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Le Drame des juifs européens

Paul Rassinier

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Chapitre 3.4

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HONGRIE

La situation des effectifs juifs y était aussi compliquée qu'en Pologne. Arthur Ruppin y avait recensé 320.000 juifs en 1926 et nous avons vu (p. 172) qu'ils pouvaient être devenus 361.600 en 1939. Le Centre mondial de documentation juive contemporaine en donne 404.000 et M. Raul Hilberg 400.000 1. Le Dr Kasztner, avons-nous vu aussi, en donne 800.000 en permanence depuis le début de la guerre 2 en y comprenant 205.800 Tchécoslovaques, 215.000 Polonais et 17.500 Yougoslaves. Total des Hongrois: 800.000 - (131.600 + 289.300 + 17.500) = 361.600. Nous retiendrons donc ce chiffre vérifie par calculs en sens inverse. Mais c'est sans importance puisque c'est seulement sur la donnée de Kasztner que nous pouvons raisonner. La question est: combien de ces 800.000 juifs ont été arrêtés et déportés? Et ici, c'est la bouteille à l'encre. C'est au sujet de la déportation et du sort des juifs hongrois que les divergences dans les récits des témoins du Mouvement sioniste international et les interprétations qui nous en ont été données par ceux qui, depuis la fin de la guerre, font métier de commenter le drame juif, sont tout à la fois les plus nombreuses, les plus profondes et les plus contradictoires. De ces divergences, le lecteur a déjà une idée par l'analyse que j'ai faite du témoignage de Höss, commandant du camp d'Auschwitz et du docteur ectoplasme Mikios Nyiszli dont mes quelques allusions au Rapport du Dr Kasztner et au livre de Joël Brand ont confirmé la pertinence sur tous les points. Elles rendaient les thèses du Mouvement sioniste international si vulnérables dans l'ensemble que c'est sur la déportation des juifs hongrois que, dans l'espoir de promouvoir une vérité officielle susceptible de rallier tout le monde, le jugement du Tribunal de Jérusalem a été le plus précis: il est bien évident, par exemple, que les cinq trains par jour, de chacun 4.000 personnes à un endroit de son témoignage et 5.000 à un autre étaient une imbécillité qu'il fallait absolument mettre hors circuit en ce sens qu'autrement, pendant les cinquante-deux jours qu'a duré la déportation des juifs [181] hongrois, cela faisait 260 trains et entre 1.040.000 et 1.300.000 déportés d'un pays où, au maximum, on n'en pouvait trouver que 800.000, dont par ailleurs on précisait que 200.000 n'avaient pas été déportés  3.


Le jugement du Tribunal de Jérusalem a donc décrété que, du 16 mai au 7 juillet 1944, en moins de deux mois, 434.351 «personnes furent déportées dans 147 trains de marchandises, à raison d'environ 3.000 personnes par train, hommes, femmes et enfants, soit 2 à 3 trains par jour en moyenne» (attendu 112) ; que «12.000 furent tuées à Kamenetz-Zodolsk au «cours de l'été 1941», que «15.000 à 50.000 périrent au travail en Galicie et en Ukraine en 1941-1942» (attendu 111) ; que «1.500 au camp de Kistarzca furent déportées le 20 juillet 1944» (attendu 113) ; que «50.000 quittèrent Budapest à pied en direction de la frontière autrichienne (220 km) à partir du 10 novembre» (attendu 115) ; et enfin «15.000 envoyés en Autriche au camp de Vienne-Strasshof pour être conservés dans la glacière» (attendu 116) à une date donnée sans autre précision qu'«après le 30 juin 1944». Au total: 557.851 à 562.851. L'attendu 115 qui fait état des 50.000 juifs partis à pied de Budapest ne le dit pas mais, le Rapport du Dr Kasztner précise que cette marche fut interrompue sur ordre de Himmler vers le 17 ou 18 novembre, que 7.500 personnes furent sauvées et ramenées à Buda-Pest et que 38.000 seulement 4 atteignirent l'Allemagne. Indépendamment de cette considération - car tout le monde n'est pas supposé avoir lu le Rapport Kasztner, et d'autant moins qu'il n'a été rendu public (dans quel état, grands Dieux!) qu'en 1961 par l'éditeur Kindler de Munich - si l'on tient compte des 200.000 survivants donnés par la statistique du Centre mondial de documentation juive contemporaine (ci-dessus p. 122) il y aurait donc eu, en Hongrie, 757.851 ou 762.861 juifs au total le 19 mars 1944. Et c'est sans doute parce que, comme moi, il avait lu le Rapport Kasztner dans l'original, que M. Raul Hilberg a ramené ce nombre à environ 750.000. Voyez comme nos méthodes et nos tempéraments diffèrent: j'en tire, moi, la conclusion que sur «les 800.000 âmes de la communauté juive hongroise» (attendu 111) il y en a 40.000 à 50.000 dont le jugement de Jérusalem n'a pu expliquer ce qu'elles étaient devenues.

[182]

Bref, reprenons toute l'affaire en détail:

1. Le nombre de trains.

Si nous sommes renseignés avec un luxe de détails sur l'arrivée de ces trains à Auschwitz-Birkenau, nous le sommes beaucoup moins sur leur départ de Hongrie. Je commence donc par dire que, rassembler 3.000 personnes dans une gare et les charger dans 40 wagons n'est pas une petite affaire et, pour le faire comprendre à qui n'est pas spécialiste des transports, je ne saurais mieux faire que citer mon propre exemple: le départ du camp de Compiègne du train dans lequel je fus déporté à Buchenwald.

Le camp de Royallieu où nous étions au préalable rassemblés pouvait contenir une dizaine de milliers de personnes. Chaque semaine, à la fin de 1943, il en arrivait environ 1.500 et il en repartait autant. Le transport dans lequel je fus inclus était de 1.500 personnes valides et une cinquantaine de malades.

Réveillés à 6 heures du matin, rassemblés sur la place d'appel, groupés 5 par 5 et par paquets de 100, nous arrivons à quit-ter le camp un peu avant huit heures, les 15 paquets de cent en tête, un camion suivant au ralenti qui transportait la cinquantaine de malades. C'est long, un cortège de 15 paquets de 100 personnes qui se suivent 5 par 5 dans chaque paquet, deux soldats l'arme au bras en serre-file en tête et en queue de chaque côté: 350 à 400 mètres avec l'intervalle entre les paquets, un important service de sécurité en tête et en queue de la colonne.

Un peu avant 9 heures, nous nous retrouvons alignés sur le quai de la gare, chaque paquet de 100 5 faisant face au wagon dans lequel il doit monter. Le train . une longue file - elle nous paraît immense - de wagons de marchandises. Combien? je n'ai pas compté. Un wagon pour chaque paquet = 15. Plus un spécial pour la cinquantaine de malades. Tour, les trois wagons, nous en remarquons un dont le toit est armé d'une mitrailleuse et d'un autre engin dont, dans mon paquet de 100, nous décidons qu'il s'agit d'un projecteur. En tête et en queue, deux wagons de voyageurs: le personnel d'accompagnement qui renforcera, si besoin est en cours de route, la sécurité répartie dans les wagons blindés. En tout, 25 à 30 wagons - 25 est un minimum. Et c'est aussi très long un train de 25 à 30 wagons. Et ça ne transporte tout de même que moins de 1.600 personnes à 100 par wagon.

[183]

Un peu après 10 heures, le train semble être prêt à partir: plus personne sur le quai, annoncent ceux qui sont placés près des lucarnes en tête et en queue du wagon. Il ne part pas. Un cheminot nous explique: ça ne part pas facilement un train qui n'est pas prévu dans les horaires, il faut d'abord prévenir toutes les gares du sillon et ça ne se fait qu'au moment où il est prêt à partir. Une longue heure d'attente encore: un peu avant midi, le train s'ébranlait...

Au total, une bonne demi-journée. Et nous en avons entendu des Los!... et des Schnell! ... A l'arrivée à Buchenwald, nous avons été déchargés un peu plus lestement et un peu plus rapidement; chaque wagon, pourtant, étaient séparément amené à quai, le quai de débarquement étant moins long que le train deux bonnes heures au moins pour libérer entièrement tous les wagons et leur permettre de repartir à vide jusqu'à Weimar.

Que ce qui se passait à Compiègne se reproduisait à Budapest point par point, ce n'est pas ce que je veux dire, mais seulement qu'ici et là on était soumis aux mêmes servitudes, fût-ce à des degrés divers, qu'on y appliquait les mêmes méthodes en fonction des mêmes principes. Ici et là, par exemple, il fallait concentrer des gens à déporter, charger des wagons, etc... tou. tes choses qui prenaient à peu près autant de temps partout.

 

De la lecture du Rapport Kasztner et du livre de Joël Brand, on garde l'impression qu'il y avait 200.000 à 250.000 juifs à Budapest, sans toutefois pouvoir avancer une estimation précise que ni l'un ni l'autre ne donne: les organisations à la tête desquelles ils étaient, apparaissent, en effet, s'être efforcées d'éviter une trop grande concentration de juifs dans la capitale et de disséminer dans tout le pays les quelque 400.000 Polonais, Tchécoslovaques et Yougoslaves qui y arrivèrent à flot continu. Où ils ne pouvaient éviter la concentration, c'était dans les régions frontières de la Hongrie et de la Roumanie que tous cherchaient à gagner et c'est pourquoi, outre Bud-ipest, un ou deux centres de ces régions (à l'Est de la Theiss) furent choisis comme points de rassemblement d'où des trains pussent partir directement pour Auschwitz sans passer par Budapest. A Budapest même, les juifs paraissent avoir été d'abord dirigés sur un endroit assez éloigné de la gare que le Dr Kasztner et Joël Brand désignent sous le nom de «la briquetterie» et dont, sans pouvoir donner un chiffre exact qu'ils ne donnent ni l'un ni l'autre non plus, on peut estimer qu'au maximum il était possible d'y grouper une dizaine de milliers de personnes. Dans la thèse officielle: de là sur la gare par colonnes de 3.000 hommes, femmes, enfants, vieillards - et bagages, précisent tous [184] les témoins qui prétendent que les juifs emportaient avec eux tout ce qu'ils pouvaient.

De toutes façons, en-deçà ou au-delà de la Theiss, il fallait concentrer: par camions sur la gare la plus proche ou à pied par fer, de la gare la plus proche au point de rassemblement. Chose curieuse: à Budapest, ce ne sont pas les juifs de la ville, en grande majorité hongrois, que l'on concentre sur «la briquetterie» mais ceux des autres régions qu'on allait chercher à 100, 150 kilomètres et même plus loin. «La briquetterie» ne pouvait d'ailleurs contenir que sa dizaine de milliers à la fois - qu'officiellement on déportait par fournées de 3.000, chacune d'elles y étant remplacée par une fournée à peu près égale. Bref: sur «la briquetterie» de Budapest ou ailleurs, il fallait des wagons pour concentrer et ces wagons, il les fallait distraire du lot de 1.000 que, nous a dit Kasztner, le Kommando Eichmann avait à sa disposition. Comme les deux opérations se faisaient en même temps puisque, dans les points de rassemblenient, on ne pouvait remplacer les juifs que par quantités égales à celles qu'on déportait, si on allait les chercher pour les rassembler, aussi loin qu'on les déportait, il aurait fallu autant de wagons pour l'une et pour l'autre opération. Mais on les déportait à environ 500 ou 550 kilomètres, au maximum 600 selon le cas, et on allait les chercher à 100, 150 ou 200.

Conclusions: deux tiers des wagons seulement pouvaient être affectés à la déportation, à peine plus. Disons 700. Et raisonnons: 4 jours pour aller à Auschwitz + 4 jours pour en revenir + une bonne demi-journée pour charger et décharger les 3.000 personnes et chaque train ne pouvait revenir à vide à son point de départ pour en repartir chargé que le soir du neuvième jour après être parti. A trois trains de quarante wagons par jour, le système était donc bloqué depuis le sixième jour après le départ du deuxième train. A deux trains par jour, il n'était bloqué que le neuvième après le départ du premier train, mais, le soir, après le retour du premier qui revenait d'Auschwitz, le deuxième pouvait repartir. Et le système pouvait fonctionner à condition que les trains marchent avec une régularité d'horloge 6.

[185]

En fait, dans ce qu'il a raconté à Sassen et d'où Life (28-11 et 5-12-1960) a tiré l'abominable gredinerie qui fut présentée à ses lecteurs comme des Mémoires authentiques, Eichmann dit qu'il n'a réussi que très rarement à faire partir deux trains par jour de la gare de Budapest. Pas digne de foi parce qu'intéressé à minimiser? Bien sûr. Mais, à en juger par les attendus de la sentence qu'ils ont rendue, pas beaucoup moins que les juges de Jérusalem et leurs témoins qui, eux, étaient intéressés dans l'autre sens et ne se sont visiblement pas privés de dramatiser au- delà de toute mesure.

2. Le nombre de personnes par train.

Comme à peu près toutes les données de source juive, le jugement du tribunal de Jérusalem. est en désaccord flagrant avec lui-même: il nous dit, à l'attendu 112, que les juifs ont été déportés de Hongrie à raison «d'environ 3.000 personnes par train» à l'attendu 127, il n'y a plus que «en moyenne 2.000 juifs par train». Et, sur ce point, au moins une négligence trahit cette thèse: on ne voit pas pourquoi, si Eichmann, présenté comme avide de déporter le plus possible de juifs, avait l'habitude d'entasser «environ 3.000 personnes par train» à raison de «70 à 100 personnes par wagon et même plus» dit l'attendu 154 - les 3.000 de l'attendu 112 font une moyenne de 70 à 80 par wagon d'un train qui en comprend 40 - à n'en aurait chargé que 1.500 comme le dit l'attendu 113 dans le train qui fit son plein au camp de Kistarzca.

Je rappelle qu'à Nuremberg, Höss a dit au professeur Gustave Gilbert que les convois étaient de 1.500 personnes et à la barre du tribunal qu'ils étaient en moyenne de 2.000 personnes (cf. ci-dessus p. 47). Dans sa confession, il parle «de 5 trains de chacun 3.000 personnes par jour» mais aussi qu'ils «ne comportaient jamais plus de 1.000 personnes» (cf. p. 47). Eichmann, lui, toujours dans ce qu'il a raconté à Sassen, prétend qu'il a déporté en tout un maximum de 200.000 juifs de Hongrie mais ne donne aucune indication très précise sur l'importance numérique de chaque convoi. Il remarque les cinq qu'a mentionnés Höss et c'est à cette occasion qu'il dit que le maximum de deux, il ne l'a pas souvent atteint. En protestant véhémentement. Il remarque aussi 3.000 par convoi et proteste non moins véhémentement. Les 2.000 dont a parlé Höss à Nuremberg ne le font pourtant pas sursauter: c'est déjà beaucoup, dit-il.

Mon opinion est, au contraire, que c'est très possible. Ce qui ne l'est pas, c'est 3.000 personnes. Combien en moins, alors? Raisonnons un peu: entre Budapest et Auschwitz, il y a 500 [186] kilomètres environ et les trains mettent quatre jours au moins pour parcourir cette distance, soit une vitesse moyenne de 125 km par jour. Pour deux raisons: la première c'est qu'ils ne sont pas prévus dans les horaires «hors sillon» disent les cheminots dans leur langage et qu'ils doivent faire de longues pauses, à tout bout de chemin, pour laisser passer les trains réguliers ; la seconde, c'est que nous étions en pleine guerre et, aux mois de mai-juin 1944, c'est-à-dire qu'ils étaient fréquemment stoppés par des attaques aériennes - menacés aussi d'attaques de partisans. Ils avaient donc besoin d'être protégés sur tout le parcours par des services sédentaires régulièrement répartis entre le point de départ et le point d'arrivée mais ils devaient aussi assurer en partie eux-mêmes leur propre protection, ce qui signifie qu'ils étaient accompagnés. On a vu que, pour transporter moins de 1.600 personnes dans 16 wagons, de Compiègne à Buchenwald, il avait fallu un train qui ne comportait pas moins de 25 wagons. Sur les quarante wagons de ceux qui partaient de Hongrie, il pouvait bien y en avoir un rninimuni de 10 pour transporter le personnel d'accompagnement et de sécurité (10 = 1 sur 4). De marchandises aussi mais ne contenant qu'une quinzaine de personnes chacun avec leurs armes et des vivres pour huit jours, soit 150 hommes armés et pour accompagner un convoi de quarante wagons, c'est un minimum. Dans tout ce que j'ai lu sur la déportation des juifs hongrois, je n'ai jamais trouvé nulle part la moindre mention de cet aspect du problème. Il est pourtant de notoriété qu'aucun convoi de cette sorte n'a jamais été lancé seul sur aucune voie de chemin de fer par les Allemands pendant la guerre: si résignés qu'aient été les juifs à se laisser aller au sort qui leur était promis, si plombés qu'aient été les wagons, à une vitesse de 125 km par jour, il n'est pas un train qui ne fût arrivé à peu près vide à Auschwitz. D'autant plus que dans tout ce qu'ils emportaient avec eux, il y avait sûrement tout ce qu'il faut pour scier, couper, arracher toutes les planches de tous les wagons. Et en toute sécurité s'ils avaient été sans surveillance. Mais, 147 trains à 150 personnes environ pour la surveillance et la sécurité = 22.050 gendarmes hongrois puisque le Kommando Eichmann n'était que de 150 hommes et qu'il n'a jamais été mendonné nulle part que des unités de la SS, de la Wehrmacht ou autres de l'armée et de la police allemandes lui aient été envoyées pour l'aider. dans ce travail.

Et je repose une question - combien de juifs? Réponse: 30 wagons maximum par train 2.400 personnes au maximum à 80 par wagon. C'est alors seulement ce chiffre de 80 par wagon [187] qui est discutable. Une fois encore, mon témoignage personnel: les juifs hongrois dont le convoi parti de Budapest pour Auschwitz était arrivé à Dora fin mai 1944. Des quelque 1.500 qui faisaient partie de ce convoi, un certain nombre avaient été dirigés sur d'autres camps dépendant de Dora dès leur arrivée (Hellrich ou autres). Combien nous étaient restés, je ne sais pas: le contenu d'un bloc. Les principes anti-racistes du nazisme voulurent qu'ils fussent totalement isolés des autres détenus: ce bloc avait été entouré de fil de fer barbelé. De ce bloc ainsi protégé, ils allaient au travail comme tout le monde, mais en Kommando à part. Pour eux, l'appel avait lieu au bloc même, avant le départ au travail et après le retour. Nous les enviions. Quinze jours après leur arrivée, quand on vous avait volé vos claquettes pendant la nuit, dérobé votre pain, si vous vouliez du tabac ou quoi que ce soit, le matin entre le réveil et le rassemblement pour l'appel ou le soir avant l'extinction des feux, il vous suffisait de faire un saut rapide jusqu'au bloc des juifs et, en échange d'autre chose, vous aviez à peu près tout ce que vous vouliez: un véritable marché. Nous les admirions: à la porte du camp, on les avait fait se déshabiller complètement pour les envoyer à la désinfection, ils y étaient entrés tout nus, leur contact avec les autres détenus étaient limités et... ils avaient quand même réussi à se procurer un peu de tout ce qu'on ne pouvait trouver dans le camp qu'avec d'énormes difficultés et au prix fort.

Au bout d'un certain temps, la surveillance particulière dont ils étaient l'objet, ne fut plus guère que de façade: à l'occasion de ces contacts, nous pûmes alors échanger quelques mots avec eux et même avoir de courtes conversations. C'est ainsi que nous apprîmes leur odyssée: ils nous parlaient de ce qu'ils avaient dû laisser à l'entrée du camp 7 et, comme nous étions des [188] anciens à leurs yeux, nous demandaient s'ils le récupèreraient, quand, comment, etc. Bref: ils avaient été transportés de Hongrie à Dora par wagon de 70 à 80 personnes, avec tous leurs bagages. Ils avaient fait un long périple de 6 à 7 jours avant d'arriver. On leur avait dit, au départ, qu'on les conduisait à Auschwitz et quand ils avaient su que c'était à Dora qu'ils débarqueraient, ils avaient été heureux. Sur Auschwitz, ils racontaient les choses les plus effroyables. Circonstance curieuse: il n'y avait ni femmes ni enfants parmi eux. Ceux-ci en avaient été séparés au départ et, sur le moment, nous n'en avons pas été étonnés puisque c'était ce qui nous était arrivé à nous.

Conclusion: les «70 à 100 personnes et même plus par wagon» dont parle l'attendu 154 du jugement de Jérusalem signifient une moyenne de 80 par wagon, la répartition des juifs s'étant faire dans les wagons, sur le quai de la gare de départ en fonction de ce qu'ils emportaient avec eux: plus dans l'un, moins dans l'autre (cf. page précédente, note 31). Avec ses «3.000 personnes environ par train» c'est, prétendant que tous les wagons étaient occupés par des juifs déportés, une moyenne de 75 par wagon que l'attendu 112 admet.

Tous les trains n'avaient d'ailleurs pas la même charge de juifs: celui qui fut chargé à Kistarzca de l'attendu 113 n'en emportait officiellement que 1.500. Il était probablement aussi de 40 wagons dont une dizaine pour la surveillance et la sécurité comme tous les autres, d'où une moyenne de 50 par wagon... Ce qui est donc probable pour l'ensemble, c'est que la charge se situait, dans les faits, entre le minimum de 1.500 indique par Höss au professeur Gilbert et le maximum possible de 2.400. Si bien que la moyenne de 75 par wagon de l'attendu 112 peut être la moyenne générale qui donne environ 2.200 par train. C'est ce qu'il y a de plus vraisemblable, en tout cas.

Cette thèse a cet avantage que, s'il était vrai, comme il le prétend, qu'Eichmann a réussi à déporter en tout 200.000 juifs [189] hongrois environ, dont 32.000 à pied, cela ferait 168.000 par fer et 168.000: 2.200 = 77 trains environ pendant les 52 jours qu'a duré la déportation des juifs hongrois. Elle aurait, en outre, cet autre avantage qu'elle est dans le domaine des choses techniquement possibles - à la limite du possible! - avec 1.000 wagons, et que, lorsqu'Eichmenn prétend qu'il n'a réussi que rarement à faire partir 2 trains par jour, on pourrait penser qu'il ne s'agit là que de l'impression d'un employé zélé qui n'atteint pas le but qu'il s'est fixé et qui exagère son échec à ses propres yeux: 77 trains en 52 jours, cela fait tout de même 2 trains par jour, un jour sur 2. Et, dans les conditions données, c'est une réussite à 75 %.

3. Bilan général de la déportation des juifs en Hongrie

 - Au 19 mars 1944 800.000
 - A fin novembre 1944 déportés . 200.000
 - non déportés .. 600.000  
 - l'attendu 111 au procès de Jérusalem fait état de 57.000 morts 8 en Hongrie et on n'en trouve pas d'autres dans le jugement  57.000
 - Survivants parmi les non déportés  543.000

La statistique officielle du Centre mondial de documentation juive contemporaine ne fait état que de 200.000 retrouvés vivants en 1945, soit 543.000 - 200.000 = 343.000 qui étaient bien vivants, qui n'étaient sans aucun doute pas tous hongrois, mais qui figurent à la statistique des morts soit en Hongrie, soit dans les autres pays d'où ils étaient venus. De ces gens qui ne figurent nulle part dans aucune statistique de vivants en Eu. rope et qui ne sont plus en Europe donc - officiellement au moins - nous étions arrivés au total de 3.813.160 au terme de notre étude de la population juive tchécoslovaque (cf. p. 180). D'où total au terme de cette étude de la population juive hongroise: 3.705.160 + 343.000 = 4.048.160 qui vivent ailleurs - avec leur progéniture depuis 1945 - s'ils ne sont pas en Europe. Il y faut naturellement ajouter, comme partout, tous ceux qui, ayant été déportés sont revenus vivants et se trouvent, eux aussi, dans le même cas.

Ci 4.048.160

Liées à la Hongrie: la Yougoslavie par le courant des juifs qui lui en venaient et la Roumanie vers laquelle ils allaient. La [190] Yougoslavie est elle-même liée à l'Italie par ceux des juifs qui y ont fui.

***

YOUGOSLAVIE

Nous avons vu que le Centre Mondial de Documentation juive contemporaine y plaçait 75.000 juifs en 1939 dont seulement: 20.000 avaient été retrouvés vivants en 1945 (cf. pp. 122 et 173). En avril 1941, la Yougoslavie fut envahie par les troupes allemandes et dépecée. Deux États y furent créés par la diplomatie de l'axe Berlin-Rome: la Croatie déclarée indépendante et la Serbie sous occupation allemande. L'Italie recevait, en outre, la Slovénie qu'elle occupait ainsi qu'une grande partie de la Croatie où elle contrecarrait systématiquement la politique anti-juive du gouvernement Pavlevich plus hitlérien que mussolinien. A l'Est, la région du Haut Vardar avec Skopje et Monastir était attribuée à la Bulgarie. Dans ce puzzle, voici comment le jugement du tribunal de Jérusalem (attendus 105 et 106) répartit les juifs yougoslaves: 30.000 en Croatie et 47.000 en Serbie, soit au total 77.000. Ne commentons pas: nous sommes habitués aux discordances entre les sources juives. Autre discordance: le jugement du tribunal de Jérusalem trouve (attendus 105 et 106 toujours) qu'en 1945 survivaient seulement: 1.500 juifs en Croatie + 5.000 en Serbie = 6.500. Voici plus grave: de ce qui précède, il résulte que toute la population juive de Slovénie où, en raison de la proximité de Trieste elle a, historiquement, toujours été la plus dense, s'est précipitée en Croatie et en Serbie pour être, soit plus proche des Allemands, soit sous leur coupe directe. Entre l'Allemagne et la Bulgarie qui n'était pas antisémite, ceux de la région du Haut-Vardar n'ont pas non plus hésité: ils se sont précipités en Serbie zone d'occupation allemande. Enfin, aucun non plus n'est allé en Hongrie où le Dr Kasztner en a trouvé un assez grand nombre pour les noter dans son Rapport. On serait même tenté de croire que 2.000 (ceux que le jugement du tribunal de Jérusalem trouve de plus que la statistique du Centre mondial de documentation juive contemporaine) sont venus d'endroits où ils ne risquaient rien pour être plus certains d'être exterminés. Il a souvent été remarqué que les juifs européens avaient accepté leur sort avec beaucoup de résignation: les juifs yougoslaves n'étaient alors pas seulement des résignés mais des masochistes.

Jusqu'au procès de Jérusalem, la Yougoslavie posait une énigme: porte-parole officiel du Centre mondial de documentation juive contemporaine, M. Poliakov nous avait expliqué [191] (Bréviaire de la Haine et Le IIIe Reich et les juifs) qu'en Yougoslavie, «les juifs s'étaient réfugiés par milliers dans les zones d'occupation italiennes»; qu'en Croatie où Krumey était arrivé le 16 octobre 1943, il n'avait pu réussir qu'à déporter moins de juifs que de Nice son collègue Aloïs Brünner qui n'avait réussi là qu'à en diriger 10.000 sur les camps de concentration 9, qu'après le coup d'État de Badoglio (sept. 1943) les juifs avaient suivi les troupes italiennes se retirant de Croatie, etc. Tout ceci ne cadre pas très bien, on le voit, avec les attendus 105 et 106 du jugement de Jérusalem. En parfaite contradiction en tout cas, à la fois avec la répartition des juifs dans les différentes zones après le démembrement et avec le nombre des déportés en Croatie, dont l'attendu 105 nous dit qu'ils furent au nombre de 28.500, à porter au compte de Krumey à l'exception de 2.800.

Sur la Serbie, M. Poliakov était à peu près muet quant aux détails: sous le timbre du Centre mondial de documentation iuive contemporaine, «pas de déportations en Serbie, tous les j<wuifs exterminés sur place», il se bornait à décréter 20.000 survivants et 55.000 exterminés pour l'ensemble de la Yougoslavie (Bréviaire de la Haine, p. 180). Pour avoir des détails précis, il fallait se reporter à d'autres auteurs (MM. Michel Borwicz, Joseph Billig, etc.) mais le malheur voulait que, si l'on faisait le total de tous les détails glanés, on arrivait péniblement à 30.000. Et on en concluait que les estimations sans fondement de M. Poliakov étaient pure fantaisie. Par voie de conséquence que ce chiffre de 30.000 étant étayé par des justifications vraisemblables, c'était celui-ci qu'il fallait prendre en considération pour l'ensemble de la Yougoslavie en l'assortissant de cette autre conclusion que, tout le monde étant d'accord sur le fait que les Italiens n'avaient jamais consenti à livrer aux Allemands aucun juif de leur zone d'occupation, M. Poliakov avait sûrement raison en ce qui concerne ceux de Croatie, que donc c'étaient ceux de Serbie qui avaient payé le plus lourd tribut à la déportation et à la mort. C'était, au surplus, logique: les Allemands les traquaient depuis 1941 et même s'ils ne les déportèrent pas avant 1942, ils étaient prêts à le faire dès qu'ils l'eurent décidé, tandis qu'ils n'y étaient pas en Croatie.

En suivant les événements dans l'ordre dans lequel ils se sont succédé, on faisait une autre découverte: la statistique établie à la fin de 1941 pour la Conférence de Wannsee par l'Alle[192]mand Korherr - donc avant que les mesures de déportation ne fussent prises en Yougoslavie  10- faisait état de 40.000 juifs qui se trouvaient encore dans l'ensemble de la Yougoslavie. Il en fallait conclure que 75.000 - 40.000 = 35.000 avaient fui en Hongrie et en Italie (cf. p. 173) puisqu'ils n'étaient plus là et n'avaient pas été arrêtés. Si on en déduisait aussi que c'est sur ces 40.000 là que les 30.000 environ, donnés en détail comme ayant été arrêtés, avaient été pris, c'était dans la logique des choses. Et en Serbie puisqu'à environ 10.000 près les Croates avaient suivi les troupes italiennes en retraite depuis septembre 1943, ça l'était encore.

Le Centre mondial de documentation juive contemporaine n'était alors autorisé à faire figurer que 30.000 juifs à la colonne des exterminés à la condition qu'ils l'aient tous été après avoir été arrêtés de sa statistique. Il en a fait figurer 55.000, soit 55.000 - 30.000 = 25.000 en trop. Étant donné que les juifs yougoslaves qui ont été arrêtés et qui sont morts en plus de ces 30.000 considérés comme justifiés, ont déjà été inclus pour partie dans les résultats des calculs faits sur la population juive hongroise et que le reste le sera dans les calculs qui seront faits sur l'Italie, on peut dire que voici encore 25.000 juifs européens vivants à ajouter aux 4.048.160 dans le même cas, auxquels nous sommes arrivés au terme de notre étude de la population juive hongroise, soit 4.048.160 + 25.000 = 4.073.160.

Ci 4.073.160

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ITALIE

Ici, Arthur Ruppin donnait 50.000 juifs en 1926 et le Centre mondial de documentation juive contemporaine en donne 57.000 en 1939. C'est très possible: au taux annuel moyen d'accroissement naturel, on trouve: 50.000 + 13 56.500. Accepté pour 57.000. Il y faut toutefois ajouter les 16.500 juifs yougoslaves (cf. p. 173) soit: 57.000 + 16.500 = 73300. En 1943, le Centre mondial de documentation juive contemporaine a trouvé 15.000 déportés exterminés et 42.000 vivants. Logiquement, il eût dû trouver 73.500 - 15.000 = 58.6W survivants et l'exagération partant sur le nombre des morts eût été de 58.600 - 42.000 16.500. En réalité, elle est plus importante car, même M. Rolf Hochhuth qui se distingua récemment par l'abominable gredinerie qu'est, sur le thème du Document Gers[193]tein, Le Vicaire (op. cit.) n'a trouvé que 8.000 juifs arrêtés en Italie et déportés, les juges de Jérusalem n'ayant trouvé, eux, que «7.500 déportés dont le nombre des survivants ne dépasse pas 600» (attendu 109) = 6.900 exterminés. Nombre de survivants dans ce cas: 73.500 - 6.900 = 66.600. Et exagération du Centre mondial de documentation juive contemporaine: 66.600 - 42.000 = 24.600. A ajouter aux 4.073.160 qui vivent hors statistiques auxquels nous sommes arrivés au terme de l'étude de la population juive yougoslave et ne sont - officiellement! - plus en Europe: 4.073.160 + 24.600 = 4.097.760.


Ci 4.097.760

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ROUMANIE


Arthur Ruppin y avait recensé 900.000 juifs en 1926 et le Centre mondial de documentation juive contemporaine n'en trouve plus que 850.000 en 1939 (L'Institute of Jewish Affairs est d'accord mais M. Raul Hilberg n'en trouve que 800.000): rien d'anormal, de Roumanie, la population juive a toujours émigré dans de fortes proportions. Au chapitre des déportés exterminés et des survivants, le premier nommé dit moitié-moitié, le second est d'accord à 5.000 près dans chaque poste et le troisième est naturellement en total désaccord: 380.000 survivants et 420.000 exterminés, dit-il. Autre remarque qui prouve à quel point tous ces gens sont conscients de ce qu'ils disent: l'auteur de la statistique du Centre mondial de documentation juive contemporaine est, on le sait, M. Poliakov (cf. p. 124) et, commentant les chiffres de sa propre statistique (Bréviaire de la Haine, p. 186), il nous dit qu'en 1939, il y avait 700.000 juifs en Roumanie et, en 1945, 250.000 seulement (op. cit. p. 188). L'attendu 110 du jugement de Jérusalem qui résume le drame des juifs roumains est très prudent: «C'est ainsi qu'environ la moitié du judaïsme roumain fût sauvée de l'extermination», déclare-t-il en fondant ce décret sur la déposition écrite du Dr Safran, grand rabbin de Roumanie mais sans référence aucune à ce qui est contenu dans cette déposition.

Pour le reste, si le rédacteur de cet attendu s'était fixé pour but de démontrer qu'aucun juif roumain n'avait jamais été déporté par les Allemands, je ne crois pas qu'il eût mieux réussi: il n'y est, en effet, cité qu'un seul projet de déportation de 200.000 juifs décidée une première fois le 26 juillet 1942 pour commencer le 16 septembre suivant, rediscuté une seconde fois le 17 septembre, puis le 26 et le 28 septembre, date à laquelle seulement on a réussi à se mettre d'accord. Mais, le [194] 22 octobre, alors que les déportations n'ont pas encore commencé, le gouvernement roumain fait savoir à son interlocuteur allemand qu'il a changé d'avis et qu'il se chargera lui-même de régler le problème juif en Roumanie.

Jusque là, la doctrine de l'Allemagne avait justement été que les Roumains se devaient eux-mêmes charger de leurs propres juifs, et toute une correspondance diplomatique atteste que ceux-ci n'avaient cessé de proposer aux Allemands de les leur livrer mais sans aucun succès: les Allemands ne les voulaient pas. Au moment où ils voulurent bien les accepter, les Roumains ne voulurent plus les leur livrer.

Le grand-rabbin de Roumanie prétend dans sa déposition - du moins les auteurs des compte rendus de presse du procès de Jérusalem le disent - que jusqu'en août 1942, les Roumains qui ne réussissaient pas à faire accepter leurs juifs par les Allemands, les exterminaient. Et il cite les massacres de juifs d'Odessa par l'armée roumaine (60.000 victimies) des pogroms à Bucarest, Ploesti, Jassy, Constanza, etc. qui firent «des victimes par dizaines de milliers» sans autres indications plus précises. Au total, il estime que, de février 1941 à août 1942, c'est «250.000 à 300.000 juifs qui ont été ainsi exterminés». Par les Roumains, pas par les Allemands.

Cette thèse est fort contestable: à Paris, à la même époque, tous ceux, dont j'étais, qui se trouvaient en jalons de secours sur les filières de l'émigration juive européenne pendant la guerre, savaient, des juifs eux-mêmes avec lesquels ils entraient en contact, qu'en Roumanie, si le gouvernement ne leur témoignait pas une sympathie particulière, du moins il leur accordait un passeport touristique qui leur permettait d'aller plus loin moyennant la redevance de 1.000 dollars. Le Grand-rabbin assure que c'est seulement à partir d'octobre 1942 que cette politique fut mise en usage et que c'est justement parce que le gouvernement Antonesco venait de le découvrir que, brusquement, après avoir tant supplié les Allemands d'accepter les juifs qu'il leur voulait livrer, il refusa au moment où ils étaient prêts à accepter. Mme Hannah Arendt se fait son écho (The New-Yorker, 16-3-1963). Un seul désaccord avec les renseignements que nous possédions à Paris en plus de la date: le prix du passeport qui était, paraît-il, non de 1.000 mais de 1.300 dollars.

Bref, cette thèse qui sur la moitié du judaïsme roumain (= 425.000 juifs sur 850.000) exterminée porte au compte de la déportation par les Allemands la différence entre «250.000 à 300.000» et 425.000, soit 125 à 175.000 juifs roumains, est fort [195] contestable pour une autre raison: les rentaniements territoriaux dont la Roumanie fut l'objet entre 1939 et 1945.

En août 1939, le Pacte germano-russe avait fait payer un lourd tribut aux contractants et à leurs amis: abandon de la Bukovine du Nord et de la Bessarabie à l'U.R.S.S. (juin 1940); une importante partie de la Transsylvanie à la Hongrie et la Dobroudja à la Bulgarie (août 1940). Le mouvement de la population. juive de ces régions à l'occasion de ces transfèrements n'a fait l'objet d'aucune étude qui soit parvenue à ma connaissance: la thèse généralement admise est qu'elle est restée sur place ou n'a que peu bougé. Il y eut d'ailleurs des accords de transfèrement de population qui n'étaient pas tous réglés lorsqu'éclata le conilit germano-russe en juin 1941. Pour ceux qui sont intéressés par ces accords, je renvoie à l'excellente étude de l'Institut national de la Statistique et des études économiques de Paris, parue en 1946 aux Presses Universitaires de France sous le titre: Les Transferts internationaux des populations.

On pense bien que depuis 1940, la Roumanie avait guetté, dans l'évolution des rapports germano-russes, les chances de récupérer les territoires dont elle avait été amputée et, notamment la Bessarabie qui était plus que les deux autres, dans le domaine des possibilités de récupération: en juin 1941, elle entra en guerre contre la Russie aux côtés de l'axe, et, non seulement la Bessarabie, mais encore une zone d'occupation qui fut appelée la Transnistrie et qui s'étendait de sa frontière de 1939, le Dniester, jusqu'au Bug, lui furent attribuées. L'Allemagne s'accordait la zone au-delà du Bug et jusqu'au Dnieper.

On pense bien aussi qu'évacuant la Bukovine et la Bessarabie, les Russes avaient aussi évacué le maximum de la population, laquelle s'évacuait d'ailleurs d'elle-même en fuyant comme partout devant les troupes allemandes. Toujours est-il que, du 11 au 21 décembre 1943, le Comité International de la Croix-Rouge envoya un de ses délégués en Roumanie: M. Charles Kolb. Il y fit un séjour du 11 décembre 1943 au 14 janvier 1944. A son retour, il rédigea un rapport dans lequel il notait que 206.700 juifs manquaient en Bessarabie-Transnistrie et 88.600 en Bukovine. Ailleurs, il ne remarqua rien d'anormal. Sur le vu de ce rapport, on peut penser que la totalité de ces 206.700 + 88.600 =_ 295.300 juifs roumains devenus russes et qui se trouvaient dans les lignes russes ont fui devant les troupes allemandes comme leurs coreligionnaires polonais en septembre 1939 et ont été sauvés de la déportation par les Allemands. On peut le [196] penser mais on ne peut pas l'assurer. De toutes façons~ M. Poliakov qui cite ce rapport (Bréviaire de la Haine, p. 371) convient «qu'à la veille de l'attaque allemande, une partie de la population juive a pu être évacuée par les Russes». De toutes façons, ce rapport étant établi sur une enquête faite en 1943-1944, c'est-à-dire à un moment où les juifs ne risquaient plus rien en Roumanie, comme il ne note aucun manquant ailleurs, on peut conclure avec certitude que, à cette date-là: 800.000 - 295.300 = 504.700 y vivaient encore et n'ont été ni arrêtés, ni déportés, ni massacrés postérieurement. On le peut penser avec d'autant plus d'assurance qu'on se sent en quelque sorte cautionné par l'attendu du jugement de Jérusalem (attendu 119) qui ne note aucune déportation de juifs roumains par les Allemands et que, s'il en notait, ce ne pourrait être qu'antérieurement au 22 octobre 1942, ce qui ne peut pas non plus être le cas puisque, jusque là, les Allemands avaient toujours refusé de zéder aux sollicitations du gouvernement roumain.

Coïncidence étrange: ces 295.300 juifs dont M. Charles Kolb a constaté qu'ils n'étaient pas en Roumanie sont dans les limites des «250.000 à 300.000» donnés par le grand rabbin comme ayant été exterminés par les Roumains. De là à penser qu'ils sont les mêmes et que pour pendre Antonesco, les Russes qui les avaient sauvés, aient prétendu qu'il les avait exterminés...

Quant à M. Raul Hilberg, il est encore plus subtil: après avoir examiné les méfaits des Einsatzgruppen en Russie et intégré dans la statistique de la Russie les juifs qu'ils ont exterminés dans des villes comme Odessa, Chisinau Cernauti, par exemple (op. cit. p. 190) il fait le compte de ceux qui manquent en Transnistrie où se trouvait Odessa de 1941 à 1944 et en Bukovine où se trouvaient les deux autres, pour les intégrer dans sa statistique de la Roumanie (pp. 485-509), c'est-à-dire qu'il les compte deux fois.

Conclusion sur la Roumanie: pour savoir exactement combien de juifs doivent y être portés manquants en 1945, il faudrait savoir tout aussi exactement combien des 295.300 manquants recensés par M. Charles Kolb à fin décembre 1943-début janvier 1944, ont été évacués par les Russes et combien sont restés sous la coupe des Allemands ou des Roumains. Or, on ne le sait pas. Il faudrait aussi savoir combien ont émigré et il doit y en avoir un certain nombre puisque les juifs roumains étaient de tous les mieux placés, ceux qui avaient le rr»oins de chenin et le moins d'efforts à faire pour quitter l'Europe. Mais si les [197] Russes avaient sauvé la moitié des manquants recensés par M. Charles Kolb et si l'autre moitié, tombée aux mains des Roumains, avaient été massacrés dans les pogroms d'Odessa, de Bucarest, de Ploesti, de Constanza, etc. (cf. ci-dessus) la population juive roumaine de 1939 pourrait se répartir ainsi:

 


qui, quoique bien vivants en 1945, auraient été portés abusivement dans la colonne des exterminés du Centre mondial de documentation juive contemporaine. A peu de chose près, c'est très vraisemblablement ce qui s'est passé.

Et voici encore 227.350 juifs européens qui vont rejoindre les 4.097.760 dans le même cas qu'eux, retrouvés au terme de notre étude de la population juive italienne, soit en tout à ce moment du discours: 4.097.760 + 227.350 = 4.325.110.

Ci 4.325.110

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BULGARIE

 

La statistique qui figure à la page 122 ne mentionnait la Bulgarie qu'au titre de sa population juive de 1939 sans indiquer les pertes. Depuis, le Centre mondial de documentation juive contemporaine a communiqué d'autres statistiques dans lesquelles la Bulgarie figurait pour 7.000 exterminés sur 50.000 personnes à la date de 1939. M. Raul Hilberg en trouve 3.000 et l'attendu 108 du jugement de Jérusalem fait seulement état de 4.000 déportés de Thrace + 7.000 de Macédoine = 11.000 sans mentionner les pertes. Pas de problème: 50.000 en 1939, [198] 11.000 déportés dont 7.000 exterminés et 43.000 survivants. Les 7.000 exterminés sur 11.000 déportés ne sont justifiés par aucun fait précis: on ne sait ni d'où ils sont partis, ni où ils sont allés. M. Poliakov qui commente la statistique dont il est l'auteur (Bréviaire de la Haine, p. 188) ne peut même pas se citer fidelement: 13.000 déportés sur 20.000 au projet, dit-il, et rien du nombre des survivants.

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GRÈCE

Même remarque que pour la Bulgarie. Ici, la statistique que j'ai citée p. 122 notait la Macédoine séparément avec 7.000 exterminés sans qu'on sache sur combien à la date de 1939. Depuis, cette mention particulière a disparu de la statistique officielle et la Grèce y reste seule avec 75.000 juifs à la date de 1939 et 60.000 déportés exterminés à la date de 1945, donc 15.000 survivants. M. Raul Hilberg, lui, donne les chiffres suivants: 74.000 en 1939, 62.000 exterminés et 12.000 survivants. L'attendu 107 du jugement de Jérusalem fait état de 80.000 en 1939, 70.000 exterminés et 10.000 survivants. Enfin, Arthur Ruppin avait déjà recensé 75.000 juifs en Grèce en 1926: émigration égale à l'accroissement naturel? C'est possible.

La Grèce était partagée en deux zones d'occupation: au Nord, les Allemands qui avaient leur quartier général à Salonique; au Sud, les Italiens qui avaient le leur à Athènes. Les juifs se répartissaient ainsi: 55.000 à 60.000 concentrés autour de Salonique en zone allemande, 15.000 à 20.000 dans la zone italienne, concentrés eux aussi autour d'Athènes. Toutes les sources juives sont d'accord pour dire que les Allemands ne commencèrent à s'occuper des juifs grecs qu'en juillet 1942 (port de l'étoile jaune) mais seulement en zone allemande: en zone italienne, rien. C'est seulement en février 1943 que commença leur rassemblement dans des ghettos à Salonique et autour. Ces mesures et opérations furent conduites par le Dr Max Merten, administrateur de la zone, avec l'aide de deux envoyés du R.S.H.A., Wislisceny et Günther à partir du 15 janvier 1943.

M. Poliakov prétend (op. cit. p. 182) que les déportations commencèrent le 15 mars 1943 et se terminèrent le 9 mai dans un premier temps: 43.000 juifs en 16 convois (2.700 personnes par convoi, un convoi tous les 3 ou 4 jours = ici, où les juifs étaient groupés, les opérations de déportation n'allaient pas si vite qu'en Hongrie où les juifs non groupés pouvaient partir à raison de 2 à 3 convois de 3.000 personnes par jour, c'est la conclusion qui s'impose) furent déportés à Auschwitz. Le reste [199] soit une bonne douzaine de milliers fut déporté en juillet-août 1943 en trois convois: à raison donc, de 4.000 par convoi, au moins. Le voyage Salonique-Auschwitz durait une dizaine de jours en moyenne et, précise M. Poliakov, à l'arrivée, les juifs étaient envoyés directement et en bloc à la chambre à gaz, sans sélection préalable des valides, tellement ils étaient en mauvais état. C'est, en effet, ce que, disant le tenir de Höss, commandant du camp, Wisliceny a prétendu à Nuremberg, mais Hëss n'a pas confirmé! Avec cet aspect de la déportation des juifs grecs, l'attendu 107 du jugement de Jérusalem n'est pas d'accord: «Les 56.000 juifs de la région de Salonique ont été tous déportés du 15 mars à fin mai 1943», dit-il, donc pas de convoi en juillet-août, mais il ne précise ni le nombre des convois, ni le nombre de personnes par convoi. L'avocat Max Merten (condamné à vingt-cinq années de prison en 1946, mais remis en liberté presque aussitôt, témoin à décharge au procès de Jérusalem) prétend que, grâce à Eichmann et malgré les efforts en sens contraire de Wisliceny, environ 20.000 juifs ont échappé à la déportation. Il prétend, en outre, que, dès qu'on leur imposa l'étoile jaune (juillet 1942) et que l'on commença à les concentrer dans des ghettos (février 1943) beaucoup de juifs de la zone allemande gagnèrent la zone italienne et que, n'étant pas d'accord avec les mesures de déportation envisagées parce qu'ils ne lui causaient aucun ennui, non seulement il n'y voyait aucun inconvénient, mais encore il les y aida autant qu'il le pût faire sans éveiller l'attention de Wisliceny et Günther. C'est d'ailleurs pourquoi, après avoir été condamné à 25 années de prison, il fut libéré.

En zone italienne, les juifs ne furent inquiétés qu'après le coup d'État de Badoglio de septembre 1943. Les opérations de déportation furent confiées à Wisliceny et à Günther. Devant le Tribunal de Bratislava qui le condamna à la peine de mort, le premier a prétendu (27 juin 1947) dans une déposition écrite que 8.000 à 10.000 de ceux de cette zone avaient été déportés. Pour la ville d'Athènes, dit l'attendu 107 du jugement de Jérusalem, «une grande partie étaient toutefois parvenus entre temps à se cacher et à prendre la fuite, de sorte qu'il n'en restait plus que 12.000». Il fallait donc rechercher tous les autres, les rassembler au préalable: pour en déporter 8.000 à 10-000, Wisliceny a dû y mettre de la bonne volonté et on voit qu'il n'a pas essayé d'amoindrir sa culpabilité. Admettons ce chiffre et raisonnons:

- Nous ne savons pas combien de juifs de la zone allemande ont réussi à passer en zone italienne, mais nous savons [200] que ceux de cette zone ont été déportés en 19 convois et quaprès il n'en restait plus. A la moyenne de 2.200 par train de 40 wagons, établie et retenue dans nos calculs pour la Hongrie, nous arrivons à un total de 2.200 X 19 = 41.800.

- AvaIent fui dans la zone italienne: 56.000 (chiffre du jugement de Jérusalem) - 41.800 = 14.200, ce qui porte la population juive de cette zone qui devait être de 75.000 - 56.000 = 19.000, à 19.000 + 14.200 = 33.200.

- Si, comme il le dit, Wisliceny en a déporté 8.000 à 10.000 il devait en rester 33.200 - 8.000 à 10.000 = 23.200 à 25.200 rescapés pour toute la Grèce.

Exagération minimum du Centre mondial de documentation juive contemporaine: 25.200 - 15.000 = 10.200. A condition que 19 trains soient bien partis de Salonique emportant chacun en moyenne 2.200 personnes, ce qui est possible, mais non certain.

A ajouter au total obtenu au terme de l'étude de la population juive roumaine (ci. p. 197): 4.325.110 + 10.200 = 4.335.310.

Ci 4.335.310

Restent à étudier: Allemagne, Autriche, Danemark, Norvège.

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ALLEMAGNE

Il en a déjà été question à propos de l'étude de la population juive de Hollande, de Belgique, du Luxembourg et de France (cf. pp. 160 à 165). On se souvient qu'au moment de l'invasion de la France par les troupes allemandes, les chiffres de source juive faisaient apparaître 250.000 juifs étrangers dont il était impossible de déterminer la nationalité, sauf à dire qu'à une trentaine ou, au maximum une quarantaine de milliers près qui étaient allemands, les autres étaient tous polonais. Recherchant seulement les survivants européens, il n'y avait aucun inconvénient à les déclarer tous polonais (ou tous allemands) puisqu'on ne pouvait faire la part des uns et des autres. Mais il faudra, maintenant, tenir compte que 40.000 juifs allemands sont déjà comptés si on ne veut pas qu'ils le soient deux fois.

En 1939 donc, voici comment se présentait la structure de la population juive allemande: 210.000 restés en Allemagnet 300.000 émigrés sur 510.000, d'après le Centre mondial de documentation juive contemporaine. M. Raul Hilberg dit: 240.000 [201] restés en Allemagne et 300.000 émigrés sur 540.000. Compte tenu de l'accroissement naturel, il devrait être plus proche de la vérité, mais il n'en est rien: de 1926 à 1933, nous dit M. Poliakov (Bréviaire de la Haine, op. cit. p. 11) la courbe dé. mographique des communantés juives, inquiètes de leur sort devant la montée de l'hitlérisme, était en décroissance. Disons: 210.000 juifs en Allemagne en 1939. Officiellement, 40.000 seuletnent auraient été retrouvés vivants en 1945, ce qui signifie 170.000 exterminés.

A l'appui des détails qu'il donne pour justifier ces 170.000 exterminés et ces 40.000 survivants, M. Poliakov invoque la statistique dressée sur demande de Himmler, le 17 avril 1943 à la date du 31 décembre 1942, et qu'il présente comme ayant été «élaborée avec beaucoup de compétence» (Bréviaire de la Haine, op. cit. pp. 383-394). je suis de cet avis: l'Allemand Korherr paraît avoir été un homme compétent et c'est la raison pour laquelle il m'est arrivé, à moi aussi, de me référer à ses informations: une tendance fâcheuse, toutefois, à voir un peu trop de juifs partout. Mais, ceci dit, si j'accepte le tableau du judaïsme allemand tel qu'il le voit à la date du 31 décembre 1942, je ne vois vraiment pas comment M. Poliakov qui l'accepte aussi, l'a lu pour en tirer les conclusions qu'il en tire. Voici ce qui y est dit au tableau récapitulatif au sujet des juifs allemands:

- ont été arrêtés en tout jusqu'au 31 décembre 1942 100.516

- n'avaient pas encore été arrêtés 51.327

Total 151.843

Il est vrai que cette situation est présentée comme concernant «l'ancien Reich et les Sudètes» mais, c'est sans importance: le 17-5-1939, il ne restait que 2.649 juifs dans les Sudètes, les autres ayant fui en Bohême-Moravie, puis en Hongrie, puis... A un millier près, autant dire que ce bilan ne concernait que l'Allemagne.

Je répète . M. Poliakov accepte ces chiffres.

Mais s'il ne restait en Allemagne que 151.843 juifs au 31 décembre 1942 (libres ou en camp de concentration) et si on n'avait pu en arrêter en tout que 100.516, cela signifie que 210.000 - 151.843 = 58.157 avaient réussi à émigrer posté[202]rieurement à 1939. Cela signifie, d'autre part, que, postérieurenient au 31-12-1942, il n'a pas été possible d'en arrêter plus de 51.327. Le 1er juillet suivant, c'était fait: la loi déclarant l'Allemagne «Judenfrei» (libérée de ses juifs) fut promulguée et, nous dit M. Poliakov, «il ne restait plus un seul juif en liberté sauf les conjoints d'Aryens» (op. cit. p. 68) qui, nous dit Korherr dans son rapport, étaient au nombre de 16.760. On mit que, dans la suite, ceux-ci furent à leur tour arrêtés aussi et déportés - officiellement du moins.

Réparons maintenant l'erreur obligatoire que nous avons délibérément commise en décrétant, parce qu'alors nous ne pouvions faire autrement que de résoudre le problème par le procédé élé. mentaire bien connu de la fausse supposition à propos de 40.000 juifs européens retrouvés vivants en Hollande, France, Belgique et Luxenibourg qu'ils étaient polonais tout en sachant qu'ils ne l'étaient pas: c'est parmi ces 58.157 juifs qui ont quitté l'Allemagne postérieurement à 1939 et avant le 31-12-1942 qu'ils se trouvent et ils ont été compris dans l'étude de la population juive polonaise. Si nous ne voulons pas qu'ils soient comptés deux fois, il faut les retrancher des émigrés allemands et ne compter au nombre de ceux-ci que 58.157 - 40.000 = 18.157

Et calculons le nombre maximum de juifs allemands qui ont pu, ayant été arrêtés et déportés n'être jamais revenus: si sur ces 151.843, le Centre mondial de documentation juive contemporaine a retrouvé 40.000 survivants en 1945, c'est que 151.843 - 40.000 = 111.843 ne sont jamais revenus (n'étaient pas revenus en 1945). Et, comme il déclare 170.000 juifs à la colonne des exterminés, cela fait en trop: 170.000 - 111-843 = 58.157

Total des juifs allemands vivants qui ont été considérés comme morts, qui ne sont officiellement plus en Allemagne, ni en Europe et doivent figurer à la colonne des vivants dans un autre pays d'un autre continent

76.314

A ajouter au total trouvé au terme de l'étude de la population juive grecque (cf. p. 200) soit 4.335.310 + 76.314 = 4.411.624.

Ci 4.411.624

[203]

On m'excusera d'avoir traité le cas des juifs allemands sans aucune référence au jugement du tribunal de Jérusalem: dam ses attendus (56, 57, 75, 77, 83, 90 et 91) qui font le bilan, c'est à peine s'il peut justifier de 10 à 15.000 arrêtés et déportés. Et c'eût été, en soulignant le ridicule par lequel il se caracté. rise de bout en bout, se rendre ridicule soi-même que de prendre cela, je ne dirai pas au sérieux, mais seulement en considération 11.

 

***

AUTRICHE

A la date de 1939, le Centre mondial de documentation juive contemporaine fait état de 60.000 juifs qui s'y trouvaient encore (chiffre calculé sur 240.000 en tenant compte d'une émigration de 180.000 depuis l'accession de Hitler au pouvoir en Allemagne) et de 20.000 survivants retrouvés en 1945, soit 40.000 exterminés. Arthur Ruppin comptait 230.000 juifs autri. chiens en 1926: même cas que les juifs allemands relativement à la courbe démographique et à l'accroissement naturel.

Sur le drame des juifs autrichiens, la littérature sioniste n'est pas très prolixe. Le jugement de Jérusalem non plus. Étudié globalement avec les juifs allemands et de Bohême-Moravie (cf. note 35, ci-dessous) et dans les mêmes attendus, ce jugement fait apparaître l'arrestation et la déportation de 5.000 d'entre eux le 15 octobre 1941 et de 3.000 autres les 25, 28 novembre et 2 décembre suivants. A la date de 1943-1944, le Rap[204]port Kasztner et Joël Brand notent une communauté juive clandestine et relativement peu traquée, dont ils ne donnent pas les effectifs mais qui, à en juger par les termes dont ils en parlent, devait être assez importante. L'attendu 97 du jugement de Jérusalem note qu'en Autriche, les arrestations et déportations n'étaient pas du ressort du R.S.H.A. comme partout ailleurs, mais du Centre d'émigration juive créé à Vienne par Eichmann en 1938 et qui subsista pendant toute la guerre: cela explique sûrement qu'ils furent traqués et persécutés avec moins de zèle et de brutalité. A la date du 31 décembre 1942, la statistique de l'Allemand Korherr (op. cit.) dit qu'en tout, 47.655 d'entre eux ont été arrêtés et qu'il en reste 8.102 en liberté. Au total et pendant toute la guerre, cela signifie alors 47.655 + 8.102 = 55.757 et seulement 60.000 - 55.757 = 4.243 émigrés postérieurement à 1939. Cela signifie aussi que, si de ces 55.757 juifs seulement, 20.000 ont été retrouvés vivants en 1945, l'exagération du Centre mondial de documentation juive contemporaine ne serait que de ces 4.243 émigrés postérieurement à 1939, abusivement considérés comme morts. Je dis bien: si seulement 20.000 ont été retrouvés vivants. Or, je l'ai déjà souligné, le bilan des pertes juives a été dressé entre mai et octobre 1945 - il porte la date d'août, précise M. Poliakov (Le Ill" Reich et les juifs, op. cit. p. 196) - pour être mis assez tôt a la disposition du Justice Jackson et, dans le maquis de dispiaced persons qu'était alors l'Europe centrale, beaucoup de juifs qui avaient été dépottés et étaient vivants n'avaient pas encore réintégré leur domicile antérieur. Tous ceux-ci ont été considérés comme morts et, depuis, s'ils ont été retrouvés vivants à leur domicile ou ailleurs (beaucoup aussi n'y sont jamais revenus) jamais les correctifs n'ont été faits dans les statistiques.

Conclusion pour l'Autriche: 4.243 juifs européens certains à réintégrer dans la colonne des vivants des statistiques à la date de 1945 et à ajouter au total précédent, soit: 4.411.624 +4.243 = 4.415.867.

Ci 4.415.867


***

DANEMARK et NORVÈGE

Pour terminer: 7.000 juifs au Danemark en 1939 et 1.500 en Norvège, dit le Centre mondial de documentation juive contemporaine. Total: 8.500 pour les deux pays. Et total des exterminés: 500 au Danemark (dans les jours qui précédèrent celui qui était prévu pour leur arrestation, le gouvernement danois, au courant, avait prévenu la communauté juive natio[205]nale) et 900 en Norvège = 1.400. Le jugement de Jérusalem donne le total des pertes, à l'unité près: 737 en Norvège et 422 au Danemark = 1.159.


Exagération du Centre mondial de documentation juive contemporaine: 1.400 - 1.159 = 241. On peut considérer que cette exagération est à mettre au compte de l'arrondissement des chiffres, c'est-à-dire qu'elle n'est pas intentionnelle. A ajouter quand même au total précédent, dont (exception faite des 480.000 juifs allemands et autrichiens émigrés avant 1939 qui y figurent et ont été reconnus vivants par tout le monde en 1945) on peut dire que c'est le total général des juifs européens abusivement inscrits à la colonne des exterminés dans la statistique du Centre mondial de documentation juive contemporaine: 4.415.867 + 241 = 4.416.108 abusivement inscrits.

Ci, total général de la distorsion 4.416.108

***


CONCLUSION

 

La logique voudrait que cette étude démographique se terminât au moins sur une statistique générale comportant, pour chacune des nations européennes que je viens de passer en revue quatre postes:

1. Le nombre des juifs qui y vivaient à la veille de l'accession au Pouvoir du Colonel Beck en Pologne (1932) et de Hitler en Allemagne (1933);

2. Le nombre de ceux d'entre eux qui, pour échapper à la persécution, en ont émigré entre ce double événement et 1945;

3. Le nombre de ceux qui y ont été retrouvés vivants en 45;

4. Enfin, le nombre des morts.

Pour que cette sombre histoire fût parfaitement tirée au clair, cette Statistique se devrait accompagner d'une autre qui donnerait la structure de la population juive mondiale à la fin de l'année 1962. En quatre postes aussi pour chacune des nations des autres continents:

1. Le nombre des juifs qui y vivaient avant l'accession au pouvoir du Colonel Beck en Pologne et de Hitler en Allemagne;

2. L'accroissement naturel de 1932 à 1962;

[208]

3. Le niveau de la population juive à la fin de 1962;

4. Enfin, le nombre des émigrants juifs obtenus par différence entre les totaux des colonnes 2 et 3: nul doute alors que cette différence fût de l'ordre de 4.416.108.

Telle était mon intention au départ. A l'arrivée, ce double travail se révéla impossible: la seconde statistique ne peut être établie qu'à la condition que le Mouvement Sioniste international accepte le principe d'un recensement mondial de la population juive et, on a vu (cf. p. 115) que, ce principe, il n'était pas à la veille de l'accepter. Quant à la première statistique, c'est à toute une série de difficultés d'un autre ordre que son établissement se heurte encore malgré toutes les précisions que l'étude à laquelle je viens de procéder nous a apportées.

La plus insurmontable de ces difficultés et qui les résume toutes est la suivante: si nous savons, maintenant, qu'un minimum de 4.524.108 juifs ont réussi à quitter l'Europe entre 1931 et 1945, nous sommes beaucoup moins renseignés sur la nationalité de chacun d'eux. Pour des pays comme le Danemark, la Norvège, l'Allemagne, l'Autriche, la Bulgarie et un ou deux autres encore, les Pays Battes, par exemple, la Grèce même, pas de problème ils ne se trouvaient pas sur l'itinéraire de la migration juive, les Allemands n'y ont rencontré que des nationaux juifs de ces pays et tout y est clair. Mais il n'en est pas de même des autres: en Hollande, en Belgique, en France, en Italie, en Hongrie, en Roumanie, qui ont été des pays de refuge ou de passage avant d'être occupés par les troupes allemandes, les juifs ont été arrêtés et déportés pêle-mêle et nous sommes dans l'impossibilité de répartir par nationalités, aussi bien ceux qui l'ont été que ceux qui ont réussi à ne pas l'être. La Hongrie est le type même de cette difficulté: nous avons bien réussi à établir que, sur les 800.000 juifs qui y existaient au 19 mars 1944, 543.000 n'avaient pas été déportés, que 200.000 environ l'avaient été, que 57.000 avaient très probablement été massacrés dans des opérations de police et que 343.000 avaient réussi à émigrer, mais.. Mais, dans chacune de ces catégories, qui était Hongrois, qui était Yougoslave, qui était Tchécoslovaque et qui était Polonais? Même question pour la Roumanie où nous [209] avons trouvé 147.650 massacrés et 652.350 survivants dont 227.350 émigrés. Même question encore pour la Hollande, la Belgique, le Luxembourg et la France où nous avons trouvé que 83.000 juifs seulement de l'une ou l'autre de ces quatre nationalités avaient pu être arrêtés et déportés: ici, nous savons qu'il n'y avait pas de Belges parmi eux, que le nombre des Français se situe obligatoirement entre 6.000 et 11.999, celui des Luxembourgeois entre 0 et 2.000, les autres étant des Hollandais mais, ce sont tout de même là, des données qui ne sont pas assez précises pour figurer dans une statistique. Pour la Pologne, nous savons que 829.040 juifs y ont été arrêtés, soit sur le sol national, soit sur la route de l'émigration par l'Ouest, mais des 289.300 qui avaient tenté d'émigrer par la voie danubienne, combien ont été arrêtés en Hongrie, combien en Roumanie? Autant de questions auxquelles il n'est pas possible de répondre et qu'on se peut également poser pour les Tchécoslovaques qui ont fui en Hongrie, les Yougoslaves qui ont fui en Italie, etc.

En dernière analyse, plutôt que de mettre en circulation une statistique par nationalités, dont toutes les données eussent été discutables et d'ajouter à la confusion créée par les historiens et statisticiens du Mouvement sioniste international, j'ai préféré établir cette statistique au seul plan où nous avons des certitudes, c'est-à-dire à celui de l'Europe. Ici, pas de discussion possible: nous pouvons affirmer qu'un minimum de 4.524.108 juifs européens ont réussi à émigrer assez tôt pour n'avoir pas été arrêtés et déportés dans des camps de concentration et nous les pouvons ajouter à ceux que les historiens et statisticiens du Mouvement sioniste international ont retrouvés vivants en Europe en 1945.

Voici alors, sur les données du Centre mondial de documentation juive contemporaine, ce que devient à l'échelle de l'Europe, notre statistique à quatre postes en y intégrant, à la date de 1931, 1.300.000 juifs allemands + les 180.000 juifs autrichiens donnés comme ayant quitté l'Europe pour fuir Hitler + le million de juifs de la zone russe qui n'a jamais été occupée par les troupes allemandes et qu'il en avait arbitrairement distraits:

[210]

Nature des indications
1931

1945
Pertes
officielles
Emigrés
retrouvés
Pertes
réelles
Totaux de la statistique de la page 122 8.297.500 2.288.100 6.009.400 ­ -
Emigrés allemands reconnus 300.000 300.000 - - -
Emigrés autrichiens reconnus 180.000 180.000 - - -
Juifs russes sauvés par les autorités soviétiques 1.000.000 1.000.000
Totaux réels du centre mondial de documentation juive contemporaine à la date de 1945 9.777-500 3.768.100 6.009.400
Totaux réels tels qu'ils résutent de cette étude 9.777.500 3.768.100 4.416.108 1.593.292


[211]

Même stastiques sur les données de M. Raul Hilberg (celui-ci n'a pas séparé la Russie en deux zones, mais il a, lui aussi, reconnu 300.000 juifs émigrés allemands et 180.000 autrichiens)


Nature des indications
1931

1945
Pertes
officielles
Emigrés
retrouvés
Pertes
réelles
Totaux de la statistique de la page 123 9.190.000 3.770.500 5.419.500 -
Emigrés allemands reconnus 300.000 300.000 - -
Emigrés autrichiens reconnus 180.000 180.000 - - -
Totaux réels du centre mondial de documentation juive contemporaine à la date de 1945 9.670.000 4.250.500 5.419.500
Totaux réels tels qu'ils résutent de cette étude 9.670.000 4.250.500 4.416.108 1.003.392

[212]


Voici donc où nous en sommes:
- l'étude de la statistique du Centre mondial de documentation juive contemporaine fait apparaître, sur ses propres don. nées, 1.593.292 juifs européens morts des persécutions nazies, en camp de concentration ou autrement ;

- l'étude de celle de M. Raul Hilberg n'en fait apparaître que 1.003.392.

A deux reprises, je m'étais moi-même penché sur ce probléme: dans Ulysse trahi par les siens, publié en France en 1960 et dans une communication à la revue allemande Deutsche Hochschullehrer-Zeitung (Tübingen n· 1/2, février 1963). je l'avais fait chaque fois en fonction des données de source juive rendues publiques à l'époque. Mais, la première fois, ni le Jugement du Procès de Jérusalem, ni, à plus forte raison, l'étude de The Jewish Communities of the World de février 1963 n'avaient été mis en circulation. Et, en fonction de ce qui était connu, ma conviction avait été que le nombre des juifs européens morts des persécutions nazies, en camp de concentration ou autrement, devait se situer aux environs d'un million, un peu plus ou un peu moins. La seconde fois, j'étais en possession du jugement de Jérusalem et j'avais suivi jour par jour, les débats du Procès mais je n'avais pas encore connaissance de l'étude de The Jewish Communities of the Worid, alors non encore publiée: en conclusion de ma communication à Deutsche Hochschullehrer Zeitung (op. cit. pp. 61-62) j'avais prétendu que, si ce nombre était supérieur à un million, il ne pouvait de toute façon, pas dépasser 1.655.300 victimes. Aujourd'hui en mains, tous ces documents qui manquaient alors, on peut dire que, calculé sur les informations antérieures du Centre mondial de documentation juive contemporaine, le nombre des victimes est 1.593.292, et 1.003.392 calculé sur celles de M. Raul Hilberg. Pour arriver à plus de précision, il faut attendre que de nouvelles sommités sionistes du type Shalon Baron, Poliakov, Borwicz, etc. passent à de nouveaux aveux ou qu'un nouveau procès du type de celui de Jérusalem nous apporte de nouvelles lumières sur la question: j'ai peur de faire rire le lecteur en lui disant que, tels qu'on connaît les milieux sionistes, non seulement ni l'une, ni l'autre de ces deux hypothèses ne sont exclues mais encore qu'elles sont, l'une et l'autre, plus que probables. Dans ces milieux ne manquent, en effet, ni les bavards inconscients et en mal d'une publicité tapageuse, ni - hélas! [213] les juges en mal de vengeance. Je mise aussi beaucoup sur deux autres ordres de raisons: les dissentiments latents et continus qui existent entre M. Ben Gourion et Nahoum Goldmann et la brouille survenue entre MM. Khrouchtchev et Mao-Tsé-Toung

Depuis fort longtemps, M. Nahoum Goldmann donne des signes de fatigue et d'impatience devant la politique de M. Ben Gourion à l'égard de l'Allemagne. On savait déjà, il l'avait publiquement déclaré, qu'il n'avait pas été emballé par l'arrestation d'Eichmann et le procès qui a suivi. Par des indiscrétions, de temps à autre, on apprend qu'il ne prise pas beaucoup tous ces procès intentés en Allemagne à d'anciens membres de l'une ou l'autre des organisations nazies du temps de Hitler. En Israël même, de très grosses discussions opposent ceux de son clan à ceux de celui de M. Ben Gourion, chaque fois que ce dernier trouve un ministre allemand assez sot pour accepter l'invitation qu'il lui adresse dans le seul but de le faire injurier publiquement en Israël par ses partisans et d'avoir ainsi un motif d'attirer l'attention du monde entier sur la dette qu'en se ralliant à Hitler en 1933, l'Allemagne a contractée à l'égard d'Israël.

Tout se passe comme si, n'osant prendre publiquement position contre M. Ben Gourion à propos de sa politique à l'égard de PAllemagne, M. Nahourn Goldmann s'efforçait, dans la coulisse, de mettre une sourdine à son thème central. Et, le fait qu'en matière de juifs exterminés, les statistiques qui nous viennent du Mouvement sioniste américain soient généralement plus modérées que celles qui nous viennent de sa branche européenne (c'est le cas de celle de M. Raul Hilberg comparée à celle du Centre mondial de documentation juive contemporaine) pourrait bien être le reflet des dissentiments qui existent entre les deux hommes. Ainsi s'expliqueraient alors les divergences et contradictions relevées dans les sources juives en matière de statistiques.


Quant à la brouille survenue entre MM. Khrouchtchev et Mao-Tsé-Toung, elle pourrait avoir des conséquences en raison du fait qu'avec celle des États-Unis, la population juive de ta Russie est l'autre des deux plus grandes énigmes qui pèsent sur la solution du problème. L'Institut des affaires juives de Londres et The Jewish Communities of the World nous ont bien dit qu'en 1962, il y avait 2,3 millions de juifs en Russie. Mais, M. Raul Hilberg nous a révélé qu'il y en avait 2.600.000 en 1946 et cette évaluation qui peut être considérée comme confir[214]mée par le journaliste David Bergelson (Die Einheit, 5-12-1942 op. cit) peut l'être aussi comme étant beaucoup plus proche de la vérité. Dans ce cas, ce n'est pas 2,3 millions de juifs qu'il y aurait en Russie en 1962 mais 2.600.000 + 16 % = 3.016.000. Si l'on prenait au mot notre vieille connaissance le professeur Shalom Baron, ce serait même: 2.600.000 + 20 % = 3.120.000. Mais ne nous laissons pas tenter: 3.016.000. Laissons- nous d'autant moins tenter qu'en réalité, il y en a de toutes façons beaucoup plus que 3.016.000 car le journaliste juif David Bergelson nous a aussi dit, ne l'oublions pas, que 80 % des juifs baltes, polonais et roumains qui se trouvaient dans les lignes russes pour avoir fui devant les troupes allemandes en 1941-1942, avaient été sauvés et acheminés vers l'Asie centrale par les autorités soviétiques. A la fin de 1942, il estimait aux environs de 5,2 millions dont 3 millions de Russes, le nombre des juifs qui se trouvaient en territoire soviétique et, en cela, il était d'accord avec la statistique du 17 avril 1943 de l'Allemand Korherr déjà cité. Question: que sont devenus ces 2,2 millions de juifs non russes? Réponse: une partie a réussi à s'échapper et à gagner soit le continent américain, soit Israël, une partie n'y a pas encore réussi. Combien de part et d'autre? On ne saurait le dire. Mais, on peut assurer que, tant que MM. Khrouchtchev et Mao-Tsé-Toung s'entendaient bien, il n'a sûrement pas été facile aux juifs transportés en Asie centrale pendant la guerre de gagner le continent américain par la Chine et que ceux qui y ont réussi ne l'ont pu que très clandestinement. La brouille entre les deux grands hommes du bolchevisme pourrait avoir pour conséquence que Mao-Tsé-Toung aidât les juifs à quitter le territoire soviitique comme la Chine de Tchang-Kaï-Chek les y aidait avant la seconde guerre mondiale et pour les mêmes raisons. Dans ce cas, il se pourrait aussi que la présence d'un nombre très important de juifs se révélât soudain, un jour, dans tous les pays du continent américain, peut-être même également en Israël, et, dans la mesure où l'événement ne pourrait être tenu sous le boisseau, éclairât d'un jour nouveau les dernières statistiques des sommités du mouvement sioniste international. Cette hypothèse non plus n'est pas exclue. Et, si les États-Unis adoptaient enfin une politique rationnelle à l'égard de la Russie, très vite, la vérité éclaterait.


Mais revenons à notre problème dans ses données telles quelles se présentent actuellement à nous: le nombre des juifs européens qui sont morts victimes des persécutions nazies étant [215] établi, soit à 1.485.292 personnes sur les données du Centre mondial de documentation juive contemporaine confrontée aux attendus du jugement de Jérusalem et à l'étude parue en février 1963 de The Jew.sh Communities of the World, soit à 896.892 sur celles de M. Raul Hilberg soumises à la même confrontation, il reste à savoir comment se sont répartis dans les autres parties du monde les 4.524.108 juifs qui étaient vivants en 1945 et qui, ne figurant pas à ce titre dans les statistiques européennes de source juive sont forcément réputés avoir quitté l'Europe entre 1931 et 1945. C'est le problème de la seconde statistique, dans mon esprit destinée à donner la structure par pays de la population juive mondiale en 1962. Et cette statistique est tout aussi impossible à établir que la précédente.

Nous savons déjà une chose qui nous a été révélée par l'étude de la population juive israélienne et c'est qu'elle comprend 1.048.368 juifs européens qui ont immigré en Israël entre 1931 et 1%2 (cf. p. 157).

Restent à répartir: 4.416.108 - 1.048.368 = 3.367.740 juifs européens dans le reste du monde. Et c'est sur ce dernier aspect du problème que les sources juives sont le plus discrètes: extrêmement rares sont, dans l'étude de The Jewish Communities of the World et dans le World Almanac de 1963, les pays non européens où la population juive avouée est supérieure de plus que son accroissement naturel à ce qu'elle était en 1926-27 ou 28 (selon le cas) dans la statistique d'Arthur Ruppin. Il y en a même où le taux d'accroissement normal n'est pas atteint et c'est, on l'a vu, le cas des États-Unis qui ne seraient passés si on en croit ces honcrables publications, que de 4.461.184 en 1926 à 5.500.000 en 1962: or, on a vu (cf. p. 160) qu'au taux annuel moyen d'accroissement naturel de 1 'Ic, il ne peut pas y avoir moins de 6.067.210 juifs aux États-Unis et qu'au taux d'accroissement du professeur Shalom Baron, il devrait y en avoir 6.745.310 (6.745.312 exactement, en comptant les deux émigrés certains que sont Mme Hannah Arendt et M. Robert W. Kempner, mais sans compter les autres qui font beaucoup moins de bruit et sur lesquels nous avons beaucoup moins de renseignements). Bref: comme pays des autres continents que l'Europe où le Mouvement sioniste international avoue en 1962, une population juive supérieure de plus que son accroissement naturel par rapport à ce qu'elle était en 1926, je n'ai noté que l'Argentine, le Canada, le Brésil et l'Afrique du Sud. Pour ces quatre pays, voici la statistique qu'on peut dresser:

[217]

Accroissement défalqué, cela ne doit pas faire très loin de 200.000 émigrants d'origine européenne pour ces quatre pays. A ccadition que les chiffres rendus publics par les autorités du Mouvement sioniste international pour 1962 soient exacts et il serait étonnant qu'ils le soient. S'ils le sont, il nous reste encore 3.367.740 - 200.000 = 3.167.740 juifs européens à répartir. Pour y arriver, il faudrait pouvoir faire, pour tous les pays du monde, les mêmes calculs que pour l'Argentine, le Canada, te Brésil et l'Afrique du Sud, mais on ne le peut pas puisque ceux-ci sont les seuls à propos desquels le Mouvement sioniste international donne des chiffres qui accusent une immigration.

Il faut pourtant bien que, s'ils ne sont plus en Europe et pas en Israël, ces 3.167.740 juifs qui étaient bien vivants en 1945, soient quelque part ailleurs - avec le nombre de ceux dont ils se sont naturellement accrus depuis!

Où? Pour le dire, il faut, ici encore, attendre les nouvelles révélations que les bavards inconscients et en mal de publicité du Mouvement sioniste international ne manqueront pas de faire par mégarde un jour ou l'autre. D'ici là, on ne peut que conjecturer et ce n'est pas mon genre. je me permettrai donc seulement de dire quels sont les principes de base qui définissent l'orientation dans laquelle se poursuwent les recherches auxquelles je continue à me livrer et qui sont les mêmes que ceux qui m'ont jusqu'ici guidé:

1. Il n'est pas probable, mais il est possible qu'en août 1945, date à laquelle M. Poliakov nous a dit (Le IIIe Reich et les juifs op. cit. p. 196) que les communautés juives européennes avaient procédé à l'inventaire de leurs pertes pour le compte du Justice Jackson et n'avaient trouvé que 3.768.100 survivants (cf. p. 210) selon le Centre mondial de documentation juive contemporaine ou 4.250.500 selon M. Raul Hilbert (cf. p. 211). Si je dis que eest possible, c'est pour deux raisons: le chaos de displaced persons qu'à cette date-là était l'Europe et qui rendait impossible tout recensement sérieux et la méthode employée par les communautés juives qui, partout, ne recensaient que les juifs de la nationalité dans chaque pays, ont pu faire qu'elles arrivent à un résultat aussi aberrant.

2. Même si ce résultat n'était pas aberrant (ce qui est exclu) il eet certain que, si tous les juifs qui avaient quitté l'Europe entre 1931 et 1945 n'y étaient pas encore revenus en août 1945, beaucoup d'entre eux y sont revenus postérieuremqent, en Europe occidentale au moins, car, pour ce qui est de l'Europe de l'autre côté du Rideau de fer, on peut considérer comme tout aussi certain que ceux qui y sont retournés ne sont que l'exception. Le [218] cas de la France est, à ce sujet, typique: 300.000 juifs en 1939, entre 450.000 et 500.000 à la fin de 1962 après que 130.000 juifs algériens et une vingtaine de milliers de juifs marocains et tunisiens y fussent venus chercher refuge au lendemain de l'accession à l'indépendance de ces trois pays: 300.000 à 350.000 nationaux français en 1962, soit un chiffre normal par rapport à sa popu. lation de 1939. Mais la statistique du Centre mondial de documentation juive contemporaine continue à prétendre, au regard du monde entier 180.000 en 1945 + le taux d'accroissement naturel de 16 % 208.800 (216.000 si on applique le taux d'accroissement naturel de cette vieille baderne de Professeur Sha. loin Baron)... Il est très probable que, si on s'en donnait la peine, on pourrait faire des constatations du même genre pour la Bel. gique (où sont revenus, en plus, 20.000 à 25.000 juifs du Congo) la Hollande, l'Autriche, etc... et peut-être même l'Allemagne. Or, tous ces juifs qui sont revenus en Europe postérieurement au mois d'août 1945, dont on ne pourra donner le nombre exact tant que le Mouvement sioniste international refusera de nous le communiquer de lui-même (puisque pour ne pas «provoquer la colère de Dieu» (sic) il s'oppose à tout recensement officiel) sont sûrement quelques centaines de milliers, figurant au nombre de ces 3.268.471 qu'aucune source juive ne nous permet de situer où que ce soit.


3. Le problème des juifs polonais, baltes et roumains qui, dans les années 1941-42 ont été évacués sur l'Asie centrale et qui, si on en croit le journaliste juif David Bergelson auraient été au nombre d'environ 2 à 2,2 trullions en 1942 puisqu'il y avait 3 millions de juifs en Russie en 1939 et qu'à la fin de 1942, il en trouvait environ 5,2 millions. Combien de ceux-là vivent encore en «Asie centrale» (lire: Sibérie) avec leur progéniture? Combien ont réussi à s'en échapper depuis 16 ans? Où sont-ils allés? Tout indique que ceux qui ont réussi à s'en échapper clandestinement ont gagné le continent américain qu. était pour eux le plus facile à atteindre. A leur sujet, une hypothèse qui ne vaut que ce qu'elle vaut et que je me garderai de donner comme une certitude, trotte dans mon esprit: en seize ans, il est possible que la moitié d'entre eux aient réussi, au prix de difficultés sans nombre, à quitter l'Asie centrale pour le Continent américain. Dans ce cas, comme le Mouvement sioniste international ne les situe ni en Argentine, ni au Canada, ni au Brésil, ni en aucun autre pays de ce continent, ils sont forcément aux États-Unis et la statistique qui pourrait être établie pour la Russie et les EtatsUnis se présenterait de la façon suivante:

[216]

Pays 1926 Accroissement
naturel

1962
Accroissement naturel
36 % Normale Avouée compris
Argentine . 240.000 86.400 326.400 450.000 123.600
Canada 170.000 61.200 231.200 254.000 22.800
Brésil 40.000 14.400 54.400 140.000 85.600
Afrique du Sud 60.000 21.600 81.600 110.000 28.400
Totaux 510.000 183.600 693.600 954.000 260.400
 (1) Le total permet d'admirer, une fois de plus, le sérieux des statistiques de source juive. Pour l'Argentine, le Canada et le Brésil, le total est: 844.000. Or, il y a encore quelques juifs dans d'autres pays du continent américain, notamment au Mexique (70.000), en Urugay (60.000), au Chili (15.000, etc.). Au total donc, pour ces six pays: 844.000 + 70 000 + 60.000 + 15.000 = 989-000. Et, pour tout le continent américain, la même statistique donne un total de 6,3 millions que The Jerusalem Post Weekly (19-4-63 op. cit.) se plaît à mettre en évidence. Si, de ce total, pour tout le continent, on retranche ces 989.000 personnes il reste pour les États-Unis: 6.300.000 - 989.000 = 5.311.000 et non 5,5 millions corarrme le prétendent le communiqué de l'Institute of the Jewish Affairs de Londres et le World Almanac de 1963 (p. 159). C'est à quoi on arrive à force de vouloir cacher le total réel de la population juive aux États-Unis et aussi d'écrire sans réfléchir!

[219]


A. RUSSIE.

- Retrouvés vivants par M. Raul Hilberg en 1945         2.600.000

- Vivants en Asie centrale selon M. David Bergelson    + 2.200-000

 

Total en 1945                  4.800.000


- Auraient réussi à quitter l'Asie centrale pour les
États-Unis                                      1.100.000

 

Restés en Russie                                  3.700.000


- Accroissement naturel de 16 % depuis 1947           + 592.000

 

Total en Russie en 1962                           4.292.000


B. ETATS-UNIS.

- Statistique de 1926                              4.461.184


- Accroissement naturel de 36 % depuis 1926          + 1.606.026

 

Total en 1962                                   6.067.210


- Seraient venus d'Asie centrale depuis 1946:                             1.100.000

+ leur taux d'accroissement naturel de 16 %              176.000


Total           1.276.000                       + 1.276.000

 

Total en 1962                                    7.343.210


Mais ce total de 7.344.210 ne comprend que l'immigration venue d'Asie centrale et pas ceux qui, comme Mme Hannah Arendt et M. Robert W. Kempner sont venus d'une autre région d'Europe, et dont on peut affirmer qu'ils sont tout de même plus de deux... Combien de ces derniers, en ne sait pas ou pas encore. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il y en a et que, sûrement, la population juive des États-Unis est supérieure à 7.343.210 personnes. On peut aussi, certes, assurer que lorsque le National Observer (op. cit. 2-7-1962, cf. ci-dessus p. 116) prétend qu'il y avait 12.000.000 de juifs aux États-Unis en 1962, il s'agit là d'une exagération dans l'autre sens, visiblement inspirée d'un antisémitisme sans plus de vergogne que le sionisme, mais je ne serais pas étonné si, un jour, une révélation par inadvertance d'une sommité sioniste venait à mettre en évidence qu'en 1962, il y avait environ 8 millions de juifs aux États-Unis.

 

Je répète que ce ne sont là que conjectures et non certitudes: l'hypothèse de travail dont tous les chercheurs ont besoin comme base de départ de leurs recherches et qui oriente les miennes. A mes yeux, elle garde d'autant plus de vraisemblance et elle ex[220]prime d'autant plus ma conviction profonde que, jusqu'ici, non seulement elle ne m'a conduit à aucune impasse et à aucun errement, mais encore elle m'a permis d'annoncer avec dix ans d'avance sur eux... les conclusions qui se déduisent du jugement de Jérusalem et de l'étude de The Jewish Communities of the World.

 

4. Il s'agit ici d'une considération qui est très voisine de la certitude, au moins au niveau de l'ordre de grandeur: la population juive mondiale en 1962. Au moyen de statistiques datant pour chaque pays du monde, soit de 1926, soit de 1927, soit de 1928, selon les cas, Arthur Ruppin l'évaluait globalement à 15.800.000 personnes. On a vu (p. 112) que le World Alutowc de 1951, Vévaluait à 16.643.120 en 1939: le taux d'accroissement naturel des juifs européens ayant considérablement baissé entre 1925 et 1939 (Poliakov dixit cf. ci-dessus p. 201), comparie à celle d'Arthur Ruppin, cette évaluation est admissible. Voici donc ce qu'était la population juive mondiale de 1962, si on la calcule sur les données corrigées du Centre mondial de documentation juive contemporaine

- Population juive mondiale en 1939 ....          16.643.120


- Victimes du nazisme                      - 1.593.292

 

Restait en 1945                            15.049.828

- Accroissement naturel de 16 depuis 1946      + 2.407.972

 

Total en 1962                              17.457.800


Et voici ce qu'elle était calculée sur les données corrigées de M. Raul Hilberg:

- Population juive mondiale en 1939            16.643.120

- Victimes du nazisme                      -1.003.392


Restait en 1946 12                         15.639.728


- Accroissement naturel de 16 % depuis 1946.     + 2.502.356

 

Total 13                                 18.142.084

[221]


Et nous voici au terme de cette étude. Il ne me reste plus qu'à présenter mes excuses au lecteur: tout ceci est évidemment assez long et d'une lecture difficile à suivre. Comme tout ce qui est de caractère technique. Mais une étude démographique ne peut être que de caractère technique. Ce dont le lecteur doit m'excuser, c'est d'avoir pensé que, jusqu'ici, les adversaires dont je suis des thèses officielles sur les horreurs de la guerre, ne leur avaient jamais opposé que des arguments de journalistes, souvent vagues et spécieux, que c'était la principale raison de leurs insuccès, qu'il fallait briser avec cette méthode, et que, pour briser avec quelque chance de réussite, le seul moyen était de leur opposer des arguments de spécialiste.


Voilà qui est fait.

 

Amicus Plato sed magis
Amica veritas.

LA SAGESSE ANTIQUE


Laissez dire, laissez-vous blâmer, condamner, emprisonner; laissez-vous pendre, mais publiez votre pensée. Ce n est pas un droit, c'est un devoir. La vérité est toute à tous...

Parler est bien, écrire est mieux ; impri mer est excellente chose... Si votre pensée est bonne on en profite ; mauvaise, on la corrige et l'on en profite encore. Mais l'abus?...

Sottise que ce mot; ceux qui l'ont inventé, ce sont eux vraiment qui abusent de la presse en imprimant ce qu'ils veulent, trompant, calomniant et empêchant de répondre...

PAUL-Louis COURIER


Il n'est pas possible, Athéniens, que l'injustice, le parjure et le mensonge acquièrent une puissance durable. Ces artifices peuvent, un temps, faire illusion. Mais bientôt ils s'effondrent.

DÉMOSTHÈNE






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