, les camps de la mort et les cheminées fumantes de leurs crématoires ?

1973. Viktor FRANKL, Un psychiatre déporté témoigne, Éditions du Chalet, [Lyon], 1973. [Auschwitz.]
P. 34-35 : Une main me montre une cheminée, éloignée seulement de quelques centaines de mètres, et d’où s’élève un / [p. 35] haut jet de flammes, sinistre, qui se dissout en un sombre nuage de fumée.

1973 [?]. Germaine TILLION, Ravensbrück, Le Seuil, Paris, 1973, 288 p.
P. 58 [Une vieille Tzigane française raconte ce qu’elle a vu à Auschwitz :] Quand nous sommes arrivés à Auschwitz on nous a mis dans un grand hangar en planches avec de la caillasse noire par terre et rien d’autre [...] et par les fentes des planches nous voyions de grandes flammes toutes rouges mais nous ne savions pas ce que c’était.

1976. Fania FÉNELON, Sursis pour l’orchestre, témoignage recueilli par Marcelle Routier, co-édition Stock/Opera Mundi, 1982 [1ère éd. en 1976], Paris, 405 p. [Auschwitz.]
P. 33 : – C’est curieux, on ne voit pas le ciel ; c’est comme s’il n’existait pas. J’ai l’impression qu’entre lui et nous, il y a comme un énorme écran de fumée. Regarde à l’horizon, c’est rouge, on aperçoit une flamme.
P. 261 : L’été est là. Depuis quelques jours, il fait vraiment beau, le lourd nuage de fumée des crématoires stagne dans l’air chaud. Nous manquons d’air mais apercevons parfois le soleil.
P. 283 : Nous sommes entourées d’une épaisse fumée qui nous cache le soleil et dont l’affreuse odeur de carne brûlée nous asphyxie.
P. 343 : Au-dessus des crématoires, les lourdes fumées indiquent qu’ils sont pleins jusqu’à la gueule, qu’ils ne peuvent plus rien absorber, alors on va les laisser là, avec leurs enfants, à attendre leur tour.
P. 356 : Depuis les alertes, la lumière est réduite, seul le ciel rougeoyant nous désigne encore le camp.

1979. Professeur GILBERT-DREYFUS (Gilbert Debrise : pseudonyme), Cimetières sans tombeaux : récit, Plon, Paris, février 1979, 224 p. [Mauthausen.]
P. 22 : « Cette porte, vous ne la franchirez plus jamais », et, nous désignant du doigt la rougeoyante éructation du crématoire : « On ne sort d’ici que par la cheminée. »

1980. Jorge SEMPRUN, Quel beau dimanche !, Éditions Grasset, Paris, septembre 1991 [1980], 388 p. Coll. Les cahiers rouges. [Buchenwald.]
P. 15 : La fumée calme, là-bas, c’était celle du crématoire.
P. 46 : [...] on voyait aussi la cheminée du crématoire. Ca fumait calmement. Une fumée d’un gris pâle montait dans le ciel.
P. 59 : [...] la fumée légère du crématoire [...].
P. 114-115 : La fumée du crématoire est d’un gris pâle. Ils ne doivent pas avoir beaucoup de travail, au crématoire, pour produire une fumée si légère. Ou alors, ce sont des morts qui brûlent bien. Des morts bien secs, des cadavres de copains comme des sarments / [p. 115] de vigne. Ils nous font cette dernière fleur d’une fumée grise, pâle et légère. Fumée amicale, fumée dominicale, sans doute.
P. 124 : Peut-être les oiseaux ne supportaient-ils pas l’odeur de chair brûlée, vomie sur le paysage dans les épaisses fumées du crématoire.
P. 180 : La cheminée du crématoire, elle, fume toujours calmement.
P. 239 : [...] La fumée du crématoire montait dans le ciel [...].
P. 241 : [...] la fumée du crématoire [...].
P. 253 : S’ils avaient tourné la tête, ils auraient vu le bâtiment du crématoire, sa cheminée massive dont le vent aigre et glacial rabattait la fumée par moments.
P. 294 : [...] de l’odeur obsédante du crématoire.
P. 310 : Je regarde distraitement la cheminée du crématoire, je constate que la fumée grise et légère du début de la matinée est devenue plus éparse.
P. 313 : [...] aussi légère qu’une fumée de crématoire [...].
P. 329 : [...] dans le ciel pâle de décembre où flotte la fumée du crématoire.
P. 332 : [...] les fumées calmes et grises qui n’étaient pas des fumées de crématoire : [...].

1981. Walter LAQUEUR, Le Terrifiant Secret. La « solution finale » et l’information étouffée, Gallimard, Paris, 1981.
P. 33 : Adolf Bartelmas, employé des chemins de fer à Auschwitz, a déclaré dans sa déposition au procès d’Auschwitz, qui s’est tenu à Francfort de nombreuses années plus tard, qu’on pouvait voir les flammes à quinze ou même vingt kilomètres de distance, et que les gens savaient que c’était des êtres humains qu’on brûlait. Kaduk et Pery Broad, qui comparurent au même procès, furent encore plus catégoriques : quand les cheminées fonctionnaient, il y avait des flammes de cinq mètres de hauteur. La gare, remplie de civils et de soldats en permission, était couverte de fumée et il régnait partout une odeur douceâtre. D’après Broad, on pouvait voir et sentir les nuages de fumée noire à des kilomètres de distance : « L’odeur était absolument intolérable... »

1983 [?]. Edmond MICHELET, Rue de la liberté : Dachau 1943-1945, Le Seuil, Paris, 1983 (réédition), 249 p.
P. 187 : [...] la cheminée rougeoyante du crématoire crachant le feu nuit et jour, répandant une odeur de cadavre qui semblait les poursuivre jusqu’ici.

1986. André COURVOISIER, Un aller et retour en enfer, France-Empire, Paris, janvier 1986, 324 p. [Sachsenhausen.]
P. 55 : [...] ils se rendaient vers le crématoire d’où sortait constamment une énorme fumée qui sentait une odeur indéfinissable, lorsque le vent la rabattait sur le camp.

1987. Primo LEVI, Si c’est un homme, traduit de l’italien par Martine Schruoffeneger, Julliard, Paris, 1987, 215 p. [Auschwitz.]
Appendice de 1976
P. 200 : [Giuliana Tedeschi] m’a fait remarquer que de la fenêtre on voit les ruines du four crématoire ; à cette époque-là, on voyait la flamme en haut de la cheminée. Elle avait demandé aux anciennes : « Qu’est-ce que c’est que ce feu ? », et elle s’était entendu répondre : « C’est nous qui brûlons. »

1988 [?]. Margarete BUBER-NEUMANN, Déportée à Ravensbrück : prisonnière de Staline et d’Hitler, Le Seuil, Paris, mai 1988 (réédition), 336 p.
P. 195 : [...] [Anicka] a l’air toute retournée et me demande d’aller jeter un coup d’oeil par la fenêtre. Je vois une haute colonne de feu s’élever au-dessus du bâtiment cellulaire. Je ne comprends pas tout de suite ce qui peut bien être en train de brûler ainsi. Puis tout à coup, je fais le rapprochement avec le crématoire.
P. 196 : Au cours de cet hiver 1944-1945, les colonnes de feu sortant des cheminées derrière le bâtiment cellulaire en vinrent à remplacer les volutes de fumée dans le paysage quotidien de Ravensbrück.
P. 203 : L’issue semblait toute proche, et pourtant les cheminées des crématoires continuaient à cracher leurs flammes et Winkelmann à choisir ses victimes.

1990. Annette KAHN, Robert et Jeanne : à Lyon sous l’Occupation, Payot, Paris, janvier 1990, 170 p. [Auschwitz.]
P. 136-137 : Dans mon bloc, le 12A, où nous étions en majorité des non-juives, il nous était formellement interdit de: tourner la tête vers les crématoires qui crachaient des flammes très hautes et très droites. Comme tous les autres blocs, le nôtre était équipé d’ouvertures, obturées par des planches qui présentaient des interstices. Il ne fallait pas que nous entendions ou voyions des choses que nous aurions pu répéter, d’où les interdictions, sous peine de suivre le même chemin, de tourner les yeux vers ces cheminées. Or, nous étions comme fascinées, imaginer ce qui se passait là-dedans, penser que peut-être au même instant, un ami, une soeur, un père... J’en frissonne encore. Alors / [p. 137] nous étions collées, l’oeil contre les fentes, à contempler avec horreur cette colonne de fumée noire qui fournit un panache au-dessus de la flamme rouge. [...]
P. 150 : C’est terminé, cet affreux cauchemar symbolisé au plus secret de tous par ces cheminées crachant le feu et la fumée est loin à présent, et chaque tour de roue le fait s’évanouir un peu plus.

1991 [?]. Béatrice de TOULOUSE-LAUTREC, J’ai eu vingt ans à Ravensbrück. La victoire en pleurant, Perrin, Paris, février 1991 [1946 ?], 308 p.
P. 127 [vous savez aussi] qu’il y a un four crématoire dont la flamme qui s’échappe de la cheminée rougit trop souvent le ciel.
P. 270 : Les jours allongent, l’appel du matin semble moins long, et cependant la flamme du crématoire est plus rouge que jamais, et les sélections ne nous laissent pas un instant de repos.
P. 295 [et je pense] [...] à la flamme rouge qui s’échappe nuit et jour de la haute cheminée. [...].

1992. Sylvain KAUFMANN, Le Livre de la mémoire : au-delà de l’enfer, préface de Robert Badinter, Jean-Claude Lattès/ Stock, Paris, octobre 1992, 522 p. [Présenté, pour la première fois, en intégralité]. [Auschwitz.]
P. 123 : Sa fille a été gazée à l’arrivée. Max me met peu à peu au courant de ce qu’est Auschwitz et il me confirme que les lueurs rougeâtres qu’on aperçoit dans le ciel témoignent de l’activité ininterrompue des crématoires.
P. 170 : [...] en route pour l’une des chambres à gaz, [...] nous voyons d’ailleurs chaque nuit les lueurs rougeâtres des crématoires et ressentons en permanence l’odeur de chair brûlée.
P. 396 : camions asphyxiants [...] La nuit, les lueurs rougeoyantes et sinistres déchiraient le ciel et les coeurs de ceux qui en connaissaient la signification.

1992. Nadine HEFTLER, Si tu t’en sors... : Auschwitz, 1944-1945, préface de Pierre Vidal-Naquet, La Découverte, Paris, 1992, 189 p. [écrit en 1946 ?]
P. v [préface de Pierre Vidal-Naquet] : Nadine Heftler n’a rien de particulier, de neuf, à nous dire sur les chambres à gaz – puisque, honteusement, certains ont tenté de les rayer de l’histoire –, simplement elle a vu, comme tant d’autres, les flammes jaillir du krematorium, et elle a su, de bonne heure, le 22 octobre 1944, que sa mère en a été victime.
P. 42-43 : Nous fûmes tout de suite frappées, maman et moi, par les énormes flammes sortant d’une très haute cheminée qui semblait être celle d’une usine. Bien que très étonnés, nous pen- / [p. 43] sions qu’il s’agissait d’un feu de cheminée, et nous ne nous en soucions pas outre mesure. En réalité, c’était le four crématoire !
P. 123 : [...] et, la nuit, les grandes flammes rouges avaient cessé d’éclairer le camp sordide.

1993. Liana MILLU, La Fumée de Birkenau, traduit de l’italien, préface de Primo Levi, Éditions du Cerf, Paris, 1993, 200 p. Coll. Toledot-Judaïsmes.
P. 7 [préface de Primo Levi] : [...] la présence obsédante des fours crématoires dont les cheminées, situées au beau milieu du camp des femmes – impossibles à éluder ou à nier –, corrompaient de leur fumée impie les jours et les nuits [...].
P. 31 : [...] de ces sables mouvants et boueux que la lumière du four crématoire le plus proche illuminait du reflet de ses hautes flammes ;
P. 36 : D’un geste de colère, je montrai la direction des fours crématoires. Ils étaient tous allumés, zébrant la nuit brumeuse de leurs hautes flammes ; [...] Le visage tourné vers les flammes vives et comme suspendues dans l’obscurité, je regardais, ...
P. 65 : [...] les lourdes volutes des crématoires [...] légères petites fumées blanches [...] lourde fumée de quelque sélection parmi les vieux [...].
P. 70 : « Comme ça flambe ! Seigneur Dieu, comme ça flambe ! […] »
nous avons vu le ciel de la nuit illuminé de rouge et tout scintillant à cause des énormes flammes qui s’élevaient sans cesse des petites tours des crématoires. Le camp était ainsi dominé par une haute couronne de feu visible depuis les maisons d’Auschwitz, depuis celles des paysans et depuis les bourgs lointains.
« Cette nuit, ça flambe beaucoup à Birkenau ! » disaient peut-être ces gens-là. [...]
Les flammes s’élevaient si haut que les ruelles du camp en étaient illuminées. Les reflets dansaient sur la boue et les flaques.
P. 71 : Leurs visages réfléchissaient les lueurs des flammes [...] ces chairs humaines livrées aux flammes [...]
P. 73 : « là-bas », là où quelques langues de flammes s’élevaient et vacillaient encore, [...]
P. 108 : [...] la fumée des crématoires traînait dans l’air lourd [...].
P. 110 : [...] les fumées du crématoire le plus proche.
P. 117 : Du côté de Birkenau, quelques fumées noires restaient suspendues dans l’air lourd.
P. 175 : [...] nous creusions des fossés à côté des crématoires pour y jeter les cendres en trop ; [...] Nous la voyions cette fumée, si noire, si lourde qu’elle avait du mal à se dissoudre pour toujours dans le néant.
P. 177 : [...] et pendant ce temps, le crématoire continuait à fumer et des parcelles de cendre me retombaient sur la tête.
P. 179-180 : Un peu de fumée venait du côté de Birkenau, et le vent l’emportait sur Auschwitz. [...] / [p. 180] Et tout n’était que fumée. Fumée [...].

1995. Denise HOLSTEIN, « Je ne vous oublierai jamais, mes enfants d’Auschwitz... », Éditions n° 1, Paris, janvier 1995. Coll. Témoignage, 144 p.
P. 74 : Quand j’en sors [de l’infirmerie], on nous dirige vers l’autre bout du camp. Le ciel est rouge, l’odeur est effroyable, l’air est irrespirable. Des flammes gigantesques sortent des cheminées. On nous installe dans une baraque, juste en face. Nous y passons quinze jours

1995. Nelly GORCE, Journal de Ravensbrück, avant-propos de Lucien Neuwirth, Actes Sud, Arles, avril 1995, 192 p.
P. 104 : La gueule du monstre [c’est-à-dire du crématoire] est cependant d’une impérieuse gourmandise, il lui faut chaque jour sa ration de chair humaine. Dans le ciel, montent, hautes et lugubres, défiant le monde et l’humanité, les flammes rouge sang entourées d’un halo de fumée épaisse et noire. L’atmosphère est chargée d’une odeur écoeurante de chair calcinée dont la persistance est tenace. [...] Et dans la nuit épaisse, déchirée par ces lueurs sanglantes, nous sentons monter lentement en nous la terreur et l’effroi.
P. 108 : Parfois, à l’arrivée, un tri s’opère : les plus forts sont gardés pour les travaux du camp, et s’ils demandent à leurs bourreaux la nature de ces flammes gigantesques violant le ciel, il leur est répondu:
– C’est la boulange !
Drôle de boulange.
P. 144 : Ce soir, les flammes du crématoire montent haut dans la nuit, on dirait un incendie gigantesque et dévorant.
P. 160 : De temps en temps, la lueur des crématoires strie le ciel, ils sont en plein rendement, l’odeur nauséabonde m’oblige à quitter la fenêtre.

1996. Paul STEINBERG, Chroniques d’ailleurs : récit, Ramsay, Paris, janvier 1996. 192 p.
P. 114-115 : Les crématoires sont sous pression vingt-quatre heures sur vingt-quatre. D’après les informations parvenues de Birkenau, on a brûlé trois mille, puis trois mille cinq, et, la semaine dernière, jusqu’à quatre mille cadavres par jour. Le nouveau Sonderkommando est dédoublé pour assurer le suivi de la chambre à gaz jusqu’au four, jour et nuit. Les cheminées laissent / [p. 115] échapper des flammes de dix mètres visibles la nuit des lieues à la ronde, et l’odeur entêtante de chair brûlée se fait sentir jusqu’à la Buna.

1996. Françoise MAOUS, Coma : Auschwitz, n° A.5553. Récit, préface de Pierre Vidal-Naquet, Le Comptoir éditions, [s.l.], août 1996, 192 p.
P. 46 : et sa main se leva vers la haute cheminée du-bâtiment de briques d’où sortait une grande flamme. Nous l’avions remarqué car à l’appel, nous avions les yeux tournés vers lui. Nous pensions que c’était le crématoire où l’on brûlait les morts.
P. 47 : Tout ce que je ne comprenais pas, toute la terreur qui dormait au fond de moi, tout ce qui m’avait paru inexplicable depuis mon arrivée s’éclairait à la lueur sinistre du crématoire géant ; silencieusement, j’essayais de réaliser cette terrifiante révélation.
P. 89 : Demain, à l’appel, nous verrions la flamme du crématoire monter haut, très haut, nous éclairer ; la cheminée fumerait, indiquant à celles qui n’avaient pas vu qu’un convoi était arrivé hier.
P. 163 : Les flammes étaient si hautes que nous les apercevions de nos lucarnes et nous nous demandions si notre tour allait venir [...].

2000 [?]. Témoignage de C. Kalb recueilli par la Commission de l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale et entreposé à l’Institut d’histoire du temps présent. Extrait rapporté dans : Michael POLLAK, L’Expérience concentrationnaire. Essai sur le maintien de l’identité sociale, Éditions Métailié, Paris, 2000.
P. 193 : « Nous savions que nous étions là pour mourir et nous nous y résignions. Les premiers jours, les cheminées crématoires avec leur grande flamme rouge continuelle nous avaient beaucoup frappées, mais après nous ne portions plus du tout attention à ces choses. »


Akribeia, n° 6, mars 2000, p. 23-32


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