Traduit de l'anglais

COMBIEN EST-IL MORT DE JUIFS DANS LES CAMPS ?

Carl O. Nordling

Il est bien connu que la majorité de ceux qui ont été internés dans les camps de concentration allemands durant une partie de la seconde guerre mondiale ne sont pas revenus après la libération. La plupart de ces gens étaient juifs et il s'est instauré la croyance générale qu'environ 6 millions de juifs sont morts dans ces camps, tués délibérément selon un grand programme d'extermination physique de l'entière communauté juive européenne. La plupart des profanes supposent que tout cela a été démontré par le Tribunal international de Nuremberg en 1946. En tout cas, c'est ce que j'ai cru jusqu'aux alentours de 1985. Cependant, les historiens qui ont eu à traiter de l'histoire contemporaine allemande ou juive ont depuis longtemps modifié cette description à des degrés divers. Le Tribunal international n'a rien prouvé du tout en la matière.
Récemment, un nouvel éclairage a été porté sur les pertes en population juive de la seconde guerre mondiale par l'Allemand Walter N. Sanning dans son livre, The Dissolution of the Eastern European Jewry [La dissolution de la communauté juive est-européenne, Costa Mesa, 1990]. Il s'agit d'une enquête sur la démographie et la migration des juifs au XXe siècle, réalisée avec beaucoup de soin et d'objectivité. L'ouvrage se fonde sur plus de cinquante publications contenant des informations statistiques sur les populations juives en différents pays, y compris les migrations, la fécondité, la mortalité, etc. La source la plus citée est, cependant, le livre de Gerald Reitlinger, The Final Solution [la solution finale], écrit dès les années 50. On pourrait dire, à juste titre, que Reitlinger a jeté les bases du travail de Sanning. Quant à la grande majorité des données statistiques employées par Sanning, elles proviennent de l'American Jewish Year Book [Annuaire juif américain] (éditions diverses), l'Encyclopedia Judaica (1971) et l’Universal Jewish Encyclopedia [Encyclopédie juive universelle] (1943). Pour autant que je puisse en juger, ces sources semblent être les meilleures que l'on puisse obtenir.
On a dit du travail de Sanning que pas un étudiant sur mille ne pourrait y trouver un défaut et que seuls quelques diplômés seraient assez compétents pour en relever ses imperfections ou mettre en question sa crédibilité. S'il en est ainsi, je me sens plus ou moins obligé d'apporter mon commentaire. Au cours de près de trente ans de carrière professionnelle, j'ai travaillé avec la même sorte d'ensembles et de processus démographiques, et, par conséquent, je me considère comme l'une des rares personnes à avoir la compétence nécessaire pour identifier au moins les plus gros défauts et les erreurs dans un travail de ce genre. Pourtant, après une lecture attentive du livre de Sanning, je n'ai pas trouvé cette erreur ou fausse interprétation qui changerait ses conclusions de manière sensible. Je n'ai pas non plus connaissance de l'existence d'une autre critique sérieuse des résultats ou des méthodes de Sanning dans les huit années qui se sont écoulées depuis la sortie de son livre, paru d'abord en allemand sous le titre de Die Auflösung des osteuropäischen Judentums [Tübingen, Grabert Verlag, 1983). Pour donner mon appréciation générale, je dirais que pour tout ce qui, dans ce livre, a trait aux pertes de population juive dans la zone d'influence allemande, c'est l'enquête la plus sérieuse qui ait été faite de toute la période d'après-guerre. Ce qui ne veut pas dire, évidemment, qu'elle soit garantie sans erreur ni qu'elle réponde à la question du nombre de juifs morts dans les camps de concentration allemands.
Bien que personne n'ait été capable d'y découvrir des fautes, il se peut, bien sûr, que le livre en contienne. Par conséquent, d'autres méthodes devraient être utilisées pour contrôler la fiabilité des chiffres significatifs. Je suis heureusement en possession d'un matériel statistique qui se prête à une vérification de quelques-uns des résultats de Sanning. En outre, si l'on réunit mon propre matériel et celui de Sanning et qu'on les compare, en plus, à quelques autres éléments de renseignements statistiques, nous serons peut-être à même de formuler une réponse relativement sûre à la question posée en tête du présent article.
Le matériel statistique dont je dispose consiste en des données concernant 722 juifs européens identifiés provenant de la zone d'influence allemande. On trouvera la biographie de ces 722 personnes dans l'Encyclopedia Judaica et on peut les considérer comme un échantillon représentatif de juifs d'un certain niveau de culture à la fin des années 30. Cependant, les personnes âgées sont surreprésentées dans ce groupe et aucune de ces 722 personnes n'est née après 1909 (en vertu du critère de sélection que j'ai retenu). Le point est à retenir, puisqu'il apparaît que l'émigration est beaucoup moins fréquente chez ceux qui sont nés avant 1880 que chez les plus jeunes. Et, bien sûr, la mortalité était beaucoup plus forte dans le groupe de gens âgés que dans le reste de la population. Il est important aussi de noter qu'un grand nombre de juifs éminents avaient déjà émigré avant 1938 et ne pouvaient donc pas prendre part à l'émigration plus générale qui semble avoir eu lieu dans les années 1939-1941. Vraisemblablement, les juifs éminents avaient davantage de contact avec l'étranger et s'étaient peut-être rendu compte plus tôt que les autres du danger des persécutions qui les menaçaient. En conséquence, mon groupe de juifs identifiés de 1938 comprend probablement une proportion relativement élevée de personnes qui avaient tendance à rester où elles étaient, même dans l'adversité. La Revue d'histoire révisionniste (n° 2, août 1990, p. 50-64) a publié une étude statistique sur le sort de ces 722 juifs.
Sanning a pris comme «ligne d'arrêt» l'année 1939 et, pour cette année-là, il a recensé 5 044 000 juifs dans la zone prise en considération. Grâce à une série de calculs complexes, il arrive à démontrer qu'au minimum près de 2 200 000 juifs ont émigré de la région au cours de la période qui s'est écoulée entre l'attaque allemande contre la Pologne et celle contre l'Union soviétique (c'est-à-dire 1939-1941). En d'autres termes, 44 % de la population juive de ce qui était devenu la zone d'influence allemande auraient quitté la zone dangereuse avant que ne se concrétise le vrai danger. Malgré la surprise que ce chiffre a provoquée chez moi, je ne vois pas d'erreur sur ce point de la part de Sanning. En le rapprochant avec le groupe des juifs identifiés, on s'aperçoit que 33 % de ces derniers (parmi ceux qui étaient présents en 1939) ont émigré avant la fin de 1941 (voy. Tableau).
Compte tenu de la constitution particulière de mon groupe échantillon, la cause de la différence entre 44 % et 33 % s'explique facilement. Par exemple, si l'on prend les juifs identifiés nés entre 1890 et 1909 et que l'on considère la période de 1938 à 1944, on s'aperçoit que pas moins de 51 % ont émigré. Ceux qui sont nés après 1909 (c'est-à-dire la moitié de la population) ont probablement été encore plus enclins à émigrer. En outre, les juifs qui n'étaient pas célèbres ou n'appartenaient pas au secteur public ont eu certainement la possiblité (dans bien des cas) de changer leur affiliation ethnique et (dans quelques cas) même leur nom et leur identité. Par de tels moyens, les juifs ordinaires ont pu s'éclipser plus facilement que les gens connus.
Évidemment, il faut considérer le chiffre de Sanning de 2 844 000 juifs présents dans la zone d'influence allemande en juin 1941 comme la meilleure estimation à ce jour (avec certainement une marge d'erreur). C'est pourquoi ce chiffre servira de base à la comparaison qui va suivre. A l'aide du Tableau, nous allons à présent comparer les pourcentages de certains sous-groupes significatifs.
Heureusement, grâce à leur sens de la bureaucratie, les Allemands ont soigneusement enregistré et numéroté les détenus du camp de concentration d'Auschwitz et du ghetto de Theresienstadt. Tandis que ce dernier était habité uniquement de juifs, le premier avait une clientèle mélangée comprenant divers groupes de gens persécutés, tels que des Tsiganes, des objecteurs de conscience, des homosexuels, des vagabonds, des adversaires politiques et des criminels endurcis. Étant donné qu'il est généralement admis que les juifs constituaient de loin le groupe le plus important, nous supposerons ici qu'ils représentaient 60 % de tous les détenus d'Auschwitz. Cela étant admis, on s'aperçoit que 8,6 % de la totalité des juifs dont on dispose (le groupe «de base») ont été enregistrés, tôt ou tard, au camp d'Auschwitz. Dans bien des cas cela se produisait après un séjour à Theresienstadt. Le chiffre correspondant pour le groupe des juifs identifiés est de 8,5 %. Compte tenu du caractère arbitraire du chiffre de 60 % cité plus haut, il n'est pas possible de voir là une différence statistique significative. Selon l'Encyclopedia Judaica, 65 % des détenus d'Auschwitz ont été enregistrés comme morts dans le camp et 20 % sont censés être morts après leur transfert vers des camps satellites ou lors de l'évacuation finale du camp lui-même (c'est-à-dire d'Auschwitz et de Birkenau). Le chiffre total des détenus d'Auschwitz disparus serait donc de 207 000, soit 7,3 % du chiffre «de base». Ce qui peut être rapproché, et confirme, la proportion de 7,6 % de disparus par rapport au chiffre «de base» des juifs identifiés (voy. Tableau).
Dans le livre de H.G. Adler sur Theresienstadt, nous apprenons que 141 000 personnes ont été enregistrées comme détenues dans cette ville juive de Bohême créée par les Allemands. Ce chiffre équivaut à 5,0 % du chiffre «de base», ce qui correspond parfaitement avec le fait que 5,0 % des juifs identifiés (de 1941) avaient été amenés à Theresienstadt. Cependant, la majorité des détenus de ce ghetto ont été envoyés à Auschwitz (et sont donc inclus dans le chiffre ci-dessus mentionné des prisonniers enregistrés). Ce sort a touché seulement un quart des détenus identifiés du ghetto — probablement parce qu'ils comprenaient une plus forte proportion de juifs dits «proéminents» qui étaient dispensés d'être déplacés vers d'autres camps (tous les Danois ont été pour une raison quelconque placés dans cette catégorie). Le groupe des juifs identifiés a aussi connu un taux de mortalité beaucoup plus bas que les autres (31 % de morts contre 63 % parmi les survivants du ghetto dans chaque cas). Il s'ensuit que le pourcentage de survivants fut beaucoup plus élevé chez les juifs identifiés que chez les détenus en général.
Il n'y a guère de raison de contester l'exactitude des chiffres d'immatriculation du camp cités plus haut. Et s'ils sont exacts, il s'ensuit que le chiffre «de base» de 2 844 000 juifs vivants en juin 1941 doit aussi être assez juste. Cela est vrai parce que nous savons, grâce à l'échantillon des personnes identifiées, à quel pourcentage de détenus on doit s'attendre et que nous avons trouvé des pourcentages qui répondent à cette attente.
Ceux qui sont morts à Auschwitz et à Theresienstadt représentent un peu moins de la moitié des pertes totales de tous les camps de concentration allemands dans le cas des juifs identifiés. Quant à la population juive en général, le chiffre total des morts dans les camps fait forcément partie de la catégorie que Sanning appelle «Juifs disparus dans la zone d'influence allemande». Il se trouve que ce chiffre de «disparus» est de 304 000 d'après la première méthode de calcul de Sanning. En guise de contrôle, Sanning a utilisé également une autre méthode. Ce deuxième mode de calcul aboutit à un chiffre de disparus de 330 000 sur un chiffre «de base» de 2 738 000 (à l'intérieur d'une sphère d'influence légèrement plus étroite). Le premier chiffre de «disparus» représente 10,7 % du chiffre «de base», le second 12,1 %. Ces pourcentages sont à rapprocher des 12,3 % de «disparus pour causes autres que la mort naturelle» du groupe des juifs identifiés. A première vue, ces chiffres semblent s'accorder assez bien. Mais, en raison des méthodes grossières de statistiques employées par Sanning, ces chiffres «ne peuvent pas prétendre à la certitude absolue» — pour employer les propres termes de Sanning. Il indique que les données dont on dispose sur le volume de la population, les émigrations, les fuites et les déportations, les taux de natalité et de mortalité, les mariages mixtes et les tendances à l'assimilation sont souvent si vagues qu'une légère variation dans le mode de calcul peut très bien modifier le résultat des «disparus» de plusieurs centaines de milliers. Aussi, ce que Sanning a véritablement réussi à montrer, c'est seulement que le chiffre des juifs disparus à la fin de la guerre dans la sphère d'influence allemande doit se situer entre, disons, 150 000 et 500 000. Le chiffre le plus bas peut être tout de suite écarté en raison du chiffre des morts enregistrées à Auschwitz et à Theresienstadt. La meilleure estimation semble être l'hypothèse selon laquelle ces morts représentaient environ 51 % de la totalité des juifs disparus des camps de concentration allemands conformément à la proportion relevée chez le groupe des juifs identifiés. Ce qui signifierait approximativement 470 000 disparus en totalité dans les camps. Étant donné que 50 000 environ seraient morts de mort naturelle, il y aurait, d'un point de vue statistique, quelque 420 000 «disparus». C'est-à-dire 14,7 % du chiffre «de base», à rapprocher des 12,3 % chez les juifs identifiés.
Il est peut-être possible de contribuer à la vérification de ces chiffres en disant quelques mots sur le nombre des survivants des camps de concentration. Un des hommes qui devaient bien connaître le chiffre des détenus juifs des camps était le responsable SS Heinrich Himmler. Heureusement, un certain représentant juif a pu encore l'interviewer à ce sujet en avril 1945. Il s'agit de M. Norbert Masur, de Suède, qui s'était rendu auprès d'Himmler pour négocier l'éventuelle libération de juifs emprisonnés. Au cours de ces entretiens, Himmler a mentionné le chiffre des juifs vivant encore dans quelques-uns des camps : 25 000 à Theresienstadt, 20 000 à Ravensbrück, de 20 000 à 30 000 à Mauthausen, 50 000 à Bergen-Belsen et 6 000 à Buchenwald. Une information plus récente indique que certains de ces chiffres étaient trop élevés et le chiffre de Buchenwald beaucoup trop faible. Le total était probablement assez juste. Mais Himmler a laissé entendre qu'il fallait aussi compter 150 000 juifs d'Auschwitz parmi les survivants. D'après le responsable SS, ces derniers seraient restés en vie dans le camp jusqu'à son évacuation. Ce peut bien être vrai, mais apparemment on n'a pas dénombré les survivants après l'évacuation, et Himmler ne semble pas avoir eu la moindre idée de ce qu'il était advenu des évacués. Nous savons, par d'autres sources, que seule une minorité d'entre eux ont survécu au transport dans des wagons à ciel ouvert au cours d'un hiver particulièrement glacial, peut-être environ 30 000 à 50 000. Ensuite, il y avait beaucoup d'autres camps non cités par Himmler qui contenaient des détenus juifs, et il semble raisonnable d'estimer à 30 000 à 40 000 les survivants de ces camps. Cela voudrait dire qu'il y aurait eu aux alentours de 200 000 juifs survivants de tous les camps de concentration allemands. Il résulterait de ces hypothèses une mortalité totale de 70 % parmi les détenus juifs. C'est là un chiffre très élevé à d'autres points de vue. La mortalité dans le groupe correspondant des juifs identifiés était «seulement» de 75 % alors qu'ils étaient beaucoup plus âgés que les détenus en général et auraient dû avoir beaucoup plus tendance à mourir dans les circonstances où ils étaient. Peut-être, après tout, avons-nous un peu trop surestimé le nombre des morts et/ou un peu trop sous-estimé le nombre des survivants.
Quoi qu'il en soit, le chiffre des juifs disparus dans la sphère allemande apparaît très éloigné du chiffre «reconnu» de six millions. Faut-il que, précisément à cause de cet énorme écart, nous supposions quelque erreur fondamentale dans le raisonnement pris en son entier ? Certes, des vérifications plus approfondies semblent être nécessaires. Mais rappelons, premièrement, que nous n'avons considéré ici que le chiffre des juifs qui sont morts dans les camps de concentration, et non pas tous les juifs européens qui sont morts pendant la guerre. D'après les recherches de Sanning, des 5 500 000 juifs qui se trouvaient dans la sphère soviétique (en 1941), plus d'un million sont morts. Ces morts comprennent à la fois les victimes «normales» de la guerre et les victimes des persécutions allemande et soviétique. Deuxièmement, il n'est pas possible que la population juive «de base» d'environ 2 850 000 personnes ait subi une perte de quelque chose comme six millions. Ce chiffre aurait dû être écarté depuis longtemps, et particulièrement dès l'époque où, voilà quarante ans, Reitlinger prouva que ce chiffre était irréaliste. La question qu'on est fondé à se poser est plutôt celle-ci : compte tenu de la politique antisémite déclarée des nationaux-socialistes et des propos d'Hitler sur l'Ausrottung [extirpation ou extermination], comment se fait-il que deux millions de personnes aient échappé aux déportations ? Où est la fameuse efficacité allemande ?
Himmler répond lui-même partiellement à cette question, puisqu'il déclara à M. Masur : «J'ai laissé 450 000 juifs en Hongrie» — comme s'il avait fait cela par humanité (la véritable raison était probablement le manque de moyens de transport au moment où la Hongrie est passée sous l'autorité directe des Allemands). La Roumanie n'est jamais passée sous l'autorité directe des Allemands et, en conséquence, très peu de juifs roumains ont été déportés vers les camps allemands. Le gouvernement roumain (du parti légionnaire) poursuivait sa propre politique antisémite et Hitler s'en satisfaisait. Plus d'un demi-million du chiffre «de base» étaient des juifs roumains. On trouvait des conditions pratiquement identiques en Italie, en France, en Croatie et en Slovaquie, et, la plupart du temps, la Gestapo devait se contenter des transports de juifs non naturalisés organisées par ces pays. Les juifs naturalisés de Belgique, de Bulgarie et de Finlande semblent avoir entièrement échappé à la déportation. En Pologne, des centaines de milliers de juifs eurent le droit de rester dans les ghettos des villes (jusqu'à ce qu'ils se révoltent comme à Varsovie en 1943). La plupart des juifs du Danemark ont échappé à la déportation planifiée en fuyant par le Détroit du Sund vers la Suède — et l'armée et la marine allemandes n'ont pratiquement rien fait pour les en empêcher.
Le sort des juifs non déportés était souvent très malheureux, spécialement dans le cas de la Pologne, et cela mériterait certainement une étude particulière.
Une autre question qui mériterait une étude particulière d'un point de vue statistique, c'est celle du prétendu système de transport des juifs âgés inaptes au travail vers quelque camp de l'Est avec l'unique intention de les tuer immédiatement à l'arrivée. On chercherait en vain des cas de ce genre dans les registres, puisque l'allégation veut que le meurtre ait eu lieu sans qu'aient été relevés le nom et l'identité des victimes. Tout ce que l'on peut dire à ce sujet c'est que cette prétendue pratique n'aurait guère pu être responsable d'un grand nombre de morts. Si cela avait été le cas, il y aurait certainement eu beaucoup plus de 32 disparus après Auschwitz parmi tous les juifs identifiés répertoriés dans l'Encyclopedia Judaica . Et, puisqu'un quart des juifs identifiés envoyés à Auschwitz étaient âgés de 65 à 80 ans, nous aurions probablement vu plusieurs cas de «tué à l'arrivée» dans leur notice biographique. Au lieu de cela, nous trouvons deux exemples plutôt inattendus. L'Encyclopedia Judaica rapporte, au sujet de Gisi Fleischmann (47 ans), qu'elle fut «tuée à l'arrivée» et, au sujet de Raymond Lambert (49 ans), qu'il fut «gazé à l'arrivée». D'autre part, on lit par exemple que Béla Bernstein (76 ans) «est mort» à Auschwitz et qu'Eduard Duckesz (76 ans) «a péri» à l'intérieur du camp. Il n'est même pas certain que l'on doive se fier à l'Encyclopedia dans le cas de Fleischmann, puisqu'une information plus récente signale qu'elle a été déportée à Birkenau (Auschwitz) en août et tuée aux environs du 18 octobre (Martin Gilbert dans son ouvrage, The Holocaust, 1986).

La conclusion générale que nous devons en tirer est que la question du titre de cet article ne pourra pas recevoir de réponse précise tant que nous aurons recours seulement aux sources ci-dessus mentionnées. L'ordre de grandeur global est certainement d'un demi-million, mais le chiffre réel des juifs qui sont morts dans les camps de concentration allemands peut très bien descendre à 300 000 ou monter à 600 000. Afin d'établir une réponse plus précise à la question, il faudrait effectuer d'autres enquêtes sur échantillons. N'importe quelle société juive, club juif, classe d'école ou petite communauté juives pourrait servir ainsi d'échantillon, à condition que l'on puisse suivre la trace de tous ses membres, ou presque, au cours de la guerre. L'étude d'un nombre suffisant de tels échantillons répondrait probablement à la question soulevée ainsi qu'à un certain nombre d'autres questions également.

Je terminerai cet article en citant, d'après la littérature de l'«Holocauste», juste un petit groupe échantillon de juifs déportés :

On a là un aperçu des résultats auxquels on peut arriver par l'étude d'échantillons d'individus connus.

 

COMPARAISON DES DONNEES STATISTIQUES CONCERNANT LA POPULATION JUIVE DE LA ZONE SOUS CONTROLE ALLEMAND AVEC LES CHIFFRES CORRESPONDANTS APPLIQUES A UN ECHANTILLON DE JUIFS IDENTIFIES DE LA MEME REGION

POPULATION JUIVE TOTALE

PERSONNES IDENTIFIEES

Catégorie

Milliers

%

%

Nombre

Catégorie

Présents en 1939 (Source : Sanning) 5044 629  Présents en jan. 39 (Source : Enc. Enc.)
Ont émigré de 1939 à 1941 (Source : Sanning) - 2197 - 206  Ont émigré de 1939 à 1941 (Source : Enc. Jud.)
Présents en 1941 = 2847 100,0 100,0 = 423  Présents en déc. 41 
Juifs enregistrés à Auschwitz (en supposant que 60% des enregistrés étaient juifs) (Source : Enc. Jud.) 244 8,6 8,5 36  Déportés vers Auschwitz (Source : Enc. Jud.)
Manquants en mai 45 (85 du total selon l'Enc. Jud.) - 207 7,3 7,6 - 32  Manquants en mai 45 (Source : Enc. Jud.)
Ont survécu à Auschwitz = 37 1,3 0,9 = 4  Ont survécu à Auschwitz
Enregistrés à Theresienstadt (Source : H.G. Adler) 141 5,0 5,0 21  Déportés à Theresienstadt (Source : Enc. Jud.)
Envoyés de Theresienstadt (Source : H.G. Adler) - 88 3,1 1,2 - 5  Envoyés de Theresienstadt (Source : Enc. Jud.)
Morts à Theresienstadt (Source : H.G. Adler) - 33,5 1,2 1,2 - 5  Morts à Theresienstadt (Source : Enc. Jud.)
Ont survécu à Theresienstadt = 19,5 0,7 2,6 = 11  Ont survécu à Theresienstadt
17,0 72  Disparus après déportation vers les camps de    concentration (Source : Enc. Jud.)
Disparus ni par émigration ni par mort naturelle (Source : Sanning) 304 10,7 12,3 52  Disparus non par mort naturelle (72-20)
En vie dans les camps en avril 45 selon Himmler (Source : N. Masur) 275 9,6 5,7 24  En vie dans les camps en mai 45 (Source : Enc. Jud.)
 

N.B. Tous les chiffres se rapportent aux juifs vivant dans les pays sous contrôle allemand en juin 1941

Sources : 

  • Adler, H.G., Theresienstadt 1941-1945, Tübingen, 1960  
  • Encyclopedia Judaica, Jérusalem, 1972 
  • Sanning, W.N., The Dissolution of Eastern European Jewry, Costa Mesa, 1990 
  • Masur, Norbert, En Jude talar med Himmler, Stockholm, 1945 

 

ANNEXE

Lettre du professeur Yehuda Bauer [1] à Carl O. Nordling 10 mai 1991

Cher Monsieur,
Nous sommes en possession de votre lettre et de l'article sur le nombre de juifs morts dans les camps de concentration. Nous sommes une revue universitaire et n'acceptons pas d'articles qui soient aussi manifestement dénués de fondement. Il n'est pas nécessaire d'examiner en détail votre papier puisqu'il est simplement un recueil de contrevérités reprenant la littérature néo-nazie de bas étage. Walter N. Sanning, votre source, est un nazi de plus dont les chiffres sont un salmigondis d'argumentation infantile habillé en statistiques. Les juifs qui, au nombre de près de six millions, ont disparu dans l'Holocauste, ont été victimes massivement de fusillades, de privations, de tortures et de gazages à grande échelle dans un certain nombre de camps d'extermination, et non de concentration. Veuillez consulter l'Encyclopédie de l'Holocauste pour les détails.
Nous vous prions de ne plus nous importuner avec d'autres articles ; nous ne répondrons pas non plus à vos lettres.


  1. Rédacteur en chef de la revue internationale Holocaust and Genocide Studies. Élie Wiesel préside le comité de rédaction de cette revue publiée par Pergamon Press (Oxford) et financée par le milliardaire, d'origine juive, Robert Maxwell. Curieusement, le Français qui s'abonne à cette revue publiée en Grande-Bretagne se voit demander un règlement en monnaie allemande. Ce dernier point à lui seul tendrait à confirmer que le professeur Faurisson voyait clair lorsque, dans des conclusions déposées devant un tribunal le 14 novembre 1988, il écrivait notamment :

«On est en droit de considérer que la solidité du DM est garantie par l'intérêt que portent à la bonne santé de cette devise les bénéficiaires principaux des "réparations" (voy. la déclaration de David Horowitz, directeur de la Banque d'Israël, à l'occasion de l'une des nombreuses réévaluations du DM : "La majorité des devises d'Israël est composée de marks […]. Après la réévaluation, ce montant sera augmenté de 8,50 %" — La Tribune des Nations, 31 octobre 1969)», Annales d'histoire révisionniste, n° 6, hiver 1988/1989, p. 120).


Revue d’Histoire Révisionniste, n° 5, novembre 1991, p. 94-106


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