L'ENQUÊTE MAUDITE

Esquisse d'un bilan anthropologique

Jean-Louis Tristani

Malgré les apparences, l'usage du terme «bilan» pour qualifier l'enquête maudite sur les chambres à gaz et le génocide n'est en aucune façon un paradoxe. En effet, la publication en avril 1988 et juin 1989 des rapports d'expertise chimique négative de l'ingénieur américain Fred A. Leuchter pour l'ensemble des anciens locaux concentrationnaires subsistants [1] — dans lesquels les gazages génocidaires sont censés avoir eu lieu — a enclenché la phase conclusive de la controverse spécifiquement historique relative à une quelconque extermination de quelque groupe ethnique que ce fût au moyen de gazages homicides industriels dans les camps de concentration nationaux-socialistes allemands.
La contre-expertise commandée par la direction du Musée d'Auschwitz à l'Institut d'expertises médico-légales de Cracovie [2] confirme, pour l'essentiel, les résultats présentés par Fred A. Leuchter et met ainsi un point historiographique final aux élucubrations sur l'arme prétendue du non moins prétendu crime génocidaire.
Le moment du bilan est donc venu.
Celui-ci est d'autant plus nécessaire que les affirmations définitivement controuvées de la propagande génocidaire ne s'en maintiennent et ne s'en maintiendront pas moins dans la plupart des organes dits «d'information» pendant une durée encore impossible à évaluer puisqu'une loi française, en date du 13 juillet 1990, interdit toute remise en question du dogme de l'extermination des juifs par gazages de masse.
La situation se caractérise ainsi par une contradiction stricte entre ce qui est désormais avéré du système concentrationnaire national-socialiste par les méthodes classiques de l'histoire et les conditions publiques présentes de sa reconnaissance — de son avérance.
Le temps d'un bilan exhaustif n'est pas encore mûr, d'où cette limitation à une simple esquisse.
La tâche principale est d'apporter toute la lumière possible sur la subversion du concept même de vérité. L'analyse se concentrera sur les données phénoménales de ce processus qui se présentent à l'observation sous la forme nodale d'une projection transférentielle généralisée. L'examen se portera ensuite sur quelques processus secondaires induits par le processus projectif. Il sera alors possible, pour finir, d'ouvrir quelques perspectives sur une interprétation de la religion de l'«Holocauste» comme phénomène anthropologique total.

Sur le concept de vérité

Comment ne rendrais-je d'abord pas hommage à l'ouvrage exemplaire de Serge Thion, dont le titre, Vérité historique ou vérité politique ?, signalait en toute clarté l'enjeu conceptuel central de cette affaire confondante. Une bonne décennie plus tard, c'est en effet cet adjectif de «confondante» qui caractérise au mieux les péripéties entraînées par le maintien, ne varietur, de la dogmatique de l'«Holocauste», puisque ce sont les poursuites judiciaires engagées par les propagandistes qui ont conduit à la convergence terminale des résultats respectifs de l'expertise et de la contre-expertise ; et puisque cela finira bien, un jour ou l'autre, par se savoir. Une telle incandescence dans la sottise a de quoi laisser l'esprit à la fois satisfait et stupide.
Mais, avant de s'engouffrer dans ce labyrinthe, il est conseillé de passer rapidement en revue la pelote du fil d'Ariane tendu par Serge Thion. Sa dénomination est donc vérité. Pour bien saisir le problème, il est conseillé de traduire préalablement le mot en grec ancien, alèthéia. La signification de ce terme est non seulement plus ample que celle de la vérité latine et moderne, mais surtout incomparablement mieux adaptée à la déambulation labyrinthique en perspective.
La définition traditionnelle de la vérité s'énonce adaequatio rei et intellectus, «accord entre un état de chose et l'énoncé qui le décrit». En revanche, l'alèthéia ne se limite pas encore à un état de chose, mais décrit l'ensemble du processus de sortie hors-retrait de ce qui se montre dans l'état de chose en question. Autrement dit, la définition scolastique traditionnelle restreint la vérité au seul résultat statique et, de ce fait, plus ou moins intemporel, de l'ensemble du processus dynamique intégralement temporel que désigne l'alèthéia.
Ce rappel permet alors de comprendre la différence significative entre les antonymes respectifs de vérité et d'alèthéia. Le contraire de vrai est faux (falsum), tandis que le contraire d'alèthéia est pseudos, la tromperie qui dérobe ou dévoie le mouvement de sortie hors-retrait du phénomène. Le mensonge est l'une des principales espèces de la tromperie.
A l'époque où Serge Thion écrivit Vérité historique…, il était encore très difficile, pour qui n'avait effectué les investigations lentes et pénibles du professeur R. Faurisson, de parvenir à une opinion personnellement fondée sur les problèmes décisifs d'historicité de l'arme génocidaire. L'inconvénient majeur de cette hésitation première et dernière était une vulnérabilité inévitablement excessive au matraquage publicitaire holocaustique, par l'effet de laquelle le caractère foncièrement trompeur et spécifiquement mensonger de cette propagande se dérobait plus ou moins subrepticement à l'entendement. En résultaient une réticence plus ou moins incoercible à l'emploi des termes «tromperie» et «mensonge» comme prédicats véritatifs rigoureusement descriptifs de la propagande holocaustique et une propension résultante — très irritante — à accuser, ne serait-ce qu'in petto, le professeur Faurisson d'intempérance verbale…
L'avantage irremplaçable du dynamisme de l'alèthéia est de manifester la liaison indissociable de la tromperie avec l'accomplissement — en lequel se définissent grammaticalement les temps du présent, par opposition à l'accompli du parfait, temps par excellence du passé. L'alèthéia couvre ainsi l'accomplissement total de la sortie hors-retrait, en provenance du possible futur jusqu'à l'accompli du parfait, dès lors nécessaire, en passant par l'accomplissement réel en acte du présent. C'est pourquoi, dans sa traduction complète du mot alèthéia, Martin Heidegger use en fait d'un couple terminologique : Entbergung désignant la phase dynamique de la sortie hors-retrait et Entborgenheit dénommant l'état statique de ce qui est parvenu hors-retrait. Le couple français avérance/avéré en propose une équivalence.
La tromperie mensongère est ainsi le dynamisme antagoniste de celui de l'alèthéia. Sa fonction est de dérober, recouvrir ou dévoyer le mouvement de la sortie hors-retrait. Pour maintenir son efficacité, cette tromperie ne doit donc cesser de s'effectuer dans le présent. Toute tromperie qui s'étend dans la durée suppose donc un proton pseudos, une tromperie première.
Dans la tromperie holocaustique, les données relatives à ce proton pseudos sont, bien évidemment, les plus difficiles d'accès. Les recherches effectuées par le professeur A. R. Butz [3] permettent cependant de resserrer l'enquête autour des individus qui dirigèrent les grandes organisations juives nationales et internationales pendant le cours de la guerre, tout particulièrement, Chaïm Weizmann, Nahum Goldman, le rabbin Stephen Wise ainsi que les représentants de ces organisations en Suisse, Richard Lichtheim, Abraham Silberschein et Gerhart Riegner, etc. C'est vraisemblement dans ce milieu que la propagande de l'extermination fut primitivement imaginée, décidée et organisée. Depuis lors, le mouvement sioniste n'a cessé de l'entretenir et de l'amplifier. Dans les premiers temps, il suffisait de nourrir et de perpétuer une rumeur de guerre. Les années passant, il fallait prévoir que les exigences routinières de la recherche historique relatives à l'établissement des faits reprendraient progressivement force. A partir des années soixante, l'organisation périodique de procès à grand spectacle en Israël, en Allemagne, puis dernièrement en France, parvient, sans trop de peine, à maintenir en respect la quasi-totalité des journalistes et historiens par un climat d'intense terreur idéologique entourant le dogme génocidaire. Cette disposition a pour effet de dissuader le vulgum pecus de simplement s'interroger sur les preuves historiques de l'extermination. Et de fait, l'ignorance prudente en ce domaine est ressentie par la plupart des «intellectuels» comme le moyen le plus sûr de préserver ses amitiés, sa réputation et sa carrière. Sur ce point, cette majorité est dans le vrai. Mais en aucune façon dans le juste, puisque la lâcheté est l'une des composantes élémentaires négatives du système arétologique (arétè = «vertu» : système grec antique des vertus dites encore «cardinales») par lequel, du fait de la conversion grammaticale des catégories de l'être en celles du bien, se détermine la qualité juste ou injuste d'une conduite humaine quelconque.

La projection transférentielle généralisée

Dans l'affaire des chambres à gaz et du génocide, la contradiction entre l'avérance et l'avéré se manifeste principalement par un symptôme de projection transférentielle généralisée. Cette expression définit l'ensemble des accusations et qualificatifs que les propagandistes de l'extermination ne cessent de lancer contre les historiens qui se risquent à examiner le bien-fondé des allégations holocaustiques selon les méthodes historiographiques les plus classiques et rigoureuses de la critique et de l'interprétation des sources, documents et témoignages. Ces historiens furent d'abord dénommés «révisionnistes», puis, dernièrement, «négationnistes».
L'analyse descriptive de ce symptôme projectif, individuel aussi bien que collectif, est une acquisition de l'expérience psychanalytique inaugurée par Sigmund Freud. Cette expérience enseigne que l'analysant (le «patient») commence immanquablement par projeter sur la personne de son analyste les accusations, fondées ou non, qu'il porte de façon dite «inconsciente» contre lui-même. Cette première phase classique de la cure est suivie d'une seconde phase — dite «d'analyse du transfert» — au cours de laquelle l'analysant s'enhardit à considérer plus attentivement ses formulations accusatrices et à identifier progressivement qu'il en est, pour la plupart d'entre elles, le principal, voire l'unique destinataire. Ce symptôme s'exacerbe nécessairement en cas d'analyse dite «sauvage», c'est-à-dire non demandée par celui sur lequel elle s'exerce. C'est ce dernier cas de figure qui prévaut pour la propagande holocaustique. Il est en effet clair que le proton pseudos a été ignoré de l'immense majorité des propagandistes eux-mêmes, du moins jusqu'à une période récente. Il est relativement aisé d'observer chez les zélateurs les plus connus de l'«Holocauste» comment la tromperie première de la propagande a trouvé un terrain favorable dans une configuration névrotique individuelle nettement plus accentuée que la moyenne (forfanterie, mégalomanie verbeuse, agressivité exacerbée, intolérance poussée jusqu'au fanatisme, médiocrité résultante accablante, …).
Quoi qu'il en soit, la phase de projection transférentielle généralisée s'est enclenchée en 1979 avec la procédure civile intentée contre le professeur Faurisson pour falsification de l'histoire. Elle s'est achevée en 1985 dans un procès au motif analogue qui s'est déroulé à Toronto contre Ernst Zündel. C'est dans le cours de cette dernière procédure que l'un des deux «témoins historiques», Rudolf Vrba, ainsi que le principal «historien» de l'extermination, Raul Hilberg, ont été définitivement disqualifiés par des réponses indûment évasives et lacunaires aux questions très précises de la défense. Trois ans plus tard, en 1988, un second procès contre E. Zündel donna lieu à l'expertise effectuée par Fred A. Leuchter ; en 1991, la contre-expertise de Cracovie nous en apportera la confirmation terminale.
Cette séquence judiciaire a donc intégralement reconstitué les conditions de l'avérance relative à la réalité concentrationnaire nationale-socialiste.
Il en découle que les accusations de falsification de l'histoire ne peuvent désormais que se retourner définitivement contre ceux qui les ont lancées, accompagnées de tous les noms d'oiseaux dont ils les ont abondamment ornées — parmi lesquels les qualificatifs «pervers», «abject», «odieux» et «répugnant» se signalent à l'attention par la fréquence de leur emploi.
En effet. Une tromperie de cette envergure opérée sur le sentiment de piété que tout homme sain éprouve naturellement à l'égard de victimes présumées d'une extermination délibérée est incontestablement perverse, abjecte, odieuse et répugnante. Non seulement aucune cause ne peut justifier une tromperie de cette nature, mais, bien plutôt, celle-ci suffirait, à elle seule, à disqualifier radicalement toute cause qui y recourrait. Il n'y a pas lieu d'épiloguer sur ce thème.

Quelques symptômes secondaires dérivés

Ce symptôme central de projection transférentielle généralisée entraîne la prolifération de symptômes secondaires dont la finalité commune est de maintenir et d'entretenir le blocage de l'avérance de ce qui est, désormais, avéré et, par conséquent, aisément accessible à toute personne désireuse de se forger sa propre opinion sur ces questions.
Le plus troublant de ces symptômes secondaires est le refus a priori de tout dialogue avec les historiens que le résultat de leurs recherches ont conduits à une remise en question des affirmations aujourd'hui définitivement controuvées de la propagande génocidaire. Ce symptôme a reçu sa formulation classique dans l'adage «On discute sur le révisionnisme, mais on ne discute pas avec les révisionnistes». En conséquence, on organise des colloques à huis clos en pleine Sorbonne républicaine et laïque, sous la présidence d'universitaires en renom.
Il importe en effet de détourner l'universalité des destinataires de la propagande de toute velléité de simple curiosité relative aux arguments et, a fortiori, aux écrits adverses. L'énonciation de propos insultants à l'adresse des adversaires en reçoit son urgente nécessité. Il est indispensable de fulminer sans cesse urbi et orbi qu'il serait inique et coupable d'accorder la moindre attention aux élucubrations ignominieuses de «nostalgiques du nazisme», d' «assassins de la mémoire», de «détraqués», d'«abrutis», voire d'«excréments» de «la petite bande abjecte».
La nécessité d'empêcher la moindre velléité de curiosité publique et privée à l'égard de l'argumentation, en fait strictement historique, des adversaires prolifère alors à l'infini dans un ensemble incontrôlable de symptômes de refoulement de toute activité de pensée dès lors que celle-ci présente la menace d'une remise en question de la dogmatique génocidaire, principale fondation des revendications arbitraires, territoriales et autres, des divers gouvernements israéliens.
Le domaine phénoménal traversé par ces divers symptômes de la tromperie holocaustique est d'une ampleur encore difficile à délimiter. Il couvre un large ensemble de régions culturelles. En effet, un symptôme public de cette nature ne peut qu'entraîner, par simple transitivité, une multiplicité de perturbations dans des champs culturels qui n'ont parfois qu'une relation très ténue avec celui du symptôme initial. L'expérience psychanalytique du refoulement dans le domaine individuel connaît depuis longtemps ces phénomènes de métastase.
Les futurs historiens des trois dernières décennies du XXe siècle seront mieux en mesure d'étudier la configuration globale de cette épidémie mentale qui tient ainsi l'époque sous le nom d'«Holocauste». Plutôt que d'entreprendre une description encore nécessairement rhapsodique et lassante de ses nombreuses manifestations pathologiques, l'observation se limitera aux symptômes qui affectent directement le fonctionnement de l'esprit, puis de la pensée philosophique.
Le premier symptôme est, de loin, le plus sournois. Si j'en juge par mon expérience personnelle, il m'a fallu environ trois ans pour l'identifier et le surmonter. Autrement dit, ce symptôme atteint, dans une proportion variable, les «révisionnistes» eux-mêmes. L'illustration-type en a été fournie dans la contribution de Jean-Gabriel Cohn-Bendit à Intolérable Intolérance [4]. Gaby, comme il me permettra de continuer à l'appeler, se montre, d'une part, tout disposé à accueillir l'hypothèse qu'il n'y ait pas eu de chambres à gaz homicides dans les camps allemands, mais il réaffirme vigoureusement, de l'autre, sa conviction «exterminationniste». Bref, à sa façon, Gaby anticipe le fameux lapsus lepenien. Chambre à gaz ou pas, c'est donc bien un détail. La connexion grammaticale et sémantique entre l'arme du crime génocidaire et le génocide lui-même est inhibée. La rétractation de Gaby à la suite du brouhaha provoqué par sa présence sur une liste électorale de Génération Écologie, au motif que la dernière édition de La Destruction des juifs européens de Raul Hilberg l'aurait entre-temps convaincu de son erreur initiale, vient ainsi confirmer que Gaby n'a, en effet, jamais été «révisionniste», qu'il s'est arrêté à mi-chemin dans l'effectuation des liaisons sémantiques et grammaticales élémentaires indispensables à l'interprétation «révisionniste», c'est-à-dire strictement descriptive du phénomène concentrationnaire allemand, débarrassée des torsions idéologiques qui lui ont été dogmatiquement imposées par la propagande génocidaire sioniste. Cet effet Cohn-Bendit se retrouve dans l'arrêt de la cour d'appel en date du 26 avril 1983 :

Mais considérant qu'une lecture d'ensemble des écrits soumis à la cour fait apparaître que M. Faurisson se prévaut abusivement de son travail critique pour tenter de justifier sous son couvert, mais en dépassant largement son objet, des assertions d'ordre général qui ne présentent plus aucun caractère scientifique et relèvent de la pure polémique ; qu'il est délibérément sorti du domaine de la recherche historique et a franchi un pas que rien, dans ses travaux antérieurs, n'autorisait, lorsque, résumant sa pensée sous forme de slogan, il a proclamé que «les prétendus massacres en chambres à gaz et le prétendu génocide sont un seul et même mensonge»…etc. (p. 9 et 10).

Après avoir précédemment énoncé de façon honnête et, même, relativement courageuse, qu'ils n'avaient constaté aucune trace de légèreté, de négligence, d'ignorance délibérée ou de mensonge dans les publications du professeur sur le sujet des chambres à gaz, les magistrats démontrent ainsi, dans ce considérant, une incapacité absolue à saisir la connexion pourtant strictement grammaticale et sémantique qui relie anhistoricité de l'arme du crime et anhistoricité du crime censé effectué au moyen de cette arme. Ce qui nous contraint dès lors à considérer que le maintien intempestif de ces deux affirmations historiquement controuvées constitue bel et bien un mensonge, doublé d'une escroquerie. Ma propre contribution à Intolérable Intolérance tombait partiellement sous le charme paralysant de l'effet Cohn-Bendit, puisque j'y formulais une réticence, pourtant injustifiable, devant l'usage faurissonien des termes «mensonge» et «escroquerie». Avec le recul, je ne puis qu'y reconnaître l'efficacité du virus répandu dans les esprits par la propagande holocaustique. L'effet de cette propagande empêchait ainsi le philosophe et l'anthropologue de profession d'opérer, dans une première analyse de cette affaire, les connexions intellectuelles les plus élémentaires. Bref, un virus véritablement dangereux et teigneux.
L'illustration majeure de l'effet Cohn-Bendit demeurera le «détail» lepenien. Son commentaire se ramasse dans l'énoncé d'une alternative toute simple :

Autrement dit, toute tentative d'atténuer l'importance sémantico-grammaticale de la controverse relative à l'historicité/anhistoricité des chambres homicides manifeste implacablement l'action du virus holocaustique paralysant, jusques et y compris dans l'ultime recours à l'expression anglo-saxonne de la distance, aujourd'hui censée réputée élégante : «Ce n'est pas ma tasse de thé». Ces diverses formulations présentent ainsi les principaux degrés d'intensité du symptôme de paralysie des fonctions grammaticales et sémantiques que désigne l'effet Cohn-Bendit.
L'«affaire Heidegger» offre une autre manifestation de l'étendue et de la profondeur des ravages provoqués par la propagande sioniste de l'«Holocauste» dans le domaine de la pensée philosophique.
L'œuvre de Martin Heidegger constitue, à l'évidence, une contribution majeure à la pensée philosophique. Pour le philosophe de profession, cette évidence s'étaye simplement sur la constatation que Heidegger est le premier — et jusqu'à présent le seul — penseur occidental qui ait intégralement effectué la rupture entre la pensée philosophique et la théologie dogmatique chrétienne, rupture dont Nietzsche fut le précurseur, mais qu'il n'eut ni le temps ni les moyens conceptuels de conduire à son terme.
Or donc, Heidegger était, il faut l'avouer, allemand et, qui plus est, contemporain du national-socialisme. A ce handicap déjà lourd, il ajouta celui d'un bref mouvement de sympathie à l'égard de cet incontestable sursaut du peuple allemand contre les conséquences désastreuses de l'absurde et inique traité de Versailles que sut canaliser, à son début, le national-socialisme. La sympathie de Heidegger allait prioritairement au mouvement des S.A. de Röhm et s'interrompit définitivement en 1934 avec l'assassinat de ce dernier sur l'ordre du chancelier Adolf Hitler. C'est dans cet intervalle de 1933 à 1934 qu'il fut élu recteur de l'université de Fribourg et prononça divers discours émaillés, ici ou là, d'un éloge de circonstance envers le Führer.
Après la guerre, à la façon d'un serpent de mer, ces épisodes ressurgirent de temps à autre dans la presse intellectuelle française à sensation. Il convient de remarquer cependant que ces récriminations périodiques n'étaient tout de même pas parvenues à entamer une reconnaissance intellectuelle largement partagée envers l'œuvre philosophique du penseur. Cet état de chose a basculé d'un seul coup avec la campagne de presse provoquée par la parution d'un ouvrage de M. V. Farias, Heidegger et le nazisme, en 1987, bientôt suivie, en 1988, par celle de Heidegger et les modernes, de L. Ferry et A. Renaut.
Il n'y a plus lieu de commenter les «arguments» développés dans des ouvrages et émissions aujourd'hui oubliés. En revanche, il importe d'appeler l'attention sur une conséquence toujours agissante de cette campagne de presse : la dissuasion culpabilisante de la simple lecture d'un ouvrage quelconque de Heidegger qui s'exerce sur la génération étudiante contemporaine de l'exécution de ces hautes œuvres médiatiques. Le chroniqueur philosophique d'un quotidien du soir jadis respectable ne manque plus une occasion de rappeler à ses lecteurs que la pensée de Heidegger est définitivement invalidée par une accointance démontrée avec le «nazisme».
Cette éruption d'intelligence française s'est donc produite au cours des années 1987-1988, c'est-à-dire pendant la phase paroxystique du symptôme de projection transférentielle généralisée. A cette époque, les principaux propagandistes de l'«Holocauste», anciens et nouveaux, ne sont plus en droit d'ignorer que l'argumentation rigoureusement historique des «révisionnistes» risque de les convaincre définitivement de participation à un mensonge doublé d'une escroquerie. Il s'agit alors d'empêcher ou, du moins, de retarder le plus longtemps possible le moment où cet état de chose deviendra public. Cette exigence contraint à une démonstration quasi permanente de la toute-puissance du dogme génocidaire dans l'opinion. Dans l'affaire Heidegger, cette démonstration consiste à pulvériser la réputation de l'un des plus grands penseurs d'Occident au simple motif que sa sympathie à l'égard de futurs génocideurs est une preuve irréfutable de connivence ignominieuse. Une telle complicité est, à l'évidence, incompatible avec l'ombre même d'une pensée digne de retenir l'attention des contemporains.

La religion de l'«Holocauste» comme phénomène anthropologique total

Une analyse anthropologique d'ensemble du phénomène religieux de l'«Holocauste» serait, en l'état, prématurée. Les présentes notations se limiteront à une esquisse d'exposition des différents niveaux d'analyse de ce phénomène ainsi que de leurs articulations.
L'imposition du terme «Holocauste» à une prétendue extermination au moyen de gazages homicides signale, à elle seule, la complexité du problème. Originellement, l'holocauste désigne un rite de destruction par le feu, pratiqué dans de nombreux systèmes de relations au divin, dont la religion hébraïque. Dans le cas présent, son usage signifie que l'extermination présumée est conçue comme un sacrifice d'offrande. Cependant l'interprétation théologique des tenants et aboutissants de ce sacrifice présente des difficultés déjà redoutables dans la détermination des éléments constituants de la situation sacrificielle : l'identité du sacrificateur, du destinataire, etc. Ce premier niveau analytique est théologique dans l'acception traditionnelle du terme.
Le second niveau analytique est rendu possible par la démonstration révisionniste de l'anhistoricité des chambres homicides et du génocide et leur réduction, par le fait, à l'état de croyances fallacieuses. L'«Holocauste» est le premier et le seul grand phénomène religieux dans lequel il soit enfin possible de déterminer avec une précision entière la place, la nature et les divers modes de fonctionnement de la tromperie inaugurale. La comparaison qui vient aussitôt à l'esprit est celle de la résurrection du Christ. Il est aujourd'hui impossible de déterminer comment a pu naître cette croyance. Aucune des hypothèses avancées pour expliquer la disparition de la dépouille mortelle de Jésus ne s'appuie sur le moindre commencement de preuve et celle d'une supercherie fomentée par les apôtres paraît malgré tout peu probable.
Une analyse approfondie de l'«Holocauste» apportera ainsi des éléments entièrement nouveaux à l'analyse du phénomène religieux en général. C'est d'abord en ce sens que l'«Holocauste» est un phénomène anthropologique total.
Il serait certes possible d'objecter que l'«Holocauste» ressortit plus à une «religion séculière» — selon l'expression forgée par Raymond Aron pour désigner les idéologies marxiste et nationale-socialiste — qu'à une religion traditionnelle. Bien qu'elle fasse organiquement partie de cette autre religion séculière qu'est l'idéologie sioniste, la religion de l'«Holocauste» se différencie cependant d'une religion séculière en ne plaçant pas la tromperie dans la seule configuration idéologique mais dans des faits prétendus historiques, telles, jadis, la traversée miraculeuse de la Mer Rouge ou la résurrection de Jésus. L'élément nouveau est un escamotage apparent du merveilleux qui ne se propose plus comme tel. Cependant, l'enquête maudite sur les témoignages relatifs aux gazages homicides retrouve bien ce merveilleux, mais sous la forme dégradée de l'invraisemblable. Des gazages de masse auraient certes été techniquement possibles, mais leur réalisation aurait présenté de telles difficultés, lesquelles auraient entraîné des coûts à ce point exorbitants qu'ils en deviennent merveilleux par simple invraisemblance.
Il convient de signaler enfin un troisième niveau analytique, méconnu du fait de sa nouveauté. La déferlante «structuraliste» en linguistique et en anthropologie a maintenu dans l'ombre l'analyse pourtant magistrale des phénomènes grammaticaux découverte et exposée tout au long de son enseignement à l'École pratique des hautes études par le grammairien saussurien français Gustave Guillaume. Les perspectives que la fondation guillaumienne d'une linguistique grammaticale rigoureusement descriptive ouvrent à l'analyse des système institutionnels sont prometteuses, tout particulièrement en anthropologie dite des «religions». L'élaboration guillaumienne du concept saussurien de système de la langue ouvre en effet des voies d'accès inédites et limpides à l'analyse tout aussi rigoureusement descriptive des multiples systèmes et sous-systèmes institutionnels construits dans le langage et la culture qu'engendre nécessairement l'usage d'une langue naturelle quelconque par l'ensemble de ses locuteurs.
Ce que — par ethnocentrisme latino-occidental — on appelle abusivement «religion» doit d'abord retrouver la dénomination descriptive de système institutionnel de relations qu'un groupement anthropologique quelconque entretient avec le divin (la religio romaine n'en est qu'un concept commercial, qui ne s'applique par exemple pas au système de relations que les anciens Grecs instaurèrent avec le divin…).
Le préalable de l'analyse d'un phénomène «religieux» est la connaissance du système de la langue dans lequel s'exprime ce phénomène. Dans le cas de l'«Holocauste» — auquel s'applique éminemment le concept commercial latin de religio — l'analyse doit nécessairement se fonder sur une connaissance minutieuse du système de la langue hébraïque, ainsi que des éléments systématiques qui composent la grammaire générale commune et particulière à l'ensemble des langues indo-européennes. L'«Holocauste», sur le modèle du christianisme, procède de l'imposition forcée et dogmatique d'un modèle sémitique pseudo-universaliste de relations au divin à des traditions linguistiques et culturelles originellement polythéistes. A titre de simple exemple, qu'il suffise de citer la toute dernière oraison jaculatoire de J. Sitruk — grand rabbin de France — lors de la commémoration, le 4 mai 1992 à Tolède, de l'expulsion des juifs d'Espagne :

Ce soir, face aux échecs du monde, nous sommes le succès du monde. Jérusalem, c'est le toit du monde. C'est là-bas que le destin de l'humanité se scelle. Israël est un arbre qui a ses racines dans le ciel et donne ses fruits sur la terre (Le Monde, 6 mai 1992, p. 11).

L'analyse de l'«Holocauste» exige de situer précisément ce phénomène à l'intérieur de la tradition religieuse judaïque en se fondant sur l'étude comparative préliminaire de la position occupée par la langue hébraïque dans l'ensemble des langues humaines. L'orientation générale de la recherche s'étaye sur la classification des langues humaines à laquelle G. Guillaume aboutit à la lumière de critères grammaticaux rigoureusement descriptifs. G. Guillaume effectua cette avancée dans les dernières années de sa vie à partir des Leçons de linguistique de l'année 1956-1957. Je transcris ici l'excellent résumé rédigé par les éditeurs (Presses Universitaires de Lille, 1982) sur la jaquette de l'ouvrage :

Guillaume tente de formuler pour la première fois une théorie du langage généralisée qui débouche sur une typologie des langues. Les cinq dernières années de sa vie seront consacrées à l'élaboration de cette typologie, connue sous le nom de «théorie des aires». Guillaume se propose ici de restituer le psychomécanisme des systèmes que le langage a successivement atteints au cours de son devenir historique, la fin visée étant une construction qui défère un espace propre au représenté (la langue) et à l'exprimé (le discours). Trois étapes, ou «aires» de construction, sont ainsi distinguées dans l'ontogénie du langage. Des langues à caractères aux langues indo-européennes en passant par les langues sémitiques, Guillaume, qui se fonde entre autres sur la variation de la mécanique mentale du vocable d'une aire à l'autre, voit essentiellement l'histoire du langage comme celle d'une systématisation qui s'explicite de plus en plus. Mais il ne perd jamais de vue que «chaque langue peut être considérée comme une solution intégrale du problème de la pensée (…), solution en regard de laquelle il en existe d'autres réalisées ailleurs (…) et toutes pareillement totales par rapport au problème dont elles relèvent».

Qu'il suffise d'indiquer que ces trois aires d'engendrement progressif de la partition systématique de la langue (langues à caractères, sans morphologie, langues sémitiques, dans lesquelles le processus amorcé de partition de la langue se trouve cependant interrompu par la fonction concurrente de la racine et langues indo-européennes, dans lesquelles le processus morphologique de partition de la langue atteint son terme, permettant ainsi une précision grammaticale définitive dans la distinction du singulier et du général ainsi que dans la détermination temporelle d'un énoncé quelconque) présentent des corrélations strictes et évidentes avec les systèmes institutionnels des relations au divin propres à ces groupements linguistiques. Il est aisé de constater qu'à l'aire première (langues à caractères), le système du divin est hénothéiste (une pluralité de divinités soumises à une divinité suprême), qu'à l'aire seconde, l'hénothéisme fait progressivement place au monothéisme, alors qu'à l'aire troisième, qu'occupent les seules langues indo-européennes, le système du divin est polythéiste.
La «quantité» du divin est une fonction du système commun de langues propres à chaque aire. Ce constat permet de commencer à interpréter les problèmes redoutables que présente l'aire seconde des langues et traditions sémitiques :

  1. Il y a d'abord cette dualité hénothéiste (Assyrie, Égypte pharaonique, à l'exception d'Aménophis IV, etc.)/monothéisme (judaïsme, islam, etc.). Le monothéisme y est d'apparition historique récente. Chez les Hébreux, il déclare la pluralité divine idoles pour ne retenir de divin que l'unique Yahvé, dont la forme lexicale est une première personne exclusive du verbe yaha, «je suis», assortie d'un interdit de représentation visuelle. Le divin se trouve ainsi exclu a priori du monde phénoménal pour occuper intégralement le plan de puissance, le plan de la langue, ce que signale à elle seule la grammaire du mot Yahvé. Le verbe être est ainsi totalement verrouillé et soustrait à l'interrogation de la pensée. Quant à l'interdit de représenter, il n'est que la première invocation de la litanie monothéiste des interdictions de penser. Le monothéisme exclut la philosophie véritable, interrogation libre sur la vérité de l'être. Si la philosophie est née à côté, chez les anciens Grecs, ce n'est quand même pas totalement en vertu d'un miracle et les expressions «philosophie judaïque, chrétienne ou musulmane» ont la même signification que celle de «cercle carré».

  2. Il y a surtout ce brouillage des relations du singulier et du général que provoque l'existence supposée certaine de Yahvé dans la pensée — encore très présente dans le langage sémitique (la foi monothéiste ne doit pas être soumise au doute — c'est un blasphème). En étant moi, est censé penser Yahvé, je suis l'essentiel en toute chose, puisque c'est je qui les crée pour ma gloire. Tel est le paradigme d'un énonciateur (fictif) de la langue pour tout locuteur sémite. L'anthropologue ne peut pas ne pas placer cette inclusion trompeuse du singulier et du général en miroir à l'inachèvement de cette même distinction dans la morphologie du mot en sémitique. «Une vérité sans Dieu est-elle possible ? Réponse ; en aucune manière.» [5], titrait encore joliment, il y a peu, le logicien L. Kolakowski. Dans le monothéisme, il en est incontestablement bien ainsi. Autrement dit, le Dieu monothéiste finit par se voir octroyer la fonction véritative qui ne peut appartenir qu'à la grammaire générale (traduit en lacanien de base : les lois de Moïse sont les lois de l'énonciation).

Au terme de ce parcours, le Dieu monothéiste, c'est-à-dire en fait les prophètes et les prêtres qui en parlent, révèle enfin sa nature à l'initié pantelant : Dieu est le nom du virus grammatical qui ensorcèle les systèmes de pensée sémitique en renforçant l'indistinction morphologique du singulier et du général par laquelle se caractérise la grammaire nominale commune aux langues de ce groupe.
Mais, puisqu'il était écrit dans le grand livre que nous boirions ce calice jusqu'à la lie, la guerre sainte ne serait-elle pas, d'aventure, une conséquence ethno-institutionnelle tout aussi évidente du monothéisme sémitique dur et pur ? Indépendamment de toutes autres causes, ce virus théologico-grammatical central programme inéluctablement les ethnies sémitiques à se massacrer pour un oui ou pour un non jusqu'à la fin des temps… Il faudra quand même faire un jour quelque chose.

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Dans la situation présente d'interdiction légale de libre accès aux données historiques réelles, cette esquisse de bilan ne peut se clore que sur des conclusions provisoires. Depuis la brusque démolition du mur de Berlin et ce qui s'est ensuivi dans les pays de l'Est, il est simplement opportun de rappeler que l'époque semble favorable à la dissolution des idéologies fondées sur des propagandes trop évidemment fallacieuses. C'est tout ce qu'il est possible de dire pour le moment.
Un diagnostic anthropologique se bornera à souligner le processus de renforcement d'un symptôme général de répugnance pour la vérité chez les intellectuels. Ainsi, des intellectuels révisionnistes, comme J.G. Cohn-Bendit, ont fini par se dire antirévisionnistes, tandis que la plupart des intellectuels heideggeriens ont jugé préférable de prendre leurs distances d'avec Heidegger. Quant aux intellectuels pénétrés de l'esprit religieux du judaïsme, ils restent ce qu'ils étaient, «de glace aux vérités» et «de feu pour les mensonges».
Est-ce une même intimidation par la force de la tromperie ou un même goût pour la tromperie ? Il est souvent difficile d'en décider.


  1. An engineering report on the alleged gas chambers at Auschwitz, Birkenau and Majdanek, Poland, prepared for Ernst Zündel, April 5, 1988, by Fred A. Leuchter, Jr., Chief Engineer, 231 Kennedy Drive, Unit N° 110, Boston, Massachusetts, 02148 617/322-0104. Le cinquième numéro des Annales d'histoire révisionniste en fournit une présentation et la traduction des passages essentiels. Le second rapport, en date du 15 juin 1989 est également présenté et traduit dans le premier numéro de la Revue d'histoire révisionniste.

  2. Une traduction française du texte polonais est publiée dans le cinquième numéro de la R.H.R., p. 144-148.

  3. Cf. «Contexte et perspective d'ensemble dans la controverse sur "l'Holocauste"», R.H.R. n° 2, p. 111.

  4. Éditions de la Différence, Paris 1981, 206 p.

  5. Cf. Le genre humain, n° 7-8, «La vérité», Bruxelles 1983, p. 75-80. «(…) sans sujet absolu, l'emploi du prédicat "vrai" ne peut être légitime.»


Revue d’Histoire Révisionniste, n° 6, mai 1992, p. 28-46


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