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Quand l'autisme géopolitique atteint "l'élite intellectuelle arabe".

De quel bois ?

par Yag Bazhdid


 

De quel bois s'est donc chauffé la grosse douzaine (14 pour être précis, à notre dernier pointage) d' "intellectuels arabes", qui ont choisi, d'alerter "les opinions publiques libanaises et arabes" et d'appeler "les autorités compétentes du Liban à interdire la tenue à Beyrouth de cette manifestation inadmissible", parlant de la Conférence organisée à Beyrouth par ceux que l'éminent journaliste et écrivain juif israélien, d'origine russe, Israël Shamir, dénomme -- d'une manière plus nuancée des "historiens révisionnistes", et que nous faisons nôtre pour la bonne compréhension de notre propos -- ?

Notons que cet appel a aussitôt été qualifié par Le Monde comme émanant de personnes faisant "partie de l'élite intellectuelle arabe".
Remercions donc l'ancien soutien indéfectible des Khmers Rouges, de la Guerre Iran-Irak, de la Guerre du Golfe et de la Guerre du Kossovo (liste non exhaustive) au sein de la presse écrite parisienne pour cette vénérable, et "indispensable" (sic), onction !
A l'avenir, qu'on se le dise, tout obscur écrivain, auteur, essayiste proche ou moyen-oriental, devra tremper précautionneusement sa plume avant de savoir s'il appartient lui aussi à "l'élite intellectuelle arabe". Car, c'est évidemment Paris qui est habilité à trier le bon grain de l'ivraie, en l'occurrence les obscurs grouillots d'outre-Méditerranée, quelque part, nécessairement "antisionistes" donc -- CQFD -- forcément "antisémites" et donc "nazis", des besogneux de la plume dignes, malgré tout, d'être traités comme des écrivains à part entière, et venir picorer quelques miettes au salon du Livre (ou ailleurs) s'ils se montrent bien dociles
Au fait dans quelle catégorie nos Torquemada des grands boulevards et cette "partie de l'élite intellectuelle arabe" vont-ils se décider à ranger Norman G. Finkelstein -- lui-même fils de déportés -- ? "Nazi-mosaïque" ? "Hitléro-ricain" ? "New-Yorko-facho" ?
Ces fins esprits de "l'élite intellectuelle arabe" -- qui, curieusement, se montrent bien pressés à reprendre à leur compte les antiennes anti-arabes de l'intelligentsia coloniale-socialiste européenne, feraient mieux de méditer ces propos de Lucien Bitterlin, disséquant l'odieuse instrumentalisation du procès Aloïs Brunner, soulignant que :
"Tout le monde sait, et ne manque pas, via la télévision, notamment avec le documentaire allemand sur les crimes de Brunner diffusé sur Arte le vendredi 2 mars dernier, ce que furent les abominations commises dans les camps d'extermination nazis. Les résistants français qui ont été les fondateurs, en 1967, de l'Association de Solidarité Franco-Arabe (ASFA), et en particulier Edmond Michelet, Louis Terrenoire, Germaine Tillion, qui ont vécu les horreurs de Dachau, Ravensbrück, Buchenwald, nous ont inculqué, s'il en était besoin ce "devoir de mémoire", mis en évidence dans notre jeunesse avec le procès de Nuremberg. Qui pourrait croire un seul instant que ces monstruosités, commises en Europe, par l'homme contre l'homme, ne resteraient pas la tache noire du XXe siècle dans l'histoire de l'humanité ? Mais ce ne sont pas les Arabes qui ont commis ces horreurs, alors pourquoi en subissent-ils les conséquences ?"(1).
Partant de ce constat, on ne voit vraiment pas ce qui interdirait -- tout particulièrement à la lumière des écrits du Dr Finkelstein ou du P r Israël Shahak -- à des Arabes de tenir colloque sur le Révisionnisme.
Je le dis avec d'autant d'assurance que je n'appartiens pas moi-même à cette maison.
Pas plus d'ailleurs que nombre d'amis de la cause palestinienne.
Lisez donc ces lignes de Lucien Bitterlin, suffisamment claires à ce sujet :
"Par contre, je suis de ceux qui sont convaincus que les chambres à gaz ont existé. Germaine Tillion, à Ravensbrück, a vu sa mère y mourir. Et je crois qu'il y a bien eu cinq millions cent mille juifs exterminés par les nazis, et bien d'autres victimes non-juives, au titre de la Résistance, de leur appartenance ethnique, confessionnelle, et autres dont on parle moins"(2).
Ceci posé, le monde arabe doit-il, pour autant se laisser dicter sa conduite par des lobbies notoirement instrumentalisés de Washington et de Tel-Aviv, selon le vieux principe du double langage occidentalocentré.
En effet, pour le côté sombre de la chose, comment ne pas souligner que c'est aux États-Unis que se trouvent l'immense majorité, non seulement, des sites révisionnistes, mais également ceux émanant des plus nauséabonds néo-nazis
Curieuse carte de visite pour donner des leçons à Beyrouth que d'être le pays où s'expriment en toute quiétude les variantes, diverses et mûres pour l'asile, du Klu Klux Klan et d'une kyrielle de nazillons, non ?
Pour le côté plus sérieux de la chose, comment ne pas noter que les critiques les plus assurées de l'idéologie sioniste et de la manière dont l'histoire de l'Holocauste a été pervertie à fin d'usage géopolitique, voire pire, détournée à des fins plus bassement financières, viennent d'intellectuels américains eux-mêmes (ni Noam Chomsky ni Norman Finkelstein n'ont, que je sache, de passeport libanais ou irakien, lorsqu'ils se déplacent), et, encore plus souvent d'Israéliens (Zimmerman, Shahak, Shamir, etc.), ceux que l'on appelle là-bas, les "nouveaux historiens".
Quel rapport tous ces gens peuvent-ils bien avoir avec l'antisémitisme, et le révisionnisme dans lesquels cherchent à les enfermer, ad usum delphini, nos coupeurs de cheveux en quatre "arabo-honteux"?
J'ai peur d'y voir là, davantage, chez nos éminents signataires la volonté de pas se mettre à dos les tenants de l'idéologie officielle en Europe.
Mais là aussi, ne serait-ce pas encore une triste affaire de "pailles et de poutres" se répartissant de manière inégale dans quelques orifices oculaires?
Car, avant de donner tant de leçons à autrui, ne serait-ce pas à "l'élite intellectuelle" occidentale de faire le ménage chez les grands esprits qu'elles nous donne en modèles ?
Or, à bien y regarder, et pour commencer par eux, ça ne sent pas nécessairement la rose du côté des pères fondateurs du sionisme. Pour s'en convaincre, il suffit de jeter un petit coup d'oeil sur surs les textes, émanant des intellectuels sionistes de la fin du XIX e siècle ou du début du XXe : Moses Hess, Martin Buber, Ludwig Holländer, Gustav Krojanker, auteurs dont les choix ont été évoqués par Saul Friedländer qui nous dit, d'entrée, que:

En allant plus avant, ne découvre-t-on pas que Moses Hess (1812-1875), qui fréquentait Karl Marx, écrivait : "On ne peut réformer les nez juifs et aucun baptême, ni aucun peigne ne transformera les cheveux crépus juifs et bruns, en cheveux blonds et plats. La race juive est une race pure, qui a reproduit l'ensemble de ses caractères, malgré l'influence climatique"(4).
Autres citations du même tonneau chez Théodore Herzl (1860-1904), fondateur du sionisme, dont on sait par ailleurs qu'il appréciait Edouard Drumont, et qu'il écrivait à l'un de ses confrères:

Herzl, qui refusera, au moment de l'Affaire Dreyfus, d'adhérer à la Ligue contre l'Antisémitisme.
On pourrait naturellement faire référence à d'autres auteurs et précurseurs du sionisme qui mettaient, tout autant, l'accent sur le phénomène racial.
Le Dr. Ignatz Zollschann, auteur de Rassenproblem (Le problème de la race), qui se réfère à Gobineau et à Vacher de la Pouge; le Dr Maurice Fishberg, juif américain, auteur de Die Rassenmerkmale den Juden (Les signes distinctifs raciaux des juifs); Fritz Kahn, juif allemand, auteur de Der Juden als Rasse und Kulturvolk (les juifs comme race et comme communauté culturelle); Arthur Rumpin, Ludwig Gumplowicz, juif polonais; Max Nordau, bras droit de Théodore Herzl, etc.
Mais comment noter que cette dimension raciale du discours sioniste correspond, quasiment mot pour mot, avec l'idéologie coloniale de la gauche européenne.
Curieusement, les mentors du prêt-à-penser, qui ne manquent pas aujourd'hui de faire la leçon au petit Liban osant accueillir sur son sol un inavouable colloque d' "historiens révisionnistes", sont (en France), ceux qui continuent de porter aux nues le colonial-socialiste Jules Ferry qui, s'exprimant à la Chambre des Députés, dira, je cite :

"Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures".

Quid, puisque nous y sommes, de Léon Blum -- autre grand humaniste, grand pourfendeur (théorique) du "fascisme" (avec un "f", car je prends le mot dans son sens générique) ne retrouvera son courage face à celui-ci qu'enmettant les Républicains espagnols, dans ce qu'il faut bien appeler des camps de concentration -- qui proclamait, le 9 juillet 1925, dans (décidément) la même enceinte, "le droit et le devoir des races supérieures d'attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture".
L'indignation semble d'ailleurs être une posture à géométrie variable. Ainsi, la municipalité du 3e Arrondissement de Paris ne fera guère de tapage lorsque le jour du Yom Kippour, le 23 septembre 1996, le président du Likoud de France, Jacques Kupfer, énumérera dans son hommage aux morts, tenu dans une salle de cette mairie parisienne, le capitaine (CR) Baruch Goldstein -- le tueur raciste commandité du Caveau des Patriarches.
Pourquoi ce silence ?
Serait-ce parce que le maire du 3e Arrdt est l'opulent homme d'affaires socialiste Pierre Aïdenbaum, par ailleurs président (mis en examen pour "complicité de faux en écriture privée") de la Licra -- lobby ayant pignon sur rue pour son activité (supposé ?) contre le racisme ?
Pour poursuivre dans ce registre, le couplet sur l'intolérance sectaire de gauche ne serait pas complet sans cette nouvelle édifiante.
A été adopté (en première lecture, sous cabinet travailliste) à la Knesset un projet de loi rendant passible d'un an de prison "l'importation, l'impression, la possession, la reproduction et ou distribution de documents encourageant la conversion" au Christianisme. Parmi les textes visés figure, entre autres, le Nouveau Testament.
Bavure parlementaire? Racisme? L'un des co-auteurs de ce monument d'intolérance religieuse avoue lui-même qu' "à certains égards, nous sommes antichrétiens. La frontière est étroite quand on lutte contre des missionnaires".
Qui est derrière ces propos édifiants? Un ultra-orthodoxe de Kyriat-Arba? Les copains d'Ygal Amir? Que nenni ! L'ex-secrétaire général du Parti Travailliste (parti-frère en Internationale socialiste du PS français), Nissim Zvilli.
Tout ceci pour dire qu'avant de se jeter aussi prestement à l'encolure de ces " historiens révisionnistes" souhaitant se réunir à Beyrouth, la "partie de l'élite intellectuelle arabe" ainsi mobilisée eut été bien inspirée de savoir qui sonnait le tocsin pour la mobiliser
Mais, il n'est jamais trop tard pour faire amende honorable ? Autrement dit, messieurs de l'intelligentsia arabo-musulmane, vous êtes désormais au pied du mur, soit :
1. Courber l'échine devant le chantage insane de vos tristes homologues politiquement corrects occidentaux ;
2. Soit tenir tête comme Finkelstein, Chomsky et tant d'autres, aux amalgames grossiers tentés contre le monde arabe dont vous faites partie.
Ou, plus crûment, La Résistance ou les petits fours !
Serez-vous, enfin, digne des Chebab de Palestine qui risquent autre chose qu'une mauvaise réputation dans quelque salon parisien ou londonien? A vous de choisir

Notes

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Mise sur l'aaargh: 10 avril 2001.

 

 

 


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