Le mythe des objets fabriqués avec de la peau humaine

Le mythe des abat-jour nazis en peau humaine est à l’image du mythe du savon juif : lui non plus n’est pas près de disparaître. Nous avons rassemblé ci-dessous quelques références à ce mythe de la peau humaine utilisée dans la fabrication d’objets divers. Aux références se rapportant à la seconde guerre mondiale et plus particulièrement aux camps de concentration nazis, nous en avons ajouté d’autres, d’époques et de lieux différents, qui donneraient à penser que, peut-être, de la peau humaine a bel et bien servi à la confection de sacs à main ou de reliures de livres, par exemple. Tout cela resterait à étudier et à vérifier. Merci aux lecteurs qui pourraient contribuer à compléter cette liste.

1945-1946. Transcriptions du procès de Nuremberg citées par Carlos PORTER & Vincent REYNOUARD, Délire au procès de Nuremberg. Les accusations grotesques formulées contre les vaincus, Vrij Historisch Onderzoek, Anvers, 1998.
P. 47 : Le 29 janvier 1946, le procureur général français adjoint, Charles Dubost, interrogea le témoin de l’accusation Alfred Balachowsky, russe naturalisé français en 1932. Voici ce que l’on put alors entendre dans l’enceinte du tribunal :

M. DUBOST. – Je pense que la déclaration de ce second témoin éclairera définitivement le Tribunal, quelles que soient les tentatives faites par la Défense pour nous induire en erreur. (Au témoin.) Avez-vous eu connaissance du sort des hommes tatoués ?
Dr BALACHOWSKY. – Parfaitement.
M. DUBOST. – Voulez-vous nous dire ce que vous en savez ?
Dr BALACHOWSKY. – Les peaux humaines tatouées étaient entreposées au bloc 2, qui s’appelait, à Buchenwald, la pathologie.
M. DUBOST. – Y avait-il beaucoup de peaux humaines tatouées, au bloc 2 ?
Dr BALACHOWSKY. – Il y avait toujours des peaux humaines tatouées au bloc 2, je ne peux pas dire s’il y en avait beaucoup, parce qu’il en venait et il en repartait ; d’ailleurs il n’y avait pas que des peaux humaines tatouées, il y avait des peaux humaines tannées tout simplement et qui n’étaient pas tatouées.
M. DUBOST. – On avait donc écorché des humains ?
Dr BALACHOWSKY. – On avait prélevé la peau et on l’avait tannée.
M. DUBOST. – Continuez votre témoignage sur ce point.
Dr BALACHOWSKY. – J’ai vu des SS sortir du bloc 2, pathologie, avec des peaux tannées sous le bras. Je sais par mes camarades qui travaillaient au bloc 2 de la pathologie, qu’il y avait des commandes de peaux et ces peaux tannées étaient données en cadeau à certains gardes et à certains visiteurs qui s’en servaient pour relier certains livres.
M. DUBOST. – On nous a dit que Koch, qui était chef à cette époque-là, avait été châtié pour cet usage.
Dr BALACHOWSKY. – Je n’étais pas témoin de l’affaire Koch, qui s’est passée antérieurement à ma présence au camp.
M. DUBOST. – Par conséquent, même après son départ, il y avait des peaux tatouées ou tannées ?
Dr BALACHOSWKY. – Il y avait des peaux tannées et tatouées en permanence, puisque lorsque les Américains ont libéré le camp, ils ont encore trouvé dans le camp du bloc 2 des peaux tatouées et tannées, le 11 avril 1945.
M. DUBOST. – Où étaient tannées ces peaux ?
Dr BALACHOWSKY. – Ces peaux étaient tannées au bloc 2 et peut être aussi dans les bâtiments du crématoire qui n’étaient pas très loin du bloc 2.
M. DUBOST. – C’est donc, selon votre témoignage, un usage constant qui s’est poursuivi même après l’exécution de Koch ?
Dr BALACHOWSKY. – Parfaitement. Cet usage s’est perpétué, je ne sais pas dans quelles proportions.
M. DUBOST. – Avez-vous été témoin des visites faites au camp par des personnalités allemandes, et quelles étaient ces personnalités ?
Dr BALACHOWSKY. – Je peux vous répéter quelque chose à propos de Dora en ce qui concerne les visites.
M. DUBOST. – Je vous demande pardon, il me reste une chose à vous demander au sujet des peaux. Êtes-vous au courant de la condamnation de Koch ?
Dr BALACHOWSKY. – Je suis au courant de la condamnation de Koch par les rumeurs et par les témoignages que j’ai pu entendre de la part de mes vieux camarades qui se trouvaient dans le camp mais, personnellement, je n’ai pas été témoin de cette affaire.
M. DUBOST. – Peu importe ; il me suffit de savoir que même après sa condamnation, il y avait toujours des peaux tatouées et tannées.
Dr BALACHOWSKY. – Parfaitement.

Le 13 décembre 1945 (TMI, vol. III, p. 521-522), l’avocat général américain Thomas J. Dodd avait lu le témoignage suivant, émanant d’un ancien prisonnier à Buchenwald :
P. 521 : Les internés tatoués étaient particulièrement destinés à cette sorte de mutilation. Je dépose ces objets comme preuve sous la cote USA-252 ; ils sont accompagnés d’un extrait du rapport officiel de l’Armée américaine qui décrit les circonstances dans lesquelles ce document a été obtenu ; cet extrait figure dans le document PS-3240 auquel je me réfère en partie ; [...].

« [...] L’auteur de ce compte rendu est le prisonnier de guerre Andrèas Pfaffenberger, 1 Coy, 9 Landesschützen Bn, âgé de 43 ans et peu instruit, boucher de son état. [...].
En 1939, on ordonna à tous les prisonniers qui avaient des tatouages de se présenter à l’infirmerie. Personne ne savait pourquoi, mais après avoir été examinés, ceux qui avaient les plus beaux tatouages furent gardés à l’infirmerie et Karl Beigs, un détenu condamné de droit commun, leur administra des piqûres / [p. 522] mortelles. Les corps furent ensuite envoyés à la section de pathologie, où l’on préleva les parties tatouées pour les traiter de façon voulue. Le résultat obtenu fut envoyé à la femme du SS Standartenführer Koch qui en fit des abat-jour et autres ornements pour son intérieur. J’ai vu moi-même des peaux tatouées avec des dessins et des légendes tels que "Hansel et Gretel", qu’un prisonnier avait sur son genou, et des bateaux, que des prisonniers avaient sur la poitrine. Wernerbach était le nom du prisonnier qui faisait ce travail. »

De Franz Blaha, ancien interné tchèque au camp de Dachau (TMI, vol. V, p. 173-174, 11 janvier 1946) :
P. 173 : 9. Il était d’usage courant de retirer la peau des morts. On m’a donné plusieurs fois l’ordre de le faire. Les docteurs Rascher et Wolter, en particulier, réclamaient la peau provenant des dos et des poitrines humaines. Cette peau était traitée chimiquement et séchée / [p. 174] au soleil, on en faisait des selles, des culottes de cheval, des gants, des pantoufles d’intérieur et des sacs à main pour dames. Les peaux tatouées étaient particulièrement appréciées par les SS. Des Russes, des Polonais et d’autres internés étaient utilisés de cette façon. Mais il était défendu de prélever la peau d’un Allemand. Cette peau devait provenir d’internés parfaitement sains et être sans défaut. Quelquefois nous manquions de cadavres à la peau intacte et Rascher disait alors : « Très bien, vous aurez des cadavres ! » Le lendemain nous recevions vingt à trente cadavres d’individus jeunes. On avait dû leur tirer une balle dans le cou ou les frapper à la tête de façon à ne pas abîmer leur peau. Nous avions souvent aussi des demandes de crânes ou de squelettes d’internés. Dans ce cas, nous faisions bouillir les têtes ou les cadavres entiers. Puis les chairs molles étaient détachées, les os blanchis, séchés et le squelette était reconstitué. Pour les crânes, une dentition en bon état était exigée. Lorsque nous recevions une commande de crânes d’Oranienbourg, les hommes des SS disaient alors : « Nous allons essayer de vous en fournir avec de bonnes dents. » Ainsi, il était dangereux d’avoir la peau ou la dentition en bon état.

1957. Robert ANTELME, L’Espèce humaine, édition revue et corrigée, Gallimard, Paris, 1978 [1ère éd. en 1957], coll. Tel, 306 p.
P. 195 : Les petits tziganes de Buchenwald asphyxiés comme des rats. [...] Toutes les cendres sur la terre d’Auschwitz.
[...] sous les tonnes de cendres d’Auschwitz. [...]
on fait du savon avec leur corps. Ou bien on met leur peau sur les abat-jour des femelles SS. Pas de traces de clous sur les abat-jour, seulement des tatouages artistiques. [...]

1978. Joseph DREXEL, Voyage à Mauthausen. Le cercle de la résistance de Nuremberg, France-Empire, Paris, 1981 [Stuttgart, 1978].
P. 139-140 : [peaux tatouées découpées] sacs à main ou autres objets de luxe pour « dames ».
Annexe
P. 280 : fragments de peau tatouée avec lesquels on reliait des livres, on fabriquait des abat-jour et des sacs.

1980. Jorge SEMPRUN, Quel beau dimanche !, Éditions Grasset, Paris, septembre 1991 [1ère éd. en 1980], 388 p., coll. Les cahiers rouges.
P. 22 : [...] sous le commandement du SS-Obersturmbannführer Koch, dont la femme, Ilse, on s’en souvient, confectionnerait plus tard des abat-jour avec la peau des détenus dont les tatouages avaient retenu son attention.

1990. Jean Edward SMITH, Lucius D. Clay : An American Life, Henry Holt, New York, 1990.
P. 301 : Un journaliste l’avait appelée la « Chienne de Buchenwald » et avait écrit qu’elle possédait chez elle des abat-jour faits à partir de peau humaine. Cela fut présenté devant le tribunal où il fut absolument prouvé que les abat-jour étaient en peau de chèvre.

1992. L’Événement du jeudi, n° 382, 24 février-4 mars 1992. Article de Luc VIRGIS, « Quand le Troisième Reich surgit des archives argentines », p. 3435.
Il est question au début de l’article d’une Bible du XIXe siècle, reliée d’une peausserie luisante et douce qui éveille la curiosité de N.
« C’est du juif, dit sans sourciller son hôtesse au doux regard bleu. Mon mari a servi dans un camp, en Pologne. »

1994. Gustave CORCÀO, Le Siècle de l’enfer, Éditions Sainte-Madeleine, Le Barroux, 1994.
P. 443 : Les juifs se mobilisent, parce qu’ils ont des millions de parents et d’amis transformés en peaux d’abat-jour ou en savonnettes

1995. Denise HOLSTEIN, Je ne vous oublierai jamais, mes enfants d’Auschwitz... », Éditions n° 1, Paris, janvier 1995. Coll. Témoignage, 144 p.
P. 106 : À l’arrivée, les personnes qui montaient dans les camions entraient dans une pièce pour se déshabiller. Il y avait là de grands écriteaux demandant aux gens de bien ranger leurs affaires pour les retrouver à la sortie. Ils descendaient dans une chambre de douche où ils étaient asphyxiés au Zyklon B. Le plancher s’écartait et les corps tombaient sur une espèce de tapis roulant et, un peu plus loin, on coupait les cheveux pour en faire des bas en soie. On retirait les dents en or à coups de marteau et on découpait les tatouages car la femme du commandant avait la manie de faire des abat-jour avec la peau tatouée des suppliciés. Ensuite les corps étaient brûlés et on récupérait la graisse humaine pour en faire du savon.
P. 127 : [elle répond aux questions de collégiens :] Oui, dans les camps d’extermination, le pire fut vrai, chambre à gaz et crématoires, assassinats et tortures diverses, savon fait à paraître de graisse humaine et abat-jour en peau humaine tatouée...

1996. Michel TATU, « Le nazisme jusqu’à la nausée », supplément TRM au quotidien Le Monde, 29-30 septembre 1996.
P. 4 : Seul Goebbels est resté fidèle. Goebbels l’homme de la haine, le plus fanatique des six. À la différence de Himmler, qui se fait faire des meubles avec des ossements et un abat-jour en peau humaine, le chef de la propaganda « tue avec des mots ».

1996. Smith’s Report, n° 36, octobre 1996, 6-7. Smith rapporte ce qu’il a lu dans Outlaw Biker Tattoo Revue, n° 52, 1996. Un article est intitulé : « The Tattoer Skins of Buchenwald : Hidden Horror of the Holocaust. » Écrit par Kenneth Kipperman (« né à Lodz, en Pologne, fils de deux survivants de l’Holocauste »), il concerne les histoires de tatouages de Buchenwald (avec Ilse Koch notamment) et la fable des abat-jour en peau humaine, fable à laquelle l’auteur de l’article ajoute foi.

VENDÉE

1993. Reynald SECHER, « La Vendée, mémoire et génocide », dans : collectif, L’Envers des droits de l’homme, Renaissance Catholique, Issy-les-Moulineaux, décembre 1993.
P. 178 : Saint-Just fait en effet le constat que la France manque de matières premières pour habiller les soldats et les officiers. Il a donc l’idée de prendre la matière première là où elle est. On va ainsi monter en Vendée des ateliers militaires de tannerie de peaux humaines. Il y en a une qui a sévi aux Ponts-de-Cé et qui a été parfaitement décrite par des contemporains dans un rapport que j’ai retrouvé. Je peux donc vous dire comment on dépiautait les Vendéens, comment on les scalpait, comment on coupait les sexes des hommes pour les arborer comme médailles afin de montrer le nombre de gens que l’on avait tués dans la journée. Ce sont de véritables litanies de l’horreur.

DIVERS

1986. Joe NICKELL, Entities. Angels, Spirits, Demons, and Other Alien Beings, Prometheus Books, Amherst, 1995, p. 64. Nickel rapporte une anecdote qu’il tire de Arthur MEYERS, Ghostly Register, Contemporary Books, Chicago, 1986, p. 227-229.
Un assassin, Antoine LeBlanc, est pendu. Pour payer les frais du procès et célébrer cette occasion festive, on enleva la peau de son corps et on en fit des sacs à main et des portefeuille. Certains habitants de Morristown les possèderaient encore.

1988. Tattootime, volume 4, Life & Death Tattoos. Le sommaire de ce volume est donné dans le catalogue 1994 de Loompanics Unlimited, p. 274. Un article ou chapitre serait intitulé : « Remains to be seen (the tanned human skin tattoo museum in Tokyo). » Il y aurait donc un musée à Tokyo qui exhiberait des peaux humaines tatouées et tannées. À vérifier.

1994. Fortean Times, n° 76, août-septembre 1994, p. 7. Rapporte le contenu d’une dépêche de l’agence Reuters du 5 avril 1994.
Le poète Donal Eugene Russell, habitant l’État américain de l’Oregon est mort le 3 février à l’âge de 62 ans. Son dernier voeu ne sera pas exaucé. Il avait demandé que sa peau soit utilisée pour relier un volume de ses poèmes. Le 4 avril, sa veuve, Rachel Barton Russell, a accepté, après des poursuites engagées par l’État, qu’il soit incinéré.

1995. Fortean Times, n° 84, décembre 1995-janvier 1996, p. 8. Cite en substance le Sunday Express du 19 mars 1995.
Andan Kazir de Dhaka (Bangladesh), fou de douleur après la mort de sa femme, a dépiautée celle-ci afin de pouvoir se faire un habit avec sa peau. Son épouse pesait 170 kilos et le tailleur pourra donc travailler avec beaucoup de matière.

1995. Fortean Times, n° 84, décembre 1995-janvier 1996, p. 8. Rapporte une dépêche de l’Associated Press du 6 juillet 1995.
Un Ukrainien de 21 ans, accusé d’avoir tué une femme et de s’être servi de sa peau pour se confectionner un soutien-gorge et un slip, a déclaré lors de son procès qu’il avait fait cela pour se calmer les nerfs.

1997. Christian GALANTERIS, Manuel de bibliophilie, Vol. I, Du goût de la lecture à l’amour du livre ; vol. II, Dictionnaire suivi d’observations sur la bibliographie et d’une bibliographie sélective, Éditions des Cendres, Paris, octobre 1997.
Vol. I, p. 107 : Un critique, amusé des habitudes parfois morbides des bibliophiles à la recherche de matériaux extraordinaires pour faire relier leurs écrivains préférés, en était arrivé à proposer cette mention mirifique : Exemplaire relié en pleine peau de l’auteur.
[...] Mais les bibliophiles connaissent la véridique histoire macabre d’un auteur réellement relié avec sa propre peau ! Delille, en qui ses contemporains voyaient un nouveau Virgile, est mort en 1813. Dans une chapelle ardente où l’on avait exposé sa dépouille un fanatique s’introduisit et, ô sacrilège (ou ô ferveur), y préleva un morceau de peau de son idole. / [p. 108] Plus tard, on apprit que ce fragment avait été greffé au centre d’une reliure qui recouvrait une édition de luxe des oeuvres du glorieux poète (note 57 : Ce livre toujours conservé dans une collection privée au milieu du XXe siècle a été l’objet d’une étude détaillée dans Le livre et ses amis, n° 15, janvier 1947).
Vol. II, p. 220, 222, article RELIURES EN PEAU HUMAINE :
P. 220 : Tannée, apprêtée, la peau humaine peut au même titre que celle d’un animal se prêter à la reliure et, dans des conditions climatiques normales, se conserver longtemps / [p. 222] intacte. Elle ressemble à la peau de truie en plus fin. Les exemples de reliure de ce type sont nombreux mais restent au secret, ni le relieur ni l’amateur ne se vantant de les exécuter ou de les posséder. - Bibliogr. Roger Devauchelle, « Un chapitre inédit de La Reliure en France : Reliures bizarres [en peau humaine] », in Le Livre et l’Estampe, XXII, Bruxelles, 1960, p. 144-153.


Akribeia, n° 6, mars 2000, p. 61-68


Akribeia
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