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Gabriel Cohn-Bendit

 

MON ANALYSE DU « journal de Kremer » médecin SS à Auschwitz

­ Vidal-Naquet, Wellers se trompent tout comme Faurisson

***

Extraits du Journal de Kremer... et ma traduction...



1er septembre  :
Zum 1. Male draussen um 3 Uhr früh bei einer Sonderaktion zugegen. Im Vergleich hierzu erscheint mir des Dante'sche Inferno fast wie eine Komödie. Umsonst wird Auschwitz nicht des Lager des Vernichtung genannt  !

1er septembre
Pour la première fois, dehors à 3 heures du matin présent à une opération spéciale. En comparaison à cela l'enfer de Dante m'apparaît presque comme une comédie. Ce n'est pas en vain que l'on appelle Auschwitz le camp de la mort.

5 septembre
Heute Mittag bei einer Sonderaktion aus dem F.K.L (Muselmänner)  : des Schrecklichste der Schrecken. Hschf. Thilo Truppenartz hat Recht, wenn er mir sagte, wir befänden uns hier am anus mundi. Abends um 8 Uhr wieder bei einer Sonderaktion aus Holland. Wegen der dabei abfallenden Sonderverpflegung, bestehend aus einem Fünftel Liter Schnaps, 5 Zigaretten, 100 g Wurst und Brot, drängen sich die Männer zu solchen Aktionnen.

5 septembre
Ce midi présent à une opération spéciale en provenance du C.des F. (Musulmans)  
: la plus horrible des horreurs. Hschf Thilo médecin militaire a raison lorsqu'il me disait que nous nous trouvions ici à l'anus mundi. Le soir à 8 heures à nouveau présent à une opération spéciale en provenance de Hollande. En raison de la ration spéciale qui en découle composée d'1/5e de litre de schnaps, de 5 cigarettes, de 100 g de saucisson et de pain, les hommes se bousculent à de telles opérations.

6 septembre

Abends um 8 Uhr wieder zur Sonderaktion draussen.

6 septembre
Le soir à 8 heures à nouveau dehors pour une action spéciale.

9 septembre

Abends bai einer Sonderaktion zugegen(4. Mal)

9 septembre
Le soir présent à une action spéciale (la 4e).

10 septembre
Morgens bei einer Sonderaktion zugegen (5.).

10 septembre
Le matin présent à une opération spéciale (5ème fois).

23 septembre
Heute Nacht bei der 6. und 7. Sonderaktion.

23 septembre
Cette nuit présent à la 6e et 7e opération spéciale.

30 septembre  :
Heute Macht bei der 8. Sonderaktion zugegen.

30 septembre
Cette nuit présent à la 8e opération spéciale.

7 octobre  :

Bei der 9. Sonderaktion (Auswärtige und Muselweiber) zugegen.

7 octobre  :
Présent à la 9e opération spéciale (gens d'ailleurs et musulmanes).

12 octobre  :
Trotzdem in der Nacht noch bei einer Sonderaktion aus Holland (1.600 Personen ) zugegen. Schauerliche Szene von dem letzten Bunker ! Das war die 10. Sonderaktion.

12 octobre  :
Malgré cela en pleine nuit encore présent à une opération spéciale en provenance de Hollande (1.600 personnes). Scènes épouvantables devant le dernier Bunker. C'était la 10e opération spéciale.

18 octobre  :

Bei nasskalten Wetter heute Sonntag morgen bei der 11. Sonderaktion (Hollander) zugegen. Grässliche Scenen bei drei Frauen, die ums nackte Leben flehen.

18 octobre  :
Par un temps froid et humide ce dimanche matin présent à la 11e opération spéciale (Hollandais). Scènes effroyables à propos trois femmes qui implorent qu'on leur laisse la vie sauve.

8 novembre  :
Heute Nacht bei zwei Sonderaktionen teilgenommen bei regnerischem feuchtem Herbstwetter (12. 13.).
Nachmittags noch eine Sonderaktion also die 14. die ich bisher mitgemacht habe.

8 novembre  :
Cette nuit participé à deux opérations spéciales par un temps humide et pluvieux d'automne (12 et 13ème).
L'après-midi encore une opération spéciale donc la 14e dont je fus jusqu'à présent.


VERITE LINGUISTIQUE OU VERITE JURIDIQUE

 

(Grammaire allemande contre justice polonaise)

*




1/ Remarques linguistiques justifiant ma traduction mais qui permettront, à mon humble avis, de tirer des conclusions capitales.



Sonderaktion aus Holland
Avant d'examiner le substantif Sonderaktion, examinons un fait capital, sa relation systématique avec un substantif de lieu et uniquement de lieu, et cela par l'intermédiaire de la préposition AUS.
Trois fois dans le journal de Kremer,
Sonderaktion se trouve lié à un autre mot, et chaque fois grâce à AUS.


Ce sont les seuls exemples d'un mot en relation grammaticale avec
Sonderaktion.
Aus + nom de lieu signifie
 : en provenance de, originaire de.
La seule traduction possible en français est
 :
­
Sonderaktion en provenance de, ayant pour point de départ le camp des femmes.
­ Sonderaktion en provenance de Hollande.
Ce ne sont pas les gens
­ musulmanes ou 1.600 personnes ­ qui sont mis en rapport avec le lieu ­ camp des femmes ou Hollande.
Ce n'est pas non plus la
Sonderaktion qui est mise en relation avec les gens que ce soit les « musulmanes » ou les « 1.600 personnes », ou les « musulmanes » encore et les « gens d'ailleurs » le 7 octobre, ou les « Hollandais » le 18 octobre. Non jamais Sonderaktion ne s'applique directement ni grammaticalement à des personnes toujours citées à titre de précisions, entre parenthèses, comme le moins important.
Jamais le texte ne dit
 :
Sonderaktion
sur des gens (en provenance de...), mais toujours, quand il y a précision, Sonderaktion en provenance de ­ (gens) sans lien grammatical.
Quoi que puisse être la
Sonderaktion, son origine, son point de départ n'est pas Auschwitz.
Quoi que puisse signifier ce mot, son lien avec le point d'origine est plus important s'impose en tout cas à Kremer avec plus de force quand il écrit, que le rapport que peut avoir cette
Sonderaktion avec les gens.
J'ai donc une « action », un lieu et des gens, car il s'agit aussi de gens, mais les gens s'y trouvent toujours entre parenthèses, c'est-à-dire avec un lien grammatical nul à la
Sonderaktion.
Ces remarques obligent à considérer que
 :
­
Sonderaktion ne se limite pas, dans l'espace à Auschwitz, elle y aboutit certes, sans quoi Kremer qui écrit y être présent ne pourrait en parler.
­ Il s'agit de quelque chose qui se passe dans un espace, qui a un point de départ que Kremer précise à trois reprises et qui par deux fois est la Hollande, et dont le rapport à l'espace est plus important que le rapport aux gens, qui en font cependant partie mais n'en sont pas l'objet à proprement parler.
Oui Auschwitz est un camp de concentration, il est approvisionné de déportés provenant entre autres de Hollande, par convois.
Sonderaktion ne peut signifier que convoi, déportation au sens propre, transport, déplacement de personnes de l'extérieur vers le camp ou du camp vers l'extérieur.
Les notes du 5 septembre et du 12 octobre sont claires. Remplaçons
Sonderaktion par convoi ou transport : « Présent à un convoi spécial ­ transport spécial ­ en provenance de Hollande (1.600 personnes) ». « Présent à un convoi en provenance du camp des femmes (musulmanes). »
En fait, lui, Kremer, assiste bien sûr à l'arrivée ou au départ (pour le camp des femmes).
Pourquoi un convoi, un transport de déportés s'appellerait-il
Sonderaktion ? Nous y reviendrons plus loin. Nous tentons ici de nous en tenir à ce que nous permet ou nous interdit la grammaire.
Si cette
Sonderaktion avait son origine et sa fin à Auschwitz, il serait impossible d'écrire qu'elle provient de Hollande, et je rappelle que selon la structure grammaticale c'est bien la Sonderaktion qui est en provenance de Hollande.
De même, si cette
Sonderaktion s'exerçait sur des gens, ceux-ci seraient liés grammaticalement à Sonderaktion et c'est leur origine qui se trouverait indiquée entre parenthèses, pour information, sans plus.
Or, jamais dans le texte,
Sonderaktion et personnes ne sont juste en relation grammaticale. J'en déduis que la Sonderaktion ne s'exerce pas en priorité sur elles, qu'il ne s'agit pas d'une action exercée directement par des hommes sur d'autres hommes.
Essayons de remplacer
Sonderaktion par gazage et de voir ce que cela donne.


Il est évident que dans cette dernière phrase Kremer aurait mis « en provenance de Hollande » entre parenthèses et « 1.600 personnes » en relation avec
Sonderaktion, mot qui masquerait le terme de gazage.
On peut aussi essayer de remplacer
Sonderaktion par sélection (c'est-à-dire pour Faurisson séparer les malades des bien-portants et pour Wellers séparer ceux qui vont être gazés de ceux qui seront provisoirement épargnés). Cela donne la même absurdité linguistique. Conclusion, Faurisson et Wellers sont aussi piètres germanistes l'un que l'autre et pour interpréter un texte, il faut, tout bêtement, être capable de le lire dans la langue où il est écrit...
Reprenons en effet nos deux phrases où Kremer met
Sonderaktion avec « aus Holland » et « aus dem F.K.L ». Cela donne  : « Malgré cela, la nuit, encore présent à une sélection en provenance de Hollande (1.600 personnes). »
Cette phrase a un sens si l'on accepte que les gens du convoi ont été sélectionnés en Juifs, non Juifs, résistants, non résistants. Mais alors la sélection a eu lieu en Hollande, pas à Auschwitz. Ceci ne va pas non plus dans le sens de la thèse qui veut que la
Sonderaktion de Kremer soit la sélection à Auschwitz même des gens à gazer et de ceux à momentanément épargner.

Conclusion
A quoi tiennent les choses  !... un petit mot AUS et un nom, Hollande, interdisent de faire de
Sonderaktion le mot cache de « action de gazage »...
Mais Kremer n'a dit que deux petites fois, que la
Sonderaktion était en provenance de Hollande et une petite fois qu'elle venait du F.K.L, toutes les autres il n'en signale pas l'origine et sans ce rapport à la provenance, on pourrait effectivement remplacer grammaticalement Sonderaktion par gazage.
Mais, et tant pis pour la thèse qui veut que Kremer parle de gazage, il y a ces trois petits « aus » liés par deux fois à Holland, et une à F.K.L.
Après toutes les insultes déversées sur Chomsky, la grammaire vient confirmer qu'il n'a peut-être pas pris la défense d'un pur et simple salaud et que la linguistique peut servir à bien des choses...

2/ Au-delà de la grammaire :



Que pouvons-nous dire ? Sûrement pas qu'il n'y eut jamais ni sélection ni gazage à Auschwitz, ni même que
Sonderaktion ne signifie jamais, chez Kremer, ni « sélection » ni « gazage ». Nous pouvons seulement affirmer qu'à trois reprises, ce mot employé par lui ne peut signifier ni l'un ni l'autre. Mais, toujours en référence à Sonderaktion, passons de la grammaire à une étude cette fois moins grammaticale mais plus logique du terme.

a) Ce que nous indique la numérotation des Sonderaktion
Dans la mesure où Kremer numérote les
Sonderaktionnen, où il les classe dans un ensemble ordonné, c'est que toutes ces Sonderaktionnen font partie d'une même série, donc sont des choses analogues, de même nature, du même ordre.
Nous avons montré que la 2è, la 3è, la 10è ne peuvent être que des convois arrivant à Auschwitz. Peut-on, en dehors du nombre ordinal qui précède ou suit presque toujours
Sonderaktion (et qui, s'il n'y figure pas, est toujours pris en compte dans la numérotation de la suivante), trouver d'autres éléments dans la phrase qui nous indiqueraient qu'il peut bien en effet s'agir de l'arrivée d'un convoi ?

b) L'heure
Si la
Sonderaktion dépendait de l'administration du camp, serait-il plausible qu'elle ait lieu à des heures aussi invraisemblables que 3 heures du matin, pour la première, en pleine nuit, pour les 6è, 7è, 8è, 12è, 13è et le dimanche matin pour la 14è ?
C'est donc bien pour celles-ci comme pour celles dont l'origine est précisée, des convois que cache le terme
Sonderaktion. Convois bien sûr dont l'heure d'arrivée ne peut être planifiée par l'administration du camp. Sonderaktion désigne une seule et même chose, un convoi, de la première à la dernière.

c) Quelques indications complémentaires
La grande colère de Faurisson
 ! il proteste à juste titre parce que, pour la première Sonderaktion, le texte allemand omet « draussen = dehors » qui figure bel et bien dans le manuscrit. Mais de toute façon, il ne s'agit nullement de le mettre en relation avec la notion de camp : dans le camp ou hors du camp, mais tout simplement avec la personne de Kremer et avec sa chambre.

On le voit, ce petit mot n'est pas sans importance, il indique que le pauvre Kremer devait être dehors à des heures impossibles pour un fonctionnaire.
Nous avons des indications comme quoi Kremer se trouvait non seulement hors de son appartement mais même dehors
 : il parle de temps pluvieux, humide, dans les 11è, 12è, 13è. Nous pouvons affirmer que les 14 Sonderaktionnen dont parle Kremer sont les 14 convois à l'arrivée (ou au départ pour celui des femmes de la 2è) desquels il a assisté.
Cette fois, nous croyons pouvoir dire que s'il y a eu gazage et sélection, cela ne peut être recouvert ni caché par le terme de
Sonderaktion. Pourtant, Kremer a déclaré à son procès que c'était ce terme de Sonderaktion qui camouflait celui de gazage. « Ma participation en tant que médecin à ces mises à mort par le gaz, appelées Sonderaktion consistait ... ».
Alors, je n'ai que deux solutions. Ou bien mon analyse linguistique est fausse, ou bien Kremer a fait des aveux à la mode stalinienne.
­ d'abord, parce que je pense d'autant moins m'être trompé dans mon analyse linguistique que dans ce domaine l'aveuglement idéologique a peu de place.
­ ensuite parce que j'ai la plus grande suspicion à l'égard de la justice des pays de l'Est quels qu'en soient les accusés.
Je penche pour la seconde solution
 : Kremer a fait des aveux à la mode stalinienne.
On m'accordera que ce n'est pas uniquement parce que je mets systématiquement en doute les institutions qualifiées de judiciaires des pays de l'Est que je ne crois pas aux aveux de Kremer, mais bel et bien parce qu'ils sont en contradiction avec son journal, et en contradiction non pas avec son contenu idéologique, voir purement sémantique, mais avec la tournure grammaticale qu'il utilise
 !
Entre la grammaire allemande et le Tribunal de Cracovie, comme critère de vérité, je choisis la grammaire allemande (même les nazis n'auraient pu la rendre mensongère).
Mais alors, si Kremer a fait de faux aveux, son Juge d'instruction étant un certain Jan Sehn qui a rédigé les procès-verbaux de ses interrogatoires et qui est aussi celui qui a instruit le procès de R. Höss, commandant du camp, et obtenu ses aveux. Alors, le vertige me prend, car ces aveux de Kremer et d'Höss sont parmi les pièces maîtresses des preuves de l'existence des chambres à gaz à Auschwitz...
Mais ne brûlons pas les étapes pour Höss, nous verrons bien si l'on peut faire ou non crédit à ses aveux. En l'état actuel de mes recherches, je n'en sais rien.


3/ « L'enfer de Dante »...« Les scènes atroces ».



Si, comme nous pensons l'avoir montré,
Sonderaktion ne signifie en rien « gazage » ou « sélection pour le gazage », mais transport, convoi, comment comprendre les phrases qui, à quatre reprises, suivent le mot Sonderaktion ?
Prenons les dans l'ordre car cela a son importance.
Reportons-nous à l'évocation de la première
Sonderaktion :
Rappelons-nous que Kremer est depuis quelques jours seulement à Auschwitz et qu'un camp de concentration, qu'il soit nazi ou stalinien (n'en déplaise aux néo-nazis et à tous ceux qui nous accusent de réhabiliter le nazisme
­ mais je reviendrai sur ce sujet plus tard) même sans chambre à gaz, n'a rien du club méditerranée ni même d'une prison bien classique en démocratie occidentale ! c'est un lieu de souffrance et d'horreur, où l'on meurt de faim, de maladie, d'épuisement physique et moral. Mais revenons au texte !

a)« L'enfer de Dante »
Kremer assiste à l'arrivée d'un convoi (en provenance de Drancy nous précise une note et c'est très possible) .
Alors sortent après plusieurs jours et nuits de voyage dans des wagons à bestiaux (pas des wagons-lits de l'Orient-Express...) des enfants, des vieillards, des femmes, des hommes, à 3 heures du matin et dans la brutalité des projecteurs.
Tous les déportés, y compris ceux qui arrivaient dans des camps où il n'y eut jamais de chambre à gaz, ont raconté l'horreur de l'arrivée, les cris, les coups, les familles séparées, les morts que l'on sort des wagons. Et on mourait aussi pendant le trajet, les wagons n'étaient pas chauffés, n'avaient ni aération, ni sanitaires, on n'avait ni eau ni vivres, on ne pouvait ni s'allonger ni même s'asseoir, et les vieillards, les enfants, les malades n'y résistaient guère. Cela peut suffire à mon avis à faire dire à Kremer qu'en regard de cela, « l'enfer de Dante » lui paraît une comédie.
Kremer était-il une âme sensible émue par le spectacle qu'il avait sous les yeux ? Nous n'avons pas à nous le demander. Il ne le dit pas. Il décrit ce qu'il voit, qu'il compare à l'enfer de Dante. Peut-être était-il simplement esthète ? Peut-être était-il sadique et a-t-il joui de ce spectacle ? Soyons sérieux, je voulais simplement faire remarquer que décrire une scène horrible et éprouver des sentiments de pitié, de miséricorde ou au contraire d'indifférence sont deux choses bien différentes, et que nous n'avons à nous poser ni la question de la sensibilité, ni celle de l'insensibilité de Kremer, mais je dirais celle de son acuité visuelle. D'ailleurs sa description de l'arrivée comme un spectacle dantesque corrobore les descriptions de tous les déportés.
De plus, il faudrait être fichtrement blasé et blindé pour dire qu'à côté du gazage de centaines de gens, l'enfer de Dante apparaît presque comme une comédie; que lui faudrait-il pour qu'il lui apparaisse enfin comme une comédie ?

b) « Le camp de la mort »
Si j'ai préféré le terme de « camp de la mort » à celui de « camp d'extermination » et même, pour être plus près du texte, et il le faut « camp de l'extermination », c'est que pour nous, extermination est synonyme de chambre à gaz, et que l'on distingue les camps d'extermination avec chambre à gaz des autres. L'objet de notre recherche étant justement de savoir si cette différenciation est fondée ou non.
On mourait beaucoup à Auschwitz. Faurisson a raison de rappeler qu'il y régnait une épidémie de typhus terrible. Les documents de la Croix rouge hollandaise, de l'administration SS du camp, des résistants unanimes (car nous avons des documents en dehors des témoignages et des aveux) sont formels. La mortalité d'Auschwitz, selon les statistiques nazies, sera encore de 3% l'année suivante, en août 43, alors que l'épidémie était depuis longtemps enrayée (je signale qu'une mortalité de 3% par mois signifie plus de 36% par an, plus de un déporté sur trois...)
Reitlinger cite les cinq pages du registre des décès que l'on peut consulter à Amsterdam, pour les cinq jours du 28 septembre au 2 octobre (période où Kremer était à Auschwitz). Il y a 1.500 décès, soit 300 par jour, ce qui ferait 9000 par mois. C'était un fait officiel, connu de toute l'administration, même si on ne le claironnait pas à la radio du sieur Goebbels.
Alors, rien d'étonnant à ce que Kremer commente, au début de son journal d'Auschwitz, alors qu'il y est depuis trois jours et vient de voir une scène dantesque, « ce n'est pas en vain qu'on appelle Auschwitz le camp de la mort (ou de l' «extermination »). Mais les causes de cette mortalité sont le froid, la faim, la chaleur, la fatigue et la maladie, en l'occurrence le typhus. Il dit d'ailleurs « on appelle » (le passif allemand se traduit souvent par on...). C'est un fait notoire dans l'administration et qui n'a rien de secret.
On s'est étonné que Kremer fasse seulement une ou deux fois ce type de commentaire, qu'il ne le fasse pas régulièrement. S'habituerait-il à l'horreur ?
Encore une recherche psychologique bien inutile !
A l'arrivée du premier convoi, il note ce qu'évoque pour lui la descente des déportés. Mais il tient un journal, les autres arrivées seront analogues, il n'y a aucune raison qu'il se répète. De même pour sa caractérisation d'Auschwitz, en tant que camp de la mort, qu'il ne croit sans doute pas utile de répéter à chaque page.
Par contre, le spectacle soit un peu différent ou que survienne quel;que chose qui tranche sur l'ordinaire de l'horreur, il le signalera. C'est d'ailleurs pour les trois premières
Sonderaktionnen qu'il en dit le plus, et des choses générales : le spectacle de l'arrivée, la caractérisation d'Auschwitz pour la première le 1er septembre, et, nous allons le voir, quatre jours plus tard, dans les notes du 5 septembre, à l'occasion des deux Sonderaktionnen suivantes des détails tout à fait importants.
Reportons-nous maintenant à l'évocation de la 2ème et de la 3ème
Sonderaktion le 5 septembre.

a) La première du 5 septembre
Le midi, Kremer est donc présent « à une action spéciale en provenance du camp des femmes (musulmanes) ». C'est donc un convoi, qui, cette fois, a pour origine le camp lui-même.
Se pose alors un problème impossible à résoudre si l'on s'en tient au texte du journal qui ne précise rien à cet égard
 : ce convoi allait-il d'un point à un autre du camp ou partait-il vers un autre camp ?
Je ne voudrais pas m'aventurer ici, au-delà de mes faibles compétences. Je ne suis pas spécialiste et n'ai pas étudié la question dans tous les détails. Je ne suis ni Faurisson, ni Wellers. Je dis donc je ne sais pas, mais je crois savoir qu'il existait aussi des transports d'Auschwitz vers d'autres camps même avant l'évacuation et qu'entre autres, certains malades étaient dirigés vers Bergen-Belsen. Mais ce sont là des détails que je n'ai pu contrôler. On aura encore une fois et à nouveau remarqué la construction de la phrase qui, en rapport avec la
Sonderaktion, privilégie le lieu sur les gens, confirmant pour moi l'hypothèse d'un convoi comme seule possible.
« Le comble de l'horreur ». On a absolument voulu faire rapporter cette phrase à la
Sonderaktion et non pas aux musulmanes.
Pour moi, c'est le spectacle de ce convoi en provenance du camp des femmes et composé de musulmanes qui est « le comble de l'horreur ». Si des déportés arrivant de Hollande après plusieurs jours passés dans des wagons à bestiaux sont un spectacle « dantesque » que penser alors d'un convoi de musulmanes, autrement dit de femmes qui sont au camp depuis des mois et qui, ayant complètement renoncé à vivre se laissent mourir sans se nourrir, sans le moindre égard pour ce qui reste de leur corps; car c'était cela les musulmans, dans l'horreur du camp, le dernier degré, le pire de ce que l'on pouvait avoir sous les yeux
 :
L'« anus mundi » que m'importe ici encore de savoir si Kremer est sensible ou non à la souffrance et à la pitié
 ! il voit, et ce qu'il voit est insoutenable, qu'il compatisse ou non. Et tous les déportés ont décrit la vision horrible des musulmans, alors, un convoi de musulmans !...
Car si nous avons dit que Kremer associait toujours en relation privilégiée
Sonderaktion et un nom de lieu, que pour lui grammaticalement le lieu d'origine était plus important que les gens, il n'en reste pas moins vrai que quand il commente ce qu'il voit, même pour un médecin SS comme lui, les gens deviennent plus importants que l'origine du convoi.
Kremer ayant avec ces 1ère, 2ème et 3ème
Sonderaktionnen décrit le spectacle qu'il a devant les yeux d'une arrivée à Auschwitz et d'un départ du même camp, ne reviendra plus par la suite, sauf incident précis sur des descriptions de moments analogues (et cette heure de midi ne pourrait-elle pas indiquer que l'administration d'Auschwitz n'était pas maîtresse de l'horaire ? Je sais, on peut gazer même aux heures des repas... mais quand on peut choisir, et ici il s'agit d'employés du camp, cela n'est peut-être pas le meilleur moment ? par contre, le départ d'un train, même s'il part d'Auschwitz, est programmé ailleurs).
Encore une fois, quelles que soient la sensibilité ou l'insensibilité de Kremer, pourquoi aurait-il répété la description de l'arrivée et du départ du convoi ? le propre d'un journal est justement de pouvoir mentionner le déjà vu, sans y revenir en détail, et de ne s'arrêter pour le développer qu'au nouveau.

b) La deuxième
Sonderaktion du 5 septembre (la 3e depuis son arrivée)
Kremer écrit « Le soir à nouveau présent à une
Sonderaktion en provenance de Hollande ».
Il ne parle plus du spectacle des arrivants déjà décrit, mais nous donne une nouvelle information
 : « En raison de la ration spéciale qui en découle composée d'1/5è de litre de schnaps, de 5 cigarettes, de 100 g de saucisson et de pain, les hommes se bousculent à de telles opérations ». Kremer dit « hommes », alors, soldats allemands ou déportés ?
Le dernier élément de la ration, mais les autres aussi, nous indique qu'il s'agit de déportés. La ration comprenait du pain
 ! Les soldats SS ne manquaient sûrement pas de pain ! Et ces hommes se bousculent ! imagine-t-on les soldats payés que sont les SS se bousculant pour du pain et pour être de service à 3 heures du matin comme pour la première Sonderaktion ? Mais peut-être le reste est-il plus alléchant ? 100 g de saucisson, 5 cigarettes, pas une cartouche, pas même un paquet, non 5 malheureuses cigarettes... Enfin 1/5 de litre de schnaps, un grand verre en somme ! Tout cela, ils pouvaient se l'offrir... Sans compter que Kremer, à plusieurs reprises, mentionne ses repas. Et on mangeait, à ce qu'il dit, fort bien quand on était du bon côté à Auschwitz ! Même si la nourriture des simples SS était moins bonne que celle du mess des officiers, elle ne pouvait en différer à ce point qu'on les voit se bousculer pour 100 g de saucisson et du pain !
Il s'agit incontestablement de déportés. Eux meurent de faim et on peut les imaginer se bousculant pour moins que cela, dont peut dépendre leur survie
Mais alors, il ne peut s'agir de gazage ! selon la thèse officielle c'était les Sondercommando qui participaient aux gazages, et ils étaient désignés, et ils étaient les seuls, jusqu'à leur extermination au bout de 3 à 4 mois à voir ce qui se passait dans les chambres à gaz et autour d'elles.
Or Kremer dit bien qu'on se bouscule, qu'il y a donc pléthore, qu'il faut choisir, que tous ne peuvent y participer, en un mot, qu'on s'y porte volontaire. Donc, ce ne seront donc pas toujours les mêmes qui seront choisis !
Il n'est pas plus question ici d'un Sonder Kommando bien délimité. Alors, quelle pouvait bien être la tâche des détenus lors de l'arrivée d'un convoi ? Kremer ne le dit pas ! Nous aurons à revenir plus loin sur la discrétion de Kremer quant à des informations très précises, et quant au problème général de l'emploi du terme
Sonderaktion pour masquer celui de convoi de déportés. Mais à nous en tenir au texte, nous devons bien dire qu'aucune information ne nous est donnée.
Faurisson n'a peut-être pas tort quand il suggère qu'il pourrait entre autres s'agir du nettoyage des wagons. Des jours et des nuits dans des wagons sans toilettes, des cadavres abandonnés... un nettoyage
 ! et le train repartait pour d'autres convois. D'ailleurs Kremer ne s'en étonne nullement, il signale simplement cette ration supplémentaire pour l'occasion; ration bien maigre qui suscitait pourtant des bagarres, ce qui en dit long sur l'ordinaire des déportés.
S'il s'agissait donc d'un gazage, ce qui, je le rappelle, est impossible vu la construction de la phrase qui précède (
Sonderaktion aus Holland), nous serons en contradiction avec la thèse des SonderKommando, la thèse officielle qui traduit Sonderaktion par gazage.
Quant à l'hypothèse où
Sonderaktion signifierait seulement sélection, si l'on voit ce que des détenus (et je le redis, vue la ration, il ne peut s'agir de soldats) peuvent avoir comme rôle à tenir à l'arrivée du convoi, voire dans l'horrible crime d'un gazage, on ne voit pas pourquoi ils seraient indispensables à une sélection. Jamais la thèse officielle n'a d'ailleurs prétendu que des détenus participaient à la sélection. Autrement dit, il ne peut s'agir que d'un gazage ou d'une corvée à l'arrivée d'un convoi.
Tout à mes yeux indique qu'il s'agit d'une corvée, cette hypothèse ne viole ni la grammaire, ni le bon sens.
Supposons malgré tout qu'il s'agisse quand même d'un gazage. Peut-on imaginer vraiment les déportés se bousculant pour participer à un gazage au seul bénéfice d'une ration supplémentaire ? Certes, il y eut parmi les déportés des salauds qui ont joué un rôle important dans l'administration du camp et dans sa discipline, d'authentiques collaborateurs (ce dont bien des staliniens ex-déportés préfèrent ne pas se souvenir... ce que bien d'autres déportés leur reprochent...).
Mais de là à se bousculer pour participer à un gazage ! La thèse me paraît absurde. Insistons pourtant : admettons que la première fois on ait trouvé des volontaires ignorant tout de ce qu'on attendait d'eux, en aurait-on trouvé la seconde ? et les témoins des gazages ne seraient-ils pas plus nombreux ?
Aucune de ces hypothèses ne tient. Je conclus donc que cette information fournie par Kremer sur les « hommes » qui se bousculent pour participer à la
Sonderaktion est, après celle fournie par la grammaire, une preuve sûre qu'il ne peut s'agir d'un gazage.
Kremer ne fera plus de commentaires généraux sur les
Sonderaktionnen.
Il a dit dans son journal tout ce qu'il croyait avoir à dire là-dessus. Toutes les autres seront désormais simplement signalées, numérotées, avec des indications sur le temps qu'il fait quand il est mauvais.
Toutes sauf deux, les
Sonderaktionnen des 12 et 18 octobre.
Celle du 12 octobre est une « 
Sonderaktion aus Holland ». Kremer note « scènes
épouvantables près du dernier Bunker ».
Celle du 18 octobre est une
Sonderaktion (Holländer). On remarquera que quand il n'indique pas la provenance mais la nationalité ­ ce qui revient au même pour le sens ­ il n'utilise plus la relation grammaticale mais une simple parenthèse. Kremer commente « scènes épouvantables à propos de trois femmes qui implorent qu'on leur laisse la vie sauve ».
Il ne note pas comme précédemment
 : « comble de l'horreur » ­ point ­ « univers dantesque » ­point ­ il donne une précision : « derrière le dernier Bunker » et « trois femmes qui implorent pour leur vie ». A propos de ces deux Sonderaktionnen il s'est passé quelque chose de précis. Devant le « dernier Bunker » d'abord. Mais quoi ? Kremer n'écrit pas pour un lecteur, il écrit pour lui; et pour lui, « dernier Bunker » c'est suffisant. On fait toujours comme si le journal était tenu pour être publié. Non, telle n'était pas sa destination, et Kremer ne cherche pas à nous cacher quelque chose puisqu'il n'écrit pas pour nous ! Pour lui « dernier Bunker » est une référence lumineuse comme un Versaillais, lors des derniers combats de la Commune aurait pu se contenter d'écrire, pour lui, dans son journal, « scènes effroyables devant le mur du Père La Chaise ».
Certes, l'historien qui lit aujourd'hui le journal de Kremer se doit d'essayer de trouver par d'autres sources ce que cela peut désigner. Y avait-il un bunker spécial (autre que les fermettes transformées en chambres à gaz selon la thèse officielle) où des « scènes effroyables » autres que des gazages auraient pu se dérouler ? Et ce bunker pouvait-il être désigné comme « le dernier » ?
Ceci est un travail à entreprendre, ce que je ne demande qu'à faire si, un jour, un historien accepte qu'il y ait matière à travailler sur cette question de la « solution finale » !...
Pour l'heure, je m'en tiens au texte, à ce qu'il dit, à ce que l'on peut en comprendre sans échafauder d'hypothèses invraisemblables contraires à toutes les logiques, celle de la langue dans sa syntaxe ou sa sémantique aussi bien que la logique la plus élémentaire indispensable, au départ, à qui veut lire un texte.
Quant à la scène du 18 octobre, les raisons de l'horreur qu'elle inspire à Kremer sont dites : trois femmes implorent qu'on leur laisse la vie sauve; elles étaient donc condamnées à mort !
Mais arrêtons-nous un instant encore à la thèse qui veut que là encore il ne s'agisse pas de ce qui est dit, mais bien de ce qui n'est jamais dit : le gazage de tout un convoi. Trois femmes de ce convoi dont la presque totalité est condamnée à être gazée, trois femmes seulement protestent et Kremer, insensible au destin des dizaines de condamnés à mort, se révèle capable de relever l'horreur non du gazage collectif, mais de celui de trois femmes qui protestent et seront abattues !
Je le dis et le répète, à force de vouloir faire dire n'importe quoi à un texte, on en vient à dire n'importe quoi soi-même !

Conclusions sur les commentaires de Kremer
 :
Nous avons cru montrer que dans le journal de Kremer tout devient parfaitement clair si l'on admet que
Sonderaktion signifie convoi ou transport, alors que tout devient absurde, la grammaire et le contenu même du journal dans l'hypothèse ou l'on traduirait ce mot par gazage.
Même si nous admettions la traduction par gazage, le journal de Kremer contredit la thèse de l'existence des Sonderkommando, soutenue pourtant par les tenants de cette interprétation.
Je ferai cette dernière remarque
 : Kremer, comme tous ceux qui ont eu de près ou de loin une responsabilité dans les gazages, a reçu l'ordre nous dit-on (et dit-il dans ses aveux) de n'en surtout rien dire. C'était le secret absolu, le secret qui faisait régulièrement sacrifier les hommes des Sonderkommando pour qu'ils ne puissent jamais parler. Alors, si Kremer a assisté à des gazages, il n'en a rien, absolument rien dit, et son journal ne nous sert à rien. Mais nous faire croire qu'il utilise scrupuleusement ce mot Sonderaktion pour ne pas dire gazage, et qu'ensuite il irait complaisamment nous livrer une foule d'informations sur les scènes d'horreurs que seraient ces gazages, histoire de nous aider à deviner, c'est une absurdité de plus qu'on voudrait nous faire avaler.
Non Kremer parle bien de l'horreur, de celle dont tout détenu, russe, chilien, africain, chinois sait qu'elle existe, même sans chambre à gaz. Car même sans chambre à gaz, les camps de concentrations qui existent encore aujourd'hui sont bel et bien des lieux de mort.
Il y a des choses dont Kremer ne parle pas !
Bien sûr, il a respecté des consignes de secret (peut-être pas le mythique et absolu Secret des Secrets comme on voudrait nous le faire croire) mais des consignes routinières
 :
­
Ainsi il est étonnant que Kremer ne décrive jamais l'organisation d'Auschwitz, ses différentes activités. L'usine Buna par exemple qui fabriquait du caoutchouc synthétique.
­ Il ne dit rien du nombre des gardiens ni de celui des déportés. Seul chiffre, celui de 1.600 qu'il glisse à l'occasion d'un convoi.
­ Nous serions totalement incapable de reconstituer la vie du camp, son organisation, son fonctionnement d'après le journal de Kremer.
­ Nous avons cité ce registre des morts où l'on en dénombre 1.500 du 28 septembre au 2 octobre. Kremer, médecin tout de même, ne dit rien sur ce sujet pourtant officiel.
Il serait intéressant de comparer les pages de son journal pendant son séjour à Auschwitz avec celles de l'avant guerre, ou même de la guerre quand il n'est pas en service. Hors Auschwitz, il est bien plus prolixe, il donne des détails sur ce qu'il voit. A Auschwitz, il s'attarde seulement sur ses repas ou ce qui lui arrive personnellement. Cela veut-il dire que rien ici ne l'intéresse ? Point du tout, il demande à un collègue les dimensions du camp, et c'est comme cela que nous les apprenons. Non, discipliné, Kremer applique les consignes. Et même il est une information importante quand même, que nous ne trouverons pas dans le journal, c'est qu'à Auschwitz, il y avait des juifs
 ! et que les convois qui arrivaient étaient des convois de Hollandais, certes, mais de juifs hollandais. Pourtant Kremer écrit le mot juif avant et après son passage à Auschwitz. Il cite même un tract du parti socialiste que lui a montré un cordonnier et dont il dit « d'après ce tract, nous aurions exterminé deux millions de juifs par le gaz et par balles ». Alors, s'il avait lui-même vu un gazage, pourquoi ce conditionnel ? Mais surtout, pourquoi alors y faire seulement allusion, même des mois plus tard, et sans le moindre commentaire ? C'est que le conditionnel en tient lieu !
Non, ce qu'il fallait cacher, c'était la déportation des juifs dans les camps. On n'a jamais dit officiellement à la population allemande qu'on déportait les juifs dans des camps de concentration. On faisait passer Theresienstadt pour une ville juive en partie asile de vieillards. On faisait croire que certes on éliminait les juifs des villes allemandes, mais que c'était pour les installer à l'Est, dans un territoire bien à eux.
Tenir compte de l'opinion, Goebbels et Himmler en parlent. Goebbels se plaint de ces milieux intellectuels de Berlin qui protestent contre l'attitude du régime à l'égard des juifs. Himmler dénonce l'inconséquence des Allemands qui veulent se débarrasser des juifs en général, mais pas du leur qui, lui, est bon. Bientôt, dit-il, j'aurai 80 millions de juifs à épargner, chaque Allemand ayant le sien qu'il tient à protéger.
D'où, pour masquer la déportation dans les camps, l'utilisation pour la désigner de termes comme « traitement spécial, action spéciale = Sonderbehandlung,
Sonderaktion », qui ne veulent absolument rien dire, mais qui, avant tout, sont là pour cacher le phénomène global de la déportation qui inclut bien sûr la notion de convoi puisque déportation veut d'abord dire déplacement.
Cette hypothèse que je ne livre que comme telle reste bien sûr à travailler (décidément, que de choses à travailler encore en ce domaine où tout aurait pourtant déjà été dit et démontré...)
Ce qui me semble pourtant certain (car je n'ai pas que des doutes), c'est que dans le journal de Kremer,
Sonderaktion ne signifie ni gazage ni sélection, et que Kremer a fait de faux aveux.

***



Alors, y a-t-il jamais eu de chambre à gaz à Auschwitz ? Je n'en sais rien, j'ai de sérieux doutes, mais en l'étape actuelle, je ne l'affirmerai pas avant d'avoir passé au crible les autres preuves de leur existence, dont les Mémoires de Filip Müller, membre des Sonderkommando, et le Journal de Höss. Mais, de toute façon, la preuve Kremer a, pour moi, fait long feu. Je n'irai pas jusqu'à dire que l'inexistence des chambres à gaz pourrait être établie par la preuve « Procès stalinien »
 : un procès stalinien (à Cracovie) a prouvé l'existence des chambres à gaz, or, les procès stalinien ont toujours contredit la vérité... Donc...
Non, je tâcherai, comme pour l'analyse du journal de Kremer, de laisser toute idéologie de côté, pour tenter, dans un premier temps, de m'en tenir aux faits. Je crois cependant qu'il serait possible que j'en arrive à la certitude qu'il n'y a jamais eu de chambres à gaz et qu'Hitler n'a jamais donné cet ordre secret d'exterminer tous les Juifs.


NOTES COMPLÉMENTAIRES SUR LE JOURNAL DE KREMER



1) Il est bien sûr possible que je me trompe dans ma lecture du journal de Kremer. Mais dans la mesure où je la fonde sur une série d'arguments en particulier linguistiques il est possible de me répondre par des contre-arguments. C'est ainsi que s'élabore pour moi un discours « scientifique ».
J'ai d'ailleurs moi-même déjà découvert quelques erreurs dans mon texte, des détails qui ne changent rien quant au fond... et j'ai trouvé d'autres faits qui par contre renforcent mon interprétation, ceci à la lecture d'autres documents (dont par exemple un plan d'Auschwitz I qui montre que le block 11, celui des condamnés à mort, ou le block 29, celui où l'on faisait des piqûres de phénol sont bien « les derniers »). Les contradictions que je relève entre le journal de Kremer et ses aveux, doivent aussi être analysées à la lumière d'autres documents et d'autres « aveux » portant sur les mêmes faits à la même période.
2) Si mon interprétation de « 
Sonderaktion aus Holland » est juste, cela veut dire que dans ce cas Sonderaktion ne peut signifier gazage ou sélection.
Je ne dis pas qu'il n'y a pas eu gazage à Auschwitz; je ne dis même pas que ce mot ne peut, aussi, signifier gazage par ailleurs. Simplement
Sonderaktion n'a pas que ce sens. Et quand Kremer dit « Sonderaktion aus Holland » : c'est un autre sens que gazage que ce mot a ici. Et cela uniquement pour des raisons grammaticales.

Si Kremer n'avait jamais écrit « 
Sonderaktion aus Holland », savoir s'il parle de gazage ou non n'aurait pu se faire qu'en analysant les commentaires qu'il fait par la suite. Mon interprétation de ces commentaires se serait opposée à celle de Vidal-Naquet aussi bien qu'à celle de Faurisson sans que l'on puisse en toute certitude (autant que faire se peut) trancher pour l'une ou pour l'autre en s'en tenant uniquement au journal.
Mais dans la mesure où Kremer écrit « 
Sonderaktion aus Holland » (à moins qu'on ne me propose une lecture possible linguistiquement, où ce mot pourrait, dans ce contexte, signifier gazage ou sélection), je dis  : qu'importe le commentaire, horrible ou non, qui suit, l'expression « Sonderaktion » suivie de « aus Holland » ne peut signifier gazage.
3) Si l'on veut que le commentaire, parce qu'il parle de scènes dantesques, atroces... désigne le gazage, il faut admettre qu'il ne se rapporte pas directement à la phrase précédente dans laquelle se trouve le mot
Sonderaktion, mais à autre chose que Kremer ne nomme pas.
Encore une fois, mon analyse s'en tient au départ au sens possible de
Sonderaktion dans une phrase et uniquement dans cette phrase.
Kremer dans ses aveux dit que
Sonderaktion signifie une seule chose  : le gazage. Pour moi, c'est impossible et en contradiction avec ce qu'il écrit dans son journal.
4) Kremer a fait des aveux, a été condamné à mort, puis gracié, enfin libéré au bout de dix ans et renvoyé en Allemagne Fédérale.
Si ses aveux lui ont été extorqués, pourquoi rentré en Allemagne n'est-il pas revenu sur ses « aveux » ? Cette question m'a intrigué, d'autant plus qu'il a été rejugé en Allemagne.
Or dans le livre Auschwitz vu par les SS, l'auteur de la préface Jerzy Rawicz nous dit, parlant de Kremer, la chose suivante
 : « Dans la prison polonaise, comme d'autres détenus nazis, il était un prisonnier modèle et humble, il change comme par enchantement dès qu'il a franchi la frontière de la B.R.D. [Allemagne fédérale] Il commence à jouer les martyrs de la cause allemande, en essayant d'attirer l'attention sur sa personne. Ce n'était pas très intelligent, Kremer n'a jamais été très malin. Comme résultat de cette auto-propagande on le refit passer devant un Tribunal qui le condamna à dix ans de prison, en tenant compte de la peine déjà faite en Pologne. Il ne retourna pas en prison, mais ce jugement eut un résultat important en ce qui le concerne : on lui retira son titre de Docteur, l'université de Münster ne pouvant tolérer dans ses rangs un criminel de guerre notoire ». Fin de citation.
Kremer a donc bien tenté quelque chose; mal lui en a pris... Que se serait-il passé s'il avait maintenu ses dénégations devant le Tribunal ? Je pense qu'on ne l'aurait pas cru et qu'il aurait fait ses dix ans.
Se pose la question
 : pouvait-on en Allemagne en 1958 et peut-on même aujourd'hui reposer officiellement le problème des chambres à gaz ? A voir ce qui passe en France, je réponds catégoriquement non.
5) Hypothèse sur le sens de « 
Sonderaktion » en général et pas seulement dans le journal de Kremer.
Dans le journal de Kremer, je dis que ce que recouvre ce terme, c'est l'arrivée d'un convoi de déportés. Mais je pense qu'en fait sous ce vocable, c'est l'ensemble du processus de la déportation en ce qui concerne les juifs, de la mise dans des camps de concentration, de la vie concentrationnaire même, qui est visé
 : ainsi de la rafle jusqu'au gazage (si gazage il y a eu) ce sont des Sonderaktionnen ou des moments de la Sonderaktion.
Ce qu'il faut donc repérer dans un document si cela est possible, c'est
 : à quel moment du processus nous nous trouvons.
Si un officier écrit dans son journal
 : « présent à une action spéciale en Hollande, scènes dantesques » ou  : « présent à une action spéciale vers l'Allemagne scènes dantesques », nous pouvons en conclure qu'il se trouve au début du processus de la déportation. Si comme Kremer il écrit : « présent à une action spéciale en provenance de Hollande » je dis qu'il se trouve au terme de la partie convoi, transport du processus.
Je n'exclus nullement qu'il puisse encore y avoir une étape ultérieure et définitive, le gazage.
Mais cette étape finale, le gazage en tant qu'action n'a plus rien à voir avec l'origine, ici la Hollande. Je dis bien l'action de gazer, et non les gens que l'on gaze.
Or, encore une fois, c'est l'action que Kremer met en relation avec la Hollande et non les gens.
L'action de gazer commence et finit à Auschwitz. Même pas, l'action commence et finit dans la chambre à gaz. L'action de gazer n'a pas de provenance.

6) Remarques linguistiques.
Prenons la phrase
 : «  J'ai vu des avions bombarder un convoi en provenance de Hollande ».
Remplaçons « des avions bombarder un convoi » par « bombardement ».
Cela donne
 : « J'ai vu un bombardement ».
Je suis obligé de supprimer « en provenance de Hollande » puisque j'ai supprimé le terme « convoi » auquel il se rapporte. Si je le laisse, cela donne
 : « J'ai vu un bombardement en provenance de Hollande », ce qui a un tout autre sens. Ce n'est plus le convoi qui provient de Hollande mais ce sont les avions. C'est l'action de bombarder qui vient de Hollande.
Quand Kremer écrit donc
 : action spéciale en provenance de Hollande, c'est bien l'action qui provient de Hollande. Ici l'action étant justement le convoi lui-même et non une action sur un convoi.

7) On me dit « fort bien,
Sonderaktion ici signifie convoi en provenance de Hollande » mais il faut ajouter « destiné à être gazé ». Peut-être bien, je n'ai nullement exclu qu'après l'arrivée on gazait les gens.
Je dis simplement que cette action de gazage n'est pas le moment dont parle Kremer quand il dit « 
Sonderaktion aus Holland ».
Le commentaire lui peut-il s'appliquer à ce qui va arriver, ou est-il le commentaire de ce à quoi assiste Kremer quand il parle de « 
Sonderaktion aus Holland » et qui n'est pas le gazage ?
Même quand on exprime clairement la suite d'un événement auquel on assiste, même si cette suite est atroce en elle-même, si rien dans la phrase n'indique que l'on ne parle plus de ce à quoi on assiste mais à la suite nous rapportons le commentaire à l'événement auquel on assiste.
« J'ai assisté au réveil d'un homme qui va être exécuté. Spectacle horrible ». Nous rapportons ce « spectacle horrible » au réveil et non à l'exécution pourtant plus horrible. Si nous n'exprimons pas la suite en toute lettre, cela devient encore plus absurde, de vouloir faire dépendre un commentaire de la suite d'un événement, suite dont on ne parle absolument pas. Si Kremer avait écrit « Présent à une action spéciale en provenance de Hollande » suivi de « scènes horribles » alors oui on sait qu'il parle d'autre chose.
Ou bien si comme à propos des actions spéciales du 12 et du 18 octobre il précise l'horrible soit par un lieu « derrière le dernier Bunker » qui n'est donc plus l'arrivée elle-même mais un événement qui lui fait suite, soit quand il dit « à propos de trois femmes qui implorent qu'on leur laisse la vie sauve ».
Là encore, il précise qu'il ne s'agit pas de la « 
Sonderaktion » elle-même.

8) Mais se pose la question
 : l'arrivée en tant que telle peut-elle (sans référence à un gazage) se caractériser comme une scène dantesque.
Dans Tragédie de la déportation, témoignages des survivants choisis et présentés par Olga Wormser et Henry Michel, dans le chapitre « L'arrivée au camp », page 55 se trouve le texte suivant
 :


a) Il y avait donc bien des déportés à l'arrivée des convois... cf le passage de Kremer sur la ration spéciale.
b) Le spectacle décrit ici peut-il être décrit comme dantesque ?
c) Si l'on trouve déjà des morts avant que les gens n'entrent dans le camp, si ce camp est en proie à une épidémie de typhus qui provoque des centaines de morts par jour, est-il absurde de dire
 : « ce n'est pas en vain qu'on appelle Auschwitz le camp de la mort » ?
9) Acte moralement horrible
­ Spectacle horrible ­
Le gazage est un acte criminel atroce. Mais tous les témoignages disent qu'à quelques exceptions près, ceux qui devaient être gazés ne le savaient pas et entraient dans les chambres à gaz comme on entre dans des douches.
Kremer qui dans ses « aveux » a dit qu'il assistait de loin à ces scènes et n'a jamais vu ce qui se passait dans les chambres à gaz, assiste-t-il à un spectacle horrible ou à un acte moralement horrible ?
Or ce qu'il décrit c'est un spectacle, une chose vue, et de ce point de vue l'arrivée, indépendamment du gazage, est en tant que vision plus atroce que celui-ci.
Ceci est d'ailleurs confirmé par la note dans laquelle Kremer parle de « scènes atroces » à propos de trois femmes qui implorent qu'on leur laisse la vie sauve.
Même si on acceptait la thèse du gazage, ce qui frappe Kremer c'est le spectacle de ces trois femmes.
Or, comment peut-on induire de ce qu'il dit à propos de ces trois femmes qu'il s'agit d'un gazage ? En se référant non plus au commentaire, mais au mot
Sonderaktion dont on dit qu'il signifie gazage, ce que nous avons mis en doute.
Conclusion
 : le terme Sonderaktion ne peut signifier gazage. Et le commentaire indique qu'il s'agit de spectacles horribles, dont l'arrivée ou le spectacle des « musulmans » ou des femmes qui implorent qu'on leur laisse la vie sauve rendent parfaitement compte bien plus que les prétendus gazages.
Je le redis
 : rien n'indique que Kremer condamne un acte moralement horrible. Tout indique au contraire qu'il décrit un spectacle visuellement horrible.

10) Le spectacle de l'arrivée, celui des musulmans, des femmes qui implorent, Kremer les commente, pourquoi pas les exécutions auxquelles il assiste ou les séances de bastonnades ?
Que moi, G. Cohn, je ne puisse assister à une exécution capitale, telle qu'on la pratique aujourd'hui en France est une chose. Pourtant des procureurs, qui ne sont pas des sadiques nazis, qui ont déjà assisté à l'exécution de la peine capitale, la requièrent encore.
Une condamnation même capitale entre dans une norme que l'on peut accepter ou refuser.
Mais l'arrivée d'un convoi, ou le spectacle des musulmans est pour lui du moins les premiers jours hors norme... et rien n'indique que cela deviendra pour lui une norme.
D'autre part, une exécution qui entre dans une norme, peut devenir un spectacle « horrible » même pour celui qui accepte disons la peine capitale, en fonction de l'attitude du condamné. Ce qui sera donc « horrible » pour certains procureurs partisans fervents de la peine de mort, ce seront les supplications du condamné, et non l'exécution elle-même.



Brochure (photocopie) de 19 pages. « Imprimé par mes soins : COHN-BENDIT Gabriel, 301 Bd Laënnec 44600 St Nazaire.
Non daté. Probablement 1981. Les bizarreries de style et de grammaire sont à mettre au compte de l'auteur
.


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