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Dans Les Beaux Draps, ouvrage pubhé en mars 1941, Céline, on s'en souvient, écrivait: «Vinaigre! Luxez le Juif au poteau! y a plus une seconde à perdre! C'est pour ainsi dire couru! ça serait un miracle qu'on le coiffe! une demi-tête!... un oiseau!... un poil!... un soupir!... » (p. 197-198).
«Luxez au poteau!» signifiait «coiffez au poteau!» ou «battez au poteau!» et la course en question était la course au communisme salvateur. Céline, comme j'ai eu l'occasion de l'écrire, appelait de ses voeux un communisme à la bonne franquette, un communisme Labiche, (1) faute de quoi, annonçait-il, les Français auraient à subir le sinistre communisme juif, marxiste ou stalinien du docteur Toutvabienovi(t)ch (R. Faurisson dans Actes du colloque international de Paris (27-30 juillet 1976), Société d'études céliniennes, 1978, p. 181-182). je rappelais alors que, selon Gaston Esnault et son Dictionnaire des argots (Larousse, 1965), tel était bien le sens de «luxer», en particulier dans l'argot des carabins.
En 1997, une attaque de Marc Crapez m'obligeait à revenir sur le sens du mot. J'insistais alors sur le fait que «luxez au poteau!» ne signifiait pas «collez au poteau!» et qu'il convenait de ne pas prendre le poteau d'arrivée d'une course de chevaux pour le poteau d'exécution des fusilleurs (Le Bulletin célinien, juillet-août 1997, p. 5-6).
Peu après, Marc Laudelout publiait une mise au point, à valeur de confirmation, où se révélait que des auteurs comme Edmond et Jules de Goncourt, en 1892, ou Paul Valéry, en 1895, avaient employé le mot de «luxer» en un sens très proche de celui qu'on lui trouve dans Les Beaux Draps (ibid., décembre 1997, p. 8).
Dans l'une de ses Lettres à la N.R.F (1931-1961) (Gallimard, 1991, p. 586), Céline, en 1961, utilisera à nouveau le mot de «luxer». Relevant que, dans un catalogue (qui pourrait avoir été celui de la «Bibliothèque de la Pléiade», nous précise Pascal Fouché), son nom n'apparaît pas, il écrira: «Vous avez sûrement noté que dans la Table des Matières je suis pudiquement omis alors que Malraux et Montherlant... je suis luxé! une fois de plus.»
Quant à l'expression, plus banale, de « coiffer
au poteau », Céline l'avait employée, par
exemple, dans sa correspondance avec sa femme au sujet de leur
avocat au Danemark, Me Mikkelsen: «Il n'a remporté
que des sales défaites avec mon cas et de cuisantes humiliations,
toujours coiffé au poteau comme on dit en terme de course
-- battu à chaque arrivée» (Lettres
de prison à Lucette Destouches et à Maître
Mikkelsen (1945 - 1947), Gallimard, 1998, p. 245).
La cause me paraît donc entendue: n'en déplaise à ses nouveaux épurateurs, Céline ne nous invitait pas à coller les juifs au poteau d'exécution mais à coiffer ces derniers au poteau de la course au communisme.
Note
1. « Moi je me sens communiste sans un atome d'arrière-pensée!»
(Bagatelles pour un massacre, Denoël, 193 7, p. 81).
14 octobre 1999
Paru dans Etudes révisionnistes, volume I, 2001,
p. 44-45.
[Première mise au net: 28 mars 2001]
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