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Pierre Guillaume
17, rue de la Bretonnière
45340 Beaune la Rolande
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Le samedi 25 avril 2009
À Monsieur le Directeur
Le Monde 80, boulevard Auguste Blanqui 75707 Paris cedex 13
Monsieur le directeur,
Je relève dans Le Monde du 23 avril 2009 (Le Monde Universités p. IV), sous la plume de Stéphane Foucart :
« Les 55 articles de l’historien négationniste Robert Faurisson (selon le logiciel « Publish or Perish » utilisant la base de Google Scholar) garantissent ainsi à son auteur un h-index de 5. C’est à dire autant ou plus que nombre d’historiens et de philologues reconnus au niveau mondial pour la qualité de leurs travaux non pour leur odeur de soufre. »
J’observe que Stéphane Foucart n’a pas mis de guillemets à historien. S’est-il bien rendu compte combien, ce ne faisant pas, il blesse des âmes sensibles, qui seraient en droit de lui demander des comptes. Heureusement, il qualifie aussitôt cet historien de « négationniste ». Ce mot très récent à été inventé pour bien faire comprendre que les « négationnistes » niaient, ce qu’ils niaient, uniquement parce qu’ils avaient la négation en général dans le sang ! Puisque, n’est-ce pas, « négationniste » est construit pour n’avoir pas de complément d’objet, contrairement au mot « négateur », qu’on utilisait en français, pour désigner celui qui niait quelque chose, avant qu’il ne soit devenu nécessaire de fabriquer des mots pour contrôler les pensées mauvaises.
Si je bornais là ma lettre et la faisait circuler, chacun pourrait s’interroger sur les motivations réelles du journaliste quand il révèle au public un indice plutôt flatteur pour le professeur Faurisson. Mais le contexte est sans ambiguïtés, le passage cité est précédé du passage suivant : « ainsi un article mauvais et inutilement polémique sera très cité… mais pour être réfuté ce dont les algorithmes ne tiennent pas compte. Ce constat est valable dans les sciences dures comme dans les SHS [pour Sciences humaines ? Je m’interroge]. Les 55 articles…etc. »
OUF ! C’est donc bien clair. Les articles de Faurisson ne sont très cités que parce qu’ils sont très mauvais, faux, et qu’il faut bien les réfuter pour rétablir la Vérité, à laquelle la science est attachée. Voilà qui est clair.
N’allons nous pas demain fêter le 26ième anniversaire d’un arrêt historique et définitif de la cour d’appel de Paris (26 avril 1983) qui a condamné Faurisson, bien qu’à des peines trop douces
Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possible(s).
Enfin, tout serait pour le mieux si cette cour, 1ère chambre, section A, n’avait hélas cru devoir préciser, par scrupule déplacé :
Considérant qu’il ressort de ces diverses publications, comme des conclusions prises devant la cour, que les recherches de M. Faurisson ont porté sur l’existence des chambres à gaz qui, à en croire de multiples témoignages, auraient été utilisées durant la seconde guerre mondiale pour mettre à mort de façon systématique une partie des personnes déportées par les autorités allemandes ;
Considérant qu’à s’en tenir provisoirement au problème historique que M. Faurisson a voulu soulever sur ce point précis, il convient de constater que les accusations de légèreté formulées contre lui manquent de pertinence et ne sont pas suffisamment établies ; qu’en effet la démarche logique de M. Faurisson consiste à tenter de démontrer, par une argumentation de nature scientifique, que l’existence des chambres à gaz, telles que décrites habituellement depuis 1945, se heurte à une impossibilité absolue, qui suffirait à elle seule à invalider tous les témoignages existants ou à tout le moins à les frapper de suspicion ;
Que s’il n’appartient pas à la cour de se prononcer sur la légitimité d’une telle méthode ni sur la portée des arguments exposés par M. Faurisson, il n’est pas davantage permis d’affirmer, eu égard à la nature des études auxquelles il s’est livré, qu’il a écarté les témoignages par légèreté ou négligence, ou délibérément choisi de les ignorer ;
Qu’en outre, personne ne peut le convaincre de mensonge lorsqu’il énumère les multiples documents qu’il affirme avoir étudié et les organisme auprès desquels il aurait enquêté pendant plus de quatorze ans ;
Que la valeur des conclusions défendues par M. Faurisson relève donc de la seule appréciation des experts, des historiens et du public ;
Si bien que le faussaire Faurisson n’a jamais pu être convaincu de faux ! Et que, bien qu’il ait été, à juste titre, condamné une nouvelle fois par un jugement rendu le 21 mai 2007 au profit de l’admirable Robert Badinter, la 17ième chambre (Presse-Civile) du Tribunal de Paris, a dû constater elle aussi :
[Robert Badinter avait prétendu à la télévision avoir fait condamner Faurisson (ce qui est vrai) pour être un faussaire de l’histoire (ce qui est faux), voir ci-dessus]
Tous ces documents et témoignages, pour hautement significatifs qu’ils soient, ne sont cependant pas aptes à prouver la vérité du fait diffamatoire tel qu’il a été défini ci-dessus, en référence à une condamnation précise, obtenue en 1981 par une partie assistée par Robert Badinter contre Robert Faurisson pour être un faussaire de l’histoire.
Il convient, en conséquence, de constater que le défendeur [Robert Badinter] a échoué en son offre de preuve. (souligné en gras par moi)
Ce qui permettra une fois de plus au faussaire Faurisson d’écrire des articles pour dire que jamais il n’a été condamné, ni pour avoir commis un faux, ni pour avoir falsifié l’histoire. Et les pauvres historiens « reconnus au niveau mondial pour la qualité de leurs travaux » d’être contraints d’écrire des quantités d’articles pour réfuter le faussaire. Ce qui va faire encore monter l’indice en faveur de Faurisson !
D’où il résulte à l’évidence que la censure est nécessaire pour empêcher les mauvais historiens d’écrire des mensonges et pour dispenser les « vrais historiens » d’avoir toujours à rétablir la Vérité, cette tâche de Sisyphe dans laquelle ils gagnent leur vie mais perdent leur santé. Et dans laquelle ils la perdront toujours plus, puisque Faurisson a raison…au moins en ce qui concerne Rimbaud !
Cette lettre est beaucoup trop …[1]pour être publiée, n’est-ce pas.
À moins que les temps ne soient venus ?
Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de mes sentiments distingués