AAARGH

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 LA GAZETTE DU GOLFE ET DES BANLIEUES


Nouvelle série




 

 Numéro 32 -- 25 novembre 2003

>gazettegb@yahoo.fr<

http://ggb.0catch.com

Nouvelles en français et en anglais

Créée en 1991 par Serge Thion

News in French and English

Established 1991 by Serge Thion

 

 

 

PERÇONS TOUS LES MURS

 

SEUL LE SPECTACLE DES CRIMES D'ISRAËL

SUSCITE LA RÉVULSION LÉGITIME

QUE LES SIONISTES APPELLENT ANTISÉMITISME

TOUS UNIS POUR DÉTRUIRE L'EMPIRE

 

THEY'RE BOGGED DOWN IN BOTH

AFGHANISTAN AND IRAQ

WAIT FOR THE KILL

 

NOUS AVONS ANNONCÉ LE BOURBIER

LE BOURBIER EST LÀ

ILS SONT DEDANS



LA PANIQUE S'INSTALLE

USA, PAR ICI LA SORTIE

AMERICANI, FUORI DELL'ITALIA

ITALIANI, FUORI DELL'IRAQ

 

VIVE LA RÉSISTANCE IRAKIENNE

SEULE GARANTIE DU PEUPLE IRAKIEN

CONTRE LES PRÉDATEURS

 

L'IRAQ N'EST PAS À VENDRE

ÉCRASONS L'INFÂME SIONISTE



 Ce numéro de la Gazette a été confectionné avec l'aide, volontaire ou involontaire, de Oussama Ben Laden, Johan Weisz, Israël Adam Shamir, Franck Spengler, Denis Bourgeois, Nicolas Shahshahani, Serge Thion, le sénateur des USA Ernest F. Hollings, Eric Mueller, Robert Fisk, Elisabeth Schemla, Ginette Hess-Skandrani, Alexandre Adler

et beaucoup d'autres...



 

 

Solidarité au peuple irakien qui résiste

 

Pour la manifestation de Rome

 

13 décembre 2003


La guerre, que l'empereur autoproclamé G.W. Bush a déclaré terminée le 1er mai, vient en effet de commencer. Les agresseurs anglo-américains croyaient qu´une fois accomplie la défaite de l´armée irakienne, le peuple de l´Irak les aurait salués, agitant la bannière étoilée; ils se trouvent au contraire en train d'affronter une hostilité populaire croissante.
Les envahisseurs ont inondé le pays de promesses mais le gouvernement colonial dirigé par Paul Bremer utilise la police et réprime avec des méthodes autoritaires toute expression de mécontentement. Qui renonce, rejette et critique ses décisions est arrêté et envoyé dans les camps d´internement.
Dans ces conditions la résistance devient chaque jour plus forte et ouvre la possibilité d´une véritable guerre de libération, comparable à la lutte viêtnamienne.
Nous affirmons que la résistance irakienne est légitime, moralement et politiquement. A l'inverse, nous considérons illégitimes l´occupation de l´Irak et celles de la Palestine, et nous les condamnons. L´agression contre l´Irak a été dès le début une violation ouverte du droit international et des principes fondateurs des Nations Unies.
La bataille qui se développe en Irak est d'une grande importance historique. Si les occupants sont jetés hors du pays, si le peuple irakien arrive à se libérer, les ambitions impériales et impérialistes nord-américaines de transformer le monde entier en leur arrière-cour subira un coup fatal. La défaite des occupants anglo-américain serait une victoire pour tous ceux qui luttent pour la démocratie et l´autodétermination, pour la liberté des peuples qui refusent de se soumettre au joug impérialiste.
Bien que la grande majorité des Italiens se soit opposée à l´agression et ait manifesté son désir de paix, le gouvernement de Berlusconi s´est non seulement rangé sous les ordres des Etats Unis, mais a même envoyé des troupes en Irak pour renforcer l'occupation.
Nous soutenons le peuple irakien qui résiste. Nous exigeons le retrait immédiat de tous les soldats italiens non seulement de l´Irak mais aussi de tous les autres pays où ils ont été déployés pour appuyer les intérêts impérialistes. Nous faisons appel à tous ceux qui ont dit non à la guerre pour qu'ils reprennent la lutte et qu'ils manifestent avec nous.

Liberté pour l'Irak et la Palestine !
 
Dehors les envahisseurs de l'Irak!
 
Ramenez les troupes italiennes et toutes les autres !
 
Fermez les bases américaines en Italie et en Europe.


 

Voir aussi plus bas: Sangre e Ipocrisia




Israel must invent dangers, and to do this it must adopt the method of provocation-and-revenge... And above all let us hope for a new war with the Arab countries, so that we may finally get rid of our troubles and acquire our space.

Moshe Dayan, 26 may 1955. (Moshe Sharett's Diary, p. 1021.)


Je suis «prêt à chauffer le sol sous les pieds des «yids» de la diaspora jusqu'à ce qu'ils soient obligés
de se précipiter ici en hurlant. Même s'il me faut pour cela faire sauter quelques synagogues.»

Ariel Sharon à Amos Oz, décembre 1982.


Dans The Washington Post, Richard Coen écrit qu'"un simple examen de Nexis
[la base de données de la presse anglophone] la semaine dernière montre que 800 articles ont associé les mots Irak et Vietnam".


"Some have the impression," he says, "that you are a reasonable people.
But the majority of you are vulgar and without sound ethics or good manners.
You elect the evil from among you, the greatest liars and least decent
and you are enslaved by your richest and most influential among you, especially the Jews,
who lead you using the lie of democracy to support the Israelis and their schemes
and in complete antagonism towards our religion." Oussama Ben Laden, octobre 2003


"From this mountain, Mr. Robert, upon which you are sitting, we beat the Russian army
and helped break the Soviet Union. And I pray to God that
he allows us to turn America into a shadow of itself."

Ben Laden speaking to Robert Fisk, 1997.


New figures from the Immigration and Absorption Ministry stunned the establishment.
Those figures show 760,000 Israeli citizens now live abroad.


We are actually very strong. 1.3 billion [muslim] people cannot be simply wiped out.
The Europeans killed 6 million Jews out of 12 million. But today the Jews rule this world by proxy.
They get others to fight and die for them. Dr. Mahathir, premier ministre de Malaysie, 16 oct. 2003.

<http://www.bernama.com/oicsummit/speechr.php?id=35&cat=BI>






édito



Saigon Baghdad : La grande boucle
par Serge Thion


J'ai vécu dans Saigon sous l'occupation américaine. J'ai vu Baghdad sous l'embargo américain, à l'ombre de Saddam. J'ai traîné à maintes reprises dans les couloirs des ministères à Washington. La comparaison entre la guerre du Viêt-Nam et l'occupation américaine de l'Iraq est inévitable et, à condition qu'elle ne soit pas mécanique, plaquée, elle peut nous indiquer à quoi il faut réfléchir.
C'était en janvier 1963. Les Etats-Unis s'étaient engagés dans la guerre mais ils n'avaient fourni, jusque là, que des armes et des équipements lourds, ainsi que des conseillers auprès des unités de l'armée sud-viêtnamienne. Le régime de Saigon ne vivait que sous la protection américaine. Un régime, comme celui que prévoient maintenant les conseillers de Bush et que l'ont qualifiait généralement, à l'étranger, de "fantoche". On était encore à deux ans du débarquement des troupes américaines, qui venaient "sauver" ce régime fantoche de l'effondrement. Elles venaient lutter contre le "communisme", idole un peu oubliée maintenant, qui précédait le "terrorisme" et "l'islamisme" au panthéon des Ennemis officiels de l'Occident. Et cet Ennemi officiel peut changer. Si l'on n'a pas d'Ennemi officiel, on ne peut pas faire la guerre, comme l'a montré George Orwell dans un roman prémonitoire, «1984». [téléchargeable en anglais à:
<http://aaargh-international.org/fran/livres/1984.pdf> Et le président Bush a déclaré la guerre, le soir du 11 septembre 2001, sans préciser à qui cette guerre était déclarée, ce qui est le signe indubitable qu'elle est déclarée à l'Ennemi officiel. Peu importe qui est cet Ennemi. Personne, au soir du 11 septembre, n'aurait pensé que l'Iraq, régime laïque et anti-islamiste, aurait pu revêtir le masque de l'Ennemi officiel. C'est pourtant ce qui est arrivé, de façon subreptice, sans que personne, ou presque, s'en rende compte. C'est aujourd'hui, après l'invasion et l'occupation, que les actes de résistance légitimes des Irakiens, sont baptisés "terrorisme". La justification de l'existence de l'Ennemi officiel vient donc après coup, comme conséquence et non comme cause. Pour le pouvoir orwellien qui domine notre planète, c'est du pareil au même.
Revenons à janvier 1963. Les Etats-Unis ont formé, équipé et encadré des unités de l'armée régulière locale. Les Américains croient que la supériorité matérielle, la seule dont ils disposent pleinement, équivaut à une supériorité militaire et donc politique. C'est grâce à elle qu'ils dominent leurs alliés, qu'ils monopolisent les ressources naturelles, qu'ils maintiennent le bluff du dollar, et qu'ils s'assurent un train de vie bien supérieur à leurs capacités réelles.
Dans un petit canton du Delta du Mékong, une région plate de rizières, on avait signalé une unité de Viêtcongs, les guérilleros communistes de l'époque; environ 350 hommes, des soldats qui avaient l'expérience de la guérilla, mais pas de la guerre, celle qui se fait entre unités constituées, blindées, qui manoeuvrent, sous couverture aérienne, comme le prévoient les manuels, élaborés pour la bataille décisive dans les plaines de l'Europe centrale. Doctrine américaine, forgée dans la seconde guerre mondiale, contre doctrine soviétique, forgée, elle aussi, dans les steppes et les puszta.
Les militants-soldats viêtcongs sont inquiets. Ils ont vu débarquer ces masses d'équipement, les blindés, les hélicoptères de combat, toutes choses dont les Français, pendant la première guerre d'Indochine, n'étaient dotés que sporadiquement. Déjà du matériel américain, mais d'usage quasi symbolique. Là, en 1963, presque dix ans après le départ des Français, on a affaire à la supériorité matérielle américaine, indubitable, indiscutable, écrasante. Les responsables militaires du maquis sentent qu'ils doivent faire face. S'ils reculent devant cette supériorité, devant cet amoncellement de moyens lourds, le pays deviendra une annexe coloniale des Yankis, une sorte de sous-merde comme la Thailande ou les Philippines, un pays de souteneurs et de putains. Le communisme n'est qu'un horizon assez vague et lointain. Ce qui compte, c'est la nation: "Rien n'est plus important que l'indépendance et la liberté", Ya không co gi... Tous les Viêtnamiens connaissaient par coeur cette phrase martelée par le président Hô Chi Minh. Par conséquent, après avoir beaucoup observé, les stratèges paysans du village de Ap Bac, ont mis au point des méthodes pour faire face, pour frapper les points faibles, ils ont préparé le terrain et ils attendent l'offensive. Elle eut lieu en janvier, saison sèche, favorable au déploiement des blindés M13 dans la rizière. Au bout d'un mois de combat, l'échec américain était patent. Des hélicoptères avaient été abattus, des blindés grillés dans les champs, des unités encadrées par les conseillers américains avaient tourné casaque.
Cette bataille d'Ap Bac avait fait l'objet d'une intense réflexion. Très vite, des comptes rendus avaient été rédigés dans le maquis et circulaient. Des traductions en français et en anglais furent même publiées à Hanoi. Mais aux Etats-Unis, il a fallu attendre vingt ans pour qu'une réflexion stratégique apparaisse dans le public. On la doit à un journaliste brillant, Neil Sheehan qui a écrit A Bright Shining Lie: John Paul Vann and America in Vietnam, traduit en français ensuite.
L'expérience avait parlé: on pouvait faire face à l'armée américaine, lui infliger des pertes et l'empêcher de tout contrôler. Il fallait sans doute prendre le risque de subir des pertes dix ou vingt fois plus fortes que celles qu'on infligerait aux Yankis. Mais celles-ci allaient avoir un poids politique énorme: dix ans de guerre et 38.000 morts américains plus tard, les politiciens et les militaires US allaient prendre la fuite avec la frousse aux fesses. Cette superbe victoire, arrachée au prix de sacrifices inouïs, allait assurer au monde une génération, sinon de paix, du moins de prudence américaine. La leçon d'Ap Bac, devenue la leçon du Viêt-Nam a été: pas d'intervention américaine directe, autre que des coups de mains rapides, genre Panama ou Tripoli. C'est la leçon du Viêt-Nam, marquée de façon encore cuisante sur les culottes de peau amères loques, qui a empêché une invasion de l'Iraq en 1991. Les grands chefs se sont prudemment arrêtés à la frontière. Ils étaient encore péteux de leur déroute au Viêt-Nam. Ils ont installé l'embargo et les zones de bombardement, pour frapper à distance, user le régime sans prendre de risques. Or le régime de Saddam a très bien tenu le coup; il a surmonté sa défaite stratégique et a reconstruit très vite. Il faut dire que l'Iraq possédait un argument imparable: le pétrole.
Aujourd'hui, en observant la scène irakienne, on pense que la phase d'Ap Bac a été franchie. Démobilisés, les militaires qui sont animés par le nationalisme fervent qui travaille les tréfonds de la société irakienne, ont commencé par observer les envahisseurs, leur matériel futuriste, les drones, les ordinateurs, les Apaches, véritables joyaux de la couronne. On se souvient qu'au moment de l'invasion de la Serbie, les Apaches ont été amenés en Macédoine, juste à la frontière, mais que le commandement américain n'a pas osé les engager. Ces bijoux, avec leur équipement idoine, coûtent plus de 20 millions de dollars pièce.
Peu à peu, les résistants ont appris à faire face, comme les Viêtcongs à Ap Bac. Avec des roquettes qui valent 200 dollars sur le marché local, on peut dézinguer les blindés légers et les hélicoptères, si on s'y prend bien. C'est devenu un sport national. De petits groupes se sont formés pour faire des parties de chasse. On bricole des rampes de fusées dans les garages. Même les chars lourds Abraham deviennent des proies accessibles. On mine les routes où passent et repassent les lourdes patrouilles de Yanks. Même au pistolet, on peut se faire un Américain qui se serait hasardé dans la rue. Sans parler des voitures ou des camions piégés. Personne n'a oublié comment les valeureux Marines ont quitté le Liban en catastrophe après avoir été traités au camion piégé. Quand on n'a pas d'Apaches, de Bradleys ou de Humvees, on est amené à bricoler avec les moyens du bord: une charrette tirée par un âne pour amener le lance fusée en position de tir, etc. L'imagination est sans limites. Et les Irakiens aiment ça. La culture du guerrier, du combattant individuel est une donnée de base, dans une population qui est habituellement armée. Au Moyen Orient, rares sont les familles qui ne disposent pas de quelques armes de guerre, qui ont remplacé, dans l'imaginaire local, le sabre damasquiné de leurs ancêtres.
En face, les Américains retrouvent immédiatement les limites qui furent les leurs au Viêt-Nam. Je suis particulièrement frappé de retrouver (voir plus bas) un Américain que j'ai bien connu à Saigon, Gerald Hickey, qui vit une retraite studieuse à Chicago, pour qui j'ai beaucoup d'amitié. Une journaliste de l'ancienne génération l'a rencontré par hasard et il a dit son effarement de voir les troupes américaines répéter les mêmes comportements stupides. Hickey a vécu presque vingt ans au Viêt-Nam, parlant la langue, enquêtant dans les villages, travaillant pour la Rand Corporation, et il a essayé d'expliquer le Viêt-Nam aux tous les Américains haut placés qui venaient en mission visiter le théâtre des opérations. En vain. Les Américains ont perdu la guerre du Viêt-Nam pour des raisons purement intellectuelles, puisqu'ils ont gardé la supériorité dans tous les autres domaines matériels.
Ils n'ont jamais compris où ils étaient, ni ce qu'ils faisaient. Il y a comme une incapacité viscérale à comprendre, à saisir que le monde est différent de leur petit canton. Les Etats-Unis, on l'oublie trop souvent, est un pays sous-développé, où l'instruction publique est d'un niveau très bas, où l'arriération culturelle et religieuse maintient de vastes populations dont un état d'hébétude intellectuelle dont on n'a pas idée à l'extérieur. Il suffit de faire un tour dans une librairie pour voir que l'on a affaire à des demeurés: jardinage, New Age, fantastique, bêtise partout. Il faut fouiller pour trouve un libre. Un tout petit noyau a accès à une culture à peu près constituée, mais ceux qui font cet effort sont généralement méprisés et ghettoisés. Ils sont assimilés à l'Europe et à ses valeurs non-américaines. L'argent et la technique sont les seules valeurs reconnues, et ce sont les bases sur lesquelles viennent s'assimiler les vagues successives d'immigrants, venant maintenant surtout d'Asie et d'Amérique latine. Ceux qui ont immigré, et qui forment le corps central de la population, appartenaient généralement, dans les pays qu'ils quittaient, au bas de l'échelle. La culture dont ils s'évadaient leur était de peu de poids. Le ticket d'entrée dans la société américaine a longtemps été le service militaire.
Du temps du Viêt-Nam, il y avait encore la conscription. Trois à quatre millions d'appelés ont ainsi fait le voyage dans l'enfer du "Nam". Les troupes de combat étaient composées à 50% de Noirs des banlieues, qui vivaient dans le chômage et la précarité. Aujourd'hui, l'armée recrute ses bidasses dans les banlieues peuplées de Latinos, et même carrément au sud du Rio Grande, au Mexique. Les officiers viennent toujours du Sud profond, animé par un fondamentalisme protestant dont on n'a pas idée en Europe. Dans la tradition américaine, il n'y a pas à proprement parler d'armée. Il y a des officiers qui encadrent des milices. Chaque citoyen peut participer, avec ses armes, à telle ou telle entreprise momentanée. C'est comma ça que s'est faite la Conquête de l'Ouest. Or cette Conquête continue, bien au-delà des frontières maritimes des USA. Avec des hauts et des bas, des phases d'expansion ou de stase. C'est pourquoi l'armée US est la seule au monde où les soldats peuvent ouvrir le feu sans avoir à demander l'autorisation aux officiers. Ce n'est pas tant une question de discipline que de statut du soldat, citoyen censé être autonome, qui agit en concertation avec ses semblables, dont font partie les officiers. C'est donc une armée terrifiante, sans discipline de feu, qui court au massacre de civils, au meurtre et à l'incendie. Relisez les exploits des "militaires" US dans la guerre de conquête du Mexique, dans la guerre de conquête des Philippines aux XIXe siècle. Elle détruit tout avant son passage. Toutes ces tares indélébiles sont déjà là: inconscience totale et liberté absolue de massacrer dès lors qu'on se trouve, armé, en "territoire indien": c'est l'expression consacrée, qui avait encore cours au Viêt-Nam.
Les effets politiques sur les populations ne manquent pas de se faire sentir rapidement. Les malheureux Irakiens qui avaient pu se réjouir un instant d'une présence militaire américaine qui les débarrassait, au moins en apparence, du poids de la dictature de Saddam, ont déchanté au cours des semaines, en voyant ces voyous surarmés maltraiter tout le monde, mépriser tout le monde, battre et torturer n'importe qui. Tout le monde ne rejoint pas la résistance, mais tout le monde la comprend. Ce qui est incompréhensible, c'est le comportement des cow-boys de l'US Army, repus de films de massacre et de héros exterminateurs qui gagnent après avoir tué tout le monde. Mais ce n'est que du cinéma, la grande illusion chez des gens dépourvus de culture et de savoir. On chercherait vainement un pays où la culture de base est aussi empreinte de violence, de simplisme et de sadisme. Même les Australiens, descendants des criminels des îles britanniques, sont moins abrutis.
Il est des raisons plus précises pour expliquer ces déboires. Sans doute pour pallier l'absence d'une véritable tradition militaire, -- l'existence d'une grosse armée américaine date de la seconde guerre mondiale -- il s'est développé une bureaucratie énorme. Le Pentagone et ses annexes représentent une gigantesque administration, omnipotente, extrêmement corrompue (Lisez Catch-22 si vous voulez comprendre comment elle s'installe) qui dépense des fortunes colossales en matériels inutiles qu'elle paie quatre fois le prix. Pour un soldat combattant, il y a neuf soldats bureaucrates, perdus dans des montagnes de paperasses, écrites dans des jargons mystérieux: c'est une énorme machine qui tourne à vide et dont la fonction principale, comme Chomsky l'a montré depuis longtemps, est de consommer et de consumer des ressources énormes en propageant l'irrationalité la plus folle dans l'économie et la société américaine. Cette bureaucratie proliférante, désordonnée, fonctionne sans contrôle. Par exemple, depuis quinze ans que la guerre froide est finie, elle continue de produire des armes nucléaires à tire-larigot, dont personne n'a nul besoin. Ni le président, ni les commissions parlementaires n'ont les moyens de contrôler cet incroyable gaspillage qui enrichit les militaires mais surtout les fournisseurs qui ont les moyens d'acheter les parlementaires. La boucle de la corruption généralisée est ainsi bouclée. Le danger de ce "complexe militaro-industriel" avait été déjà dénoncé, à la fin de sa présidence, par le général Eisenhower, bien placé pour en connaître, il y a plus de 40 ans.
Certes, une petite guerre de temps en temps permet de remplacer le matériel et de faire tourner la machine. L'Iraq permet de tester le matériel et d'ailleurs les résultats sont là: le matériel n'est pas bon, pas adapté. La poussière portée par les vents de sable a vite raison des moteurs des blindés. Il a fallu retirer d'urgence les Apaches des opérations offensives parce que s'ils sont adaptés à une guerre avec les blindés, ils ne résistent pas à de minables mitrailleuses. L'état-major se dépêche de "repenser la doctrine d'emploi" des hélicoptères et reporte ses espoirs sur les drones, fabriqués principalement par les Israéliens et les Français... Une illusion en remplace une autre. (Voir la série sur "Le bourbier irakien" parue dans Le Monde à la mi-novembre 2003, donnant, sept mois après l'invasion, un point de vue que nous avions présenté dès avant la guerre ! )
On a vu avec intérêt des cellules d'évaluation, du Center for Army Lessons Learned, produire un rapport d'évaluation des offensives en Afghanistan et en Iraq. Voici ce qu'en dit le chroniqueur militaire du Monde (16-17 novembre 2003):

Au centre du diagnostic porté par le CALL, le fait que les outils d'analyse à la disposition du renseignement sont mal adaptés pour pouvoir transmettre rapidement -- quelquefois en moins d'une heure -- les informations recueillies et vérifiées aux différents niveaux du commandement et aux petites unités de la coalition qui traquent les terroristes sur le territoire irakien.

Le rapport insiste sur le fait que les unités de l'armée sont dotées de logiciels différents, aux origines les plus variées, et souvent incompatibles entre eux, ce qui fait de la communicatioin entre échelons et unités un véritable casse-tête pour informaticiens.

C'est, paraît-il, un problème majeur que de réussir à attribuer le renseignement obtenu à celui qui en a véritablement le plus besoin. C'en est un autre, face aux nouvelles tactiques de guérilla, de pressentir à temps le moindre changement semblant se dessiner au sein de petits groupes hostiles dont les activités ne se limitent pas à la capitale irakienne. Troisième problème : arriver à mixer différentes sources d'information pour offrir aux décideurs et aux exécutants opérationnels un tableau de la situation cohérent et à jour.
Quatre équipes d'experts de l'armée de terre américaine viennent de rentrer d'Irak et d'Afghanistan. Entre autres jugements, elles estiment que les analystes du renseignement ne sont pas déployés assez rapidement au plus près des troupes engagées; qu'ils sont sous-entraînés; qu'ils éprouvent des difficultés à communiquer entre eux du fait des différences entre leurs outils respectifs de recueil et d'exploitation du renseignement; et, enfin, que les destinataires de leur production ignorent souvent tout ce qu'ils sont en droit d'attendre de leurs services.
Les informations réunies par les satellites ou par les drones (petits avions-espions) ne suffisent plus. Il faut réhabiliter - sans pour autant submerger l'analyste en bout du processus, ni le distraire de sa mission - le renseignement de source humaine (dit Humint).

Le "Y'a qu'à" prévaut à tous les échelons. Les Américains ne savent pas où ils sont, historiquement, sociologiquement parlant. Pour eux, tous les indigènes sont des "noirs" qui méritent à peine la rafale qui va les faire taire. Mais ils ne savent pas non plus où ils sont "opérationnellement". L'accumulation des images fournies par les radars, drones, avions et "système d'acquisition" ne leur permettent pas de comprendre ce qu'ils voient. Qui est qui ? Ils n'ont presque pas d'éléments bilingues, ils manquent d'interprètes fiables car il faudrait recruter sur place des éléments douteux. Même à Guantanamo, on voit que les recrutements laissent passer beaucoup de choses. Là encore, c'est l'ignorance, l'inculture qui prévaut. L'Amérique ne peut pas former les personnels dont elle aurait besoin, non pas pour gérer le monde entier, mais pour analyser les masses de renseignements qu'elle collecte chaque jour en plusieurs dizaines de langues. L'armée avait formé, à prix d'or, des centaines de spécialistes qui parlaient couramment le viêtnamien, mais l'étendue du problème le rend aujourd'hui insoluble. Voir Spengler, "Why America is losing the intelligence war", Asia Times du 11 novembre 2003:
<http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/EK11Ak01.html>

Les mêmes causes produisent et produiront les mêmes effets. Les Américains sont en Iraq comme ils étaient au Viêt-Nam: sur la lune. Il y a trente ans, ils faisaient venir leur eau potable en avion des Philippines. A Baghdad, ils envoient leur linge à laver en avion au Koweït. On peut dire qu'ils sont foutus d'avance. Avant la guerre, nous avions suggéré que l'entrée des Américains en Iraq serait une très bonne chose, qu'ils se retrouveraient vite dans le bourbier et qu'ils y seraient battus. On peut dire que la situation évolue encore plus vite que toutes les prédictions: c'est à Washington même qu'on commence à sentir le vent de la défaite. On change de stratégie en toute hâte. On fait le contraire mardi de ce qu'on avait décidé lundi. On improvise fiévreusement. Les élections approchent. Les néo-cons, dépassés par les problèmes dont ils n'avaient évidemment pas vu les complexités, commencent à se demander si Bush ne va pas les débarquer pour essayer de se faire réélire. En réalité, toute cette agitation, ces "renforcements des moyens de lutte antiguerilla", ces appels désespérés et désespérants à la lutte contre un fantomatique "terrorisme", ne sont que coups d'épée dans l'eau. La seule solution aux problèmes posés par la situation de l'Iraq est le retrait complet des forces américaines, maintenant ou plus tard. Plus les Yankis traînent, plus ils le paieront cher. Les événements s'accélèrent. Dans le journal The Independent Charles Glass note, le 13 novembre qu'il a fallu deux ans, en 1963 et 1964, pour que les pertes américaines au combat atteignent le chiffre de 324. En Iraq, ce chiffre a été atteint en six mois.
L'équipe Bush espère se tirer d'affaire en donnant une indépendance-bidon à une équipe irakienne qui reste à inventer, d'ici juin prochain. Il faut trouver un "Karzai" irakien, lit-on dans la presse américaine. Karzai est le fantoche de Kaboul, dont l'influence ne s'étend même pas à toute la ville, et encore moins au delà. Un "Karzai" irakien ne fera pas long feu.
Le dernier retranchement des idiots de Washington est de dire que le retrait des forces américaines est impossible car il serait le signal d'une guerre civile. Il est possible et même probable que l'intervention intempestive des Amères Loques aient déstabilisé le système politique irakien, qui reposait sur une dictature sanglante mais nationale, sociale, rationnelle et non-confessionnelle, finalement assez ouverte. Les Anglo-Saxons, comme toujours, vont jouer la carte confessionnelle ou minoritaire pour créer l'apparence d'une démocratie; apparence, car une démocratie devrait prendre en compte les individus et non les groupes. C'est la plus sûre recette pour que ces groupes, qui ont des existences sociales bien repérées, s'affrontent les uns les autres. En Iraq, les loyautés premières sont souvent "tribales", les tribus étant des sortes de grosses grappes de réseaux familiaux. On peut rencontrer à Baghdad ou en province tel "chef de tribu" qui est à la tête d'un groupe qui peut rassembler un million de personnes, ou plus, avec sentiment d'appartenance et de loyauté, un keffieh portant des signes distinctifs, un territoire plus ou moins précisé, une sorte d'armée privée du groupe avec armes de guerre, une gestion fine et diplomatique des questions d'honneur qui peuvent dégénérer en vendettas militaires. Ces groupes ont une existence économique certaine et fonctionnent, à certains égards, comme de vastes entreprises privées.
Tout pouvoir central doit à la fois s'appuyer sur ces groupes et les neutraliser sans créer de conflits, car l'Etat central n'a tout simplement pas les moyens de les régler s'ils surgissent. Même Saddam Hussein marchait sur des oeufs, dans ce domaine. Les Américains vont être tentés de jouer à ce jeu et vont se faire manipuler comme des bleus par des vieux notables plus rusés que le renard du désert. Mais c'est aussi la voie du conflit. En outre, pour compliquer une équation difficile à saisir pour les âmes simples qui arrivent du Potomac, les multiples fractions de la majorité shi'ite sont au moins d'accord pour réclamer un rôle prépondérant dans le futur Etat irakien.
L'argument de l'impossibilité du retrait ne résiste pas un instant. Il est évident que les Américains ne seront pas plus en mesure de bâtir, ou de rebâtir un système politique en Irak, que de maîtriser la situation militaire. Il n'y a qu'à jeter un coup d'oeil sur la situation de l'Afghanistan pour voir que les Américains, et les idiots d'Européens qui font le chienchien derrière, ne peuvent que bâtir sur du sable. Les talibans savent très bien comment faire pour donner un coup de pied dans ces illusions.
Il reste qu'au départ inéluctable des Amères Loque, s'il tarde un peu, il se sera constitué une nouvelle force politique, la résistance irakienne, qui est probablement aujourd'hui fragmentée et hétérogène, mais qui va, avec le temps, s'unifier et se préciser. Elle pourra peut-être, ancrée dans la revendication d'indépendance, assurer l'unité du pays et la cohérence de ses populations. Elle est en tout cas une alternative beaucoup plus naturelle que la présence incongrue des pauvres militaires américains, apeurés, impuissants, aveugles, sanguinaires et passablement stupides.

24 novembre 2003.

Annexe de l'édito:



Vietnam and Iraq have more similarities than differences
Georgie Anne Geyer

Chicago -- To my immense surprise, I recently ran into the American scholar who, for many correspondents in Vietnam, offered the most fair-minded analysis of the war. Suddenly, there was Gerald "Gerry" Hickey at the Chicago Public Library, a little grayer after 35 years, but still much the same, with a big smile on his face and a welcome "Hello!" I remembered well how Gerry, then the Rand Corp.'s top man in Vietnam, had meticulously explained for us the cultures and behavior of highland tribes such as the Montagnards, but also the Viet Cong and the "pro-American" Saigon government.
"And now we're doing the same thing all over again," he said as we talked about Iraq. "First, we suffer from the same invincible ignorance about Iraq that we suffered over Vietnamese culture. Second, in Vietnam we set the military impact with no concern about our effect on South Vietnamese culture. By the time we left in 1975, they were just exhausted. They were just tired out -- and so was I.
"It is so sad now that I can see the same mistakes being made in Iraq. The GIs busting down the doors, breaking into homes, doing everything wrong. But, you know something," he went on, sadness outlining his voice, "I'm shocked at much of what we are seeing in Iraq: The Americans are much crueler than they were in Vietnam. Remember, when American correspondents found American troops burning down houses -- that was remarkable then; today it's the norm."
Gerry and I talked a long time that day, mulling over our common experiences, wondering primarily why the United States can't ever pause to analyze a country correctly, and above all comparing the two conflicts. Despite the myriad voices in the press insisting, "Iraq is not a Vietnam!" the indisputable fact is that, if you consider the passions and principles applied there, it really IS another Vietnam. Among the causes for the war are obscurantist theories about foreign threats that have little basis in reality; civilians at the top who play with the soldiers they have never been; and the underlying lies that give credence to special interests (the Bay of Tonkin pretense in Vietnam, the supposed weapons of mass destruction in Iraq).
In Vietnam, we were following the bizarre notion of the "domino theory," the idea that a communist Vietnam would mean that all of Southeast Asia would fall to communism. The Johnson administration refused to realize that it was a colonial war, and that in colonial wars, people fight forever. With Iraq, the second Bush administration accepted the idea, perfervidly pushed by civilian neoconservatives, that Iraq was the center of terrorism, the cause of 9/11 and an immediate threat, ignoring the Greek chorus of voices warning against such intellectual, military and moral folly.
Curiosly, in both cases it was civilian ideological fanatics in the Pentagon, enamored of American technology and with no knowledge of history or culture, and not the U.S. military, who pressed for the wars. (It was Robert McNamara and his "whiz kids" then; now it's Paul Wolfowitz, Douglas Feith, Richard Perle and others.)
Perhaps the old American maxim of civilian control of the military might be changed, with what we are seeing, to military control of the civilians. [...]
America needs to look seriously at these two wars and analyze why it repeatedly gets involved in painful and costly faraway conflicts. Why, when we could with little effort be a great example for mankind [Note de l'AAARGH: ???], do we allow the driven and arrogant technocrats of the Vietnam era and the cynical and extremist Jacobins today to carry us to war after useless war?

Gee Gee Geyer a interviewé Saddam Hussein en 1973.
Uexpress.com, 4 novembre 2003.
<http://www.uexpress.com/georgieannegeyer/?uc_full_date=20031104>






SPÉCIALE : RÊVES DE SHAMIRIE

 

LA DÉLATION


22 octobre 2003 / 08 h 36

Les éditions Balland/Blanche coéditent L'autre Visage d'Israël, un livre antisémite et révisionniste d'Israël Shamir,

qui fait l'apologie de la haine raciale

Par Johan Weisz, journaliste-policier à <proche-orient.info>

Denis Bourgeois, le directeur des éditions Balland, contacté par proche-orient.info, dit n'avoir pas lu le livre avant de le co-éditer. Aujourd'hui, averti par nos soins de son contenu réel, il s'apprêterait, c'est du moins ce qu'il a dit à Johan Weisz, à «prendre une décision lourde». Affaire à suivre...


(p. 242). "Il semble que les Juifs (en tant que groupe distinct des non-juifs) soient unis par une volonté commune, un objectif unique et un sentiment de puissance. L'intoxication par le pouvoir et l'unité a amené ces gens cauteleux à laisser tomber le masque, à renoncer aux faux-semblants" (p.245). "les Protocoles [des Sages de Sion, ndlr] n'avaient aucun lien avec la réalité, ils n'auraient pas la popularité qui est la leur. Les Juifs sont suffisamment puissants pour rêver de domination, et certains le font. (p. 280).

Ces nauséeux extraits font partie de L'Autre Visage d'Israël, pavé de 400 pages en vente en France depuis le 9 octobre et co-édité par les Editions Balland que dirige Denis Bourgeois, et par les éditions «Blanche» dirigées par Franck Sprengler. Pourtant l'ouvrage tombe clairement sous le coup de la loi sur la presse, et s'il trône encore dans les rayons des librairies, c'est que les associations anti-racistes n'ont toujours pas été alertées.
L'auteur ? Un certain Israël Shamir, qui se présente comme un «juif israélien, originaire de Novossibirsk, en Sibérie». Il affirme avoir été le collaborateur de nombreux médias internationaux, mais on retiendra surtout de lui son admiration pour le Premier ministre malais Mahatir («un des plus grands politiciens au monde») et sa fréquentation des personnages de l'ultra-gauche ou de l'ultra-droite, tels Gilles Munier, biographe de Saddam Hussein, Ginette Skandrani, de l'association et rédactrice du journal "La Pierre et l'Olivier" et rédactrice du journal «L'Audace» qui rassemble la mouvance négationniste tunisienne journal auquel a également collaboré Tawfik Mathlouti, promoteur du «Mecca Cola» et autre ami d'Israël Shamir.
L'Autre Visage d'Israël signale, par ailleurs, que Maria Poumier a participé à la traduction du livre, originellement écrit en anglais. Or cette dernière n'est autre que la secrétaire de rédaction de la revue A Contre nuit, dont l'adresse personnelle est celle de Roger Garaudy.
L'Autre visage d'Israël est un recueil d'articles écrits par l'auteur. Depuis plusieurs années, Israël Shamir inonde le web de ses écrits que l'on retrouve pêle-mêle sur des sites pro-palestiniens, chrétiens, islamistes, négationnistes ou d'extrême droite. En général, ils évoquent le conflit au Proche-Orient, puis dérivent rapidement vers l'antisémitisme. Ainsi, Shamir mentionne abondamment l'intellectuel palestinien Edward Saïd avec lequel il partage la vision d'une Palestine «du Jourdain à la mer», sans partager cependant la détermination de Saïd contre le négationnisme et l'antisémitisme. [Saïd est un bon Arabe, et d'autant meilleur qu'il est mort. ]
Le discours judéophobe de L'Autre visage d'Israël fait la synthèse entre un antisémitisme d'origine chrétienne et un antisémitisme d'obédience anticapitaliste. Ainsi l'«usure» et le prêt à intérêt sont-ils régulièrement stigmatisés, considérés comme une pratique imposée par «la loi juive», mais interdite par « le Dar al-Islam et la chrétienté » entre lesquels Israël Shamir prône l'alliance. Les juifs, et a fortiori les juifs ashkénazes, sont identifiés par Shamir au néo-libéralisme, acteurs d'un complot à l'échelle mondiale auquel sont associés les Israéliens qui ont pris part aux attentats du 11 septembre 2001. Dans l'article intitulé «Les Sages de Sion et les Maîtres du Discours» (pp. 270-285), Israël Shamir propose un dépassement de l'écrit apocryphe des «Protocoles des Sages de Sion», et reconnaît leur utilité pour comprendre «le plan du Nouvel Ordre Mondial». A la manière des «Protocoles», Israël Shamir place dans la bouche de juifs des propos dans lesquels ils avouent leurs ignominies et leur volonté de dominer le monde; pour ce faire, l'auteur tronque à loisir les citations de personnalités présentées comme «juives» ou «pro-juives», en affichant péremptoirement en note la référence des pseudo-citations.
On doit d'autant s'étonner de cette publication de surcroît par une grande maison d'édition française qu'à plusieurs reprises le nom d'Israël Shamir a été mêlé à de fâcheuses controverses. En avril dernier, Libération et Le Monde révélaient qu'un bulletin d'information pro-palestinien avait diffusé un de ses textes sur le thème du complot de la juiverie. Un des responsables de ce bulletin était Marcel Charbonnier, le même qui, précisément, a traduit L'Autre Visage d'Israël. A l'époque, Marcel Charbonnier n'avait pas voulu admettre que l'«Association France Palestine Solidarité» ait pu explicitement condamner «le contenu antisémite» du texte, et avait démissionné de l'association pro-palestinienne. On avait également pu lire Israël Shamir dans le Manifeste judéo-nazi d'Ariel Sharon, une pseudo-interview du Premier ministre israélien, édité par le négationniste tunisien Mondher Sfar, avec le soutien du Parti des Musulmans de France de Mohamed Latrèche et de «la Pierre et l'olivier» de Ginette Skandrani. En annexe du Manifeste judéo-nazi figurait un article de Shamir, intitulé «L'épreuve était décisive», que l'on retrouve aujourd'hui dans l'ouvrage publié par Balland. [Voir, pour plus de précisions, la nouvelle édition du Manifeste «judéo-nazi» aux bons soins de l'aaargh:
<http://aaargh-international.org/fran/livres3/manifeste.pdf> ]
Alors comment les éditions Balland, dirigées par Denis Bourgeois, précédemment PDG de Calmann-Lévy et directeur général de Grasset, ont-elles pu publier ces écrits sans sourciller ? En fait, c'est le directeur des éditions Blanche, Franck Sprengler, qui a dirigé la publication de L'Autre Visage d'Israël, après avoir éprouvé «un coup de coeur» pour le livre, affirme-t-on chez Blanche. Cette maison d'édition se consacre essentiellement à la littérature érotique, d'où son partenariat avec Balland pour assurer la distribution du livre. Contacté par «Proche-Orient.info», Denis Bourgeois a confessé n'avoir pas lu l'ouvrage dans sa totalité. «J'ai pris un verre avec Israël Shamir, qui m'est apparu comme quelqu'un de très bien», nous a-t-il expliqué. Ensuite Denis Bourgeois a affirmé «tomber des nues» lorsque Proche-Orient.info lui a signalé certains extraits de l'ouvrage qu'il a tout de même co-édité. Mardi soir, 21 octobre, Denis Bourgeois reconnaissait la présence de passages «inacceptables» dans L'Autre Visage d'Israël. Il affirmait s'apprêter à prendre «une décision lourde» dans la journée de mercredi.
Selon Me Franck Benhamou, avocat au barreau de Paris, les éditeurs et l'auteur de L'Autre Visage d'Israël risquent gros: ils s'exposent à une amende supérieure à 45.000 Euros. En effet, plusieurs extraits clairement antisémites de la publication tombent sous le coup des articles 24 et 32 de la loi du 29 juillet 1881 relative à la liberté de la presse qui répriment les délits de diffamation raciale et de provocation à la haine raciale. D'autres extraits tombent sous le coup de la loi dite Gayssot (article 24 bis de la loi sur la liberté de la presse), qui sanctionne ceux qui contestent par voie de presse, en l'occurrence l'édition, l'existence de crimes contre l'humanité. Dans cette affaire, le traducteur, Marcel Charbonnier, pourrait lui aussi être inquiété en tant que complice.
D'après la procédure en matière de publication, les associations anti-racistes peuvent faire citer à comparaître, sous 20 jours, les maisons d'édition et demander le retrait de l'ouvrage incriminé. A noter que le Parquet peut, de lui-même, enclencher la procédure.
Me Benhamou rappelle que le montant élevé des amendes encourues peut amener les éditeurs à retirer, de leur propre initiative, l'ouvrage de la vente; ce vers quoi Denis Bourgeois, le patron de Balland, pourrait rapidement s'acheminer.

EXTRAITS THEMATIQUES DE L'AUTRE VISAGE D'ISRAËL

Les diatribes antijuives, version "ils dominent le monde et aiment l'argent"


P. 53 : « la presse américaine, dominée par les Juifs »
P. 242 : « La Juiverie (on est prié de ne pas confondre ce terme avec les millions de descendants de Juifs médiévaux) a retrouvé sa place dans la politique mondiale, et a pris le contrôle spirituel de la seule superpuissance au monde, les États-Unis. »
P. 245 : « il semble que les Juifs (en tant que groupe distinct des non-juifs) soient unis par une volonté commune, un objectif unique et un sentiment de puissance. L'intoxication par le pouvoir et l'unité a amené ces gens cauteleux à laisser tomber le masque, à renoncer aux faux-semblants. La nouvelle ouverture nous fournit un aperçu sans précédent de l'âme des Juifs et de leurs supporters mammonites. »
P. 250 : « Aussi, après bien des années de sélection continue, les forces pro-juives ont atteint les positions de la toute puissance aux États-Unis. Par ailleurs, l'Amérique était presque vouée à devenir un État néo-juif en vertu de son idéologie. »
P. 252 : « L'autre groupe d'alliés [parmi les philosémites, ndlr] est constitué par les hommes d'affaires purs et durs qui apprécient le côté pratique de l'idéologie juive. Ils aiment l'idée du Mob, la chasse à l'argent, l'indifférence à la morale et aux conséquences sociales que cela peut avoir, l'indifférence à la propriété et à la vie d'autrui. Les gens qui voient tous les autres comme des ennemis, et la vie comme une bataille perpétuelle, remarquent que dans l'idéologie juive, aucun étranger n'est considéré comme un "voisin". Voilà pourquoi les dirigeants qui étaient les plus cruels, les princes et les rois, étaient ceux qui prenaient des juifs comme conseillers et ministres. »
« Les Juifs ne sont ni un peuple, ni une religion, ni une race. Il s'agit d'une organisation quasi-religieuse ; quelque chose qui ressemble à une Église catholique qui serait intimement liée au Fonds Monétaire International, de même que le courrier électronique est associé au téléchargement de fichier sous Windows. On peut rencontrer toutes sortes de catholiques, mais les décisions sont prises à Rome. On peut rencontrer toutes sortes de juifs, mais les décisions sont prises à Wall Street. »
P. 254 : « Jésus sauve, mais Moïse investit. L'influence juive ne s'arrête pas là où le dollar s'arrête. Les idéaux des Américains sont façonnés par Hollywood, avec son culte du lucre et du succès. Leurs réflexions sont alimentées par les éminences juives dans les universités et les médias. Pour leur confort, ils "boivent" le New York Times* comme du petit lait. Leur histoire a rétréci et s'est réduite aux études sur l'Holocauste. (...) Il importe peu aux Américains que leur politique soit aux mains de gens qui n'ont de dévotion que pour la cause des Juifs. » * voir p. 70 où le New York Times est qualifié de « journal juif américain ».
P. 254-255 : [En tant que juif,] « Je me sens très bien avec moi-même, et avec la plupart des juifs que je rencontre. Séparément, nous sommes sympathiques et chaleureux. Enfin, aussi sympathiques que n'importe qui. Mais ensemble, nous constituons une machinerie sociale redoutable et repoussante, liée par un pacte infernal à la rapacité et à la cupidité. J'aime les "Juifs" tout autant que le grand américain David Thoreau aimait l'Empire américain, que Voltaire aimait son Église catholique, qu'Orwell aimait son Parti stalinien. »
P. 256 : « L'emprise judéo-mammonite a éliminé les forces vives de l'Amérique et les a guidées vers le dépérissement. »
P. 257-258 : « L'influence grandissante des Juifs s'est accompagnée de la divergence : les riches sont devenus plus riches, les pauvres plus pauvres, et les classes moyennes ont perdu. C'était prévisible, car traditionnellement la prospérité de la communauté juive augmente en proportion inverse de l'intérêt des gens ordinaires. La Bible nous fournit un schéma archétypique, avec l'histoire de Joseph et ses frères qui prospéraient en mettant en esclavage les Egyptiens pour le compte du Pharaon. (...) Ce n'est pas par hasard si les quartiers juifs étaient tout près des palais royaux partout en Europe. »
P. 258 : « Les États-Unis sont devenus un État juif sous plusieurs angles. »
P. 260 : « L'introduction de la fureur, de la haine et de l'esprit de vengeance dans l'argumentation de l'adversaire est une arme idéologique puissante dans la tradition juive. »
P. 264 : « L'idée judéo-américaine émasculera le monde si on ne la retient pas. »
« Les Allemands hier, comme les Américains aujourd'hui, avaient peur de se référer au Christ pour ne pas être ridiculisés ou réprimandés par les Juifs. »
P. 265-266 : « Selon les Juifs, il y a deux sortes de réussite. D'une part le succès à l'intérieur de la communauté (...). D'autre part, le succès dans le vaste monde des Juifs et des Gentils. Celui-ci se mesure à l'accumulation de l'argent et du pouvoir. (...) Il y avait bien des Gentils qui partageaient leur point de vue, mais qu'il s'agisse de Richard III ou d'Harpagon, ils étaient plutôt considérés comme des monstres que comme des modèles de réussite. »
P. 268 : « Dans le domaine de la pensée, la tendance brahmane des Juifs devrait être rendue visible et contestée. Le Brahmane n'est pas un ennemi, mais sa tendance traditionnelle à la domination devrait être combattue par une meilleure visibilité et il devrait avoir à en rendre compte.»

Les juifs et le grand capital

P.176 : « Ce groupe international d'empires médiatiques juifs, de Washington à Moscou, n'est pas assujetti aux intérêts d'Israël. Mais soutenir Israël fait partie de son programme. En priorité, dans ce programme, il y a la globalisation et le néolibéralisme ; ce qu'il appelle "la liberté du marché". Sur le plan politique, il a tendance à se méfier de la démocratie et de ses libertés individuelles, tout en exigeant de façon continuelle la liberté pour les entreprises. »

Sur les "Protocoles des Sages de Sion"

P. 271 : « Il faudrait considérer les Protocoles comme un "pamphlet politique". »
P.275 : « La concentration du capital dans les mains des financiers, la concentration des médias dans les mains de quelques magnats, l'assassinat extrajudiciaire des leaders qui ne se soumettent pas, les marchés financiers, avec leurs multiples produits dérivés qui ponctionnent la richesse et l'accumulent entre les mains des prêtres de Mammon ; le profit ("les forces du marché"), seule mesure de succès de toute stratégie... Non l'intérêt des Protocoles n'a pas disparu, car le plan qui y est décrit, consistant à instaurer un régime oligarchique (non nécessairement juif), est en train d'être mis en vigueur, en temps réel ; cela s'appelle le nouvel ordre mondial. »
P. 279 : « Apparemment, certaines idées des Protocoles ne seraient pas étrangères à certains Juifs. »
P. 280 : « En fait, si les Protocoles n'avaient aucun lien avec la réalité, ils n'auraient pas la popularité qui est la leur. Les Juifs sont suffisamment puissants pour rêver de domination, et certains le font. Apparemment, certaines idées juives ont trouvé place dans ce texte. »
P. 284 - « En résumé, une grande partie (pas la totalité, toutefois) des projets prêtés au Juifs par les Protocoles sont en effet les idées utiles ou nécessaires pour le bien-être communautaire des Juifs (...). Il ne faut pas aller chercher plus loin le succès jamais démenti des Protocoles. »

Les diatribes antijuives, version chrétienne

P. 56 : « ceux qui ont rejeté le Christ ont été condamnés à errer jusqu'à ce qu'ils comprennent leur erreur. »
P. 247 : « la lecture juive des dix commandements : "Tu ne tueras point de Juif", alors que l'interprétation chrétienne dit : "Tu ne tueras point". »
P.119 - « la soif de vengeance des Juifs fut plus forte que leur avarice ».
P. 232 : « Le refus de la vengeance est l'essence même des Evangiles. C'est là la différence majeure entre l'Eglise et la Synagogue, ces deux soeurs nées il y a deux millénaires (...). Alors que les Chrétiens sont appelés à prier pour leurs ennemis, les juifs sont censés entretenir des rêves de vengeance. »
P.236 : « "Vengeur" est un terme négatif dans la culture chrétienne comme dans la culture musulmane. La culture juive, au contraire, est saturée de l'idée de vengeance, car elle dérive de l'Ancien Testament, sans le filtre rédempteur du Nouveau Testament ou du Coran. »
P.237- « La passion juive pour la vengeance a bien supporté la périlleuse traversée de l'Atlantique. Des juifs américains donnèrent naissance à Hollywood et Hollywood a fait de la vengeance son thème privilégié. (...) A partir d'Hollywood, l'esprit de vengeance s'est répandu sur toute la terre et a certainement contribué à façonner le monde dans lequel nous vivons. En d'autres termes, il n'y avait pas besoin de complot juif. »
P.113 : « Les Juifs du Moyen Age (...) essayent de prouver qu'il fallait tuer Jésus et ils se vantaient de l'avoir fait. »
P. 114 : « On a brûlé l'Évangile sur un bûcher en Israël »

La judéophobie, version "manifeste judéo-nazi" et conflit au Proche-Orient

P.325-6 - « La guerre pour la Palestine est devenue une guerre globale, la Troisième Guerre mondiale, et dans cette guerre, la communauté juive organisée est du côté des méchants. Elle emploie maintenant la malfaisante arme de haine raciale, essayant de soulever les Européens contre les noirs et les Musulmans partout, de l'Alabama à la Tchétchénie, de Copenhague à Kaboul. Il faut s'opposer à cela et vaincre, sinon elle empoisonnera les puits spirituels. Nous ne devrions pas permettre à notre adversaire de renforcer le Noir contre le Blanc ou le chrétien contre le musulman. Au lieu de discuter de l'antisémitisme de Duke, nous devrions discuter de l'anti-gentilisme, de la haine du goy, si évidente dans les médias possédés par les Juifs. »
P.134 : « Les États-Unis soutiennent à fond la machine de guerre judéo-nazie. » « Les plans des judéos-nazis sont sur la table. Les médias qu'ils contrôlent étouffent les reportages et les commentaires sur l'holocauste palestinien. Les forces armées US les assurent de leur totale protection. Rien n'empêchera leur poignard de s'abattre. »
P. 135 « l'Etat juif doit être dénazifié, aussi complètement que l'Allemagne l'a été en 1945. »

La Judéophobie, version négationniste

P.99 : « l'historien britannique David Irving » [Irving est un négationniste notoire]
« Elie Wiesel, le prophète de l'Holocaustisme » P. 259
« Elie Wiesel le pleurnicheur holocaustien "par ici la monnaie" » P.41
« Elie Wiesel, Juif américain, militant de l'Holocauste » P. 142


Les israéliens et le 11 septembre

P.329-330 : « les preuves s'accumulent d'une connivence israélienne. Des messages d'alerte sur le réseau israélien OGIDO ont été envoyés aux Israéliens de Manhattan, en temps réel, lorsque les avions ont décollé de leurs aéroports. Dans chacun de ces aéroports utilisés par les pirates de l'air, la compagnie israélienne ICTS assurait la sécurité. Des compagnies financières juives ont vendu, à perte, leurs actions dans les assurances, comme si elles avaient connaissance du drame qui allait se jouer. (...) Il n'y a pas de terrorisme islamique, mais il y a une terreur israélo-américaine contre le Dar al Islam. » ...

<http://www.proche-orient.info/xjournal_racism_analyse.php3?id_article=17455>



DÉBALLONNAGE


Lettre de Balland aux éditeurs et à l'auteur du livre.
24 octobre

J'ai le regret de vous faire savoir que j'ai pris la décision d'interrompre la commercialisation de l'ouvrage d'Israel Sahmir intitulé "Un autre visage d'Israël" dont vous avez assuré l'établissement, en langue française, de la traduction.
Cette décision s'est révélée nécessaire compte tenu de propos les uns en soi, les autres par leur accumulation mais, quoiqu'il en soit, dont je suis horrifié qui tombent sous le coup de la loi.

Denis Bourgeois, président directeur général (qui semble avoir de très grosses difficultés avec la langue françoise...
On comprend que la lecture aussi doit lui poser des problèmes.)



LE SUCCÈS DE LA DÉLATION


23 octobre 2003 / 18 h 35 - DOSSIER


Après l'article de Johan Weisz [voir ci-dessus], Balland décide de suspendre la vente du livre d'Israël Shamir


C'est Denis Bourgeois, le patron de Balland dont il convient de saluer la célérité et la fermeté intellectuelle qui, sans hésiter, a pris cette décision. Le co-éditeur de «L'Autre Visage d'Israël», Franck Spengler des Éditions Blanche, a voulu l'en dissuader. En témoigne la lettre édifiante qu'il lui a adressée et dont il a fait parvenir copie à Johan Weisz. De son côté, l'AFP a jugé l'affaire suffisamment sérieuse et grave pour publier une longue dépêche. Voici toutes les pièces du dossier.(<Proche-Orient.info>)


1·. La dépêche AFP


Un journal en ligne critique la parution en France d'un essai antisémite


PARIS, 23 oct (AFP) - Le journal en ligne thématique sur le Proche-Orient, Proche-Orient.info, "s'étonne" jeudi que le livre "L'autre visage d'Israël", comportant des passages antisémites à l'origine de l'arrêt de sa commercialisation par son éditeur, ait pu être publié "par une grande maison d'édition française".
Cet ouvrage, signé Israël Shamir, a été publié début octobre par les éditions Balland, en co-édition avec les éditions Blanche, plutôt spécialisées dans la littérature érotique.
"Des passages de la traduction française de ce livre, lu trop hâtivement, présentent un caractère antisémite. Aussi, Balland a-t-elle décidé d'interrompre immédiatement la commercialisation de l'ouvrage", a annoncé mercredi le patron de cette maison, Denis Bourgeois, qui fut notamment Pdg de Calmann-Lévy.
Selon l'éditeur, l'auteur de ce livre, traduit de l'anglais, "citoyen israélien d'origine russe, s'en prend à la politique actuelle du gouvernement Sharon et prône la création pacifique d'un état israélo-palestinien".
"C'est nous qui avons sorti l'affaire et Denis Bourgeois n'a pris sa décision que par rapport à ce que nous lui avons appris nous-mêmes", a assuré jeudi à l'AFP un responsable du journal sur le web. Ce qu'a confirmé à l'AFP M. Bourgeois, en précisant qu'il "fait rentrer" en ce moment les exemplaires de l'ouvrage encore en librairies.
"M. Bourgeois a affirmé lorsque nous lui avons signalé certains extraits de l'ouvrage" qu'il n'avait "pas lu dans sa totalité", selon Proche-Orient.info.
Selon Proche-Orient.info, "en avril dernier, « Libération » et « Le Monde » révélaient qu'un bulletin d'information pro-palestinien avait diffusé un texte d'Israël Shamir sur le thème du complot de la juiverie. Un des responsables de ce bulletin était Marcel Charbonnier, le même qui, précisément, a traduit « L'autre visage d'Israël ». A l'époque, ce dernier n'avait pas voulu admettre que l'"Association France Palestine Solidarité " ait pu explicitement condamner du texte, et avait démissionné de l'association pro-palestinienne". "L'autre visage d'Israël " signale par ailleurs que Maria Poumier a participé à la traduction du livre. Or, cette dernière n'est autre que la secrétaire de rédaction de la revue dont l'adresse personnelle est celle de Roger Garaudy", ajoute le média en ligne.
L'écrivain Roger Garaudy avait été condamné en 1998 pour contestation de crimes contre l'humanité, diffamation raciale et provocation à la haine raciale. Selon l'avocat Franck Benhamou, cité par le journal en ligne, "plusieurs extraits clairement antisémites de la publication tombent sous le coup des articles 24 et 32 de la loi du 29 juillet 1881 relative à la liberté de la presse qui répriment les délits de diffamation raciale et de provocation à la haine raciale". [fin dépêche AFP]


2·. Ce que nous savons sur Franck Spengler

« Act Up » signale que Spengler édite «des livres appelant à la haine des séropositifs, des homosexuels et des femmes». Le 21 avril dernier, dans une tribune publiée dans « l'Humanité », « Act Up » dénonçait la parution chez cet éditeur d'un ouvrage d'Eric Rémès qui, toujours selon « Act up », « lance un appel à la contamination des militants d' «Act up ». Rappelons également que Spengler est également l'éditeur d'un certain Alain Soral, qui qualifie l'État d'Israël de .« champion contemporain du fascisme colonialiste ».


3·. La lettre de Franck Spengler (Éditions Blanche) adressée à Denis Bourgeois ( Éditions Balland), et dont Johan Weisz a reçu copie.


Monsieur, (adressé à Johan Weisz)
Vous trouverez ci-après ma réponse à Denis Bourgeois suite à votre mail (et avant votre tract reçu ce jour par fax).

Bonjour Denis,
1) Proche-Orient Info est un organisme totalement acquis à la cause sioniste et son rôle est de contrer toute contestation de ce mouvement. C'est eux qui, en mars dernier ont déjà lancé une campagne anti Shamir auprès des médias français pour dénigrer et salir un homme qui ne pense pas comme eux.
2) Les différents extraits qu'ils citent sont en fait un catalogue de ce qu'il serait interdit de dire sur la communauté juive et/ou sur Israël. Ce refus de la critique caractérise clairement une volonté hégémonique de la pensée, ce que dénonce Shamir.
On retrouve ainsi pêle-mêle dans les interdits :
Critique de certains comportements sociaux (il faudrait alors interdire Marx et Freud auxquels se réfère souvent Shamir).
Critique d'une alliance pourtant visible avec les États-Unis
Critique de l'importance aux États-Unis du rôle du lobby juif (d'autres avant Shamir l'ont pourtant déjà dénoncé).
Critique des Protocoles de Sion qui sont pourtant largement suspectés par des historiens de toutes origines.
Critique de la politique menée par Israël vis-à-vis des Palestiniens et comparaison avec l'Apartheid ou le nazisme (cette vive critique n'est d'ailleurs pas soutenue par le seul Shamir).
Interdit des citations qui critiquent l'utilisation de la Shoah (que ne conteste jamais Shamir) pour justifier des comportements tout aussi criminels. Les Allemands, après des attentats fusillaient des otages, les sionistes mènent des opérations de représailles. Il faudra m'expliquer la fondamentale différence du point de vue des victimes...
Interdit de mots critiques tels: véhémence, pensée bourgeoise judéo-américaine, pharisien, idéologie, organisation religieuse, influence, etc. associés aux déclinaisons de "juif".
Nous sommes là en pleine guerre idéologique avec une réaction épidermique à la critique d'une vision du monde dangereuse et que l'on a le droit (le devoir ?) de combattre si elle nous paraît néfaste pour la bonne marche du monde (c'est mon cas).
Très sincèrement, et au-delà de toute notion économique, je ne vois rien là qui pourrait justifier de retirer le livre de Shamir de la vente. Ce courrier n'est rien d'autre qu'une dénonciation idéologique de propos contraires aux intérêts sionistes. L'autocritique ou la critique émanant d'un membre de la communauté ne leur est pas supportable. Plus inquiétant, il n'y a aucune réponse sur le fond. L'auteur de la lettre se contente de lister un ensemble de réflexions qu'il serait interdit d'avoir. Cela ressemble fort au stalinisme des plus beaux jours. Je n'accepte pas de passer sous les fourches caudines du sionisme le plus brutal.
Quant au cas Poumier, s'il s'avère vrai, [il] ne paraît pas non plus constituer une raison suffisante pour prendre une décision aussi grave que de censurer un ouvrage. Car si Shamir lui a demandé de travailler ses textes avec lui, cela me semble un gage car il ne pouvait ignorer (si c'est vrai) l'implication de Poumier aux côtés de Garaudy.
Enfin, pour terminer ma démonstration je reviendrai sur le choix d'une citation (p.260) qui, par son choix même, appuie mon propos et vaut mieux qu'un long discours :

L'introduction de la fureur, de la haine et de l'esprit de vengeance dans l'argumentation de l'adversaire est une arme idéologique puissante dans la tradition juive.

Proche-Orient Info en est la parfaite illustration.

En conclusion, cher Denis, je ne suis absolument pas d'accord avec le retrait de la vente par nous du Shamir. J'y verrais là une reculade indigne de nous. Car que ce livre dérange, on s'y attendait, mais qu'il soit combattu sur ses affirmations par une contestation, un combat d'idées. Mais grand dieux, jamais au prétexte de ce qu'il ne faudrait pas dire. En le retirant de la vente nous apparaîtrions au mieux comme des inconscients au pire comme des lâches. Je ne suis ni l'un ni l'autre.
Amitié
Franck


4·. Le retrait de la vente du livre

Marc Lévy, au nom de la LICRA, est entré en contact avec Denis Bourgeois, le directeur des éditions Balland. Ce dernier lui a affirmé avoir entamé une procédure de retrait. Marc Lévy lui a demandé de lui faire parvenir, par retour, un fax de confirmation de sa décision. Marc Lévy précise que s'il reçoit effectivement un fax attestant de la volonté de l'éditeur de retirer le livre de la vente, la LICRA ne poursuivra ni Balland ni Blanche.


Si ce n'est pas le chantage juif, comment appeler ça ?


<http://www.proche-orient.info/xjournal_racism_der_heure.php3?id_article=17547>


SONNER LES CHAUFFARDS

 

Sonnez les Shofars

Grande victoire pour la cause sioniste !

par Israël Adam Shamir


L'éditeur français de mon livre a décidé de le retirer de la vente après avoir reçu des menaces des sionistes.
De Profundis pour la liberté d'expression ! Eh bien, mon livre ira rejoindre ceux de Voltaire et de Joyce, de Nabokov et de Céline: c'est une compagnie bien plus haute que celle à laquelle mes ennemis peuvent prétendre. Mes félicitations au lobby sioniste de France, qui a ainsi prouvé son courage et sa capacité à protéger les Français contre des idées dérangeantes. Le Premier ministre de Malaisie avait raison: ils contrôlent l'Occident, parce que l'Occident n'a ni le cerveau qui lui permettrait de penser, ni la colonne vertébrale qui lui permettrait de résister. Mes profonds regrets à mon excellent traducteur, Marcel Charbonnier, et à tous ceux qui ont contribué à la publication de mon livre. Je suis sûr que ses idées vivront. Car, si le papier s'enflamme à 451 · F, l'esprit humain est invincible.

24 octobre 2003


A LA RESCOUSSE DES CENSEURS


Communiqué de la CAPJPO


A ne pas acheter : "L'autre visage d'Israël" d'Israël Shamir

par Nicolas Shahshahani
22 octobre 2003

Les éditions Balland et Blanche ont sorti, ces derniers jours « L'Autre Visage d'Israël ", un ouvrage d'Israël Adam Shamir, un publiciste israélien d'origine juive volontiers présenté, par ses adeptes, comme un provocateur salutaire, là où nous découvrons, à la lecture de ce livre, un véritable cinglé antisémite.
La lecture des 414 pages de ce recueil d'articles écrits en 2001-2002, est édifiante.
Qu'en dire ? On y trouve, assurément, une foule d'informations et de réflexions pertinentes sur le conflit israélo-palestinien, la politique criminelle des dirigeants israéliens, l'instrumentalisation de l'antisémitisme, l'axe israélo-américain impulsé notamment par le très influent lobby juif aux Etats-Unis, toutes choses souvent mieux dites, et avec moins d'erreurs factuelles (nous en avons repéré plusieurs, en l'espace de quelques heures, sans avoir besoin de vérifier auprès d'autres sources documentaires), par bien d'autres auteurs.
Mais cela nous semble accessoire. Car la principale, pour ne pas dire unique motivation d'Israël Shamir, c'est de pouvoir parler «des Juifs »: «ils» sont comme ci, «ils» sont comme ça, etc. Comme tous les racistes, Israël Shamir impute à des hommes, à raison de leur origine ethnique ou raciale, des caractéristiques mentales et des comportements homogènes.
Ironiquement, Israël Shamir rejoint sur ce point des racistes qu'il prétend pourtant combattre, tous ces fanatiques qui, de Sharon à des dirigeants du CRIF en France, répètent qu'un Juif, par essence, doit être « attaché » (pour reprendre un participe passé qu'ils affectionnent) à l'Etat d'Israël.
Les comportements et intentions coupables prêtés par Israël Shamir « aux Juifs » vont cependant bien au-delà, dans le temps et l'espace. A l'en croire en effet, « les Juifs » complotent, avec plus de succès que d'échec au fil des siècles, pour gouverner le monde, grâce au pouvoir de l'argent. Rien que ça.
A ce stade, nous ne voyons aucun intérêt à détailler davantage les pseudo-arguments de l'auteur, et à suivre plus avant Israël Shamir dans son délire.


Après ça, ils peuvent aller toucher leur paie à l'ambassade israélienne.

Site: Paix Juste Au Proche-Orient

<http://www.paixjusteauproche-orient.asso.fr/>



ÉTEINDRE

 

Nous avions attribué ce texte à M. Charbonnier par erreur, car il nous était parvenu dans un message complexe fait de réponses à des réponses. Le site poubelle d'amnistia s'en est immédiatement emparé (en citant deux sources); nous sommes une troisième, et nous présentons nos excuses à Marcel Charbonnier, que nous félicitons par ailleurs de son action courageuse et inlassable en faveur de la décolonisation de toute la Palestine.

Réponse d'un inconnu à l'attaque inouïe de la CAPJPO contre Shamir

Paris, le 24 octobre 2003

Chers Ennemis,

je viens d'apprendre que vous hurlez avec les loups sionistes, saluant l'autodafé de l'ouvrage d'Israël Adam Shamir, sous la houlette de Torquemada alias <proche-orient.info>.
Je cesse donc immédiatement de m'interroger sur votre controverse avec l'A au sujet du concert de la Porte de Versailles (du 27 septembre dernier), puisqu'il ne peut s'agir que d'un problème de précellence entre cryptosionistes.
Et moi qui avais cru, un moment, qu'il s'agissait peut-être d'un problème politique, étant donné que je vous croyais pro-palestiniens ! Dingue, non ?
Me voilà détrompé: permettez à la misérable larve de goy que je suis de vous en remercier.
Je me dédouanerai en disant que vos colloques à la Sorbonne (en Territoire Français Occupé) auraient dû m'amener à me méfier, mais que je mets cette crédulité au compte d'un reste d'illusions (en vieillissant, on apprend.).
Cela ne concerne donc en rien le goy pro-palestinien que je suis.
Aussi, avant de mettre un terme net et définitif au début de sympathie que je commençais à ressentir pour votre association, me permettrez-vous de vous filer un tuyau et de vous demander un petit service ?
Le petit tuyau : de même qu'on ne soigne pas la fièvre en cassant le thermomètre, on ne comprendra jamais pourquoi sa gueule horrifie tout le monde si on casse le miroir qu'une âme charitable vous tend (ni en le brûlant en place publique).
Le petit service, maintenant: dites, s'il vous plaît à vos amis israéliens, lorsqu'ils devront dégager de la Palestine, que le dernier à la quitter n'oublie pas d'éteindre sa menorah, et rappelez-leur que le Tserfatit est le pays le plus antisémite sur la planète: par conséquent, il sera préférable pour eux de s'embarquer sur Exodus II à destination du Kamtchatka: Not in my garden !
Avec mes remerciements.
 



BISBILLE


Les coéditeurs du livre "L'autre visage d'Israël" s'opposent


Franck Spengler, directeur de collection aux éditions Blanche, coéditeur avec Balland de l'ouvrage d'Israël Shamir, "L'autre visage d'Israël", a déclaré lundi qu'il allait "ressortir" le livre, pourtant retiré de la vente par Balland." [...]


AFP | 27.10.03 | 18h46


Signalons ce fait curieux: le seul organe de presse qui ait rendu compte des détails de cette affaire est Faits et Documents d'Emmanuel Ratier.

<http://www.faits-et-documents.com>








 1 - La Palestine martyrisée par les sauvages


JOUR ORDINAIRE EN PALESTINE


Beit Furik - Un martyr au village
 
Aujourd'hui, l'armée israélienne a tué un jeune garçon de 14 ans, sans aucune raison valable, alors qu'il était en train de marcher dans la rue avec son père, à 20 mètres de leur maison. Il n'y avait aucune violence ou lancement pierres.
Nous avons eu ces informations de la part de son père et d'autres personnes qui étaient dans le voisinage lorsque le garçon a été tué. Ils ont choisi de viser un garçon au milieu des hommes qui étaient présents. Un témoin qui était sur place m'a dit : « Nous avons vu deux jeeps venir directement et doucement dans notre direction. Nous étions effrayés mais nous n'avons rien fait, nous avons continué à marcher, et le garçon était avec son père quelques mètres derrière nous. La première jeep est passée devant nous et lorsque la seconde est passée, j'ai entendu le bruit d'une balle et les jeeps ont continué à rouler dans la même direction. Au même moment, j'ai entendu l'enfant, il a crié une fois, nous nous sommes retournés pour voir ce qui était arrivé et nous avons vu le père de l'enfant le tenir dans ses bras en pleurant. Nous avons vu le torse de l'enfant qui saignait et sa chemise était pleine de sang, l'enfant ne respirait plus et semblait mort. Nous l'avons porté chez le médecin local dans notre village et celui ci nous a dit que l'enfant était mort à cause de la balle logée dans son coeur.

From: FrancePalestineSolidarite44@rezocitoyen.org
Samedi 15 Novembre - AFPS National



BAIBARS JETTE DES PIERRES


Il est minuit moins cinq, docteur Sharon

par Israël Shamir


Au nord de la prospère Herzliya, capitale de la high-tech israélienne aux célèbres bars sushi de Cocagne, se trouve une plage agréable, au pied d'une falaise digne de l'océan Pacifique. Il s'agit d'une petite crique non surveillée, sans maître nageur, et fréquentée par quelques étrangers amoureux de la nature et des familles palestiniennes venues en pèlerinage au sanctuaire de Sidna [Notre Seigneur] Ali, situé non loin de là. Si vous poussez la promenade encore un peu plus vers le nord, au-delà des panneaux vous interdisant de continuer en raison de risques - réels - de chute de pierres, vous vous retrouverez dans une sorte d'alcôve coupée du monde, tout à fait exceptionnelle sur notre côte palestinienne tracée au cordeau. C'est l'endroit rêvé pour barboter dans les eaux transparentes de la Méditerranée. De gros cailloux polis, couleur de terre, semblent en être les gardiens; à les regarder plus attentivement, vous comprendrez qu'il ne s'agit pas d'une formation géologique naturelle. Ce sont les pierres de bastions, détruits au treizième siècle, de la forteresse d'Arsour, construite par les Croisés, dont les ruines s'élèvent sur le plateau, juste au surplomb de la petite baie. Depuis le haut de la falaise, ces grosses pierres ont été jetées dans la mer d'émeraude par Baïbars, un grand chef militaire arabe, vainqueur des Mongols et des Croisés.

L'Anse d'Arsour

Cent cinquante ans, environ, auparavant, les Croisés avaient conquis sans problème la Terre Sainte, où ils avaient pris leurs aises. Ils avaient construit leurs châteaux et leurs fermes, épousé des chrétiennes orthodoxes et arméniennes du crû, et ils auraient pu couler des jours heureux jusqu'à la fin des temps. Mais ils avaient la manie d'inviter des aventuriers étrangers et de leur servir de tête de pont, faisant ainsi la démonstration de leur incapacité à devenir de bons voisins. On leur a pourtant tendu la perche à de nombreuses occasions, mais ils s'ingénièrent à gâcher leurs chances de se faire admettre dans le coin, et leur seconde nature de cinquième colonne en puissance du premier agresseur étranger venu leur colla à la peau.
C'est alors que le Levant -- "faible et efféminé", comme chacun sait -- produisit Baïbars. Il ne suffit pas de bouter les Croisés dehors, décréta ce Baïbars, cela a d'ailleurs été tenté par Saladin, et cela n'a pas empêché les Francs de revenir. La seule manière de s'en débarrasser, c'est de détruire la côte palestinienne afin qu'ils ne puissent plus s'y agripper. Forteresse après forteresse, implantation après implantation, ville après ville, Baïbars réduisit en ruines la façade maritime de la Terre Sainte: Césarée, Ascalon, Jaffa, Arsour. Ce n'est que la mort dans l'âme qu'il procédait à cette politique de la terre brûlée. Mais l'alternative aurait été une guerre éternelle dans la région.

Les bastions renversés

On dirait que l'Histoire est sur le point de se répéter. Sauf retournement inattendu dans l'enchaînement des événements, la douce terre de Palestine semble vouée à la perdition. Les sous-marins nucléaires (construits en Allemagne et équipés aux Etats-Unis) de l'Etat juif étant mis en état d'alerte pour aller semer la dévastation en Iran, en Syrie, en Arabie saoudite, il est plus qu'évident qu'Israël ne saurait en aucune façon devenir un voisin fréquentable, au Moyen-Orient.
Les juifs ont eu une occasion inespérée de planter leurs racines dans la terre de Palestine et de faire la paix avec les habitants originels de cette région. Mais cette chance, ils se sont ingéniés à la gâcher.
La frappe aérienne récente (non provoquée) d'Israël sur la profondeur syrienne est venue rappeler à qui aurait eu tendance à l'oublier que l'Etat juif est une entité dangereuse pour l'ensemble de la région, de par son agressivité. Trente années de calme, entre la Syrie et Israël, viennent d'être passées par pertes et profits par les généraux du général Sharon, comme si elles comptaient pour du beurre. Personne n'a été dupe de leur tentative pataude d'établir un lien entre la Syrie et l'acte sanglant de vengeance accompli par une jeune femme d'Hébron dont le frère et le fiancé avaient été trucidés sous ses yeux par la soldatesque israélienne, laquelle avait refusé par-dessus le marché tout secours médical à son père. Le clairvoyant Premier ministre de Malaisie, le Dr Mahathir Mohammad, a interprété cet événement judicieusement: "Depuis un certain temps, Israël ne cesse de bassiner l'Amérique afin qu'elle envahisse la Syrie, mais les Américains semblaient traîner les pieds. C'est pourquoi Israël a procédé à ces frappes aériennes contre la Syrie, afin de leur forcer la main." [1]
Le problème posé par Israël n'est plus seulement ("seulement", si on ose écrire) celui de la souffrance des Palestiniens; c'est celui de toute la région du monde qui s'étend entre l'Inde et l'Ethiopie [Esther, I], voire au-delà. En effet, la cinquième colonne des partisans d'Israël fomente des guerres dans le monde entier, de la Tchétchénie aux Philippines, de la Corée du Nord à Cuba. Ils poussent le monde tout droit vers l'Armageddon. John Bolton exhorte à la prise de contrôle de l'Iran, Murawiec exige que l'on écrabouille l'Arabie Saoudite. Le quotidien sioniste enragé New York Post ajuste la hausse de ses canons et prend dans son collimateur la France, "l'un des ennemis les plus répugnants de l'Amérique". Cette France dont il rappelle qu'elle est dirigée par Chirac, "ce pygmée moral dont l'absence de scrupules est, fort heureusement, contrebalancée par sa couardise et son impuissance." "Il faut que la France souffre, stratégiquement et financièrement. Les Frenchies nous ont asséné un coup de poignard dans le dos: à notre tour de les écorcher vivants", poursuit sobrement ce journal. Si l'on en juge aux états de sévices des sionistes, ce n'est pas là simple rhétorique.
L'Etat juif est une pochette surprise extrêmement dangereuse. Le fondement (archi-simple) de sa doctrine militaire est le suivant: "Comporte-toi de manière démente, les gens auront peur de toi". La fausse menace nucléaire irakienne a été inspirée par la menace nucléaire israélienne, ô combien réelle, celle-là. Les scientifiques israéliens préparent tout aussi bien la guerre chimique et biologique. Ils ont réellement testé des gaz incapacitants contre des manifestants, à Gaza, et l'empoisonnement de l'eau potable, durant le siège de Saint-Jean d'Acre, comme l'a rapporté Abu-Sitta dans (le quotidien égyptien) Al-Ahram.
Israël est impliqué de longue date dans une interminable série d'enlèvements et d'assassinats perpétrés en territoire étranger. Personne n'est à l'abri du bras meurtrier télescopique d'Israël: les Israéliens ont assassiné en Norvège (le célèbre coup tordu de Lillehammer), ils ont kidnappé à Rome (l'affaire Vanunu), ils ont fait sauter la bibliothèque britannique et le consulat des Etats-Unis au Caire (affaire Lavon), ils ont essayé d'envoyer par le fond le navire de guerre américain USS Liberty, ils ont tenté d'assassiner Joseph Mugabe, ils ont vraisemblablement éliminé le secrétaire d'Etat américain antisioniste James Forrestal, ils ont été impliqués dans l'assassinat du président Kennedy, comme le démontre Michael Collins Piper dans Final Judgment, parce que ce président américain insistait pour qu'Israël procédât à son désarmement nucléaire. Quant au récent assassinat d'Anna Lindh, ministre suédoise des Affaires étrangères, qui appelait au boycott d'Israël, laissons planer encore quelque temps le mystère...
Ils ne sont pas particulièrement cachottiers: aujourd'hui, nous connaissons les noms des Israéliens qui ont assassiné le comte Bernadotte, en 1948 ; de ceux qui ont perpétré des massacres massifs de prisonniers de guerre allemands en 1946 [2] et de ceux qui ont massacré des prisonniers de guerre égyptiens en 1956. Ce n'est d'ailleurs pas sorcier: ils s'en vantent. Demain nous apprendrons les noms d'auteurs d'autres atrocités encore. Mais les connaître ne nous servira absolument à rien, car Israël est un asile pour les criminels. A chaque fois qu'ils fontpincer en flagrant délit, Israël écarte d'un revers de la main l'indignation de l'opinion publique mondiale, car, comme l'a asséné notre premier Premier ministre, Ben Gourion : "Ce que les goyim disent n'a absolument aucune espèce d'importance. Une seule chose a de l'importance : ce que les juifs font."
Ce palmarès désolant, que l'attaque aérienne contre la Syrie et la préparation d'une frappe nucléaire en Iran sont venues rafraîchir dans notre mémoire, est là pour nous démontrer qu'il n'y a aucun espoir de faire d'Israël un membre de la communauté des nations présentable. Il répond aussi à la question de savoir si les efforts de paix et les tentatives de ramener Israël à l'intérieur de ses frontières riment encore à quelque chose. Ce n'est pas le cas. Que ce soit à l'intérieur des frontières de 1967, de 1948 ou de 1973, Israël a toujours été une tête de pont pour l'agression, une menace pour la paix mondiale et une menace physique pour les dirigeants politiques valables de par le vaste monde. Comme la secte assoiffée de sang des Assassins, qui fut jadis la plaie de cette région, les partisans d'Israël dénigrent, quand ils ne les assassinent pas, les dirigeants les plus capables et honnêtes, tout en soutenant les ramollos tout prêts à exécuter leurs ordres. En se retirant de Cisjordanie, Israël ne changerait pas pour autant de nature. Comme nous l'enseigne le prophète Jérémie [13:23], le léopard ne parviendra jamais à se débarrasser de ses taches.
Ce comportement découle pour partie du complexe juif de supériorité et de sa conséquence, la structure ségrégationniste d'Israël. Avant Mandela, l'Afrique du Sud était, elle aussi, impliquée dans la destruction des pays voisins, le Mozambique et la Namibie, ainsi que dans de nombreux complots, ailleurs en Afrique. Ce complexe de supériorité doit être traité au moyen du démantèlement de l'Etat d'apartheid. Les événements de l'année dernière en ont apporté la démonstration sans aucun doute raisonnable possible. Le démantèlement par les moyens pacifiques de la démocratisation est la seule alternative viable pour Israël, dont la ruine, sans cela, est certaine. Tout en portant leur politique de bravade au niveau de la "folie calculée", les dirigeants israéliens n'ont pas anticipé le fait qu'elle donnerait naissance à une génération de jeunes gens qui attachent peu de prix à la vie terrestre.
Jusqu'à il y a peu, la peur des représailles impitoyables d'Israël tenait ses adversaires en respect. En 1991, le président irakien Saddam Hussein disposait de puissantes armes de destruction massive, mais il ne les utilisa pas contre Israël, car il ne s'est jamais senti acculé. De plus, il accordait foi à la menace brandie par Israël de vitrifier l'Irak au cas où il aurait recours aux armes de destruction massive. Il pensait qu'il pourrait survivre à la défaite. Il ne comprenait pas que l'idée qu'Israël se fait de la guerre lui vient d'une tradition religieuse qui ne connaît absolument aucune pitié. Si Saddam avait su que les corps suppliciés de ses fils reposeraient un jour dans une morgue de Bagdad, qu'il deviendrait un réfugié errant et que son pays serait ruiné par dix années de sanctions internationales d'une cruauté sans précédent historique pour finir par devenir la proie de l'envahisseur sioniste, il aurait très bien pu être tenté par la solution à la Samson et entraîner Israël avec lui dans les abîmes de l'Enfer, en 1991.
Saddam Hussein est parti, n'en parlons plus. Mais aujourd'hui, tout dirigeant conscient, dans le monde entier, sait à quoi il doit s'attendre dans le cas où Israël exigerait de son Golem américain qu'il lui apporte sa tête sur un plateau. Mais, paradoxalement, la cruauté même d'Israël a fait tant et si bien que la menace que ce pays représente sonne creux. En effet, dès lors qu'Israël perpètre en tout état de cause le pire du pire dont il est capable (ce qui n'est pas peu dire), céder à ses chantages serait pure folie.
Les juifs d'Israël ont réitéré la bévue commise par Napoléon à Jaffa. En 1799, le jeune général corse traversa, en effet, le désert du Sinaï, après quoi il mit le cap vers le nord, en direction de la Palestine. Rafah et Ramléh se rendirent à ses troupes, car les soldats palestiniens estimèrent qu'il n'y avait aucune raison de se battre contre la force européenne effectuant sa trouée. Napoléon marcha sur le port de Jaffa, où la garnison de cette ville, forte de six mille homme, préféra se rendre. Ces soldats pensaient qu'on les désarmerait, et qu'ils seraient renvoyés dans leurs foyers, dans leurs villages. Mais Napoléon ne voyait pas d'un oeil favorable qu'on laissât un tel nombre de soldats ennem