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Un témoignage d’enfant sur Auschwitz

Jean-Marie Boisdefeu

On trouve sur Internet le témoignage de Judith Jägermann née Pinczovsky, qui fut déportée à Auschwitz à l’âge de 13 ans. [1] On en retiendra ce qui suit. Précisons d'abord que le texte entre crochets [ ] est de nous.

Judith est née vers 1930 à Karlsbad (Tchécoslovaquie) dans une famille de juifs pieux (son père était restaurateur casher). Vers 1939, la famille dut quitter Karlsbad pour Prague. Vers 1942, la mère et deux de ses trois filles (notre Judith, 11 ans et demi, et Ruth, laquelle avait un an de plus) furent envoyées à Theresienstadt. La mère obtint que le père, emprisonné préalablement à Karlien, les rejoigne ; une troisième fille habitait à Leipzig mais elle avait émigré en Palestine vers 1938. Au bout de 16 mois, en décembre 43, ils furent tous quatre déportés à Auschwitz, où, selon la rumeur, ils devaient être gazés. En route, un employé des chemins de fer leur confirma que leur convoi devait passer « par la cheminée qui fumait 24 heures sur 24 ». Ces rumeurs rendait le père malade (« crampes d'estomac et diarrhée ») ; le monde semblait basculer et Judith finit par admettre qu'ils allaient mourir : « Je compris immédiatement que nous allions être gazés. Mais comment ? Allaient-ils nous torturer à mort ? Je fus saisie de frissons et Papa aussi. ». En fait, Judith s'alarmait inutilement et le père se rendait malade en vain car, comme tous leurs compagnons, ils furent immatriculés et envoyés dans le camp des familles (BIIb, bloc 12). Le père fut mis à travailler aux cuisines des SS [Affectation bien indiquée puisque, ainsi que nous l'avons vu, le père était restaurateur casher.] ; le travail y était dur et « si les SS n'avaient pas trouvé la nourriture bonne, ils lui auraient plongé la tête dans l'eau jusqu'à ce qu'il suffoque presque. » ; en bon père, il rapportait à sa famille des pommes de terre bouillies puis regagnait sa baraque « en se demandant ce qu'il allait bien pouvoir cuisiner d'agréable aux SS pour éviter d'être torturé. »
Un jour, sa sœur Ruth et une amie aperçurent des convois de juifs hongrois arriver à Birkenau et entrer aussitôt dans les chambres à gaz ; elles furent surprises par les SS, qui, pour les punir, les tondirent ; les cheveux des deux malheureuses étaient à peine repoussés depuis la coupe qu'on leur avait imposée à leur arrivée dans le camp et l'incident dégénéra en crise de nerfs générale jusqu'à ce qu'on put mettre la main sur une perruque pour la malheureuse Ruth ; toutefois, il en resta des séquelles car l'incident déprima Judith encore un peu plus.
En juillet 44, Mengele procéda à une sélection dans le camp des familles : « Personne ne savait quel côté était synonyme de vie et quel côté, synonyme de mort. Comme par miracle, nous fûmes poussées toutes les trois du même côté et c'est comme cela que nous restâmes ensemble. » ; ensemble et en vie, puisqu'elles furent chargées dans un train, envoyées à Hambourg, près du port, et mises immédiatement au travail de déblaiement des ruines provoquées par les bombardements alliés. Judith et ses camarades évitaient soigneusement de donner l'impression qu'elles étaient inaptes au travail « à cause du danger permanent d'être envoyées à Birkenau pour y être gazées. »
Une nuit, en rentrant du travail, elles trouvèrent leur camp complètement détruit par un bombardement anglais et toutes celles de leurs co-détenues qui y étaient restées pour l'une ou l'autre raison, avaient péri.
Le commandant du camp, un certain Spiess, avait voulu tuer sa mère d'un coup de revolver sous le prétexte qu'elle avait ramassé une épluchure de pomme de terre mais le coup n'était pas parti : « Il est bien possible que le revolver n'était pas chargé ; aussi le commandant s'en était servi pour frapper maman jusqu'à ce que la bave lui arrive aux lèvres. Pendant des semaines, maman ne put aller au travail et sa tête était terriblement enflée. »
« Nous avions perdu du poids depuis notre arrivée à Hambourg, neuf mois plus tôt. Nous avions connu de terribles bombardements au cours desquels nous étions nombreuses à crier 'Shma Israël' et assez souvent, nous pensions que notre dernière heure était arrivée. Tout ceci était dû au fait que notre camp se trouvait à proximité de la zone industrielle, véritable objectif des Anglais. »
De Hambourg, Judith et ses compagnes partirent pour Bergen-Belsen où régnait un chaos total. Libérées par les Anglais, Judith, sa sœur et leur mère regagnèrent Prague. Elles y attendirent en vain le retour du père. Puis, Judith fut envoyée en Israël rejoindre sa sœur aînée. Apparemment, la mère et l'autre sœur restèrent en Tchécoslovaquie.

[Au terme de ce récit vient aux lèvres une question lancinante car sans réponse depuis plus d'un demi-siècle : mais pourquoi donc ces deux gamines qu'étaient Judith (13 ans) et Ruth (14 ans) n'ont-elles pas été gazées à leur arrivée à Auschwitz ?]


NOTES.

[1] Judith Jägermann née Pinczovsky, Memories of my Childhood in the Holocaust, décembre 1985, 23 p., http://remember.org/witness/jagermann.html


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