AAARGH
[Note de
l'AAARGH: Finkelstein a un site web où l'on trouve le dossier
de son livre: http://www.normanfinkelstein.com/index.html]
Vous êtes historien spécialiste du négationisme, et vous venez de diriger Le Génocide des juifs entre procès et histoire (éditions Complexe) ; comment envisagez-vous le rapport qu'entretient Finkelstein avec le négationnisme ?
Ce rapport est double. Il lui emprunte
son vocabulaire (voyez les titres de chapitre, « La
capitalisation de l'Holocauste » [[Note de l'AAARGH: cette expression vient à
la fois du vocabulaire de la banque "capitalisation"
et de celui de la religion "holocauste"<. On nous
paierait cher, à l'aaargh, pour employer des termes pareils
!], « La manipulation
de l'Histoire » [Note
de l'AAARGH: ce terme appartient à la critique politique.
Brayard fauit l'aveu que pour lui, toute critique politique est
insupportable et donc criminalisable sous le nom de "négationisme",
spécialité de Brayard et crime bien connu qui figure
à la première page du Code pénal.]), et cette proximité sémantique
est probablement volontaire, participant d'une stratégie
bien pesée du scandale. Par ailleurs, il adopte sur le
sujet une posture « non conformiste », à
l'américaine. Son maître Noam Chomsky en avait déjà
fait de même sous prétexte de défendre la
liberté d'expression, mais également du fait de
sa communauté de vue avec certains membres de l'ultragauche
négationniste sur le sionisme -- des points de vue
que reprend peu ou prou Finkelstein. ![]()
Il n'est pas sûr que la très respectable cause palestinienne doive être défendue avec des arguments de ce type.
2Qu'en est-il de la manière dont il aborde les écrits négationnistes ?
Affirmer que « la littérature négationniste n'est pas entièrement dénuée d'intérêt » en prenant pour exemple David Irving est proprement scandaleux. C'est à peu près aussi idiot que de dire que la littérature antisémite n'est « pas entièrement dénuée d'intérêt », parce que Céline a écrit Voyage au bout de la nuit ! Irving est cité pour ses études militaires ou pour ses biographies, mais en aucun cas pour ce qui traite du génocide des juifs.
Que penser des attaques de Finkelstein contre ce qu'il appelle « la littérature de l'Holocauste » ?
Il donne une image très réductrice d'une historiographie à la fois vivace et massive. Que, dans un corpus aussi important, il y ait des chefs-d'oeuvre et des livres sans intérêt me semble d'une effroyable banalité. Il est d'ailleurs étonnant que, rejetant violemment la notion de singularité du génocide des juifs, il succombe au même travers en appelant de ses voeux, implicitement, une singularité concernant la Shoah : que l'on écrive, la concernant, uniquement des chefs-d'oeuvre, dont la diffusion, en outre, ne soit pas polluée par la sphère marchande. Or il n'est pas sûr que son livre appartienne à la première catégorie et à voir son succès médiatique il ne semble pas échapper à la marchandisation qu'il dénonce.
Propos recueillis par J. Bi[rnbaum]
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adoptée par l'Assemblée générale de
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