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Etude sur les Survivors américains de l’Holocauste

Jean-Marie Boisdefeu

L’article qui suit est le résumé d’une étude plus longue (plus du double) à laquelle le lecteur intéressé pourra directement accéder en cliquant sur Etude complète.

L‘analyse des données statistiques tirées de la banque des Survivors américains conduirait à quatre grandes conclusions.
1. La très grande majorité des juifs qui se sont établis aux USA après la guerre étaient installés en Europe orientale. On ne trouve aux USA qu’un nombre infime de juifs déportés d’Europe occidentale.
2. La très grande majorité des juifs déportés d’Europe occidentale ne sont pas revenus de déportation.
3. Tous les juifs inaptes expulsés en URSS en passant par les camps du Bug ont disparu. Parmi eux, la plupart des inaptes déportés d’Europe occidentale.
4. Le total des pertes juives au cours de la deuxième guerre mondiale serait plus lourd que celui qu’admettent généralement les révisionnistes.

1. Généralités

Il existe à Washington une banque de données concernant les juifs ayant vécu en Europe à l’époque du IIIe Reich puis ayant émigré aux USA. Cette banque est la Benjamin and Vladka Meed Registry of Jewish Holocaust Survivors. Elle est gérée par l’US Holocaust Memorial Museum (Musée de l’Holocauste à Washington) en coopération avec l’American Gathering of Jewish Holocaust Survivors (Association américaine des juifs rescapés de l’Holocauste).
Le fichier de la banque est accessible sur écran à Washington. Il existe aussi une édition papier reprenant des extraits de cette banque. [1] Elle est composée de 4 gros volumes totalisant 3.220 pages contenant les noms des Survivors de la 1ère génération c’est-à-dire ceux qui se sont trouvés à un moment ou l’autre entre 1933 et 1945 dans un territoire contrôlé par les Allemands, même avant l’arrivée de ceux-ci ; outre le nom, on y trouve un numéro d’immatriculation, les alias éventuels (plus le nom de jeune fille des femmes) et, très souvent, le lieu de naissance et de résidence du Survivor avant la guerre et, enfin, les lieux - notamment de détention - où le Survivor s’est trouvé durant la guerre.
Après élimination des alias, nous avons estimé le nombre réel de Survivors à quelque 122.600. Mais il est à remarquer qu’il doit y manquer un certain nombre de Survivors encore en vie à ce jour. Par exemple, on y cherchera en vain les anciens secrétaires d’Etat Henry Kissinger (juif allemand) et Madeleine Allbright (juive tchèque), l’ancien numéro un de la CIA John Deutch (juif belge) ou encore les historiens Raul Hilberg (juif autrichien) et Arno Mayer (juif luxembourgeois), qui répondent tous cinq à la définition du Survivor. On ne perdra donc jamais de vue par la suite que les Survivors de cette banque de données ne constituent qu’une partie des juifs rescapés établis aux USA, probablement même une minorité de ces juifs.

2. Exemple d’une fiche de la banque de données

L’éditeur donne la reproduction de quelques fiches. Ci-après le résumé d’une d’entre elles :

Morty L., jadis Motl L., né et ayant résidé à Bielsk Podlaski (Pologne) ; il a été dans un camp de travail [soviétique] près de Swerdlowsk (Russie) en 41-42, puis à Chimkent (Kazakhstan) en 42-46. Il n’a pas témoigné oralement. Epoux de Tobey L. née Toby L., également Survivor, née et ayant résidé à Sierpc (Pologne) ; elle a été dans un camp de travail [soviétique] de la République des Komis [nord de la Russie d’Europe] en 40-42 puis à Chimkent (Kazakhstan) en 42-46. Morty L. a joint une photo de lui et sa femme, alors qu’ils se trouvaient en 1947 au camp de personnes déplacées de Leipheim (Allemagne). Le Survivor a ajouté les noms de leurs 3 enfants et, aussi, ceux de :
- sa belle-mère Sarah Pesia L., ayant résidé à Sierpc (Pologne) et ayant été aux mêmes endroits que sa fille Tobey ; Sarah est morte en 1969 à New-York.
- son beau-frère Cvi (Hersz) L. ayant résidé à Sierpc (Pologne) et ayant été aux mêmes endroits que sa mère et sa sœur ; il est mort en Israël
[Palestine] en 1988 à l’âge de 62 ans.

Dans l’édition papier, on trouvera pour les deux premiers cités la mention suivante :

- L. Morty 00038151 (L. Motl) Bielsk Podlaski (3) ; Chimkent, Kazakh SSR, Sverdlovsk
- L. Tobey 00038151 (L. Toby) Sierpc (3) ; Chimkent, Kazakh SSR, Komi ASSR

3. Analyse du parcours des Survivors

Nous avons procédé à une analyse par échantillonnage du parcours de l’ensemble des Survivors ; malgré l’imprécision de nombreuses déclarations -d’où le recours fréquent au mode conditionnel par la suite-, nous pensons qu’il est légitime d’extrapoler les résultats trouvés sur un échantillon de 397 Survivors, soit :

o 219 (86,9 % de 252) sont nés en Europe de l’Est. De ces 219,

o 22 (8,7 % de 252) sont nés en Europe centrale ou en Europe du sud. De ces 22,

o 11 (4,4 % de 252) sont nés en Europe occidentale. De ces 11,

On notera dès à présent qu’aucun de ceux qui sont nés en Europe de l’est ne s’est trouvé à aucun moment durant la guerre en Europe occidentale ; on ne pourra donc pas nous objecter par la suite que la plupart des juifs déportés de France et de Belgique étaient nés en Europe de l’Est.
Autre remarque à faire : on n’en trouve que 4 à être arrivés aux USA entre 1933 et 1945 ; tous les autres y sont arrivés après la guerre.

4. Conclusions

Peut-on tirer de cette statistique des enseignements sur la déportation des juifs par les Allemands ? L’échantillon étudié est-il représentatif de tous les juifs européens qui ont émigré aux USA depuis 1933 ? Ces juifs européens qui ont émigré aux USA sont-ils eux-mêmes représentatifs des juifs qui se trouvaient en Europe lors de la déclaration de guerre juive à l’Allemagne en 1933 et qui ont survécu à la guerre ? Nous pensons que oui.
Quelles conclusions peut-on alors tirer ? Ainsi que nous l’avons vu, les données de cette banque de Survivors sont partielles et, dès lors, il convient d’être prudent dans le traitement des statistiques qu’on en extrait et, notamment, de ne tirer de conclusions que par la comparaison des groupes constituant cette population. 
Nous nous contenterons de tirer quatre grandes conclusions.

· La première conclusion importante concerne l’origine des Survivors : il est clair à l’analyse du point 3 que la très grande majorité des Survivors sont des juifs est-européens soit déportés, soit ayant fui avant l’arrivée des Allemands, soit encore restés clandestinement sur place.
Les Survivors venus d’Europe occidentale ne sont qu’une petite minorité dont, de plus, la plupart n’ont même pas été déportés. Ils sont tellement minoritaires parmi les Survivors qu’on peut sans danger affirmer que la très grande majorité des juifs déportés d’Occident qui sont revenus sont donc restés en Occident.
On ne peut donc trouver dans cette analyse la preuve que des masses de rescapés belges et français se seraient installés aux USA. (Et il n’y a pas lieu de penser qu’ils aient pu aller s’installer ailleurs.)
Cette conclusion est confirmée par d’autres analyses que nous avons pu effectuer : ainsi ne retrouve-t-on que 68 juifs déportés de Belgique et de France parmi les 11.000 Survivors passés par Auschwitz, c’est-à-dire 0,6 %, alors qu’ils représentaient 8,6 % des juifs passés par Auschwitz, soit 14 fois plus.
Il y a d’ailleurs des explications évidentes à ce déséquilibre.

· Une deuxième conclusion s’impose donc inexorablement : puisque la très grande majorité des juifs déportés d’Occident qui sont revenus sont restés en Occident et puisqu’on n’en retrouve qu’un petit nombre, c’est donc que la majorité de ces juifs n’ont pas survécu à leur déportation. Depuis de nombreuses années, nous sommes de ceux qui consacrent une partie considérable de leur temps à vérifier le bilan officiel de la déportation des juifs occidentaux dans l’espoir de l’améliorer mais nous en étions arrivé à la conclusion qu’on devait admettre qu’il n’en est certainement pas revenu plus de 10 % ; néanmoins, nous gardions le secret espoir d’en retrouver des cents et des mille aux USA puisque, d’évidence, une grande partie des juifs européens s’y sont établis ; l’analyse des données de la banque des Survivors nous a persuadé de ce que cet espoir était illusoire.

· Une troisième conclusion nous semble pouvoir être tirée de la comparaison entre d’une part Auschwitz + Majdanek et d’autre part Treblinka + Sobibor + Belzec. (Ces statistiques sont elles aussi tirées des données de la banque.) Les Survivors représentent :

- Auschwitz + Maïdanek : 11.000 + 650 = 11.650 rescapés sur 650.000 + 50.000 = 700.000 juifs censés être passés par ces camps soit 1,7 %. (Le chiffre de 650.000 pour Auschwitz ne tient pas compte de 450.000 inaptes qui n’ont fait que transiter par la gare d’Auschwitz et qui ne peuvent donc être considérés comme y ayant été internés ; ils sont repris dans le poste suivant.
- Treblinka + Sobibor + Belzec : 134 + 21 + 33 = 188 rescapés sur 750.000 + 200.000 + 435.000 = 1.385.000 juifs censés être passés par ces camps –parmi eux, les 450.000 inaptes dont question ci-dessus- soit 0,0001 %. Certes, on peut contester le chiffre des juifs passés par ces camps mais sans changer l’ordre de grandeur des rapports et corriger le déséquilibre constaté entre le nombre de Survivors rescapés d’Auschwitz et celui des Survivors rescapés des camps du Bug.

On trouverait donc ici la confirmation de la thèse officielle : comme la plupart des déportés passés par les camps du Bug avaient déjà subi l’opération de tri, ils étaient majoritairement des inaptes et ils ont donc été éliminés ; certes, il y a désaccord sur le sens de ce mot mais il faut bien admettre qu’en définitive, ils ont tous disparu. En effet, on n’en retrouve aucun parmi les Survivors américains ; les rares Survivors à être passés par ces camps sont apparemment tous des déportés qui avaient été retenus pour le travail et qui n’avaient donc pas été expulsés en URSS.

· Une quatrième conclusion nous semble découler de la conclusion précédente : le bilan des pertes juives au cours de la guerre, tant du fait des Allemands que des Russes, serait plus lourd que celui que les révisionnistes admettent généralement.


NOTES

[1] Benjamin and Vladka Meed Registry of Jewish Holocaust Survivors 2000, édité par l’US Holocaust Memorial Museum en coopération avec l’American Gathering of Jewish Holocaust Survivors ; 4 volumes de format 27,6 x 21,7 cm, à savoir :
Volume I – Alphabetical Listing of Survivors – Aach-Lottner – 18 (i-xviii) + 1084 p.
Volume II – Alphabetical Listing of Survivors – Lotven-Zyzemski – 903 p.
Volume III – Listing by Place of Birth and Town Before the War – 452 p.
Volume IV – Listing by Location During the Holocaust
– 763 p.

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