Chronologie succincte de l’affaire Plantin (suite)

Petite contribution à une histoire de la totalitarisation de la France

8 septembre 1999. Le jugement dans le second procès Plantin (qui s’est tenu le 7 septembre) est repoussé au 7 octobre (Le Progrès, 29 septembre 1999, p. 5). La raison de ce report n’est pas précisée.
7 octobre 1999. Le tribunal correctionnel de Lyon rend son jugement dans la seconde affaire Plantin. Ce dernier est condamné à une peine d’emprisonnement de six mois avec sursis et à une amende délictuelle de 30 000 francs. Son imprimeur, Michel Brailly, est déclaré coupable, comme complice, mais est dispensé de peine.
Plantin et Brailly sont en outre condamnés à verser solidairement 20 000 francs à titre de dommages-intérêts et 3 000 francs en application de l’article 475-1 du code de procédure pénale à la Licra et 10 000 francs et 2 000 francs, à SOS- Racisme, sur les mêmes fondements.
Le passage du jugement qui motive la condamnation pour contestation de crime contre l’humanité discrédite radicalement – s’il en était besoin – l’institution judiciaire française. Le jugement et ce passage en particulier feront ultérieurement l’objet d’une analyse détaillée.
À la sortie du tribunal, Me Alain Jakubowicz, avocat de la Licra, déclare, ce qui ne manque pas de sel dans sa bouche : « Les olibrius comme Plantin, malheureusement formé par l’université lyonnaise, sont des activistes politiques et non pas historiques. » Et il ajoute, à propos des révisionnistes : « Il faut, hélas, davantage que les décisions de justice pour les faire taire » (propos rapportés dans Le Progrès, 8 octobre 1999, p. 9). Selon Lyon capitale (n° 244, 13-19 octobre 1999, p. 5), il aurait estimé que la peine infligée était « plutôt sévère », sans qu’on connaisse les raisons de ce sentiment. Devant les caméras de télévision, il en appellera au ministère de l’Intérieur pour qu’il interdise la revue Akribeia. Décidément, cet homme contrôle mal ses pulsions totalitaires et confirme sa grande dangerosité pour les libertés publiques. Il appartient aux esprits libres d’être vigilants.
8 octobre 1999. Jean Plantin fait appel du jugement du 7 octobre. L’imprimeur Brailly fait également appel de sa condamnation dans le délai légal.
14 octobre 1999. Dans Le Progrès, Yves Alègre annonce l’appel de Plantin et ajoute que les deux procès en appel (le premier pour « publicité » interdite, le second pour contestation de crime contre l’humanité) seront probablement joints devant la Cour d’appel de Lyon. Dès le 7 septembre, L’Humanité avait donné la date du procès en appel, à savoir le 8 décembre 1999.
5 novembre 1999. L’historien lyonnais Bernard Comte rend public son Mémoire historique sur les affaires de négationnisme dans les universités lyonnaises (1978-1999) (environ 75 pages). Comte s’est appuyé sur les seules archives de Lyon 2, l’accord de Lyon 3 et du rectorat lui étant parvenu trop tard. Ce rapport devra donc être complété.
Pour l’auteur du rapport, « le hasard explique largement la présence d’individus doués pour le négationnisme à Lyon 2 », à quoi s’ajoute, « peut-être, un manque de vigilance individuel ou collectif ». Il n’en va pas de même pour Lyon 3. Cette université « a abrité pendant une quinzaine d’années des noyaux d’extrême droite, terrain favorable pour le négationnisme » (Le Progrès, 6 novembre 1999, p. 6 ; Lyon Figaro, 6 novembre 1999, p. 6 ; Lyon capitale, n° 248, 10-16 novembre 1999, p. 5.)
1er décembre 1999. À l’occasion du débat à Bruxelles sur le premier rapport annuel de l’Union européenne sur les Droits de l’Homme, Bruno Gollnisch, député européen du Front national, évoque l’affaire Plantin et les poursuites judiciaires contre la revue Akribeia. Voici le texte intégral – qui comporte quelques erreurs de détail – de son intervention, limitée à 2 minutes :

Monsieur le Président, à l’occasion de la présentation de ce volumineux rapport sur les droits de l’homme, j’évoquerai les violations constantes de ces droits commis sur le fondement d’une législation stalinienne contre les intellectuels de toutes spécialités qui osent émettre des opinions critiques ou tout simplement indépendantes, relativement à l’histoire de la dernière guerre mondiale dont le drame concentrationnaire obnubile de plus en plus les médias, l’éducation, la presse, au service de tous [sic] autres intérêts que la seule défense de la mémoire des victimes.
Il y a, à l’heure actuelle en Europe, des milliers d’historiens, de sociologues, de chercheurs, d’experts ou simplement de citoyens qui sont poursuivis, persécutés, molestés, condamnés, pour le seul crime d’examiner librement les dogmes toujours variables, mais parfois délirants, que prétendent leur imposer des auteurs stipendiés bénéficiant, eux, de toutes les complaisances officielles.
C’est ainsi que, dans ma ville de Lyon, un jeune historien sans ressources et que je ne connaissais pas, M. Plantin, a été condamné pour le seul crime d’avoir fait mention, en bibliographie, dans une revue savante qu’il édite, d’ouvrages rectifiant des erreurs historiques auxquelles n’adhère plus aucun historien sérieux, à quelque bord qu’il appartienne. Il a été arrêté, son ordinateur a été confisqué, chacune des associations habituelles, requérantes contre lui, a extorqué de lourdes indemnités. Ses anciens maîtres à l’université ont dû s’excuser, avec une répugnante lâcheté, des diplômes qu’ils lui ont décernés.
Son imprimeur, un artisan rural, a, lui aussi, été condamné. On a invoqué contre lui tantôt la loi sur les publications corrompant la jeunesse, qui pourrait trouver d’autres champs d’application, tantôt la loi du communiste français Gayssot, qui oblige, par exemple, à continuer de charger les Allemands du massacre de milliers d’officiers polonais à Katyn, pourtant avoué par les Soviétiques. Les magistrats lyonnais qui ont rendu de tels jugements ont ainsi participé à un véritable procès en sorcellerie.
Voilà un sujet dont devrait s’occuper ce Parlement, qui se veut le garant du droit d’expression et des libertés publiques.

2 décembre 1999. La lettre d’informations Prospectives Rhône-Alpes persiste et signe. Évoquant le n° 5 de la revue Akribeia, dont elle présente ensuite le contenu de manière rapide, elle précise que ce numéro a été imprimé en Espagne. Et l’auteur du texte s’empresse d’ajouter aussitôt, trahissant ses pulsions répressives : « Il s’agira donc d’abord de savoir si elle est justiciable de textes applicables aux publications étrangères – et de l’actualité de ces textes aux [sic] regard de la construction européenne – ou de la loi GAYSSOT sur la répression de la négation de l’Holocauste. » Il est ensuite fait mention d’un certain « Philippe FAURISSON ».
Dans une sorte d’éditorial, la revue déclare pour finir que c’est pour elle un honneur que Plantin, l’éditeur d’Akribeia, « cet invraisemblable et dangereux fatras documentaire », ait qualifié son éditorial du 13 mai 1999 de « pur concentré de discours censorial » (voir Akribeia, n° 5, octobre 1999, p. 23).
6 décembre 1999. Un collectif d’associations totalitaires réunissant le Cercle Marc-Bloch, les éditions Golias, Ras l’Front et SOS-Racisme rend public un texte intitulé Pour la Mémoire : contre-rapport. Les dix affaires qui ont ébranlé le monde universitaire lyonnais (1978-1999). Ce contre-rapport de format A4 comporte 40 pages de texte et 28 pages de documents en fac-similé. La page de titre précise qu’il s’agit d’un « livre rouge pour en finir avec le négationnisme et les contre-vérités du "Rapport Comte" ». Les auteurs jugent le rapport Comte « plus que décevant » et considèrent qu’il est « une indigence historique » (non-indication de faits et de sources, ignorance de documents essentiels), « une faute éthique » (tentative d’effacement des responsabilités institutionnelles), « une erreur politique » (attaque des associations antirévisionnistes, contestation de la validité de la loi Gayssot). L’objectif du contre-rapport « est de faire en sorte que Lyon ne puisse plus à l’avenir être la "capitale du négationnisme" ». Pour les auteurs, il est clair que la « thèse du hasard invoquée ne résiste pas à l’examen » [2]. Sont abordées ensuite dix affaires dont certaines n’ont absolument aucun lien avec la question du révisionnisme historique. Il s’agissait de faire nombre. À tout seigneur tout honneur [sic], c’est l’affaire Plantin qui est examinée en premier lieu. Le texte apporte une « révélation », à savoir que Jean Plantin, « avant son entrée à l’université, avait déjà un engagement négationniste public ». C’est lui, en effet, qui avait assuré la traduction de la longue étude du révisionniste italien Carlo Mattogno qui ouvrait le n° 1 de la revue des Annales d’histoire révisionniste paru en mai 1987. Le texte de Mattogno, long de 93 pages, était intitulé : « Le mythe de l’extermination des juifs. Introduction historico-bibliographique à l’historiographie révisionniste. » Le nom du traducteur figurait en toutes lettres à la page 108. Ce que ne savent pas nos auteurs, bien entendu, c’est que Plantin avait également traduit les articles de Carlo Mattogno parus dans les numéros 3 et 5 des Annales d’histoire révisionniste. D’autres ouvrages ou études de l’Italien avaient en outre été traduits par Plantin mais ils n’ont jamais pu être publiés en France. Le contre-rapport ajoute que le sujet du D.E.A. de Plantin (sur les épidémies de typhus exanthématique) est « typiquement faurissonien » et qu’à la fois Lyon 2 et Lyon 3 ont diplômé l’ancien étudiant de façon irrégulière. Des mesures sont réclamées pour faire cesser cet abominable scandale.
D’autres « affaires » sont ensuite abordées : les affaires Robert, Carrel, Lugan, Pinault-Pennaod, Notin, Lumière, Bdioui, Roques, Faurisson. Inutile de dire que les erreurs et les perles en tous genres abondent dans ces quelques pages.
Le dernier chapitre, intitulé « Les mots du rapport Comte », examine à la loupe le vocabulaire utilisé par Bernard Comte dans son rapport concernant lui-même, les révisionnistes (comme Faurisson, Zind et Plantin) et les « militants contre le négationnisme ». Les auteurs du contre-rapport se plaisent à rappeler que l’épurateur Philippe Videlier « a reçu l’Ordre national du Mérite pour sa lutte contre le racisme et le négationnisme » [39], qu’ils sont eux-mêmes « des personnes éclairées » [39] qui ont « le tort [aux yeux de leurs méprisables adversaires] d’avoir une pensée claire et ferme » [40].
Il est affirmé en conclusion : « L’analyse et la solution du Rapport Comte tient en deux mots, "hasard" et "coïncidences". Ce sont les deux mots les moins historiques qui soient. Si dix affaires en vingt années étaient dues au hasard, nous nagerions en pleine science-fiction. Nous avons montré quels sont les liens entre les personnes et les faits, nous avons montré que les responsabilités sont graves au plan éthique, politique et administratif. Nous disons encore une fois : le rapport sur le négationnisme que nous avons lu n’a pas les qualités requises. De même que la rigueur d’analyse du rapporteur est entachée de trop de préjugés. » C’est la pelle qui se moque du fourgon !
En même temps que le contre-rapport est rendu public, les organisations qui en sont à l’origine demandent une nouvelle fois l’annulation des diplômes de Plantin et réclament au ministère de l’Intérieur l’interdiction de la revue Akribeia (Nathalie AVRIL, « Négationnisme : un "livre rouge" attaque le rapport Comte », Le Progrès, 7 décembre 1999, p. 5 ; Lyon Figaro, 8 décembre 1999, p. 4 ; Lyon capitale, n° 252, 8-14 décembre 1999, p. 6).
Information accablante à propos de la justice lyonnaise : Pierre Hémon, membre épurateur de la milice Ras l’Front, tient à préciser « qu’en ce qui concerne l’affaire Plantin, le parquet a travaillé en collaboration avec les associations antiracistes », (Lyon Figaro, 8 décembre, p. 4). C’est-à-dire, en fait, avec des organisations totalitaires ennemies des libertés publiques essentielles. Dont acte.
8 décembre 1999. Vers 11 h 30, Me Delcroix se rend à la Cour d’appel de Lyon pour se présenter à l’avocat général Jean-Olivier Viout et au président Jean-Luc Gouverneur. Il les informe de l’absence de Plantin au procès qui doit se tenir l’après-midi. Aucun des deux hommes ne fait d’objection.
L’après-midi, changement d’ambiance.
Le procureur Viout exige la présence de Plantin et compare son attitude à celle de Klaus Barbie en 1987 qui avait décidé de ne plus parler trois jours après le début de son procès pour crimes contre l’humanité. Viout semble faire une sorte de fixation sur Barbie. Selon un article du journaliste lyonnais Gérard Schmitt, il a été le « bras droit du procureur général Truche » et il « eut un rôle essentiel dans le déroulement du procès de Klaus Barbie » (Lyon Figaro, 10 février 2000, p. 3). Quand on connaît les coulisses peu reluisants de l’affaire Barbie, il n’y a certes pas lieu de s’en vanter ou d’en être fier. On relira à ce propos l’éclairant ouvrage de Me Jacques Vergès, Je défends Barbie (Jean Picollec, Paris, 1988). Et Viout ajoute, se croyant probablement dans un procès d’assises, que la présence de Plantin est « indispensable pour appréhender sa personnalité ». Cette requête est bien entendu activement soutenue par les avocats des organisations totalitaires parties civiles. Après en avoir délibéré, la Cour, présidée par Jean-Luc Gouverneur, ordonne la comparution personnelle de Plantin pour l’audience du 9 février 2000. Qu’il nous soit permis d’ajouter qu’il n’est pas dans les habitudes de la maison Plantin de rappliquer ventre à terre dans le premier tribunal venu pour aller rendre des comptes à telle ou telle organisation totalitaire et obscurantiste et à ses nombreux complices au sein du Parquet. À bon entendeur, salut !
9 février 1999. 13 h 30. La salle de la 7e chambre de la Cour d’appel de Lyon est pleine à craquer. De nombreuses personnes n’ont pu y pénétrer. Plantin et son avocat font leur apparition vers 13 h 30. Ils sont entrés par l’intérieur du tribunal grâce aux services de police.
13 h 40. L’imprimeur Brailly et Plantin sont brièvement interrogés sur leur identité et leurs revenus.
13 h 50. L’un des juges – Jean-Luc Gouverneur – fait la lecture du rapport sur les deux affaires Plantin.
14 h 10. Plantin est appelé à la barre pour l’interrogatoire. D’emblée, il déclare : « Je n’ai pas l’intention de participer à ce procès en sorcellerie. » Le président lui répond, un peu interloqué : « C’est pourtant vous qui avez fait appel. » Étonnante réponse en vérité . C’est tout juste si Plantin n’était pas accusé, à l’entendre, d’avoir lui-même engagé des poursuites contre lui-même pour avoir l’occasion d’exposer ses arguments révisionnistes. Passablement agacé par cette sinistre comédie judiciaire, Plantin eut alors envie de lancer : « De quoi je me mêle ? Je n’ai pas de compte à vous rendre, [mot censuré] ! » Heureusement, il se retint, préférant déclarer sobrement : « Mon avocat répondra. Il est là pour ça... », avant de réitérer son refus de coopérer à l’ignominieuse voie de fait que les juges s’apprêtaient à commettre contre lui : « Je n’ai rien à vous dire. » Il fut alors prié de se rasseoir.
Michel Brailly est ensuite appelé à la barre. Il tient à se démarquer de Plantin et assure que l’imprimeur Bosc vérifie à présent le contenu des textes qu’on lui remet à imprimer, surtout quand ils concernent la seconde guerre mondiale. Me Jakubowicz et Fréry, les avocats respectifs de la Licra et de SOS-Racisme, l’interrogent brièvement sur le nombre d’exemplaires imprimés du n° 4 d’Akribeia et sur la date exacte du dépôt légal.
14 h 20. Me Delcroix commence sa plaidoirie. Il aborde successivement l’affaire de « publicité » interdite (loi de juillet 1949) et la prétendue contestation de crime contre l’humanité (loi Gayssot ou art. 24 bis de la loi de 1881 sur la presse). Cette brillante plaidoirie, très technique sur le plan juridique, s’achève vers 16 h 00. Il avance notamment que les divers arrêtés d’interdiction pris depuis 1958 en vertu de la loi de juillet 1949 sont entachés de nullité. Nous reviendrons ultérieurement – dans une autre publication – sur cette argumentation. Il évoque également la plainte déposée le 19 octobre 1999 contre les quatre policiers auteurs de la perquisition illégale du 14 janvier 1999. Les quatre zélés fonctionnaires de la police de la pensée auront à répondre devant la justice, du moins l’espère-t-on, des chefs de violation de domicile (article 432-8 du nouveau Code pénal), entrave concertée à la liberté d’expression (article 431-1 al. 2 du même Code) et entrave discriminatoire en raison des opinions politiques à l’exercice d’une activité économique quelconque (article 432-7 § 2). La plainte est suspendue dans l’attente d’une décision de la justice dans cette affaire.
16 h 00. Me Jeantet, avocat de l’imprimeur Brailly, prend la parole pour dire que son client est un « homme honnête, loyal », qu’il a réalisé des travaux d’impression gracieux pour les Restos du Coeur, qu’il a été négligent dans cette affaire (Plantin) et que son contrôle a été insuffisant. Michel Brailly a donc ressenti sa condamnation comme une « infamie » malgré la dispense de peine. Sa relaxe est demandée.
16 h 10. Le procureur Viout prend la parole pour ses réquisitions. Il s’étonne ou feint de s’étonner du comportement de l’accusé et de « l’ahurissant paradoxe entre la revendication d’un droit à l’expression et le comportement de celui qui vient revendiquer ce droit » (propos rapportés dans Le Progrès, 10 février 2000, p. 5). Il compare à nouveau ce « mutisme » à celui de Klaus Barbie et parle de « mobiles et combats douteux ». Quelle farce ! De qui se moque-t-on, monsieur le juge ? Le procureur accuse Plantin de refuser le débat ! Mais quel débat, grand Dieu ? Quel est ce débat où une seule des parties a le droit de poser des questions à l’autre et où cette dernière est sous la menace d’une peine de prison qui peut aller jusqu’à un an ferme, d’amendes et de dommages et intérêts qui peuvent atteindre des sommes considérables et dont le recouvrement sera assuré par des huissiers voire les forces de police, si cela s’avère nécessaire ? Et dire que des magistrats français, procureurs et juges, se prêtent à cette infamie depuis dix ans ! C’est à la fois ahurissant et consternant. Une chose est sûre, dans tous les cas : aucun de ces magistrats ne sortira indemne, aux yeux de l’histoire et de la postérité, de leur participation active à la répression antirévisionniste. Ceux-là n’ont donc jamais de problèmes de conscience ? Abordant l’affaire de « publicité » interdite, Viout persiste à dire qu’il y a bien eu publicité et va, outrance verbale, jusqu’à parler de « retape ». On notera qu’à de nombreuses reprises, Viout, citant la revue Akribeia, prononça « Arikebia ». Le public s’en amusera très discrètement. Déformation volontaire, dyslexie ou simple méconnaissance du dossier ? La question reste pour l’heure sans réponse. Traitant de la contestation présumée de crimes contre l’humanité, il n’hésite pas à demander à la cour d’examiner les passages incriminés dans leur contexte, c’est-à-dire de prendre en compte ce qui les précède et ce qui les suit ! Après avoir demandé la confirmation de l’imprimeur Brailly, il poursuit par de longs développements sur la loi Gayssot, « loi d’airain de la République », et le procès de Nuremberg, « patrimoine historique ». Il conclut ses réquisitions en demandant la confirmation de la condamnation de Plantin et la publication de cette sanction dans la presse, au nom du totalitaire « devoir de mémoire ».
17 h 15. Maîtresse Fréry, avocate de l’organisation totalitaire SOS-Racisme, plaide en reprenant plus ou moins les mêmes arguments chétifs qu’elle avait développés en avril et septembre 1999.
17 h 50. Plaidoirie de Me Cherki. Rien de bien saillant dans ses propos, au point que la presse ne mentionnera même pas son nom le lendemain dans ses comptes rendus. Les journalistes ont de la sorte charitablement fait silence sur son abracadabrante et consternante histoire de prostituée.
18 h 10. Me Jakubowicz prend la parole pour la Licra. Après les habituelles et affligeantes considérations sur la loi Gayssot et sur le révisionnisme assimilé à une nouvelle forme d’antisémitisme, l’avocat assène que la publication de la revue Akribeia constitue un « trouble à l’ordre social » et que Plantin n’est qu’un « délinquant de base », que c’est lui qui arme le bras des nazillons, que c’est un « idéologue », que, comme Adolf Hitler, il « n’a pas de sang sur les mains ». Évoquant une tuerie survenue à Los Angeles dans une crèche juive, il soutient, indiquant de la main un numéro de la revue Akribeia, que c’est « cette littérature-là » qu’on a retrouvé chez le tueur. Pas moins. Il est comme ça, Jakubowicz, on ne le changera pas.
18 h 45. Me Jeantet reprend brièvement la parole, suivi par Me Delcroix qui en profite pour effectuer quelques mises au point concernant certains propos inexacts du procureur Viout.
19 h 00. Le procès s’achève. Les deux arrêts, annonce le président, seront rendus le 4 mai 2000, à 9 h 00. Jean Plantin et son avocat s’éclipsent discrètement hors de l’enceinte du tribunal, échappant ainsi à la meute hostile qui les attendait à la sortie ainsi qu’aux nombreux journalistes et photographes.
28 février 2000. Le quotidien L’Humanité annonce, sous la plume de Serge Garde, que des « magistrats du TGI de Lyon ont reçu une lettre tract négationniste et antisémite » et précise que « ce texte s’inscrit dans une campagne initiée par les néo-nazis visant à provoquer et à intimider les juges ». Le 9 février 2000, le premier procureur adjoint, l’inoxydable François Molins, un des hommes les plus dangereux de France pour les libertés publiques, a demandé aux magistrats et fonctionnaires du TGI de lui « apporter toutes précisions sur les circonstances dans lesquelles cette enveloppe » leur était parvenue. Une enquête a donc été ouverte. L’affaire est en effet gravissime. Ce sont les fondements même de la République qui paraissent menacés. À propos d’Akribeia, le journaliste s’indigne que « le ministère de l’Intérieur n’a[it] toujours pas interdit cette revue qui en est à son numéro 5 ! » (p. 9).
29 février 2000. Le Progrès de Lyon se fait l’écho de la distribution de tracts aux magistrats lyonnais. Il annonce que les Universités Lyon 2 et Lyon 3 ont décidé de porter plainte contre les auteurs du texte qui est signé du nom des deux universités lyonnaises.
3 mars 2000. Le Progrès écrit que les Universités Lyon 2 et Lyon 3 ont mandaté le bâtonnier Jean-Marie Chanon pour déposer plainte contre X avec constitution de partie civile auprès du doyen des juges d’instruction. La plainte mettra trois points en avant : usurpation d’identité, faux et usage de faux et incitation à la haine raciale. Le journal parle également de l’ouverture d’une information judiciaire pour contestation de crime contre l’humanité et ajoute que le tract incriminé « était en effet accompagné d’un texte de 18 pages signé Robert Faurisson, chef de file des révisionnistes français, intitulé "introduction aux écrits révisionnistes" ».
La revue Akribeia possède une copie du tract qui semble avoir circulé dès l’automne 1999. Nous reproduisons ci-dessous le texte de ce tract intitulé Lyon, capitale de la Résistance et du Révisionnisme afin que chacun puisse s’en faire une opinion :

Si, de 1940 à 1944, Lyon a pu être la capitale de la Résistance française, aujourd’hui elle peut être tenue pour la capitale du Révisionnisme français. Autres temps, même combat.
Résistants et Révisionnistes ont mené, et mènent, un combat identique contre l’oppression.
Ils ont osé, et ils osent, dire NON.
Contre la nouvelle oppression, contre la nouvelle inquisition, contre la police de la pensée, des enseignants et des intellectuels lyonnais se sont portés à la pointe du combat en faveur de la liberté de penser, de s’exprimer et de publier, en particulier dans le domaine de la recherche historique.
De Jean Beaufret, au lendemain de la guerre, à Jean Plantin aujourd’hui, et surtout à partir de 1978/1979 avec Robert Faurisson, Lyon a vu se multiplier les actes de rébellion contre l’orthodoxie des puissances en place. Les cas successifs de Pierre Zind, Jean-Paul Allard, Jean Haudry, Bernard Lugan, François Robert, Jean Brière, Gérard Chauvy, Olivier Pernet ont témoigné d’une volonté de résistance aux mensonges de la machine à décerveler. Même les cas récents de Régis Ladous et d’Yves Lequin, si faibles qu’aient été les protestations de ces deux universitaires contre une impitoyable chasse aux sorcières, prouvent que la puissance nocive du [deux mots censurés], qui anime au sein des universités lyonnaises des officines de surveillance et de délation, ne viendra pas à bout d’une résistance légitime à l’endoctrinement.
Des membres de l’une de ces officines portent la responsabilité de l’incendie criminel qui a dévasté la bibliothèque inter-universitaire de Lyon 2-Lyon 3.
Sous la pression du [un mot censuré], les journalistes de la presse lyonnaise observent le silence sur l’enquête du magistrat instructeur.
Résistants et Révisionnistes exigent la lumière sur cette enquête, un procès sans entraves et le châtiment des coupables ainsi que de leurs complices.

Et le texte portait en guise de signature : « Université Lumière (Lyon 2) » et « Université Jean Moulin (Lyon 3) ».
9 mars 2000. Sortie chez Baleine-Le Seuil du volume de la série Le Poulpe signé de Didier Daeninckx et intitulé Éthique en toc. L’auteur s’est librement et largement inspiré de l’affaire Plantin et de l’incendie de la bibliothèque inter-universitaire dans son récit. Dans son numéro 264 des 8-14 mars 2000, l’hebdomadaire Lyon capitale publie une petite interview de Daeninckx ainsi que le chapitre 6 (« Les pièces éparses de la mémoire ») de son livre.
1er avril 2000. Le procureur Jean-Olivier Viout convoque la presse. Il annonce vouloir faire repentance. Il affirme être à présent convaincu de la pertinence des arguments révisionnistes et plus particulièrement de l’argumentation physico-chimique développée par le professeur Robert Faurisson. Il déclare qu’il fera tout pour que la loi Gayssot, qu’il qualifie de « scélérate » et de « dangereuse pour les libertés publiques élémentaires et la liberté de recherche historique et scientifique », soit abrogée le plus tôt possible. Il va sans dire que la presse, évidemment aux ordres de quelque puissant lobby, a pratiqué la conspiration du silence la plus totale sur ces fracassantes révélations. L’organisation totalitaire SOS-Racisme a annoncé son intention de porter plainte « pour ne pas se faire chiper la vedette ».
4 mai 2000, 9 h 00. Le juge Fournier annonce que le prononcé des deux arrêts dans l’affaire Plantin est reporté au 21 juin. Aucune explication n’est fournie sur les raisons de ce report.


Akribeia, n° 6, mars 2000, p. 6-16


Akribeia
Directeur: Jean Plantin
45/3, route de Vourles
F-69230 Saint-Genis-Laval

Prix des n° 1 et 2 : 20,5 € fco ; des n° 3 et 4 : 21,5 € fco ; des n° 5 et 6 : 18 € fco.


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