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L'indéfectible solidarité de Noam Chomsky

avec les révisionnistes

"Si scandaleuses que soient vos idées, si vous n'avez pas le droit de les exprimer, vous perdez ce qui fait l'essentiel de la démocratie et de la liberté." (in Le Monde, 1er septembre 1998)

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L'indéfectible solidarité de Noam Chomsky, le célèbre linguiste, avec les révisionniste porte sur un point très précis: il réclame pour eux, comme pour quiconque, l'entière liberté de penser et de s'exprimer. Point.

Il pourrait sembler que ceci soit peu de chose, une sorte de banalité qui ne mériterait pas de longs commentaires. En fait, sa demande, formulée il y a près de vingt ans, ne cesse pas d'être scandaleuse. En réalité, à chaque fois que Noam Chomsky, militant de la critique de l'Etat sur le mode anarchiste et avant tout critique de l'Etat USA et de ses politiques impérialistes, prend la parole devant des audiences, toujours nombreuses, en Amérique du Nord et ailleurs, ou devant des médias, il se trouve toujours quelques individus ou une petite fraction de la salle qui lui reprochent de façon plus ou moins virulente de s'être engagé du côté des révisionnistes, en rédigeant un texte qui a servi de préface au Mémoire en défense de Faurisson en 1980. Il doit donc, soir après soir, depuis près de vingt ans, répéter que la liberté d'opinion ne se partage pas et que les révisionnistes, quelles que soient leurs vues, qu'il ne partage nullement, ont le droit que tout un chacun a de s'exprimer sans tomber aussitôt sous le coup d'une répression imbécile. On en trouvera des traces dans toutes les interventions, toutes les interviews aux télés et aux journaux. Nous mesurons l'irritation qui peut être la sienne à se voir assailli, jour après jour par les émissaires du lobby, les partisans d'un Israël agressif et les ennemis de la liberté. Jour après jour, Chomsky, dans ses milliers d'interventions et d'articles revient sur cette solidarité fondamentale avec notre droit fondamental. Nous saluons sa constance et nous savons que les liens d'amitié et de solidarité qui nous unissaient avant l'éclatement de la question révisionniste se sont maintenus sans changement parce qu'ils s'enracinent dans la même critique de l'Etat, de ses violences et de ses mensonges, et des classes et des groupes oppresseurs qui s'en approprie le pouvoir pour faire régner leurs intérêts privés aux dépens du peuple qui travaille et qui les nourrit.

Nous reviendrons sur la façon dont Chomsky s'est trouvé embarqué dans cette galère car les récits qui sans cesse reviennent sur cet épisode pour le fustiger sont généralement inexacts. Nous ferons état de nos tentatives d'explication et de la réception qu'elles ont connues dans la presse. Nous ferons un tri dans les multiples commentaires que cette affaire a soulevé et nous répondrons, si nous ne l'avons déjà fait, aux moins ineptes. Nous prélèverons dans le flot des interventions de Chomsky quelques mises au point, par ailleurs mille fois répétées.

Mais avant d'aller plus loin, il convient de comprendre quels sont les objectifs politiques de Chomsky. Il cherche, par ses multiples interventions, à créer un courant dans l'opinion publique qui puisse infléchir la politique étrangères des Etats-Unis, pour arriver à faire cesser l'expansion, l'exploitation, l'appui aux dictatures, la terreur engendrée par le rôle de gendarme international que les Etats-Unis se sont eux-mêmes donnés. Tout ce qui le détournerait de cet axe d'intervention lui paraît secondaire ou, du moins, ne pas mériter qu'il s'y arrête. C'est exactement l'approche qui fut la sienne lorsque Serge Thion et Pierre Guillaume lui exposèrent les données de la question révisionniste en 1979, lors de l'un de ses derniers passages à Paris. Cet esprit méthodique et rapide n'a manifesté aucun rejet spécifique à l'idée d'une possible absence de la chambre à gaz dans la représentation archétypique du sort des juifs dans les camps nazis. Mais il ne voyait pas non plus l'intérêt que représentait cette question dans la poursuite de son travail de critique et de sape de la politique étrangère américaine. Il décida par conséquent de ne pas s'engager dans l'étude cette question et de conserver les représentations qu'il avait pu en acquérir, dans son adolescence, au contact des milieux sionistes de gauche qu'il avait fréquentés quelque peu. Comme nous l'avons toujours dit, nul n'est obligé de s'engager dans cette affaire. Si ceux qui s'y aventurent sont dès lors redevables de leurs obligations envers la raison, les jugements sur le fond de ceux qui restent à l'extérieur n'ont guère de poids. Nous donnons un exemple de l'engagement de Chomsky: une conférence qu'il est venu prononcer devant les étudiants palestiniens de l'université Bir Zeit, en Israël, le 7 juin 1997, sur "Souveraineté nationale et démocratie dans le Tiers Monde".

Pour commencer, on consultera la page que Le Monde vient de consacrer aux opinions de Chomsky. Il est tout à fait intéressant de noter que ce journal, qui a fait montre de la plus évident mauvaise foi et de la plus virulente des hostilités envers Chomsky qui commettait le sacrilège de juger l'intelligentsia parisienne comme médiocre et profondément stalinienne, lui ouvre ses colonnes, tout soudain. Il se passe quelque chose dans le Landerneau des plumitifs...

Ensuite, pour que les choses soient claires, nous publions le texte de Chomsky qui mit le feu aux poudres, celui qui servit d'avant-propos à l'ouvrage de Robert Faurisson, son Mémoire en défense. Contre ceux qui m'accusent de falsifier l'histoire, parus à la fin de 1980, aux éditions de La Vieille Taupe. Nous possédons également la version originale en anglais. Voici ce qu'en dit Chistopher Hitchens (voir plus bas): "Chomsky's seven-page comment received more attention in the international press, as Paul Berman noted, than any other piece of work for which he had been responsible." Ce qui revient à dire que c'est le texte de Chosmky qui a soulevé le plus d'attention et de controverse. Nous voyons d'ailleurs qu'il continue, au bout de presque vingt ans, à prendre les idiots à rebrousse-poil. C'est dans un article fameux donné à The Nation en février 1981 (His Right to Say it) que Chomsky allait expliquer pourquoi il avait rédigé ce court texte. Il concluait: "It is a poor service to the memory of the victims of the holocaust to adopt a central doctrine of their murderers." (C'est un bien pauvre service rendu à la mémoire des victimes de l'Holocauste que l'adoption de l'une des doctrines principales de leurs meurtriers.)

On verra ensuite comment un biographe récent rend compte de l'engagement de Chomsky dans ce qu'il appelle l'affaire Faurisson et l'affaire Pol Pot. Des mises au point s'imposent là. On verra ensuite comment Serge Thion a donné son point de vue d'acteur de ces microcosmiques événements. D'autres versions seront données en complément, comme, par exemple, celle du célèbre essayiste britannique, Christopher Hitchens, qui tentait, dès 1985, de sauver Chomsky de ses démons, c'est-à-dire de ses principes!

On ne manquera pas, à ce point, de faire référence à la brochure américaine concoctée dans les milieux intégristes du sionisme sur cette affaire, sous la signature de Werner Cohn. Elle se trouve, depuis un certain temps déjà, sur notre page en anglais, au chapitre des "opposants au révisionnisme". Elle vaut son pesant de hannetons.

Nous ajoutons évidemment le texte d'une brochure devenue presque mythique à force d'être introuvable qui porte le titre de "Réponses inédites à mes détracteurs parisiens" de Noam Chomsky lui-même, qui avait provisoirement clos la polémique à Paris. Il s'en est ensuivi quinze ans d'ostracisme et de silence de la part des prétendus "intellectuels français", que vient de rompre avec fracas l'interview au Monde;

Le dossier a été repris dans une biographie récente de Chomsky, non sans quelques erreurs désormais classique, comme le fait d'attribuer à Thion ou à la Vieille Taupe l'initiative d'une pétition américaine, signée par Chomsky pour demander que l'on protège les droits du professeur Faurisson. Même Chomsky semble croire que cette initiative venait du côté français alors qu'elle était due à Mark Weber, devenu par la suite directeur de l'Institute for Historical Review, et qu'elle ne soit parvenue à Paris que par la suite. Pour le reste cette biographie, écrite sur un ton morose et fatigué, fournit au moins quelques renseignements factuels. Nous en extrayons le passage concernant les affaires Faurisson, Pol Pot et les rapports de Chomsky avec la production des "intellectuels" parisiens, en particulier la somme de foutaises que l'on a baptisée du nom pompeux de "post-modernisme". Nous aimerions reprendre un mot de l'anglais et les appeler "ludicreuses". Nous avons, au choix, la traduction française et la version originale anglaise.

Ce qui nous a toujours frappé, c'est que pour les besoins de la polémique, les adversaires de Chomsky ont souvent éprouvé le besoin de lui inventer des opinions qu'ils trouvaient ainsi plus faciles à combattre. Ce fut le cas d'un plumitif particulièrement crapoteux, successivement royaliste, fasciste, stalinien, socialiste, libéral, qui a sévi au Nouvel Observateur, Claude Roy. Serge Thion avait, en 1980, démonté, ses inventions dans "Le Documensonge de la semaine". Il avait, de manière plus générale, analysé les attaques contre Chomsky parues dans la presse française pour en faire litière dans un article paru dans la revue Esprit sous le titre: "Le Cambodge, la presse et ses bêtes noires". Ce numéro de septembre 1980 avait quelque chose d'héroïque: il s'ouvrait sur l'attaque, devenue classique, de Vidal-Naquet contre Faurisson et la Vieille Taupe, "Un Eichmann de papier", article qu'il avait refusé de communiquer à l'avance à Thion de peur d'une réponse dans le même numéro; il se poursuivait par divers articles judéolatriques et lévinassoïdes, une vue assez critique d'Elie Wiesel par Wladimir Rabi, le texte de Thion sur le Cambodge et une critique du texte de Thion par Paul Thibaud, directeur de la revue. Thion était ainsi pris en écharpe par deux gendarmes, Vidal-Naquet et Thibaud et, alors même qu'on le publiait, on lui interdisait de répondre aux mises en cause dont il était l'objet. Ces jeux pervers n'eurent pas de suite puisque Thion ne pouvait plus s'exprimer dans cette revue. Toujours à la même époque, S. Thion avait été amené à intervenir à la suite d'un article particulièrement abject de Leopold Labedz, dans Encounter, la revue britannique du Congrès pour la Liberté de la Culture, éditrice en France de la revue Preuves, et longtemps financée par la CIA. Ce papier s'appelait "A strange Revisitor".

La VieilleTaupe ayant joué un rôle éminent dans l'induction de Chomsky à la défense de la liberté d'expression des révisionnistes -- qui en avaient alors bien besoin -- elle a cherché avec constance à pousser les journaux à voir les faits en face. Ce fut bien en vain. Mais il est resté de cet effort une série de lettres qui sont presque toutes de demandes de droit de réponse, demandes ignorées, évidemment, par des gars qui croient que le journalisme est un système de privilèges, dépourvu de la moindre obligation.

-- Lettre de Pierre Guillaume au Monde du 15 février 1993 sur un attentat avorté grâce à un dossier "Chomsky".

-- Lettre de Pierre Guillaume au Monde du 30 novembre 1993 en forme de mise au point à la suite d'un article sur le film consacré à Chomsky, Chomsky ou les illusions nécessaires.

-- Lettre de Pierre Guillaume au Monde diplomatique, plus détaillée, sur le même sujet, datée du 14 février 1994.

-- Lettre de Pierre Guillaume à NC du 7 janvier 1996 pour annoncer la sortie du livre de Garaudy.

-- Lettre de Pierre Guillaume à NC du 25 février 1996 suggérant, non sans humour et sans malice, à NC de rédiger un mot de préface pour une éventuelle édition américaine de livre de Garaudy.

Voir aussi "Mutatis Mutandis", un texte distribué dans les couloirs du Palais de Justice en janvier 1998 lors du procès Garaudy - La Vieille Taupe, en première instance.

Il reste un point sur lequel nous voudrions que les exégètes se penchent. Chomsky a dit et répété mille fois qu'il avait donné une fois pour toutes son sentiment sur ce que certains veulent appeler l'Holocauste. Il a cité et recité LA phrase qui, écrite longtemps avant l'affaire révisionniste, est censée l'exonérer de toute suspicion: elle est la garantie de son orthodoxie en matière d'acceptation de la version officielle dudit Holocauste. La voici, encore une fois, en anglais original: "[...] savage persecution culminating in the most fantastic outburt of collective insanity in human history [...]" La référence: Peace in the Middle East? Reflections on Justice and Nationhood, [1969], Vintage Book, 1974, p. 57-58. On peut déjà noter qu'il ne s'agit que d'un fragment de phrase, que l'ouvrage concerne le Moyen-Orient et nullement les événements de la deuxième guerre mondiale. Nous sommes dans un chapitre intitulé "nationalisme et conflit en Palestine". Mais si on lit tout le paragraphe, on voit qu'il s'agit d'un jeu rhétorique: on peut présenter deux types d'argumentation, dit-il, l'une arabe, l'autre juive; mais la juive, quand il l'expose, il l'appelle "sioniste". Et c'est dans cet argumentaire sioniste que l'on trouve ce fragment de phrase: autrement dit, ces considérations sur l'holocauste, présentées ici, font partie d'un raisonnement qui n'est nullement celui de Chomsky mais bien celui des sionistes qui entendent justifier leur occupation de la Palestine. Par conséquent, extraire cette phrase de son contexte et la présenter comme justification d'une attitude qui voudrait tout ignorer du révisionnisme relève de la pure prestidigitation. Les critique de Chomsky auraient pu s'en aviser, s'ils lisaient véritablement les textes qu'ils invoquent. Quelles conclusions tirer de cette ruse ? D'abord, Chomsky ne s'est jamais exprimé lui-même sur "l'Holocauste". Il n'a jamais trouvé l'occasion de s'exprimer réellement sur la question historique qui consiste à se demander ce qui est réellement arrivé à certaines communautés juives européennes sous le pouvoir nazi. Il a toujours esquivé cette question parce qu'il sait qu'il ne la connaît pas, qu'il n'a pas travaillé sur les documents de base. C'est donc une attitude correcte de la part d'un savant: on ne parle que de ce qu'on connaît (c'est l'inverse des intellectuels à la française). Il a toujours laissé la place à la possibilité pour la thèse révisionniste d'être confirmée par les faits. Comme nous tous, il a dit, à plusieurs reprises: si les chambres à gaz n'ont pas existé, cela ne changerait rien à ma condamnation du nazisme comme politique inhumaine. S'étant interdit de juger de la thèse orthodoxe en la matière, il s'interdit de ce chef de juger de la thèse révisionniste. Mais si, par hypothèse, il se mettait au travail sur la question, qui pourrait dire aujourd'hui à quelles conclusions il arriverait, quel parti il prendrait dans l'affrontement des rationalistes et matérialistes qui animent le révisionnisme et les mystiques dézingués à la Wiesel, les rabbins filandreux à la Berenbaum, les historiens totalement silencieux à la Rousso, les inventeurs de la transmission de pensée à la Hilberg, les destructeurs de documents à la Lanzmann? Alors cette solidarité de principe avec ceux qui sont dans le besoin de la liberté d'expression prendrait une tout autre dimension. Qui pourrait nous prouver le contraire? Nous publierons ici même les réponses de ceux qui voudraient relever ce défi.

Pour ceux qui voudraient poursuivre ces recherches, il est évident qu'ils devraient lire les livres de Chomsky dont plusieurs sont disponibles en français. Le film canadien Manufacturing Consent, de Mark Achbar et Peter Wintonick, où apparaissent brièvement R. Faurisson, P. Guillaume et S. Thion (1992), possède un site Web et existe en vidéo-cassette. Il en existe une version française qui est titrée Chomsky, les medias et les illusions nécessaires. On peut se la procurer chez K.Fims Vidéo, service vente par correspondance, 15 rue de Saintonge, 75003 Paris, Tel 01 42 74 70 14. Il existe aussi sur le Web une Archive Chomsky pour les derniers travaux linguistiques et une autre où l'on peut trouver une bonne partie des ses articles politiques les plus importants et mêmes quelques livres comme Necessary Illusions.. Radio Free Maine, aux Etats-Unis, a un site avec des documents video et audio sur N. Chomsky. Les archives de Z Magazine recèlent des articles sur et de Chomsky. Enfin, il existe un groupe de discussion: <alt.fan.noam-chomsky newsgroup>

Ceux qui voudraient contacter Noam Chomsky sont priés d'utiliser le courrier postal et de lui écrire à l'adresse suivante: MIT, E39-219, 77 Massachusetts Avenue, Cambridge, MA 02139, USA.


Ce texte a été affiché sur Internet à des fins purement éducatives, pour encourager la recherche, sur une base non-commerciale et pour une utilisation mesurée par le Secrétariat international de l'Association des Anciens Amateurs de Récits de Guerre et d'Holocauste (AAARGH). L'adresse électronique du Secrétariat est <aaarghinternational@hotmail.com>. L'adresse postale est: PO Box 81475, Chicago, IL 60681-0475, USA.

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ARTICLE 19 <Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit>
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