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LA GAZETTE DU GOLFE ET DES BANLIEUES


Nouvelle série

trimestrielle



Numéro 59 -- automne 2006

>gazettegb-à-yahoo.fr<

http://revurevi.net

Nouvelles en français et en anglais

Créée en 1991 par Serge Thion

News in French and English

Established 1991 by Serge Thion

SOMMAIRE

édito 1 = Le Tournant

édito 2

Interview exclusive de Hassan Nasrallah, Roza Cigdem Erdogan et Mutlu Sahin, Traduit par Bahar Kimyongür

1 - La Palestine martyrisée par les sauvages

Témoignages de deux femmes palestiniennes qui ont affronté courageusement l'armée d'occupation colonisation sioniste à Beit Hanoun

Sur la route du Sud, par Fouad Riad

Entre la Victoire (des uns) et la défaite (des autres), par Israel Shamir

LES ARMES PROHIBÉES: Armes nouvelles Liban-Gaza: Appel aux Médecins et Scientifiques, par Monica Zoppé

Tsahal utiliserait à Gaza un nouveau type d'armes, le DIME américain, Michel Bôle-Richard

Le Mystère de la bombe secrète à l'uranium d'Israël, Par Robert Fisk

Israel admits using phosphorus bombs during war in Lebanon, Meron Rappaport

Ken Loach boycotte Israël

Lettre de Jostein Gaarder au Centre Simon Wiesenthal

LA FIN APPROCHE: LES ISRAÉLIENS SE LAMENTENT DÉJÀ: Repli ou disparition Pr.Arnon Sofer

The Jewish People's 9/11, By: Michael Freund

Faut-il fermer l’État d’Israël? Danielle Bleitrach, Michel Fiszbin

Israël doit payer ! Israël doit rembourser TOUS les dégats que son armée a fait Liban

Ehoud Olmert visé par une enquête sur une transaction immobilière, Benjamin Barthe

CREVEZ DONC !

Butz: Yahudi soykırımı bir efsaneden ibaret

Pour moi, désormais Pourim aura toujours un arrière-goût de sang, Ruth Meisels

Jacques Chirac remet la Légion d'honneur au patron de l'Anti-Defamation League

The Beginning of the End for the Zionist State of Israel? Alan Hart

JE ME DISAIS AUSSI

Mideast Jewish Refugees Launch Campaign for International Recognition

De l’art de faire du stop en tapis volant… Yehouda Shenhav

Alors que le tonnerre de la guerre approche par Caroline B. Glick

Il faut cesser de traiter l'Israël de manière spéciale, déclarent des universitaires allemands

L'Allemagne refuser de modifier ses liens avec l'Israël Par Hilary Leila Krieger

Un 007 juif se fait pincer. Un diplomate israélien arrêté à l'aéroport de Buenos Aires avec une valise bourrée d'explosifs

Mario Morag, l’homme qui se prenait pour Clint Eastwood Par Fausto Giudice

Michel Thooris (Action Police CFTC): « La Ligue de défense juive n’est pas une milice»

Kemi Seba (Tribu KA): « Je lance un appel à tous les damnés du sionisme»

La racine de la grant haine, Guillaume de Tyr (1150)

2 - L'Iraq des marais

Le chaos en Irak déclenche une recherche de stratégie de sortie aux États-Unis et au Royaume-Uni, Ewen MacAskill, Julian Borger et Michael Howard

Israelis trained Kurdish troops in Iraq-BBC report

UK presence ‘worsening Iraq situation’ By Stephen Fidler and James Blitz and Guy Dinmore

Quand les marines doutent de la victoire: Anbar Picture Grows Clearer, and Bleaker, by Dafna Linzer and Thomas E. Ricks

3 - Le piège afghan

La France réduirait son engagement militaire

Losing the War on Terror, By Ahmed Rashid

4 - Le pays des faux-juifs

Les Juifs Noirs d’Ethiopie [qui ne sont pas juifs...] Boris Lutanie

Des Indiens convertis au judaïsme pour dynamiser les colonies de Cisjordanie Serge Dumont

5 - Le ROW

AIPAC, droite religieuse et politique étrangère usaméricaine Rodrigue Tremblay


Il n’y aura ni paix, ni développement durable, ni désarmement au Moyen-Orient tant qu’existera l’État sioniste par Ginette Hess Skandrani

Les nouveaux murs de la barbarie, Ginette Hess Skandrani

Une lâche agression contre Ginette Hess Skandrani

LES SURVIVANTS D'UN GÉNOCIDE

Manipulation des opinions publiques, Jürgen Elsässer

NN

Le bidonneur Redeker, extraterrestres juifs? 911, David Ray Griffin, Khader Moulfi (crevure harki), Shamir, Darwin,
le Lobby en prend pour son grade.

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Ce numéo de la Gazette du Golfe et des banlieues a été réalisé avec l'aide, volontaire ou involontaire, du secrétaire général (amin al amm) du Hezbollah, Hassan Nasrallah, et Serge Thion, Fouad Riad, Israël Adam Shamir, Monica Zoppé, Robert Fisk, Meron Rappaport, Ken Loach, Jostein Gaarder, Arnon Sofer, Michael Freund, Danielle Blaitrach, Michel Fiszbin, Ruth Meisels, Alan Hart, Yehouda Shenav, Hilary Leila Krieger, Fausto Giudice, Michel Thooris, Kemi Seba, Guillaume de Tyr, Ahmed Rashid, Boris Lutanie, Serge Dumont, Rodrigue Tremblay, Ginette Hess-Skandrani, Jürgen Elsässer, et beaucoup d'autres encore...

An Israeli recently arrives at London's Heathrow airport.
As he fills out a form, the customs officer asks him: "Occupation?"
The Israeli promptly replies: "No, just visiting!"

Prix de la connerie, à titre posthume,
à cet idiot de JF Revel, pour avoir écrit

«Il y a une xénophobie généralisée
chez les Irakiens...»
(Le Figaro, 8 septembre 2003)

édito

Le Tournant

par Serge Thion

C'est le moment que nous attendions. Le sommet de la courbe. Le système politique américain est tel qu'une guerre prolongée n'est pas possible. Une occupation pacifiée, comme celle de l'Allemagne ou du Japon, oui: elle ne coûte pas de vies humaines et elle est largement subventionnée par l'occupé. C'est peut-être à une occupation de ce genre que rêvaient Rumsfeld et les néocons. Mais dans le contexte moyen-oriental, chauffé à blanc par les innombrables crimes des génocidaires judéo-israéliens, il ne peut y avoir de pacification. Il y a la guerre, voulue par les seuls Américains (Blair n'est qu'une petite crotte de chien) et nous n'avons pas grande gloire d'avoir prévu que les malheureux GI's, la tête dans le sac, allaient prendre dérouillées sur dérouillées.

La première cause, la plus élémentaire, est que le système administratif et l'organisation mentale des Américains leur interdisent toute continuité dans l'effort. La Chambre des représentants est renouvelée entièrement tous les deux ans. C'est-à-dire que les élus du peuple sont en campagne électorale un an sur deux. D'où démagogie, corruption et absence de responsabilité politique.

Chez les militaires, c'est encore pis. Quand ils sont envoyés à l'étranger, ils font un "tour" (c'est le mot en anglais) qui dure théoriquement un an. Au bout d'un an sur le terrain, l'individu mais souvent aussi son unité et son corps d'officiers retournent à la maison. Ils laissent le matériel lourd pour leurs successeurs néophytes. D'où, un an plus tard, ils peuvent être renvoyés sur le terrain, mais probablement ailleurs. Le résultat de ce système aberrant est que des militaires qui commencent à avoir une expérience et une connaissance du terrain où ils se trouvent sont automatiquement remplacés par un personnel équivalent, mais qui lui ne connait rien au terrain et aux combats qui s'y déroulent. C'est le principe de Peter (chacun finit pas être promu à son niveau d'incompétence auquel il s'arrête de grimper) appliqué dans une giration accélérée. C'est une excellente recette pour perdre, et elle avait déjà donné tous ses effets au Viêt-Nam. Il semble que les Américains soient totalement incapables de concevoir une autre façon de faire.

Tous les observateurs sont d'accord en effet pour dire que cette armée d'occupation, qui maintient ses effectifs au plus haut niveau (150.000 hommes) perd la guerre parce qu'elle a un adversaire qui fait des progès dans tous les compartiments du combat: armement, effectifs, contrôle, etc. Il y a maintenant des provinces libérées, d'où la Coalition s'est simplement retirée. Comme en Afghanisatn, où les Anglais ont évacué certaines provinces "chaudes" comme le Helmand, où s'installe ausitôt une administration "talibane".

La résistance, après trois ans et demi d'activité, n'a pas perdu le souffle. Elle opère avec des unités de plus en plus grosses, en dépit de la surveillance aérienne toujours aussi dense. Elle ne semble manquer ni d'armes ni de munitions. On apprend d'ailleurs que la Coalition a négligé d'enregistrer 300.000 armes et qu'elle n'a pas la moindre idée de ce qu'elles sont devenues. L'administration de l'armée américaine a toujours été une source de gabegie énorme, et plus encore quand il s'agit d'expéditions coloniales. En Afghanistan comme en Iraq, les troupes n'ont jamais cessé de se plaindre de manquer de toutes sortes de choses parce que l'intendance ne suit pas. La coordination des mouvements de la résistance s'est améliorée. L'efficacité des engins explosifs sur le bord des routes s'est maintenue face à l'amélioration des systèmes de détection.

C'est ce progrès, cette constance, cette efficacité qui a convaincu les électeurs américains que la voie suivie par le Maison blanche était une impasse. La culture américaine est fondée sur le cinéma. Et au cinéma, les bons gagnent au bout d'une heure et demie. Tout ce qui n'entre pas dans ce format mental est perçu comme mauvais. Dubya Bush a dû l'admettre en se défaisant de son Secrétaire à la Défense, quelques jours après avoir juré ses grands dieux qu'il le garderait. En français, ça s'appelle manger son chapeau.

Nous avions aussi écrit, à la veille de l'invasion, que finalement on pouvait se dire que celle-ci serait une bonne chose: plus les Américains allaient s'enferrer en Iraq, plus dure serait la défaite. Nous maintenons ce point de vue, qui ne tient pas compte, évidemment, de la somme énorme de souffrances infligées aux populations civiles. Briser l'avant-garde militaire de "l'Empire" et de la mondialisation coûte très cher, mais sûrement beaucoup moins que de la laisser triompher. On peut d'ailleurs faire le même raisonement à propos de l'Iran: faire la guere à l'Iran serait la fin de la puissance américaine, d'après des esprits aussi peu suspects de critiquer les USA que Zbignew Brezinski à Washington ou Pierre Hassner à Paris, consultés comme des oracles par les gouvernements et la presse. Il faut donc souhaiter que les fils de pute (son-of-a-bitch qui est l'appellation la plus courante que les Américains se donnent à eux-mêmes) s'enferrent dans une guerre avec l'Iran, qui les attend de bon pied. C'est la conclusion logique, qui contredit celle des sentiments.

Contrairement aux précédents de la guerre populaire de libération, la résistance irakienne n'a pas de base arrière. La Syrie n'est pas du tout en mesure de fournir l'assistance d'une base arrière. Cela rend plus difficiles les communications avec les zones libérées et la fourniture d'une aide en équipements et en produits médicaux. Ce qui est prodigieux est justement que la résistance, fondée sur les vieux réseaux ba'asistes, ait pu se développer ainsi sans base arrière, ou quasiment.

Autre facteur de retardement: le pullulement des escadrons de la mort. Qui sont-ils? La réponse est très simple: ce sont les policiers recrutés, payés (50 à 100 dollars par mois) et entraînés par les Américains. Les fameuses forces de sécurité aux mains desquelles il faudra un jour remettre la sécurité du régime censé s'affirmer lors du départ de l'armée d'occupation. Chaque fraction d'autorité, chaque petit chef local, se doit de recruter une armée privée pour se protéger des rivalités, en achetant un groupe de policiers, qui peuvent agir à découvert. Ces groupes peuvent aussi s'autonomiser et pratiquer le rackett et l'extorsion à leur propre compte. C'est une dérive à la libanaise mais beaucoup plus mafieuse. Ces gens pratiquent la torture et le massacre à grande échelle, qui est une tradition proprement irakienne. Qu'on se rappelle les grandes purges qui ont eu lieu dans tous les régimes qui ont succédé aux fantoches des Anglais à partir du coup d'État du 14 juillet 1958 lancé par le général Abdul Karim Qassem. C'est à maintes reprises que des flots de sang ont rougi les eaux du Tigre. L'une des plus sanglantes a été l'élimination, en plusieurs périodes, des membres du parti communiste qui était, à l'origine, le plus puissant des partis communistes arabes.

Le dévoiement de ces escadrons de la mort, de plus en plus vaste, pose un problème aux forces politiques qui devront un jour reconstruire un système politique en Iraq. Pour l'instant celui que les Américains ont péniblement mis sur pied n'a aucune capacité de survie. Ces marionnettes ont encore moins de substance politique que la clique Thieu-Ky n'en avait à Saigon au temps des proconsuls yankis. Dans ce domaine tout restera à faire au lendemain du départ, inéluctable, des troupes américaines. La montée en puissance des groupes shi'ites, violemment opposés les uns aux autres, indique qu'un éventuel consensus politique sera très différent de ceux du passé.

Les séquences temporelles sont intéressantes à noter: au Viêt-Nam, le sommet de la courbe a été atteint après trois ans et demi de combats furieux, qui avaient suivi le débarquement de janvier 1965. L'Offensive du Têt, fin janvier 1968, a amené le président Johnson à repousser la demande des militaires d'envoyer un renfort de 200.000 hommes s'ajoutant aux 550.000 sur le terrain. Les Américains, toujours fermement décidés à abattre l'ennemi communiste et à "finir le job" étaient alors entrés dans un procesus de négociation, qui avait duré cinq ans (jusqu'à janvier 1973, Accords dits de Paris). Et il avait fallu encore deux ans pour que la construction laissée sur place pour sauver la face des Américains s'effondre comme un château de cartes. Durée totale de l'aventure coloniale américaine au Viêt-Nam: dix ans.

Nous avons ici suggéré qu'il faudrait aussi dix ans pour que tout le cycle se déroule en Iraq. La tentation de contrôler les robinets du pétrole n'est pas moins forte que la conviction qu'il fallait arrêter les communistes en Indochine, faute de quoi il faudrait les combattre sur les plages de Californie.

Nous venons d'arriver au point haut de la courbe qui désigne le moment où les Américains renoncent à penser qu'il suffit de frapper plus fort pour gagner. Ils doivent maintenant se préoccuper de frapper moins fort en essayant de ne pas perdre la face et de garder le contrôle de certains intérêts sur place. Le sort de leurs alliés sur le terrain ne les préoccupe pas un instant. Ni les Républicains ni les Démocrates ne sont prêts à regarder la vérité en face. Ils vont essayer de ne pas apparaître comme les bradeurs et surtout ne pas payer le prix politique de leurs erreurs de jugement. Pour donner du poids à sa décision d'inverser la courbe interventionniste, Johnson avait dû se suicider politiquement. Le prix de la défaite est encore à venir en Iraq. D'autre part, on ne sait pas encore avec qui il faudra négocier. Hô Chi Minh savait dérouler le tapis rouge pour permettre à ses ennemis de rembarquer sans trop de réticences. Pour le moment, la résistance n'a pas de représentation politique claire. Les Américains seraient bien avisés de ne pas exécuter Saddam Hussein qui pourrait jouer un rôle crucial pour leur permettre de partir sans trop de casse. Après tout Saddam a toujours été un pion américain. Ces choses-là ne devraient pas être négligées.

Négocier avec l'Iran n'est pas non plus une solution évidente. L'Iran a un grand poids, sans aucun doute, chez les shi'i'tes irakiens, mais ne peut pas leur imposer grand'chose. Le paysage politique de l'Iraq après la guerre n'aura sans doute pas grand chose à voir avec celui que nous avons connu.

Pour l'instant, les Américains ne sont pas prêts à tirer les conclusions qui s'imposent. On voit bien que se met en place une sorte de cohabitation entre Républicains et Démocrates pour chercher une voie qui permettrait de se maintenir en Iraq à moindres frais. Cette phase pourrait durer quelques années: les deux ans qui restent à l'infortuné Dubya et les quatre ans d'une présidence démocrate, qui n'est pas moins impérialiste et menée par le bout du nez par les sionistes que ses prédécesseurs.

Le massacre des innocents va donc continuer. Mais le départ en catimini des Américains d'Afghanistan, la talibanisation de parties de plus en plus grandes du Paksitan, l'échec patent des troupes US en Iraq, la défaite de l'armée d'invasion israélienne dans le Sud Liban, et la résistance des Palestiniens de Gaza face aux massacres génocidaires pratiqués par les humanistes juifs, tout cela ajouté, multiplié, crée une situation d'échec et de recul de l'impérislisme usraélien, (comme on dit de plus en plus), qui nous donne à tous un rayon d'espoir pour les temps à venir. La lutte continue.

28 novembre 2006.

L' avenir des États-Unis

édito 2

Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah:

When I talk about an [American] failure, I'm not saying that the Americans' plan for the region has collapsed, and that they are packing up their things and leaving, like what happened in the final days in Vietnam. But I would like to tell you clearly... I am one of those people who see a very clear picture. In our childhood... When we were young boys... I cannot forget the sight of the American forces leaving Vietnam in helicopters, which carried their officers and soldiers. Some Vietnamese, who had fought alongside the Americans, tried to climb into these helicopters, but the [Americans] threw them to the ground, abandoned them, and left. This is the sight I anticipate in our region, but I am not saying it will happen in months. It will take years. The Americans will gather their belongings and leave this region - the entire region. They have no future whatsoever in our region. They will leave the Middle East, and the Arab and Islamic worlds, like they left Vietnam. I advise all those who place their trust in the Americans to learn the lesson of Vietnam, and to learn the lesson of the South Lebanese Army with the Israelis, and to know that when the Americans lose this war – and lose it they will, Allah willing - they will abandon them to their fate, just like they did to all those who placed their trust in them throughout history.

(Entretien sur Al Manar TV, le 31 octobre 2006) Trad. Memri (services israéliens)

Interview exclusive de Hassan Nasrallah

Interview exclusive de Hassan Nasrallah par le quotidien turc de gauche Evrensel

Roza Cigdem Erdogan et Mutlu Sahin, Evrensel, le 12 août 2006

Traduit du turc par Bahar Kimyongür

En ce jour où l’humanité observe avec stupéfaction et admiration la victoire retentissante de la résistance libanaise face à la quatrième puissance militaire mondiale, cette interview exclusive du secrétaire général du Hezbollah réalisée le 12 août dernier a l’avantage et le mérite de passer au crible des traits surprenants de celui que les médias progressistes arabes saluent aujourd’hui comme le "nouveau Nasser" mais que les grands médias occidentaux continuent de diaboliser afin d’entretenir parmi leur opinion publique l’image effrayante du "terroriste islamiste sanguinaire fanatisé".

Cette interview permet en l’occurrence de mieux connaître la philosophie et l’éthique politiques de Hassan Nasrallah, son point de vue sur l’internationalisme, le projet du Grand Moyen Orient défendu par l’administration Bush, les organisations islamistes qui nuisent à la résistance en Irak ou encore le mouvement révolutionnaire de Turquie. Bonne lecture.

Bahar Kimyongür
Un seul front contre l’impérialisme!

Evrensel: Dès les premiers jours de l’occupation du Liban, Israël a déclaré que son but était de "détruire le Hezbollah". Cependant, l’État hébreu s’est vu confronté à une résistance qu’il n’attendait pas et aujourd’hui, il semble avoir abandonné ses ambitions initiales. Au cours d’affrontements violents, l’armée d’occupation a essuyé de lourdes pertes. Cependant, dans les médias, cette réalité est très nuancée voire carrément dissimulée. Pourriez vous nous donner des indications sur la situation actuelle de la Résistance?

Hasan Nasrallah: Les bandes sionistes qui agissent en sous-traitance pour le compte de l’impérialisme US utilisent brillamment les médias. Les médias occidentaux et en particulier, les médias américains sont détenus par les capitalistes juifs. Ils prétendent avoir bombardé et détruit les positions du Hezbollah et espèrent ainsi duper les peuples. Ce n’est que pur mensonge. Vous avez pu constater par vous-même qu’ils mentent! Ils martyrisent les civils innocents. Ils assassinent lâchement femmes et enfants. Mais là où nous les croisons, nous leur faisons subir la déroute. Contrairement à l’ennemi sioniste, nous agissons avec précaution et discernement. Nous ne tirons absolument pas sur les civils. Ils mentent lorsqu’ils affirment que nous le faisons. Nous tirons des missiles sur des objectifs militaires que nous avons préalablement localisé. Mais il faut savoir que les Sionistes poussent délibérément les Arabes israéliens vers la frontière. Ils utilisent ces derniers comme des cibles. Nous, nous refusons de tomber dans la provocation et la discorde (avec les Arabes d’Israël, NDT). Nos cibles ne sont pas les civils mais les forces militaires sionistes. Nos combattants imposent de lourdes pertes aux Sionistes sur le champ de bataille et ce, alors que nous n’avons pas encore utilisé nos armes les plus performantes. Les Sionistes réalisent aujourd’hui qu’ils ne pourront nous évincer; c’est pour cela qu’ils détruisent nos routes et assassinent nos femmes et nos enfants. Ils croient pouvoir nous pousser ainsi à la capitulation. Nous ne nous inclinerons jamais! Nous n’accepterons aucune solution en dehors de la liberté de notre patrie. Pour cela, nous résisterons et combattrons jusqu’au bout. L’impérialisme et sa bande de supplétifs locaux savent que nous les attendons sur chaque colline, dans chaque vallée, sur chaque route et sur chaque poignée de terre de notre patrie. Notre résistance est condamnée à la victoire. Car nous n’avons ni n’accepterons d’autre alternative. Cette guerre aboutira à la victoire de tous les opprimés et de tous les Musulmans du monde.

Evrensel: Est-il à craindre que le Liban se retrouve devant un danger de guerre civile?

Hassan Nasrallah: Le régime sioniste espère créer une confrontation ethnique et religieuse dans la région, en fomentant des tensions intercommunautaires. Mais le Hezbollah a brisé ce plan. Dans notre pays ainsi que dans tout le Proche-Orient, les peuples opprimés ont défendu le Hezbollah et lui ont apporté leur soutien. Y compris les socialistes et les Chrétiens. Certes, l’impérialisme a créé des organisations islamistes collaboratrices qui ont non seulement semé la haine parmi les communautés mais qui en plus, ont combattu les forces révolutionnaires. A présent, les conditions ont changé. Pour citer un autre exemple: avant de renverser Saddam Hussein, les États Unis d’Amérique l’ont utilisé pour combattre l’Iran, les Kurdes et nous. Diverses organisations à la solde de l’impérialisme ont servi à ces conflits intercommunautaires. Nous sommmes parfaitement conscients de cette stratégie. Nous l’avons bien réalisée et durant notre histoire, nous avons scrupuleusement évité de tomber dans ce piège.

Evrensel: Malgré l’agression de la Palestine et du Liban, les gouvernements arabes se taisent. Quelle est la raison de ce silence?

Hasan Nasrallah: La plupart de ces gouvernements arabes collaborent avec l’ennemi. L’Arabie saoudite a, par exemple, lancé des fatwas à notre encontre. Ces fatwas sont bien ridicules. Personne n’y a cru, pas même leur propre peuple. Ces fatwas sont politiques. Elles ont été préparées dans l’intérêt des États-Unis. Il arrive de temps en temps que ce genre de décrets soient édictés. Nous ne les prenons pas au sérieux. Car pour nous, une chose est bien claire: nous ne permettrons jamais qu’une guerre de religion éclate sur nos terres. Ces fatwas servent précisément à semer des divisions interconfessionnelles. En Irak, ce piège a fonctionné mais aujourd’hui, le peuple irakien s’en rend compte.

Evrensel: Puisque nous abordons la question irakienne, nous aimerions vous poser une question à ce propos: nous constatons effectivement qu’une guerre interconfessionnelle est, en quelque sorte, fabriquée dans ce pays occupé. Ces derniers jours, certains généraux américains ont même mis en garde contre une guerre civile imminente en Irak. Quel est votre point de vue à ce sujet?

Hasan Nasrallah: Lorsque les impérialistes ne parviennent pas à vaincre un peuple par les armes, ils créent de toute pièce des organisations intérieures prétendûment résistantes afin de fomenter des guerres civiles. Cela permet aux impérialistes de se présenter en sauveurs et en vainqueurs. Mais quoiqu’ils fassent, ils ne parviennent pas à leurs fins. Ce jeu a été utilisé en Irak contre les Chiites et les Kurdes. Les impérialistes persistent actuellement avec la même stratégie. Aujourd’hui, Saddam n’est plus au pouvoir mais il y a des centaines de Saddam potentiels. Nous veillons à ce que notre peuple, nos peuples, restent vigilants face aux menaces de guerres fratricides.

Evrensel: Comment considérez-vous l’attitude du gouvernement turc?

Hasan Nasrallah: Le gouvernement turc a adressé des messages de condamnation envers Israël. Mes ces messages sont restées des paroles. Nous savons notamment que les bombes larguées sur notre pays ont circulé par la Turquie. Par ailleurs, d’après vos informations, de nombreux députés turcs sont membres d’un groupe d’amitié israélo-turc. Nous attendons de la Turquie des réactions concrètes. Le gouvernement turc est encore et toujours l’un des plus fidèles alliés de la bande de sous-traitants sionistes!

Evrensel: A quel degré entretenez-vous des relations avec le mouvement socialiste?

Hasan Nasrallah: Cela faisait un certain temps que le mouvement socialiste a pris ses distances de la lutte internationale. Aujourd’hui, par contre, il commence enfin à nous redonner du moral. L’exemple le plus concret est le soutien apporté par le président du Venezuela, Hugo Chavez. Le rappel de son ambassadeur en mission en Israël est un acte que bien des États musulmans n’ont pas osé poser. En outre, Chavez a fait part de son soutien à notre résistance de manière explicite. Cette déclaration de Chavez nous a formidablement encouragé . Nous avons pu constater la même attitude de la part du mouvement révolutionnaire de Turquie. Durant les années 1960, des frères socialistes de Turquie s’étaient rendus en Palestine pour combattre Israël. L’un d’entre eux continue de vivre dans ma mémoire et dans mon coeur, c’est Deniz Gezmis! (*)

Evrensel: Quelle est l’importance de Deniz pour vous?

Hasan Nasrallah: Nous souhaiterions voir de nouveaux Deniz parmi nous. Nos rangs auront toujours de la place pour accueillir de nouveaux Deniz. Deniz vivra à jamais dans le coeur de la Palestine et du Liban. Personne ne doit en douter. Malheureusement, nous devons constater que la fraternité d’antan qui existait entre ceux qui combattaient l’ennemi commun n’est plus aussi vivace. Nous aurions souhaité pouvoir combattre l’impérialisme et le sionisme, côte à côte, avec nos frères socialistes libanais. Car cette guerre n’est pas seulement la nôtre. C’est un combat commun à tous les opprimés du monde. N’oubliez pas que si la Palestine et le Liban venaient à perdre cette guerre, ce serait une défaite pour tous les peuples exploités. Dans notre lutte contre l’impérialisme, les révolutionnaires doivent prendre des responsabilités et doivent redevenir des "Deniz" dans le cœur des peuples libanais et palestinien.

Evrensel: Dans les rues libanaises, les posters du Che, de Chavez, d’Ahmadinejad et du Hezbollah se côtoient. Est-ce le signe de l’émergeance d’un pôle nouveau?

Hasan Nasrallah: Nous tenons à saluer les peuples d’Amérique latine et leurs dirigeants. Ils ont toujours résisté aux brigands du Nord de manière héroïque. Leur lutte constitue une source d’espoir pour nous. Ils montrent à tous les peuples opprimés la voie à suivre. Allez donc parcourir nos rues; vous verrez que notre peuple porte Chavez et Ernesto Che Guevera dans son coeur. A nos amis socialistes qui souhaitent se battre avec nous pour la fraternité et la liberté, nous leur disons que si c’est pour nous dire que, “la religion est l’opium du peuple”, ce n’est pas la peine qu’ils viennent. Nous récusons de telles conceptions. Cependant, au-delà de nos différences, nous tenons pour preuve de notre entente, les photos de Chavez, du Che, de Sadr et de Khameney brandies côte à côte. Ces leaders saluent ensemble notre peuple. Si nous respectons vos opinions et vous, les nôtres, aucune puissance impérialiste ne pourra nous vaincre!

Evrensel: Parmi les autres dangers qui guettent la région, il y a le "changement de régime" que les gouvernements occidentaux planifient et dans cette perspective, les pressions que ceux-ci exercent sur Damas et Téhéran. Certaines sources prévoient que l’agression contre le Liban va déborder sur la Syrie. Pensez-vous qu’une guerre régionale puisse avoir lieu?

Hasan Nasrallah: Les puissances impérialistes déclarent sans détours vouloir assujettir les peuples de la région et remodeler le Moyen Orient en installant des gouvernement serviles. C’est contre cela que nous résistons aux côtés de la Syrie et de l’Iran. La provocation de l’attentat contre l’ex-premier ministre libanais Rafik Hariri leur avait servi à obtenir la retraite des troupes syriennes du Liban. Mais ces lâches n’ont pas voulu se contenter de cela. A présent, ils veulent attaquer militairement Téhéran et Damas, toujours avec le même genre de prétextes. La Syrie, l’Iran et le Hezbollah résisteront sans limite. Nous combattrons pour notre patrie et notre liberté. Nous résisterons au moins par refus de nous mettre à genoux. Les impérialistes occidentaux espèrent faire du Liban et de notre région un deuxième Kossovo, en attisant des tensions entre les communautés. Nous ne marchons pas dans ce jeu. Dans nos rues, tous les Libanais, qu’ils soient Chrétiens, Sunnites ou Chiites brandissent les drapeau du Hezbollah. Désormais, leur monde "monopolaire" fait partie du passé. Face à eux, il y a nous, l’Iran, la Syrie, le Venezuela, Cuba et la Corée du Nord. Il y a la résistance en Palestine, en Irak et en Afghanistan! Tant que l’impérialisme et ses guerres d’occupation existeront, les peuples poursuivront leur résistance. Les impérialistes peuvent oublier la paix. S’ils la veulent, ils doivent d’abord respecter la liberté des peuples et éliminer leurs hordes de supplétifs. Grâce à Dieu, la victoire sera nôtre. Nous ne les laisserons pas faire de notre pays un nouveau Kossovo. Notre peuple est conscient et vigilant. En cas d’agresssion, nous n’abandonnerons jamais l’Iran ni la Syrie. Pour notre liberté, croyez-nous, nous combattrons jusqu’à notre dernière goutte de sang. Nos ennemis s’en prennent à l’Iran parce que ce pays disposerait d’armes nucléaires alors que les États-Unis et leur sbires israéliens en détiennent les plus grands stocks. La possession d’armes nucléaire n’est qu’un prétexte pour justifier la mise en place de régimes fantoches.

Evrensel: Certains prétendent que le Hezbollah est téléguidé depuis l’Iran. Que répondez-vous à cette accusation?

Hasan Nasrallah: Ce n’est que pur mensonge. Nous sommes une organisation libanaise indépendante. Nous n’acceptons de directives de personne. Mais cela ne signifie pas pour autant que nous ne coopérons pas. Je le répète, nous sommes partisans. Nous prenons le parti de l’Iran et de la Syrie. Ce sont nos frères. La moindre attaque visant Téhéran ou Damas, nous la ressentirions comme une agression contre nous. Nous sommes prêts à les défendre jusqu’à notre dernier souffle. Nous prônons la résistance globale au terrorisme impérialiste global.

Evrensel: Souhaiteriez-vous ajouter quelque chose?

Hasan Nasrallah: La paix n’est jamais l’œuvre d’une seule partie. Il est impossible d’instaurer une paix durable dans un monde dominé par l’impérialisme. La paix ne peut que naître de la lutte pour l’émancipation. Par conséquent, elle ne peut être atteinte tant que des pays comme l’Irak, l’Afghanistan ou la Palestine subiront l’occupation.

NDT: (*) Deniz Gezmis, figure légendaire du "mai 68" turc, fut successivement l’un des dirigeants du mouvement étudiant turc des Jeunesses révolutionnaires (Dev Genç) et celui de l’Armée de libération populaire de Turquie (THKO). En 1969, il rejoint le maquis de l’OLP en Palestine où il s’entraînera pendant trois mois. Le 4 mars 1971, il participe à l’enlèvement de quatre militaires américains dans la quartier de Balgat à Ankara. Capturé à Sarkisla, dans les montagnes de Sivas, il sera jugé en vertu de l’art. 146/1 pour "tentative de renversement de l’ordre constitutionnel turc" et condamné à mort le 16 juillet 1971, de même que ses camarades Yusuf Aslan et Hüseyin Inan. Pour entamer un échange de prisonniers avec le gouvernement turc et ainsi empêcher l’exécution de Deniz et de ses camarades, des combattants du THKP-C, le Parti-Front de libération populaire de la Turquie et son dirigeant Mahir Cayan qui en mai 1971 se firent connaître par l’exécution de l’ambassadeur d’Israël à Ankara Efraim Elrom, organisent le 27 mars 1972 l’enlèvement de trois agents britanniques de la base de l’OTAN située à Ünye. Le 30 mars 1972, les combattants du THKP-C échouent dans cette tentative de négociation et sont exécutés par l’armée gouvernementale dans le village de Kizildere. Le 6 mai 1972, Deniz Gezmis et ses deux compagnons meurent en héros sous la potence, après avoir défié leurs bourreaux en appelant les peuples turcs et kurdes à l’insurrection.

mardi 15 août 2006 (21h46):

Version turque: http://www.evrensel.net/06/08/12/dunya.html#1

1 - La Palestine martyrisée par les sauvages

ÉCOUTEZ LA LEÇON

Témoignages de deux femmes palestiniennes qui ont affronté courageusement l'armée d'occupation colonisation sioniste à Beit Hanoun

Gaza Beit Hanoun– Après le siège de la mosquée à Gaza, un correspondant d'Al Jazeera s'est entretenu avec deux femmes palestiniennes qui ont été blessées lors de la marche organisée pour protéger les combattants palestiniens réfugiés à l'intérieur de cette mosquée.

Asmaa Hamad

Je participais à la marche, essayant de savoir ce qui se passait concernant ceux qui avaient été capturés… et si nous pouvions les libérer.

Le tank israélien se trouvait à environ 5 mètres de distance, ils ont commencé à tirer sans sommation.

Où suis-je blessé? A la jambe. De balles reçues.

Elham Hamad

Hier, (jeudi) les juifs ont parlé dans le haut parleur et ont ramassé tous les jeunes.

Ils ont prétendu qu'ils les ramèneraient, mais ils ne sont jamais revenus.

Ils ont capturé plus de 2000 jeunes.

A cinq heures du matin nous nous sommes rassemblées pour trouver ce qui était arrivé aux hommes capturés.

J'ai des jeunes hommes capturés et mes voisines aussi.

Nous étions plus de 30 ou 40 femmes, nous avons marché environ à 40 mètres de distance de nos maisons.

Nous avons été confrontées à un tank et nous avons levé un drapeau blanc. Sans sommation…ils ont commencé à nous tirer dessus.

Les femmes se sont éloignées en courant. Un certain nombre de femmes, dont moi, sont tombées à terre blessées, et nous sommes restées pendant longtemps sans aide ni ambulance.

Nous sommes restées allongées pendant 3 heures et nous perdions notre sang.

Source Al jazeera. Net vendredi 3 novembre 2006

http://english.aljazeera.net/NR/exeres/7E2B5708-6AF0-466F-ADD8-02B9882B46CB.htm

Rappelons que deux Palestiniennes ont été tuées et plusieurs autres blessées. Ce soulèvement des femmes palestiniennes de Gaza, qui ont affronté, dans un acte exemplaire de non-violence active, l'une des plus puissantes armées (mais certainement pas des plus courageuses pour mitrailler des femmes!) du monde, serait-il le signe d'une nouvelle implication de la résistance des femmes palestiniennes dans le combat contre l'occupation colonisation sioniste, alors que leur participation est restée très limitée pendant cette deuxième Intifada, à l'opposé de ce qui s'était passé pendant la première Intifada?

5 novembre 2006

Planète non-violence / Al Jazeera

http://www.stopusa.be/scripts/texte.php?section=BR&langue=1&id=25043

LE LIBAN SOUS LE MARTEAU ISRAÉLIEN

Sur la route du Sud

par Fouad Riad

Chers Amis,

Dès qu'il me fut permis de me rendre au Sud Liban, je pris la route. Pour rencontrer mes amis, collègues et clients dont - pour la plupart - j'étais sans nouvelles depuis le 12 Juillet.

L'autoroute reliant Beyrouth au Sud, part du centre ville et passe le long des pistes de l'aeroport. Je longeais ensuite les décombres de la "banlieue sud" sévèrement pilonnée par les bombardiers et les navires israeliens.

Je garde pour cette région de la "banlieue sud" des sentiments mitigés; n'est-ce pas la terre d'origine de ma famille? Des agriculteurs ont fourni pendant des siecles Beyrouth en laitages, fromages, viandes, fruits et legumes; j'avais là un grand père commerçant de filets de soie et des cousins qui s'acharnent à y maintenir une ferme.

En fait de vergers et de fermes, cette terre s'est transformée entre 1960 et 2006 en une énorme forêt de béton, habitée successivement par des refugiés palestiniens chassés de Palestine en 1948 puis en 1967, puis par les Chiites arrivés dabord de la Bekaa puis du Sud Liban à partir de l'invasion israélienne de 1982.

Pres de 500.000 habitants dans un périmètre de quelques kilomètres carrés, tous ont été déplacés par la machine de guerre israélienne entre le 12 Juillet et le 15 Aout 2006.

A la sortie du grand Beyrouth, vers Khalde, commençait la triste constatation de l'implacable volonté israélienne de nuire: tous les ponts de l'autoroute (enjambant les rivières ou passant au dessus), étaient systématiquement détruits. Une infrastructure qui a coûté des millions d'euro et des années d'efforts est ainsi réduite en poussière. A la vue de ces décombres, une certaine rage vous prend aux tripes.

A Saida, capitale du Sud (45 Km de Beyrouth), même désolation de destruction des ouvrages routiers et parfois de grands trous béants dans la chaussée, des trous de 10 mètres de diamètre et de 5 mètres de profondeur..

Je continuais vers Sour, la Tyr des Phéniciens. Pour y arriver nous étions contraints de quitter l'autoroute très endommagée et de suivre le chemin côtier a travers les orangeraies et les bananeraies. Au pont du Kasmieh, nom du fleuve Litani a son embouchure (en relation avec le prophete Kassem qui y a un mausolée), nous faisions un grand détour car des ponts de fortune avaient été construits en amont.

07:45, je retrouvais mes collègues de notre centre de Sour. Ali et Boutros avaient, chacun à sa manière, trouvé refuge quelque part pendant ces jours terribles où Tyr avait manqué de tout! Ils insistèrent pour que je visite le "bloc" d'immeuble derrière le nôtre: 7 immeubles (12 étages chacun) rasés...

Les israéliens avaient parachuté des troupes pour enlever des dirigeants du Hezbollah qui habitaient ces immeubles et n'ayant pas réussi à les kidnapper, ils ont simplement dynamité tout le "bloc". Désolation et puanteur car il n'avait pas ete encore possible de déterrer les cadavres.

J'etais surpris lors de notre brève réunion de mise au point du programme de la journée, par la sereine détermination de mes colègues de regarder l'avenir avec espoir. Quel soulagement pour un chef d'entreprise de ne pas avoir à remonter le morale de ses troupes!

08:30, nous avions rendez-vous avec un très viel ami: Abou Zafer. (Lire" père de Zafer", prénom qui correspond en arabe à Victor)

Plutot que d'entrer dans un édifice public, car il s'agissait de la municipalité de Sour dont Abou Zafer est le Président, je me sentis pénêtrer dans une ruche ou tout évoluait à grande vitesse et dans un ordre parfait (étonnant pour l'Orient et surtout apres des semaines de bombardements et de privations).

Ici, Abou Zafer s'apelle Khal, c.a.d. oncle maternel, c'est la manière affectueuse que les citoyens de la région de Tyr utilisent pour s'adresser à leur Président.

1,56 m, 50 Kg, visage émacié, Khal n'a pas changé depuis notre première rencontredans les annees 70!

Entre deux signatures et des téléphones brefs, il nous conta les tragiques jours et nuits de la guerre. Contrairement à tous les autres, il était resté sur place à Tyr, il avait assuré la farine et le carburant pour que le pain ne manque pas, il s'etait occupé des jeunes de la défence civile et de ceux de la Croix Rouge dont les conditions étaient des plus difficiles, il avait soutenu les quelques médecins restés dans les hôpitaux et qui manquaient de tout, il avait en vain contacté les autorités libanaises desquelles il recevait de bonnes paroles mais jamais rien d'autre, il avait été à l'heure même du cessez-le-feu sur le Kasmieh avec l'entrepreneur et ses équipements pour construire des ponts de fortune que des centaines de milliers de citoyens déplacés ont commencé le même jour à emprunter pour rentrer chez eux.

Dans la discussion, Khal ne fut pas tendre pour les Autorités libanaise. La veille il avait clairement dit au Ministre des travaux publics combien son département avait été défaillant jusqu'ici. En notre présence, il recevait le Ministre de la Culture et soulignait l'incapacité du gouvernement à venir en aide. Une force de la nature, Khal compréhensif, efficace, rapide, menait sa ruche avec maestria. Il réussissait à insuffler la vie dans sa ville et ses environs meurtris, il agissait en vrai chef.

09:30 Dans le luxueux quartier de Haouch Basma, nous rencontrions Hajj Nabih Basma, agriculteur qui comme nombre de chiites émigrés en Afrique de l'Ouest était rentré au pays et s'était mis à exploiter la terre qu'il chérit. Il y a une relation entre le Libanais (quelque soit sa communauté) et la terre du Liban. Elle est totalement différente de celle de tous les autres Arabes (qui gardent l'approche peu concernée du nomade envers la terre). Hajj Nabih et sa famille avaient tenu 3 semaines puis avaient fui l'impossible vacarme et les mortelles bombes israéliennes. Je fus frappé par sa détermination mêlée de ce fatalisme qui marque les peuples du Moyen Orient. Il avait perdu deux grandes fermes avicoles, l'une rasée par les bombes, l'autre n'ayant pu être nourrie pendant 3 semaines. Deux de ses immeubles à l'entrée de Sour avaient été mis à plat, mais il rendait grâce à Dieu qu'aucun membre de sa famille n'ait été atteint et ne se plaignait de rien. Il allait tout reconstruire.

10:30, a 8 Km de la frontière israélienne sur la côte, je rencontrais deux jeunes gens assistant leur père Hajj Mohamad Harb dans la gestion de leur société d'intrants agricoles. Ali a fait des études d'agriculture, Mohamad Jr la gestion. Pour arriver chez eux, 8 Km de route défoncée par les faits de guerre et transformée en piste. Des cadavres de voitures calcinées sur les bords et aucun batiment debout (station service, entrepôt, maison, ferme, etc.). Ensemble, nous avons évalué les dommages de destruction mais également les pertes des récoltes et l'impact sur les saisons de production à venir. Ils s'étendirent sur le danger des bombes à fragmentation: de la taille d'une pomme, ces engins qui prennent toute sorte de figures attrayantes (tête de poupée, bibelot etc.) explosent dès qu'ils sont touchés. Munis d'un fil, ils s'accrochent dans les arbres ou se trouvent par terre. Depuis l'arrêt des hostilités de nombreux enfants ou adultes sont morts ou ont été amputés à cause de ce type d'armes interdites et que les israéliens utilisent courament au Sud Liban. Ils auraient lâché près de vingt mille de ces bombes le dernier jour des hostilités!

11:45, visite de Hajj Mohamad Taleb, commercant en intrants. Il nous attendait avant de se rendre a Bint Jbeil (30 Km a l'est de Tyr), son village totalement détruit par les bombardements israéliens. Sa mère impotente, s'était réfugiée chez l'Imam du village et avait pu partir au cours des 48 heures de trève agrées par les deux parties pour permettre la sortie des civils. Hajj Mohamad rentrait pour la première fois chez lui, constater les dégâts et planifier la reconstruction

.

12:30, Mostapha est un gérant de domaines qui a loué les agrumeraies de l'archevêché maronite de Tyr: 50 hectares surplombant la ville et reluisant de santé par comparaison aux centaines d'hectares que nous avions traversé et qui étaient dans un état piteux pour n'avoir pas été irrigués pendant plus d'un mois. Près de lui sous le ficus géant où il nous avait recu, Mostapha avait des barils remplis de bombes à fragmentation. Alors que Ali et Mohamad nous avaient expliqué le danger réel de ces engins, Mostapha avait préferé se renseigner auprès des artificiers de l'armée libanaise comment les recueillir. Facilement les 100Kg, jovial, simple et humble, il avait passé la guerre à visiter son exploitation chaque fois que son bon sens lui disait que les israéliens n'allaient pas le tirer. Il est confiant dans l'avenir et croit en Dieu comme tous ceux que nous avions rencontrés avant lui.

13:30, réunion aux bureaux du CAL à Tyr pour un bilan de cette longue matinée

- dégâts énormes, par centaines de millions d'euros

- pertes très importantes devant perturber sinon détruire le cycle commercial agricole mais en face une farouche détermination de vivre chez tous ces fils du Liban Sud!

Des Abou Zafer, il y en a beaucoup au Liban, dommage qu'ils ne soient pas au Gouvernement. Des Ali, Boutros, Mostapha, il y en a beaucoup au Liban, ils sont la raison de la perennité de ce pays.

Dans mes précédents papiers, je vous avais présenté le cadre politique régional et ses implications au Liban.

J'ai voulu aujourd'hui vous dire de quoi est fait mon pays, d'hommes et de femmes qui aiment la vie et qui chérissent la liberté.

Depuis 7000 ans d'Histoire connue, le Moyen Orient n'a pas connu la Paix, nous la souhaitons quand même de toutes nos forces et espérons que le monde cessera de voir en notre patrie un pole de fixation idéal pour les explications violentes entre les Puissances.

Fouad Riad, ce Dimanche 27 Aout 2006

N.B. Je vous rappelle de bien vouloir me répondre sur mon mail personnel: b27@dm.net.lb

Deux mois plus tard, une délégation de la Gazette du Golfe et des banlieues a été invitée à faire le même périple et elle a pu enregistrer les mêmes constatations. Seulement, les gravats avaient été enlevés, sauf à Bint Jbeil, une ville particulièrement dévastée par l'artillerie. Les bombes soufflent et l'artillerie casse. Les dégâts ne sont pas du tout les mêmes. Partout, on observe les travaux de reconstruction. Même les ponts sur l'autoroute. Mais ce sont des efforts privés. L'État libanais, qui a touché de fortes sommes de la communauté internationale, ne se mêle de rien. L'argent n'est probablement pas perdu pour tout le monde.

Les combattants du lieu nous montrent les traces de l'offensive. Peu désireux de circuler sur les routes en raison de risques de mines, les Israéliens ont cru malin de faire tracer des routes nouvelles par leurs puissants bulldozers blindés. Ils sont ainsi passés par le fond des oueds avant d'escalader les collines pour attaquer les villages, toujours construits sur des points statégiques. La stupidité de cette approche est évidente: les énormes blindés à la queue leu leu dans le fond de ces gorges ont été la cible des roquettes antichars qui les ont arrêtés dans un indescriptible chaos. Il a fallu demander dans l'urgence aux bulldozers d'ériger des murs de terre et déployer l'infanterie pour tenter de protéger les monstres d'acier. Bien peu ont pu repartir intacts. La génération qui commande cette armée est composée de tueurs d'enfants et de femmes. C'est une expérience qui ne les préparait pas à rencontrer des hommes sur le terrain, chez eux. La défaite sera longtemps cuisante.

L'ARME SECRÈTE

Entre la Victoire (des uns) et la défaite (des autres)

par Israël Shamir

Nous entrons dans une période absolument cruciale. Nous sommes en effet à la croisée des destinées – nous allons connaître des temps où nos actions (ou nos inactions) seront susceptibles de déterminer notre avenir et celui de nos enfants, pour des années. Des combats, sans doute les plus acharnés, se déroulent en ce moment même au Liban: une petite force de la Résistance – deux mille hommes au commencement de la guerre, et sans doute beaucoup moins aujourd’hui – se tient prête dans ses retranchements face à l’assaut d’une armée super-équipée, forte de trente mille hommes, qui passe à l’offensive en dépit de la résolution de l’ONU imposant un cessez-le-feu. A elle seule, la survie des hommes de la Résistance signifiera leur victoire.

La résolution de l’ONU – écrite par les États-Unis, et approuvée par Israël – est profondément injuste: les troupes de l’ONU seront stationnées, non pas en Galilée, afin de protéger le Liban de la furie juive, mais au Sud Liban, afin de protéger le puissant voisin… C’est l’agressé, qui tente de se défendre, qui sera désarmé, et non pas l’agresseur. C’est injuste. Mais, injuste, ça ne l’était sans doute pas encore suffisamment, aux yeux des juifs: à peine cette résolution venait-elle d’être adoptée, que l’armée israélienne fonçait, afin de s’emparer d’autant de terrain possible avant l’heure officielle du cessez-le-feu. C’était là un tour pendable, violant totalement l’esprit de la résolution de l’ONU, mais qui en respectait scrupuleusement la lettre. A propos de ce genre de magouille, les juifs disent: «C’est kacher, mais ça pue!»

La décision prise par le gouvernement israélien a été authentiquement orwellienne, voire schizophrénique: accepter le cessez-le-feu TOUT EN poursuivant à fond la caisse la conquête du Sud Liban?!? D’après les éclaircissements donnés par le commandant de l’armée israélienne pour la région Nord, Israël a l’intention d’encercler le Sud Liban et d’y continuer le combat y compris APRES le cessez-le-feu. Il a appelé ça: «la nécessité de nettoyer les terroristes». Sayyed Nasrallah, le chef du Hizbullah, a juré de son côté de combattre l’envahisseur sur le terrain, tout en acceptant le cessez-le-feu.

Dès lors, il y a peu de chances que l’invasion israélienne du Liban et les combats qui en ont découlé prennent fin de sitôt. Aujourd’hui, Israël a bombardé la dernière route qui reliait encore le Liban à la Syrie sa voisine, et les civils libanais ont de ce fait perdu leur dernière chance de s’échapper. Cette mesure, associée à un largage massif de troupes parachutées au bord du Litani, vise à couper les voies d’approvisionnement nécessaires aux combattants libanais terrés sur le champ de bataille, tandis que les troupes israéliennes, elles, bien entendu, sont réapprovisionnées en permanence par Washington. La participation américaine à la guerre ne se limite pas au soutien diplomatique total et aux fournitures militaires apportés par Washington à Israël: allant jusqu’à mettre ses propres troupes en Irak en danger, le Pentagone a déplacé ses satellites espions géostationnaires de la verticale de Bagdad jusqu’au ciel du Liban, cette manœuvre ayant nécessité un transfert massif de soldats états-uniens vers Bagdad.

De plus, d’importants juifs américains amis d’Israël, à Washington, ont appelé le gouvernement israélien à se battre pour vaincre, car un Israël non-victorieux, l’Empire n’en a nul besoin. Un éditorialiste du Washington Post, Charles Krauthammer, a ainsi écrit, cette semaine:«… La quête d’une victoire à bon marché par Olmert a mis en danger non seulement l’opération au Liban, mais tout autant la confiance placée en Israël par l’Amérique.» Max Boot, membre du Conseil des Relations Extérieures, a écrit, dans le Los Angeles Times: «La Syrie est faible, et elle est juste à côté. Pour sécuriser ses frontières, Israël doit frapper le régime [du Président Bashar] al-Assad.» Les juifs américains exigent la guerre, et la victoire d’Israël: «La juiverie américaine [doit] se comporte[r] comme un État totalitaire communiste, dès lors qu’il s’agit de guerres juives», a pu écrire un éditorialiste de Tikkoun, une publication jadis réputée progressiste.

Les exhortations belliqueuses venues de la mouvance du Jinsa sont liées à la chute d’une première victime juive américaine du conflit. En effet, Joseph Lieberman, un belliciste démocrate éminent, vient de perdre les élections primaires, dans l’état du Connecticut. Les ondes sismiques émises par sa défaite ont menacé la base bipartisane du soutien à Israël au Congrès. Le Président Bush a exprimé sa sympathie à ce soi-disant «démocrate» totalement dévoué à Israël et à la guerre au Moyen-Orient. Les forces pro-guerre, aux États-Unis, flairant le danger, ont intensifié leurs efforts visant à étendre la guerre à l’ensemble du Moyen-Orient.

Ces forces ont de nombreux alliés en Israël, dont le leadership est en train de ressasser sa déculottée militaire dans ce qui était supposé devoir être une brillante campagne éclair, et cherche un bouc émissaire. Les généraux blâment le gouvernement, qui leur aurait dénié leur totale liberté de mouvement, et ils bougonnent, évoquant un coup d’État; des ministres blâment l’armée; des officiers du renseignement affirment – contre toute vraisemblance - qu’ils avaient prévu ce qui allait advenir. Le Premier ministre Olmert doit partir, a exigé Ari Shavit, un des principaux éditorialistes du quotidien Ha’aretz, devenu un néo-fasciste «né une deuxième fois», et qui a accusé le libéralisme israélien de la responsabilité de la défaite; tandis qu’un encart payé, à la une du Ha’aretz, ce quotidien réputé progressiste, exhorte «Ehud [Olmert] et Amir [Péretz] à vitrifier l’Iran!»

Cette requête risque malheureusement encore d’être satisfaite, même si le blitzkrieg n’a pas si bien marché que cela, au Liban. Les missiles du Hizbullah représentaient une contre-menace pour Israël: ils risquaient d’être activés en cas de déclenchement d’une attaque israélo-américaine contre l’Iran et la Syrie. Désormais, la menace de ces missiles étant écartée – et après un repos et un réarmement réparateurs – les Israéliens risquent de continuer la mise en application de leurs plans visant à rayer Damas et Téhéran de la carte. Telle est, en tout état de cause, la seule raison vraisemblable de leur acceptation d’un cessez-le-feu.

Le cessez-le-feu, c’est l’arme secrète d’Israël. Dès lors que «Tsahal» prend sa baffe, les juifs mettent en branle l’arme secrète et gagnent une mi-temps, et une opportunité de reprendre les combats, à leur convenance, après s’être réarmés et reposés. L’arme du cessez-le-feu avait été utilisée pour la première fois en 1948, les Nations Unies le déclarant à deux reprises, associé à un embargo sur les armes. Les deux fois, l’État juif naissant a tiré un maximum de profit de ces deux cessez-le-feu: les livraisons d’armes aux Palestiniens étaient frappées d’embargo, tandis que les juifs recevaient des cargaisons d’armements sophistiqués du gouvernement (à déguisement stalinien, mais très largement juif) de Prague. Réarmés et rafraîchis, les juifs reprirent leur offensive, quand ils furent prêts pour cela, et ils écrasèrent la résistance palestinienne.

Le cessez-le-feu fut à nouveau déclenché en 1973: il sauva alors l’État juif d’une défaite annoncée, en permettant à l’administration américaine, sous la houlette de Kissinger, de réarmer les Israéliens, tout en les autorisant à violer ledit cessez-le-feu dès lors qu’ils le jugeraient opportun. La stratégie du coup du lapin à base de cessez-le-feu a été intégrée dans les plans de guerre israéliens dès le début de la Guerre au Liban – Le Retour. Les juifs ont bombardé les civils, au Liban. Si le massacre de Cana est le plus notoire, il y a eu des dizaines de Canas, de la même manière qu’en 1948 le massacre de Deir Yassin n’a été que le plus célèbre de toute une série de massacres [perpétrés en Palestine]. La population civile israélienne a souffert, elle aussi, mais ce sont les Palestiniens de la Galilée [les «Arabes israéliens»] qui ont le plus souffert, parce que l’artillerie israélienne bombardait le Liban depuis leurs villages quasiment dépourvus d’abris, en espérant (et en causant immanquablement) des tirs en retour, à la grande joie des nationalistes juifs.

Quand la conscience mondiale exigea qu’il fût mis fin au massacre des innocents, Israël posa son ultimatum, par l’intermédiaire de sa superpuissance alliée, les États-Unis, disant, en substance: «Si vous voulez que les tueries s’arrêtent, alors, s’il vous plaît, faites notre [sale] boulot à notre place: désarmez la résistance, imposez l’embargo à ses fournitures d’armes, re-colonisez le Liban, afin que, quand nous serons en mesure de reprendre la guerre, le Liban nous tombe entre les mains, comme un fruit mûr.»

Seuls la ténacité et le courage des combattants du Hizbullah ont amené les Français à améliorer un tout petit peu le projet de résolution israélo-américain; néanmoins celui-ci est à peu près aussi généreux que les conditions du prêt stipulées par Shylock.

Le Conseil de Sécurité m’a fait penser à cet arbitre d’une nouvelle brève de Jack London – Le Mexicain:

Le personnage principal de cette nouvelle, un garçon mexicain souple et agile, Rivera, doit combattre un grand boxeur catégorie poids lourds, Danny, une sorte de Tyson de l’époque, afin de remporter un prix richement doté qui lui permettra d’acheter des fusils pour la Révolution. Au début, Rivera attaque: «On ne saurait qualifier cela de combat. Ce fut une boucherie, un massacre. Danny, à n’en pas douter, montrait ce dont il était capable – splendide démonstration. Le public était tellement sûr de son pronostic qu’il ne remarqua même pas que le jeune Mexicain tenait encore debout. Le public avait carrément oublié Rivera… Il faut dire qu’il ne le voyait que de temps à autre, tellement il était enveloppé par l’attaque anthropophage de Danny. C’est alors qu’il se produisit une chose stupéfiante: Rivera était debout. Mais seul! Danny, le redoutable Danny, était sur le dos. L’arbitre faisait des va-et-vient entre eux deux, et Rivera put soupeser à quel point les secondes qu’il comptait étaient interminables. Tous les Gringos étaient contre lui, arbitre compris. A «neuf», l’arbitre repoussa Rivera d’un geste brusque. C’était injuste, mais cela permit à Danny de se relever.» Puis, à chaque occasion, «l’arbitre s’affaira, décollant Rivera de Danny afin que celui-ci puisse le rouer de coups de poing, donnant à Danny tous les avantages qu’un arbitre partial est en mesure d’accorder», poursuit Jacques London. Pourtant, en dépit de ces avantages, Tyson fut battu. La ténacité et la pugnacité du svelte Mexicain lui permirent de vaincre son adversaire avant que l’arbitre et les policiers n’aient pu lui voler la victoire.

Les Libanais et les Palestiniens peuvent encore remporter la victoire, malgré la puissance énorme d’Israël et de l’Amérique. Mais, dans la «real politique», il est inutile de pousser à la victoire: nous pouvons nous satisfaire d’un modus vivendi. De plus en plus d’Israéliens sont en train de dessaouler, y compris le mouvement La Paix maintenant!, qui a soutenu la guerre depuis le début. Le principal danger continue à provenir des sionistes extrémistes américains, qui sont prêts à se battre, depuis leurs chaises longues, jusqu’au dernier Israélien. Il faut absolument que leurs concitoyens leur jettent un seau d’eau froide, pour les ramener à la raison. En Israël, l’intoxication belliqueuse est certes en train de s’évaporer, mais pas encore suffisamment vite. Les destructions, au Liban, sont indescriptibles: des reporters israéliens les comparent au Berlin de 1945. Des dizaines de combattants israéliens et libanais, et beaucoup de civils israéliens et libanais sont en train de mourir, en ce moment même, à cause de la tentative désespérée de marquer d’ultimes points déployée par les dirigeants israéliens. Les Israéliens meurent en vain, envoyés à la mort par leurs dirigeants.

Il ne faut pas que le gouvernement israélien soit récompensé pour son inconduite. Les résolutions du Conseil de Sécurité sur le Liban appellent au désarmement des forces non autorisées par le gouvernement de Beyrouth. Aussi les dirigeants libanais devraient-ils intégrer le Hizbullah dans leur État et dans leur appareil militaire, ce qui couperait court immédiatement au complot sioniste. Les Libanais peuvent prendre de la graine du précédent de 1948, année où les organisations terroristes juives (Palmach, Haganah, Etzel, notamment) avaient été incorporées et intégrées à l’armée israélienne. Le Hizbullah a démontré sa puissance, sa capacité de combattre l’ennemi et de cacher son jeu, en serrant ses cartes sur sa poitrine. Il s’agit là de qualités non négligeables.

Cela, le Président maronite du Liban, Emile Lahoud, l’a bien compris, lui qui a répondu aux jérémiades sionistes habituelles d’un journaliste occidental d’une manière très favorable au Hizbullah: «Le Hizbullah, c’est cette force qui a été capable de libérer les territoires du Sud du Liban, en 2000. Notre armée est une armée nationale, or la résistance est une résistance nationale. Vous voudriez que l’armée de la Nation désarme la résistance nationale, laquelle est complémentaire de l’armée, même si elle opère à partir d’une autre salle de commandement des opérations? Pas question!»

Mais il est une autre grande victoire du Hizbullah, qui est d’avoir su cicatriser la querelle entre Sunnites et Chiites, cette querelle qui a été suscitée et entretenue par Al-Qa’ida. Ce groupe nébuleux, basé en Afghanistan, créé par les États-Unis afin de combattre les Soviétiques dans les années 1980, était restée dans la naphtaline, jusqu’en 2001, année où les décideurs de la politique américaine ne le ressuscitent au moyen des attentats du 11 septembre, même si encore aujourd’hui – bientôt cinq années après – son implication dans ces attentats n’a pas été démontrée. Quels que soient les auteurs des attentats contre les Tours Jumelles du World Trade Center et contre le Pentagone (et on ne sait pas qui ils sont), ils se sont attiré une vague de sympathie auprès des désenchantés du Nouvel Ordre Mondial, de Paris à Téhéran et de Moscou jusqu’en Oklahoma. Les Maîtres du Discours s’inquiétaient du fait que cette immense moisson ne risque de tomber aux mains d’un groupe capable et dangereux (pour eux) (non nécessairement musulman) et ils ont préféré l’offrir à leur obéissante Al-Qa’ida. Depuis lors, Al-Qa’ida a montré qu’elle était un outil précieux pour les Américains: elle n’a pourtant rien fait de particulièrement digne d’être mentionné: elle a décapité des touristes, en filmant leur décapitation; elle a fait de son pire afin de susciter une guerre de religions entre Sunnites et Chiites en Irak, faisant sauter des bombes dans des mosquées et tuant des pèlerins. Elle a su attirer des jeunes gens valeureux et audacieux, sur la base de ses états de service en septembre 2001 – mais elle les amenés à leur perdition.

L’ascension du Hizbullah est venue défier ces petits arrangements entre soi. Au lieu de se battre contre ses coreligionnaires musulmans, le Hizbullah se bat contre l’Empire judéo-américain. Diamétralement opposé à cette fausse qu’est Al-Qa’ida, le Hizbullah est une résistance authentique, qui mène une vraie guerre: il ne s’arrête jamais de combattre pour poser devant les caméras de télévision. Les jeunes hommes inspirés, désireux de combattre pour une juste cause, se sont par conséquent tournés vers Nasrallah.

Les pantins sans âme d’Al-Qa’ida ont appelé leurs ouailles à combattre le Hizbullah, mais en vain. La querelle intestine entre Sunnites et Chiites s’estompe, et la majorité sunnite du monde arabe a préféré Sayyed Nasrallah, le Défenseur des Opprimés, à ces imposeurs de loi islamique (shari’a) que sont Ben Laden et Al-Zarqâwî.

Quant à la Conspiration des Poudres d’Heathrow [allusion à des rumeurs d'attentat déjoué à l'aéroport anglaois d'Heathrow, le 10 août 2006, cf infra, note de l'AAARGH], il ne s’agit apparemment que d’une tentative désespérée déployée par les patrons d’Al-Qa’ida afin de redorer la gloire défraîchie de leurs créatures en tentant de démontrer qu’ils ne sont pas totalement éteints.

La bonne raclée administrée par le Hizbullah [à l’armada sioniste] aura de sérieuses conséquences bien au-delà du Liban: elle va réunifier l’Orient, contre l’Empire.

Dimanche 13 août 2006, 22 h 22 GMT.

Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.

http://www.israelshamir.net/French/Fr10.htm

LES ARMES PROHIBÉES

TOUJOURS CET HUMANISME JUIF

Armes nouvelles Liban-Gaza: Appel aux Médecins et Scientifiques

Par Monica Zoppé

De nombreux témoignages ont désormais été recueillis par des hôpitaux, témoins, artificiers, journalistes, soulevant des doutes très graves sur certains épisodes de l'offensive israélienne actuelle au Liban et à Gaza. En plus de la dispersion d'uranium appauvri, et des dommages écologiques importants dus aux carburants et substances chimiques répandus suite des bombardements d'usines et de dépôts, les récits et les images qui montrent «des symptômes étranges et inconnus» suscitent une préoccupation particulière.

On parle de corps dont les tissus sont nécrosés mais qui n'ont pas de blessures apparentes; de corps apparemment «rapetissés»; de blessés dont les jambes à moitié emportées continuent à se nécroser malgré l'amputation, et qui meurent; des cas ont été décrits de blessures internes comme celles provoquées par une explosion, mais sans traces d'éclats; ou bien de cadavres noircis alors qu'ils ne sont pas brûlés, ou d'autres qui avaient été apparemment blessés mais ne semblent pas avoir saigné...

Tout cela suggère la possibilité que des armes nouvelles aient été utilisées: des armes à énergie directe, des agents chimiques et biologiques, en une sorte d'expérimentation macabre de guerre future dans laquelle on ne respecte rien: ni règles internationales (de la convention de Genève aux traités sur les armes chimiques et biologiques), ni réfugiés, ni hôpitaux et Croix-Rouge, sans parler des civils et de leur avenir, de leurs enfants, de l'environnement, tellement empoisonné qu'y vivre sera une condamnation.

Bien que les problèmes pour les peuples palestinien et libanais soient nombreux et immédiats, ces observations ne doivent pas laisser indifférents. Plusieurs appels ont déjà été adressés à et par des experts et chercheurs scientifiques pour faire toute la lumière sur ces événements. Nous avons décidé de répondre à ces appels, en mettant à disposition nos expériences, connaissances et compétences scientifiques. Nous sommes en train de nous organiser pour apporter un soutien aux institutions sanitaires libanaises et palestiniennes qui demandent une aide et des vérifications. Nous examinons tous les témoignages et les preuves déjà recueillis, avec d'autres experts, pour formuler des hypothèses d'enquête qui puissent être soumises à vérification. Nous demandons une intervention des institutions scientifiques qui nous représentent, et qui ont le devoir d'être vigilants et d'intervenir dans des cas comme celui-ci.

Nous soutenons la requête provenant de plusieurs parties, et en particulier des médecins des zones du conflit, pour que l'ONU constitue une commission internationale et indépendante des gouvernements pour vérifier sur le terrain les accusations d'usage d'armes de nouveau type, et de destruction de masse, par Israël dans le conflit actuel. Nous demandons avec force que soient immédiatement déclenchées des procédures pour garantir que les échantillons biologiques prélevés sur les victimes soient préservés dans les conditions adéquates pour être examinés scientifiquement.

Nous demandons ainsi que cette commission internationale ait accès à toutes les sources disponibles, qu'elle soit opérationelle et respecte les procédures de contrôle croisé par différents laboratoires qui sont la règle dans la «science civile», portant ainsi l'affaire devant les autorités compétentes, y compris le tribunal pour les droits de l'homme, et les cours de justice internationale.

De notre côté, nous nous réunirons le 25 août pour donner une forme opérationnelle permettant l'examen de tous les éléments disponibles jusque là, et élargir le groupe de travail à d'autres experts. En tant que personnes, en tant que chercheuses et chercheurs, nous mettons à disposition tout ce que nous pouvons pour arriver à la connaissance des faits, convaincus que la justice, l'équité et la convivialité pacifique entre les peuples ne peuvent être atteints que dans le respect des règles que la communauté internationale s'est données jusqu'à présent, en ce qui concerne les comportements des parties en conflit. Nous en demandons la vérification.

Nous nous adressons à tous les chercheurs et chercheuses afin qu'ils contribuent à ce travail en apportant leurs compétences scientifiques et leur aide concrète. En particulier, les toxicologues, chimistes, pharmaciens, anatomopathologistes et médecins experts en brûlures et traumas sont invités à envoyer leur email à l'adresse que nous avons créée dans cet objectif: nuovearmi@gmail.com

Il manifesto, 8 août 2006

Angello Baracca, Paola Manduca, Monica Zoppé.

Source: www.ilmanifesto.it

Traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio.

Tsahal utiliserait à Gaza un nouveau type d'armes,
le DIME américain

Michel Bôle-Richard

L'armée israélienne a-t-elle utilisé, au cours de l'été, dans la bande de Gaza, un nouveau type d'armes très performantes qui cause des blessures inhabituelles? De nombreux témoignages font état de profondes brûlures et de membres sectionnés nettement, "comme s'ils l'avaient été par une scie", indique un médecin de l'hôpital Chifa, à Gaza, cité, mercredi 11 octobre, par le journal Haaretz. Les corps des morts n'ont pas été déchiquetés par des éclats comme c'est le cas habituellement, et les médecins ont noté que les blessures comportent de minuscules orifices d'entrée. A l'intérieur, il y a de petites particules qui ne peuvent, selon les médecins, être détectées aux rayons X.

Une équipe de la chaîne de télévision italienne RAI 24news, la même qui avait révélé l'utilisation des bombes au phosphore lors de l'attaque américaine de Fallouja, en Irak, en novembre 2004, a enquêté sur ces blessures. Elle a abouti à la conclusion qu'il pouvait s'agir d'une nouvelle arme américaine appelée DIME (Dense Inert Metal Explosive), dont la particularité est d'être très performante pour détruire la cible choisie tout en causant des dégâts dans un rayon très limité de quelques mètres. C'est d'ailleurs ce qu'a reconnu un général israélien à la retraite, Yitzhak Ben-Israël.

Selon le site Internet des laboratoires de l'armée de l'air américaine, ce type de projectiles, qui serait au stade expérimental, est constitué d'une enveloppe en carbone avec à l'intérieur un mélange composé notamment de tungstène, métal qui est très conducteur de la chaleur. "Le résultat est beaucoup plus destructeur qu'un explosif normal, est-il indiqué, et l'impact des micro-shrapnels cause un effet similaire mais beaucoup plus puissant que l'onde de choc de la déflagration."

Les journalistes italiens ont fait analyser à l'université de Parme les particules récupérées sur les victimes. Selon les résultats, il s'agit "d'une grande concentration de carbone et de la présence de matériaux inhabituels comme le tungstène, l'aluminium et le cuivre". Ce qui laisse supposer qu'il s'agirait du DIME, l'arme adéquate pour les assassinats ciblés pratiqués par Tsahal dans la bande de Gaza à partir de drones ou d'hélicoptères.

Ces nouveaux projectiles ont été utilisés à Gaza pendant la guerre du Liban, à une époque où tous les regards étaient tournés vers le pays du Cèdre. Depuis le 28 juin, date du lancement de l'opération Pluies d'été, après l'enlèvement trois jours auparavant du caporal israélien Gilad Shalit, Tsahal a mené d'innombrables incursions et bombardements dans la bande Gaza, tuant 240 personnes.

Michel Bôle-Richard

Le Monde 13.10.06

Le Mystère de la bombe secrète à l'uranium d'Israël

Par Robert Fisk

Israël a-t-il utilisé une nouvelle arme secrète à base d'uranium dans le Sud-Liban cet été, lors de l'assaut de 34 jours qui a coûté la vie à plus de 1.300 Libanais, pour la plupart des civils?

Nous savons que les Israéliens ont utilisé des bombes américaines anti-bunkers contre le quartier général du Hezbollah à Beyrouth. Nous savons qu'ils ont aspergé le Sud-Liban de bombes à fragmentation dans les dernières 72 heures de la guerre, laissant des dizaines de milliers de mini-bombes qui tuent toujours des civils libanais chaque semaine. Et nous savons maintenant — après qu'elle a d'abord nié catégoriquement avoir utilisé de telles munitions — que l'armée israélienne a aussi utilisé des bombes au phosphore, des armes qui sont censées être réglementées en vertu du troisième protocole des Conventions de Genève, que ni Israël, ni les États-Unis n'ont signé.

Mais des preuves scientifiques collectées à partir d'au moins deux cratères de bombes, à Khiam et à At-Tiri, théâtre de combats féroces entre les combattants du Hezbollah et les soldats israéliens en juillet et août derniers, suggère que des munitions à base d'uranium puissent être aussi incluses dans l'inventaire des armes d'Israël — et qui ont été utilisées contre des cibles au Liban. Selon le Dr Chris Busby, le Secrétaire Scientifique britannique du Comité Européen sur les Risques de Radiations, deux échantillons de sol, projetés par les bombes massives ou guidées, ont montré des "signatures radioactives élevées". Ces deux échantillons ont été transmis au laboratoire Harwell dans l'Oxfordshire pour de plus amples examens par spectrométrie de masse — utilisée par le Ministère de la Défense — qui ont confirmé, dans ces échantillons, la concentration d'isotopes d'uranium.

Le rapport initial du Dr Busby établit qu'il y a deux raisons possibles pour cette contamination. "La première est que l'arme était un petit équipement original expérimental de fission nucléaire (c'est à dire, une arme thermobarique[1]) basée sur la température élevée de l'éclair causé par l'oxydation d'uranium... La seconde est que cette arme était une arme conventionnelle de pénétration anti-bunker à l'uranium utilisant de l'uranium enrichi plutôt que de l'uranium appauvri". Une photographie de l'explosion de la première bombe montre de grands nuages de fumée noire qui pourraient résulter de la combustion de l'uranium.

L'uranium enrichi est produit à partir du minerai naturel d'uranium et est utilisé comme combustible pour les réacteurs nucléaires. Les déchets produits par le processus d'enrichissement constituent l'uranium appauvri. C'est un métal extrêmement dur, utilisé dans les missiles antichars pour percer les blindages. L'uranium appauvri est moins radioactif que l'uranium naturel, qui est lui-même moins radioactif que l'uranium enrichi.

Israël a la mauvaise réputation de ne pas avoir dit la vérité à propos de l'usage qu'il a fait des armes au Liban. En 1982, Israël a nié avoir utilisé des munitions au phosphore sur des zones habitées par des civils — jusqu'à ce que des journalistes découvrent des civils morts ou en train de mourir dont les blessures s'enflammaient lorsqu'elles étaient exposées à l'air.

J'ai vu deux bébés morts qui, lorsqu'ils furent sortis du tiroir de la morgue à Beyrouth-Ouest, lors du siège de la ville, ont soudain repris feu. Israël a officiellement nié avoir utilisé à nouveau le phosphore au Liban cet été — sauf pour "marquer" des cibles — même après que des civils furent photographiés dans les hôpitaux libanais avec des brûlures correspondant aux munitions au phosphore.

Et puis, dimanche dernier, Israël a soudainement admis qu'il n'avait pas dit la vérité. Jacob Edery, le ministre israélien en charge des relations avec le parlement, a confirmé que des obus au phosphore ont été utilisés dans des attaques directes contre le Hezbollah, ajoutant que "selon la loi internationale, l'usage de munitions au phosphore est autorisé et l'armée (israélienne) respecte les règles des normes internationales"[2].

Interrogée par The Independent pour savoir si l'armée israélienne avait utilisé, au Liban cet été, des munitions à base d'uranium, Mark Regev, le porte-parole du Ministère des Affaires Etrangères israélien a déclaré: "Israël n'utilise aucun armement qui n'est pas autorisé par la loi internationale ou les conventions internationales". Ce qui soulève toutefois plus de questions que cela n'apporte de réponses. En effet, une grande partie de la loi internationale ne couvre pas les armes modernes à l'uranium parce que ces dernières n'étaient pas inventées lorsque les règlements humanitaires, tels que les Conventions de Genève, furent établis et parce que les gouvernements occidentaux refusent toujours de croire que leur utilisation peut causer des dommages à long-terme sur la santé de milliers de civils vivant dans les zones touchées par ces explosions.

Les forces américaines et britanniques ont fait usage de tonnes d'obus à l'uranium appauvri (UA) en Irak en 1991 — leurs têtes à pénétration renforcée étant fabriquées à partir des produits des déchets de l'industrie nucléaire — et cinq années plus tard, une épidémie de cancers est apparue au sud de l'Irak.

Les déclarations initiales de l'armée des États-Unis ont prévenu des conséquences graves pour la santé publique si de telles armes étaient utilisées contre des véhicules blindés. Mais les gouvernements américain et britannique ont tout fait pour minimiser ces affirmations. Pourtant, les cancers continuent de se répandre. Des rapports confirment que les civils en Bosnie — où l'UA était aussi utilisé par les avions de l'Otan — souffrent de nouvelles formes de cancer. Les obus à l'UA ont été à nouveau utilisés lors de l'invasion anglo-américaine de l'Irak en 2003, mais il est trop tôt pour enregistrer leurs effets sur la santé.

"Lorsqu'un obus-flèche à l'uranium touche une cible dure, les particules de l'explosion ont une durée de vie très longue dans l'environnement", a déclaré hier le Dr Busby. "Elles se répandent sur de longues distances. Elles peuvent être inhalées par les poumons. L'armée semble réellement croire que ce truc n'est pas aussi dangereux qu'il n'est [en réalité]". Alors, pourquoi Israël utiliserait-il une telle arme lorsque ses cibles — dans le cas de Khiam, par exemple — ne se trouvent qu'à trois kilomètres de la frontière israélienne? La poussière soulevée par les munitions à l'UA peut être soufflée de l'autre côté des frontières internationales, exactement comme le chlore, utilisé dans les attaques par les deux camps lors de la Première Guerre Mondiale, s'est souvent rabattu sur leurs auteurs.

Chris Bellamy, le professeur de sciences et de doctrine militaires à l'Université de Cranfield, qui a passé en revue le rapport de Busby, a déclaré: "Au pire, il s'agit d'une sorte d'arme expérimentale avec un composant à l'uranium enrichi, dont nous ne connaissons pas encore l'objectif. Au mieux — s'il est possible de dire une telle chose — cela montre une attitude remarquablement cavalière pour l'utilisation des produits des déchets nucléaires".

L'échantillon de sol provenant de Khiam — site d'une prison tristement célèbre pour sa pratique de la torture lorsque Israël occupait le Sud-Liban entre 1978 et 2000 et ligne de front et bastion du Hezbollah lors de la guerre de cet été — était un échantillon de terre rouge percutée par une explosion; le taux d'isotopes était de 108, indiquant la présence d'uranium enrichi. "Les effets sanitaires sur les populations civiles locales, à la suite de l'utilisation de gros obus-flèches à l'uranium, et la grande quantité de particules d'oxyde d'uranium pouvant être respirées dans l'atmosphère", dit le rapport de Busby, "ont toutes les chances d'être significatives... nous recommandons que la zone soit examinée pour rechercher d'autres traces de ces armes, avec pour objectif de la nettoyer".

La guerre du Liban de cet été a commencé après que les combattants du Hezbollah ont traversé la frontière libanaise pour pénétrer en Israël, capturer deux soldats israéliens et en tuer trois autres, provoquant Israël à déchaîner un bombardement massif sur les villages, villes, ponts libanais et autres infrastructures civiles. [NdT: les cinq autres soldats qui sont tombés durant le raid du Hezbollah, et dont la mort est attribuée par Israël — et les Occidentaux en général — au Hezbollah, ont sauté sur des mines antipersonnel posées par les Israéliens eux-mêmes]. Des associations des droits de l'homme ont dit qu'Israël avait commis des crimes de guerre en attaquant les civils. Toutefois, le Hezbollah s'est aussi rendu coupable de tels crimes, parce qu'il a tiré vers Israël des missiles remplis de billes de roulement, transformant leurs roquettes en bombe à fragmentation primitives à explosion unique.

Cependant, de nombreux Libanais ont conclu depuis longtemps que la dernière guerre du Liban a été un terrain de test d'armes pour les Américains et les Iraniens, qui les ont fournies respectivement à Israël et au Hezbollah. De la même manière qu'Israël a utilisé dans ses attaques des missiles étasuniens (non-prouvé jusqu'à présent), les Iraniens ont pu tester une roquette qui a touché une corvette israélienne au large de la côte libanaise, tuant quatre marins israéliens et faisant presque sombrer le vaisseau après un feu à bord qui a duré 15 heures.

Ce que les fabricants d'armes ont fait des dernières découvertes scientifiques de l'usage potentiel d'armes à l'uranium au Sud-Liban n'est pas encore connu. Ni leurs effets sur les civils.



Traduction JFG

The Independent, le 28 octobre 2006 Article original: "Mystery of Israel's secret uranium bomb"

Israel admits using phosphorus bombs
during war in Lebanon

Meron Rappaport

Israel has acknowledged for the first time that it attacked Hezbollah targets during the second Lebanon war with phosphorus shells. White phosphorus causes very painful and often lethal chemical burns to those hit by it, and until recently Israel maintained that it only uses such bombs to mark targets or territory.

The announcement that the Israel Defense Forces had used phosphorus bombs in the war in Lebanon was made by Minister Jacob Edery, in charge of government-Knesset relations. He had been queried on the matter by MK Zahava Gal-On (Meretz-Yahad).

"The IDF holds phosphorus munitions in different forms," Edery said. "The IDF made use of phosphorous shells during the war against Hezbollah in attacks against military targets in open ground."

Edery also pointed out that international law does not forbid the use of phosphorus and that "the IDF used this type of munitions according to the rules of international law."

Edery did not specify where and against what types of targets phosphorus munitions were used. During the war several foreign media outlets reported that Lebanese civilians carried injuries characteristic of attacks with phosphorus, a substance that burns when it comes to contact with air. In one CNN report, a casualty with serious burns was seen lying in a South Lebanon hospital.

In another case, Dr. Hussein Hamud al-Shel, who works at Dar al-Amal hospital in Ba'albek, said that he had received three corpses "entirely shriveled with black-green skin," a phenomenon characteristic of phosphorus injuries.

Lebanon's President Emile Lahoud also claimed that the IDF made use of phosphorus munitions against civilians in Lebanon.

Phosphorus has been used by armies since World War I. During World War II and Vietnam the U.S. and British armies made extensive use of phosphorus. During recent decades the tendency has been to ban the use of phosphorus munitions against any target, civilian or military, because of the severity of the injuries that the substance causes.

Some experts believe that phosphorus munitions should be termed Chemical Weapons (CW) because of the way the weapons burn and attack the respiratory system. As a CW, phosphorus would become a clearly illegal weapon.

The International Red Cross is of the opinion that there should be a complete ban on phosphorus being used against human beings and the third protocol of the Geneva Convention on Conventional Weapons restricts the use of "incendiary weapons," with phosphorus considered to be one such weapon.

Israel and the United States are not signatories to the Third Protocol.

In November 2004 the U.S. Army used phosphorus munitions during an offensive in Faluja, Iraq. Burned bodies of civilians hit by the phosphorus munitions were shown by the press, and an international outcry against the practice followed.

Initially the U.S. denied that it had used phosphorus bombs against humans, but then acknowledged that during the assault targets that were neither civilian nor population concentrations were hit with such munitions. Israel also says that the use of "incendiary munitions are not in themselves illegal."

Ha'aretz, 23 octobre 2006

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RAS LE BOL

Ken Loach boycotte Israël

Le metteur en scène britannique a décidé de boycotter le festival international du film à Haïfa. Il a annoncé publiquement qu'il rejoignait le boycott académique d'Israël.

Dans son message, il a déclaré: je soutiens l'appel des artistes et des producteurs de cinéma pour le boycott des institutions israéliennes soutenues par l'État d'Israël et je demande aux autres de rejoindre cette campagne.

Les Palestiniens ont été contraints à lancer cet appel de boycott après 40 (??) ans d'occupation de leur terre, la destruction de leurs maisons et le meurtre de leurs citoyens, sans qu'ils aient un espoir de cesser cette répression. En tant que citoyens britanniques, nous devons reconnaître la responsabilité personnelle, et nous dénonçons le gouvernement britannique, le gouvernement des États-Unis pour leur soutien à l'armement israélien. Nous devons nous opposer au terrorisme des gouvernements britannique et américain illégitimes.

Nous ne pouvons pas ignorer cet appel des amis palestiniens. Je refuse l'invitation qui m'a été adressée de participer au festival des films à Haïfa ou tout autre événement semblable en Israël.

Appel de l'association Palestine en marche (septembre 2005)

Pourquoi boycotter et sanctionner l’État d’Israël?

Le peuple palestinien, constitué pour plus de la moitié de réfugiés, est privé depuis plus d’un demi-siècle et malgré plusieurs résolutions internationales de son droit au retour dans son pays, sur ses terres et ses propriétés: dans les camps de l’exil, dans les camps situés dans les territoires occupés en 1967 ou à l’intérieur même de l’État d’Israël, les réfugiés revendiquent le droit de rentrer chez eux.

Quand il n’est pas exilé, le peuple palestinien subit l’occupation: bombardements, raids meurtriers sur les camps, les villages et les villes, arrestations, démantèlement des structures sociales, économiques et politiques: démolition des maisons et des usines, destruction des écoles et des administrations. Les agglomérations palestiniennes sont démembrées par les colonies de peuplement et les routes reliant ces colonies auxquelles a été ajouté le mur de l’annexion; les populations sont décimées par les arrestations massives et les 9000 prisonniers sont privés de tous leurs droits, considérés comme des criminels par l’État occupant.

Dans le cadre de l’État sioniste instauré en 48 où vivent un million et demi de Palestiniens considérés par l’État comme des citoyens, les Palestiniens sont expropriés de leurs terres, expulsés de leurs villages non-reconnus, leurs maisons sont démolies et leurs institutions religieuses détruites ou profanées. Ils sont assassinés et menacés par la judaïsation de leurs terres et le nettoyage ethnique.

Malgré cette injustice flagrante subie par le peuple palestinien depuis près d’un siècle, les puissances occidentales ont décrété unilatéralement qu’il y a un processus de paix. Au lieu de faire pression sur l’État d’Israël, pour l’application des décisions internationales et mettre fin à l’occupation, favoriser le retour des réfugiés et accorder le droit à l’autodétermination du peuple palestinien, où qu’il se trouve, les puissances occidentales (USA et UE) font pression sur le peuple palestinien pour entériner l’injustice accomplie, accepter la domination de l’idéologie sioniste, coloniale et raciste, sur la région et arrêter toute résistance pourtant légitimée par les résolutions internationales. Ces puissances occidentales exercent des pressions sur les pays arabes pour les amener à normaliser leurs relations avec le régime sioniste et entériner l’occupation de la Palestine et le démembrement du peuple palestinien.

- Parce qu’un appel au boycott de l’État d’Israël et aux sanctions les plus vastes a été lancé par plus de 172 associations palestiniennes, représentant la société civile, les organisations et partis palestiniens. Cet appel dit:

«Nous, représentants de la Société Civile Palestinienne, invitons les organisations des sociétés civiles internationales et les gens de conscience du monde entier à imposer de larges boycotts et à mettre en application des initiatives de retrait d'investissement contre Israel tels que ceux appliqués à l'Afrique du Sud à l'époque de l'Apartheid.


Nous faisons appel à