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Joseph G., juif polonais né à Birkenau en 1943 et arrivé en France en 1945

Jean-Marie Boisdefeu

Les prêtres nous enseignent que les Allemands déportèrent les juifs à Auschwitz pour les y exterminer : les aptes y furent exterminés par le travail forcé et les mauvais traitements, les inaptes (en premier lieu, les enfants) y furent gazés dès leur arrivée. Or, des enfants juifs sont nés à Auschwitz même et ils ne furent pas pour autant gazés ! Comment, diable, cela se peut-il ? Nous allons essayer de comprendre ce paradoxe en étudiant l’histoire d’un de ces enfants, le petit Joseph G., juif polonais né à Birkenau en avril 1943 et arrivé en France en 1945.

1. Les différentes versions de cette histoire (dans l’ordre chronologique inverse)

1.1. L’appel des enfants G.
On peut lire dans le numéro de mars 2002 de la revue de l’Amicale des déportés d’Auschwitz [1] un appel des enfants G. à toute personne ayant connu leur mère, à savoir

« (…) Anna K. (…), [numéro matricule] 45333 (…) devenue Anna G. (…) ; déportée de Pologne à Auschwitz début 43, a mis au monde notre frère Joseph le 18.4.43 (décédé en 85) qu’elle a caché un long moment (il fut découvert par les nazis car il avait un numéro et un costume à sa taille). Tous deux sont arrivés à Paris en 45. »

1.2. Le Kalendarium
On avait déjà pu apprendre une partie de l’histoire de ce Joseph G. à la lecture du Kalendarium, lequel relate l’immatriculation à la date du 4 octobre 1943 de 11 garçonnets juifs nés les mois précédents à Birkenau ; parmi eux, notre Josef G. qui reçut le numéro 155910 ; il était né, ajoute Czech qui se réfère au témoignage de sa mère Anna G. (matricule 33133), le 18/4/1943 à Birkenau : sa mère expliqua après la guerre qu’elle l’avait caché grâce à ses co-détenues. Lorsque l’enfant avait été découvert, sa mère avait obtenu du Lagerführer Hössler que le garçonnet soit épargné. Probablement, ajoute Czech en note de bas de page, fallait-il relier la décision de Hössler à l’autorisation donnée par Berlin de limiter dorénavant l’ « euthanasie » des enfants [nés] à Auschwitz. [2]
Grâce au numéro matricule indiqué par Czech, on pouvait encore apprendre qu’Anna G. était arrivée à Auschwitz le 30 janvier 43 dans un convoi amenant des juifs polonais des ghettos de Volkovysk et Pruzany [Bialystok] ; le convoi comptait 2.612 personnes : 327 hommes et 275 femmes avaient été immatriculés (numéros 32604 et 32884 à 33157 pour les femmes), les 2.010 autres déportés dont 518 enfants étant aussitôt gazés.

1.3. La déclaration de la mère
La lecture du témoignage d’Anna G. auquel le Kalendarium se réfère nous en apprend encore un peu plus et il vaut la peine d’en résumer certaines parties (en essayant, bien entendu, de ne pas trahir son auteur). [3] Encore faut-il préciser préalablement qu’il ne s’agit pas à vrai dire d’un témoignage mais d’une déclaration de 3 pages (« Protokoll ») faite devant un consul allemand le 5 avril 1954 à Paris, apparemment aux fins d’obtenir une indemnisation de la part de la République fédérale.

J’ai été déportée à Auschwitz en janvier 43. J’étais enceinte mais comme j’étais très maigre, je réussis à cacher mon état.
J’accouchai le 18 avril 43 peu de temps après l’appel et, grâce à mes co-détenues, je pus ramener l’enfant dans la baraque-dortoir et l’y cacher. Je dus –sans pouvoir me reposer- continuer à effectuer des travaux lourds. Environ 4 mois plus tard, pendant l’appel, un gros chien découvrit l’enfant et celui-ci fut amené sur la place d’appel. Je reconnus que c’était mon enfant. La garde SS voulut emporter l’enfant mais je déclarai que je voulais le suivre où qu’il aille ; on me donna alors l’ordre d’aller au crématoire. Avant la fermeture de la porte de la chambre à gaz eut lieu un comptage des femmes qui étaient rassemblées là. Mais le compte n’y était pas car on n’avait pas prévu que j’en serais. A ma demande, le chef du camp Haessler me laissa sortir. J’ai déclaré au commandant du camp que je ne voulais pas être séparée de mon enfant et celui-ci décida de nous laisser en vie. Mon fils fut alors tatoué en haut de la cuisse droite (n° 155910). Mon enfant resta avec moi, même sur les lieux de travail.
Nous fûmes tous deux libérés à Auschwitz en janvier 45 par les Russes. Comme je ne voulais pas rester en Pologne pour des raisons politiques, je vins en France avec mon fils.
Du fait des souffrances endurées, je suis très malade et inapte à travailler normalement. Mon fils subit lui aussi encore les conséquences de son internement. Depuis mon arrivée en France, j’ai épousé un réfugié espagnol du nom de G. dont je me suis séparée après en avoir eu 2 autres enfants que je dois encore élever.

Au terme de ce récit, le consul d’Allemagne a certifié avoir vérifié qu’elle avait bien été tatouée du numéro 33133 et son fils Joseph tatoué du numéro 155910.

2. Critique

Voilà ce qu’on peut trouver sur la déportation d’Anna G. et son fils Joseph. Il faut bien dire que les invraisemblances sont nombreuses.

2.1. L’appel des enfants G.
On notera (mais sans s’y arrêter car c’est sans importance) que les enfants G., lesquels sont nés après la guerre, donnent un numéro d’immatriculation erroné ; on retiendra plutôt que, s’ils avancent une explication (des plus curieuses, d’ailleurs) à la découverte de leur frère par les Allemands, ils se gardent bien de donner la moindre explication rationnelle à sa survie.

2.2. Le Kalendarium
Czech s’en tient au témoignage d’Anna G., tout en évitant d’ailleurs d’en donner les éléments trop invraisemblables. Comme il lui faut tout de même bien expliquer pourquoi l’enfant n’a pas été supprimé, elle avance donc cette thèse de la limitation de l’ « euthanasie » des enfants nés à Birkenau ; toutefois, cette thèse ne s’appuie sur aucune preuve documentaire et on ne peut donc l’accepter ; d’autant moins qu’elle est tout à fait invraisemblable : en effet, comment peut-on soutenir que les Allemands se seraient tout à coup mis à épargner des enfants nés à Auschwitz tout en continuant à gazer d’autres enfants à leur arrivée à Auschwitz ? C’est évidemment insoutenable.

2.3. La déclaration d’Anna G.
Disons d’entrée que nous n’entendons pas faire le moindre reproche à cette femme ; elle a été une victime innocente et malheureuse ; se trouvant dans le besoin (du fait de sa déportation) et réclamant une indemnité, elle a donc bien dû donner une version des faits conforme à la version officielle ; à sa place, nous n’aurions sans doute pas agi différemment. Mais il nous faut bien analyser froidement sa déclaration.
Anna G. a-t-elle pu, par exemple, cacher sa grossesse à son arrivée à Auschwitz (elle était enceinte de près de 7 mois) ? Ce n’est pas impossible. A-t-elle pu accoucher clandestinement ? Ce n’est pas non plus à exclure totalement. A-t-elle pu cacher son enfant grâce à l’aide de ses co-détenues ? Ce n’est pas impossible non plus mais a-t-elle réellement dû cacher son enfant ? On n’en est pas sûr du tout. Mais tout cela, il est vrai, est sans grande importance.
Par contre, le récit de son départ au crématoire et de la suite pourrait être capital ; malheureusement, il est tout simplement à dormir debout ! D’ailleurs, pas folle, Czech l’a complètement passé sous silence.

3. Alors, quelle pourrait être la vérité ?

Résumons-nous :
D’une part, les prêtres nous enseignent qu’à Auschwitz, les Allemands gazaient immédiatement tous les juifs dont ils ne pouvaient exploiter la main-d’œuvre. Ceux qui n’y croient pas sont des menteurs, des impies, des fous.
Mais, d’autre part, de très nombreux enfants sont nés à Auschwitz même et, non seulement les Allemands ne les ont pas gazés, mais ils les ont même immatriculés. Ainsi, avant les 11 garçonnets (dont Joseph G.) immatriculés le 4/10/1943, une fillette avait été immatriculée le 18/9/1943 (mais était-elle la première ?) ; il y avait eu aussi une immatriculation le 21/9/1943 puis 6 autres le 29/9/1943. Par la suite, il y eut sans interruption des immatriculations de nouveau-nés jusqu’à l’arrivée des Russes. Rien qu’en janvier 1944, par exemple, il y a eu, à Birkenau, 22 naissances attestées par le Kalendarium mais selon le témoignage (très peu crédible par endroits, il est vrai) d’une sage-femme polonaise (Stanislava Leszczynska), il aurait pu y avoir 3.000 naissances à l’hôpital des femmes de Birkenau (mais, toujours selon cette sage-femme, beaucoup d’infanticides aussi). Certes, parmi ces nouveau-nés, il y avait des non-juifs (des Tziganes, par exemple, ne fût-ce que parce que les femmes tziganes enceintes n’étaient pas réimplantées en Ukraine) mais il y a eu incontestablement aussi des juifs comme Joseph G. [4]
Un esprit ordonné ne peut vivre dans cette ambiguïté et il lui faut donc bien tenter de s’expliquer la chose. Quelles sont donc les explications qu’on pourrait lui proposer ?

3.1. Les expérimentations médicales.
Personne n’avance cette explication, d’ailleurs inepte et odieuse.

3.2. L’explication religieuse.
Ce serait un mystère, c’est-à-dire une vérité inaccessible à l’entendement humain et à laquelle il conviendrait de se soumettre avec humilité. A d’autres !

3.3. L’explication rationaliste (révisionniste)
Ne resterait donc que l’explication révisionniste : les gazages sont une fable et l’immatriculation de Joseph et des autres garçonnets et fillettes nés à Birkenau n’a été qu’une régularisation administrative d’ailleurs bien nécessaire puisque ces enfants n’avaient même pas d’existence légale. [5]
A ce point, il faut rappeler qu’en 1942 et en 1943 (et même jusqu’en mai 1944), les convois de juifs s’arrêtaient tous à la gare de marchandises de la ville d’Auschwitz ; c’est là qu’avait lieu le tri entre les aptes au travail et les inaptes ; après leur sélection, les aptes entraient à pied au camp (soit Birkenau soit Auschwitz I soit encore Buna) et ils étaient les seuls à y entrer car les inaptes montaient dans des camions avec remorques qui les conduisaient dans les ghettos polonais proches d’Auschwitz ; par la suite, ils en étaient extraits et conduits par trains spéciaux dans un des camps de transit le long de la frontière avec l’Ukraine et la Biélorussie (Treblinka, Sobibor ou Belzec, lesquels camps, comme dit Pressac, étaient des « sas sanitaires ») et de là, ils passaient en URSS (Biélorussie et, surtout, Ukraine). [6] On nous dira peut-être que nous faisons peu de cas des nombreux témoignages de détenus ayant vu les inaptes traverser le camp de Birkenau [en direction de la chambre à gaz] ; en fait, tous ces témoignages portent sur 1944, année qui vit simultanément les Allemands perdre l’Ukraine (donc abandonner de facto leur politique de réimplantation à l’est) et mettre en service l’embranchement particulier de Birkenau : désormais et en principe, il y avait deux bonnes raisons pour faire entrer les convois de déportés dans le camp ; les juifs déjà internés purent donc apercevoir les inaptes ; par contre, jamais aucun d’entre eux n’a affirmé les avoir vu entrer et circuler dans le camp en 1942 et 1943. La raison en est tout simplement qu’à cette époque, ils n’entraient pas dans le camp !
Les femmes visiblement enceintes n’entraient donc pas dans le camp d’Auschwitz mais elles étaient réimplantées à l’est puisqu’elles étaient inaptes au travail pour le reste de leur grossesse et même au-delà. Inévitablement, toutefois, des femmes enceintes depuis peu étaient admises dans le camp. On peut imaginer que, dans la situation de détresse extrême dans laquelle elles se trouvaient, de nombreuses détenues ont interrompu -plus ou moins volontairement- leur grossesse. Toutefois, certaines ont refusé cette solution et ont accouché soit dans l’infirmerie (on en connaît des cas précis) soit clandestinement. Devant la multiplication des cas de ce genre à partir du second trimestre de 1943, la direction d’Auschwitz a dû alors demander des instructions à Berlin (Fallait-il, par exemple, expulser à l’est ces femmes et leur nouveau-né ?) et il a dû lui être répondu de les garder ; l’immatriculation des nouveau-nés c’est-à-dire leur domiciliation à Auschwitz n’a été que la conséquence administrative de cette réponse.

Comme on le voit, tout, dans cette affaire, conforte les thèses révisionnistes.


NOTES

[1]

Après Auschwitz, n° 282, mars 2002, Amicale des Déportés d’Auschwitz, 73, avenue Parmentier, 75011 Paris. Cotisation annuelle (militants du souvenir) : 23 € (3 à 4 numéros par an).

[2]

Danuta Czech, Kalendarium (…), Rowohlt, 1989, p 620.

[3]

APMO, Erklärungen, Bd. 6, Bl. 917-919, Bericht des ehemaligen Häftlings Anna G.

[4]

Voir, par exemple, le témoignage de Stanislava Leszczynska, « Rapport d'une accoucheuse d'Auschwitz », article publié en 1965 et repris dans Comité International Auschwitz, « Anthologie », Tome II, 2e partie, p. 159-169 (« Dans l'enfer ils sauvaient la dignité humaine »). Extrait du témoignage de Stanislawa Leszczynska : « A partir de 43, on commença à tatouer tous les nouveau-nés (avant ils étaient immédiatement tués à leur naissance par les SS). [En fait, il n’y en eut pas ou peu puisque les femmes sont arrivées seulement à partir du 2ème semestre 1942 et que les femmes manifestement enceintes étaient, selon l’histoire officielle, immédiatement gazées. On peut ajouter que Stanislawa Leszczynska  ne pouvait rien en savoir directement puisqu’elle n’est arrivée à Auschwitz que le 17/4/43 !] Comme l'avant-bras d'un petit être était trop étroit, on tatouait sur la cuisse, un endroit plus charnu. Si l'enfant vivait, le numéro grandissait au fur et à mesure de sa croissance jusqu'à en devenir indéchiffrable ou presque. »
Autre témoignage : Arrivée de Paris à Birkenau fin mai 1944 au moment où les Hongrois commençaient à arriver en masse, Odette Abadi-Rosenstock écrit dans Après Auschwitz, n° 265, janvier 98, p. 12, que le bloc 20 de l’hôpital du camp était notamment réservé aux accouchées « car il arrive que des femmes en début de grossesse ne soient pas sélectionnées à leur entrée au camp ; en général, l'enfant et la mère y passeront plus tard. ». En général ? Cela ne semble pas avoir été le cas et c’est de toute façon contraire à l’histoire officielle !
On lira aussi avec intérêt certains autres témoignages diffusés par le Comité International Auschwitz dans Anthologie, Tome II, 3e partie (« Dans l'enfer ils sauvaient la dignité humaine ») :
- Témoignage du Dr. Otto Wolken (« Quand je pense aux enfants ... ») ; certes, Wolken, arrivé à Auschwitz en juillet 43, parle de gazage d’enfants mais pas à leur arrivée, uniquement au cours de leur détention (et sans qu’il en donne d’ailleurs la raison) ; exemple : « Et j'ai toujours devant les yeux ce petit Icek [il s'agissait donc dans ce cas aussi d'un petit Juif] aux cheveux couleur de jais, originaire d'une bourgade quelconque des environs de Miechow, et que le médecin SS du camp envoya aussi au gaz. Je me souviens de lui quand il vint à moi après la sélection ; il me regarda et dit : "Oh ! Le 'Lagerartz' a inscrit mon numéro [Il était donc immatriculé !]." (...) Il avait neuf ans. (...) C'était en 1944. (...) » Tout cela est contraire au dogme mais n'en est pas moins à dormir debout. A signaler que ce Wolken a témoigné au procès de Francfort en 1963.
- Témoignage du Dr Janina Kosciuszkowa, « Les enfants au camp de concentration d'Auschwitz »

[5]

Il est certain qu’en outre, des actes de naissance ont été établis à cette occasion pour ces enfants ; en effet, l’immatriculation n’était rien d’autre que la domiciliation à Auschwitz (Rue des Casernes) et il ne peut y avoir de domiciliation sans établissement préalable d’un acte de naissance. Le dernier acte de naissance connu a été établi le 15/01/1945, quelques jours avant l’arrivée des Soviétiques.

[6]

Voyez, par exemple, Notre Voix d’avril 44, p. 1 : « 8 mille juifs de Paris déportés à l’Est sont sauvés par les soldats de l’Armée Rouge ! » (photo de cette page dans notre tome II, chapitre Preuves de la réimplantation).


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