AAARGH
Pour que les "confessions" de Gerstein puissent présenter un quelconque intérêt, il faudrait pouvoir démontrer qu'elles sont vraisemblables. On saisit ainsi l'extrême importance du chapitre que nous consacrons à leur véracité.Le chapitre I a établi la rigoureuse exactitude des textes; il fallait que ce travail fût fait car, à maintes reprises, des reproductions très infidèles de ces textes ont été données; dans ces conditions, il devenait de plus en plus difficile, et même impossible, de distinguer entre les reproductions fidèles et celles qui ne l'étaient pas.Le chapitre II s'est efforcé de déterminer l'authenticité de chacune des versions des "confessions".Les chapitres I et II ont préparé la rédaction du chapitre III.Les "confessions" de l'ancien officier S.S. constituent une des clés de voûte, peut-être même la principale, de l'édifice construit par les auteurs qui affirment indiscutable l'existence des chambres à gaz homicides dans les camps de concentration nazis. Une[307] telle clé de voûte doit avoir la qualité, reconnue par tous, de document historique. Les "confessions" de Kurt Gerstein ont-elles cette indiscutable qualité? Telle est la question à laquelle les historiens et les chercheurs ne peuvent éviter de répondre.Nous avons, dans le cours de cette thèse, et tout particulièrement dans la colonne "Observations" de nos tableaux comparatifs, exprimé nos doutes et appelé l'attention sur telle ou telle invraisemblance.Nous voudrions maintenant traiter la question dans son ensemble. Peut-être convient-il de rappeler les points principaux des "confessions" tels qu'ils se retrouvent, en dépit de quelques variantes, dans chacune des versions. Nous excluons donc les suppléments qui n'existent ni dans T I ni dans T II.
Notre choix:
Parmi les six versions connues des "confessions", nous choisissons le texte dactylographié en français daté du 26 avril 1945, désigné par la cote PS-1553, c'est-à-dire le texte que nous appelons T II.
Nos raisons:
[308]
Nos coupures:
Nous avons fait les mêmes coupures que dans notre transcription dactylographiée, et pour les mêmes raisons.
1) Gerstein entre volontairement à la S.S. en mars 1941 pour voir ce qui s'y passe et le révéler ensuite au monde extérieur.
2) Affecté au Service de Santé et d'Hygiène, il contribue, en améliorant la désinfection dans les camps, à enrayer des épidémies; ses succès lui valent d'être promu Untersturmfuehrer F (sous-lieutenant spécialiste) en novembre 1941.
3) Malgré les efforts de ceux qui, connaissant ses activitésd'avant-guerre contre l'Etat, veulent son expulsion de la S.S., il devient, en janvier 1942, chef du Service technique de désinfection.
4) Il reçoit l'ordre, le 8 juin 1942, d'approvisionner en acide prussique un camp de Pologne, dont seul le chauffeur du camion connaît l'emplacement géographique.
6) Il a visité les camps de Belzec, Treblinka et Maïdanek, mais non celui de Sobibor. Il précise que les trois camps en fonctionnement (Belzec, Sobibor, Treblinka) peuvent exterminer, ensemble, 60.000 personnes par jour.
7) Il visite, le lendemain 18 août 1942, le camp de Belzec et voit l'ensemble des installations.
[309]
8) Le 19 août 1942, il assiste à l'arrivée d'un train de déportés, au déshabillage de ceux-ci, à la remise des objets de valeur, à la coupe des cheveux des femmes, à l'entassement de 750 personnes environ debout dans une chambre de 25 m2 de superficie et de 45 m3 de volume, à leur agonie, quand le Diesel se met en marche, après 2 h 49. Il observe, à travers une petite fenêtre, tous les détails de cette agonie qui dure 32 minutes, chronomètre en main. Il voit sortir les cadavres par les Juifs du commando de travailqui récupèrent dents en or et objets précieux dissimulés dans certaines parties du corps.
9) Il voit les cadavres entassés dans de grandes fosses, auprès des chambres à gaz; puis il dit que, par la suite, ces cadavres furent brûlés en plein air, sur des rails de chemin de fer.
10) Il évalue à vingt-cinq millions le nombre des victimes à Belzec et Treblinka.
11) Il est prié par le commandant du camp, Wirth, de ne rien proposer à Berlin pour changer les installations qui lui donnent satisfaction.
12) Il dit qu'il a fait enterrer l'acide prussique, sous prétexte qu'il était devenu inutilisable au cours du transport.
13) Le 20 août 1942, il visite le camp de Treblinka, simple réplique de Belzec, mais beaucoup plus grand; il participe à un festin à l'issue duquel des allocutions vantent le rôle humanitaire des camps de concentration.
14) Il rencontre, dans le train Varsovie-Berlin, un diplomate suédois, le Baron von Otter, à qui il révèle ce qu'il vient de voir à Belzec et à Treblinka.
15) Il tente sans succès de rencontrer le nonce du pape à Berlin; il revoit von Otter dans la rue, quelques mois plus tard, près de l'ambassade de Suède; il fait un rapport verbal au Dr. Winter, secrétaire de l'évêque catholique de Berlin.
[310]
16) Au début de 1944, il reçoit l'ordre de faire l'achat de grandes quantités d'acide prussique; il les dirige sur Auschwitz et Oranienbourg, mais veille à ce qu'elles soient utilisées pour la désinfection; il fait établir les factures à son nom pour être plus libre en ce qui concerne l'utilisation du produit; il précise qu'il a sur lui des factures pour 2.175 kg.
17) Il rapporte des faits qui auraient eu lieu dans différents camps de concentration où il n'est pas allé lui-même.
18) Il pense que c'est à Auschwitz et à Mauthausen qu'il y a eu le plus d'atrocités.
19) Il déclare sous la foi du serment que ses déclarations sont exactes.
Il est difficile de répondre à cette question, pourtant fondamentale. Hormis les historiens révisionnistes, il n'est guère que Pierre Joffroy qui pourrait donner un accord sans réserve; dans son livre (op. cit. p. 283-290), il reproduit avec exactitude la version PS-1553 (T II), à l'exception de deux erreurs mineures, comme nous l'avons signalé précédemment.Les autres auteurs non-révisionnistes n'ont présenté que des extraits, parfois exacts mais le plus souvent déformés, du texte d'origine. On pourrait dire qu'ils sont d'accord sur le texte des "confessions" dans ses grandes lignes, mais sans s'arrêter à une analyse de ce qu'ils nomment des détails; pour nous il ne s'agit pas de détails, mais de très nombreux faits qui constituent le tissu même du récit.Ainsi, Léon Poliakov relate l'entassement de 700 à 800 personnes dans une chambre à gaz, mais il remplace arbitrairement les25 m2 par 93 m2 et élimine à deux reprises les 45 m3. L'auteur allemand Robert Neumann respecte les 25 m2 et les 45 m3, mais il ramène le nombre de victimes à 170/180 au lieu de 700/800.Ce sont là deux cas extrêmes.L'historien Hans Rothfels n'a pas fait subir de déformations au texte allemand du 4 mai 1945 (T III); il a toutefois fait des cou[311]pures, mais il les a toujours signalées par des notes explicatives; par exemple, il a supprimé le passage où Gerstein parle d'allocutions prononcées à Treblinka pour vanter le rôle humanitaire des camps de concentration; il a supprimé également certains faits relatés par Gerstein, faits qui auraient eu lieu ailleurs qu'à Belzec et à Treblinka: ce sont des Hrensagen ("choses que Gerstein a entendu dire"), a précisé H. Rothfels (op. cit. p. 179, note 5). Dans une autre note, le même historien dit que le chiffre de 25 millions de victimes à Belzec et à Treblinka mentionné dans T II n'est pas croyable (op. cit. p. 180, note 6).Les auteurs non-révisionnistes emploient souvent une formule identique en français et en allemand: ils disent que le témoignage de Gerstein est "indiscutable pour l'essentiel", ce qui signifie pour eux qu'il faut croire au récit de Gerstein sans s'attacher à une analyse serrée du texte. Or, de cette analyse dépend, selon nous, la crédibilité ou l'invraisemblance de l'ensemble de la "confession".Pour notre part, nous nous sommes livré à une lecture très attentive des six "confessions" connues et nous avons récapitulé un nombre important d'invraisemblances, d'étrangetés, sans prétendre toutefois que notre liste soit complète.
[312]
1 -- Gerstein, qui a été deux fois victime des Nazis avant la guerre, entre volontairement à la S.S. et cela, avec la recommandation de la Gestapo.
2 -- A la Noel 1941, Gerstein est sur le point d'être chassé de la S.S., car le tribunal nazi a appris qu'il y était intégré comme sous-lieutenant spécialiste (Untersturmfuehrer F). Néanmoins, six mois plus tard, le 8 juin 1942, on le charge d'une mission ultra-secrète: il devra transporter au camp de Belzec 100 kg d'acide cyanhydrique ("confessions" du 26 avril 1945, T II et du 4 Mai 1945, T III) ou 260 kg ("confessions" du 6 mai 1945, T IV,T V, T VI).
3 -- A Kollin, près de Prague, Gerstein qui se prétend, dans d'autres passages de ses "confessions", si prudent à cause des risques de représailles sur lui et sur sa famille, déclare qu'il a laissé entendre au personnel tchèque de l'usine de Kollin (T VI) que l'acide cyanhydrique était destiné à tuer des hommes (T III, T IV et T V).
4 -- A Lublin, le général S.S. Globocnik, qui n'a jamais vu Gerstein ni son compagnon de voyage Pfannenstiel, leur révèle d'emblée "le plus grand secret du Reich".
5 -- Gerstein rapporte d'autres propos de Globocnik; il s'agit des trois camps en fonctionnement pour lesquels le général S.S. aurait donné les précisions suivantes:
On ne lit rien de plus dans les versions manuscrites en français (T I, II, IV) ni dans la version allemande (T III). Ces chiffres pourraient représenter les totaux respectifs des déportés arrivant[313] chaque jour dans ces camps. Mais, dans T V et T VI, on lit en plus le mot "exécutions". Ces deux dernières versions donnent même une utilisation moyenne pour Belzec et Treblinka, à savoir 11.000 pour Belzec (T V) et 13.500 pour Treblinka (T VI).Nous avons consulté l'Encyclopaedia judaïca pour y trouver les dates de fonctionnement des camps concernés. Pour Belzec, il n'est pas aisé de savoir si l'extermination mentionnée par l'Encyclopaedia judaïca a pris fin le 31 décembre 1942 ou au printemps de 1943.Les exterminations dont parle Gerstein ont-elles eu lieu tous les jours? Sur ce point, les "confessions" ne nous renseignent pas. 0n trouvera ci-après le résultat de nos calculs.
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par jour |
Enc.Jud. |
| Belzec | Du printemps 42 à
la fin 42 Du print.42 au print. 43 |
365 |
5.475.000 |
4.200.000 5.475.000 |
600.000 |
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Sobibor |
de mai 42 au 14.10.43 |
530 jours |
10.600.000 |
250.000 |
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27.675.000 |
23.770.000 |
31.525.000 |
600.000 |
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[314]
Rappelons les totaux pour les trois camps:
Total minimum: 23.770.000 . Total maximum: 31.525.000. Moyenne des totaux: 27.675.000 Encyclopaedia judaÏca: 1.600.000 morts.
Les statistiques de l'Encyclopaedia judaÏca ne reposent apparemment sur aucun fondement scientifique. A en croire ces statistiques, il serait mort à Belzec, à Sobibor et à Treblinka un total de 1.600.000 personnes. A en croire les chiffres de Gerstein, on parviendrait à un total d'environ 28.000.000 de personnes, total qui est de dix-sept à dix-huit fois supérieur à celui de l'Encyclopaedia judaïca.
Dans un livre intitulé Treblinka, un certain Jean-François Steiner a écrit: "On gaza à Treblinka une moyenne de 15.000 Juifs par jour". Après avoir lu cette phrase, D. Rousset fut scandalisé et le fit savoir dans le journal Candide (18 avril 1966, p. 18) où il écrivit: "C'est évidemment faux. Il suffit à ces avocats du diable (s.e.: les négateurs du génocide) de se saisir de ce chiffre de 15.000 par jour et d'en montrer l'absurdité par un simple calcul, pour faire un mal que l'on imagine peu." D. Rousset sait-il que, selon les "confessions" de Gerstein, il y aurait eu dans trois petits camps de Pologne - dont celui de Treblinka - de 44.500 victimes au minimum à 60.000 victimes au maximum par jour?
6 -- Sur les quatre camps cités par Globocnik, Gerstein prétend en avoir visité trois. Mais, dans cinq "confessions", le camp non visité est Sobibor et dans une "confession" (T V) c'est Maïdanek qu'il n'a pas vu.
7 -- Hitler et Himmler auraient visité Belzec le 15 août 1942. Or, il est historiquement établi qu'il s'agit là d'une contre-vérité (voy. Prof. H. Rothfels Vierteljahreshefte fuer Zeitgeschichte, avril 1953, n.2). Vantardise du général S.S.? Certains l'ont prétendu. Impossible, elle aurait vite été découverte par les conversations de Gerstein avec les responsables du camp de Belzec.
8 -- Dimensions des chambres. Dans les "confessions" du 26 avril 1945 (T I et T II): 4 m x 5 m x 1 m 90, soit 20 m2 et38 m3. Dans les "confessions" des 4 et 6 mai 1945 (T III, T V et T VI): 5 m x 5 m x 1 m 90, soit 25 m2 et 47,5 m3. Or, l'ingénieur Gerstein écrit dans toutes ses "confessions": 25 m2 et45 m3.
[315]
9 -- 6.700 personnes dans 45 wagons, soit plus de 148 personnes par wagon. Il y en avait 1.450 déjà mortes à l'arrivée; il restait donc 5.250 personnes vivantes.
10 -- Un petit garçon de 3-4 ans, apparemment seul, puisque Gerstein ne parle que de lui, distribue des ficelles successivement à 5.250 déportés pour attacher les chaussures.
11 -- Tas de chaussures de 35 à 40 mètres de hauteur (dans la plupart des "confessions") ou de 25 mètres (T III); dans le premier cas, il s'agirait d'une hauteur de dix à douze étages, et dans le second cas, de sept à huit étages. Comment accéder à de telles hauteurs pour y placer des chaussures? De plus, ces véritables "collines" auraient été visibles de très loin à la ronde.
12 -- 700-800 personnes debout sur 25 m2, dans 45 m3 (c'est une constante de toutes les versions). Imagine-t-on une pièce de cette superficie et de ce volume qui contiendrait 750 personnes environ debout les unes contre les autres? Trente personnes debout sur 1 m2?
13 -- Arithmétique invraisemblable (dans deux "confessions" du 6 mai: T V et T VI). Plus de la moitié sont des enfants. Poids moyen: 35 kg (T V) ou 30 kg (T VI). Donc, ajoute Gerstein, 25.250 kg par chambre. D'où ce total précis, qui n'est divisible ni par 35 ni par 30, provient-il?
14 -- Le capitaine de police Wirth, chef
du camp de Belzec, interroge "minutieusement" (sic)
Gerstein pour savoir s'il préfère que les gens meurent
dans une pièce éclairée ou non éclairée(T
V et T VI).
15 -- Gerstein dit assister au gazage. Il consulte froidement son chronomètre. Le moteur Diesel ne démarre pas. Impassible et inactif, Gerstein compte les minutes qui passent: 50 minutes, puis 70 minutes. Enfin, au bout de 2h 49, le Diesel se met à fonctionner. Il dit constater qu'au bout de 25 minutes la plupart des victimes sont mortes, qu'au bout de 28 minutes quelques-unes encore survivent et qu'au bout de 32 minutes tout le monde est mort.
[316]
Si l'ingénieur Gerstein est d'un tel sang-froid, les erreurs de calcul signalées au point n. 8 ne peuvent pas s'expliquer par le fait qu'il aurait été bouleversé. D'autre part, à supposer qu'on puisse concentrer 700 à 800 personnes debout sur un espace de 25 m2, ces personnes n'auraient pas pu survivre pendant 2h 49 minutes; elles auraient rapidement manqué d'oxygène. Enfin, à supposer tout de même qu'elles aient pu survivre, comment Gerstein, à travers une lucarne, aurait-il pu discerner dans ce groupe extraordinairement compact les morts et les vivants? En effet, les morts n'auraient pas pu tomber au sol.
16 -- Dans toutes les "confessions", il est écrit que le gazage est effectué au moyen d'un moteur Diesel. Le mot "Diesel" est répété trois ou quatre fois, selon les versions, dans le passage concerné. Précédemment, Gerstein, relatant son entrevue avec le général S.S. Globocnik, a écrit que ce dernier lui avait appris dès le début de la conversation que les chambres à gaz fonctionnaient avec les gaz d'échappement d'un ancien moteur Diesel.Or, le Diesel est un moteur à combustion interne qui dégage peu d'oxyde de carbone (CO), gaz mortel inodore, mais beaucoup de gaz carbonique (CO2), gaz asphyxiant qui rend d'abord malade et ne provoque la mort qu'après un long délai. Il aurait été plus efficace d'utiliser un moteur à explosion.
17 -- Gerstein déclare (T V et T VI): "Il n'y a pas dix personnes qui ont vu ce que j'ai vu et qui le verront. (...) Je suis un des cinq hommes qui ont vu toutes ces installations." Or, dans son récit, Gerstein cite lui-même les noms de personnes qui, entre le 15 et le 19 août 1942, auraient, soit participé, soit assisté aux massacres de Belzec. Il y en a déjà plus de dix pour cette courte période de cinq jours. Ce sont:
-- des anonymes: un grand S.S. à la voix pastorale qui rassure les déportés sur le sort qui les attend; un Unterscharfuehrer (sous-officier) de service qui renseigne Gerstein sur l'utilisation des cheveux des femmes; un S.S. qui, dans son dialecte bas-allemand, déclare que les déportés peuvent attendre nus, en plein air, par n'importe quelle température, puisqu'ils sont là pour mourir; des S.S. qui cinglent de leurs cravaches les déportés qui[317] entrent dans les chambres à gaz; un Ukrainien qui aide Heckhenholt à faire démarrer le moteur; etc.De toutes façons, comment admettre que des exterminations massives perpétrées dans plusieurs camps, pendant de longs mois, aient pu avoir moins de dix témoins?
18 -- Les cadavres sont jetés dans des fosses de 100 m x 20 m x 12 m situées près des chambres. La profondeur de 12 mètres représente 3 à 4 étages. Les corps sont recouverts d'une couche de dix centimètres de sable; seuls émergent quelques têtes et quelques bras. Ce sont là des conditions favorables pour le développement d'une épidémie qui n'aurait pas épargné les S.S. ni leurs auxiliaires.
19 -- Le nombre des victimes aux camps de Belzec et de Treblinka: 25 millions (T II) ou 20 millions (T V et T VI). Ces chiffres sont invraisemblables (voy. l'avis de D. Rousset au point 5).
20 -- Wirth propose à Gerstein de ne rien changer à la méthode de gazage. Ainsi, un simple capitaine de police s'oppose aux ordres d'un général S.S., puisque Globocnik a chargé Gerstein de changer la méthode.
21-- Dans T V, Gerstein dit: "Ce qui est curieux, c'est que l'on ne m'a posé aucune question à Berlin". (Il répétera la même chose au Commandant Mattéi qui l'interroge à Paris le 19 juillet 1945; il s'attirera alors la réplique suivante: "Vous êtes chargé d'une mission ultra-secrète, vous ne l'accomplissez pas, et personne ne vous demande d'en rendre compte au retour. Voilà qui n'était guère en usage dans l'armée allemande").
22 -- Il a fait enterrer l'acide cyanhydrique, sous prétexte que celui-ci s'était détérioré pendant le transport et qu'il était devenu dangereux. Il serait possible d'admettre cette affirmation de Gerstein, mais à condition que des précisions nous soient données sur l'opération. Or, lors de l'interrogatoire du 19 juillet 1945, Gerstein précise qu'il transportait 45 bouteilles d'acide cyanhydrique, dont une était arrivée en mauvais état; il ajoute que ces 45 bouteilles ont été dissimulées (sic) à 1.200 mètres du camp de Belzec. Ce ne devait pas être un mince travail que de dissimuler[318] 45 bouteilles. Gerstein prétend avoir été aidé par le chauffeur qu'il ne connaissait pas auparavant, qui, selon lui, appartenait au Service Central de Sécurité, et qu'il ne reverra plus, après leur voyage commun en Pologne.
23 -- Dans T I, Gerstein dit qu'après sa rencontre dans le train avec le diplomate suédois von Otter, il est allé le voir à Berlin à la Légation de Suède une fois encore. Dans toutes les autres "confessions", Gerstein dit qu'il a revu von Otter deux fois (le diplomate ne se souvient que d'une fois).
24 -- Gerstein nous dit qu'à partir du début de 1944 8500 kg d'acide cyanhydrique étaient stockés à Berlin; il ne fournitaucune preuve pour confirmer cette quantité de poison. Il se livre ensuite à des suppositions sur les intentions homicides du S.S. Sturmbannfuehrer Guenther qui lui aurait donné l'ordre de passer ces très importantes commandes; Gerstein passe ensuite en revue les catégories de victimes possibles, estimant ces dernières à huit millions.
25 -- Sur les conseils de Gerstein, l'acide cyanhydrique est expédié dans les camps d'Auschwitz et d'Oranienbourg; l'Obersturmfuehrer fait le nécessaire pour que cet acide serve uniquement à la désinfection. Dans aucune de ses "confessions", Gerstein ne dit qu'il est allé à Auschwitz. Dans son interrogatoire du 19 juillet 1945, il ne cite pas Auschwitz au nombre des camps qu'il a visités. Comment a-t-il pu agir à distance?
26 -- Guenther envisageait de tuer avec de l'acide cyanhydrique, en plein air, dans les fossés de Maria-Theresienstadt, les Juifs qui s'y promenaient. Gerstein a dissuadé Guenther de donner suite à ce projet, d'ailleurs irréalisable. Cependant, Gerstein a appris que l'opération avait, malgré tout, eu lieu.L'acide cyanhydrique, très volatil, ne pouvait être employé ainsi "en plein air".
27 -- Gerstein a vu disparaître des homosexuels dans un four (plusieurs milliers, dans T V et T VI; plusieurs centaines, dansT III) en un seul jour (T II, T V et T VI) ou en plusieurs jours(T III).
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28 -- En Pologne, il est attesté que, pour tuer des gens, on leur faisait monter un escalier de haut fourneau; on les exécutait, en haut de cet escalier, d'un coup de pistolet et on les précipitait dans la cheminée du haut fourneau (T III, T V, T VI). Imagine-t-on la scène? Les gens montent un par un au haut de "l'escalier"; un S.S. ou un auxiliaire des S.S. les attend au sommet dans les vapeurs du haut fourneau pour les exécuter.
29 -- A Auschwitz, où Gerstein n'est jamais allé, plusieurs millions d'enfants sont tués par application d'un tampon d'acide cyanhydrique sous le nez (T V et T VI). La même méthode pour tuer les enfants est mentionnée dans T II et T III, mais on n'y parle pas de plusieurs millions.
Outre ces invraisemblances et étrangetés dont la liste n'est certainement pas complète, on peut s'interroger sur la valeur de certaines affirmations qui n'ont pas la qualité de témoignage oculaire. En effet, Gerstein est resté à peine deux jours à Belzec; le premier jour (18 août 1942), il nous dit lui-même qu'il n'a pas vu grand-chose; il a seulement eu des soupçons. Le lendemain (19 août 1942), il aurait assisté à l'arrivée des déportés et à l'opération de gazage. Le surlendemain (20 août 1942), il était à Treblinka et le soir il prenait à Varsovie le train pour Berlin.Comment, dans ces conditions, peut-il écrire: "après quelques jours, les corps se gonflaient et le tout s'élevait de 2-3 mètres par moyen de gaz qui se formait dans les cadavres. Après quelques jours, le gonflement fini, les corps tombaient ensemble"?L'historien allemand Rothfels a, d'autre part, renoncé à publier l'ensemble des compléments ainsi que certains passages de la "confession" principale, alléguant qu'il ne pouvait s'agir que de Hrensagen. Pourtant, certains de ces extraits non publiés par H. Rothfels sont présentés par Gerstein comme des témoignages oculaires. C'est ainsi que l'on peut lire, par exemple:
Il convient également de noter des phrases dans lesquelles Gerstein met en cause deux de ses compatriotes, le Professeur Dr. Pfannenstiel, d'une part, le Dr. Gerhard Peters, d'autre part. L'un [320] et l'autre ont nié avoir eu l'attitude ou tenu les propos que Gerstein leur a prêtés.H. Rothfels a supprimé tous les passages contestés par les intéressés; il cite une seule fois, dans ses notes explicatives, le Professeur Pfannenstiel et il évite complètement de nommer le Dr. Peters, qu'il désigne simplement comme le directeur de la Société DEGESCH.Quant au reste de la "confession", il est essentiellement constitué par ce que Olga Wormser-Migot appelle des leitmotive "tellement identiques à cinquante autres évocations - y compris celles des Mémoires de Hoess" (op. cit. p. 426).
Toutes les versions comportent un certain nombre d'invraisemblances et d'étrangetés qui les rendent incroyables. Toutefois, l'incrédibilité est plus ou moins criante suivant les versions.On constate une sorte d'escalade dans l'invraisemblance en passant de T I à T II puis à T V.Le cas de T IV est très particulier; la "confession" principale est très courte: les invraisemblances y sont évidemment moins nombreuses; en revanche, T IV comporte des compléments où l'on relève des affirmations difficilement acceptables, affirmations que l'on retrouve avec des variantes dans T III, T V et T VI.Dans le chapitre consacré à l'authenticité des textes, à défaut de preuves impossibles à trouver, un certain nombre de fortes présomptions a été avancé pour renforcer notre hypothèse selon laquelle les deux versions en allemand (T III et T VI) sont des fabrications de textes. On constate donc une régression relative des invraisemblances en passant de T V à T VI, puis à T III.T VI, version datée du 6 mai, reprend dans l'ensemble T V, mais en éliminant des erreurs grossières, des détails parfois saugrenus, en corrigeant certaines fautes dans les noms propres, etc. Grâce à ces aménagements, T VI a été jugé digne d'accéder à la série PS sous le numéro 2170. Mais T VI fut cependant peu utilisé et, à notre connaissance, ne fut jamais publié, même partiellement.L'élaboration de T III fut plus soignée; sa "découverte", au printemps de 1946 seulement, a donné à ses rédacteurs un temps [321] suffisant pour présenter dans la langue maternelle de Gerstein un texte qui suscite moins spontanément le scepticisme du lecteur. C'est T III qui fut publié pour la première fois par Hans Rothfels en 1953 (op. cit. p. 177-194), et souvent repris par d'autres auteurs, tant allemands qu'étrangers. En France, la traduction deT III par L. Poliakov et J. Wulf (Le IIIe Reich et les Juifs) a été assez souvent utilisée; ce fut le cas, tout récemment, lorsque, en 1982, François de Fontette a fait paraître, dans la collection "Que sais-je?": Histoire de l'antisémitisme. Aux pages 120 et 121, on peut lire des extraits de cette version du 4 mai 1945(T III), extraits très partiels, sur lesquels nous reviendrons d'ailleurs.Si l'on accepte notre hypothèse de fabrication de texte pour T III, on peut relever quelques-unes des intentions des rédacteurs; on les trouvera ci-après énoncées:
1) T III est en harmonie avec T II sur plusieurs points
T II (PS-1553) était déjà connu lorsque T III fut "découvert". Le PS-1553 avait été évoqué devant le Grand Tribunal de Nuremberg en janvier 1946; il était souhaitable que des différences trop flagrantes n'apparaissent pas entre T II et T III.
a - L'ordre donné à Gerstein de transporter de l'acide cyanhydrique au camp de Belzec concernait 100 kg dans les versions du 26 avril et 260 kg dans les versions du 6 mai.T III s'aligne sur T II et mentionne 100 kg.
b - Gerstein a souvent déformé les noms propres; c'est ainsi qu'il orthographie Lindner le nom d'un conseiller ministériel qui s'appelle en réalité Linden. On peut lire Lindner dans T I et T IV (versions manuscrites) et dans T II (PS-1553), alors que T V etT VI proposent le nom correct: Linden. T III s'aligne une fois encore sur T II et mentionne Lindner.
2) T III élimine des invraisemblances
Certaines invraisemblances de T II expliquent peut-être le refus du Grand Tribunal de Nuremberg de prendre en considération le PS-1553. T III en élimine quelques-unes. [322]
a - Nombre des victimes à Belzec et à Tréblinka: 25 millions(T.II) ou 20 millions (T V et T VI). Prudemment, T III n'avance aucune évaluation.
b - Un petit garçon de 3-4 ans distribue des ficelles à plus de 5.000 personnes pour lier leurs chaussures par paires (T I, T II,T.V, T VI). Dans T III, le petit garçon de 3-4 ans a disparu.
c - Dimensions de la chambre à gaz: 4.m x 5.m x 1m 90 dansT.II, soit 20 m2 et 38 m3 (T I, T II) et 5.m x 5.m x 1m 90 soit 25 m2 et 47,5 m3 (T V et T VI). Or, on lit dans toutes les versions: 25 m2, 45 m3. T III a choisi les dimensions qui donnent une superficie exacte et un volume assez proche; dans ce cas,T III ne suit pas T II (PS-1553).
3) T III atténue certaines invraisemblances
a - Dans la plupart des versions, il est question d'un tas de chaussures de 35 à 40 m (10 à 12 étages). T III a-t-il pensé rendre l'affirmation plus croyable en ramenant la hauteur à 25 mètres? Cela représente encore 7 à 8 étages!
b - "Plusieurs milliers d'homosexuels ont disparu dans un four en un seul jour", lit-on dans quatre versions. Dans T III, plusieurs centaines d'homosexuels ont disparu en quelques jours.
c - A Auschwitz, plusieurs millions d'enfants ont été tués par application d'un tampon d'acide cyanhydrique (T V et T VI). Dans T III, les enfants meurent de la même façon mais ils ne sont pas plusieurs millions.
d - On lit dans T IV (suppléments), de la main même de Gerstein: "Etant occupés de leurs travaux, ils [deux officiers architectes] voyaient tout à coup quelques-uns qui se mouvaient". Il s'agit de cadavres présumés et un S.S. Rottenfuehrer les achève en leur brisant le crâne avec une pièce de fer rond déjà à sa disposition. On retrouve la sinistre anecdote dans les suppléments deT III, mais les "quelques-uns" sont ramenés à "deux". Il n'est pas sans intérêt de noter que, dans T Va et dans T VI, on lit que ces moribonds se trouvaient au milieu de "milliers de cadavres en général typhiques". Imagine-t-on des architectes et des S.S. [323] déambulant au milieu de typhiques? Gerstein, chef du Service de désinfection a-t-il des notions élémentaires en matière d'hygiène? Il est évident que le mot "typhique" a disparu de T III.
e - Gerstein a vu (T IV, suppléments) un petit garçon de 3 ans lancé dans la chambre. Dans T III, le garçonnet n'échappe pas à la chambre, mais il y est "poussé avec douceur". Les quelques points énoncés ci-dessus contribuent tous, nous le répétons, à faire de T III non pas une "confession" croyable, mais seulement la moins incroyable. Cette constatation renforce, s'il en est besoin, notre conviction que T III est un texte fabriqué avec soin en allemand à partir des versions en français (T I, T II, T IV et TV).
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