AAARGH
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Le discours
de la dernière chance
Paul Rassinier
1953
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CHAPITRE III
La Thalassocratie
moderne
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LA situation créée par la guerre de 1939-45 n'est
pas plus accessible aux hommes de 1952 que ne l'était,
aux hommes de 1919, celle qui fut créée par la guerre
de 1914-18. Du moins doit-on reconnaître que, dans la mesure
où elles atteignent l'opinion, les discussions publiques
s'égarent dans des aspects tout aussi secondaires de la
question.
Circonstance aggravante, ces discussions
se déroulent dans un climat plus décevant encore,
en ce qu'il est devenu absolument inutile d'en appeler au sens
de l'horreur. Ici, on a connu Oradour, les bombardements de Hambourg,
Dresde, Leipzig, etc. L'horreur est maintenant une disposition
congénitale d'esprit, de l'adversaire. Elle a des frontières
nationales et il est à peu près impossible de la
transposer sur le plan humain ou social pour les besoins du jugement.
Par surcroît, toute une littérature est née
de nécessités alimentaires ou autres, qui s'est
mise au service des politiques en lice et a émoussé
toutes les sensibilités à force de la cultiver,
d'en rajouter sans scrupules et au-delà de l'imaginable,
pour le [74] seul bénéfice de quelques effets
souvent douteux, d'un lyrisme toujours déplacé et
d'assez peu noble inspiration. Curzio Malaparte, David Rousset
et quelques autres ont, sur ce point, administré la preuve
que Dante n'était qu'un drôle, et les visions les
plus apocalyptiques qu'on pourrait construire par anticipation
sur la guerre future seraient, à n'en pas douter, sans
aucun effet sur leurs lecteurs. Le professeur Langevin, le major
Nye, le comte Habsbourg, etc., qui nous avaient, avec quelque
succès, représenté la guerre de 1939 dans
ses possibilités de dévastation en tous genres,
s'ils revenaient aujourd'hui, feraient sourire et seraient tout
au plus jugés dignes d'alimenter la verve humoristique
du Canard enchaîné. L'opinion n'offre donc
plus de prise sur ce point. Les dirigeants de tous les Etats du
monde non plus, d'ailleurs, et ceci explique probablement cela.
Aussi bien, cette constatation amère
n'est qu'un terme de comparaison et ne peut intervenir dans le
débat que pour caractériser un climat qui pèse
lourdement sur toutes les spéculations. La culture de l'horreur
dans la perspective d'un avenir incertain a chargé de plus
d'attraits que les autres le côté matériel
de la vie. Le besoin de savoir a cédé le pas au
besoin de manger et à ses succédanés. L'homme
de 1953 a pris l'habitude de vivre au jour le jour et très
l'écart d'un destin qu'il appréhende de s'expliquer
à lui-même. Dans de telles conditions, même
en produisant les spéculations les plus concrètes
et les mieux adaptées à ce qu'il croit être
le niveau de compréhension ou le degré de perméabilité
de ses contemporains, le chroniqueur le plus qualifié a
encore toutes les chances de ne rencontrer que de très
faibles échos et de ne provoquer aucune réaction.
Est, à plus forte raison, tout à fait gratuite,
l'hypothèse qui se nourrit des propositions suivantes:
- 1· Les mers couvrent les trois
quarts de la surface du [75] dans le cadre des structures globe et on en peut
inférer que, dans le cadre des structures traditionnelles,
l'avenir est à la Thalassocratie;
- 2· L'océan Atlantique et
le Pacifique sont appelés à jouer très prochainement,
alternativement ou conjointement, le rôle que la Méditerranée
a joué jusqu'au XV' siècle de l'ère chrétienne;
- 3· Les centres nerveux de la Thalassocratie
se déplaceront de Londres et de Tokio, (il ne faut pas
négliger qu'en Extrême-Orient, le Japon réussissait
à doubler l'Angleterre), vers Washington, qui est le centre
géographique des mers;
- 4° L'Amérique est arrivée
à un stade de développement économique et
a un potentiel de rayonnement qui la désignent pour ce
rôle;
- 5· Le pôle des réactions
continentales n'est plus ni Paris, ni Berlin, mais Moscou;
- 6· L'empire médian n'est
plus européen, mais indo-africain et il se constituera
en brisant l'étreinte du colonialisme dont le temps est
révolu. Avec la Chine, il sera l'objet des convoitises
des deux compétiteurs et il est appelé à
osciller plus ou moins partiellement de l'un à l'autre,
c'est-à-dire à naître, mourir et renaître
un certain nombre de fois;
- 7· «La guerre en question»,
de M. Jules Monnerot, s'assortit donc du mouvement d'émancipation
des peuples colonisés arrivés maintenant aux notions
d'Etat, de Nation et de Patrie, c'est-à-dire au degré
de développement économique et social qui leur
correspond. Son issue dépendra de l'issue d'ensemble de
ce mouvement. D'ores et déjà, il faut prendre texte
que l'attitude des métropoles incline ces peuples vers
Moscou.
[76]
Les signes de ce mouvement dantesque de
translation sont déjà perceptibles. Dans la première
moitié de ce siècle, I'Angleterre a perdu la primauté
navale et financière, l'Irlande, l'Egypte, l'Inde, les
concessions chinoises et iraniennes, sans parler de l'Afrique
centrale, du Canada et de l'Australie, qui sont, avec elle, en
rupture de ban plus ou moins consommée. Et M. Churchill,
qui n'a pas réussi à sauver le Commonwealth en le
centrant sur le problème allemand et en traitant avec Staline,
à bout d'expédients, essaie, avant qu'il ne soit
trop tard, de vendre ce qu'il en reste à M Eisenhower.
Le plan Marshall et les investissements américains en Afrique
française, au Congo belge et dans les Indes néerlandaises
relèvent, d'autre part, de la même explication.
Il n'est pas possible d'aller plus avant
et d'anticiper sur le développement de la situation ainsi
caractérisée. Quant à rendre sensibles les
données du problème, cela suppose, avant toute chose,
un changement de climat. Dans la mesure où ce changement
de climat est susceptible de se produire contre tous les éléments
qui vont à son encontre, c'est encore parle biais qu'il
faudrait l'envisager. Dans la série de conférences
déjà citées 1, J.-F. Horrabin espérait beaucoup de la
promotion de l'idée de Citoyenneté mondiale qu'il
justifiait en ces termes:
- La principale évidence
qui ressort de la comparaison de l'état actuel du monde
avec les périodes antérieures est le fait de l'interdépendance
économique de ses parties. Voies ferrées et routes
océaniques ont uni plus ou moins étroitement les
différentes parties du monde les unes aux autres. Et chaque
partie dépend plus ou moins d'autres parties pour des
produits vitaux tels que les matières premières,
les pétroles, les produits alimentaires. Les gouvernements
qui agissent dans l'intérêt de groupes ont beau
vouloir nier ce fait fondamental et élever des remparts
douaniers entre les différentes parties du monde, ils
ne réussissent
[77]
qu'à rendre
plus certain l'écroulement d'un système économique
qui ne peut plus s'adapter aux nécessités du monde
moderne. Le vieil Etat se suffisant à lui-même à
l'époque féodale, l'Angleterre du XVIIIe siècle
se suffisant pratiquement à elle-même, toutes ces
choses sont passées comme sont passés le servage,
la traite des esclaves et le régime des corporations artisanales.
Aujourd'hui, une petite ville industrielle du centre de l'Angleterre,
comme Luton, dépend du lointain Pacifique et de certains
districts du Japon pour les matières premières
nécessaires à son industrie principale. Et lorsque
le travailleur britannique n'est pas en chômage et peut
s'offrir un déjeuner, ce déjeuner consiste en pain
dont le blé a poussé en Amérique, en jambon
provenant de l'ouest du même continent, en beurre du Danemark
et de Sibérie, et en thé des plantations chinoises
ou indiennes.
- Et c'est dans tous les
pays, que s'est déroulé ce processus de « spécialisation
régionale », de sorte qu'il y a des régions
agricoles et des régions industrielles. qui dépendent
les unes des autres. Les Galles du Sud, comme le bassin de la
Ruhr, sont des régions d'industrie lourde, tandis que
l'Est anglais. et la Prusse orientale sont consacrées
à la culture du blé.
- Cette interdépendance
économique est basée sur deux choses:
- 1· Sur les progrès
considérables des moyens de transport et des communications,
tant terrestres que maritimes, réalisés en quatre
siècles, depuis la première ouverture des routes
océaniques;
- 2· Sur la situation
géographique particulière de certains terrains
de culture et de certaines sources de matières premières.
- Une certaine connaissance
de la répartition des principales ressources est indispensable
pour comprendre les problèmes internationaux du monde
d'aujourd'hui.
- Le premier fait à
tenir en mémoire est que « la nature n'a pas
répandu sur la planète le fer, le charbon, le cuivre
et les terres à sucre avec ta même libéralité
que l'air ou la lumière solaire ». Ces produits-là
ne se rencontrent qu'en certaines régions. Et. certaines
régions produisent beaucoup plus d'une certaine matière
première qu'elles ne peuvent en consommer elles-mêmes.
Le surplus doit être exporté en des pays qui s'en
trouvent entièrement dénués ou simplement
mal pourvus.
- [78]
- Cet échange réciproque
de produits est la base du système économique du
monde et il n'y a peut-être pas de partie du monde moderne
qui, si on l'isolait du reste du globe, ne verrait pas immédiatement
son standard de vie abaissé en quelque façon, la
ruine de quelques-unes au moins de ses industries. L'expérience
de la grande guerre et celle des années de crise mondiale
ont appris de façon directe, à ceux qui en avaient
compris la vérité théorique, comme à
ceux qui n'y avaient jamais pensé, que cette solidarité
économique du monde moderne est un fait avec lequel il
faut compter.
- Mais, si cette interdépendance
est évidente, un autre fait est encore plus évident:
c'est que son image ne se reflète pas dans l'organisation
politique du monde. Le fer de Lorraine est pratiquement sans
utilité pour quiconque est privé du charbon de
la Ruhr. Aussi, canaux et voies terrées unissent-ils mines
de fer et mines de charbon. Mais les unes et les autres sont
séparées par une frontière politique artificielle,
par une frontière dont on peut dire qu'elle est devenue
un véritable anachronisme. De semblables barrières
entre matières premières et centres industriels,
entre groupes, de producteurs et groupes de consommateurs, s'élèvent
aujourd'hui dans, lEurope entière. Elles proviennent de
ces frontières qui furent tracées dans le passé
et qui convenaient fort bien aux vieux Etats agricoles se suffisant
à eux-mêmes. Et les dirigeants d'aujourdhui, financiers
et grands industriels, utilisent ces divisions politiques pour
s'enrichir encore davantage. C'est dans des régions indépendantes
et se suffisant à elles-mêmes que tidée de
nationalité prit naissance et se développa lentement.
Mais elle est bien faite aujourd'hui pour aggraver encore la
contradiction qui résulte de l'interdépendance,
d'une part, et de frontières tracées, sans tenir
compte des nécessités économiques modernes,
d'autre part. Voyez par exemple l'empire d'Autriche-Hongrie.
Il y avait bien à reprendre à son gouvernement.
Mais il avait fini par devenir une sorte d'unité économique.
Après la grande guerre, il fut divisé en régions
« nationales ». Et chacune d'elles se révéla,
pour ainsi dire, infirme de naissance, du fait de sa séparation
d'avec les autres.
- Nous admettons la réalité
du sentiment national 2
et s'il n'y avait [79] pas d'autre preuve, les exemples
de l'Irlande et de l'Inde suffiraient à établir
cette réalité. Mais le fait demeure que les aspirations
nationales du XXe siècle ne cadrent pas avec les nécessités
économiques du XXe siècle. Et, à l'époque
du fer, du charbon et du rail, c'est un anachronisme que cette
sorte de patriotisme qui eut une réelle base matérielle
à l'époque où l'agriculture était
l'industrie principale, et la traction chevaline le seul moyen
de transport. Aujourd'hui, les hommes sont, économiquement,
citoyens du monde. Ainsi, pour avoir la clé des « problèmes
mondiaux » d'aujourd'hui, il faut comprendre et réaliser
complètement l'anachronisme fondamental de l'économie
mondiale: la solidarité économique dans la division
politique - division politique qui se manifeste par des barrières
douanières et des méthodes d'échanges financiers
qui, à leur tour, entravent la circulation des produits
et des marchandises.
-
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