Le mythe du savon fabriqué à partir de la graisse humaine

Dans une brochure récente intitulée L’Affaire Jörg Haider, Vincent Reynouard écrit que « le mythe du savon humain a été définitivement abandonné dans les années 80 » (p. 55). Il nous semble que c’est aller un peu vite en besogne. En effet, la fin d’un mythe ou d’une croyance ne se décrète pas. Tel est le cas du mythe du savon humain et plus particulièrement juif. S’il a fait l’objet de quelques articles de la part de révisionnistes (voir la bibliographie succincte donnée après la présente introduction), nous ne pensons pas que ce bobard ait été étudié en détail dans ses diverses composantes par un historien ou un sociologue. Le sujet est pourtant digne d’intérêt. À notre avis, il importe avant tout de répertorier le plus possible de références relatives au mythe du corps humain transformé en savon, en colle, en engrais, etc. Ces références – empruntées à tout type d’ouvrages, y compris de fiction – peuvent se rapporter aux époques les plus diverses et aux lieux les plus variés. C’est ce que nous avons voulu commencer à faire dans la petite et volontairement très partielle liste qui suit, même s’il est sans doute difficile, voire impossible, d’établir un lien précis entre toutes ces références. Les lecteurs sont bien entendu invités à enrichir notre liste. Le chercheur qui désirerait étudier la question devra par exemple se poser diverses questions et notamment celles-ci : trouve-t-on, dans un passé plus ou moins lointain (avant le XXe siècle), des références à l’utilisation du corps humain à diverses fins ? dans quels contextes particuliers ? l’histoire de la « fabrique de cadavres » au cours de la première guerre mondiale est-elle une oeuvre de pure propagande ? quelle a été sa diffusion réelle en Europe et dans d’autres pays du monde, notamment en Asie ? par quels canaux ? dans quels buts ? l’histoire du savon juif est-elle une simple rumeur ou bien l’oeuvre d’officines de la propagande alliée ? quelle a été sa diffusion réelle en Europe et dans d’autres pays du monde ? de quelle façon les historiens ont-ils traité cette question depuis 1945 ? dans quelle mesure cette croyance perdure-t-elle en Occident ? dans quels milieux ? qui y ajoute foi aujourd’hui ? quels auteurs s’en ont-ils fait l’écho ? pour quelle raison les historiens de la seconde guerre mondiale n’ont-ils jamais entrepris une étude approfondie de cette question ? Tels sont quelques-uns des sujets auxquels il conviendrait de s’intéresser.

BIBLIOGRAPHIE SUCCINCTE SUR LE SAVON JUIF

Robert FAURISSON, « Le savon juif », Annales d’histoire révisionniste, n° 1, printemps 1987, p. 153-159.
Richard HARWOOD & Ditlieb FELDERER, « Human Soap », The Journal of Historical Review, vol. 1, n° 2, été 1980, p. 131-135.
Bradley R. SMITH, « Rub-A-Dub-Dub. Notes on the Jewish-soap Scam », Remarks, n° 8, septembre-octobre 1991, p. 1-5.
Mark WEBER, « Jewish Soap », The Journal of Historical Review, vol. 11, n° 2, été 1991, p. 217-227.

1450. Giovanni Francesco POGGIO-BRACCIOLINI, Liber Facetium, n° 190. Rapporté dans Foaftale News, n° 35, octobre 1994, p. 3.
Un agent de Landolfo di Maramaur, cardinal de Bari (mort en 1415) aurait débarrassé un hôpital de ses profiteurs et faux malades en annonçant que l’un d’entre eux serait tiré au sort pour être bouilli dans le but d’obtenir un onguent ou une pommade.

1886. V. FOSSEL, Volksmedicin und medicinische Aberglaube in Steiermark, Graz. Rapporté par Montague Summers, lui-même cité dans Foaftale News, n° 35, octobre 1994, p. 3.
Les gens de la campagne autrichienne croyaient que les médecins de l’hôpital de Graz pouvaient disposer chaque année d’une vie humaine à des fins pharmaceutiques. Ils se saisissaient alors d’un jeune homme venu faire soigner un mal de dent ou un autre mal bénin, le pendaient par les pieds et le mettaient à mort. Des chimistes qualifiés faisaient bouillir son cadavre pour en obtenir une pâte qu’ils utilisaient, avec la graisse et les os carbonisés, dans leur pharmacie. Les gens sont persuadés que chaque année, vers Pâques, un jeune disparaît à l’hôpital pour être employé à ces fins.

1942. Congress Weekly [New York, American Jewish Congress], 4 décembre 1942.
Article intitulé : « Corpses for Hitler. »
Traduction d’un extrait : Des cadavres pour Hitler
Nous avons reçu les informations suivantes d’une source allemande digne de foi :
Au cours des derniers mois un grand nombre de trains sont arrivés en Allemagne, de Belgique, de Hollande et de France. Les trains étaient chargés de déportés. Au début du mois d’août, les wagons étaient en partie remplis de cadavres, en partie de déportés vivants. On rapporte que, depuis le début du mois d’août, les trains sont arrivés aux frontières allemandes uniquement avec des cadavres.
Les cadavres sont utilisés dans des usines spéciales pour y être exploités [for valuation]. L’informateur avait personnellement connaissance de deux de ces usines dans lesquelles les cadavres sont utilisés pour la fabrication de savon, de colle et d’huile pour les trains. [...].

1943. Pierre-Antoine Cousteau, « "Christmas Murder", Roman à épisodes », Paris-Soir, vendredi 1er janvier 1943, p. 3 ; col. A.
Paragraphe intitulé : « Savon de cadavres sans tickets. »
Le grand rabbin Wise, qui est une sorte de pape juif des ÉtatsUnis, vient de « révéler » à ses frères de race et à ses esclaves (les aryens des U.S.A. ne sont que les esclaves d’Israël) que les Allemands massacraient d’énormes quantités de Juifs pour fabriquer avec leurs cadavres du savon et de la colle forte.
Preuve que le grand rabbin Wise n’a pas beaucoup d’imagination. Car cette histoire du savon à la graisse de cadavre est tout de même un peu usée. Elle était déjà, lors de l’autre guerre, avec le roman des petits Belges aux poignets coupés, à la base de la propagande alliée dans les pays neutres.
Mais, en 14-18, il ne s’agissait que des corps des soldats tués au combat. Tandis que, dans la version du grand rabbin, on abat tout exprès les pauvres Juifs pour en faire du savon.
Et comme les Yankees n’ont aucun moyen de contrôle, il est possible qu’ils se laissent émouvoir par les contes hébraïques du Dr. Wise. Lesquels contes ne sont pas tellement plus absurdes, après tout, que les bobards colportés chez nous par les fidèles auditeurs de Radio-Londres.

1944. « Trois mois dans un camp de Juifs en Silésie » (édité et diffusé par le M.N.C.R. [Mouvement national contre le racisme], août 1944), dans : Récits d’atrocités nazies, Les Éditions de la clandestinité-Mouvement national contre le racisme, s.l., [vers fin 1944], p. 25-27.
P. 27 : Les femmes, les enfants et les vieillards étaient emmenés à Auschwitz. Il y a là-bas une grande savonnerie qui travaille pour la Wehrmacht. Les ouvriers sont des Juifs et – on le dit – les matières premières aussi.
D’Auschwitz, personne ne sort jamais, ni vivant, ni mort.

1945-1946. Le savon humain au procès de Nuremberg. Extraits cités par Carlos PORTER & Vincent REYNOUARD, Délire au procès de Nuremberg. Les accusations grotesques formulées contre les vaincus, Vrij Historisch Onderzoek, Anvers, 1998.
P. 39 : Le 8 février 1946, le procureur général soviétique, le général Rudenko, lut l’extrait d’un « appel adressé à l’opinion mondiale par les représentants de plusieurs milliers d’anciens internés d’Auschwitz ». Il y était question de graisse humaine récupérée pour économiser le pétrole et préparer du savon humain :
[TMI, VII, p. 183]
« Lors de l’arrivée des transports de Hongrie, ces fours ne suffirent plus et l’on dut avoir recours à d’énormes tranchées crématoires. On y installait des bûchers qu’on arrosait de pétrole. Dans ces tranchées, on entassait des cadavres, mais souvent les SS y jetaient aussi des vivants, enfants et adultes. Les malheureux y périssaient d’une mort horrible. Les graisses nécessaires à l’incinération étaient en partie récupérées sur les cadavres des gazés, afin d’économiser le pétrole. Les cadavres fournissaient aussi des huiles et des graisses destinées à des usages techniques et même à la fabrication du savon. »
[TMI, VII, p. 597-601]
[...] À l’institut anatomique de Dantzig, avaient déjà eu lieu des expériences sur la fabrication de savon à partir de cadavres humains et sur les possibilités de tannage de la peau humaine, dans des buts industriels. Je présente au Tribunal, sous le n° URSS-197, la déposition d’un homme qui prit part lui-même à la fabrication du savon à partir de graisse humaine. Il s’appelle Sigmund Masur, préparateur à l’institut anatomique de Dantzig. [...]. J’attire l’attention du Tribunal sur cet extrait :
« QUESTION. – Racontez-nous comment on procédait à la fabrication du savon, à partir de la graisse humaine, à l’institut anatomique de la ville de Dantzig ?
RÉPONSE. – En été 1943 fut construit, à côté de l’institut anatomique, au fond d’une cour, un bâtiment en pierres, à un étage, comprenant trois pièces. Ce bâtiment avait été construit pour l’utilisation des cadavres et pour le traitement des os. C’est ce qui avait été officiellement déclaré par le professeur Spanner. Ce laboratoire portait le nom de "Laboratoire pour la préparation des squelettes humains et la crémation de la chair et des os inutiles". Dès l’hiver 1943-1944, le professeur Spanner ordonna de recueillir la graisse humaine et de la conserver. Cet ordre fut donné à Reichert et à Borkmann. En février 1944, le professeur Spanner me donna une formule pour préparer le savon à partir de la graisse humaine. Cette formule prescrivait de prendre cinq kilogs de graisse humaine, dix litres d’eau et 500 ou 1.000 grammes de soude caustique, de faire bouillir deux à trois heures et de laisser refroidir. Le savon surnageait alors, tandis que les résidus et l’eau restaient au fond des récipients. On ajoutait à ce mélange une poignée de sel et de la soude. Ensuite, on ajoutait de l’eau froide et on faisait bouillir à nouveau le mélange pendant deux à trois heures. Après refroidissement, le savon était coulé dans des moules. »
LE PRÉSIDENT. – Nous allons suspendre l’audience. (L’audience est suspendue.)
COLONEL SMIRNOV. – Je me permettrai maintenant de montrer au Tribunal un de ces moules dans lesquels était coulé le savon bouilli et, ensuite, j’apporterai la preuve que du savon humain non fini a été saisi à Dantzig.
Je continue ma citation :
« Ce savon avait une odeur désagréable et, pour enlever cette odeur, on y ajoutait du benzaldéhyde. »
[…]
Je continue la citation, page 364, quatrième paragraphe :
« Borkmann et Reichert recueillaient la graisse des cadavres. Je préparais du savon avec cette graisse. Une opération de cuisson durait plusieurs jours (trois à sept). Personnellement, je n’ai pris une part directe qu’à une seule opération de cuisson sur deux, dont j’ai eu connaissance. Ces deux opérations eurent pour résultat 25 kilogs de savon, dont la fabrication demanda 70 à 80 kilogs de graisse humaine, tirée d’environ 40 cadavres. Le savon terminé allait au professeur Spanner qui le conservait chez lui.
Autant que je sache, la fabrication de savon à partir de cadavres humains intéressait également le Gouvernement hitlérien. L’institut anatomique a reçu la visite du ministre de l’Éducation populaire (Volksaufklärung), Rust, du ministre de la Santé, Conti, du Gauleiter de Dantzig, Albert Forster et de nombreux professeurs de différents instituts médicaux.
J’ai employé moi-même ce savon fait de graisse humaine pour ma toilette et ma lessive ; j’en ai pris quatre kilogs. »
Je saute l’alinéa suivant et je continue :
« Reichert, Borkmann, von Bargen et notre chef, le professeur Spanner, se sont également servis de ce savon pour leur usage personnel. »
[…]
Je dépose maintenant, sous le n° URSS-196, une copie de la formule du savon [...].
[...] je dépose maintenant comme preuve, sous le n° URSS-272, les déclarations écrites du caporal William Anderson Nealy, du Royal Signals de l’Armée britannique. Messieurs les juges trouveront ce passage à la page 498, tome II du livre de documents :
« [...] Le montage de la machine à fabriquer le savon fut terminé en mars ou avril 1944. Des prisonniers de guerre anglais avaient terminé en juin 1942 la construction du bâtiment dans lequel cette machine devait être installée. La machine elle-même fut montée par une entreprise civile de Dantzig, nommée Aird, qui ne s’occupait pas de production d’armements. Autant que je me souvienne, cette machine faisait fondre les os des cadavres mélangés à un acide. Le processus de liquéfaction durait environ 24 heures. Les parties grasses, provenant en particulier de cadavres de femmes, étaient mises dans un grand récipient en émail, chauffé par deux becs Bunsen. Là aussi on se servait d’un acide ; je crois que c’était de l’acide chlorhydrique. Quand le processus d’ébullition était terminé, on laissait refroidir le mélange et, par la suite, on en faisait des coupes en vue d’examens microscopiques. »
[…]
Je dépose maintenant quelques fragments du savon en question, soit mi-fini, soit terminé : voici un petit morceau de savon qui est resté emmagasiné plusieurs mois, il rappelle le savon de ménage le plus ordinaire. Je présente également quelques spécimens de cuir à moitié terminé, préparé à base de peau humaine. Les échantillons que j’ai amenés démontrent que la fabrication du savon à l’institut de Dantzig était pratiquement mise au point. En ce qui concerne la peau, elle rappelle par son aspect un produit semi-fabriqué. Le morceau que vous apercevez sur le côté gauche de la table est celui qui ressemble le plus à du cuir industriel. On peut donc en déduire qu’à l’institut de Dantzig les essais de fabrication industrielle de savon avec de la graisse humaine étaient déjà achevés, tandis que les expériences en vue de tanner la peau humaine étaient encore en cours. L’avance victorieuse de l’Armée rouge mit un terme à ces nouvelles manoeuvres criminelles des nazis.

1954. Henry BULAWKO, Les Jeux de la mort et de l’espoir : Auschwitz-Jaworzno, nouvelle édition revue et complétée, préface de Vladimir Jankélévitch, Recherches, [Fontenay-sous-Bois ?], 1980 [1ère éd. en 1954], 188 p.
P. 72 : On nous exploite jusqu’à notre dernier souffle. Plus tard, les S.S. s’en vantent eux-mêmes, ils tireront du savon de la graisse de nos corps calcinés.
En nous distribuant le savon, aux douches de la mine, le Kommando-führer avait ricané : « Juden Fets. »
– C’est de la graisse de Juif.
Nous crûmes qu’il plaisantait. Nous avons appris à ne plus rien prendre à la légère.
P. 180 : Qui aurait pensé voir surgir en plein coeur de l’Europe du XXe siècle, au pays de Kant et de Marx, de Beethoven et de Goethe, les camps de la mort et les cheminées fumantes de leurs crématoires ? Les hallucinants abattoirs humains, avec le savon de graisse de Juif, les cheveux tissés, les dents en or arrachées et envoyées à la Reichsbank – et cette montagne de souliers d’enfants gardant la forme des milliers de tout-petits pieds qui ne courront plus jamais, devant laquelle s’arrête aujourd’hui, la gorge serrée, le visiteur d’Auschwitz ?

1957. Robert ANTELME, L’Espèce humaine, édition revue et corrigée, Gallimard, Paris, 1978 [1ère éd. en 1957], coll. Tel, 306 p.
P. 195 : Les petits tziganes de Buchenwald asphyxiés comme des rats. [...] Toutes les cendres sur la terre d’Auschwitz.
[...] sous les tonnes de cendres d’Auschwitz. [...]
on fait du savon avec leur corps. Ou bien on met leur peau sur les abat-jour des femelles SS. Pas de traces de clous sur les abat-jour, seulement des tatouages artistiques. [...)

1970. Brigitte FRIANG, Regarde-toi qui meurs. Une femme dans la guerre, Éditions Robert Laffont, Paris, 1970, 450 p.
P. 135 : Que signifiait donc cette pancarte, tracée en lettres gothiques noires, sous la voûte d’entrée du camp. C’est clair, pourtant. Seuls les morts sortent d’ici. En fumée et en savon. Cet insignifiant commentaire n’était pas mentionné. Qu’importe. Nous ne comprenons pas l’allemand. Mais nous serons très vite au courant.

1973 [?]. Germaine TILLION, Ravensbrück, Le Seuil, Paris, 1973, 288 p.
P. 47 : Naturellement, on récupérait les bagages des morts, leurs vêtements, leurs dents en or, leurs cheveux, leurs cendres pour faire du savon, mais ce n’était pas encore assez [...].

1973. A. MOJONNIER, Histoire de la Confédération suisse, Éditions Stauffacher, Zurich, 1973.
P. 234 : [à propos de la bataille de Marignan]
Les lansquenets allemands fêtèrent la victoire selon l’usage du temps. On raconte qu’ils enduisirent leurs bottes et leurs piques de la graisse du gros landamman d’Uri, Puntiner... Cette profanation n’était pas dépourvue de sens, car à l’époque la graisse humaine était considérée comme un médicament remarquable. On la payait fort cher, et c’est pour cela que, sur les champs de bataille, les corps des hommes gras étaient vidés en toutes règles [pas de source indiquée].

1976. Fania FÉNELON, Sursis pour l’orchestre, témoignage recueilli par Marcelle Routier, co-édition Stock/Opera Mundi, Paris, 1982 [1ère éd. en 1976], 405 p.
P. 36, note 1 : Plus tard, j’apprendrai que les cheveux récupérés servaient à tisser des gaines de câbles électriques, des feutres, des tissus. Les os étaient transformés en engrais, en noir de fumée. Un système de filtres permettait de recueillir les graisses humaines qui servaient à fabriquer des huiles, des savons.
P. 254 : « Et vos rabbins, pauvres andouilles, hurle Florette, c’étaient donc tous des salauds pour qu’on les jette dans les fours ? Ca cuit bien, les rabbins, mieux encore que les autres, hein ? C’est gras, ça fait du très bon savon ! Il est parfait votre Bon Dieu : il laisse brûler ses prêtres ! Il n’y a rien, entendez-vous, rien, rien ! »

1981. Walter LAQUEUR, Le Terrifiant Secret. La « solution finale » et l’information étouffée, Gallimard, Paris, 1981.
P. 16 : [...] utilisation par les Allemands des cadavres de soldats pour la production de lubrifiants comme la glycérine et le savon.
P. 17 : [fin 1941-1942] [...] et de savons fabriqués à partir de cadavres, [...].
P. 70 : Un mois plus tard [en août 1943 ?], l’ambassade britannique à Madrid fit savoir que le Gouvernement espagnol accepterait l’idée d’autoriser les Juifs détenteurs de passeports espagnols à venir en Espagne au lieu d’être envoyés en Pologne où ils mourraient probablement dans des camps de concentration et serviraient à fabriquer du savon.
[Note : cité dans l’ouvrage de B. WASSERSTEIN, Britain and the Jews of Europe 1939-1945, Londres, 1979, p. 237.]
P. 103 : Il y eut un rapport qui affirmait que les cadavres des victimes à fabriquer du savon et des engrais : il émanait probablement de Sternbuch à Montreux, le représentant des Juifs orthodoxes, qui le tenait d’une source polonaise. Riegner raconta une histoire semblable sur la foi d’un « officier antinazi attaché à l’état-major de l’armée allemande » : il y avait deux usines qui utilisaient les cadavres des Juifs pour fabriquer du savon, de la colle et des lubrifiants. Ces histoires invraisemblables renforcèrent le scepticisme à Londres et à Washington. Comme Frank Roberts l’écrivait : « Les faits sont déjà assez graves sans qu’on y ajoute une vieille histoire comme celle de la fabrication de savon à partir de cadavres. » [Wasserstein, p. 169]. Il s’avéra après la / [p. 104] guerre que l’histoire était en fait fausse. Mais les cheveux des victimes du sexe féminin servaient effectivement à l’effort de guerre, et les rumeurs concernant la fabrication de savon à partir des cadavres des victimes juives s’étaient largement répandues, en tout cas, parmi les non-Juifs en Pologne, en Slovaquie et en Allemagne. Il y était fait allusion dans divers rapports confidentiels allemands et même dans la correspondance échangée entre les dirigeants nazis.

1988 [?]. Raul HILBERG, La Destruction des juifs d’Europe, traduit de l’anglais par Marie-France de Paloméra et André Charpentier, Fayard, [Paris], 1988.
P. 637 : Bientôt de nouvelles informations filtraient, non seulement dans les milieux gouvernementaux, mais également dans le public. En juillet 1942, un groupe de 700 Allemands de souche mais « asociaux », en provenance de Slovaquie, fut « réinstallé ». Au moment de leur départ, une rumeur commença à circuler : les « réinstallés » allaient être « bouillis et transformés en savon » [note] (zur Seife verkocht werden). Cette rumeur reprenait un bruit bien connu selon lequel, dans les centres d’extermination, les Allemands faisaient des savonnettes avec la graisse humaine.
Note : Karmasin (chef des Allemands de souche en Slovaquie) à Himmler, 29 juillet 1942, NO-1660.
P. 638 : S’adressant à Ludin, Tuka affirma qu’un évêque avait cité des bruits faisant état d’exécutions massives de Juifs en Ukraine et précisant qu’on tuait non seulement les hommes, mais aussi les femmes et les enfants. Avant leur exécution, les Juifs devaient creuser eux-mêmes leur fosse. Ceux qu’on n’enterrait pas étaient transformés en savonnettes.
P. 836 : Ce puissant réseau de rumeurs n’atteignait pas que les oreilles allemandes. Nous avons déjà eu l’occasion de noter que les informations sur les centres de mise à mort parvinrent aux populations de plusieurs pays sous la forme d’un bruit bien précis : la graisse des cadavres dont les Allemands faisaient du savon. On n’a pas encore retrouvé l’origine de cette rumeur, mais une indication nous est sans doute fournie par le témoignage, après la guerre, d’un inspecteur de la SS, le Dr Konrad Morgen, qui fut très actif en Pologne à une époque. Le Dr Morgen se pencha notamment sur le cas du Brigadeführer Dirlewanger. Il faut souligner que Dirlewanger n’avait rien à voir avec les centres de mise à mort. Il commandait une célèbre brigade de SS douteux stationnée dans le Gouvernement général en 1941. Que faisait cet homme ? D’après Morgen :

[...] Dirlewanger avait arrêté des gens illégalement et arbitrairement et avec ses prisonnières – de jeunes Juives –, il fit la chose suivante : il réunit un petit groupe d’amis consistant en membres d’une unité d’appui de la Wehrmacht. Puis il procéda à de pseudo-expériences scientifiques, qui incluaient le déshabillage des victimes. On leur injecta ensuite de la strychnine. Dirlewanger observait la scène en fumant une cigarette, comme ses amis, et ils regardèrent mourir ces filles. Aussitôt après, les cadavres furent découpés en petits morceaux, mélangés à de la viande de cheval, et bouillis pour en faire du savon.
Je voudrais dire ici, catégoriquement, que nous n’avions, pour ce qui est de cette affaire, que des soupçons, même s’ils étaient extrêmement insistants. Nous avions les déclarations de témoins concernant ces incidents, et la Police de sécurité de Lublin a procédé à des enquêtes bien précises... [note 23]

Le 29 juillet 1942, le chef des Allemands de souche en Slovaquie, Karmasin, avait écrit à Himmler une lettre où il décrivait la « réinstallation » de 700 Allemands de souche « asociaux ». Un des problèmes, précisait Karmasin, était le bruit qui courait (et que reprenait le clergé) selon lequel les « réinstallés » allaient être « cuits et transformés en savon (dass die Aussiedler "zur Zeife verkocht werden") » [note 24]. En octobre 1942, la Division de la propagande du district de Lublin rapportait que, d’après une rumeur qui se propageait dans la ville, c’était à présent au tour des Polonais d’être utilisés, comme les Juifs, pour la « production de savon (Die Polen kommen jetzt genau wie die Juden zur Seifenproduktion dran) [note 25] ». À la Generaldirektion der Ostbahn, les responsables du trafic ferroviaire disaient en plaisantant / [p. 837] (ironisch), à propos des gazages, qu’une nouvelle distribution de savon était en route [note 26].
Les SS et la Police ne parvenaient pas à faire cesser les rumeurs – qui persistèrent bien après la fin de la guerre [note 27].
Note 23 : Témoignage en cours d’instruction de Morgen, procès n° 11, tr., p. 4045-4076.
Note 24 : Karmasin à Himmler, 29 juillet 1942, NO-1660.
Note 25 : GG Division centrale de la propagande, rapports hebdomadaires d’activité des divisions de district de la propagande, rapport de la division de Lublin du 3 octobre 1942, Occ E 2-2.
Note 26 : Témoignage oral de Christian Johann Liebhauser du 28 août 1961, procès Ganzenmüller, vol. 5, pp. 154-159.
Note 27 : La rumeur relative au savon semble avoir été particulièrement insistante. D’après Friedman (Oswiecim, p. 64), la population polonaise boycottait le savon parce qu’on croyait que des composants humains avaient été utilisés dans sa fabrication. Un document du professeur R. Spanner, directeur de l’institut d’anatomie de l’Académie de médecine de Dantzig, du 15 février 1944, USSR-196, comporte une recette pour fabriquer du savon avec des restes de graisse (Seifenherstellung aus Fettresten), accompagnée de recommandations pour la suppression de l’odeur. Le document ne fait aucune allusion à de la graisse humaine. Toutefois, le 5 mai 1945, le nouveau maire (polonais) de Dantzig, Kotus-Jankowski, attesta lors d’une session du Conseil national : « Nous avons découvert, à l’institut d’hygiène de Dantzig, une fabrique de savon où l’on utilisait des corps humains venant du camp de Stutthof, proche de Dantzig. Nous avons découvert 350 cadavres, des prisonniers polonais et soviétiques. Nous avons trouvé une marmite contenant des restes de chair humaine bouillie, une boîte d’os humains préparés, et des paniers de mains et de pieds et de peau humaine, dont la graisse avait été enlevée. » Cité par Friedman, Oswiecim, p. 64. La rumeur du savon se perpétua même après la guerre. Des savonnettes, qui auraient été confectionnées avec la graisse de Juifs morts, sont conservées en Israël et par le YIVO Institute de New York.

1990. Yehuda Bauer. Propos rapportés par Hugh ORGEL, « Holocaust expert rejects charge that Nazis made soap from Jews », The Northern California Jewish Bulletin, 27 avril 1990.
TEL AVIV. – Le professeur Yehuda Bauer, directeur du département d’histoire de l’Holocauste à l’Université hébraïque et considéré comme l’un des principaux spécialistes de l’Holocauste, a démenti l’accusation fréquemment lancée selon laquelle les nazis utilisèrent les corps des victimes juives des camps de la mort pour faire du savon.
Les possibilités techniques pour la transformation de la graisse humaine en savon n’étaient pas connues à cette époque, a déclaré Bauer dimanche, lors d’un rassemblement pour le Yom Hashoah à la mémoire de l’Holocauste.
Les détenus des camps étaient prêts à croire n’importe quelle histoire horrible à propos de leurs persécuteurs et les nazis ne demandaient pas mieux que de leur laisser croire les récits, a-t-il dit.
« Les nazis ont fait des choses suffisamment horribles pendant l’Holocauste. Nous n’avons pas à continuer de croire à des histoires mensongères », a dit Bauer.
Des rumeurs sans fondement sur l’utilisation des cadavres de soldats britanniques pour la fabrication de savon avaient circulé pendant la première et la seconde guerre mondiale, a-t-il dit.
Raoul Hilberg, professeur de sciences politiques à l’Université du Vermont et éminent historien de l’Holocauste, admet que la rumeur du savon, bien que répandue, était probablement infondée.
« Il y avait toutes sortes de rumeurs », a-t-il déclaré, faisant observer qu’un article du New York Times pendant la guerre avait insinué qu’on donnait aux juifs des injections mortelles avant la déportation et qu’ils arrivaient dans les camps d’extermination déjà morts.
D’autres rumeurs supposaient que les juifs étaient tués dans le camp de Belzec par électrocution dans l’eau ; certains pensaient que les juifs étaient gazés dans les trains. « Toutes ces rumeurs sont sans fondement et ne reposent sur absolument rien », a déclaré Hilberg. « Aucune preuve n’est apparue » démontrant que les nazis ont utilisé de la graisse humaine pour faire du savon.
À Danzig, en Allemagne (à présent Gdansk, en Pologne), des photos de personnes corpulentes mortes coupées en morceaux et une recette pour faire du savon ont été découvertes en 1945 dans le camp de Stutthof. « Mais nous ne savons pas si c’étaient des cadavres de juifs ou si les photos et la recette allaient ensemble », a dit Hilberg.
De plus, la rumeur circulait dès 1942, selon des indices documentaires.
« On peut raisonnablement penser que l’histoire a circulé, mais je ne peux pas dire si elle est vraie ou pas », a déclaré Hilberg.
[Concernant la véritable [?] position de Bauer sur le sujet du savon humain, on lira avec intérêt la note de lecture dans Akribeia, n° 2, mars 1998, p. 209-210.]

1991. Georges-H. PESCADÈRE, 77023 : quarante-quatre ans après, préface de Henri Guignard, IMF Productions, achevé d’imprimer en novembre 1991 sur les presses de l’Imprimerie Littéraire Michel Fricker, St-Estève, [14]-632 p.
P. 418 : [...] savon fait avec des cendres de nos camarades « holocaustés », qu’on dit, mis en forme de savonnette... Se laver avec des cendres de nos frères amis... Non, non, on n’a pas encore tout vu : Est-ce vrai ?

1992. Sylvain KAUFMANN, Le Livre de la mémoire : au-delà de l’enfer, préface de Robert Badinter, Jean-Claude Lattès/ Stock, Paris, octobre 1992, 522 p. [Présenté, pour la première fois, en intégralité].
P. 420 : Car les corps ont servi pour partie à faire des savons, pour partie à faire des engrais, même après leur carbonisation, et la Vistule a charrié le reste.

1993. Emmanuel CARRÈRE, Je suis vivant et vous êtes mort. Philip K. Dick 1928-1982, Le Seuil, Paris, 1993.
P. 81 : Après leur écrasante victoire de 1947, les puissances de l’Axe, décida-t-il, se sont partagé le monde. L’Europe, l’Afrique et l’est de l’Amérique, jusqu’aux montagnes Rocheuses, reviennent au Reich. Le chancelier Martin Bormann y poursuit la politique de son prédécesseur, transformant un appréciable pourcentage de ses populations en savonnettes et le continent africain en... on ne sait pas quoi, et on préfère éviter d’y penser.

1993. Reynald SECHER, « La Vendée, mémoire et génocide », dans : collectif, L’Envers des droits de l’homme, Renaissance Catholique, Issy-les-Moulineaux, décembre 1993.
P. 178 : Cependant, la richesse est telle en Vendée que se pose un problème de transport. On fait donc une razzia sur toutes les charrettes disponibles. Les Vendéens, qui ont compris ce qui se passe, retirent les roues de leurs charrettes. On décide alors de créer des ateliers de construction de roues. Mais on n’a pas de graisse : c’est alors que germe l’idée de faire fondre les corps de Vendéens et de récupérer la graisse pour graisser les roues des convois qui pillent la Vendée. Là encore, on dispose de tous les rapports originaux à ce sujet. De même que l’on a retrouvé les rapports concernant les tanneries de peaux humaines.

1993. Henry ROUSSO, « La blessure d’Israël » [recension du livre de Tom SEGEV, Le Septième Million], Libération, 9 décembre 1993.
P. 23 : [...] cette humanité souffrante et désespérée, rescapée des camps de la mort, qu’un terme populaire de l’époque appelait les Sabon (Savons), allusion à la légende selon laquelle les nazis fabriquaient des savons avec les cadavres ?

1994. Gustave CORCAO, Le Siècle de l’enfer, Éditions Sainte-Madeleine, Le Barroux, 1994.
P. 443 : Les juifs se mobilisent, parce qu’ils ont des millions de parents et d’amis transformés en peaux d’abat-jour ou en savonnettes...

1994. FLS News : The Newsletter of the Folklore Society, n° 19, juin. D’après une note de lecture de Foaftale News, n° 35, octobre 1994, p. 16, il serait question, dans ce n° 19, d’un récit de 1939 sur une atrocité de guerre dans laquelle les Britanniques fabriqueraient de la colle forte (glue) à partir de crânes d’Espagnols morts.

1995. Denise HOLSTEIN, « Je ne vous oublierai jamais, mes enfants d’Auschwitz... », Éditions n° 1, Paris, janvier 1995. Coll. Témoignage, 144 p.
P. 50-51 : [Quand elle arrive à Auschwitz, un détenu lui dit :] « Surtout, ne prends pas de gosse dans les bras. » Je ne comprends pas, je lui demande pourquoi. « Tu comprendras d’ici quelques jours. » Puis, me montrant / [p. 51] les petits : « Tu vois, ça va faire du savon. »
P. 71 : « Ca va faire du savon » m’a dit l’homme auquel j’ai parlé le jour de notre arrivée.
P. 106 : À l’arrivée, les personnes qui montaient dans les camions entraient dans une pièce pour se déshabiller. Il y avait là de grands écriteaux demandant aux gens de bien ranger leurs affaires pour les retrouver à la sortie. Ils descendaient dans une chambre de douche où ils étaient asphyxiés au Zyklon B. Le plancher s’écartait et les corps tombaient sur une espèce de tapis roulant et, un peu plus loin, on coupait les cheveux pour en faire des bas en soie. On retirait les dents en or à coups de marteau et on découpait les tatouages car la femme du commandant avait la manie de faire des abat-jour avec la peau tatouée des suppliciés. Ensuite les corps étaient brûlés et on récupérait la graisse humaine pour en faire du savon.
P. 126-127 : [elle répond aux questions de collégiens :] Ils me demandent aussi si j’ai encore des cauchemars, si les Allemands faisaient vraiment du savon avec la graisse humaine [...] / [p. 127] Oui, dans les camps d’extermination, le pire fut vrai, chambre à gaz et crématoires, assassinats et tortures diverses, savon fait à partir de graisse humaine et abat-jour en peau humaine tatouée...

1995. Jacques LANGLOIS, « Savon maudit », Rivarol, n° 2241, 14 avril 1995, p. 7.
Le 3 avril a éclaté en Israël un affreux scandale, dont le très influent quotidien « Ma’ariv » a parfaitement résumé les fatales implications : « Les antisémites du monde entier se frottent les mains quand, en Israël, des souvenirs de l’Holocauste sont vendus aux enchères. C’est ce qu’ils affirment toujours : pour de l’argent, les juifs sont prêts à vendre leur âme. Il est reconnu que les Allemands n’ont fabriqué aucun savon avec la graisse ou les cendres de juifs. C’est une légende née d’une fausse interprétation du sigle pour le savon dans les camps de concentration. Si les juifs mentent sur ce thème, ceux qui nous haïssent diront : "Ils mentent donc aussi sur le thème des chambres à gaz et des fours crématoires". »
Enchères aux étoiles
De quoi s’agit-il donc ? La société « Zodiac » venait d’annoncer, pour le 25 avril à Tel Aviv, la vente aux enchères d’« archives et biens de famille » dispersés par un certain Moshé Yahalom, propre fils du déporté qui avait collectionné ces « reliques ». Parmi lesquelles des étoiles jaunes, des convocations de rassemblement, des certificats de décès frappés de la croix gammée... et le fameux savon, que le vendeur précisait avoir été « produit par de la graisse humaine prélevée sur les victimes ».
Dans un premier temps, la mise aux enchères de ce produit ne suscita que l’indignation du grand rabbin ashkenaze Israël Lau et d’un ancien président de la Knesseth, Dov Shilansky. Celui-ci fut horrifié à l’idée que quiconque pût acquérir un objet où « survit peut-être encore un membre de votre famille », et, indique « Actualité juive » (du 6 avril), le grand rabbin demanda que « le savon soit dignement inhumé s’il est authentifié ».
Mais pouvait-il l’être ? C’est alors que, furieux, entra en scène le professeur Yehuda Bauer, principal spécialiste israélien de l’Holocauste et conservateur du mémorial de Yad Vashem. Le 5 mai 1990, dans une déclaration qu’avait reprise le « Jerusalem Post », l’historien avait affirmé : « Nazis never made human-fat soap », soulignant d’ailleurs que si les nazis n’avaient donc jamais fabriqué de savon humain, c’est parce qu’ils ne disposaient pas... de la technologie nécessaire ! Bauer n’en déclarait pas moins que « les nazis avaient commis assez d’atrocités sans qu’il fût nécessaire d’ajouter de fausses allégations ».
Allégations attentatoires à la crédibilité de la Shoah et donc gravement préjudiciables à la dignité des survivants comme à la mémoire des disparus, d’où la véritable affaire d’État qu’est devenue la vente de la collection Yahalom, vente qui d’ailleurs serait maintenue – à l’exception du fameux savon – à la date prévue, ce qui amplifie d’ailleurs le scandale : car le 25 avril se trouve être l’avant-veille du Jour de la Shoah, commémorant en Israël « le génocide de six millions de juifs ». [...].

1996. 1er janvier, Libération. P. 20 : Heiner Müller, poète et dramaturge allemand, mort le 30 décembre 1995.
Poème intitulé Savon à Bayreuth.
Poème de Heiner Müller à Daniel Barenboïm (traduit par J.-L. Besson et Jean Jourdheuil) :

Enfant j’entendais les adultes dire :
Dans les camps de concentration avec les Juifs
On fait du savon. Depuis j’ai toujours eu de l’antipathie
Pour le savon et j’exècre l’odeur du savon.
Aujourd’hui je mets en scène TRISTAN et j’habite
Dans un appartement moderne de la ville de Bayreuth.
L’appartement est propre comme je n’en ai jamais vu
Tout est à sa place : Les couteaux, Les cuillères, Les fourchettes/
Les casseroles, Les poêles, Les assiettes, Les tasses, Le lit double./
La douche, MADE IN GERMANY, réveillerait les morts.
Aux murs du kitsch floral et alpin.
Ici l’ordre règne, même la verdure derrière la maison
Est en ordre, la rue silencieuse, en face la HIPOBANK.
Quand j’ouvre la fenêtre pour la première fois : l’odeur du savon./
Je sais à présent, dis-je face au silence,
Ce que ce signifie habiter en enfer et
Ne pas être un mort ou un assassin. Ici
Naquit Auschwitz dans l’odeur du savon.

1996. Les Cahiers d’histoire sociale, n° 7, automne-hiver 1996. Article de Pierre Rigoulot sur les camps de concentration en Corée du Nord, p. 143-155.
P. 150 : An affirme avoir entendu une conversation entre le chef de la garde et deux autres membres du personnel d’encadrement du camp n° 13 où étaient évoquées des pratiques qu’on croyait réservées aux seuls exterminateurs des camps nazis. « Camarades, dit l’un d’eux, sous-chef d’escouade, j’ai vu hier les fumées à la cheminée du Troisième Bureau. Est-il vrai qu’on comprime les corps pour en extraire la graisse ? »

1997. Fortean Times, n° 95, février 1997, p. 17. Cite une dépêche de l’Associated Press du 19 juin 1996.
Au Canada, Sandy Charles, 14 ans, habitant l’État du Saskatchewan, a tué et dépiauté une camarade de jeux âgée de 7 ans, puis a fait cuire la chair de sa victime sur un poêle. Son avocat a déclaré qu’il avait été influencé par le film d’horreur Warlock qu’il avait vu au moins dix fois. Il a cru qu’il pourrait voler s’il buvait de la graisse humaine bouillie.

1999. Zoran RADOSAVLJEVIC, « Death "was done manually" in Croatian concentration camp : witness. Commander’s Trial », National Post [Canada], 6 mai 1999, p. A 13.
Procès de Dinko Sakic, 77 ans, à Zagreb, ancien commandant du camp de concentration de Jasenovac d’avril à novembre 1944, accusé de plus de 2 000 meurtres.
Josef Erlih, 71 ans, ancien détenu, a témoigné devant le tribunal.
[...] M. Erlih a déclaré que les Oustachis essayèrent d’imiter les camps allemands sur un point à la fin de 1944.
« Ils construisirent d’énormes chaudières à fusion [melting pots] pour faire du savon mais ils en abandonnèrent l’idée. D’abord, il y avait l’odeur, et puis, les détenus étaient tellement émaciés, sans graisse, que le procédé ne produisait que du liquide, pas de savons », a-t-il déclaré.

1999. Lucien Luck, article clôturant un dossier intitulé : « Justice, Pardon et Crime contre l’Humanité », Shofar, n° 210, septembre-octobre 1999, p. 41-42. Cité d’après la brochure de Vincent REYNOUARD, L’Affaire Jörg Haider ou Quand la Shoah est utilisée contre toute tentative de résurrection nationale, Vrij Historisch Onderzoek, [Anvers], février 2000, p. 55.
Qu’est-ce qu’un crime de lèse-humanité ? Un acte pervers dans lequel on dénie la qualité d’être humain à des hommes, des femmes et des enfants. Au point de le ravaler à l’état d’objets recyclables, en leur infligeant une mort honteuse. N’extrayait-on pas des cadavres, au cours de la Shoa, graisses saponifiables, dents en or, cheveux pour l’industrie textile ? Même les peaux humaines servaient à fabriquer des abat-jour, dont l’éclairage fascinant charmait les loisirs des bourreaux.

1999. David FINCHER, réalisateur du film Fight Club, interrogé par Samuel Blumenfeld, Le Monde, 6 novembre 1999, p. 32. Extraits.
– Vous montrez dans Fight Club une secte fondée par un certain Tyler Durden qui gagne sa vie en fabriquant du savon à partir de graisse humaine subtilisée dans les poubelles d’une clinique pratiquant la liposuccion.
– Je tenais à me moquer des pratiques de la chirurgie esthétique et de ces femmes que l’on peut croiser à Beverly Hills et dont le visage a été refait tant de fois qu’elles en deviennent méconnaissables.
– Savez-vous que la seule fois où l’on a utilisé de la graisse humaine pour fabriquer du savon, c’était dans les camps de la mort, ce qui jette une étrange lumière sur cet épisode de Fight Club ?
– J’ignorais que les nazis avaient de telles pratiques. Je ne connais rien de cet épisode, mais mon idée n’était pas d’offenser qui que ce soit.
– Les journalistes ont reçu en cadeau un savon identique à celui que vend Tyler Durden dans Fight Club. Étiez-vous au courant et qu’en pensez-vous ?
– J’étais vaguement au courant, mais je ne m’occupe pas de la promotion.
– Les membres de la secte « Fight Club » ont en général la tête rasée et portent des calots qui peuvent leur donner l’aspect d’un déporté. Ce rapprochement était-il intentionnel ?
– Bien sûr que non. Beaucoup de personnes peuvent avoir la tête rasée. Vous n’auriez pas tendance à voir le IIIe Reich un peu partout ?
[…]

1999. Olivier MALENTRAIDE, « La première fois (sic) où l’on a utilisé de la graisse humaine... », Présent, 9 novembre 1999.
P. 4 : Le 10 novembre sortira sur les écrans, en France, Fight Club de David Fincher. Un film très violent qui, aux États-Unis, a soulevé de violentes polémiques. On y voit notamment un homme qui gagne sa vie en fabriquant du savon à partir de graisse humaine. Ce qui a interpelle Le Monde. Qui a chargé Samuel Blumenfeld d’aller demander des comptes à David Fincher. En lui demandant notamment :
– Savez-vous que la seule fois où l’on a utilisé de la graisse humaine pour fabriquer du savon, c’était dans les camps de la mort ?
Eh bien, non. Ce n’est ni la seule fois ni la première fois. Là, encore, les nazis ont été précédés dans de telles pratiques par les Grands Ancêtres qui, en Vendée, se sont – peut-être pour la première fois – livrés à de telles abominations. Sur le sujet, on conseillera donc au Monde de lire les travaux définitifs de l’historien Reynald Secher.


Akribeia, n° 6, mars 2000, p. 33-49.


Akribeia
Directeur: Jean Plantin
45/3, route de Vourles
F-69230 Saint-Genis-Laval

Prix des n° 1 et 2 : 20,5 € fco ; des n° 3 et 4 : 21,5 € fco ; des n° 5 et 6 : 18 € fco.


Retournez à la table des matières d' Akribeia n° 6