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Annexe 10 - Notes sur la déportation des juifs de Belgique

Les historiens nous disent qu'il y avait à la déclaration de guerre environ 90.000 juifs en Belgique, dont moins de 5.000 de nationalité belge. Selon Hilberg, un tiers s'enfuirent à l'arrivée des Allemands (la moitié selon une source officielle belge de 1947). En outre, 10.000 juifs du Reich auraient été déportés par les Belges en France avec d'autres ressortissants du Reich en 1940. D'après M. Steinberg, seuls 1.000 d'entre eux seraient restés emprisonnés en France. Enfin, la même année, les Allemands en auraient expulsé 8.000 (surtout des juifs allemands) en France mais le fait mériterait d’être confirmé. De la sorte, il n'en serait resté que 52.000 (42.000 selon une source officielle de 1947) lorsque, en 1942, les Allemands décidèrent de les déporter vers l'Est. De cet ensemble, 24.906 (et 351 Tziganes) furent déportés de Belgique vers l'Est pour motif racial. Parmi ces juifs, 8.125 adultes furent mis au travail (5.028 hommes et 2.920 femmes), les autres (dont 4.918 enfants) ayant été gazés dès leur arrivée. 67 % furent déportés en 1942, 24 % en 1943 et 9 % en 1944. Il en revint seulement 1.193, soit moins de 15 % de ceux qui avaient été mis au travail ou encore moins de 5 % du total des déportés : c'est donc que tous les autres sont morts du fait de cette déportation. [1] Comme nous l’avions déjà indiqué, le pourcentage (par convoi) de juifs déportés de Belgique qui ont été officiellement rapatriés est le suivant :

 convoi n°

date du convoi

hommes

femmes

enfants

total

1 à 5
6 à 11
12 à 15
16 et 17
18 et 19
20
21
22a et b
23
24
25
26

août 1942
sept
oct
nov
janv 1943
avril
août
sept
janv 1944
avril
mai
août

* 1,4
6,3
7,8
6,4
1,7
15,8
3,0
7,3
10,0
19,5
22,8
23,6

0,2
0,2
0,1
0,0
0,2
9,8
2,8
1,0
22,0
31,6
31,2
46,3

0,3
0,5
0,4
0,7
0,4
3,1
0,5
0,3
3,2
5,6
19,0
21,3

0,8
2,3
3,0
5,0
0,7
10,7
2,5
3,6
14,6
23,5
26,0
33,0

Total

7,0

4,4

1,1

** 4,8

* comprendre que 1,4% des hommes du convoi sont rentrés.
** Pour les 5.034 juifs de Belgique déportés par la France, les pourcentages des rescapés sont les suivants : hommes : 7,8% ; femmes : 2,2% ; enfants : 3,2% ; total : 6,3% contre 3,5% pour l'ensemble des juifs de France.

Les conclusions qu'en tirent les historiens sont :

1. le faible pourcentage général s'explique par le gazage de la majorité des arrivants à Auschwitz ;
2. l'écart entre les premiers et les derniers convois reflète pour une grande part le temps qu'il fallait pour mener à terme l'extermination par le travail de ceux qui, étant jugés aptes au travail, n'étaient pas gazés à l'arrivée.

Il est évident qu'une déportation de civils en temps de guerre ne peut que tourner au drame ; dès lors, on peut admettre a priori qu'une grande partie de ces malheureux déportés sont morts, mais, comme dans cette affaire, les historiens mentent ou se trompent sans arrêt, il convient de vérifier l'ordre de grandeur qu'ils nous donnent de ce drame. Nous allons donc essayer de répondre à quelques questions qu'on peut légitimement se poser :

4. N'est-ce pas là le reflet des possibilités de réimplantation en URSS compte tenu de l'évolution de la situation militaire ?
5. La grande épidémie de typhus de 1942 n'expliquerait-elle pas cet écart ?

***

1. La statistique officielle belge est-elle au-dessus de tout soupçon ?

1.1. Il y a déjà à dire sur la définition du mot « décédé » : les déportés qui ne se sont pas manifestés ont été déclarés « décédés » (souvent après jugement déclaratif). Certes, on ne pouvait guère adopter d'autre définition mais il faut bien convenir que des rescapés ont dû passer entre les mailles de cette définition. Dans une recherche dont nous allons parler tout de suite sur les juifs déportés à Vittel, on relève ainsi que, dans trois cas, l'un de deux conjoints déportés et revenus ensemble (les époux K.-P., les époux W.-H. et les époux N.-R.) a été déclaré mort. Bref, si on sait à coup sûr qui est revenu et qui est mort (dans un certain nombre de cas), on ne sait pas la plupart du temps ce que sont devenus les déportés et les historiens ont tort de faire croire qu'ils sont morts, dès lors qu'ils ne sont pas manifestés. On aurait donc pu dans un certain nombre de cas se contenter de noter le retour du chef de famille en négligeant de noter le retour du conjoint et des enfants.

1.2. En dehors des juifs déportés à Auschwitz, il y eut quelques petits convois à destination de camps allemands et deux petits convois de juifs dits protégés déportés à Vittel (France) en 1944. [2] La statistique officielle belge, relayée par Serge Klarsfeld et Maxime Steinberg dans le « Mémorial de la déportation des juifs de Belgique », indique que sur les 72 juifs de ces deux convois, 15 ne sont pas revenus et sont donc présumés morts en déportation : ils font partie des fameux 6.000.000. Or, en 1990, un chercheur bruxellois en a retrouvé 3. Poursuivant cette recherche, un autre chercheur belge en a encore retrouvé 8 autres, étant bien entendu que les 4 qu'il n'a pas retrouvés ne sont à coup sûr pas morts du fait de leur déportation ainsi que l'attestent divers chercheurs. Qu'étaient donc devenus ces disparus ? 

Bien entendu, on se gardera d'extrapoler cette réapparition de gens déclarés morts : Auschwitz n'était pas Vittel, hélas ! Peut-être objectera-t-on que la statistique officielle a tout de même enregistré pour les juifs déportés à Vittel une proportion de retours beaucoup plus grande que pour les juifs déportés à Auschwitz : mais là aussi, on doit se garder de toute extrapolation, car les juifs de Vittel sont probablement revenus en groupe et à coup sûr d'un camp très proche de Bruxelles. Les juifs déportés à et via Auschwitz, eux, ont été éparpillés du Rhin au Golfe de Finlande et à la Mer d'Azov si pas au Cercle polaire et aux steppes d'Asie centrale et il est évident que les rescapés n'avaient pas à réapparaître inévitablement à Bruxelles comme les juifs de Vittel.
L'administration belge a sans doute effectué un « travail administratif remarquable et apparemment unique en Europe » ainsi que l'affirme M. Steinberg ; toutefois, l'exemple que nous venons d'exposer (et qu'on se gardera bien d'extrapoler, répétons-le) démontre que son travail n'est pas à l'abri de la critique et d'une éventuelle révision ; le contraire serait d'ailleurs étonnant.

1.3. D'autres vérifications sont faciles à faire, par exemple sur les 10 membres de la délégation qui représenta la Belgique au procès Höss en 1947 à Cracovie. Cette délégation était composée d'anciens déportés qui, on peut le supposer, avaient été pour la plupart non seulement déportés à Auschwitz mais, de plus, déportés au départ de Malines pour motif racial (les autres déportés l'ont été à titre individuel -par exemple, pour faits de résistance- et ne figurent pas dans le Mémorial de la déportation des juifs de Belgique, même s'ils sont allés à Auschwitz : ils sont toutefois peu nombreux). Ce sont, d'après la presse de l'époque :

1. Raymond Rivière, dont nous avons déjà parlé dans le tome 1 ; il présidait la délégation au procès. Bien qu'il soit allé à Auschwitz, il ne figure pas dans le Mémorial, car, n'étant ni juif ni Tzigane, il fut déporté à titre individuel pour faits de résistance.
2. W. : tous les W. du Mémorial sont présumés morts.
3. A.B. : un seul A.B. figure dans le Mémorial : il est présumé mort.
4. D. : pas de D. dans le Mémorial.
5. K. : pas de K. dans le Mémorial.
6. T. : pas de T. dans le Mémorial (sauf des femmes).
7. W. : tous les W. du Mémorial sont présumés morts.
8. R. : tous les R. du Mémorial sont présumés morts.
9. M. : tous les M. du Mémorial sont présumés morts sauf un seul, Alfred M. Est-ce celui-là ?
10. Mme H. : pas de H. dans le Mémorial.

Certes, il faut être prudent : outre la réserve déjà faite, il faut tenir compte des changements de noms et de prénoms ainsi que des erreurs dans l'orthographe de ces noms ; mais, tout de même, on admettra que cette délégation est bien curieuse. [3]

1.4. Jusqu'il y a peu, un certain nombre de déportés, sélectionnés en gare de Kozel un peu avant Auschwitz, figuraient dans la statistique des « présumés gazés à l'arrivée [à Auschwitz] » (tout en pouvant, il est vrai, figurer parmi les « revenus »). Ils auraient pu être 1.380 Belges dans ce cas. S'apercevant de leur bévue, les historiens la réparaient dans une statistique publiée en 1994. Dans ces « Kozeliens », naguère « présumés gazés à l'arrivée à Auschwitz » pourraient figurer (s'il avaient été déportés par Malines) deux Anversois dont nous reparlerons (Tobiasz S. et Abraham K.). 
Bien que cela n'ait rien à voir avec la statistique belge, on notera en outre que le cas du premier est particulièrement intéressant car il est un bel exemple de ces doublons dont nous parlions dans l'examen du rapport Korherr et qui caractérisent la statistique de la déportation des juifs ; en effet, ce déporté belge (en fait, il était apatride d'origine polonaise) figure deux fois dans la statistique des déportés d'Auschwitz : une première fois comme juif de France (déporté de Drancy en 1942) et une deuxième fois comme juif de Pologne (il fut transféré à Auschwitz du camp de travail de Szopienice le 2/11/43). Il n'est, bien entendu, pas seul à être dans ce cas : par exemple, le jour suivant et venant lui aussi de Szopenice, un autre témoin belge bien connu, Nathan R., arrivait à Auschwitz ; lui aussi est compté deux fois ainsi que, peut-être bien, les 3.000 détenus entrés à Auschwitz ces deux jours-là. On peut encore citer d'autres exemples parmi les juifs de France : 

1.5. On peut opposer à la statistique belge la statistique globale d'Auschwitz (juifs uniquement). La comparaison entre ces deux statistiques donne à penser que l'assimilation qu'on fait entre « rapatriés en Belgique » et « rescapés » pourrait être abusive.

en milliers et arrondis Total juifs (Pressac 94) dont juifs « belges »
%1 %2 %1 %2
Déportés 670/750 100 24,9 100
1 Gazés à l'arrivée 470/550 70/73 17,5 70
Immatriculés Total 200 30/27 100,0 8,1 33 100
Morts (63) 10/9 31,5 6,9 28 85
Rescapés * (137) 20/18 68,5 ** 1,2 5 15
2 Morts (533/613) 80/82 23,7 95
Rescapés * (137) 20/18 ** 1,2 5

* au sortir d'Auschwitz : y compris ceux qui ont perdu la vie par après.
** à la libération des camps : ce chiffre tient compte de la mortalité après Auschwitz ; la comparaison entre ces deux séries pourrait sembler boiteuse mais elle reste licite, car pareil écart ne peut s'expliquer de cette façon. Si c'était le cas, les historiens devraient nous le dire et nous le dire clairement : ceux qui sont morts ne sont pas morts à deux endroits différents et s'ils sont morts en plus grand nombre ailleurs qu'à Auschwitz, on en tirerait la conclusion qu'Auschwitz n'était donc pas le camp d'extermination qu'ils nous décrivent.

Une question se pose après lecture de ce tableau : pourquoi 5% seulement des juifs de Belgique seraient-ils revenus contre 18/20% pour l'ensemble des juifs ? Pourquoi 15% seulement des immatriculés de Belgique seraient-ils revenus contre 68,5% pour l'ensemble des immatriculés ? (Ces comparaisons supposent bien entendu que 470/550.000 juifs aient été gazés à l'arrivée, ce que contestent les révisionnistes). En d'autres termes, si 68,5% des immatriculés sont sortis d'Auschwitz, quelque 5.500 juifs belges auraient dû être dans ce cas et s'il n'en est réellement rentré que quelque 1.200, c'est donc qu'il en est mort davantage sur 6 mois dans les camps de concentration pour non-juifs de l'ouest qu'en plusieurs années dans le camp d'extermination des juifs d'Auschwitz !
Ceci est confirmé par une autre comparaison, celle des effectifs des détenus hommes juste avant l'arrivée des Soviétiques : à ce moment-là, malgré l'évacuation massive des détenus depuis octobre 44, il y avait encore :

en milliers Total juifs et non-juifs (Pressac 94) dont juifs « belges »
%1 %2 %1 %2
Immatriculés * 250,8 100,0 5,2 100,0
Morts à Auschwitz - 75,2 30,0
Survivants à Auschwitz Total 175,6 70,0 100,0
Transférés ** 127,2 50,7 72,4
Encore à Auschwitz à la mi-janvier 45 48,4 19,3 27,6 0,9 16,5

* Nous supposons qu'il y a eu, comme chez les déportés de Belgique, 62,7% d'hommes dans le total des immatriculés hommes + femmes. Nous supposons de plus que les sexes sont représentés de façon égale dans les immatriculations et les décès, ce qui est loin d'être sûr.
** Déduction (soustraction de la ligne 1 de la ligne 3)
*** Nous supposons que les juifs « de transit » étaient déjà tous transférés : cela ne modifie pas le raisonnement.

Ce calcul, il est vrai, contient beaucoup d'aléas et, de plus, il porte sur des marges : son résultat mériterait d'être assorti d'un intervalle de confiance. Pourrait-on quand même, sur cette base fragile, se demander pourquoi il ne serait rentré en Belgique que 718 hommes belges alors qu'il en restait encore 880 à Auschwitz à la mi-janvier 45 et qu'il avait dû en être évacué bien davantage auparavant, notamment depuis octobre 44 ? De deux choses, l'une :

On peut étendre cette remarque à l'Europe occidentale, c'est-à-dire à l'ensemble France + Pays-Bas + Belgique + Luxembourg (juifs uniquement mais hommes + femmes) :

en milliers Déportés Immatriculés Rescapés
%1 %2 %1 %2
Europe occidentale
Autres ***
Total
155
515/595
670/750
100
100
100
** 51
149
200
100
100
100
* 4,5
132,5
(137)
3
26/22
20/18
9
89
68

* y compris un certain nombre de déportés qui ne sont pas passés par Auschwitz.
** estimations
*** déduction

Pourquoi donc seulement 9 % des immatriculés en provenance d'Europe occidentale auraient-ils gardé la vie, alors que les immatriculés d'autres pays auraient été 89 % à la garder ?

1.6. Nous avons aussi relevé dans ce que disent les rescapés (ils sont 13) dont le Bulletin de la Fondation Auschwitz a publié le témoignage, le sort qu'ont connu leurs proches et amis ou simplement co-détenus. Nous n'avons pris en compte que ceux qui étaient « de Belgique » et qui étaient clairement identifiés par ces témoins ; enfin, nous avons assimilé les « non revenus » aux morts. Sur 98 « juifs de Belgique » cités (100%) :

D'une part, cette statistique, bien entendu, ne rend pas compte des séquelles physiques et psychiques, parfois graves, chez certains rescapés. D'autre part, on se gardera bien d'extrapoler dans un sens ou un autre, car cette approche est discutable, sans compter que la plupart des témoins en question ont été déportés tardivement (ce dont on pourrait peut-être déjà tirer une conclusion ?) : de la sorte, cette statistique reflète probablement davantage le sort réservé aux derniers convois (ce sort fut moins malheureux du fait qu'ils échappèrent à la terrible épidémie de typhus de 1942). Néanmoins, ne pourrait-on en tirer la conclusion que la statistique officielle, même limitée aux derniers convois, pourrait être erronée, encore qu'il n'est pas niable que le bilan de la déportation des juifs de Belgique a dû être des plus tragiques ?

A l'examen de ces points 1.1. à 1.6., il semble donc permis de se demander si le nombre de rescapés ne pourrait pas être supérieur au chiffre officiel. De combien ? Il est probable qu'il en est rentré plusieurs fois plus. Mais l'ordre de grandeur du nombre des disparus -car c'est de bien de cela qu'il s'agit- en serait-il modifié pour autant ? On peut craindre que non : qu'il en soit mort, par exemple, 75% au lieu de 95% ne modifierait pas le caractère catastrophique de la déportation.

2. Les rescapés n'auraient-ils pas émigré en masse ?

2.1. Les juifs déportés de Belgique n'étaient pas Belges ; c'étaient pour la très grande majorité des réfugiés d'Europe centrale et orientale. [4] Ne parlant souvent ni français ni flamand, ils vivaient, regroupés par nations, en marge de la société belge, y compris du judaïsme belge. Pour eux, Bruxelles n'était qu'une étape sur le chemin de l'Amérique, à laquelle ils rêvaient souvent. Plus tard, ceux qui furent déportés en rêvaient encore dans leurs baraquements au point de donner les noms de « Canada » et « Mexico » à certaines parties d'Auschwitz. Tous les internés, dit Wiesel, ne parlaient que de quitter l'Europe, où ils avaient tant souffert. Il est évident qu'il ne fallait pas s'attendre à les voir tous réapparaître à Bruxelles ou Anvers : l'affirmation officielle selon laquelle sur les quelque 1.300 juifs rescapés, seuls 15 ont été retrouvés à l'étranger est a priori contestable et même tout à fait inacceptable. Dès lors, pris en mains par les organisations sionistes, la plupart des rescapés auraient pu choisir de partir outre-mer, notamment en Palestine, loin de cette Europe inhospitalière.
Certes, il y eut un convoi (le XXIIb) entièrement composé de juifs de nationalité belge dont très peu sont officiellement revenus, mais c'étaient des Belges de fraîche date dont l'ancrage en Belgique pouvait n'être pas plus solide. [5]

2.2. Des débuts de preuve de cette émigration des juifs est-européens réfugiés en Europe occidentale sont à la portée de tous : il suffit, par exemple, de lire la rubrique nécrologique de son journal : les proches du défunt sont souvent disséminés dans le monde entier.
Même les juifs non déportés ont souvent émigré : égrenant ses souvenirs dans le Bulletin de la Fondation Auschwitz (oct-déc 89), P.L. fait le compte des juifs que ses parents avaient connus et souvent aidés à Bruxelles avant et pendant la guerre :

Si tant de juifs qui résidaient en Belgique peu avant et pendant la guerre, l'ont quittée sans avoir été déportés ni, donc, exterminés, pourquoi les juifs de Belgique déportés y seraient-ils revenus ? On notera que, malgré cette émigration et les déportations, on comptait environ 40.000 juifs en Belgique après la guerre : ceci montre l'extraordinaire mobilité des populations juives à cette époque. [6]

2.3. On notera qu'une partie non négligeable de ces 24.906 « juifs déportés de Belgique » n'étaient même pas domiciliés en Belgique, soit que :

Il est compréhensible que les autorités belges n'aient pu enregistrer le « retour » (en Belgique) des rescapés de ce groupe. La situation inverse existe aussi, bien entendu : par exemple les deux Anversois dont nous avons déjà parlé, Tobiasz S. (principal témoin du documentaire « Les derniers témoins » diffusé par la RTBF en 1992 et qui a accompagné le premier ministre belge à Auschwitz en 1995) et Abraham K. (qui fut, un temps, co-responsable d'une association de rescapés et d'ayants droit) furent déportés par Drancy (France) mais quand ils revinrent d'Auschwitz, ils regagnèrent Anvers et il n'est pas étonnant que les autorités françaises n'aient pas enregistré leur retour (en France) : ils faisaient, dès lors, partie des 73.500 juifs de France exterminés. Bien que nous n'ayons pas examiné la statistique française, il vaut la peine de s'arrêter un instant au convoi n° 25 dont faisaient partie nos deux Anversois : sur les 1.000 déportés de ce convoi, les autorités françaises n'en ont retrouvé que 2 dont un juif de Belgique rentré en France. Klarsfeld, de son côté, en retrouva 6 de plus « rentrés directement en Belgique en 1945 » dont nos deux Anversois ; un chercheur belge en a encore retrouvé 5, également rentrés en Belgique, ce qui fait qu'il y a au moins 13 rescapés (dont 12 « Belges »). Or, ces 12 « Belges » faisaient partie d'un contingent belge probablement très minoritaire dans ce convoi et il n'est pas pensable que la proportion des rescapés soit moindre dans les autres contingents nationaux (Français, etc.) composant ce convoi : ceci signifie qu'il en est rentré beaucoup plus qu'un seul de ces autres contingents, au point de changer l'ordre de grandeur du nombre de rescapés de ce convoi. Si Klarsfeld avait pu faire le tour du monde des administrations compétentes, combien de rescapés supplémentaires n'aurait-il pas retrouvés ? [7]
Il n'y a aucune raison de penser que ce qui vaut pour la France ne vaut pas pour la Belgique : il devrait donc être rentré davantage de déportés que ne le dit la statistique officielle, dans les convois partis de Malines.

2.4. Un autre exemple : il y eut, bien entendu, des évasions des convois partis de Malines : un peu plus de 500 sur le territoire belge, dont 343 réussies. Ces 343 évadés ne figurent pas dans la statistique belge de la déportation, c'est vrai, [8] mais là n'est pas le problème : ce qu'on en retiendra, c'est qu'après la guerre, les Autorités belges n'en ont retrouvé que 154, c'est-à-dire même pas la moitié (45% exactement) et sans qu'on puisse dire non plus que les 189 autres avaient été exterminés, puisqu'on n'avait pas retrouvé leur trace. Pourquoi, dès lors, aurait-on dû nécessairement retrouver la trace de plus de 45% des déportés ?

A l'examen de ces points 2.1. à 2.4., on retire l'impression que certains rescapés sont à rechercher à l'étranger. Toutefois, il ne semble pas qu'on puisse en retrouver des cents et des mille. [9]

3. Les Soviétiques n'auraient-ils pas interdit la sortie d'URSS aux juifs qui avaient été réimplantés ? Et même, ne les auraient-ils pas déportés en Sibérie ?

Nous avons dit plus haut tout ce qu'il fallait en penser : ce n'est pas impossible mais on ne possède qu'un seul indice (celui des 8.000 « Parisiens » d'Ukraine) et c'est peu. Cela ne changerait toutefois rien au drame, encore qu'on puisse se demander si le sort de ces malheureux ne doit pas être considéré comme plus abominable encore que celui décrit par l'histoire officielle. 

4. L'écart entre les premiers et les derniers convois ne reflète-t-il pas l'évolution de la situation militaire dans l'est européen, les possibilités de réimplantation en URSS, lesquelles étaient complètes en 42, tendant vers zéro au fur et à mesure où les Allemands reculaient ?

L'augmentation brusque pour 1944 du pourcentage de juifs revenus en Belgique (il y a visiblement discontinuité dans le temps) et cela au moment où, nous dit-on, l'extermination avait atteint son paroxysme (jusqu'à 24.000 gazages par jour au printemps et à l'été 44) pourrait peut-être s'expliquer de cette façon.
Mais, disent les historiens, la preuve qu'il y avait des gazages est le fait que tous les juifs revenus en Belgique avaient été immatriculés à l'arrivée à Auschwitz. Cela pourrait être troublant, mais,

Dogme et Obscurantisme
Le respect du dogme conduit inéluctablement à l'absurde. 
Prenons, par exemple, le cas du plus jeune des rescapés belges d'Auschwitz. [14] Il avait 9 ans lorsqu'il arriva à Auschwitz avec sa mère le 21/5/44 avec le 25ème convoi. 
Or, tous deux en sont revenus, ce qui est contraire à la thèse officielle selon laquelle les Allemands gazaient les enfants et leur mère. Et de un ... 
Ont-ils, au moins, été immatriculés ? Oui, mais ... Il faut savoir que les 99 femmes de leur convoi qui furent immatriculées (c'est-à-dire épargnées, les autres étant gazées), reçurent les numéros A 5143 à A 5241. Or, la mère ne fait pas partie de ces 99 femmes épargnées ; elle est donc censée avoir été gazée avec son fils et tous deux sont comptés comme tels dans la statistique belge, tout en étant, par ailleurs, comptés comme rescapés, car ils sont indubitablement revenus ! En fait, ils ne furent pas sélectionnés à l'arrivée du convoi et pas davantage gazés, mais envoyés au « Familienlager » (Camp des Familles) : en d'autres termes, à ce moment-là, les inaptes auraient bien pu être « réimplantés » à ... Auschwitz même. [15] Finalement, tous deux furent immatriculés avec des juifs hongrois arrivés le même jour qu'eux. Et de deux ...
Ces deux cas illustrent bien l'obscurantisme dans lequel sont tombés les historiens de la déportation des juifs : le mythe de la chambre à gaz qu'ils défendent envers et contre tout, embrouille l'histoire de la déportation et ne permet pas de bien comprendre ce qui s'est réellement passé. 
Pour plus de détails sur ce cas précis, voyez notre article « Auschwitz-Birkenau - Sélection des aptes pour le travail (“file de droite”) et des inaptes pour le crématoire (“file de gauche”) -Exemple : le convoi belge n° XXV arrivé le 21 mai 1944 »

5. L'écart entre les premiers et les derniers convois n'est-il pas dû au fait que les premiers convois arrivèrent en pleine épidémie de typhus et y succombèrent en masse ? 

La seule alternative à la réimplantation pour expliquer entièrement l'écart dans le nombre de rescapés entre les premiers et les derniers convois est le typhus : les juifs déportés en 1942 sont arrivés à Auschwitz en pleine épidémie de typhus et il est à craindre qu'ils y aient succombé en grand nombre. Par contre, en 1944, la situation sanitaire était beaucoup plus satisfaisante. Une première objection de principe est, bien entendu, que l'épidémie qui frappa le camp ne concerne pas ceux qui n'y sont même pas entrés (les inaptes), puisque la sélection -du moins jusqu'au printemps 44- se faisait en dehors du camp. On peut répondre que la situation sanitaire a dû, à cette époque, être la même un peu partout dans l'est.
On en était encore à faire des hypothèses à ce sujet quand le Musée d'Etat d'Auschwitz a publié les noms des quelque 69.000 détenus morts d'août 41 à décembre 43 et dont le décès a été enregistré par l'Etat Civil du camp dans les Sterbebücher. Pour notre part, nous avons dépouillé ces listes en y recherchant le sort des juifs déportés de Belgique en 42 et 43 ; on en trouvera le détail dans le tableau ci-après.

Juifs de Belgique immatriculés et morts à Auschwitz en 42 et 43 d'après les Sterbebücher



* Ce total tient compte d'une correction du nombre de décès pour tenter de compenser (probablement partiellement) l'absence de Sterbebuch durant 18 jours en novembre 42 (résultat multiplié par 30/12 = 2,5), 19 jours en décembre 42 (x2,58), 8 jours en février 43 (x1,4). Il manque aussi mais sans qu'on puisse rien extrapoler, 12 jours en juin 43, 2 jours en août 43, 30 jours en septembre 43 et 12 jours en octobre 43.

Conclusions à tirer de l'examen des Sterbebücher

1. Les Sterbebücher de 1943 ne contiennent plus guère de Belges (et mêmes de juifs d'autres origines) à partir du second trimestre. On peut en donner deux explications (qui ne s'opposent d'ailleurs peut-être pas) :

a) Les plus faibles et les moins précautionneux des déportés n'ont pas résisté à la terrible épidémie de typhus de 1942 ; les plus forts en ont été comme vaccinés et leur mortalité est tombée à presque rien, encore que le chaos final dans les camps de l'ouest en 1945 a dû en faire mourir un grand nombre, d'autant plus qu'ils étaient affaiblis par près de 3 ans de dure captivité. L'examen des chiffres du convoi 5, par exemple, semble confirmer cette hypothèse : sur 101 hommes immatriculés, 57 à 62 sont morts dans les cinq mois de leur arrivée ; comme il en est rentré -officiellement- 26, il en serait mort seulement 13 à 18 au cours des 30 mois qui restaient ; si on admet qu'il est impossible qu'il n'en soit pas mort un grand nombre dans le chaos final de 1945, on ne peut que conclure qu'il en est mort très peu en 24 mois (1943 et 1944) de captivité à Auschwitz. [16]
b) Les détenus belges ne seraient pas restés à Auschwitz et auraient pu être transférés en 1943 dans d'autres camps, par exemple dans le camp de concentration de Varsovie. [17] Ainsi l'Anversois Nathan R. qui arriva à Auschwitz en novembre 43 et qui fut envoyé ultérieurement à Varsovie, précise : « Nous avons débarqué à Varsovie dans un camp où se trouvaient énormément de juifs du premier transport de juifs belges (...) Ensuite, il y a eu une terrible épidémie de typhus ; beaucoup sont morts. J'ai vu des amoncellements de cadavres. » Autre témoignage : Paul Halter dit que la moitié des 371 aptes du 22ème convoi arrivé à Auschwitz en octobre 43, ont été mutés au camp de concentration de Varsovie à la fin de la quarantaine. (Bulletin de la Fondation Auschwitz, n° 53, oct-déc 96) Toutefois, ces exemples ne permettent  pas de comprendre l'absence quasi complète de décès parmi les Belges des premiers convois au cours du premier semestre de 1943. On voit bien ici à quel point la réduction de l'histoire d'Auschwitz à un mythe, celui des chambres à gaz, occulte la réalité de la déportation et des conditions parfois épouvantables dans lesquelles de nombreux juifs sont morts.
On relève d'ailleurs que le nombre de décès de déportés juifs de toutes origines enregistrés dans les Sterbebücher diminue aussi radicalement à partir de mars 43. [18] Se pourrait-il que la raison en soit que non seulement les juifs belges mais tous les juifs immatriculés aient quitté massivement Auschwitz à cette époque ? Absolument pas et la statistique indique qu'ils continuèrent à constituer la majorité des détenus. La raison, pour les historiens, en serait que l'Etat Civil du camp cessa d'enregistrer les décès des déportés juifs arrivés dans les convois du RSHA (par exemple, tous ceux qui venaient de Malines ou de Drancy) et n'enregistra plus que les décès de ceux qui y avaient été envoyés par la Gestapo, la Kripo ou toute autre police, car, affirment Grotum et Parcer, « ces juifs étaient mariés à des 'Aryens' qui devaient réglementairement être informés de la mort de leur conjoint » ; c'est là une nouvelle illustration du dogmatisme aveuglant dont sont victimes les historiens officiels : à les entendre, les Allemands criaient « A mort les juifs ! » sur tous les toits puis, quand ils s'en étaient emparés aux fins de les assassiner, s'ingéniaient à tripoter les actes officiels et les statistiques pour camoufler leurs crimes ! Cette théorie est incohérente et, d'ailleurs, démentie par les faits puisqu'on trouve dans les Sterbebücher de 1943 les noms de déportés belges passés par Malines. [19]
En fait et comme nous l'avons dit ci-dessus en a), à la fin du premier trimestre 1943, les épidémies furent jugulées et elles ne réapparurent plus que dans le camp des Tziganes : ne mourraient plus que les plus faibles qu'on trouvait en bien plus grand nombre chez les non-juifs (et plus particulièrement chez les Tziganes et leurs très nombreux enfants en bas-âge) que chez les juifs, lesquels étaient tous des sélectionnés c'est-à-dire les plus aptes au travail (et donc à la survie) de leurs communautés. [20]
Pourquoi les Belges (et les juifs occidentaux aussi, semble-t-il) auraient-ils été sélectionnés massivement pour être transférés dans des camps comme Varsovie ? Parce que, disent les témoins, comme ils n'étaient pas chez eux (en tous cas, moins que les juifs polonais restés au pays), ils avaient moins de possibilités de s'enfuir de camps moins bien gardés qu'Auschwitz.

2. Il y aurait eu beaucoup moins de décès chez les femmes, ce qui est également étonnant (9% des femmes contre 22% des hommes). On pourrait avancer une explication sexiste (les femmes seraient plus soigneuses de leur personne que les hommes) mais elle ne paraît pas pouvoir expliquer l'écart, encore que... De son côté et comme nous l'avons vu, Mattogno se demande si un grand nombre de décès de femmes ne furent pas enregistrés dans d'autres registres que les Sterbebücher. [21]

3. Il y a des écarts considérables et inexplicables entre les convois.

4. On ne trouve pas d'enfants de moins de 14 ans (parfois 13 ans et demi) et pas davantage de vieux de plus de 60/65 ans (sauf rares exceptions), ce qui confirme qu'ils n'ont pas été immatriculés : soit ils ont été gazés anonymement (comme le croient les esprits religieux) soit ils ne sont même pas entrés dans le camp et ont été transférés dans les ghettos du Gouvernement Général. Les nombreux enfants en bas-âge qu'on trouve dans les registres sont des Tziganes.

Une conclusion s'impose donc : les juifs de Belgique (et de France aussi, d'ailleurs) arrivèrent en masse à Auschwitz au cours du second semestre de 1942 c'est-à-dire en pleine épidémie de typhus ; ceux qui y furent retenus pour le travail moururent en masse, plus particulièrement en septembre 42 : ainsi, près du tiers des hommes des cinq premiers convois encore en vie à fin août 42 moururent au cours du mois de septembre ! A fin novembre c'est-à-dire après 3 à 4 mois de détention, près de la moitié étaient morts ! Et il restait encore à ceux qui avaient survécu deux ans et demi à « tirer » dont la terrible épreuve de l'écroulement du Reich ! Tout le reste (chambres à gaz et mise à mort lente et délibérée par le travail) n'est qu'odieuses fadaises. L'épidémie de typhus du second semestre 42 pourrait donc expliquer une partie de l'écart qu'il y a dans le % de survivants entre les premiers et les derniers convois.

Avant la publication de ces listes de morts enregistrés dans les Sterbebücher, nous avions tenté de résoudre le problème statistique en calculant des taux mensuels de mortalité pour l'ensemble des détenus d'Auschwitz (voir annexe précédente) et nous étions déjà arrivés à la même conclusion que ci-dessus. Selon ce calcul théorique, 57,8% des immatriculés juifs de Belgique auraient pu mourir à Auschwitz (pour autant qu'ils y soient restés) alors que moins de 30% de tous les immatriculés (y compris les prisonniers de guerre russes) y sont morts, soit deux fois moins. Ceci s'expliquerait effectivement par le fait que la majorité des juifs de Belgique arrivèrent assez tôt et, qui plus est, en pleine épidémie. Si leur arrivée à Auschwitz avait été étalée sur 1942, 1943 et 1944 comme l'a été l'arrivée des 400.000 autres immatriculés, ils auraient eu deux fois moins de morts, car ils auraient été (en moyenne) moins longtemps détenus et, surtout, ils auraient été plus nombreux à échapper à la terrible épidémie de 1942. Les questions qu'on se posait légitimement ci-dessus en comparant la statistique belge (et ouest-européenne) et la statistique globale trouvent en partie réponse. Il reste que :

  1. A la sortie d'Auschwitz et des autres camps de l'Est, les immatriculés rescapés connurent une épreuve difficile dans les camps de l'ouest, camps qui se transformèrent en mouroirs. Au moment de leur sortie d'Auschwitz, les rescapés avaient, en principe, la même espérance de survie. C'est dans le 26ème convoi que le chiffre calculé (91,60%) est le plus proche du chiffre officiel (51,50%) ; on pourrait supposer qu'il en mourut encore 40% dans les camps de l'ouest. Si nous généralisons à tous les convois, on arrive à la conclusion qu'il aurait pu rentrer deux fois plus d'immatriculés (23,7% contre 12,9% dans la statistique officielle). Selon ce calcul très théorique, certes, mais néanmoins instructif, les trois quarts des immatriculés seraient morts dans la proportion de trois à Auschwitz pour un dans les camps de l'ouest. Et si nous admettions que, comme le disent les historiens, les 7/8èmes des immatriculés sont morts, il faudrait admettre qu'il en est mort deux à Auschwitz pour un dans les camps de l'ouest, mais sur un laps de temps très différent : il apparaîtrait que la mortalité a été beaucoup plus forte dans ces camps qu'à Auschwitz. En fait, il y a eu trois périodes, dont deux également effroyables (Auschwitz 1942 et camps de l'ouest 1945), la troisième (Auschwitz 1943 et 1944) étant caractérisée par une mortalité normale pour un camp de concentration en temps de guerre.

  2. Ce calcul ne porterait que sur les quelque 8.000 immatriculés (si on en croit les historiens) et, dès lors, se pose la question de savoir ce que sont devenus les quelque 16.000 non-immatriculés. Il est à craindre que leur sort ait été aussi tragique ; seules les étapes et les circonstances de leur calvaire nous seraient inconnues : sont-ils morts dans les ghettos du Gouvernement Général, dans les ghettos et camps de travail d'Ukraine et de Biélorussie ou dans les « zones spéciales » de Sibérie ou encore (pour ceux qui arrivèrent à Auschwitz en 1944 et qui ne purent être réimplantés à l'est en raison de l'avance russe) dans des camps à l'ouest ?

En résumé, il n'est pas douteux que le bilan de la déportation des juifs de Belgique est un des plus tragiques qui soient (avec celui des juifs occidentaux) ; il est bien difficile de quantifier cette tragédie avec précision mais, tout bien pesé, l'ordre de grandeur de la statistique officielle ne semble pas pouvoir être modifié.


NOTES

[1]

Sur les 5.034 juifs de Belgique déportés par la France, 317 soit 6,3% sont officiellement revenus : ils font partie de la statistique française.
On notera aussi qu'en plus de ces 24.906 juifs déportés de Belgique à Auschwitz, 218 juifs « protégés » ont été déportés en 43/44 à Buchenwald, Ravensbruck, Bergen-Belsen et Vittel. Précédemment, en 1941, selon Reitlinger, 83 familles juives polonaises avaient été « rapatriées » d'Anvers en Pologne et en février/mars 42, un « nombre beaucoup plus grand » avaient été envoyés dans les usines textiles du ghetto de Lodz (Pologne annexée par le Reich).

[2]

Il s'agissait de juifs de diverses nationalités ayant obtenu un passeport d'un des pays belligérants ou d'un pays neutre ; ils étaient regroupés en compagnie de ressortissants britanniques et nord-américains dans les palaces de Vittel. Les seuls décès constatés à Vittel furent dus à des suicides : certains états sud-américains ne reconnurent pas les passeports dont se prévalaient certains juifs polonais et les Allemands les déportèrent à Auschwitz ; quatre de ces malheureux préférèrent se donner la mort. (Adam Rutkowski, Le Monde juif, n° ?/1984) Parmi eux, aucun juif de Belgique.
En réalité, ces documents dont se prévalaient certains juifs n'étaient pas de vrais passeports mais des « promesas » c'est-à-dire des promesses de naturalisation. Les consuls en faisaient trafic, des juifs aussi, des SS également ; il en existait même des faux. Finalement et dans de nombreux cas, la SS les refusa et envoya leurs détenteurs dans des camps de concentration. (Eberhard Kolb, « Bergen-Belsen. De 1943 à 1945 », Sammlung Vandenhoeck, Göttingen, 1985)

[3]

Pour des raisons bien compréhensibles, des désinences yiddish comme Sztejn sont souvent devenues Stein, et les prénommés Moszek ont souvent choisi de se faire appeler Moïse, Maurice ou Mauritius. On trouve même dans le Mémorial, 2 graphies du nom de la mère (morte en déportation) d'un historien connu et 3 graphies de celui de son père (déporté mais revenu). L'examen des publications légales dans les Annexes du Moniteur confirme la difficulté de toute enquête privée : par exemple, on y trouve une quatrième graphie du nom du père de cet historien ; ou encore, on relève que des responsables d'associations changent de nom ou de prénom d'une année à l'autre ; on en rencontre même un dont le nom est orthographié de deux façons différentes dans le même acte officiel. Pour compliquer les choses, les prescriptions en matière de publication légale ne sont même pas toujours respectées.

[4]

60% des juifs de Belgique déportés étaient d'origine polonaise, 18 % d'origine allemande ; 5% étaient Belges, 3% Français, les autres (9%) étant Hollandais, Roumains, d'origine autrichienne, etc.

[5]

Disons dès maintenant que, par contre, chez les déportés juifs de Hollande, il y aurait eu une majorité de ressortissants néerlandais de souche mais qu'il n'en serait pas pour autant revenu davantage que de juifs de Belgique ou de France.

[6]

Soit, en gros, 27.000 restés en Belgique, 1.000 revenus de déportation, 8 à 10.000 revenus d'exil (Cuba, USA, Angleterre, Suisse, ...) et 5.000 transitaires (probablement juifs de l'est) qui se fixèrent en Belgique.

[7]

Les Allemands n'ont répertorié que 14 « Belges » dans ce 25ème convoi mais comme on ignore le critère retenu pour cette classification, on ne peut pas en conclure qu'au moins 50 % (7 Belges sur ces 14) sont revenus. Il reste que rien ne permet d'affirmer que le convoi était composé d'une forte proportion de « Belges », encore qu'il est sûr qu'il y en ait eu plus de 14. On a une situation identique dans le 26ème convoi : les autorités françaises n'avaient retrouvé que 9 déportés jusqu'à ce que Klarsfeld en retrouve 8 de plus en s'adressant aux autorités belges.

[8]

Nous ne voudrions pas paraître mesquin mais nous devons signaler que Korherr les reprend dans les évacués. Cette remarque permet au moins de savoir à quel endroit il a saisi certains chiffres.

[9]

Voir notre étude sur les Survivors américains de l’Holocauste ; les conclusions à en tirer seraient : 

  • La très grande majorité des juifs qui se sont établis aux USA après la guerre étaient installés en Europe orientale. On ne trouve aux USA qu’un nombre infime de juifs déportés d’Europe occidentale.

  • La très grande majorité des juifs déportés d’Europe occidentale ne sont pas revenus de déportation.

  • Tous les juifs inaptes expulsés en URSS en passant par les camps du Bug ont disparu. Parmi eux, la plupart des inaptes déportés d’Europe occidentale.

  • Le total des pertes juives au cours de la deuxième guerre mondiale serait plus lourd que celui qu’admettent généralement les révisionnistes.

[10]

Entrée du Kalendarium le 17/1/44 : « Arrivée du 23ème convoi de Belgique composé de 657 déportés dont 309 hommes adultes (...) Après la sélection, 140 [il s'agit probablement d'une coquille et il faut lire 139 comme indiqué dans la statistique belge] sont immatriculés (...) Tous les autres sont gazés. »

[11]

Il pourrait même y avoir mieux : il n'y eut, affirme -probablement à tort- le Mémorial, aucun immatriculé dans le convoi belge n° 6 et tous ceux qui arrivèrent à Auschwitz furent gazés anonymement à l'arrivée. Or, on retrouve 19 de ces supposés gazés à l'arrivée dans les registres mortuaires d'Auschwitz.
On notera que cette rubrique fort dérangeante des « identifiés à Auschwitz et autres camps » a disparu de la statistique belge en 1994 !

[12]

Entrée du Kalendarium le 2/8/44 : « Arrivée du 26ème convoi de Belgique composé de (...) 24 garçons et de (...) 23 filles. (...) Tous les non-immatriculés, dont les 47 enfants, sont gazés. »

[13]

Il est à noter que les 10 revenus ne font peut-être même pas partie des 12 identifiés par la Croix-Rouge : c'est donc 12 à 22 enfants sur 47 qui, à coup sûr, n'ont pas été gazés. Pourquoi aurait-on gazé les autres ? Comme nous l'avons vu dans le tome 1, parmi ces enfants gazés (et rescapés à la fois), les témoins Marie P. et Bela S., le frère cadet de Bela (qui lui, malheureusement, est sans doute mort en captivité), et peut-être aussi la copine Suzy de Bela.

[14]

En ce qui concerne les Belges de France, un garçon de moins de 7 ans (déporté en 1942) est également revenu.

[15]

La mère et le fils sont restés à Auschwitz jusqu'à l'arrivée des Russes en janvier 45. La mère déclara qu'elle ne savait rien du sort des autres déportés de leur convoi.

[16]

Un chercheur français, Claudine Cardon, a donné, lors d'un colloque organisé par la Fondation Auschwitz en 1992, des chiffres concernant un convoi non racial français arrivé à Auschwitz le 9/7/42, c'est-à-dire d'un convoi de déportés non soumis à l'épreuve de la sélection pour la chambre à gaz :

  • après 9 mois : 160 rescapés sur 1.170 détenus soit 14 % ;

  • ralentissement de la mortalité à partir du printemps 43 ;

  • en août 44, les 3/4 environ des rescapés sont transférés ;

  • morts après l'évacuation d'Auschwitz : 20

  • à la fin de la guerre : 122 rescapés soit 10,4 % contre 60 % habituellement dans les convois non raciaux français.

L'allure générale de la mortalité de ce convoi est la même que celle que nous avons trouvée mais en plus marqué : davantage de morts en 1942 et beaucoup moins de morts par la suite à Auschwitz ; enfin, très forte augmentation lors du chaos final dans les camps de l'ouest : 

  • du 31/3/43 au 18/1/45, date de l'évacuation d'Auschwitz : 18 morts seulement sur les 160 rescapés au 31/3/43 soit 0,5 %/mois

  • sur les 3 mois et demi restants (« marches de la mort » et chaos final dans les camps de l'ouest), 20 morts sur 142 rescapés au 18/1/45 soit 4,0 %/mois.

[17]

Le camp de concentration (KL) de Varsovie a été créé en juillet 1943 sur les ruines du ghetto avec mission de les déblayer ; c'était un camp autonome, dont les archives (en particulier les registres d'Etat Civil) ne nous sont pas parvenues. En 1944, ce KL, ainsi que les camps de travail des districts de Lublin et de Radom, furent rattachés administrativement au KL Maïdanek. 3.700 détenus d'Auschwitz y furent transférés en 4 convois du 31/8/43 à la fin de 1943. Reitlinger, de son côté, parle notamment d'un petit convoi de juifs du Reich venus de Minsk en Biélorussie (ce qui en dit long sur l'itinéraire qu'ont suivi beaucoup de juifs, balotés d'un coin à l'autre), d'un convoi de juifs hollandais venu d'Auschwitz le 7/10/43 et de 2 convois de juifs grecs venus d'Auschwitz et de Majdanek les 8 et 12/10/43. En 1944, 3.000 Hongrois y auraient été transférés en 2 convois ; néanmoins, devant l'avance russe, on aurait aussitôt commencé à évacuer le camp vers Auschwitz et Plaszow (camp de travail dont les détenus furent, par la suite, évacués vers Auschwitz). A fin juillet 1944, les derniers détenus du camp de Varsovie furent évacués vers Dachau (notamment Kaufering) où le typhus et les misères de toutes sortes, résultat du chaos final, les frappèrent durement. Seuls, quelques centaines de détenus (dont des Belges) restèrent au camp et furent libérés lors de l'insurrection de Varsovie en août 1944, à laquelle ils participèrent : ils ne durent pas être bien nombreux à en réchapper. L'histoire du camp de Varsovie a été exposée en détails par Adam Rutkowski dans Le Monde juif d'avril-août 93 (« Le camp de concentration pour juifs à Varsovie. 19 juillet 1943- 5 août 1944 »).

[18]

Pourcentage de morts juifs dans les Sterbebücher d'après Grotum et Parcer :

2ème sem. 41
1er trim. 42
2ème trim. 42
11,9
14,0
59,0
3ème trim. 42
4ème trim. 42
1er trim. 43
67,7
63,5
41,3
2ème trim. 43
3ème trim. 43
4ème trim. 43
2,9
10,1
5,2
[19]

Il est exact, par contre, qu'en fin 43, il y eut une troisième épidémie de typhus et, apparemment, devant l'ampleur de la catastrophe, l'Etat Civil d'Auschwitz fut défaillant : toute une série de décès de femmes juives (au nombre de 836 reprises dans un document intitulé « Sterbeverzeichnisse 16 ») ne fut pas traitée en temps normal et a probablement fait l'objet d'une régularisation en janvier 1944 (ce fut vraisemblablement également le cas dé 736 hommes, juifs et non juifs).
Parmi ces femmes (dont le décès a été notifié les 6, 7 et 8/12/43), 23 Belges soit :

  • 1 dans le convoi 6,

  • 3 dans le convoi 20,

  • 7 dans le convoi 21,

  • 12 dans le convoi 22.

Chez les hommes de cette « Sterbeverzeichnisse 16 », on relève 2 Belges du convoi 21 (décès notifié entre le 1et le 8/1/44).
Il est bien possible que ces 1.572 hommes et femmes, dont les 25 Belges, aient été euthanasiés et on peut supposer qu'il y a eu des cas semblables, encore que plus nombreux, lors de la première épidémie de 1942.
Notons aussi qu'on relève les noms de 3 Belges (des hommes) des convois 8, 20 et 22 dans un « Bunkerbuch » de septembre 43, période pour laquelle les actes de décès ont été perdus. Ces trois malheureux ont vraisemblablement été fusillés.

[20]

Seule exception : le « Camp des familles » des juifs venant de Theresienstadt, mais ce camp fut créé tard dans l'année 43.

[21]

Le cas des juives belges immatriculées est incompréhensible. En ce qui concerne les hommes immatriculés, la proportion de rescapés augmente bien entendu avec le temps ; ainsi, en est-il rentré 1,4% du premier convoi et 29,1% du dernier. Chez les femmes, on trouve un phénomène identique mais sans commune mesure : s'il n'est rentré que 0,3% des femmes immatriculées du premier convoi alors qu'on en trouve relativement peu dans les Sterbebücher de 1942 et 1943, il en est rentré 85,4% du dernier ! Si on admet que le chaos final de 1945 en a fait mourir un grand nombre sur les routes et dans les camps de l'ouest, on doit donc admettre qu'il n'en est pas mort de ce dernier convoi à Auschwitz. Dès lors, pourquoi beaucoup moins de femmes que d'hommes sont-elles rentrées des premiers convois et pourquoi beaucoup plus de femmes que d'hommes sont-elles rentrées des derniers convois ? On y verra, en tous cas, l'indice que le sommet de la tragédie (à l'exception de 1942) n'a pas été Auschwitz mais ailleurs.


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