Bien que plus de cent journaux et revues les aient cités, commentés ou partiellement repris, c'est-à-dire leur aient assuré une vente honnête, Le Parlement aux mains des Banques et son complément Les Preuves n'ont pas atteint leur but qui était, non de vendre du papier, mais de provoquer, au moins dans les milieux révolutionnaires et non conformistes, la discussion que tout le monde sent de nouveau nécessaire sur le thème du Pouvoir[1] .
A en croire l'Argus de la Presse, si j'ai retenu l'attention, c'est en effet seulement par des à-côtés de la question comme la pourriture du régime si fertile en développements, le cas de M. Pierre Mendès-France, celui des quatre-vingts présidents ou membres de Conseils d'administration qui sont en même temps députés ou sénateurs et parfois ministres, ou par le caractère scandaleux de la guerre d'Indochine. A part la N.R.F. dans laquelle une seule phrase d'un article de Jean Guérin a timidement posé le problème de la vertu dans la démocratie, c'est-à-dire du régime, personne n'est allé au-delà de ces considérations.
Un succès de scandale, en somme.
Louis Louvet, qui a été à l'origine de notre offensive commune contre le Pouvoir représenté par les puissances d'argent et qui en fut le principal artisan, a pensé qu'il ne serait peut-être pas inutile d'en dresser le bilan.
Je veux bien, mais je devais d'abord prévenir qu'il était maigre et ne pouvait pas s'élever au-dessus de ce qui a été dit.
Ici, le lecteur ne trouvera que des justifications de ce que j'ai écrit qui a été révoqué en doute, le plus souvent, d'ailleurs, par le moyen de la digression ou de la cabriole. A défaut d'être entraïné à des spéculations au niveau des propos de Proudhon ou d'Alain sur le Pouvoir, il s'instruira sur certains individus que j'ai mis en cause et sur leurs hommes liges.
On me dit que ce n'est déjà pas rien.
Il faut reconnaître que, si elles ne sont pas le moins du monde anticapitalistes, les prises de positions de M. Mendès-France vont généralement dans le sens d'un capitalisme éclairé, moins despotique, moins agressif et donc moins sanguinaire que celui des Laniel, Pinay, Bidault, Edgar Faure, Lacoste et Guy Mollet.
Elles traduisent remarquablement les aspirations actuelles de la Banque Gradis vulgarisées dans le domaine des affaires pas Les Échos et dans celui de la politique par L'Express, qui appartiennent tous deux à la famille Servan-Schreiber, alliée à la famille Gradis.
La Banque Gradis est, elle aussi, pour un capitalisme éclairé. Cette attitude lui est dictée par la règle d'or qui est commune à la politique et aux affaires, à savoir: de même qu'un homme politique doit parler à gauche pour être élu et à droite pour le rester, une affaire naissante a besoin, pour prospérer, du libéralisme et de la paix sociale théoriquement garantis par la gauche et, une fois arrivée à la notoriété, de la stabilité effecivement assurée par la droite.
En soutenant successivement tous les mouvements libéraux et jusqu'aux plus avancés, tout au long du XIXe siècle, les Rothschild ont grandement aidé à l'avènement de la IIIe République dont ils sont devenus la Banque par le truchement de la Banque de France, ce qui leur a permis d'éliminer des affaires les banques catholiques et protestantes. Le succès obtenu, ils sont devenus conservateurs, timidement aux environs de 1910, puis résolument en 1925-26. A cette époque, les Lazard nés dans leur sillage et qui vivaient en ramassant les miettes de leurs festins, ont pris leur relève dans le soutien des mouvements libéraux. Leur triomphe assuré avec celui du Front Populaire, ils sont à leut tour devenus conservateurs. Aujourd'hui, c'est au tour des Gradis nés dans le sillage des Lazard, d'imiter l'exemple des deux grands ainés.
La Banque Gradis est une banque jeune qui n'a encore accompli que quelques pas sur le chemin qui mène à la notoriété dans les affaires et elle parle d'autant plus à gauche qu'ayant misé sur le commerce avec les colonies, elle a besoin que le calme soit ramené en Afrique du Nord comme elle en avait besoin en Indochine.
Par le volume de ses affaires au Maroc où elle a soutenu l'actuel sultan, elle est assurée d'une situation privilégiée dans la Banque Chérifienne, le jour proche où le Maroc aura une vie monétaire propre. On lui prète d'autre part l'ambition d'obtenir une situation semblable dans la Banque du Maghreb au cas probable où la guerre d'Algérie se résoudrait par une solution de type fédéraliste englobant toute l'Afrique du Nord.
Les Échos et L'Express soutiennent donc la solution fédéraliste.
M. Mendès-France aussi.
Les Rothschild dont cette solution signifie l'éviction de l'Afrique du Nord sont évidemment contre. Pour des raisons gouvernementales et pétrolières, les Lazard soutiennent les Rothschild ce qui fait que nous nous retrouvons en Algérie dans la même situation qu'en Indochine avant 1954, M. Mendès-France et la Banque Gradis faisant équipe contre les Lazard et les Rothschild.
Décidément la concordance de vues entre M. Mendès-France et la Banque Gradis est en train de devenir une habitude ou un système.
A propos de l'Indochine, j'avais noté à peu près dans les mêmes termes que, pour pacifique qu'elle soit et, dans une certaine mesure, digne d'une adhésion conditionnelle de notre part, la prise de position de Mendès-France en faveur dÉ'un partage de l'Indochine, n'en servait pas moins les intérêts du groupe Gradis-Servan-Schreiber soucieux, avant tout, de sauver le commerce des Établissements Maurel et Prom avec Saïgon[2].
Accessoirement, comme j'avais eu avec M. Mendès-France un échange de lettres sans résultats, comme nous étions au lendemain des élections du 2 janvier 1956 et comme il venait de se voir refuser, dans le gouvernement de M. Guy Mollet, le poste de Ministre des Affaires étrangères qui lui avait été promis, j'avais expliqué ce fait dans les termes suivants:
«C'est par sa femme, née Liliane Cicurel, que le cas de M. Mendès-France peut être transposé du plan des affaires à celui de la politique nationale et internationale. Madame Mendès-France, gérante de la French Distributing C° est en outre l'héritière de feu Salomon Cicurel qui contrôlait les Grands Bazars du Caire et une affaire d'exportation de coton: marie-toi dans ta rue, et si possible dans ta maison, dit la sagesse des Nations. Et de préférence sous le régime de la séparation des biens, pensèrent de concert les Mendès-France et les Cicurel.
Si l'on veut avoir une idée de ce que sont les grands bazars du Caire, on ne lira pas sans profit ceci que beaucoup de journaux ont publié et qui n'a pas été démenti:
Les magasins sont incendiés, en janvier 1952, lors des émeutes qui ont ensanglanté la capitale égyptienne. Pour couvrir les dommages, les tribunaux égyptiens ont accordé à la Société Cicurel une indemnité de 1.750 millions.
Mais quand le roi Farouk fut renversé par le peuple égyptien, le colonel Nasser et le général Neguib ont bloqué le versement qux Cicurel de cette indemnité de 1.750 millions que le Général Nasser a débloquée dans le courant de l'année 1954.
Seul, le journal Fraternité française qui s'était fait l'écho de cette information, a été poursuivi puis condamné non pour l'information elle-même mais pour l'avoir assortie d'un commentaire injurieux établissant une corrélation, à la vérité impensable, entre le déblocage de l'indemnité et le passage de M. Mendès-France à la Présidence du Conseil.
Je ne la reproduis moi-même que pour permettre au lecteur d'apprécier l'importance des intérêts que M. Mendès-France - pardon sa femme! - possède en Égypte: à ce chiffre et à cette place, dans la conjoncture actuelle, ils constituent un problème politique. Les adversaires de M. Mendès-France ne s'y sont d'ailleurs pas trompés qui, au lendemain de la victoire électorale du Front républicain, lui ont refusé le poste de Ministre des Affaires étrangères probablement pour lui éviter la tentation de subordonner sa politique avec l'Égypte par conséquent avec l'Afrique du Nord et Israël, aux intérêts de sa femme.» (pp. 28 et 29)
La suite a prouvé que ce raisonnement n'avait rien d'une construction de l'esprit: si on sait, au surplus, que M. Georges Picot est Président du Conseil d'administration de la Compagnie du Canal de Suez et Mlle Léone-Georges Picot est l'épouse de M. Simon Nora, chef du brain-trust de M.Mendès-France, on imagine sans peine dans quelle situation délicate se serait trouvé l'ex-Prince charmant, si dans l'Affaire de Suez, il avait eu à défendre la cause de la France contre l'Egypte.
Depuis, la popularité de M. Mendès-France a bien baissé: les intérêts de Madame en Égypte et l'attention particulière dont ils sont l'objet de la part de Nasser[3] ont, malgré le silence des Échos et de L'Express, fini par arriver à la connaissance d'un peu tout le monde.
Quoi qu'il en soit, dans L'Express du 14 janvier 1957, au «Courrier des lecteurs», j'ai trouvé la lettre suivante, sous le titre «Bien informé»:
Ce que doit penser le Français moyen, voici, disait L'Express en commentaire:
1° Qu'à la première affirmation seuls les deux intéressés peuvent répondre au Français moyen.
2° Qu'il est exclu qu'un «grand homme politique bien informé» tienne les propos totalement aberrants que contient la seconde affirmation et qu'un Français moyen, soucieux de vérité, ne perdrait pas son temps en demandant à ceux qui les tiennent de les écrire et de les signer. Les colonnes de L'Express sont à leur disposition.
Les colonnes du journal m'étant ainsi publiquement ouvertes, je lui ai donc fait tenir ce que je savais de ces «importants intérêts financiers aux bords du Nil» en ajoutant que s'ils ne déterminaient pas «la position de P.M.F. au sujet du problème arabe» il valait mieux crever le ballon qu'en laisser courir le bruit sous le manteau.
Étant donné la position que j'ai prise sur la question, personne n'aurait compris que je ne profite pas de l'occasion.
Bien entendu, ma lettre n'a pas été publiée.
Mais Mme Françoise Giroud m'a répondu.
«En l'absence de M. J.-J. Servan-Schreiber qui est mobilisé en Algérie depuis plusieurs mois», n'a-t-elle pas manqué de préciser, pour le cas où je l'aurais oublié.
Comme tout le monde, j'étais, au jour le jour tenu au courant des brillants faits d'armes pas lesquels s'illustrait, là-bas, le lieutenant Servan-Schreiber. Chaque fois que la presse en faisait mention, je me trouvais même un peu consolé à la pensée que sur les 500.000 soldats (dont 499.999 Bidasses qui n'avaient pas le honneurs de la presse!) que MM. Lacoste et Guy Mollet avaient envoyés au casse-pipe en Algérie, il en était au moins un qui sache très bien pourquoi.
Sur ce point, j'ai trouvé que Mme Françoise Giroux avait la plume un peu lourde.
Mais passons.
Hors cela, voici l'essentiel de ce que me disait la rédactrice en chef de L'Express:
1° Je lis attentivement ce que vous écrivez. J'y apprends que la famille de Mme Mendès-France a des intérêts en Égypte, ce que personne n'ignore, d'ailleurs…
2° [ Votre lettre ]… «est un propos diffamatoire ou qui, du moins, serait tenu pour tel par l'intéressé…
3° Étant donné, ce que, m'a-t-on dit, vous avez écrit des motifs pour lesquels L'Express avait fait campagne pour que cesse la guerre d' Indochine - et ce que je sais de ces motifs puisque je fais moi-même le journal - vous ne vous étonnerez pas que je considère, au moins avec réserve, les constructions de l'esprit qui, jusqu'à plus ample informé, me semblent, plus que des faits, servir de base à vos convictions.»
J'ai répondu à Mme Françoise Giroud, sur le premier point, que si personne n'ignorait que Mme Mendès-France avait des intérêts en Égypte, ce n'était pas grâce à L'Express et qu'elle eût été bien inspirée si elle avait profité de l'occasion à elle offerte par M. J. Chambon, instituteur à Saint-Cyr-la-Roche (Corrèze), pour démontrer publiquement que ces intérêts n'avaient aucun rapport avec la politique de son mari.
Sur le second, je me suis borné à la rassurer en lui signalant que le contenu de ma lettre ayant été communiqué à M. Mendès-France soi-même sous les espèces du Parlement aux mains des Banques qu'il avait fait l'objet d'un échange de lettres entre nous et que jamais l'intéressé - qui s'y connaît puisqu'il est avocat! - ne l'avait tenu pour diffamatoire. Pour cause, d'ailleurs!
Quant au troisième et dernier point, je disais à Mme Françoise Giroud que ma méthode se résumait dans les trois propositions suivantes, à mon sens assez logiquement enchaînées:
1° Voici les intérêts que possèdent Mmes Mendès-France, Bernadette Servan-Schreiber épouse Gradis, Léone Georges-Picot épouse Simon Nora et M. Jean-Claude Servan-Schreiber, sur les bords du Nil, en Indochine, en Afrique du Nord et en Afrique occidentale selon qu'il s'agit de l'une ou de l'autre de ces personnalités;
2° Voici maintenant la politique de M. Mendès-France et de L'Express;
3° Cette politique va dans le sens de ces intérêts, les rapports des Établissements Cicurel et du Colonel Nasser ne le démentent pas; ces intérêts soutiennent cette politique, la liste des actionnaires et des souscripteurs de L'Express le confirme.
Les choses en sont restées là.
Personne ne s'en étonnera, je suppose.
J'ai parlé d'un parallélisme entre ce qui s'est passé, au plan financier, en Indochine et ce qui est en train de se passer en Algérie. Peut-être le lecteur me saura-t-il gré de préciser ce parallélisme. En tout cas, Mme Françoise Giroud qui me reproche - en catimini, chut! - ce que j'ai écrit «des raisons pour lesquelles L'Express avait fait campagne pour que cesse la guerre d'Indochine», trouvera sans aucun doute ici, de nouveaux sujets, sinon de controverse, du moins de méditation.
En Indochine, la guerre a duré huit années. Pendant les quatre premières, ni les Rothschild pour le compte desquels on se battait, ni les Lazard, ni les Gradis qui croyaient à une victoire possible de la France, n'ont rien dit. Au Parlement, il y avait une majorité pour soutenir les gouvernements qui la faisaient: seuls protestaient les communistes et, très diplomatiquement les socialistes. La presse d'information - la seule qui soit en mesure de provoquer des mouvements d'opinion - étant dans la dépendance, partie des Rothschild (Le Figaro, Paris-Match, L'Aurore), partie des Lazard (France-Soir, Paris-Presse, Parisien Libéré, Jours de France, etc.) soutenait les gouvernements et, mise à part la très faible minorité d'irréductibles dont nous sommes, dans la nation, personne ne s'émouvait outre mesure. L'instabilité ministérielle relevait de différends mineurs qui opposaient les Lazard aux Rothschild dans l'hémicycle parlementaire et qui étaient arbitrés, pour le compte des banques américaines, par les poulains de M. Jean Monnet. Jamais elle n'eut pour cause la guerre d'Indochine sur laquelle les Lazard et les Rothschild formaient un bloc sans faille. Et, comme ils constituaient - comme aujourd'hui encore, d'ailleurs - une majorité à l'Assemblée, la guerre menaçait de durer.
Le renversement de la situation s'amorça au début de la cinquième année.
Sous la conduite de brillants généraux que, pour cette raison sans doute, on retrouve en Algérie, nos troupes commencèrent à remporter de non moins brillantes défaites qui mirent en danger Saïgon sur laquelle étaient branchés les Gradis par les Établissements Maurel et Prom spécialement chargés du commerce avec l'Indochine pour le compte de leur Société pour le commerce avec les Colonies et l'Étranger.
Alors naquit L'Express qui prit position en faveur de pourparlers avec Ho-Chi-Minh. D'une association entre Mme Henriette Gradis et ses frères, sœurs, cousins et cousines, Jean-Claude, Jean-Jacques, Geneviève, Mme Émile Gros, Mme J.-F. Coblentz, tous nés Servan-Schreiber.
L'année suivante, M. Mendès-France qui écrivait dans L'Express, fit à la Chambre, un discours brillant contre la guerre d'Indochine.
C'est seulement au début de l'année 1954 que les Lazard perdirent confiance dans l'issue victorieuse de la guerre et se sentirent menacés au Crédit Foncier de l'Indochine, au Crédit hypothécaire indochinois, à la Banque d'Indochine même.
Au Parlement leurs députés, devant l'opinion publique leur presse - qui est la plus importante de la Nation: voir plus haut - commencèrent à faire campagne en faveur de pourparlers avec Ho-Chi-Minh et les Rothschild se trouvèrent seuls et en minorité partout.
M. Mendès-France fut porté au pouvoir dans l'enthousiasme.
La guerre d'Indochine prit fin.
La question qui se pose est de savoir si les Lazard se dissocieront des Rothschild en Algérie comme ils l'ont fait en Indochine. Rien ne permet de l'affirmer mais, rien non plus ne permet d'affirmer le contraire.
Pour l'instant, ils ont planté là M. Mendès-France et sa solution fédéraliste pour l'Afrique du Nord et, dans l'opinion publique, leur presse l'a laissé couler à pic avec une indifférence remarquable, ce qui semble indiquer que, même s'ils rompaient avec les Rothschild et en venaient à rechercher une autre alliance, ce ne serait pas celle des Gradis.
D'autre part, un examen attentif du marché financier révèle à mon sens que la Banque de Paris et des Pays-Bas et un certain nombre de Sociétés en R.E.P. sont en train de rafler pour leur compte, toutes les valeurs françaises de pétrole qui, nul ne l'ignore, concernent principalement l'Afrique du Nord et le Sahara.
Cherchent-ils à se créer, dans ce secteur qui intéresse au premier chef les banques américaines, une situation qui leur permettrait de négocier avec elles un compromis sur le pétrole africain? Comme ils ont la haute main sur le contrôle des changes et un siège à New-York, ils sont des mieux placés pour une négociation de ce genre qui pourrait, en fin de compte, se résoudre par un simple jeu d'écritures[4].
Cette hypothèse n'est pas exclue.
Si elle se vérifiait, l'indépendance de l'Algérie[5] ne gênerait plus que les Rothschild. France-Soir, Paris-Presse, Le Parisien Libéré, etc., la verraient progressivement dans des termes de plus en plus favorables, l'opinion publique s'en enthousiasmerait et, au Palais-Bourbon se retrouverait la majorité qui fit la paix en Indochine.
Mais, les Gradis n'y ayant été pour rien et l'opération s'étant faite, sinon contre eux, du moins pour leur faire pièce, ce pourrait bien être derrière un autre homme que cette majorité se retrouverait.
M. René Pleven, par exemple.
Tout ceci étant dit, il est bien évident que la politique de M. Mendès-France et de la Banque Gradis, telle qu'elle est traduite et synchronisée par Les Échos et L'Express a plus d'une fois recoupé et recoupera sans doute encore notre combat. A cet égard, cette polémique peut paraître regrettable à beaucoup de gens.
Elle s'explique cependant.
On ne sait pas si les Gradis arriveront à supplanter les Lazard comme ceux-ci sont arrivés à supplanter les Rothschild et comme les Rothschild étaient, eux, arrivés à supplanter les banques catholique et protestante. Bien que les Lazard semblent être en position de parer le coup au mieux et de reporter cette éventualité aux calendes, on sait seulement que c'est leur ambition et que s'ils y arrivent ils seront aussi conservateurs que ceux qu'ils veulent déloger.
Ce n'est pas parce que la classe ouvrière se trouve incidemment et de temps à autre en accord relatif avec une partie d'ailleurs toujours très faible[6] de ce que proposent les hommes politiques et les journalistes qu'ils soutiennent, qu'elle doit faciliter leur jeu et les porter au pouvoir.
Autant que les principes, l'expérience historique lui commande cette attitude.
Pour avoir trop aveuglément fait confiance aux bourgeois avec lesquels ils n'étaient en accord que pour lutter contre le pouvoir royal, les ouvriers parisiens de 1789 et de 1830 les ont portés au pouvoir et se sont fait mitrailler par eux en 1848 et souventes fois sous la IIIe République.
Ce n'est pas le désir de changer de maîtres que nous devons inspirer à la classe ouvrière mais celui d'être elle-même son propre maître.
Nous nous sommes donc estimés fondés à conserver leur originalité à notre pensée comme à notre action et, même au moment où le comportement de la Banque Gradis recoupait notre combat, à déclarer hautement que ses intentions n'étaient pas pures et qu'il ne s'agissait que d'une tactique.
Le caractère même de cette polémique au cours de laquelle ceux que nous avons mis en cause n'ont jamais osé réfuter publiquement nos allégations - pour ne pas faire de vagues - nous a déjà donné raison.
Pour éviter les malentendus et n'être point accusé de solliciter les textes, il vaut toujours mieux les citer intégralement. Voici donc l'article que, sous la signature de Jean Guérin, la N.R.F. publia dans son numéro de février 1957, pour rendre compte du Parlement aux mains des Banques et de son complément Les Preuves:
«Il est curieux, il n'est pas très rassurant que tant de ministres, de députés ou de sénateurs soient par ailleurs présidents, administrateurs ou secrétaires de sociétés financières ou commerciales. Ces sociétés les paient, et les paient bien. Que leur donnent-ils en retour? Quelle sorte de services peuvent rendre aux banques américaines M. René Pleven, aux Entrepôts frigorifiques (et à vingt autres sociétés) M. René Mayer, à France-Film (et à quinze autres sociétés), M. Corniglion-Molinier, aux Mines de Bou-skour (et à douze autres sociétés) M. Jacques Bardoux, à la Société immobilière suburbaine (et à trois autres sociétés) M. d'Astier de la Vigerie? La question tout au moins se pose. Certaines des réponses qu'apporte M. Paul Rassinier - avec une évidente droiture, je dirais presque: avec naïveté - ne laissent pas d'être inquiétantes. Cela dit, on ne voit pas trop comment le monde des affaires et le monde politique pourraient cesser, en société capitaliste, de ne faire qu'un seul monde. Il y faudrait pouvoir compter sur une certaine honnêteté scrupuleuse des parlementaires, qui sait? sur leur goût de la pauvreté. C'est beaucoup demander.
«M. Rassinier s'attache particulièrement au cas de L'Express. Où l'on voit assez bien la force et tout à la fois les faiblesses de sa méthode.
L'Express, hebdomadaire, puis quotidien, puis de nouveau hebdomadaire, a été fondé par de grands banquiers: les Servan-Schreiber déjà propriétaires des Échos, et par leurs alliés (et gendres): les Gradis, banquiers à Bordeaux et propriétaires dans l'Indochine du Sud. Or les Servan-Schreiber-Gradis dirigent ou contrôlent toutes les banques ou sociétés marocaines du Crédit Marocain (capital: 500 millions) à la Société Marocaine des Béni-Ashen (capital: 60 millions). Ils ont eu le plus pressant intérêt à une paix rapide en Indochine (qui devait avoir pour effet de ruiner leurs rivaux directs, les Rothschild, possesseurs de plantations d'hévéas), ils ont grand intérêt à une bonne entente avec le Maroc, qui affermisse, füt-ce contre les amis de la France, leurs positions financières. Ils ont été servis.
Soit. Mais, quand M. Rassinier ajoute que les «sous-produits de sacristie» (sic) dont disposent L'Express et M. Mendès-France» ont nom François Mauriac, Alfred Sauvy, Béatrix Beck», il se moque de nous. Il se moque de nous un peu grossièrement. Chacun voit au contraire que François Mauriac a plus fait pour L'Express que L'Express n'a fait pour François Mauriac. Je veux bien que les notes et articles anonymes - il n'en manque pas dans L'Express - n'expriment guère que les goûts, les rancunes ou les besoins du groupe Servan-Schreiber. Je comprends, entre autres, les sens (dédaigneux) que prend sous la plume des notateurs l'expression livre d'idées» «articles d'idées»: il s'agit sans doute d'autres choses que d'idées. Mais qui prend au sérieux les articles anonymes de L'Express? Pour le reste, on peut discuter, bien entendu, les idées de François Mauriac, mais ce sont des idées; les calculs d'Alfred Sauvy, mais ce sont des calculs; le style de Béatrice Beck, mais c'est un style: ici s'arrête le pouvoir de l'argent. C'est là ce que ne dit pas M. Rassinier, c'est là ce qu'il devrait dire. Je crains qu'il ne soit égaré par un marxisme un peu simpliste.»
Avant d'envoyer cet article à la composition, Jean Paulhan qui est de la vieille école et qui a le sens des usages, eut l'amabilité de me le communiquer. Dans sa lettre d'envoi, il me disait: «Ai-je besoin de vous dire qu'une lettre-réponse de vous serait, je pense, la bienvenue à la N.R.F.»
Je fis donc la lettre-réponse pour le n° de mars. Par courtoisie, je laissai la N.R.F. libre de l'insérer ou pas. Voici ce que je disais:
«J'avais d'abord pensé à un Essai sur le Pouvoir. Puis, j'y ai renoncé: à la dernière minute, il m'est apparu que l'entreprise n'avait aucune chance. En France, il n'y a pas - ou plus - de public pour ce genre d'écrit. Dévoyée par un byzantisme sans frein, l'opinion française, si elle est encore capable d'un effort de l'esprit, c'est bien plus, semble-t-il, au niveau de la leçon de choses qu'à celui du maniement des abstractions. Telle fut, telle est encore mon opinion. Mon projet d'Essai sur le Pouvoir s'est donc résumé dans Le Parlement aux mains des Banques qui est seulement une tentative de vulgarisation à partir d'un exemple tout frais. Une prise de position politique, en quelque sorte et, qu'avec beaucoup d'indulgence, on pourrait appeler un pamphlet.
«Que cette tentative ait, néanmoins, retenu l'attention de la N.R.F., à la rubrique des essais, j'en suis flatté. Qu'elle ait amené à conclure qu'“on ne voit pas trop comment le monde des affaires et le monde politique pourraient cesser, en régime capitaliste, de ne faire qu'un seul monde“ prouve qu'elle a touché au but puisque c'est précisément ce qu'elle se proposait de démontrer. Qu'elle me fasse apparaître comme “un marxiste un peu simpliste“ je le veux bien, d'autre part, puisque je ne suis pas marxiste. Mais qu'on en prenne texte pour dire qu’“une certaine honnêteté scrupuleuse des parlementaires, qui sait? leur goût de la pauvreté“ pourrait ramener le corps social à la santé, ou pour prétendre que le monde des lettres, en particulier celui qui est représenté par François Mauriac, Alfred Sauvy ou Béatrice Beck, c'est-à-dire celui qui est engagé, échappe au pouvoir de l'argent, je n'en suis plus d'accord.
***
«Dès la plus haute antiquité, le plénipotentiaire, le représentant du peuple et le parlementaire qui sont tout un par la similitude de leurs fonctions, ont été des personnages moralement discrédités: il suffit de relire Aristophane. Si on admet que Platon traduisait les aspirations de son temps, les Grecs rêvaient de sociétés d'un républicanisme très relatif mais qui puissent se passer de la délégation de pouvoir, vouée par sa nature à n'être jamais que corruptrice ou corrompue et, tour à tour l'un et l'autre: “Fais en sorte, disait Aristote, que le nombre des citoyens ne dépasse pas dix mille: plus nombreux, ils ne pourraient se rassembler sur la place publique.“ Je n'en suis certes plus, à Aristote dixit. Mais Saint-Simon, Fourrier et Proudhon avaient, eux aussi, dépassé ce stade. Et cette idée n'en était pas moins, très consciemment, au centre de leurs préoccupations doctrinales. On a dit d'eux qu'ils étaient des socialistes utopiques, et, de nos jours, ne s'en réclament guère que les anarchistes ou socialistes libertaires. Dans l'air du temps flotte cependant une aspiration aux contours encore très flous, en faveur de la décentralisation économique et administrative dont on aurait tort de nier le caractère de réminiscence historique, et de douter qu'elle amenât, un jour, à redécouvrir Aristophane, Platon et Aristote.
«L'honnêteté des parlementaires? C'est aussi une très vieille idée. Elle remonte, pour le moins, à Montesquieu qui, acceptant l'évolution du monde vers des sociétés de plus en plus grandes, la ramenait au problème de la vertu et, traitant de la démocratie, écrivait, deux mille ans après Aristote:
« Il ne faut pas beaucoup de probité pour qu'un gouvernement monarchique ou un gouvernement despotique se maintiennent ou se soutiennent. La force des lois dans l'une, le bras du prince toujours levé dans l'autre, règlent ou contiennent tout. Mais, dans un État populaire, il faut un ressort de plus qui est la vertu.»
«Si on admet qu'en société capitaliste, le monde des affaires et le monde politique ne peuvent cesser de ne faire qu'un seul monde“, on ne voit pas non plus comment la vertu qui n'est - de loin! - pas la règle d'or du monde des affaires, y pourrait jouer un rôle. Point n'est besoin d'avoir recours à Marx: dans un monde qu'on définit UN, il ne peut y avoir un secteur du vice et un autre de la vertu. On sait ce qu'a donné l'expérience du quartier réservé: aujourd'hui le monde n'est plus qu'un immense quartier réservé.
«Je sais, la vertu dont parle Montesquieu est une chose bien particulière: “Il faut observer, dit-il, que ce que j'appelle vertu dans la république est l'amour de la patrie, c'est-à-dire l'amour de l'égalité. Ce n'est point une vertu morale, ni une vertu chrétienne, c'est la vertu politique.“
«Par quoi l'on voit que Montesquieu n'était lui-même à l'abri ni de la différenciation arbitraire ni du sophisme: si la vertu est l'amour de l'égalité, elle est tout à la fois morale, chrétienne et politique. Et si je le cite sur ce point, c'est surtout pour prendre acte que, dans le régime républicain, l'amour de l'égalité n'a jamais été utilisé qu'au plan des principes et par des gens qui n'avaient d'autre souci que celui de se donner une bonne conscience: au plan des faits, l'inégalité a toujours été la coutume.
“Lorsque, dit encore Montesquieu, dans une république, le peuple en corps a la souveraine puissance, c'est une DÉMOCRATIE. Lorsque la souveraine puissance est entre les mains d'une partie du peuple, cela s'appelle une ARISTOCRATIE.“
«Notre république, dans laquelle le monde des affaires et celui de la politique sont tout un, et où la souveraine puissance est entre les mains des parlementaires, eux-mêmes entre les mains des affairistes sans scrupules, n'a jamais dépassé le stade de l'aristocratie sans vertu. Parce que les affaires et la vertu s'excluent mutuellement et proportionnellement aux dimensions des sociétés. En ce siècle, enclin à raisonner sur des ensembles économiques et politiques de plus en plus grands, bien que réduit par la décentralisation, les dimensions des sociétés en sont arrivées à rendre impossible tout contrôle du parlementaire par leurs mandants non-affairistes.
«Je suis donc pour Aristote qui, seul, est la vertu… Et pour Proudhon.
«C'est la structure même du régime qu'il faut changer et dans le sens qu'ils ont indiqué, c'est-à-dire dans celui de la décentralisation qui supprimera la délégation de pouvoir et les Parlements.
« Si l'on m'accorde, qu'à partir du moment où l'on entre dans le monde de la politique, on entre en même temps dans celui des affaires, on n'est peut-être pas très bien venu à déclarer, à propos de M. François Mauriac, de M. Alfred Sauvy et de Madame Béatrice Beck qui sont entrés dans le monde politique:
“On peut discuter les idées de François Mauriac, mais ce sont des idées; les calculs d'Alfred Sauvy, mais ce sont des calculs; le style de Béatrix Beck, mais c'est un style: ici s'arrête le pouvoir de l'argent.“
«Justement, c'est ici que commence le pouvoir de l'argent: il a fait, ce pouvoir, que les idées de M. François Mauriac aient pu, tour à tour, plaire à La Croix et à L'Express, au maréchal Pétain, au Leutnant Heller de la Propaganda-Staffel, au général de Gaulle et à Staline; que les calculs de M. Alfred Sauvy sont essentiellement politiques et plus en règle avec le Vatican qu'avec l'arithmétique; que le style de Mme Béatrix Beck (je n'en discute pas la valeur intrinsèque) puisse indifféremment être au service d'une foi ou d'une autre. La foi qu'on a eue, disait Renan, ne doit jamais être une chaîne: dans le cas des idées de M. François Mauriac, des calculs de M. Alfred Sauvy et du style de Mme Béatrix Beck, c'est la foi de remplacement qui en est une, - et d'or!
«Dire que le plus symbolique des trois, “François Mauriac a plus fait pour L'Express que L'Express n'a fait pour François Mauriac“, ne prend pas en défaut cette manière de voir: de même que les vieux acteurs qui ont fatigué Paris se tournent vers la Province, M. François Mauriac s'est tourné vers la clientèle de Staline après avoir fatigué celle de La Croix, de Pétain et du Leutnant Heller, puis vers celle de L'Express, dès que le stalinisme ne fut plus rentable. Au plan de l'art, c'est le problème de la littérature alimentaire - et un peu plus, en l'occurence! - non celui des idées. Au plan de la politique et des affaires, c'est celui de la corruption de la littérature ou de l'utilisation des restes. Ici, c'est la puissance d'attraction de l'argent qui joue et c'est toujours le problème de la vertu dans la démocratie.
«Ajouterais-je, maintenant, que je ne me suis jamais soucié de savoir qui, de M. François Mauriac ou de L'Express aidait l'autre; que si, dans Le Parlement aux mains des Banques, je l'ai cité en compagnie de M. Alfred Sauvy et de Mme Béatrix Beck, c'était seulement par manière de prétendre qu'une politique ne pouvait se dire “de gauche“ et, en même temps, les avoir tous les trois à son service?»
Voici maintenant la lettre que, quinze jours après, j'ai reçu de Jean Paulhan:
Paris le 22 février 1957
Cher Monsieur et ami, Je vous remercie de nous avoir aimablement laissés libres. Nos amis ne sont pas d'avis de donner cette nouvelle étude dans la NRF. Il leur semble que ce serait provoquer inutilement une polémique qui ne relève pas des préoccupations ordinaires de la N.R.F. (Et je dois avouer qu'ils n'ont pas été sans faire aussi, après coup, pas mal d'objections à la petite note de Guérin qui nous a valu, de la part de L'Express, diverses menaces de procès mais jusqu'ici pas une réponse.)
A vous très cordialement,
Jean PAULHAN
Je publiai le tout dans Défense de l'Homme, N° 102 de mai 1957, avec le commentaire suivant:
Je n'ai rien à ajouter, sinon que les gens de L'Express sont, à la fois très habiles et très puissants: ils font aujourd'hui, à la N.R.F., le coup[7] qu'ils ont fait l'an dernier au Canard enchaîné lorsque Jeanson se permit d'y citer Le Parlement aux mains des Banques.
Défense d'en parler: ils font le tour des salles de rédaction, usant du chantage s'ils n'ont pas de complicité dans la maison.
Il n'y a que moi, qui suis à l'origine de leurs petits ennuis, qu'ils ne menacent pas de procès!
Ce commentaire qui me paraissait imposé par la lettre de Jean Paulhan déchaîna la fureur de la «complicité» que l'équipe a au Canard enchaîné en la personne de son rédacteur en chef. Sous le titre «un raseur récidive», on y pouvait lire, le 3 mai, le petit entrefilet suivant que, pour qu le burlesque ne perde rien de ses droits, même ici, je cite intégralement:
Ce Rassiniais y va fort. On aimerait savoir quel «coup» les gens de L'Express ont fait au Canard, après les quelques lignes exhaustives consacrées par notre ami Jeanson au bouquin dudit. A dire vrai, ce coup se résume en ceci que le Canard ayant dit ce qu'il fallait du livre en question n'a pas cru devoir y revenir.
Il est apparu par la suite que M. Rassiniais[8], polygraphe incontinent et m'as-tu-vu de la plus fâcheuse espèce (c'est le Piqué de la Mirandole), ne pardonnait pas au «Canard» de n'avoir pas publié la longue et indigeste " tartine " qu'il nous avait envoyée. Ce falot personnage a fait depuis lors un abondant usage de la fin de non-recevoir polie que je lui fis tenir. Je le considère personnellement comme un emmerdeur pur et simple[9] et je m'étonne que des publications sympathiques et sympathisantes accueillent les yeux fermés ses élucubrations concernant le Canard. Cette petite mise au point s'imposait, dût-elle fournir matière à copie pour dix ans. On souhaite bon courage aux confrères qui s'en repaîtront. - T.
C'est ainsi que se mouchent les morveux quand ils s'aperçoivent qu'ils incommodent en reniflant dans leur assiette.
Trop heureux de les voir enfin se moucher, les gens bien élevés ne leur reprochent jamais, ni de ne pas détourner la tête ni de faire trop de bruit. A quoi bon, d'ailleurs .
L'année précédente, celui-ci m'avait écrit une lettre qui commençait par «Mon cher Rassinier» et se terminait par «Bien cordialement vôtre». Je ne pouvais pas ne pas remarquer qu'il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond dans la mécanique et que ceci ne relevait plus de la controverse.
Dans Défense de l'Homme et dans La Voix de la Paix, Louis Dorival et Émile Bauchet, ont saisi cette occasion pour remarquer qu'un jour, Galtier-Boissière avait donné du bonhomme la définition suivante:
«Tréno (L. Renaut, dit): Petit cloporte de rédaction qui a réussi l'extraordinaire performance de faire baisser de 400.000 exemplaires, le tirage du Canard Enchaîné.»
Qu'un ou deux de ses collaborateurs encore claquent la porte au nez de son rédacteur en chef et Le Canard enchaîné ne sera plus que… «le Tréno man's land de l'esprit».
Ci falt la geste… qui avait pris pour thème la vertu dans la démocratie.
Un reproche m'a été fait, mais beaucoup plus implicitement qu'explicitement: celui d'avoir mis la corruption de la politique à peu près exclusivement au compte des banques israélites et de n'avoir cité que pour mémoire, la banque catholique et la banque protestante.
A ma connaissance, il n'a jamais été formulé par écrit. Si je me suis aperçu qu'on avait tenté de m'accuser d'antisémitisme sous le manteau, c'est seulement parce qu'au cours de quelques-unes de mes conférences, un auditeur - généralement bien intentionné, d'ailleurs - s'est levé pour me poser une question dans la forme: «On a dit que …».
Je n'ai jamais pu savoir qui avait dit.
Il me faut donc, ici, couper les ailes à un canard.
C'est une disposition collective d'esprit bien spéciale à la France que, sauf pour s'en féliciter et renchérir, on n'y puisse absolument pas émettre le moindre jugement sur le comportement des israélites dans les affaires publiques, sans être automatiquement accusé d'antisémitisme et de racisme.
Pour cette raison, à gauche et dans le mouvement ouvrier, à l'exception d'une seule fois en 1947 (Révolution Prolétarienne et École émancipée qui n'ont du reste pas insisté) il n'a jamais été possible de prendre position contre le sionisme si remarquablement démantelé par Tolstoï, ou contre la création de l'État d'Israël si catégoriquement réprouvée par les principes du socialisme libertaire et même du socialisme tout court. La plupart inconsciemment, les autres cédant au chantage à l'antisémitisme et au racisme, les militants de ces principes qui postulent la suppression de l'État se sont tus et en ont laissé créer un nouveau. Résultat: indépendamment de tout ce qui fait que cet État n'est pas essentiellement différent des autres, 1 million 900.000 habitants se trouvent déjà entassés sur 10.000 kilom.-carrés de Palestine et représentant une densité de population de 190 au km2 dans un pays qui ne peut pas subvenir aux besoins de plus d'environ 25 à 30[10].
On voit à quel chiffre sera portée cette densité si, en admettant que la moitié au moins des israélites du monde sont assez raisonnables pour ne pas répondre aux appels du sionisme, l'autre moitié seulement, soit 6 millions environ, se donne rendez-vous en Israël.
On voit aussi la responsabilité encourue par ceux qui se sont tus ou ont encouragé cette opération qui a fait du sionisme[11] un facteur de guerre au Moyen-Orient où tant d'autres se rencontrent déjà.
A gauche et dans le mouvement ouvrier, je crois bien avoit été, sinon le seul, du moins un des rares à avoir assez le souci de l'objectivité pour mettre l'accent sur cet aspect inquiétant de la question.
** *
A la recherche des puissances financières corruptrices de l'opinion et des institutions, je ne pouvais agir différemment: mes investigations ayant établi qu'en France au moins, elles étaient essentiellement israélites, il ne m'était pas plus possible de le taire qu'il ne me l'avait été, quand j'ai eu à en parler, de taire le caractère dangereux du sionisme et son incompatibilité avec les principes du socialisme.
Le capitalisme n'est pas un problème de religion, de race ou de nationalité. Qu'il soit catholique, protestant ou israélite, blanc ou jaune, aryen ou sémitique, français, anglais, allemand, américain et serait-il algonquin ou nègre, il est le capitalisme: race ou religion et quelle que soit leur nationalité, ses tenants qui sont israélites n'en ont pas pour autant droit à un traitement préférentiel de notre part.
En l'occurence, aujourd'hui minoritaires en France dans les affaires, la banque protestante et la banque catholique le sont aussi dans les possibilités de corruption de l'opinion et des institutions.
Il n'en a pas toujours été ainsi et c'est une longue histoire dont il ne m'est possible, ici, que de noter les principales étapes.
Les grands banquiers protestants genevois[12] qui ont eu, grâce à Necker, une si grande influence sur les développements politiques en France à la fin du XVIIIe et au début du XIXe ont été progressivement évincés des affaires publiques et des affaires tout court au profit des banquiers catholiques par la Restauration et la Monarchie de Juillet. Ils se sont alors rapprochés des banquiers israélites à peu près exclusivement représentés à l'époque par les Rothschild et les Fould et, après avoir marqué quelques points contre les banquiers catholiques[13] sous le Second Empire, ont réussi, de concert, à les supplanter sous la IIIe République par une remarquable utilisation de l'Affaire Dreyfus et de l'anticléricalisme. La guerre de 1914, la querelle des Rothschild et des Lazard qui amena les Rothschild à jouer le Vatican, faillit remettre en selle les banquiers catholiques (on se souvient du Comité des Forges, du sénateur Billet, de la Chambre bleu horizon et du Bloc national) mais ce ne fut qu'une alerte.
Entre les deux guerres, les Lazard l'ont emporté contre les Rothschild et ne se trouvent plus en concordance de vues avec eux que dans les grandes circonstances. Les Rothschild continuent à «travailler» avec les banques catholiques que la dernière guerre a placées dans leur dépendance. Mais le Vatican a placé ses fonds en Amérique chez Pierpont Morgan, ce qui a donné au cardinal américain Spellman, une influence qui n'est pas étrangère aux petits ennuis du Vatican et de Franco en Espagne.
Quant aux banques protestantes, la dernière guerre les a placées dans la dépendance des Lazard et, si le protestant Wilfrid Baumgartner est à la tête de la Banque de France où il a fait de l'équilibre entre les Banques américaines, les Rothschild et les Lazard, c'est sans doute un peu grâce aux affaires d'électricité de son père Richard et de son beau-père Ernest Mercier, mais il y est surtout toléré en reconnaissance des services jadis rendus aux banquiers israélites par les banquiers protestants.
Comment les banquiers israélites sont arrivés à supplanter définitivement les banquiers catholiques et protestants à la faveur de la dernière guerre?
C'est simple: sous la IIIe République, les banquiers catholiques et protestants, les catholiques surtout, s'étaient repliés sur la Société Générale, le Comptoir National d'Escompte, la Banque Nationale de Crédit Industriel et le Crédit Lyonnais (les quatre grands) qui ont été nationalisés à la libération en raison de leur attitude sous l'occupation.
Il y a encore un Crédit Industriel et Commercial (le C.I.C.) où sont rassemblés la plupart des spadassins catholiques de la Finance. Il contrôle de grosses affaires industrielles et commerciales (dont Cinzano, Pernod fils, etc.) et un certain nombre de banques locales et régionales privées:
Union des Banques Régionales, Banque Transatlantique, Société Nancéienne de Crédit, Crédit Industriel d'Alsace et de Lorraine, Banque L. Dupont et Cie. Banque Scalbert, Jourenel et Cie, Crédit Industriel de Normandie, Crédit Fécampois, Crédit Nantais, Crédit de l'Ouest, Société Bordelaise de Crédit Industriel et Commercial, Société Lyonnaise de Dépôt, Banque Régionale de l'Ain (Jendret, Rive et Cie.), Banque Pradelle, Banque Curdouan et Roux, Crédit Sarrois, Banque Commerciale du Maroc, Banque de Tunisie, etc.
Cet organisme a encore une influence relative au Conseil national du patronat français, une influence mesurée dans l'opinion par la presse catholique qu'il aide mais qui est trop bornée et trop mal faite pour soutenir la concurrence, mais il n'en a à peu près pas ou seulement par raccroc dans les institutions politiques où il est d'ailleurs trahi par les siens.
Dans Le Parlement aux mains des Banques et Les Preuves, j'ai cité quatre-vingt parlementaires dont trois ou quatre seulement sont israélites, les autres étant à peu près tous catholiques (En passant: ceci, à soi seul, aurait dû me mettre à l'abri de l'accusation d'antisémitisme) et cependant présidents ou membres de Conseils d'administration d'affaires commanditées par les Rothschild, les Lazard, les Gradis, les Worms ou les banques américaines, et ceci s'explique très bien: le Crédit Industriel et Commercial est une affaire nationale et il n'a que peu de moyens de corruption en comparaison des autres qui sont des affaires internationales ou mondiales.
Quelle que soit sa religion, l'homme politique qui a surtout celle des affaires, va où il y a le plus à gagner.
- Mais que le vent tourne seulement!
Ce texte a été affiché sur Internet à des fins purement éducatives, pour encourager la recherche, sur une base non-commerciale et pour une utilisation mesurée par le Secrétariat international de l'Association des Anciens Amateurs de Récits de Guerre et d'Holocauste (AAARGH). L'adresse électronique du Secrétariat est <aaarghinternational-à-hotmail.com>. L'adresse postale est: PO Box 81475, Chicago, IL 60681-0475, USA. Afficher un texte sur le Web équivaut à mettre un document sur le rayonnage d'une bibliothèque publique. Cela nous coûte un peu d'argent et de travail. Nous pensons que c'est le lecteur volontaire qui en profite et nous le supposons capable de penser par lui-même. Un lecteur qui va chercher un document sur le Web le fait toujours à ses risques et périls. Quant à l'auteur, il n'y a pas lieu de supposer qu'il partage la responsabilité des autres textes consultables sur ce site. En raison des lois qui instituent une censure spécifique dans certains pays (Allemagne, France, Israël, Suisse, Canada, et d'autres), nous ne demandons pas l'agrément des auteurs qui y vivent car ils ne sont pas libres de consentir. Nous nous plaçons sous la protection de l'article 19 de la Déclaration des Droits de l'homme, qui stipule:
ARTICLE 19 <Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit>
Déclaration internationale des droits de l'homme, adoptée par l'Assemblée générale de l'ONU à Paris, le 10 décembre 1948.