AAARGH
Pierre Guillaume
17, rue de la Bretonière
45340 Beaune-la-Rolande 12 avril 2010
à Monsieur le Docteur Aysouki
Psychiatre des Hôpitaux
Chef de service G.08
Docteur,
Je suis donc maintenant convoqué tous les mois à Pithiviers pour vous rencontrer.
Vous comprendrez que j’aie souhaité mettre par écrit l’état de mes réflexions et de mes décisions soigneusement pesées, pour éviter de risquer devoir les exposer en trop peu de temps ; et que cela ne donne à mon expression un caractère « volcanique », qui pourrait être interprété comme un symptôme du retour, ou du risque de retour, d’une phase maniaque de ma fameuse « psychose bipolaire ».
À chaque séance, vous renouvelez une ordonnance de médicaments à un niveau proche du minimum thérapeutique. Ce que j’ai accepté, dans le but de contribuer à rassurer mon entourage immédiat, et aussi de vous rassurer, comme je vous l’avais dit. En effet, il suffit que mon épouse ou mes filles transmettent « au service » la moindre « inquiétude », pour que soit envisagée comme première solution, et sans me voir, une augmentation des doses, puis un internement, où, en quelques jours on se rend compte que je suis un client un peu particulier, et où l’on me libère aussi rapidement que le permettent la transmission des informations et les procédures administratives.
Pourtant, à Sainte-Anne en septembre 2003, où je m’étais rendu de ma propre volonté, parce que la conscience de l’incapacité où je me trouvais de faire face à tous les aspects de la situation complexe qui était la mienne avait déclenché des crises d’angoisse insupportables, qui ne sont pourtant pas dans mes habitudes ni dans ma nature. Il s’en est fallu de très peu que les choses ne tournent mal. Très mal. J’ai été soumis immédiatement à de fortes doses de médicaments non identifiés (par moi) par un(e) médecin psychiatre dont j’avais perçu qu’elle entendait soigner mon « révisionnisme » ! qu’elle devait probablement considérer, sinon comme une maladie, du moins comme une monstruosité révélatrice. Je suis descendu aux enfers. Vraiment. Et j’ai envisagé l’évasion, et toutes les réactions les plus violentes dont j’étais capable. On peut imaginer quelle aurait été la suite. J’y serais probablement encore, mais dans un autre service, plus adapté à mon cas désespéré, n’est-ce pas ? Dans une cellule de « soins intensifs » ? Comme ce Noir rencontré à Sainte-Anne dont je regrette tant de ne pas connaître le nom.
C’est la gentillesse profonde (qui n’excluait pas la fermeté) des infirmières, et le docteur Kramkimel, qui m’ont sorti de cet enfer. Il doit y avoir un Dieu, même pour les « crapules révisionnistes », puisque la dame psychiatre qui m’avait réceptionné partait le soir même en congé !
Le Docteur Kramkimel est juif. Il ne m’a pas caché qu’il considérait que mes idées révisionnistes (sur lesquelles il avait les informations et préjugés médiatiques communs) étaient indéfendables… Mais il m’a dit (verbatim) : « Mais je suis obligé de constater que vous n’entretenez pas avec ces idées-là un rapport pathologique. » Et « Moi je ne veux pas en entendre parler. Disons que vous avez des thèses dissidentes. Mais je dois même dire que vous êtes personnellement sympathique ». Puis il m’a fait part de son diagnostic, et en quoi les médicaments pouvaient m’aider. Ils m’ont aidé. Et ils ont contribué à rassurer mon entourage, qui craignait par-dessus tout le retour, soit d’une phase d’hyperactivité maniaque et la perspective d’un nouvel internement, soit les conséquences d’une révélation publique, là où elle ne l’est pas encore, de ma séropositivité révisionniste, soit la survenue d’un acte inconsidéré de ma part, liée à cet état pathologique.
Je serai éternellement reconnaissant au Docteur Kramkimel des paroles qu’il a prononcées. Je pense qu’elles m’ont fait plus de bien que les pilules qu’il m’a prescrites… et que vous continuez à me prescrire. Mais indépendamment de ce qui me concerne personnellement, sur quoi je vais revenir, les paroles et le comportement du docteur Kramkimel ouvrent la perspective, et définissent les conditions de la possibilité d’une cessation de la guerre de religion entre révisionnistes et anti-révisionnistes, au profit d’un débat historique honnête entre ceux que le sujet intéresse.
Vous comprendrez maintenant que chacun des points que j’aborde soulève en fait des tranches entières de ma vie et de la vie des miens. C’est la raison pour laquelle je pouvais craindre que, ayant trop à dire en si peu de temps, j’en sois incapable, et voué à des digressions multiples et incontrôlables. Voilà pourquoi j’ai préféré écrire préalablement cette synthèse écrite. Car je me suis documenté, j’ai rencontré de véritables maniaco-dépressifs et j’ai réfléchi. Bien que j’aie eu des accès cyclothymiques, comme à peu près tous les révisionnistes publics, mon cas est pour le moins atypique. C’est cela qu’il était presque impossible de faire comprendre et c’est pourtant très simple : je devais dans la réalité faire face à des responsabilités réelles mais aussi tenter de contribuer à réaliser un rêve impossible… ! Et même si je m’étais attribué moi-même l’ensemble de ces « responsabilités », je ne pouvais pas m’en libérer autrement qu’en tentant l’impossible. J’ai donc tenté l’impossible, plus encore que je ne l’ai dit. Et j’ai déliré. Mon état a nécessité des soins dont je suis reconnaissant à ceux qui me les ont prodigués.
Tenter (réellement, sans se contenter de littérature) de réaliser un rêve impossible et fou… rend fou ! J’aurais pu devenir fou. Bien qu’au pire de mes bouffées délirantes je n’aie jamais perdu la capacité de revenir quasi instantanément sur terre dès lors qu’il se trouvait le moindre interlocuteur qui acceptât de dialoguer réellement. Ce qui suffit à rendre complètement atypique mon « cas psychiatrique ». L’entrée, comme la sortie, d’une phase, a toujours été liée à la réalité réelle ! Et j’avais toujours conservé une capacité de dialogue et d’attention aux autres. Au point qu’à l’hôpital, par exemple, je m’intéressais passionnément au cas des autres internés. Cela n’a pas pu ne pas être remarqué.
J’en viens aux conclusions : l’étiologie des deux dernières « alertes » a été profondément différente des précédentes. En deux mots : au lieu que ce soient mes tentatives « folles » de réaliser un rêve fou qui aient provoqué « un délire » inquiétant pour mon entourage (qui me veut du bien), ce sont, les deux dernières fois, les inquiétudes (compréhensibles), les préjugés (excusables), et les peurs de mon entourage (ô combien compréhensibles dans le climat médiatique permanent de haine hystérique contre les rêveurs révisos) qui ont débouché sur un contrôle vétilleux de tous mes faits et gestes, rendant ma vie impossible, et en tout cas le moindre accomplissement des actes que je jugeais stratégiquement indispensables, même quand ces actes étaient parfaitement raisonnables et légaux, mais semblaient fous à mon entourage, qui s’octroyait le droit et la capacité d’en juger.
Je précise que les deux « actions » qui avaient suscité l’angoisse irrépressible de mon entourage et provoqué l’enchaînement dialectique conduisant à mon dernier internement (juin 2009), puis à ma convocation, en votre absence, par le Docteur Vinay (novembre 2009) se sont finalement, avec le temps, avérées stratégiquement adaptées à la situation, et dénuées du moindre inconvénient identifiable pour mon entourage, qui en général a oublié ces actions comme ses réactions (déclenchantes !). Mais à chaque fois les conséquences sur mes plans et mon activité ont été considérables et m’ont conduit abusivement à renoncer à des rencontres potentiellement historiques, et même lucratives !
Je n’ai pourtant pas conçu d’agressivité contre mon entourage. Ou, dans les cas extrêmes, j’ai maîtrisé cette agressivité, au point d’annuler ou de bouleverser mes projets autant qu’il a fallu, en considérant ces épreuves, parfois terribles, comme des tests et des « grandes manœuvres » en vue de la « dernière bataille » pour la restauration de la liberté de recherche et la liberté d’expression en France.
Le fait nouveau qui me semble avoir changé mon statut psychiatrique, c’est l’homélie du Pape Benoît XVI, en la Pentecôte 2009. Pour ceux qui ont des oreilles pour entendre ou des yeux pour voir (surtout depuis l’édition du texte dans la collection « Le Puits et le Pendule ») le Pape a dit, de retour d’Israël, au minimum, « de nos jours l’humanité est plus menacée par l’orgueil et la bombe atomique » que par le retour des chambres à coucher dehors, dont il ne dit mot parmi les atrocités du XX° siècle. Ainsi, ce qui était l’une de mes principales « obsessions » est, au moins en partie, partagée par le Pape. Dès lors les tentatives « désespérées » de réaliser un rêve fou, n’étant plus complètement « désespérées », mon activité, au lieu de risquer de déboucher sur des « délires délirants » peut maintenant se développer dans la réalité réelle. Et c’est ce que je fais avec satisfaction et sérénité.
C’est pourquoi je vous demande de supprimer le Zyprexa, même à très faible dose, de la prescription. Bien sûr, c’est prendre un risque. Au surplus cela peut aussi bien contribuer à rassurer mon entourage, mon épouse en particulier, que l’inquiéter au plus haut point ! Dans ce cas, il lui appartiendrait de vous signaler le moindre symptôme qu’elle décèlerait, ou croirait déceler. Mais, avant de reprendre du Zyprexa aux frais de la SS, ou à plus forte raison avant un internement, si la nouvelle de ma prétention à une normalité (relative) déclenchait une dialectique par laquelle nous serions dépassés, j’irais vivre quelque temps chez des amis communs. Ils confirmeront ou infirmeront son appréciation sur le caractère pathologique de mon état. C’est donc un simple test, selon la méthode expérimentale. Je me rendrai de toute façon à votre convocation en mai pour évaluer la situation. Et d’ailleurs les mois suivants, si vous avez envie de parler avec moi des quelques textes que je vous avais remis.
aaarghinternational@hotmail.com Veuillez croire, cher Docteur, en mes sentiments reconnaissants