«LES PROTOCOLES D'AUSCHWITZ»

LOS «PROTOCOLOS DE AUSCHWITZ» : ¿ UNA FUENTE HISTORICA ¿ [Les «Protocoles d'Auschwitz» : une source historique ?] par Enrique AYNAT, Ediciones de Nueva Cultura Garcia Hispan, Alicante, Espagne.

Compte rendu de
Carlo Mattogno

Bien que le récit de l'extermination des juifs à Auschwitz ait pris naissance vers le milieu de 1942 — la première information dans ce sens date du mois de juin [1] — et qu'elle se soit répandue ensuite en s'enrichissant peu à peu de données nouvelles et souvent contradictoires, comme celle de la mise à mort des victimes au moyen d'un «marteau pneumatique» (Hammerluft) ou dans des «chambres électriques» (komory elektryczne) [2], la version définitive de cette histoire, celle de l'extermination dans des chambres à gaz à l'aide de Zyklon B, ne s'est imposée qu'en 1944.
Les trois ouvrages exterminationnistes les plus autorisés consacrés ces dernières années à la connaissance qu'avaient les Alliés de l'extermination des juifs durant la seconde guerre mondiale s'accordent en effet pour considérer comme source principale et essentielle de la connaissance qu'on a des chambres à gaz d'Auschwitz les rapports probablement rédigés au printemps de 1944 par deux juifs slovaques évadés d'Auschwitz le 7 avril de la même année : Walter Rosenberg, qui a pris par la suite le nom de Rudolf Vrba, et Alfred Wetzler.

Dans la préface à l'édition allemande de son ouvrage Auschwitz and the Allies [3], Martin Gilbert écrit textuellement que «le plus grand de tous les lieux de supplice, qu'on appelait "l'usine de mort" d'Auschwitz-Birkenau, réussit à garder son secret jusqu'à l'été de 1944», c'est-à-dire jusqu'à ce que fussent communiqués, au mois de juin de cette année, les rapports susmentionnés [4].
Walter Laqueur confirme que «ce fut seulement en 1944, lorsque R. Vrba et A. Wetzler arrivèrent avec des informations nouvelles très détaillées sur le plus grand de tous les camps de la mort, que les "rumeurs" devinrent une certitude» [5].
David S. Wyman, enfin, déclare que les renseignements fournis par Vrba et Wetzler en 1944 «parvinrent aux gouvernements alliés et commencèrent à apparaître dans les journaux suisses, anglais et américains. A la fin du mois de juin, le monde extérieur savait donc la vérité sur Auschwitz et possédait des descriptions du camp, de son emplacement et de son organisation» [6].
Les renseignements antérieurs, comme ceux des 10 et 12 août 1943, auxquels Raul Hilberg accorde une grande importance [7], étaient fragmentaires et approximatifs et n'eurent pratiquement aucune diffusion.

Aux rapports susmentionnés s'en ajoutèrent bientôt deux autres, l'un prétendument rédigé par deux autres détenus juifs évadés d'Auschwitz le 27 mai 1944, Czeslaw Mordowicz et Arnost Rosin, l'autre par un «major Polonais» identifié assez tardivement comme étant Jerzy Tabeau.
Ces rapports, auxquels on a attribué le nom de «Protocoles d'Auschwitz» et que Hermann Langbein considère lui aussi comme «des témoignages précis et détaillés» [8], ont été exhumés et élevés de nouveau au rang de source historique principale par Georges Wellers dans l'un des ouvrages exterminationnistes les plus autorisés de ces dernières années : Nationalsozialistische Massentötungen durch Giftgas [9]. Le rapport, sans doute rédigé en commun par Vrba et Wetzler, et défini comme «tout à fait digne de considération» par Gerald Reitlinger [10], a en outre été publié par Heiner Lichtenstein dans le livre Warum Auschwitz nicht bombardiert wurde ? (Pourquoi Auschwitz ne fut-il pas bombardé ?) [11].
Or, en dépit de l'importance fondamentale que les «Protocoles d'Auschwitz» ont acquise dans l'historiographie exterminationniste, «ils n'ont pas», comme le relève E. Aynat, «été soumis à un examen réalisé selon les méthodes ordinaires de la critique et de la recherche historiques», à la seule exception de J.-C. Pressac, sur lequel nous reviendrons tout à l'heure.

Le but que s'est proposé E. Aynat dans son étude Los «Protocolos de Auschwitz» : ¿ una fuente historica ? est précisément de combler cette grave lacune historiographique. La méthodologie historiographique suivie par l'historien espagnol s'articule autour de deux aspects complémentaires : critique des textes, afin d'établir le meilleur texte des «Protocoles» parmi les différentes versions dans les différentes langues ; critique historique pour évaluer leur véridicité. La critique de textes, fondée sur une documentation riche et partiellement inédite qui fournit un excellent support pour la critique historique, part de la question purement technique visant à déterminer le meilleur texte, pour se développer, avec des arguments rigoureux et bien structurés, en un examen approfondi de la genèse des «Protocoles», au cours duquel E. Aynat met en évidence les contradictions insurmontables qui ressortent d'une analyse . critique sérieuse des questions fondamentales : auteurs matériels, temps, lieu et modalités de la rédaction des «Protocoles» et, enfin, leur diffusion en Occident. La conclusion d'E. Aynat à cet égard est catégorique : il nie que les «Protocoles d'Auschwitz» aient été effectivement rédigés par leurs auteurs présumés :

En conséquence, si, comme on l'a vu, Auschwitz n'était pas un lieu hermétique, puisqu'il existait des canaux d'informations qui reliaient le camp avec l'extérieur, et si les organisations slovaques juives avaient des contacts, légaux ou clandestins, avec la Pologne, il est plus que probable que ces organisations recevaient des renseignements provenant de l'intérieur d'Auschwitz, où avaient aussi abouti des milliers de juifs déportés de Slovaquie. Ma thèse soutient précisément que cette communication existait et que quelqu'un qui appartenait à l'une de ces organisations juives slovaques a "fabriqué" les Protocoles d'Auschwitz en prenant pour base les renseignements fragmentaires reçus de l'intérieur du camp.

La critique historique, centrée essentiellement sur la question de la véridicité des «Protocoles», se fonde principalement sur l'étude comparative, d'une part, des «Protocoles» avec des sources externes, en particulier le Kalendarium d'Auschwitz, d'autre part, des témoignages de Rudolf Vrba et d'Alfred Wetzler qui ont suivi. Sur ce point, E. Aynat arrive à la conclusion que les «Protocoles d'Auschwitz» «ne résistent pas à la critique», «sont apocryphes et contiennent une grande quantité d'informations fausses», de sorte qu'en définitive «leur valeur en tant que source historique est nulle».
Le fait que les «Protocoles d'Auschwitz», tels qu'ils ont été rédigés, ne résistent pas à une critique sérieuse et ne peuvent constituer une source historique digne d'être prise en considération est incontestable. Mais si, du point de vue d'une saine critique historique, le problème de la crédibilité des «Protocoles d'Auschwitz» est résolu, il reste que le problème fondamental, celui de la réalité historique de l'extermination des juifs dans des chambres à gaz au moyen de Zyklon B, n'est pas résolu. Si, en effet, comme l'affirme E. Aynat, les «Protocoles d'Auschwitz» ont été rédigés non par leurs auteurs présumés, mais par des partisans de la résistance slovaque qui prenaient pour bases les renseignements fragmentaires reçus de l'intérieur d'Auschwitz — conclusion que nous n'approuvons pas —, dans la perspective d'une recherche historique complète, la question de l'authenticité et de la véridicité formelles des «Protocoles» n'a plus d'importance et l'intérêt se porte dès lors sur la question de l'authenticité et de la véridicité des sources éventuelles des «Protocoles».

L'importance de cette question, qui sort des limites qu'E. Aynat a fixées à sa recherche, tient au fait que l'analyse critique des «Protocoles d'Auschwitz» réalisée par J.-C. Pressac se fonde sur un même déplacement de perspective : J.-C. Pressac reconnaît que le document, pour ce qui concerne la description des crématoires de Birkenau, est «plutôt peu digne de considération et même complètement faux sur certains points», mais il attribue ces erreurs au fait que R. Vrba et A. Wetzler ont rédigé leur rapport sur la base de ce qu'ils ont vu et entendu personnellement de l'extérieur des crématoires et de ce qu'ils ont entendu des autres détenus, en particulier de ceux qui étaient employés dans le «Sonderkommando», en interprétant ces données et en ayant recours aussi un peu à leur imagination. Les «Protocoles d'Auschwitz», dans leur aspect historiquement plus important, auraient donc une base objective en quelque sorte filtrée et partiellement déformée par l'esprit (la ψυχη) des deux rédacteurs, et cela expliquerait les incongruités admises par J.-C. Pressac lui-même. D'où la conclusion de l'auteur français affirmant que le rapport Vrba-Wetzler a, en substance, «le mérite de décrire exactement le processus de gazage des crématoires du type II et III» tel qu'il se déroulait depuis la mi-mars 1943 [12].

Il n'y a pas lieu de discuter ici de cette thèse de J.-C. Pressac ; bornons-nous à observer qu'elle présente un inconvénient majeur : elle fait abstraction de documents fondamentaux postérieurs qui lui enlèvent toute validité.
E. Aynat a donc brillamment démontré l'irrecevabilité absolue des «Protocoles d'Auschwitz» en tant que source historique ; à l'avenir, le devoir du révisionnisme sera de retracer la genèse et le développement du récit de l'extermination des juifs à Auschwitz, depuis le premier gazage expérimental – événement dépourvu de fondement historique [13] – jusqu'à, précisément, ces «Protocoles d'Auschwitz», afin d'étudier à la racine le problème de la véridicité des sources.


  1. Zeszyty oswiecimskie. Numer specjalny (I), Wydawnictwo Panstwowego Muzeum w Oswiecimiu, 1968, p. 32.

  2. Idem, p. 32, 54 et passim.

  3. Martin Gilbert, Auschwitz and the Allies. The politics of rescue, Arrow Book Limited, Londres 1984, 3ème édition.

  4. Idem, Auschwitz und Alliierten, Verlag C.H. Beck, Munich 1982, p. 9.

  5. Walter Laqueur, Il terribile segreto [Le Terrifiant Secret , Gallimard, Paris 1981], Editrice La Giuntina, Florence 1983, p. 179-180.

  6. David S. Wyman, L'Abandon des Juifs. Les Américains et la solution finale, Flammarion 1987, p. 374.

  7. Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, Fayard 1988, p. 973

  8. Hermann Langbein, La Résistance dans les camps de concentration nationaux-socialistes 1938-1945, Fayard 1981, p. 312.

  9. Eugen Kogon, Hermann Langbein, Adalbert Rückerl, Nationalsozialistische Massentötungen durch Giftgas [Les Chambres à gaz, secret d'État, Éditions de Minuit 1984], Fischer Verlag, Frankfort/Main 1983, p. 200, 201, 215 - 16, 228-29, 236.

  10. Gerald Reitlinger, La soluzione finale. Il tentativo di sterminio degli Ebrei d'Europa 1939-1945, Il Saggiatore, Milan 1965, p. 138.

  11. Heiner Lichtenstein, Warum Auschwitz nicht bombardiert wurde ?, Bund Verlag, Cologne 1980, p. 133-170.

  12. Jean-Claude Pressac, Auschwitz : Technique and operation of the gas chambers, publié par la Fondation Beate Klarsfeld, New York 1989, p. 464.

  13. Carlo Mattogno, «The First Gassing at Auschwitz : Genesis of a Myth», The Journal of Historical Review, vol. 9, n° 2, été 1989.


Revue d’Histoire Révisionniste, n° 2, août-septembre-octobre 1990, p. 171-175


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