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La sélection à l’arrivée à Auschwitz
Les camions chargés d’inaptes allaient-ils vers les chambres à gaz ou vers les ghettos polonais ?
Exemple d’interprétation d’un témoignage à la lumière du dogme

Jean-Marie Boisdefeu

La Croix-Rouge néerlandaise a publié au lendemain de la guerre une série d’études sur la déportation des juifs ; c’est un document bien connu des spécialistes mais inconnu du public ; le tome III [1] contient un exemple intéressant de réinterprétation de témoignages et de leur mise en conformité avec le dogme. Le témoignage porte sur la sélection à l’arrivée à Auschwitz le 11 octobre 1942 d’un convoi de 1.703 juifs hollandais.
Un rescapé affirmait qu'en ce qui concerne les femmes (et les enfants), un groupe de femmes jeunes avait été « sélectionné » pour le travail (« geselecteerd »). A l'époque, rappelons-le, la sélection se faisait en gare civile d'Auschwitz, juste entre les camps d'Auschwitz I et d'Auschwitz II (Birkenau). Le témoin précisait qu'il avait « vu ce groupe [de jeunes femmes sélectionnées] disparaître en courant dans la direction d'Auschwitz I » ; le témoin affirmait ensuite que « le groupe des femmes accompagnées d'enfants et des personnes âgées est monté dans trois grands camions avec remorque et envoyé également dans la direction d'Auschwitz I ». En résumé, notre témoin oculaire affirmait que, d’une part, les aptes et les inaptes étaient parties dans la même direction (les premières à pied, les secondes en camion) et, d’autre part, que cette direction, était Auschwitz I.
Pour le commentateur de la Croix-Rouge (J. Looijenga, chef du Bureau J du Service d’Information), il était évident -ainsi que nous l’enseigne le dogme de l’Eglise de la Shoah- que le groupe d'inaptes avait été immédiatement gazé ; mais, voilà, toujours selon le dogme, les chambres à gaz étaient situées non pas à Auschwitz I (où il n’y a eu, selon les historiens, que quelques gazages expérimentaux et encore, bien longtemps avant l’arrivée de notre convoi) mais dans la direction opposée à Auschwitz II-Birkenau ; dès lors, le chef du Bureau J en déduisait que le témoin n'avait pu que se tromper et, puisqu'on ne pouvait tout de même pas mettre en doute le fait que les deux groupes étaient « manifestement » (« blijkbaar ») allés dans la même direction donc dans le même camp, qu'il fallait bien admettre que le groupe des jeunes femmes sélectionnées se dirigeait aussi vers Birkenau, c'est-à-dire vers le camp de la mort. Cette hypothèse, affirmait Looijenga, était confirmée par le fait qu'on n'avait plus jamais entendu parler par la suite d'aucune femme de ce convoi, qu'elle fut vieille ou jeune. La conclusion forcée (on n'ose dire logique) à laquelle aboutissait alors le pauvre Looijenga était donc que la sélection décrite par le témoin n'avait pas été une sélection pour le travail mais le « simple éclatement d'un groupe » (« eenvoudig de afsplitsing van een groep »), lequel groupe était entièrement destiné à la chambre à gaz (avec tout de même, ajoutait prudemment Looijenga, quelques « possibles exceptions individuelles »).
Mais, alors, pourquoi les SS avaient-ils tronçonné le groupe puisque toutes ces femmes, aptes et inaptes, devaient être gazées ? A la rigueur, on peut trouver une explication qui tienne la route. Mais, par contre, comment se fait-il que l'un des sous-groupes ait été composé uniquement de jeunes femmes manifestement aptes et l'autre sous-groupe uniquement de femmes accompagnées d'enfants et de vieilles, toutes également inaptes ? Apparemment satisfait de son raisonnement, peut-être fatigué par de telles contorsions, Looijenga ne se posait même pas la question. Il ne se questionnait pas davantage sur le fait étrange que ces crétins de S.S. aient aussi gazé des femmes aptes, de jeunes femmes aptes dont le Reich avait un si grand besoin dans ses usines d’armement.
L'analyse de Looijenga, rappelons-le, date de 1952 et, depuis, des progrès ont été accomplis dans l'historiographie d'Auschwitz ; aujourd'hui, on sait notamment que 108 femmes de ce convoi ont été immatriculées (voyez le Kalendarium, entrée du 11/10/42). Looijenga avait donc tort sur un point essentiel ; dès lors, il faut bien admettre qu'il n'y a aucune raison de ne pas accepter le témoignage du rescapé du convoi [2] : à savoir que, lors de la sélection pratiquée le 11 octobre 1942 à l'arrivée à Auschwitz d’un convoi de 1.703 juifs hollandais,


NOTES

[1]

Het Nederlandsche Roode Kruis, Den Haag (Hollande), « Auschwitz. Deel III : De deportatietransporten in de zg. Cosel-periode (28 Augustus tot en met 12 December 1942) » rédigé par J. Looijenga, Chef du Bureau J et publié en octobre 1952 ; 97 pp + 12 pp d'annexes non numérotées.

[2]

C’est d’ailleurs ce qu’a fait le révisionniste espagnol Enrique Aynat qui retient ce témoignage dans « Considérations sur la déportation des juifs de France et de Belgique à l'est de l'Europe en 1942 », Akribeia, n° 2, mars 1998.

[3]

Comme l’a fait remarquer le Professeur Faurisson, la lecture de l’entrée du 12 octobre 1942 du célèbre journal du médecin SS Johann Paul Kremer confirme qu’au moins une partie du convoi est entrée dans le camp d’Auschwitz I (où se sont déroulées des « scènes épouvantables devant le dernier Bunker », sans rapport avec le gazage éventuel des inaptes). Le journal de Kremer confirme donc le témoignage cité par Looijenga et ce témoignage confirme la justesse de la lecture que Robert Faurisson a faite du journal de Kremer.



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