Les armes de
l'ennemi ne sont pas aussi meurtrières que les mensonges
dont les chefs des victimes remplissent le monde le chant haineux
de l'ennemi est moins désagréable à l'oreille
que les phrases qui, comme une salive dégoûtante,
coulent des livres des nécrologistes.
Manès SPERBER(*). (Et le Buisson devint cendre)
Les deux parties de cet ouvrage ont déjà été
publiées, mais séparément, -- la première,
ou l'expérience vécue (Passage de la Ligne),
en 1949, -- la seconde, ou l'expérience des autres (Le
Mensonge d'Ulysse, proprement dit), en 1950, dans la forme
d'une étude critique de la littérature concentrationnaire:
j'avais pensé que, sur un sujet aussi délicat, il
convenait d'administrer la vérité à petites
doses.
C'est de cette disposition d'esprit que d'aucuns ont tenté de profiter pour jeter la suspicion sur mes intentions: si Le Passage de la Ligne généralement accueilli avec sympathie, ne provoqua que des grincements de dents sourds et sans conclusion, d'un certain côté, Le Mensonge d'Ulysse fut en effet l'occasion d'une violente campagne de presse dont le départ fut donné à la Tribune même de l'Assemblée Nationale.
Parallèlement, Albert
Paraz, auteur de la Préface, l'éditeur et moi-même,
étions traînés en correctionnelle où
[page 232] nous fûmes acquittés, puis en Cour d'Appel
où nous fûmes condamnés1 bien que, faisant droit à
nos conclusions, M. l'Avocat général lui-même
eût requis la confirmation pure et simple du jugement correctionnel.
La Cour de cassation est maintenant appelée à trancher
le différend, mais, l'opinion dont l'information se fait
à sens unique est désorientée et, aussi peu
enclin qu'on soit à descendre dans la polémique,
il est devenu indispensable de démêler pour elle,
les circonstances assez troubles qui ont créé le
climat de cette affaire. On fera ainsi d'une pierre deux coups,
car en même temps, on ne peut manquer de mettre les pièces
à conviction sous les yeux du lecteur 2.
Tombant en plein débat sur l'amnistie, Le Mensonge d'Ulysse
qui la justifiait à sa manière fut accueilli, par
certains, comme une affaire essentiellement politique et c'est
par le petit côté qu'on tenta de lui donner ce caractère
exclusif.
Par un fâcheux hasard, la Préface d'Albert Paraz contenait une assertion juridiquement insoutenable 3 quant aux circonstances de l'arrestation et de la déportation de M. Michelet alors député et leader parlementaire du R.P.F.: M. Guérin alors député M.R.P. de Lyon s'en saisit, non pas pour protester contre la publication de l'ouvrage, en dépit qu'il s'en soit habilement donné l'apparence, mais pour tenter de discréditer un des principaux militants du mouvement qui lui faisait la plus redoutable concurrence électorale. Ainsi donc, Le Mensonge d'Ulysse fut d'abord exploité par un mouvement politique contre un autre et, là déjà, il y avait suffisamment pour désespérer l'historien.
C'est sur une incidente
de l'intervention de M. Guérin que se greffa l'action extra-parlementaire
en vue de saisir l'opinion. A la Tribune de l'Assemblée
Nationale, le député de Lyon m'avait rangé
parmi « les responsables de la collaboration avec l'occupant
et les apologistes de la trahison 4 ».
Pathétique, il s'était écrié: [page
233]
Or M. Guérin n'avait pas lu l'ouvrage !
Sans le lire davantage, tous les journaux dans lesquels sévissent les journalistes improvisés par une certaine Résistance5 à la Libération, reprirent le thème et me firent dire les choses les plus invraisemblables.
Trois associations de déportés, internés, et victimes de l'occupation allemande, demandèrent au Tribunal correctionnel de Bourg-en-Bresse, d'ordonner la saisie du livre, la destruction des exemplaires déjà mis en vente et de nous condamner solidairement à la coquette somme d'un million de dommages et intérêts. Mieux avisé, le Comité d'action de la Résistance s'abstint de toute manifestation hostile, non point que l'envie ne l'en démangeât, mais par crainte du ridicule. Le Parti communiste, ayant esquissé une offensive, s'aperçut à temps qu'il risquait à nouveau de mettre Marcel Paul, Casanova, le colonel Manhes, etc. en situation délicate et opéra une prudente retraite. Mais le Parti socialiste que j'ai représenté au Parlement, après avoir été pendant de longues années le leader d'une de ses fédérations départementales, m'exclut de son sein, "malgré le respect qu'impose ma personne" dit la sentence qui m'a été transmise par le Comité Directeur6.
Telles furent les premières
escarmouches d'une offensive peu glorieuse et qui fit long feu.
La mauvaise foi qui la caractérise, pas un instant ne se
démentit dans la suite.
M. Louis Martin-Chauffier qui dansa sur la corde [page 234] raide
dans presque tous les mouvements de pensée du demi-siècle,
prit le commandement de la seconde vague d'assaut.
Parce que j'avais signalé (en passant), une de ses maladresses de plume, il se crut obligé de la corriger par une autre (cf. p. 105 et note), de reprendre le thème de M. Maurice Guérin et de démontrer qu'en sus il ne savait pas lire.
"Tous les déportés ont menti, affirme Paul Rassinier qui nie l'existence des chambres à gaz", écrivit-il en tête d'un article dont le titre "Un faussaire et calomniateur pris en flagrant délit" (Droit de vivre, 15-11, 15-12-1950), à lui seul m'eût permis -- si je m'étais senti en goût de lui faire la réponse de la bergère -- d'obtenir de substantielles réparations de n'importe quel tribunal correctionnel.
Le porte-drapeau de la troisième vague fut M. Rémy Roure en ces termes:"Ce Rassinier décrit comme suit le camp de Buchenwald: Tous les Blocks, géométriquement et agréablement disposés dans la colline, sont reliés entre eux par des rues bétonnées: des escaliers de ciment et à rampe conduisent aux Blocks les plus élevés; devant chacun d'eux des pergolas, avec plantes grimpantes, de petits jardinets avec pelouses de fleurs, par-ci, par-là, de petits ronds-points avec jet d'eau ou statuette. La place de l'Appel, qui couvre quelque chose comme un demi-kilomètre carré, est entièrement pavée, propre à n'y pas perdre une épingle. Une piscine centrale avec plongeoir, un terrain de sport, de frais ombrages à portée du désir, un véritable camp pour colonies de vacances, et n'importe quel passant qui serait admis à le visiter en l'absence des détenus en sortirait persuadé qu'on y mène une vie agréable, pleine de poésie sylvestre et particulièrement enviable, en tout cas hors de toute commune mesure avec les aléas de la guerre qui sont le lot des hommes libres
M. Rémy Roure peut faire appel à ses camarades de Buchenwald : ceci ne se trouve pas dans Le Mensonge d'Ulysse. Pris en flagrant délit devant le tribunal correctionnel de Bourg-en-Bresse, il s'excusa et voulut bien convenir (Le Monde, 26 avril) que, n'ayant pas lu l'ouvrage, il me citait [page 235] seulement d'après M. Maurice Bardèche 7. Or, s'il est exact que M. Maurice Bardèche cita ce passage dans son Nuremberg II, il ne l'est pas moins qu'il le prit dans Le Passage de la ligne -- où il se trouve pour donner une idée de l'installation matérielle, non du camp de Buchenwald, mais de celui de Dora en fin de course -- et que, très honnêtement, il ne chercha pas à le détourner de son sens en l'isolant de son contexte.
J'ajoute que, n'en déplaise
à M. Rémy Roure, en l'absence des détenus,
-- je dis bien: en l'absence des détenus! -- le camp de
Dora ressemblait bien à la description que j'en donne,
tous ceux qui l'ont connu en conviennent. Quand les détenus
y rentraient, après une longue et harassante journée
de travail, la bureaucratie concentrationnaire lui donnait une
tout autre allure, ce qui précède et ce qui suit
le passage qu'assez légèrement on me reproche --
et que, pour les besoins de la cause, M. Rémy Roure remplace
habilement par des points de suspension! -- le dit en termes très
précis.
Je pardonne volontiers cette mauvaise action à M. Rémy
Roure. Ne serait-ce que parce que, dans le même article,
il a écrit ceci : « les cadres K.Z.8, les Kapos,
chefs de Blocks, Vorarbeiter, Stubendienst, détenus eux-mêmes
qui vivaient de la mort lente de leurs camarades »
qui est un des thèmes du Mensonge d'Ulysse ainsi
justifié d'éclatante façon et, très
exactement le contraire de ce que, David Rousset en tête,
tous les tâcherons de la littérature concentrationnaire
avaient écrit jusqu'ici.
Mais je pose cette question: ce qui est une calomnie et une diffamation venant de moi, serait-il parole d'Évangile et respectable, venant de M. Rémy Roure ?[page 236]
Ou bien serait-ce qu'il ne me pardonne pas d'avoir été le premier à tenter de faire sortir de son puits, cette horrible vérité ?
Je passe sous silence les entrefilets venimeux inspirés par les Associations de déportés que, pour maintenir l'opinion en état d'alerte, des journaux comme Franc-Tireur, l'Aube, l'Aurore, le Figaro, etc. publièrent complaisamment tous les huit ou quinze jours: ils en arrivèrent à prendre de telles licences avec l'objectivité, que le titre de l'ouvrage était devenu : « La légende des camps de concentration ».
En mars, l'offensive menée contre nous s'essouffla dans le délire.
Un petit besogneux du journalisme écrivit dans Le Progrès de Lyon, en me prêtant généreusement la thèse :
Et M. Jean Kreher lui-même, l'avocat que les Associations de déportés avaient choisi, venait à la rescousse, dans le Rescapé, organe des déportés, avec ceci qui lui semblait couler de source de mon étude :
Le lecteur décidera lui-même, si on peut déduire cela de ce que j'ai écrit.
Tous ces gens, d'ailleurs, se sont dépensés en pure perte. La "vérité" qu'ils voulaient faire prévaloir n'a pas prévalu et le discrédit qu'ils ont vainement tenté de jeter sur nous rejaillit aujourd'hui sur eux, dès lors que, outre le cuisant échec que leur vient d'infliger la Cour de Cassation, dans le Figaro Littéraire du 9-10-54, M. André Rousseaux qui porta cependant aux nues et indistinctement tous les tâcherons de la littérature concentrationnaire, en était déjà lui-même -- probablement sous l'influence du sentiment public -- à se poser cette question: [page 237]
Car cette manière de dire qui n'emprunte visiblement la forme de la question que par une précaution de style, est, devant l'Histoire, une condamnation en bloc, sans appel et bien plus précise que l'arrêt de la Cour de Cassation, de tous ces témoignages aussi orientés qu'intéressés contre lesquels j'ai été le premier à mettre le public en garde. Le malheur est -- hélas! -- qu'elle vienne un peu tard.
Et qu'une littérature aussi suspecte que la littérature concentrationnaire l'était dans son inspiration même, qu'une littérature que personne aujourd'hui déjà ne prend plus au sérieux et qui sera un jour la honte de notre temps, ait pendant des années fourni ses principes fondamentaux à une morale (qui était l'apologie du bolchevisme -- ceci a son importance!) et à une politique9
sa caution (qui était le banditisme, justifié par
la Raison d'Etat -- ceci découle naturellement de cela).
Et maintenant voici le fonds du débat qu'un exemple rendra
plus accessible.
Un nouveau témoignage
sur les camps de concentration allemands vient de paraître
en Hongrie dont Les Temps Modernes ont entrepris la vulgarisation
en France: "SS Obersturmführer, Docteur Mengele"
par le Dr Nyiszli Miklos. Il concerne le camp d'Auschwitz-Birkenau.
La première pensée qui vient à l'esprit c'est
que ce témoignage n'a pu paraître en Hongrie qu'avec
l'assentiment de Staline par la personne interposée des
Martin-Chauffier de là-bas, dont les pouvoirs, au titre
de Présidents de ce qui correspond à notre C.N.E.,
sont assez étendus pour leur permettre d'empêcher
des Mensonge d'Ulysse d'y voir le jour.
A ce seul titre donc, il serait déjà suspect.
Mais là n'est pas la question. [page 238]
Entre autres choses, ce Dr Nyiszli Miklos prétend que, dans le camp d'Auschwitz-Birkenau, quatre chambres à gaz10 de 200 m de long (sans préciser la largeur) doublées de quatre autres de mêmes dimensions pour la préparation des victimes au sacrifice, asphyxiaient 20.000 personnes par jour et que quatre fours crématoires, chacun de 15 cornues à 3 places les incinéraient au fur et à mesure. Il ajoute que, par ailleurs, 5.000 autres personnes étaient, chaque jour aussi, supprimées par des moyens moins modernes et brûlées dans deux immenses foyers de plein vent. Il ajoute encore que, pendant une année, il a personnellement assisté à ces massacres systématiques.
Je prétends que tout ceci est manifestement inexact et qu'à défaut d'avoir été soi-même déporté, un peu de bon sens suffit à l'établir.
Le camp de concentration
d'Auschwitz-Birkenau ayant en effet été construit
à partir de fin 1939 et évacué en janvier
1945, si on en devait croire le Dr Nyiszli-Miklos, au rythme de
25.000 personnes par jour, il faudrait admettre que, pendant cinq
années, environ 45 millions de personnes y sont mortes
dont 36 millions ont été incinérées
dans les quatre fours crématoires après asphyxie,
et 9 millions dans les deux foyers de plein vent.
S'il est parfaitement possible que les quatre chambres à
gaz aient été capables d'asphyxier 20.000 personnes
par jour (à 3.000 par fournée, dit le témoin),
il ne l'est absolument pas que les quatre fours crématoires
l'aient été de les incinérer au fur et à
mesure. Même s'ils étaient à quinze cornues
de trois places. Et même si l'opération ne nécessitait
que 20 minutes, comme le prétend le Dr Nyiszli Miklos,
ce qui est encore faux.
En prenant ces chiffres comme base, la capacité d'absorption
de tous les fours fonctionnant parallèlement, n'eût
malgré tout été que de 540 à l'heure
soit 12.960 par jour de 24 heures. Et, à ce rythme, il
n'eût été possible de les éteindre
que quelques années après la Libération.
A condition, bien entendu, de ne pas perdre une minute pendant
près de dix ans. Si maintenant, on se renseigne au Père-Lachaise,
sur la durée d'une incinération de 3 cadavres dans
une cornue, on s'apercevra que les fours d'Auschwitz brûlent
encore et qu'on n'est pas près de les éteindre !
Je passe sur les deux foyers de plein vent (qui avaient, [page 239] dit notre auteur 50 mètres de long, 6 de large et 3 de profondeur) au moyen desquels on aurait réussi à brûler 9 millions de cadavres pendant les 5 ans.
Il y a d'ailleurs une autre impossibilité, au moins en ce qui concerne l'extermination par les gaz: tous ceux qui se sont penchés sur ce problème sont d'accord pour déclarer que "dans les rares camps où il y en eut" (E. Kogon dixit) les chambres à gaz ne furent définitivement en état de fonctionner qu'en mars 1942 et qu'à partir de septembre 1944, des ordres qu'on n'a pas plus retrouvés que ceux qu'ils annulaient, interdirent de les utiliser pour asphyxier. Au rythme avancé par le Dr Nyiszli Miklos, on arrive encore à 18 millions de cadavres pour ces deux années et demie, chiffre que, on ne sait par quelle vertu des mathématiques, M. Tibor Kremer, son traducteur, ramène d'autorité à 6 millions 11.
Et je pose cette nouvelle et double question: quel intérêt pouvait-il y avoir à exagérer ainsi le degré de l'horreur et quel a été le résultat de cette manière de procéder qui fut générale ?
On m'a déjà répondu que, ramenant les choses à leurs proportions réelles dans une théorie universelle de la répression, je n'avais d'autre dessein que celui de minimiser les crimes du nazisme.
J'ai moi, une autre réponse qui est toute prête et que je n'ai, maintenant, plus aucune raison de ne pas rendre publique. Avant de la donner, je voudrais encore soumettre à l'appréciation du lecteur un incident significatif de l'état d'esprit de notre temps.
Lecteur des Temps Modernes, j'ai naturellement fait part aussi à cette revue des réflexions que la publicité qu'elle faisait au Dr Nyiszli Miklos m'avait suggérées.
Voici la réponse que je reçus de M. Merleau-Ponty :
Je trouvai cette réponse
savoureuse et négligeai de répondre à M.
Merleau-Ponty qu'il oubliait, lui, les camps russes et même
français!
Car s'il faut admettre cette doctrine et que l'exigence d'une
vérité historique rigoureuse encourage déjà
une falsification massive dans l'actualité, on se demande
avec anxiété à quelle monstruosité
la falsification massive de l'actualité risque d'aboutir
sur le plan de l'Histoire. Qu'on imagine seulement ce que penseront
les historiens de l'avenir de l'abominable procès de Nuremberg
dont il tombe déjà sous le sens qu'il a reporté
à deux mille années en arrière l'évolution
de l'Humanité sur le plan culturel, c'est-à-dire
à la condamnation présentée comme un crime
dans tous les manuels d'Histoire, de Vercingétorix par
Jules César.
Les relations que M. Merleau-Ponty,
Professeur de philosophie, établit entre les effets et
les causes ne semblent pas d'une exceptionnelle rigueur et ceci
prouve que, chacun faisant son métier, en philosophie aussi
nos vaches sont bien gardées !
Avec ma thèse sur la bureaucratie concentrationnaire dont
j'ai mis en lumière le rôle déterminant dans
le systématisation de l'horreur, c'est le jour nouveau
sous lequel je présente les chambres à gaz qui a
le plus douloureusement banderillé les imagiers d'Epinal
des camps de concentration. Les deux choses sont intimement liées
et ceci explique cela.
Il y a un certain nombre
de faits, concernant cette irritante question, qui ne peuvent
absolument pas avoir échappé aux honnêtes
gens.
D'abord, tous les témoins sont d'accord sur cette évidence
que dix d'entre eux -- cités contre moi par la partie civile 12 [page 241 [-- sont venus confirmer
à la barre du tribunal correctionnel de Bourg-en-Bresse:
aucun déporté vivant -- j'en demande bien pardon
à M. Merleau-Ponty qui cautionne si légèrement
le Dr Nyiszli Miklos -- n'a pu voir procéder à des
exterminations par ce moyen. J'ai personnellement fait cent fois
l'expérience et confondu en public les hurluberlus qui
prétendaient le contraire: le dernier en date est le fameux
G dont parle Albert Paraz. Je suis donc fondé à
dire que tous ceux qui, comme David Rousset ou Eugen Kogon se
sont lancés dans de minutieuses et pathétiques descriptions
de l'opération, ne l'ont fait que sur des ragots 13. Ce -- je le précise encore
pour éviter tout nouveau malentendu -- ne veut absolument
pas dire qu'il n'y a pas eu de chambres à gaz dans les
camps, ni qu'il n'y a pas eu d'extermination par les gaz: une
chose est l'existence de l'installation, une autre sa destination
et une troisième son utilisation effective.
En second lieu, il est remarquable que, dans toute la littérature concentrationnaire et pas davantage au tribunal de Nuremberg, aucun document n'ait pu être produit, attestant que les chambres à gaz avaient été installées dans les camps de concentration allemands, sur ordre du gouvernement dans le dessein de les faire utiliser pour l'extermination massive des détenus.
Des témoins pour la plupart officiers, sous-officiers et même simple SS sont certes venus dire à la barre qu'il avaient procédé à des exterminations par les gaz et qu'ils en avaient reçu ordre: aucun d'entre eux n'a pu produire l'ordre derrière lequel il s'abritait et aucun de ces ordres -- à part ceux dont je fais état dans cet ouvrage et qui ne prouvent absolument rien -- n'a été retrouvé dans les archives des camps à la Libération. Il a donc fallu croire ces témoins sur parole. Qui me prouve qu'ils n'ont pas dit cela pour sauver leur vie dans l'atmosphère de terreur qui commença de régner sur l'Allemagne, dès le lendemain de son écrasement ? [page 242]
A ce sujet, voici une petite
histoire qui fait état d'un autre ordre soi-disant donné
par Himmler et sur lequel la littérature concentrationnaire
est très prolixe: celui de faire sauter tous les camps
à l'approche des troupes alliées et d'y exterminer
ainsi tous leurs occupants, gardiens y compris.
Le Médecin-chef SS du Revier de Dora le Dr Plazza le confirma
dès qu'il fut capturé et en eut la vie sauve 14. Au tribunal de Nuremberg, on
le brandit contre les accusés qui nièrent. Or, dans
le Figaro Littéraire du 6 janvier 1951, sous le
titre "Un Juif négocie avec Himmler", et sous
la signature de Jacques Sabille, on a pu lire :
Ce qui signifie que cet
ordre, reçu par tout te monde et abondamment commenté
n'a jamais été donné. S'il en est ainsi des
ordres d'extermination par les gaz
Alors, me dira-t-on, pourquoi ces chambres à gaz, dans
les camps de concentration?
Probablement, -- et tout simplement -- parce que l'Allemagne en
guerre, ayant décidé de transporter le maximum de
ses industries dans les camps pour les soustraire aux bombardements
alliés, il n'y a pas de raison qu'elle fît exception
pour ses industries chimiques.
Que des exterminations par les gaz aient été pratiquées
me paraît possible sinon certain: il n'y a pas de fumée
sans feu. Mais qu'elles aient été généralisées
au point où la littérature [page 243 [concentrationnaire
a tenté de le faire croire et dans le cadre d'un système
après coup mis sur pied est sûrement faux. Tous les
officiers de cavalerie de nos colonies ont une cravache dont ils
sont autorisés à faire usage, à la fois selon
la conception personnelle qu'ils ont de la coquetterie militaire
et selon le tempérament de leur cheval: la plupart s'en
servent aussi pour frapper les autochtones des pays où
ils sévissent. De même il se peut que certaines directions
de camps 15
aient utilisé pour asphyxier, des chambres à gaz
destinées à un autre usage.
A ce moment du discours, la dernière question qui se puisse poser est la suivante: pourquoi les auteurs de témoignages ont-ils accrédité avec un si remarquable esprit de corps la version qui a cours ?
Voici: parce que, nous ayant volés sans vergogne sur le chapitre de la nourriture et de l'habillement, malmenés, brutalisés, frappés à un point qu'on ne saurait dire et qui a fait mourir 82% -- disent les statistiques -- d'entre nous, les survivants de la bureaucratie concentrationnaire ont vu dans les chambres à gaz l'unique et providentiel moyen d'expliquer tous ces cadavres en se disculpant 16.
Ce n'était pas plus malin que cela: le comble est qu'ils aient trouvé des historiographes complaisants.
Quant au reste, le voleur qui crie plus fort que sa victime et étouffe sa voix, pour détourner l'attention de la foule, ce thème n'est pas nouveau dans notre littérature.
Personne ne s'est jamais demandé pourquoi -- hormis du temps des tickets supplémentaires de rationnement qui jouaient le rôle apparent de ciment -- il n'a jamais été possible de constituer, ni sur le plan départemental, ni sur le plan national, des associations viables de déportés: c'est que la masse des rescapés n'incline pas volontiers à se rassembler dans des groupements fraternels sur les injonctions des thuriféraires de ses anciens gardes-chiourmes qui sont, comme par hasard, les protagonistes des différents mouvements qui la sollicitent.
On trouvera dans le corps
de l'ouvrage et plus particulièrement [page 244 [en conclusion,
les autres éléments de la réponse à
la double question que je posais tout à l'heure.
Il est cependant un des éléments de cette réponse
qui ne figure pas dans l'ouvrage: le procès du camp de
Struthof qui n'avait point encore eu lieu aux dates auxquelles
en furent écrites les deux parties.
Tout comme le livre du Dr Nyiszli Miklos, ce procès met
en évidence un certain nombre d'invraisemblances quant
aux raisons de mourir de ceux qui étaient détenus
dans ce camp.
Si je lis le réquisitoire prononcé par le Commissaire
du gouvernement contre les accusés qui étaient des
médecins de la Faculté de Strasbourg auxquels on
reprochait des expériences médicales qu'ils avaient
faites sur des détenus, j'y trouve, d'après le journal
Le Monde:
Ceci prouve de toute évidence, qu'on n'a pu mettre que [page 245] quatre-vingt-sept morts au compte de la chambre à gaz du Struthof et des expériences qui y ont eu lieu. Si ce nombre, relativement restreint au regard des affirmations de la littérature concentrationnaire étendues à la généralité des camps, n'enlève rien à l'horreur du fait (étant bien entendu admis que contrairement aux allégations de l'accusé, il ne s'agit pas d'un incident indépendant de sa volonté) il ne peut ni faire oublier que des milliers et des milliers -- des dizaines de milliers, peut-être -- de détenus sont morts dans ce camp, ni empêcher qu'on se demande comment et pourquoi ils sont morts.
Que j'aie été
à peu près le seul à orienter les esprits
vers ce tragique aspect du problème concentrationnaire
en leur fournissant en même temps les éléments
d'appréciation, c'est-à-dire les raisons qui ont
fait de chaque camp un grand Radeau de la Méduse, dit assez
la misère de notre temps.
Les médecins du Struthof se sont défendus en alléguant
que les expériences auxquelles ils s'étaient livrés
avaient été réalisées dans les mêmes
conditions de sécurité que des expériences
semblables faites à Manille par les Anglais, à Sin-Sin
par les Américains et dans leurs colonies par les Français.
Un éminent professeur de Casablanca est venu le confirmer
à la barre, comme d'autres avant lui l'avaient confirmé
au tribunal de Nuremberg, si on en croit la magistrale thèse
de Doctorat du médecin de la Marine Française François
Bayle, (Croix gammée contre Caducée), publiée
en France en 1950. Ce professeur de Casablanca a même raconté
comment un certain nombre de noirs étaient morts d'un vaccin
essayé sur 6.000 d'entre eux.
Cet argument est sans valeur, certes: on ne peut excuser ses propres méfaits par ceux des autres.
Mais l'argument du Commissaire du gouvernement requérant la condamnation des uns sur des présomptions -- c'est lui qui l'avoue ! -- et ignorant les autres sur lesquels il possède des faits tout aussi répréhensibles et matériellement établis est aussi sans valeur : on ne saurait mieux dire que les uns sont coupables parce qu'ils sont allemands et les autres innocents parce qu'ils sont anglais, américains et français.
C'est cette manière de penser et de juger dont la justification est le plus primitif des chauvinismes, qui permet de déclarer que six cents personnes brûlées dans une église et un village détruit à Oradour-sur-Glane (France) sont victimes du plus abominable des crimes tandis que des centaines et des centaines de milliers de personnes -- femmes, enfants et [page 246] vieillards, aussi! -- exterminées à Leipzig, Hambourg, etc. (Allemagne), Nagasaki et Hiroshima (Japon) dans les conditions que l'on sait, c'est-à-dire, tout aussi atroces, constituent un indiscutable et héroïque exploit.
C'est elle aussi qui permet d'éviter la mise en accusation du grand et véritable responsable de tout: la guerre !
La guerre : celle de 1914-18 dont la conséquence a été le nazisme lequel a utilisé -- et non inventé, comme on le croit généralement 18 -- les camps de concentration, au sein desquels la guerre de 1939-45 a rendu possible contre la volonté des hommes, des bourreaux comme des victimes, l'atroce régime que l'on sait.
Mais ceci n'est plus dans
le sujet que par raccroc.
Bien entendu, nous aurons l'élégance ou le front
de penser qu'il ne dépend ni du Tribunal correctionnel
de Bourg-en-Bresse, ni de la Cour d'Appel de Lyon, ni même
de la Cour de Cassation que nous eussions raison ou tort: Me Dejean
de la Batie a fort judicieusement fait remarquer en notre nom
que le débat auquel on nous avait provoqués ne se
concevait qu'aux Sociétés savantes ou en tout autre
endroit où les hommes ont accoutumé de disputer
des problèmes sociaux, non devant un tribunal.
Mais les dirigeants improvisés
des Associations fantômes de déportés en faveur
desquels les leviers de l'Etat jouent si complaisamment ne conçoivent
d'autres vérités que celles qui sont décrétées
et auxquelles le gendarme donne cours forcé dans l'opinion.
Ils ne sont pas contre le camp de concentration parce qu'il est
le camp de concentration, mais parce qu'on les y a, eux-mêmes,
enfermés: à peine libérés, ils ont
réclamé qu'on y mît les autres. Il n'y a donc
pas de risques: à la salle des Sociétés savantes,
ils se garderont bien de nous convier!
Or, je me refuse pour ma part à me laisser condamner au
silence entre le débat sans issue qu'on nous a proposé
devant les juges et celui qu'on nous refuse devant l'opinion.
Écrivant Le Mensonge d'Ulysse, j'avais l'impression de faire écho à Blanqui, Proudhon, Louise Michel, Guesde, Vaillant, Jaurès et de me rencontrer avec d'autres comme Albert Londres (Dante n'avait rien vu), le Dr Louis Rousseau [page 247 [(Un médecin au bagne), Will de la Ware et Belbenoit (Les Compagnons de la Belle), Mesclon (Comment j'ai subi 15 ans de bagne), etc. qui, tous, ont posé le problème de la répression et du régime pénitentiaire à partir des mêmes constatations et dans les mêmes termes que moi, ce pourquoi ils avaient, tous aussi, reçu un accueil sympathique du mouvement socialiste de leur époque.
Que les adversaires les plus acharnés de l'ouvrage se soient précisément trouvés parmi les dirigeants du Parti Socialiste et du Parti Communiste -- unité d'action? -- s'explique peut-être par la curieuse et prétendue loi des balancements historiques. Toujours est-il qu'Alain Sergent ayant apprécié le régime pénitentiaire français, en prenant, lui aussi, ses unités de mesures dans le mouvement socialiste traditionnel (Un anarchiste de la Belle époque, Ed. du Seuil), c'est surtout en dehors du mouvement socialiste qu'il trouva des échos.
Et que dans, le débat
qui eut récemment lieu sur l'amnistie à l'Assemblée
nationale, l'attitude des représentants du Parti Socialiste
et du Parti Communiste a pu être enregistrée comme
une preuve superfétatoire qu'il s'agissait d'une prise
de position systématique et quasi doctrinale.
Je regrette que cette prise de position n'ait d'autres références
que les notions périmées de Nation, de Patrie et
d'Etat. Pour cette raison, ceux qui se targuent d'être les
héritiers spirituels des Communards, de Jules Guesde et
de Jaurés ont insensiblement été conduits
à cautionner une littérature qui, en étouffant
les données élémentaires du problème
de la répression dans une culture de l'horreur, appuyée
sur le faux historique, ont à la fois créé
une atmosphère de meurtre en France et creusé un
insondable fossé entre la France et l'Allemagne.
Indépendamment d'autres résultats tout aussi paradoxaux
dans de nombreux autres domaines. Dans un de ses moments de sincérité,
David Rousset les avait cependant prévenus:
Ils ont fait semblant de ne point entendre.
Et lui-même, trop
préoccupé de traîner devant les tribunaux
correctionnels, les communistes dont il avait fait l'apologie,
l'avait sans doute oublié.
Le lecteur pourra encore utilement méditer sur quelques
faits du genre de ceux-ci:
-- Le 26 octobre 1947, tous les journaux publièrent l'entre-filet
suivant: "Encore un drame des camps de concentration devant
le tribunal militaire:
"Un Italien, Pierre Fiorelini fut accusé d'avoir,
au temps de Bergen-Belsen, tué sept de ses compagnons.
"Il était infirmier, un infirmier d'ailleurs aux méthodes
médicales assez curieuses. Son plaisir était de
jouer de l'harmonica et de faire danser au son de cet instrument
les codétenus. S'ils refusaient, il les frappait à
coups de bâton.
"Un jour, ayant à soigner un lieutenant malade, il
le conduisit au lavabo, le lava, puis, comme l'autre protestait
contre la brusquerie de ses gestes, il l'assomma à coups
de bâton. Les compagnons de celui-ci essayèrent alors
de l'en empêcher. Fiorelini en abattit successivement six.
"Il est aujourd'hui accusé par les rescapés
de ce bloc."
-- Dans le journal Le Monde du 18 janvier 1954, rendant
compte du procès du Struthof, M. Jean-Marc Théolleyre
-- un des rares chroniqueurs judiciaires de notre temps, dont
l'objectivité ne puisse guère être mise en
doute -- fait le portrait d'un des rares détenus qui ait
eu à répondre devant la justice de son comportement
dans les camps:
C'est une explication que, sans doute, ne renierait pas Freud, mais elle ne vaut que ce qu'elle vaut.
Au surplus, où M. Jean-Marc THEOLLEYRE se trompe, cette fois sûrement, c'est lorsqu'il écrit:
Ce qu'ils avaient de commun? Mais, cher Jean-Marc THEOLLEYRE, une fois au pouvoir, dans les camps, ils se comportèrent exactement comme les droits communs et c'est Jager qui vous le dit en ces termes que, très honorablement, vous rapportez dans votre compte rendu:
-- Dans un autre journal et toujours à propos du procès du Struthof, un autre chroniqueur judiciaire rapporte:
On trouvera dans cet ouvrage,
l'histoire de Stadjeck, curieuse réplique à Dora,
du Fiorelini, de Bergen-Belsen et celle de quelques autres dont
le comportement fut le même que celui de Jager ou de ces
deux malheureux qui furent contraints -- ou s'offrirent! -- à
appliquer 25 coups terribles de bâton à un de leurs
compagnons d'infortune: droits communs ou politiques les seconds
prenant la suite des premiers à la tête de la self-administration
pénitentiaire, il y eut dans les camps des milliers et
des milliers de Fiorelini, de Stadjeck, de Jager et de bastonneurs.
On connut quelques droits communs auxquels on demanda des comptes.
On ne demanda pas de comptes aux politiques et c'est pourquoi on n'en connut pas. Si on veut tout savoir, il n'était pas possible de demander des comptes aux politiques: profitant de la confusion des choses et du désarroi des temps, les politiques, qui avaient déjà eu l'habileté d'évincer les droits communs dans les camps -- par des méthodes qui ressortissaient aux lois du milieu et qui consistaient en même temps à inspirer confiance aux SS, ceci n'est pas négligeable -- eurent aussi, le moment venu, celle de se muer en procureurs et en juges, tout à la fois, et il se trouva qu'ils furent seuls habilités à demander des comptes. Dans leur rage de voir des coupables partout, ils eussent fusillé tout le monde et ils ne s'aperçurent même pas qu'ils n'avaient pas joué, à la tête des camps de concentration, un autre rôle -- et en pire! -- que celui qu'ils reprochaient par exemple à Pétain, de s'être offert à jouet à la tête de la France occupée.
Tels étaient ces temps que, sur le moment, personne ne s'en aperçut pour eux.
Des gens découvrirent dans la suite qu'ils s'étaient un peu trop hâtés de reconnaître au Parti communiste le rôle d'un Parti de gouvernement, que la plupart des procureurs et des juges étaient communistes et que, par lâcheté, par inconscience ou par calcul, ceux qui, de hasard ne l'étaient pas, jouaient quand même le jeu du Communisme. Par cette voie détournée de la nécessité politique, on finit par découvrir [page 252] aussi une partie de la vérité sur le comportement des détenus politiques dans les camps de concentration. Mais cette nécessité politique n'est encore évidente que dans l'esprit d'une certaine classe: la classe dirigeante qui ne retient du communisme que ce qui la menace directement et elle seulement. C'est pourquoi on ne connaît toujours qu'une partie de la vérité: on ne la connaîtra toute que le jour où les autres classes de la société et notamment la classe ouvrière seront à leur tour fixées sur les non moins sombres desseins du communisme en ce qui les concerne et sur sa véritable nature.
Ce sera évidemment long.
Nous avons toutefois des chances, maintenant, de voir se multiplier dans la littérature, les aveux du genre de celui-ci que Manès Sperber place dans la bouche d'un de ses personnages, ancien déporté politique:
A la longue, ces aveux se dégageront comme d'une gangue, de la contradiction qui consiste à penser qu'on peut faillir sur le plan humain sans céder sur le plan politique et il ne restera plus que « Nous nous sommes trouvés du côté de nos gardiens ». Sans doute auront-ils alors perdu ce caractère d'excuse absolutoire qu'ils se voulaient eux-mêmes donner, mais ils auront gagné dans le sens d'une sincérité si émouvante que l'excuse absolutoire viendra du public et que ce sera beaucoup mieux.
Quand on en sera là,
rien ne sera plus facile que de trouver une explication honnête
du phénomène concentrationnaire sur le plan moral.
Chose étrange, là encore, tandis que la littérature
dans son ensemble et non seulement la concentrationnaire, ne cherche
toujours cette explication qu'en essayant de se surclasser elle-même
dans la description des cruautés en tous genres de l'ennemi,
tandis qu'historiens, chroniqueurs et sociologues cèdent
toujours à ce fétichisme de l'horreur qui est le
signe-clé de notre temps, le sentiment public à
l'opposé, se manifeste déjà par des réactions
d'un sérieux inattendu ainsi qu'en fait foi cet extrait
d'une lettre de lecteur publiée par Le Monde, le
17 juillet 1954:
Tout y est: le principe de la société militaire où la discipline tient lieu de pensée qui se trouvait seul à régir le monde; la liberté de l'homme qui succombe à la souffrance physique et à la mystique: la bestialité limitée seulement par la mesure de l'instinct; les lois et les institutions raisonnables nécessaires susceptibles d'éviter à l'homme les épreuves de l'abdication, lois qui n'existaient pas, qui n'existent pas encore et qui sont sa seule chance.
Le raisonnement, certes, n'est construit que sur l'homme qui a abdiqué et se transforme en bourreau. Il vaut pour la victime:
Cela est si vrai que les
victimes d'hier sont les bourreaux d'aujourd'hui et vice-versa.
Il ne me reste plus maintenant qu'à remercier indistinctement
et en bloc, tous ceux qui se sont courageusement battus pour Le
Mensonge d'Ulysse.
On m'a dit que, parmi eux, il y avait des fascistes et j'ai souri
doucement: ceux qui me le jetaient à la face étant
précisément ceux qui réclamaient parallèlement
la saisie de l'ouvrage et, dans tous leurs journaux, que fussent
décrétées contre un peu tout le monde des
interdictions d'écrire, de parler et même de se déplacer,
comment n'aurais-je pas pensé que, s'il suffisait de croire
pour être baptisé, il ne suffisait pas de refuser
le baptême pour n'être point fasciste ?
On m'a dit aussi qu'il y avait des collaborateurs du temps de l'occupation et je me suis consolé en constatant qu'ils étaient surtout réputés tels et qu'en tout cas, ils voisinaient avec un nombre impressionnant de résistants authentiques.
En fin de compte, j'ai surtout observé que, dans le vaste champ de l'opinion qui va de l'extrême-droite à l'extrême-gauche, beaucoup de gens continuaient ou recommençaient à penser tous les problèmes, non plus conformément aux [page 255] règles étroites des sectes, chapelles et partis, mais par référence aux valeurs humaines.
Et ceci me paraît
de nature à autoriser tous les espoirs.
Paul RASSINIER
Mâcon, décembre 1954.
Extrait du livre de Paul Rassinier, Le
Mensonge d'Ulysse, qui est paru d'abord aux Editions
bressanes en 1950. Cette première partie était parue
auparavant sous le titre Passage de la ligne en 1948. L'ensemble
a été plusieurs fois réédité
par différents éditeurs, de droite comme de gauche.
Nous utilisons l'édition procurée en 1980 par La
Vieille Taupe, à Paris. Signalons qu'il existe une traduction
anglaise un peu abrégée (il y manque les trois premiers
chapitres) parue, avec d'autres textes de Rassinier, sous
le titre Debunking the Genocide Myth, parue en 1978 aux
Etats-Unis.
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inquiété pour ses opinions et celui de chercher,
de recevoir et de répandre, sans considération de
frontière, les informations et les idées par quelque
moyen d'expression que ce soit>
Déclaration internationale des droits de l'homme,
adoptée par l'Assemblée générale de
l'ONU à Paris, le 10 décembre 1948.