Q. Pensez-vous que l'exclusion
de Bruno Gollnisch pour cinq ans est justifiée ?
Non. Ce 3 mars, sous
la présidence de Luc Saïdj, la section disciplinaire
a prononcé : « Il est interdit à M. Bruno
Gollnisch d'exercer toutes fonctions d'enseignement ou de recherche
dans l'Université Jean Moulin-Lyon 3 pendant cinq ans,
avec privation de la moitié du traitement.- La présente
décision est exécutoire nonobstant appel. »
Les six membres de la section disciplinaire n'ont fourni aucune
véritable justification à l'appui de cette mesure.
Dans leurs considérants sur le fond, ils ont, à
ONZE reprises, blâmé le professeur pour ce qu'ils
ont appelé ses « propos ». Mais pas une seule
fois ils n'ont reproduit ne fût-ce qu'UN seul desdits «
propos ». B. Gollnisch avait mis la section disciplinaire
en garde contre les déclarations, pour certaines totalement
contradictoires, que lui avaient témérairement attribuées
certains organes de presse et il avait rappelé une exigence
du droit : en toute occurrence, les propos incriminés doivent,
de façon absolue, être intégralement cités,
analysés et qualifiés. Ces propos sont à
placer entre guillemets. C'est donc en connaissance de cause que
ses collègues l'ont condamné sans lui dire exactement
pourquoi. En fin de compte, ce conseil de discipline vient d'instituer
à Lyon, le 3 mars 2005, ce que désormais il faudra
bien appeler le « délit sans corps de délit
».
Q. Estimez-vous qu'il est allé trop loin en remettant
en cause l'existence des chambres à gaz pendant la seconde
guerre mondiale ?
Il n'a jamais remis en cause l'existence des chambres
à gaz. Il a, au contraire, dit qu'il croyait en leur existence.
Il a précisé que, spécialiste de l'Extrême-Orient,
il pouvait répondre à des questions sur Pearl Harbor,
Midway ou le Tribunal de Tokyo, mais qu'incompétent sur
d'autres aspects de la deuxième guerre mondiale comme «
le drame concentrationnaire », les « crimes de guerre
» ou les « crimes contre l'humanité »
commis à l'Ouest, il souhaitait que les historiens spécialistes
puissent s'interroger en toute liberté sur ces sujets-là.
Pour sa part, lorsqu'il a critiqué les juges de Nuremberg,
c'était à propos du massacre programmé de
milliers de prisonniers polonais dans la forêt de Katyn,
un massacre attribué aux Allemands alors que le crime avait
été notoirement commis par les Soviétiques.
Les 1er et 2 juillet 1946, les quatre juges alliés, dont
le juge soviétique, avaient eu l'aplomb d'organiser sur
le sujet une mascarade judiciaire au terme de laquelle, mis en
difficulté par un avocat allemand, ils avaient soudain
déclaré, en invoquant l'article 21 du Statut, que
le rapport de la commission d'enquête soviétique
sur Katyn avait automatiquement valeur de « preuve authentique
», indiscutable et irrécusable. Mais revenons au
sujet que vous soulevez, celui des chambres à gaz. En France,
la loi Fabius-Gayssot (13 juillet 1990) interdit de contester
l'existence des « crimes contre l'humanité
» tels que ceux-ci se trouvent définis et condamnés
dans le texte du jugement de Nuremberg. A ce titre, contester
l'existence des chambres à gaz, véritables
abattoirs chimiques (à bien distinguer des fours crématoires),
revient à encourir de lourdes peines. Mais jamais cette
loi n'a interdit de s'interroger sur la nature de ces abattoirs,
leurs emplacements, leurs modes et durées de fonctionnement,
leurs rendements, etc. Depuis soixante ans, les historiens spécialistes
de « l'Holocauste des juifs » ont pu noter que, dans
son jugement, le Tribunal militaire international de Nuremberg
a été aussi bref que vague sur le chapitre des chambres
à gaz. Le texte du jugement ne comporte là-dessus
qu'une cinquantaine de lignes sur 187 pages, soit 0,006% de l'ensemble.
Les juges se sont contentés de déclarer : «
Un certain nombre de camps de concentration possédaient
des chambres à gaz pour l'exécution massive des
prisonniers. » Les simples mots : « Un certain nombre
», autorisent un libre débat sur le sujet des camps
« avec » ou « sans » chambre(s) à
gaz. Pour sa part, le jugement ne mentionne que les camps d'Auschwitz
et de Treblinka. Il ne fournit aucune preuve, ni ne produit aucune
expertise. Il se contente d'invoquer une « confession »
de Rudolf Hoess dont il ne cite en tout et pour tout que deux
extraits. Aux yeux des historiens ou des auteurs les plus orthodoxes,
l'affaire des chambres à gaz nazies n'est pas simple. Par
exemple, pour Martin Broszat (1960) et pour Olga Wormser-Migot
(1968), il y a un « problème des chambres à
gaz » parce que des camps où des témoins ont
dit qu'il y avait eu des chambres à gaz n'en ont, en fin
de compte, jamais eu. Pour le doyen Michel de Bouärd (1986),
membre de l'Institut, responsable de la Commission de l'histoire
de la déportation au sein du Comité d'histoire de
la deuxième guerre mondiale et lui-même ancien déporté,
« le dossier est pourri ». Pour Arno J. Mayer (1988),
« Les sources pour l'étude des chambres à
gaz sont à la fois rares et peu sûres ». Pour
Jean-Claude Pressac (1995), auteur pourtant de deux livres orthodoxes
sur le sujet (1989 et 1993), le dossier des chambres à
gaz est, à la fin des fins, « pourri » (il
reprend là le mot de M. de Bouärd) et, ajoute-t-il,
il est même « trop tard » pour « redresser
la barre ». Pour Christopher Browning (1993), « Hoess
a toujours été un témoin très faible
et confus ». La « chambre à gaz » du
camp principal d'Auschwitz, qui a été, depuis 1948,
visitée par des millions de touristes, n'est ni «
authentique », ni « reconstituée », ni
« reconstruite », ni « très semblable
à l'originale », ni « symbolique », mais
« tout y est faux » et elle n'est qu'« une chambre
à gaz supposée. C'est indéniable »
(Eric Conan, 1995 ; puis, en 2001, Jean-Marc Turine et Valérie
Igounet dans un livret de CD préfacé par Simone
Veil). Ajoutons les déchirantes révisions auxquelles
s'est livré le plus prestigieux des historiens de la question,
l'Américain Raul Hilberg. Sans compter les stupéfiantes
et successives révisions à la baisse du chiffre
officiel des morts d'Auschwitz. Sans oublier l'histoire du «
savon juif » et celle des « abat-jour en peau humaine
», accréditées par les juges de Nuremberg
mais, en réalité, fausses. Sans mentionner bien
d'autres révisions encore, qui sont connues des historiens
mais largement inconnues du grand public et des journalistes.
Ces rectifications et ces révisions ont fait l'objet de
vives controverses, mais, sauf en Allemagne, n'ont entraîné
aucune condamnation judiciaire.
Q. Pensez-vous qu'il faut le soutenir aujourd'hui et de
quelle manière ?
Il faut évidemment soutenir un universitaire qui,
au détour d'une interview, a pris la défense de
la liberté de recherche historique. On peut lui venir en
aide soit comme l'ont fait quelques-uns de ses collègues
et de ses étudiants d'abord dans une déclaration
de six pages (voy. PJ), puis par une manifestation publique, soit
comme l'ont fait avec beaucoup de panache des autorités
universitaires de plusieurs pays de l'Est, soit, comme dans le
cas de Raymond Barre, par une simple observation apaisante, soit
comme le Conseil d'Etat l'a fait dans une récente décision
en référé, soit encore comme l'humoriste
Dieudonné, lequel sait, lui aussi, à quoi s'en tenir
sur une certaine police de la pensée et sur les violences
pratiquées par certains justiciers professionnels. L'ordonnance
rendue, ce 14 mars, par le juge des référés
du Conseil d'Etat constitue un rappel à la décence
pour ceux qui se moquaient de la présomption d'innocence
dont B. Gollnisch aurait dû bénéficier. Selon
le juge, en l'espèce, « une atteinte GRAVE et MANIFESTEMENT
illégale a été portée à une
liberté FONDAMENTALE. » par le recteur Alain Morvan
au détriment du professeur Gollnisch. Par ailleurs, si
la liberté d'expression connaît justement des limites,
la liberté de recherche, elle, ne saurait se voir prescrire
de limitations en matière d'histoire.
Q. Quelles sont vos relations aujourd'hui avec Bruno Gollnisch
?
Je n'ai rencontré B. Gollnisch que récemment,
à ma demande, pour en savoir plus sur les péripéties
médiatiques, administratives et judiciaires de son aventure.
Q. Pour vous, quels sont ses qualités et ses défauts
?
Je ne connais pas assez l'homme pour me prononcer là-dessus.
Q. Pensez-vous qu'il a la carrure pour devenir le prochain
président du FN ?
Je l'ignore. Un professeur peut-il avoir la carrure nécessaire
pour présider avec succès un important parti politique
?
Note du 28 mars 2005
Le journaliste Jean Barbier m'a répondu : « Nous ne publierons pas votre texte qui est trop long et qui ne répond pas vraiment à nos questions. Ce qui nous confirme l'intérêt d'une interview spontanée. - Nous préférons nous référer au texte que vous nous avez envoyé au départ pour résumer votre pensée et qui est intitulé « Pour la défense de Bruno Gollnisch ».
Le journaliste n'avait fixé aucune limite à l'étendue de mes réponses.
J'ai pour habitude de répondre aux questions et non à côté des questions qui me sont posées et il me semble que c'est ici le cas.
Le texte intitulé « Pour la défense de Bruno Gollnisch » était celui que je mentionnais au début de ma réponse à la troisième question et que, comme annoncé, j'avais envoyé en PJ. Il est signé d'un collectif et ne saurait représenter ou permettre à quiconque de résumer ma pensée. Il a été publié dans le magazine belge Sans Concession (novembre 2004, p. 17-23), qui l'a accompagné de huit illustrations et présenté en propre terme comme l'oeuvre d'un « Collectif », dont on découvre, à la fin du texte, qu'il a été composé de « Collègues, étudiants et amis de Bruno Gollnisch ».
J'ai donc envoyé sur ce point une mise en garde au journaliste Jean Barbier ainsi qu'à Philippe Brunet-Leconte, directeur responsable et rédacteur en chef de Lyon Mag'.
27 mars 2005
Ce
texte a été affiché sur Internet à
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ARTICLE 19 <Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit>