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III. LA DECLARATION DE GUERRE DE 1939 ET SES CONSEQUENCES

A la déclaration de guerre, enfin, un nouveau pas fut franchi par les juifs : Chaim Weizmann, à l'époque président de l'Agence juive et qui allait devenir le premier président de l'Etat d'Israël, déclara la guerre (armée, cette fois) à l'Allemagne au nom des juifs du monde entier ; dans une lettre adressée au gouvernement anglais le 29/8/39, rendue publique et diffusée le 6/9/39 par le Times (la Grande-Bretagne et la France avaient déclaré la guerre à l'Allemagne le 3/9), Weizmann précisait que « (...) les juifs font cause commune avec la Grande-Bretagne et combattront dans le camp des Démocraties.(...) L'Agence juive est prête à prendre des mesures immédiates pour utiliser la main-d'œuvre juive, la compétence technique et les ressources juives, etc. (...) ».
Il ne faudrait pas, disent les historiens, exagérer l'importance de la déclaration de Weizmann : ce n'était qu'une déclaration de plus faite dans le brouhaha, déclaration peut-être même passée inaperçue de la plupart des non-juifs et même des juifs, qui, de toute façon, se retrouvèrent dans un camp qui leur était souvent imposé par les uns et les autres. Peut-être bien, mais il n'empêche qu'Hitler, lui, en prit connaissance et la prit au sérieux en raison de la puissance qu'il attribuait, comme tout le monde, au sionisme international : dès lors, il ajouta à ses griefs contre les juifs qu'ils lui avaient déclaré la guerre armée. [1] Les historiens rétorquent encore que, de toute façon, cette déclaration de Weizmann ne pouvait rien changer et que le sort tragique des juifs européens était déjà scellé mais ce n'est pas sûr du tout et on peut tout aussi bien affirmer le contraire ; en fait, personne n'en sait rien. La seule chose qui est sûre est que la déclaration de guerre insensée de l'Agence juive ne pouvait qu'avoir des conséquences tragiques pour les malheureux juifs allemands et européens, puisqu'elle en faisait des ennemis déclarés de l'Allemagne.
L'escalade ne fit que se poursuivre par la suite :

« Les Allemands, du seul fait qu'ils sont Allemands, même antinazis, même communistes, même philosémites, ne méritent pas de vivre et, après la guerre, on mobilisera 20.000 médecins pour stériliser chacun 25 Allemands et Allemandes par jour de sorte qu'en 3 mois, il n'y ait plus un seul Allemand capable de se reproduire en Europe et qu'en 60 ans, la race allemande soit totalement éliminée du continent (...) Les juifs allemands sont aussi de mon avis. »

Bien que ce fût là un plan génocidaire, il fut commenté avec sympathie par des organes de presse aussi célèbres que le magazine Time (qui trouva que le plan était une « idée sensationnelle ») et les quotidiens-donneurs de leçons The Washington Post et The New York Times. Le contenu de ce livre fut diffusé en Allemagne par les soins de Goebbels (Il en aurait même distribué un million de copies aux soldats.) et il déchaîna la fureur populaire contre les juifs. C'est grâce à ce livre que Goebbels obtint de Hitler en août 1941 le port obligatoire de l'étoile jaune par les juifs.

« Nous ne dissimulons pas et n'éprouvons aucune crainte à reconnaître la vérité, à savoir que cette guerre est notre guerre et qu'elle a été entreprise pour la libération du Peuple juif. » !

Les sionistes sacrifièrent-ils délibérément à leur idéal les juifs européens au risque de les faire passer pour des étrangers dans leur propre pays, voire des traîtres ? Ils devaient tout de même savoir qu'après leur déclaration de guerre, les Allemands ne pourraient plus regarder les juifs comme avant. On peut bien entendu supposer que, d'une part, ils avaient pris en compte -du moins en 1939- que la plupart des juifs du Reich avaient émigré, d'autre part, ils n'avaient pas envisagé, bien entendu, que l'Allemagne débuterait la guerre par une victoire éclatante sur la Pologne et que par la suite, elle arriverait même aux portes de Moscou. Il importe toutefois peu dans le développement de notre raisonnement de savoir si les sionistes furent irresponsables ou courageux, aveugles ou lucides, vertueux ou cyniques ; ce qui compte, c'est qu'ils prétendaient ou étaient censés représenter les juifs du monde entier (et ceux qui étaient désignés comme juifs à leur corps défendant) et qu'en cette qualité, ils déclarèrent la guerre économique (1933) et armée (1939) à l'Allemagne. Effectivement, de nombreux juifs des territoires occupés par les Allemands participèrent activement aux activités de résistance (guérilla, sabotages, renseignement). [2] Cette attitude était sans doute normale (nous aurions presque tous fait de même) mais elle était contraire aux lois de la guerre, lesquelles contraignent, en fait, les civils à subir les violences sans pouvoir réagir. Ceci explique en grande partie la déportation des juifs, sans pour autant la justifier, car d'une part, le recours au concept de la responsabilité collective est toujours scandaleux et d'autre part, en admettant qu'Hitler était fondé à considérer les juifs comme des belligérants, il aurait dû les traiter comme tels, c'est-à-dire différemment et cela, en dépit du fait que l'Agence juive ne constituait pas un état reconnu.
Dès lors, au bout de cette escalade insensée et faisant fi de toute humanité voire de toute règle de droit, Hitler traita les juifs comme, hélas, il était dans les habitudes de l'époque (et d'aujourd'hui) de procéder vis-à-vis d'une minorité, éventuellement désignée, appartenant ou apparentée à un groupe ennemi et, dès lors, susceptible de ne pouvoir participer à l'effort de guerre de la Nation, voire de le saboter. Citons quelques exemples de comportements semblables, parfois même vis-à-vis de populations encore moins impliquées dans les évènements, mais précisons préalablement que notre objectif n'est pas de chercher des excuses à Hitler sur la base du « Tu quoque » mais de tenter de comprendre les raisons à la base de la décision d'expulser les juifs manu militari :

Il faut donc bien l'admettre : en termes d'époque (et même d'aujourd'hui), la déportation des juifs n'était pas nécessairement synonyme d'extermination. Non seulement cette déportation pouvait, à la rigueur, passer pour une nécessaire mesure de sécurité militaire. (Encore qu'on aurait pu en adopter de moins radicales car il est évident que la déportation de femmes et d'enfants dans une période de guerre ne peut que se terminer tragiquement.) De plus, cette mesure, il faut bien le reconnaître, était acceptée et même souhaitée par une grande partie des populations pour des raisons culturelles, sociales et économiques. Certes, personne ne souhaitait de mal aux juifs (probablement même pas Hitler) et tout le monde ne leur voulait que du bien, mais ... ailleurs. En fait, l'immigration juive, il y a 50 ans, était perçue comme une plaie : le roi d'Angleterre lui-même demandait à ses ministres de bien vouloir l'arrêter ; débordées, les autorités françaises voulaient déporter 10.000 juifs à Madagascar ; elles n'auraient d'ailleurs fait que répondre aux vœux du jeune Mitterrand qui, à la même époque, manifestait joyeusement contre l' « invasion des métèques » (c'est-à-dire des juifs) ; on pourrait donner toute la nuit d'autres exemples de cette judéophobie d'avant-guerre. 
Cela n'a, certes, pas sa place dans le développement de l'histoire de cette persécution mais le lecteur nous permettra peut-être de relever que les choses ont bien changé : de nos jours, le « politiquement correct » est plutôt au philosémitisme. Aussi est-il normal que les rois des Belges,  Baudouin Ier et Albert II aient anobli Maurice Goldstein, président du Comité International Auschwitz, ainsi que Paul Halter, président de la Fondation Auschwitz, que leur père, Léopold III, avait laissé déporter sans protester. Il n'est pas davantage étonnant que le baron Richard von Weizsäcker, ancien président de la République Fédérale Allemande, ait souhaité publiquement que son successeur soit un juif, alors que son père, le baron Ernst von Weizsäcker, secrétaire d'Etat d'Hitler, avait été un des plus acharnés (bien plus qu'Hitler lui-même) à expulser les juifs. On ne s'étonnera pas davantage d'apprendre que le père de Jean-Pierre Azéma, historien philosémite que nous avons déjà eu l'occasion d'épingler, s'était engagé dans la brigade SS Wallonie. [14] Dans le même registre : Emmanuel Le Roy Ladurie, une des gloires de l'université française et spécialiste es shoah du Figaro littéraire, eut un père qui fut ministre de Pétain jusqu'en fin 1942 ; certes, il était à l'Agriculture mais il ne démissionna pas et doit donc être considéré comme solidaire du gouvernement de l'époque. Certains se sont récemment plu à rappeler les « errances idéologiques (du pacifisme absolu à la tentation vichyste) » de Robert Jospin [15] ; son fils Lionel a (donc ?) proclamé que le révisionnisme était un « crime contre la pensée ». On sait bien qu'on n'est pas responsable des agissements de ses pères et qu'il n'y a de toute façon jamais lieu d'en rougir (ni, bien entendu, d'en tirer gloire) mais on ne peut s'empêcher de penser que, dans certaines familles, on est toujours du côté de l'idéologie dominante. On pourrait en citer d'autres ; limitons-nous au plus célèbre d'entre eux : François Mitterrand, ancien président de la République Française, chébran d'abord, chébran encore, chébran toujours, n'a eu besoin des conseils de personne pour passer de l'antisémitisme au philosémitisme : il a fini sa vie, entouré de ces juifs qu'il trouvait encombrants 50 ans plus tôt ; la découverte de son passé (déjà bien connu dans les milieux nationalistes) ne fut guère exploitée par les milieux juifs qui comprirent vite, devant les réactions des Français, que son exploitation allait déboucher sur la banalisation a posteriori de l'antisémitisme d'il y a 50 ans. On notera accessoirement que la discipline dont firent preuve nos journaux lors de ce retrait stratégique accrédite la thèse selon laquelle ils sont aux ordres.

Où il y eut félonie, il est vrai et toujours selon les principes généralement partagés, ce fut quand des gouvernements organisèrent la déportation de leurs propres nationaux : ce fut notamment le cas de nombreux juifs français. [16]
Ce qui ne fut pas banal, par contre, ce fut les conditions parfois épouvantables dans lesquelles se déroulèrent ces déportations et l'hécatombe qui en résulta. Ce fut particulièrement vrai en Pologne, où les déportés furent traités avec une sauvagerie qui, par moments, rappela l'épouvantable déportation des Arméniens et autres chrétiens turcs en 1915.


NOTES

[1]

Dans les 500 pages reprenant les « propos de table » de Hitler du 21/7/41 au 31/7/42, il y a une citation, celle du 24/7/42, qui fait précisément référence à la déclaration de guerre de Weizmann.
« Les propos de table » (publiés par Henry Picker) sont extraits de notes prises à la table d'Hitler ou au sortir de cette table par deux officiers de liaison, Heim et Koeppen. Ces deux chroniqueurs, qui n'ont découvert qu'après guerre qu'ils avaient effectué le même travail, se recoupent. Heim dit que la partie publiée par Picker est précise mais tronquée (1/6 seulement des propos rapportés par lui-même). (D'après John Toland)

[2]

Pour M. Steinberg, « Les juifs [de Belgique] (0,7% de la population) furent dans la résistance active à raison de 10%, ce qui est énorme et logique. » Par contre, Hannah Arendt pensait que les groupes juifs dans la résistance « étaient incroyablement faibles et essentiellement inoffensifs » et « ne représentaient guère les populations juives ». C'est aussi l'avis de Hilberg.
Par ailleurs, on dit qu'il y eut entre 1 et 1,5 million de juifs à combattre dans les armées alliées (soit environ 600.000 dans l'armée américaine, 450.000 dans l'Armée rouge, 100.000 dans l'armée britannique et 120.000 ailleurs). Le premier ministre israélien Rabin a avalisé ces chiffres : « Nous respectons le combat des armées alliées dans les rangs desquels 1,5 million de juifs ont servi, (...) » (Rivarol, 5/5/95)

[3]

Rivarol, n° 2525 du 27/4/2001, p. 9.

[4]

On sait déjà que, selon David Cesarani (Le Monde, 4/7/95), « plus de 800 ressortissants des pays en guerre avec l'Angleterre, détenus préventivement puis transportés d'Angleterre en Australie et [sic] au Canada, coulèrent avec l'Arandora-Star et périrent en Mer d'Irlande, (...) ». 

[5]

Soit dit en passant, il se pourrait qu'ils aient pu massacrer jusqu'à 150.000 indigènes lors de la reprise en main de l'Indonésie au lendemain de la guerre. L’évocation de cette répression est tabou aux Pays-Bas ; c’est peut-être même le seul sujet tabou dans ce pays ; la contestation de l’histoire officielle de la déportation des juifs y est d’ailleurs autorisée (en termes tout de même à choisir).

[6]

Apparemment, certains furent libérés par la suite au profit de l'armée et y constituèrent des unités homogènes (les « Nisseis ») qui furent envoyées en Europe où elles brillèrent par leur ardeur au combat. (Voir Charles Baron, Le Monde juif, mai-août 95.)

[7]

André Chelain, « Les camps oubliés du Far West », L'Autre Histoire, n° 19, avril 2000, p. 5.

[8]

Hans Hesse, Bulletin trimestriel de la Fondation Auschwitz, n° 69, octobre-décembre 2000.

[9]

Gilbert Gendron, « Choses vues au Canada en guerre », L'autre Histoire, n° 5, juin 1995.

[10]

L’Express du 21/3/2002, p. 110 (« 1938-1946. La France des internés »).

[11]

Arnaud de La Grange, Le Figaro, 11/1/2000, p 3.

[12]

Cette déportation d'Allemands de souche par les (« judéo- ») communistes fut utilisée par Rosenberg pour tenter d'activer la déportation des juifs en URSS. On notera aussi un autre lien entre les deux déportations : selon Reitlinger, les Soviétiques avaient déporté les juifs biélorusses de Vitebsk et Bobruisk « en vue de remplacer les Allemands de la Volga dans la région de Saratov. »

[13]

Les exemples de la manifestation de cette solidarité ne manquent pas ; citons, par exemple, Elie Wiesel : « (...) Je suis contre la guerre et pour l'humanisme, mais, comme juif, appartenant à la génération traumatisée qui est la nôtre, je suis totalement solidaire de ce qui se passe en Israël. Je suis avec Israël ; et ce qu'Israël fait, Israël le fait en mon nom aussi. » (« Paroles d'Etranger », 1982).
Se défendant par la suite -mais sans convaincre- contre l'accusation de « double allégeance », le grand rabbin de France Sitruk, disait au premier ministre israélien Shamir (lequel, signalons-le au passage, fit par écrit des propositions de collaboration aux Allemands) : « Chaque juif français est un représentant d'Israël (...) Soyez assuré que chaque juif en France est défenseur de ce que vous défendez. » (Le Monde, 12 et 13/7/90) En 2003, Cukiermann, président du CRIF, a tenu des propos identiques devant le premier ministre Raffarin. 
Par contre, citons aussi, pour sauver l'honneur de la communauté juive, feu René Raindorf, ancien d'Auschwitz et, à l'époque, administrateur de la Fondation Auschwitz : « Je considère personnellement que le sionisme politique est une forme de colonialisme, d'impérialisme et de racisme. » (Bulletin de la Fondation Auschwitz, jan-mars 90). Toutefois, Raindorf semblait assez isolé ; nous ne parlons pas, bien entendu, de tous ceux qui, quoique d' origine juive, ont quitté la communauté (voire n'en ont jamais fait partie) et ne se reconnaissent pas dans Israël : ils sont, semble-t-il, de plus en plus nombreux.

[14]

Rivarol, n° 2470 du 3/3/2000.

[15]

L’Express du 13/09/01, p. 50.

[16]

C'était d'autant plus scandaleux qu'ils avaient massivement démontré à l'occasion de la guerre 14-18 (y compris en Allemagne) et de la campagne 39-40, qu'ils avaient été des plus ardents défenseurs de leur pays.


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