AAARGH

| Accueil général | Accueil français | Actualité octobre 2000 |

Zavtra, n· 42(359), 17 octobre 2000

 

Aleksandr Prokhanov,

Arafat, un guide pour les Palestiniens et les Russes

 



Les nations du monde, autrefois débordantes de vie, après avoir fait de grandes révolutions, peuplé des continents, créé des religions et des théologies, aujourd'hui contemplent, les yeux troubles et somnolents, les garçons vachers qui les ont conduites jusqu'aux étables du "nouvel ordre mondial" où ils remplissent leurs mangeoires des miettes du festin américain, alimentent les abreuvoirs du Fonds monétaire international et leur montrent, dans le lointain, le veau de plastique du rêve américain. Si l'une d'entre elles meugle et tire sur sa chaîne, le fouet électronique de CNN la cingle, on lui enfonce sous la peau les pointes des "tomawaks" et on lui passe la muselière des "victimes de l'holocauste".

Le peuple russe respire sans force, oublie la langue de Pouchkine et du maréchal Joukov, apprend à parler kazakh, à lire en estonien l'histoire de la Grande Estonie. L'Amérique latine a oublié Bolivar, Sandino et le Che, elle remue son derrière sombre dans des carnavals, vit du trafic de drogue et alimente en main d'oeuvre à bas prix les chantiers de construction de Californie. Les Serbes ont oublié leur rêve héroïques, ils ont vendu Karadjic et Milochevic et sucent désormais avidement le téton pourri d'Albright. Et il n'y a plus qu'un lieu dans le ciel où le rayon du Cosmos ait percé la coquille morte qui recouvre l'humanité. C'est un rayon enflammé, dirigé tel un doigt vers le peuple de Palestine. Et au point où il touche la terre, où il illumine Gaza, Jérusalem et Hébron, l'histoire crépite de vie. Comme au temps des prophètes, le peuple prie, tire, fait couler le sang, lance les chants de guerre, se jette sur les chars juifs, déchire à main nue les chenilles d'acier, bourre du corps de ses enfants les gueules hoquetantes des canons, montre au monde endormi ce que ce sont la Liberté, la Patrie, Dieu.

Israël est condamné. Il répugne aux Arabes, aux Français, aux Anglais, il se répugne à lui-même. L'Intifada chauffée à blanc -- c'est une rivière de feu, dans laquelle se noie, s'abîme et coule à pic un des mythes du XXe siècle, la théorie du sionisme. Sur les plans de Herzl et de Jabotinski, on a construit sur les terres arabes un petit monstre géopolitique. On y a traîné les tables de la loi, comme des fourmis traînent leurs larves. On a imposé à l'Amérique et à l'Allemagne un tribut annuel de cinq milliards de dollars. On inonde les mosquées de napalm, ce qui transforme des peuples entiers en fuyards et en sinistrés. Et par là-dessus, on saupoudre les cerveaux du monde entier de pellicules noirâtres baptisée s cendres d'Auschwitz.

A la place d'Israël, les Arabes planteront beaucoup de figuiers et de cèdres du Liban, ils construiront un parc national où sera conservé un beau perroquet qui parlera l'hébreu. Et les tristes juifs en chapeau noir, les longues boucles traînant à terre, porteront leurs tables de la loi dans des portefeuilles déchirés en un autre point de la terre. Peut-être au Birobidjan. Alors, là-bas, sur l'autre rive de l'Amour, la Chine fera une intifada chinoise.

Yasser Arafat est le dernier guide populaire du siècle qui s'éloigne. Un grand Palestinien, que son peuple a nourri de ses souffrances, qui prêche la religion de la liberté, quand on ne distingue plus les batailles de ce monde de celles de l'autre monde, la vie de la mort, et que Dieu descend parmi son peuple sous l'apparence du guide, intelligent, sans peur, infatigable, incorruptible, qui ferme les yeux du feddayin tué, serre contre lui l'orphelin, essuie les larmes de la veuve, quitte Beyrouth en flammes à la tête d'une colonne armée, s'aventure dans la tanière de la bête à Camp David, lit dans Sabra et Chatila un Coran charbonneux, baise la terre brûlante de sa Palestine natale.

Aucun des meneurs actuels des grandes puissances ne deviendra jamais un guide. Ce sont des clercs, y compris De Klerk. Et Putin, l'officier du contre-espionnage installé au Kremlin grâce aux efforts des clans et des groupes, a, lui, l'occasion de devenir un guide et le sauveur du plus grand pays du monde, tombé dans le plus grand malheur du monde. Unir le peuple russe divisé, rassembler les territoires russes bazardés, nettoyer les parterres ruinés de la vie russe - il peut ainsi égaler Dmitri Donskoi et Joseph Staline. Si Putin cesse de se perdre en futilités politiques, il aura le temps d'étudier la vie et le destin du Palestinien Yasser Arafat, qui se dirige, le rameau d'olivier dans une main, la Kalachnikov dans l'autre, dans l'immortalité de l'Histoire.

"Dis-moi, rameau de Palestine, où es-tu né, où as-tu fleuri..." "J'ai grandi dans le jardin du Paradis, près du Seigneur Dieu. De mon tronc solide sont faits le manche et le canon de la mitrailleuse. Mes feuilles de feu, pareilles aux éclats d'un "cocktail Molotov", transpercent le blindage des chars israéliens. Mes fleurs ornent le drapeau criblé de balles de l'OLP. Mes fruits sont doux aux héros et aux martyrs, doux comme la Liberté."

 


L'adresse électronique de ce document est:http://aaargh-international.org/fran/actu/actu00/doc2000/brandwein.html


Ce texte a été affiché sur Internet à des fins purement éducatives, pour encourager la recherche, sur une base non-commerciale et pour une utilisation mesurée par le Secrétariat international de l'Association des Anciens Amateurs de Récits de Guerre et d'Holocauste (AAARGH). L'adresse électronique du Secrétariat est <aaarghinternational@hotmail.com>. L'adresse postale est: PO Box 81475, Chicago, IL 60681-0475, USA.

Afficher un texte sur le Web équivaut à mettre un document sur le rayonnage d'une bibliothèque publique. Cela nous coûte un peu d'argent et de travail. Nous pensons que c'est le lecteur volontaire qui en profite et nous le supposons capable de penser par lui-même. Un lecteur qui va chercher un document sur le Web le fait toujours à ses risques et périls. Quant à l'auteur, il n'y a pas lieu de supposer qu'il partage la responsabilité des autres textes consultables sur ce site. En raison des lois qui instituent une censure spécifique dans certains pays (Allemagne, France, Israël, Suisse, Canada, et d'autres), nous ne demandons pas l'agrément des auteurs qui y vivent car ils ne sont pas libres de consentir.

Nous nous plaçons sous la protection de l'article 19 de la Déclaration des Droits de l'homme, qui stipule:
ARTICLE 19 <Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit>
Déclaration internationale des droits de l'homme, adoptée par l'Assemblée générale de l'ONU à Paris, le 10 décembre 1948.


aaarghinternational@hotmail.com