Observations sur
«LA PESTE BRUNE»

Raphaël Brink

La Peste brune, film produit par la télévision suédoise et réalisé par l'Allemand Michael Schmidt, a été diffusé sur Antenne 2 le 12 décembre 1991 dans le cadre du magazine «Envoyé spécial», dirigé par Paul Nahon. L'émission a été préparée et présentée par Bernard Benyamin, et accompagnée d'un commentaire dit par Jérôme Camilli.
Il s'agit d'un produit à fabriquer l'opinion.

Mise en condition

Dès le 7 décembre, Télé 7 Jours prévient ses lecteurs qu'ils assisteront à un film dangereux et que, pour éviter de mettre en danger la vie du réalisateur du film, on ne montrerait pas le visage de ce dernier.
Toujours selon Télé 7 Jours et à en croire Michel Radenac, le réalisateur aurait parcouru l'Europe pendant deux ans et tourné au total 110 heures de bobine. On se demande quelle a pu être la réalité du danger puisque le réalisateur a pu filmer ces 110 heures sans jamais avoir été inquiété et sans avoir jamais réussi à filmer une seule scène de violence.
Quant au reportage lui-même, il peut, au premier abord, donner une impression de neutralité et de respectabilité : son auteur est Allemand, son équipe de tournage est suédoise et c'est un pasteur qui s'exprime sur les toutes premières images.
Dans son introduction, Bernard Benyamin nous avertit, d'une voix que l'angoisse rend presque haletante :

L'enquête que vous allez voir ce soir est le fruit d'un travail effectué pendant plus de deux ans par une équipe de la télévision suédoise. Son thème est d'une actualité brûlante puisqu'il s'agit de la renaissance des idées nazies en Europe. L'auteur de cette enquête s'appelle Michael Schmidt ; il est Allemand ; il reçoit depuis de nombreuses menaces de mort ; ça ne l'empêchera pas d'être tout à l'heure avec nous, sur ce plateau …

M. Schmidt apparaît dans le film lui-même, dès les premières minutes. Il n'a pas songé à se cacher. B. Benyamin poursuit :

Je n'insisterai pas sur la force de ce reportage, ni sur le sentiment d'effroi qui peut s'en dégager…

Le film débute par une suite de scènes où les thèmes sont enchaînés par connotations accessoires, selon une logique quelque peu hallucinée à laquelle va obéir tout le montage du film. Un adolescent confie qu'il en a assez de voir l'Allemagne salie par les étrangers et par les juifs. Au montage on lui a masqué le visage par un procédé optique, ce qui donne l'impression d'un tournage clandestin. On enchaîne sur une scène de meeting, où un orateur bien lancé déclare «nous défendons notre race, notre peuple, nous voulons la vérité parce que la vérité nous rend libres !». Sous-entendu : celui-là aussi doit s'en prendre aux juifs mais à haute voix, à visage découvert et en public. Gros plan sur le calicot proclamant «Wahrheit macht frei» («La vérité rend libre»), qui conduit à l'inévitable pancarte «Arbeit macht frei» surmontant l'entrée du camp d'Auschwitz.
Voici Thies Christophersen, qui, justement, était officier à Auschwitz. Il explique comment il affectait des déportés à des travaux agricoles : le mot de «sélection» est prononcé. T. Christophersen dit aussi avoir choisi quelques Tziganes pour faire de la musique, activité fortement liée à la chambre à gaz homicide. Pour preuve apparaît Esther Bejarano, dédicataire du film, survivante d'Auschwitz, qui conte que son rôle, en tant que musicienne de l'orchestre féminin du camp, était de tranquilliser les nouveaux déportés et de dissiper chez eux le soupçon qu'on les destine à la chambre à gaz.

«Une menace terrifiante»

La voix de Jérôme Camilli s'élève tandis que se fait entendre une musique de synthétiseurs, accompagnée de chœurs électroniques modulant des «Aaah !» à glacer les sangs.

Les idées qui ont envoyé Esther Bejarano à Auschwitz n'ont pas disparu. Ces idées-là survivent et se développent grâce au financement de vieux camarades et au soutien de militants très motivés pour des actions politiques et terroristes. C'est un réseau sinistre et effrayant dont les dimensions réelles ne sont devenues apparentes qu'au bout de deux années d'enquête. Révéler l'ensemble de ces ramifications est une tâche impossible. Ce film ne développe qu'un seul aspect, mais qui représente une menace terrifiante.
[...] Je souhaite dédier ce film à Esther et à ceux qui pensent qu'un phénomène terrible est en train de se développer.

Des phrases. Avec des adjectifs qui font de l'effet : sinistre, effrayant, impossible, terrifiante, terrible.
Voilà plus de quarante ans que le spectre de la «résurgence» ou de la «montée du nazisme» est régulièrement agité. Pour appuyer la menace, on présente brièvement sur l'écran un tableau censé figurer les tentacules de l'hydre. S'y mêlent des sigles existants ou disparus, ou bien encore de pure fantaisie, au centre desquels se remarquent les initiales du Ku-Klux-Klan. Cet organigramme relève de la construction de circonstance.
Le film ratisse très large, des skinheads bavarois aux néo-nazis du Nebraska ; il met en cause l'extrême droite représentée au parlement européen, la Bundeswehr, Helmut Kohl et jusqu'au parti libéral FDP ; il vise surtout les historiens révisionnistes.

Un film antiallemand

On cherche à compromettre avec le petit monde néo-nazi des membres de l'administration actuelle ou des gouvernants actuels de l'Allemagne :

 Une séquence montre l'officier de police Wunsch qui s'entend avec le responsable d'une réunion néo-nazie pour protéger cette dernière. La scène : une manifestation d'extrême droite, menée par Michael Kühnen. Le lieu : Dresde. Écoutons M. Schmidt, dans la traduction que nous en propose l'adaptation française :

A l'heure actuelle en Allemagne, le mouvement néo-nazi est plus important qu'il n'a jamais été. Dans la seule RDA, il compte plus de 15 000 adeptes.
[...] C'est l'ancienne Allemagne de l'Est qui connaît la croissance la plus forte. L'ordre public s'est effondré en même temps que l'économie. Après 40 années de soi-disant vrai socialisme antifasciste, les autorités ne savent plus ce qu'est le vrai fascisme.

C'est pour le moins exagéré. Le film spécule sur le discrédit où sont tombées les autorités est-allemandes qui laisseraient faire les nazis.
En guise d'échantillon représentatif de ces autorités, on cadre l'inspecteur Wunsch, encore très DDR avec son treillis strié caca-d'oie modèle NVA et son fort accent saxon, mais timide et poli, aussi déstabilisé psychologiquement que peut l'être un policier est-allemand qui vient à peine de voir s'écrouler le régime auquel il avait voué sa carrière. Dialogue (dans la traduction française d'Antenne 2) :

— Je suis surpris que les néo-nazis puissent manifester si facilement dans les rues de Dresde !
— Ils tiennent un meeting, ce qui est permis en vertu du droit de se réunir… Tout est parfaitement légal… Et maintenant, soyons clairs, allons-y : où sont les néo-nazis ?…
— Qu'est-ce que vous voulez dire ?
— Rien d'autre que ce que vous avez entendu …
— Vous ne croyez pas qu'il y a des néo-nazis, ou vous pensez que cela reste à prouver ?
— Personne n'a à démontrer que …
— Mais on voit partout des saluts hitlériens !
— Où ça ?
— Juste devant vous, là ! Il y a des photographes et ils les saluent à l'allemande, avec des saluts hitlériens, c'est clair, non ?
— J'ai rien remarqué, moi.

Wunsch n'a rien remarqué. Le téléspectateur non plus. On ne lui a rien montré, sinon quelques manifestants faisant le «V» de la victoire à la façon de Churchill. Si vraiment il y avait eu des bras levés partout dans les rues de Dresde, la caméra de M. Schmidt ne les aurait pas manqués au lieu de s'acharner sur un officier de police dépassé par ce qui lui arrive. Le téléspectateur retiendra que les nazis, dont on ne lui a pourtant pas montré le moindre spécimen, paradaient bras levé en pleine rue dans l'expirante Allemagne de l'Est.

 Le cinéaste nazi Hippler devint après la guerre l'ami d'une haute personnalité du parti libéral FDP, Walter Scheel, qui, en 1974, allait être élu président de la République fédérale allemande.

 Le chancelier Kohl est mêlé à l'historien David Irving, dont les ouvrages — «controversés», nous est-il précisé avec insistance — sont tirés à des millions d'exemplaires chez de grands éditeurs :

«Ein Reich, ein Irving» a titré le grand quotidien londonien The Independant. Un article dans lequel on pouvait lire : «A Noël, le chancelier Kohl a donné aux personnes chargées de rédiger ses discours un exemplaire de la célèbre biographie de Winston Churchill par David Irving.»

Après un ancien président de la République libéral, l'actuel chancelier chrétien-démocrate se trouve compromis.

 Lors de la séquence finale sur l'entraînement militaire prétendument néo-nazi, on assiste à une partie de paint-ball (pistolet pneumatique envoyant des capsules de colorant qui matérialisent les impacts) et on nous dit que ce sont des cadres de la Bundeswehr qui viennent s'entraîner.

Paroles truquées et juxtaposition de propos

A plusieurs reprises, on entend des «Sieg Heil !» qui ne correspondent pas au mouvement des lèvres. Même remarque pour le minuscule groupe censé chanter le Horst Wessel Lied. Plutôt que de recourir aux sous-titres, qui auraient permis aux téléspectateurs comprenant l'allemand et l'anglais de réellement savoir ce qui se dit dans ce film, Antenne 2 a opté pour un doublage surdramatisé, dit par des acteurs. Ce doublage couvre les voix originales. Pas assez cependant pour dissimuler certaines falsifications délibérées, dont voici un exemple.
Nous sommes en Allemagne de l'Est. Gottfried Küssel dirige une manifestation à l'aide d'un porte-voix en scandant «L'Allemagne aux Allemands, les étrangers dehors !». Le commentaire trace un tableau d'apocalypse :

Des foyers de réfugiés sont attaqués. Les étrangers sont pourchassés et assassinés dans les rues, boucs émissaires tout trouvés pour une société en crise.

Il est exact que des incidents ont eu lieu durant la période 1990-1991 dans une RDA moribonde. Les plus sérieux se sont produits à Hoyerswerda, sans que les néo-nazis y fussent pour rien : la population de la petite ville s'était mobilisée pour obtenir le départ de ressortissants du Vietnam et du Mozambique perçus comme un legs du COMECON et comme des créatures de l'occupant soviétique. Il y a eu des attroupements, des jets de pierres, des blessés : assiégé, un immeuble abritant des étrangers a dû être entièrement évacué et ses occupants acheminés vers les régions plus calmes de l'ouest de l'Allemagne. Ce ne fut assurément pas une page de gloire de l'époque de la réunification mais le ressentiment antiimmigrés existe en Allemagne autant qu'en France ou en Suède. Cependant, une voix doublée en français, traitée comme si elle sortait d'un mégaphone, se met à beugler :

L'Allemagne aux Allemands, dehors les juifs !

Or, on peut distinctement entendre derrière ces mots : «Deutschland den Deutschen, Ausländer raus !», soit : «L'Allemagne aux Allemands, les étrangers dehors !».
Il existe, au long du film, plusieurs autres passages suspects, où la traduction française ne semble pas concorder avec le texte allemand et où même la version originale paraît avoir été trafiquée. Écoutons le commentaire au sujet de G. Küssel :

Le successeur désigné de Kühnen [mort du sida en avril 1991, pendant le tournage du film] vit à Vienne. Il a le même passé qu'Hitler : Autrichien et criminel.

Aucun des crimes de ce «criminel» n'est précisé.

Gottfried Küssel n'a aucune hésitation pour dire qui il enverra en camp de concentration s'il arrive au pouvoir :
«Tout le gouvernement, bien sûr, tous ceux qui ont permis que survive ce système complètement faux. Nous devons leur montrer leurs erreurs.»

Or, il s'agit là d'une juxtaposition de propos et d'un effet de montage. C'est le commentateur qui a prononcé les mots fatidiques de : «camp de concentration».

La «confession» de Th. Christophersen

Les révisionnistes sont la véritable cible du film :

Si les révisionnistes détiennent la vérité, cela signifie que les victimes mentent.

La preuve que ce sont les révisionnistes qui mentiraient sera fournie avec l'interview de l'un d'entre eux, Thies Christophersen. A M. Schmidt qui lui demande :

Est-ce qu'il y a eu des gazages, oui ou non ?

il répond :

Dans mes rapports, je n'ai rien dit sur les gazages.

Le texte allemand est presque inaudible. Si on le réécoute attentivement, il est possible de reconstituer avec une probabilité maximale la phrase complète : «Über Vergasungen habe ich in meinem Bericht nicht geschrieben.» Mot à mot : «A propos de gazages je n'ai dans mon rapport [sur Auschwitz] pas écrit.» Ce qui diffère sensiblement de la traduction forgée par Antenne 2. Si T. Christophersen n'a rien écrit dans son rapport sur ce sujet, c'est parce qu'il n'avait pas à y parler de ce qui n'existait pas à Auschwitz. Ce «dialogue» très particulier est coupé par deux commentaires off. Le premier :

Dans son rapport, Auschwitz ressemble davantage à un camp de vacances qu'à un camp de la mort.

En fait, T. Christophersen décrit le cantonnement dont il avait la charge comme un camp de travail relativement privilégié, mais il ne cache aucunement que la main-d'œuvre qui lui était envoyée de Birkenau pouvait être en état de malnutrition.
Reprise du dialogue :

— Que pensez-vous de David Irving ?
— Il fait encore l'objet d'attaques parce qu'il est anglais. Et nous n'aimons pas la façon dont il parle d'atrocités allemandes qui se sont, c'est vrai, sûrement produites. Mais moi, je le reconnais, je suis partial.

Dans l'esprit du téléspectateur moyen, ces atrocités ne peuvent être que des gazages homicides. T. Christophersen parle en fait d'atrocités «normales», de crimes de guerre tels que toutes les guerres en produisent et que D. Irving a pour habitude de dénoncer dans ses conférences, ce qui froisse certains de ses auditeurs allemands. Le commentaire off reprend :

Le Mensonge d'Auschwitz est la bible de tous ceux qui veulent nier la vérité. Mais l'auteur avoue l'effet de distorsion : ne pas mentionner les chambres à gaz revient à dire qu'elles n'existaient pas.

L'auteur n'avoue rien de tel. C'est le commentateur et lui seul qui vient ainsi reparler des chambres à gaz. Par un nouvel effet de juxtaposition, on insère ensuite des propos de T. Christophersen, qui sont peu clairs et pourraient aussi bien faire allusion aux atrocités «normales» déjà mentionnées qu'à autre chose encore :

Je veux alléger notre fardeau et prendre notre défense. Mais c'est vrai, c'est impossible avec tout ce que nous avons fait. Je ne peux le nier mais n'importe quel avocat de la défense éviterait de faire allusion à la pièce à conviction. Cela ne me gêne pas ; j'aurais le sentiment de trahir mes amis si je disais le contraire en public maintenant. Et ça, je ne l'ai jamais fait.

T. Christophersen ne cache ni sa partialité ni ses sentiments nationalistes. Sa plaquette Le Mensonge d'Auschwitz n'a rien d'une bible. Il s'agit d'un témoignage à décharge, un témoignage partiel, qui ne prétend relater que ce que son auteur a vu et vécu en tant qu'agronome affecté en janvier 1944 à Raisko, petit camp satellite d'Auschwitz. Le spectacle de Birkenau, surpeuplé et sale, lui a fait mal, dit-il, mais il prétend avoir suffisamment bien connu le complexe d'Auschwitz pour avoir l'absolue certitude que jamais aucun être humain n'y fut gazé.
Les propos de T. Christophersen, tels du moins qu'ils ont été rendus dans le film, ont inspiré à Henry Rousso un commentaire paru dans Vingtième Siècle - Revue d'histoire (n° 34, avril-juin 1992, p. 196-200) : «Une véritable confession», dit-il, et il ajoute que c'est «la première fois qu'un négationniste explique le sens de son mensonge». Cependant, par prudence ou par honnêteté, H. Rousso se garde d'écrire en toutes lettres que T. Christophersen «avoue» la chambre à gaz. Il reste sur l'équivoque qui imprègne tout ce passage du film. Il fait bien.
T. Christophersen ne manquera pas de réagir à la manipulation dont ses paroles avaient été l'objet et il révélera, sur ce point, de troublants détails sur la façon dont a été fabriqué le film.
Dans sa livraison de février 1992 (p. 6), sous le titre «Voici comme on falsifie», le Courrier du Continent, de Lausanne, a publié sa mise au point. Il en ressort que l'intéressé avait immédiatement envoyé à la télévision suédoise une «rectification», à laquelle il ne fut jamais donné suite. Il y révèle que l'interview avait été accordée non pas à la télévision suédoise, mais à Michael Kühnen, décédé depuis ; que la télévision suédoise, entrée en possession de cette interview, l'avait découpée pour en faire un montage de pièces disparates. Dans cette interview originale, le vieil homme, exilé au Danemark, déclarait que l'âge allait l'obliger à cesser son travail d'éditeur, mais qu'il continuerait à travailler par ailleurs pour assurer sa subsistance. Il ajoutait :

Ce serait trahir mes amis que d'accepter leur aide et de ne plus rien faire. Quant aux chambres à gaz, j'ai dit [lors de cet enregistrement avec M. Kühnen] qu'il y en avait eu, mais seulement pour les poux. La télévision suédoise a présenté cela comme si j'avais dit qu'il y avait eu des chambres à gaz, mais que je ne pouvais pas me rétracter par égard pour mes amis !

Ainsi, à l'instar de Patrick Poivre d'Arvor dans sa fameuse interview fictive avec Fidel Castro, la télévision suédoise a monté des entretiens prétendument menés par M. Schmidt et forgés en réalité à partir des bandes vidéo livrées (ou vendues) par … des néo-nazis. On ne voit M. Schmidt qu'en la compagnie d'Esther Bejarano. On ne le voit ni avec T. Christophersen ni avec aucun autre néo-nazi. Et pour cause ! Il a acheté ces films au lieu de les tourner lui-même. Est-ce pour expliquer l'anomalie de son absence qu'on a mis au point le mensonge d'un M. Schmidt craignant pour sa vie et contraint de se cacher ?

Des confusions historiques délibérées

 Le Deutschlandlied, hymne national allemand, composé au XIXe siècle par le poète Hoffmann von Fallersleben, est présenté comme un chant de guerre spécifiquement nazi.

 Le fameux Reichskriegflagge, drapeau de guerre du Kaiser, est présenté comme un drapeau nazi.

On se moque du téléspectateur

 On est censé assister à la réunion d'une cellule secrète d'une formation nazie ; en réalité, on aperçoit de jeunes skinheads qui, vautrés dans des fauteuils, les pieds sur la table, en chaussettes, boivent de la bière en regardant une vidéo sur le IIIe Reich.

 Lors de l'entraînement au combat, le journaliste interroge le chef de groupe : «Est-ce que vous ne risquez pas de vous faire repérer ?» Réponse de G. Küssel : «Non, nous sommes discrets» ; or, derrière lui, on aperçoit une énorme tente de camping orange vif !

 Le féroce entraînement consiste à faire une partie de paint-ball, donc un entraînement avec des armes fictives. Cependant, pour faire vrai, on a ajouté un bruitage d'armes de guerre, alors que le paint-ball fait en réalité un bruit d'air sous pression.

 On nous raconte que G. Küssel accueille un délégué américain à une réunion secrète, mais, apparemment, la réunion secrète a été filmée de fond en comble et sous tous les plans : depuis l'aéroport, à l'intérieur de la voiture, à tout moment le journaliste a pu interviewer sans difficulté ; et on nous montre un journal qui, précisément, parle de cette réunion !

 Un homosexuel d'extrême-droite, 70 ans, les cheveux blonds teints, est présenté comme «un expert de la terreur» (Gerrit von Wolsnik), agent international de liaison des fascistes ; or, il donne plutôt l'impression d'être le dirigeant d'une messagerie homosexuelle.

 On nous présente le nazi américain Gary Rex Lauck, chef de la folklorique NSDAP/AO de Lincoln, Nebraska. Cette officine existe depuis au moins vingt ans. La NSDAP/Ausland-Organisation (NSDAP/Organisation à l'étranger) expédie à quiconque en formule la demande des petits paquets d'autocollants décorés de croix gammées, avec les mêmes slogans depuis sa fondation.

L'AO exporte du matériel de propagande dans le monde entier. Son organisation divisée en cellules est secrète et donc impénétrable pour la police.

Or, il suffit d'envoyer à la boîte postale de Gary R. Lauck les coordonnées de vos amis pour que celui-ci leur propose par lettre de créer un cercle local du NSDAP-AO. Le procédé, typiquement américain, est celui des réunions Tupperware.

Gary Lauck est en relation avec des terroristes aux États-Unis… [...] Berlin-Est, le Q.G. des néo-nazis, la Wecklingstrasse, était une sorte de base de lancement de la terreur.

Une ambiance dramatique

Par l'image :

 Lors de l'arrivée de Lauck, le délégué américain, à la «réunion secrète» de Berlin, on se trouve plongé dans une atmosphère qui évoque Beyrouth : land-rover, regards furtifs dans le rétroviseur, boîte à gants qui s'ouvre en dévoilant un revolver, revolver que prend Kühnen pour le mettre dans sa poche (n'oublions pas que le passager n'est autre que le cameraman !).

 Dans la séquence montrant la partie de paint-ball, on voit cinq acteurs s'élancer ; leur mouvement est passé au ralenti, ce qui crée une atmosphère de guerre du Vietnam, comme dans le film Platoon.

 Le tableau des organisations nazies dont nous avons déjà parlé et qui mélange des organisations actuelles et disparues donne une impression de ramifications énormes et inquiète le téléspectateur : «Révéler l'ensemble est impossible».

 Certains personnages interviewés apparaissent masqués ; pour le téléspectateur, le message est le suivant : ces gens ont honte d'eux-mêmes ou bien ils ont peur.

 Certains visages emplissent totalement l'écran, procédé employé lorsqu'on veut rendre les visages odieux.

Par le son :

 Quand on voit le groupe para-militaire à l'entraînement, on entend un son de cloche qui tinte un peu comme un glas, ce qui crée une impression sinistre, comme dans un film d'horreur.

 La séance de tir au paint-ball, rappelons-le, est fallacieusement dramatisée par des bruits de véritables armes à feu.

 Lors de la retransmission de la réunion révisionniste à Munich, le général Otto Remer est pris en photo et le système de ces prises de vue photographiques se fait de manière cadencée : clic-clac, clic-clac, à plusieurs reprises ; ce qui rappelle Nitchaev est de retour, film policier d'espionnage.

 Au moment d'évoquer les problèmes du Parlement européen où un néo-nazi vient d'être élu, on découvre soudain une vue aérienne du parlement et l'on entend un bruit d'hélicoptère, ce qui évoque le film Apocalypse now.

 Lorsqu'on voit le professeur Faurisson, on entend des battements de cœur puis un requiem, système classique des films d'horreur [1].

 A plusieurs reprises, on utilise de la musique d'orgue, qui donne une sensation oppressante, comme dans le film d'horreur de Werner Herzog sur Dracula, Nosferatu.

 Le dialogue de M. Schmidt et de l'inspecteur Wunsch est mixé avec, en fond, un double crescendo mêlant des aboiements de chiens et la lugubre musique planante qui accompagne tous les moments forts du film ; l'effet est saisissant.

 Dans certaines séquences, on entend le tic-tac d'une montre, procédé bien connu pour créer la tension.

 Parlant de G. Küssel, le présentateur dit de lui qu'il a le même passé qu'Hitler : il est Autrichien… ; «son organisation est secrète et donc impénétrable pour la police» ; le tout accompagné d'une musique tragique.

Un vocabulaire bien choisi

brûlante
menaces de mort
effroi
actions terroristes
réseau sinistre et effrayant
menace terrifiante
terrible
prétend (3 fois)
terroriste
violence
terreur (base de lancement de la)
un expert de la terreur et un criminel de guerre
«je suis horrifiée et effrayée»
réveil des nationalistes en Europe
antisémites fanatiques
apparence respectable
gens ordinaires
ternissent l'image de respectabilité
soi-disant territoires perdus
propagande
bataille de rue
terreur
terrorisme

*

Dans sa livraison du 27 avril 1992 (p. 113), Der Spiegel attribue au parti de G. Küssel (Volkstreue Außerparlamentarische Opposition [Opposition extra-parlementaire fidèle au peuple]) quelque 120 adhérents et à son concurrent de Hambourg, Christian Worch, le soutien d'une douzaine de sectateurs. L'Allemagne compte 80 millions d'habitants.
M. Schmidt semble n'avoir mené pour ainsi dire aucune enquête personnelle. Il s'est surtout procuré de petits films tournés par d'autres et faciles à se procurer. Son travail a principalement consisté à prélever des séquences de ces films, à en opérer le montage d'ensemble, à y ajouter un commentaire sonore et verbal de son cru pour donner l'impression, totalement fallacieuse, que le révisionnisme historique — qui est essentiellement l'œuvre de paisibles chercheurs ou universitaires — se nourrit du racisme antijuif, de la violence et du mensonge. M. Schmidt s'est révélé incapable de montrer une seule scène de violence. Dans les propos des révisionnistes, il n'a pu recueillir aucun élément propre à illustrer sa thèse. Dans le cas, particulièrement significatif de T. Christophersen, il n'a eu pour seule ressource que de tricher. Par un grossier découpage des mots et par un traitement adéquat du son, il a fait dire à ce dernier le contraire de ce qu'il avait dit. Là où l'Allemand affirmait que les chambres à gaz ont existé mais pour tuer les poux, il lui fait dire que les chambres à gaz (sous-entendu : pour tuer les hommes) ont existé, mais qu'il fallait cacher cette «vérité» désagréable pour les Allemands !
Parmi les montages de la propagande habituelle, La Peste brune se signale par sa lourdeur et sa maladresse.


  1. Le professeur Faurisson n'est pas dans une réunion néo-nazie clandestine mais il est venu donner une conférence révisionniste dans un hôtel d'Alsace à un public bien paisible ; on n'entend rien de sa conférence sinon quelques mots aimables à l'adresse d'un ami venu du Canada ; le film n'est pas de M. Schmidt mais vraisemblablement d'un révisionniste qui se trouvait sur place ; tout le monde avait le droit de filmer ou d'enregistrer la conférence.


Revue d’Histoire Révisionniste, n° 6, mai 1992, p. 161-174


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