OÙ SONT LES TRACES DE MILLIONS DE BRÛLÉS ?

Célestin Loos

Nous allons parler ici, mais incidemment, d'une question historique très controversée : la disparition des membres de la famille impériale russe et de leur entourage, le 17 juillet 1918, à Ekaterinburg. Insistons sur l'adverbe incidemment, car il doit être bien compris que nous ne voulons en aucune manière prendre part au débat, d'ailleurs passionnant, sur le fond de cette question. Notre intention est de nous limiter à un aspect accessoire de l'instruction judiciaire, qui s'est signalé à notre attention par la lecture d'une enquête menée sur le sujet par deux journalistes anglais, il y a quelque quinze ans, Anthony Summers et Tom Mangold [1].
Dans un livre où ils rapportent leurs travaux de recherche et leurs résultats sur cet événement, les journalistes anglais racontent que, parmi les énigmes qu'ils devaient forcément rencontrer, il en était certaines où la médecine légale avait son mot à dire. Sans entrer dans le détail, disons seulement que, depuis la disparition des illustres prisonniers et la nouvelle de leur exécution, jamais on n'a pu produire le cadavre d'aucune des onze personnes manquantes. Certes, ce point lui-même — de l'absence de cadavre — est contesté, dans cette affaire embrouillée, mais, pour notre sujet, il n'est pas de première importance. Nous voulons retenir ici seulement le fait que, lors des enquêtes, à tort ou à raison, cette absence a été tenue pour réelle et qu'il a fallu en rendre compte. L'une des explications, qui a trouvé des défenseurs dans l'un et l'autre camps — communiste et anticommuniste —, fut évidemment que les corps auraient été incinérés, voire que les restes de l'incinération auraient pu être, de plus, dissous par l'acide sulfurique et ainsi détruits sans laisser de traces.
Pour mesurer le bien-fondé de cette réponse à l'objection, Summers et Mangold se sont adressés à des autorités médicales. Ils le relatent au début de leur treizième chapitre. Ils n'ignoraient pas que, comme ils l'écrivent, «la médecine légale, en tant que science, a[vait] suivi le pas de la technologie». Ils firent donc principalement appel, pour leur gouverne, à une sommité, en la circonstance le docteur Francis Camps, professeur de pathologie clinique, attaché depuis trente ans au ministère anglais de l'Intérieur. Ainsi sa carrière avait-elle précisément couvert la période du fructueux progrès, si profitable à la médecine légale.
Pour nous s'ajoute ici le fait que le Dr Camps est intervenu dans une affaire qui ne comportait, pour lui tout au moins, aucun élément passionnel et qu'il ne pouvait raisonnablement pas avoir été l'objet de pressions quelconques pour tenter d'influencer son avis. Le maximum de garantie nous étant ainsi offert de disposer d'une expertise impartiale, il nous a semblé possible d'utiliser cette expertise sur le terrain beaucoup plus délicat du révisionnisme historique, plus particulièrement pour le cas des prétendues victimes de l'extermination dans les camps de concentration allemands.
Voici donc en quels termes Summers et Mangold rendent compte des travaux du Dr Camps :

L'absence totale de cadavres dans l'affaire des Romanov demeure comme une lacune béante contre l'action publique, mais cela ne semblait pas incommoder autrement Sokolov [le juge désigné pour mener, au nom de l'armée des Russes blancs, c'est-à-dire anticommuniste, commandée par le général Koltchak, la deuxième enquête sur la disparition des Romanov]. Il admit que les bolcheviques avaient pu détruire les onze corps en l'espace de deux jours et deux nuits, et les détruire totalement, moyennant d'abondantes quantités de pétrole et d'acide. Ce que refuse d'admettre le professeur Camps, en disant qu'il s'agit là d'une totale impossibilité. Il explique, en se fondant sur sa vaste expérience, que le corps humain est extrêmement peu combustible. Pour illustrer la question, il nous a montré des photographies provenant de son petit musée des horreurs personnel. La première était celle d'une femme dont le cadavre avait été abondamment enduit de paraffine, puis enflammé. Ce qui en résulta, bien qu'horrible à voir, permettait de distinguer clairement encore l'apparence d'un corps de femme. Le professeur expliquait le processus comme suit : le cadavre commence par charbonner et le fait même de charbonner protège le reste du corps de la destruction. Il nous montra d'autres photos encore, l'une d'une femme qui avait été plusieurs fois imbibée de pétrole pour brûler alors durant un long laps de temps ; et une autre d'un cadavre qui avait été soumis à une chaleur intense dans une voiture en feu. Dans les deux cas, les cadavres gardaient une forme humaine reconnaissable. Mais que dire de la crémation ? Là certainement, en quelques minutes, le corps doit être réduit en une poignée de cendres ? Le professeur répondit qu'il en allait tout différemment. Dans la crémation moderne, on travaille dans des conditions parfaitement gérées, de manière en quelque sorte clinique, traitant un cas à la fois, dans des fours formant des systèmes clos, alimentés par d'énormes quantités de chaleur produites par combustion gazeuse. Quant aux bûchers funéraires des hindous, le professeur nous enleva nos illusions à propos des cendres que l'on répand en surface sur les eaux du Gange. Il nous apprit, en effet, que ce sont fréquemment des débris importants de cadavres carbonisés que l'on jette dans le fleuve sacré, ce qui crée un sérieux casse-tête aux autorités indiennes chargées de l'hygiène publique.
Le professeur Camps a réfuté aussi la théorie de Sokolov tenant que l'acide sulfurique aurait pu servir utilement à se débarrasser des restes consumés des Romanov, une fois qu'ils eussent été brûlés. Son avis est encore confirmé par le Dr Edward Rich, de l'Académie militaire américaine de West Point, qui écrivait ceci :

«En trois jours [les Bolcheviques n'ont disposé que de deux jours pleins] il est impossible de détruire les cadavres de onze adultes ou adolescents. Le feu détruirait une partie de la musculature, ainsi que l'épiderme, les cheveux et les poils et les tissus externes. En les arrosant d'acide, sans plus, on ne causerait pas d'autre dommage qu'une détérioration superficielle. […] à l'université de l'Indiana, nous avons essayé de dissoudre plusieurs spécimens d'ossements. En l'espèce, des os de mouton et de bœuf, et nous y avions même ajouté des os de chat pour la circonstance. Bien que finalement nous n'ayons pas obtenu autre chose qu'un peu ragoûtant magma au fond de la cornue, il nous fallut plus de trois jours pour en arriver là. Jamais nous ne sommes parvenus à les dissoudre complètement.»

Mangold : Y avait-il encore, au bout de tout cela, suffisamment d'aspect osseux pour qu'on le reconnaisse comme tel ?
Dr Rich : Oui.
Mangold : Je veux dire, est-ce que cela s'effritait au moindre contact, par exemple ?
Dr Rich : C'était une sensation plutôt désagréable… Certaines parties restaient consistantes et d'autres s'effritaient.
Mangold : Pensez-vous alors qu'on pourrait vraiment faire disparaître la structure essentielle des ossements en les soumettant à l'acide ?
Dr Rich : S'il y a assez d'acide, et un récipient suffisamment grand pour les contenir, semblable à la marmite des cannibales, on pourrait peut-être les dissoudre. Mais vous n'y arriveriez pas en trois jours.

L'expérience — le Dr Rich insistait sur ce point — avait eu lieu dans un laboratoire moderne et l'immersion des os dans l'acide avait été totale ; d'après lui, il était hors de question que de telles conditions pussent être reproduites dans une clairière au milieu de la forêt. Néanmoins, nous avons demandé d'examiner deux rapports sur la technique d'élimination, prétendument déposés, des années plus tard, par les commissaires Yermakov et Voïkov : l'un et l'autre rapports, comme nous le verrons, se révélèrent être des faux, mais il est significatif de voir comment ils décrivent le mode opératoire quant au pétrole et à l'acide. On attribue à Voïkov cette déposition : «Lorsque fut préparé, à côté du puits de mine, l'immense tas de débris et de morceaux de corps humains — des tronçons de bras, de jambes, et des têtes — on arrosa le tout abondamment de pétrole et d'acide sulfurique et on y mit le feu. Il brûla pendant 48 heures.» On fait dire au rapport attribué à Yermakov : «[…] nous avons construit un bûcher funéraire au moyen de grosses bûches capables de supporter le poids des corps disposés en deux couches. Nous avons répandu sur ceux-ci cinq seaux d'essence et deux d'acide sulfurique, puis nous avons mis le feu aux bûches. Grâce à l'essence le tout brûla rapidement. Mais je restai sur place et veillai que pas un ongle, pas une esquille d'os ne restassent imbrûlés.»
On ne peut pas croire un mot de tout cela. Le professeur Camps et le Dr Rich affirment l'un et l'autre que le mélange de pétrole et d'acide est dangereux et que les effets des composants sont antagoniques. Porté à incandescence, l'acide sulfurique projette des étincelles et émet des vapeurs fort dangereuses. En raison de la situation du puits de mine, le mélange aurait bien pu brûler un instant mais aurait fini par se perdre dans le sol.
Enfin, l'anomalie, de toutes scientifiquement la plus criante, est qu'on n'ait retrouvé absolument aucune dent humaine. Les dents sont le seul élément du corps humain à être pratiquement indestructible, et il se fait dès lors qu'elles constituent la pièce à conviction par excellence pour toute identification. […] le Dr Rich l'a démontré dans une autre de ses expériences. Il a essayé de dissoudre des dents en les immergeant dans l'acide sulfurique, non pendant deux jours, mais pendant trois semaines entières. Au sortir de la capsule, elles avaient pleinement conservé leur aspect de dents.

De tout cela, il est permis de retenir quelques considérations se rapportant à un meurtre multiple mais réduit tout de même à onze disparus dont il n'a jamais été possible de retrouver les restes. De cette carence essentielle — de l'absence de tout cadavre —, on a essayé de fournir diverses explications, mais ces explications n'expliquent rien.
On dit d'abord que l'on a fait disparaître onze corps par le feu. Ici, nous avons des experts, qui n'ont pas été réfutés, à ce que l'on sache, et qui nous confirment au nom de leur science que le feu ordinaire ne détruit que très difficilement les restes humains. Nous appelons un feu ordinaire celui qui peut être obtenu avec des combustibles habituels, enflammés par contact, comme dans la pratique domestique, voire dans les incendies d'une étendue commune, de quelques mètres carrés en surface au sol et de quelques mètres cubes en volume. Il est vraiment exceptionnel, même dans les circonstances extraordinaires du bombardement atomique ou des bombardements incendiaires de villes entières, comme ceux des villes allemandes et japonaises au cours de la seconde guerre mondiale, que tous les cadavres d'un périmètre donné aient disparu intégralement. C'est donc ce caractère de totalité dans la disparition qui apparaît une fois de plus comme impossible à la lumière des explications fournies par le professeur Camps et le Dr Rich.
Nous sommes donc autorisés, dans tous les sens de ce terme, à rester sceptiques sur les moyens censés rendre raison d'une stupéfiante absence : celle de la quasi-totalité des cadavres qui auraient dû résulter de prétendus massacres de masse dans les camps dits «d'extermination». En vain évoquera-t-on le souvenir de fosses communes où l'on ensevelissait les restes émaciés des typhiques de Bergen-Belsen ou encore les charniers d'autres camps. Pour tragiques qu'elles soient, ces images se rapportent à des situations heureusement exceptionnelles, toutes survenues au cours des derniers mois du conflit, dans une Allemagne d'apocalypse où les bombardements alliés détruisaient les entrepôts de vivres ou de médicaments, les usines, les moyens de transport, les canalisations d'eau et où les paysans eux-mêmes, travaillant dans leurs champs, étaient une cible de choix des aviateurs alliés. Ces images sont, au moins en nombre, sans commune mesure avec ces autres dépouilles que l'on aurait dû retirer par centaines de milliers, voire par millions, des lieux d'exécution de masse. Ce sont toutes celles-ci qui se seraient volatilisées et c'est pour leur disparition que l'on avance le moyen que nous attaquons : elles auraient été détruites par le feu. Il n'est pas raisonnable de l'accepter, surtout quand on évoque, pour venir à la rescousse de crématoires en nombre insuffisant, les bûchers de plein air et les gigantesques grils dont le feu, nous dit-on, ne s'éteignait jamais et sur lesquels disparaissaient en fumée, à longueur de journée, les myriades de cadavres empilés.
Une combustion complète, de n'importe quel combustible, exige toujours du comburant en excès. C'est une condition technique élémentaire. Faute de quoi, les produits de la combustion incomplète forment bientôt un écran thermique ainsi qu'une barrière chimique, et ils interrompent la réaction. Le combustible, s'il s'agit d'un solide, est enrobé dans une gangue d'imbrûlés ; la flamme disparaît ; on dit que le combustible charbonne. C'est pourquoi, tant pour les crématoires que pour tout autre type de four à combustion, l'apport de comburant — ici l'air — est assuré par ventilation forcée.
Tout cela tombe sous le sens, et l'on voit que des journalistes ont pu en parler à la télévision britannique sans s'attirer aucune réprimande. On devrait donc pouvoir affirmer tout aussi sereinement les mêmes évidences à propos de tout autre cas d'espèce.
La question de l'indestructibilité des dents est intéressante. Tous les stomatologues la connaissent. Elle non plus n'est pas une nouveauté pour la médecine légale. Mais le fait est que l'on ne parle généralement pas d'appliquer cette constatation élémentaire à la question de l'«Holocauste» des juifs.
Quand les Alliés se sont emparés des camps de concentration allemands de l'Ouest, ils y ont certes trouvé, en plus des malades, des moribonds et des prisonniers en bonne santé, des milliers de cadavres de victimes du typhus ou de la dysenterie. Ils ont aussi, comme à Bergen-Belsen, rouvert les charniers, dénombré les morts et réenseveli ces morts dans de vastes fosses communes ; une image reste dans les esprits : celle de ce bulldozer, conduit par un soldat britannique, qui repousse des cadavres dans une fosse où le Dr Klein, médecin du camp, visiblement roué de coups par ses vainqueurs, sera contraint de prendre la pose sur l'amas de «ses» victimes.
Mais tout cela laisse sans explication une anomalie de taille : on n'a pas, par ailleurs, découvert de trace de millions d'autres prisonniers, en particulier juifs, qui auraient été brûlés par les Allemands à ciel ouvert, sur d'immenses bûchers. Or, comme on le voit incidemment par la lecture de l'ouvrage d'Anthony Summers et de Tom Mangold, ces millions de cadavres auraient nécessairement laissé des millions de traces.
Et puis, enfin, où donc étaient les immenses forêts qu'il aurait fallu dévaster pour fournir les bûchers constitués de piles de bois entreposés, séchés, transportés ? Où donc étaient les gigantesques entrepôts de carburants divers qui, dans une Allemagne à court de tout, auraient fourni à profusion une matière première qui manquait si cruellement à l'industrie et à l'armée allemande, toutes armes confondues : l'armée de terre, l'aviation, la marine ?


  1. Anthony Summers & Tom Mangold : The File on the Tsar [Le dossier sur le Tzar], Victor Gollancz Ltd., Londres, 1976. Les passages auxquels nous allons nous référer sont pris dans les pages 146 et suivantes.


Revue d’Histoire Révisionniste, n° 5, novembre 1991, p.136-142


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