[35]
Si nous examinons maintenant un à un les différents documents censés démontrer la réalité du mythe d'Auschwitz, nous constatons que, pour les juristes, la chaîne des indices n'est pas sans présenter des maillons manquants. Encore les indices eux-mêmes ne sont-ils aucunement concluants (1).
Quant aux historiens, les documents dont ils disposent n'ont pu à ce jour apporter la moindre preuve du gazage des juifs; dans ce cas, comme le dit l'historien britannique David Irving, les historiens n'ont pas le droit de procéder à des spéculations (2).
J'ai tenté ici de classer les documents par rubriques et par ordre d'importance. Rares sont les témoignages de gens qui affirment avoir vu des chambres à gaz à Auschwitz-Birkenau. Les récits existants sont douteux, contradictoires. C'est à peine si on osait encore s'y référer après la guerre. Quand c'était le cas, on se contentait d'en publier de courts extraits.
1. Le décret de Göring, du 31 juillet 1941
Dans la quasi-totalité des ouvrages consacrés à l'holocauste comme document de base, un décret du Maréchal Her-
[36] mann Göring, daté du 31 juillet 1941, document qui serait à rapprocher d'hypothétiques entreprises d'anéantissement envisagées à une date antérieure, déjà partiellement réalisées, et qui auraient culminé à Auschwitz. Ce document fut présenté au procès de Nuremberg. En voici le texte (3):
Berlin, le 31.7.1941
Le Reichsmarschall Göring du Grand Reich allemand
Chargé du Plan de Quatre Ans
Président du Conseil des Ministres pour la Défense du Reichau Chef de la Police de Sûreté
et du Service de Sécurité, le SS-Gruppenführer Heydrich
à Berlin.En complément de la tâche qui vous a déjà été assignée par décret du 24.1.1939, à savoir d'obtenir pour la question juive, par la voie de l'émigration ou de l'évacuation, la solution la plus avantageuse possible eu égard aux circonstances, je vous charge par la présente de procéder à tous les préparatifs nécessaires sur le plan de l'organisation et des questions concrètes et matérielles pour aboutir à une solution d'ensemble (Gesamtlösung) de la question juive dans la zone d'influence allemande en Europe. Pour autant que les autorités compétentes d'autres instances centrales se trouvent ici concernées, elles auront à coopérer avec vous.
Je vous charge en outre de me soumettre rapidement un projet d'ensemble (Gesamtentwurf) portant sur les mesures d'organisation et les dispositions concrètes et matérielles pour réaliser la solution finale, à laquelle nous aspirons, de la question juive (angestrebte Endlösung der Judenfrage).
Signé: Göring
Le procureur de Nuremberg, Robert M.W.Kempner,
exprime ici son opinion comme si elle relevait d'une simple évidence(4):
Par ces lignes, Heydrich et ses collaborateurs étaient officiellement chargés du meurtre légal [des juifs].
Une remarque surprenante pour tout lecteur non averti: nulle part le décret ne fait mention d'un projet d'assassinats. Le texte révèle qu'il s'agissait des mesures nécessaires à l'émigration des juifs ou à leur évacuation en dehors des territoires européens sous influence allemande. Ce document ne devient synonyme de plan d'extermination que s'il est donné à l'expression «solution finale» une interprétation du même ordre(5). Ce qui est totalement arbitraire. Dans son mémoire sur «La solution finale et l'empire allemand de l'Est», qui est paru en 1972 dans les Vierteljahreshefte für Zeitgeschichte, Andreas Hill-
[37] gruber assimile la «solution finale» à l'extermination de tous les juifs, qu'il affirme être l'élément central du programme raciste du parti national-socialiste (6). Ni lui ni personne n'éprouve le besoin d'établir quand et en quelle occasion cette signification hasardeuse de l'expression a été constatée et surtout qui l'a introduite. Heydrich, auquel le décret était adressé, était depuis longtemps déjà chargé d'organiser l'émigration des juifs hors du territoire du Reich, un domaine dirigé par le bureau IV B4 de l'Office Central de la Sûreté du Reich (Reichssicherheitshauptamt [RSHA]), bureau placé sous le commandement du lieutenant-colonel Eichmann. Pour les exterminationnistes, cette fonction n'aurait été qu'un tremplin destiné à lui faciliter l'exécution de la tâche qui lui était impartie (7). Ils affectent ainsi d'ignorer que le décret de Göring s'inscrivait tout naturellement dans le cadre de la mission dont Heydrich avait été investi. Ce qui les amène à conclure que le décret de Göring n'aurait eu en fait qu'une valeur formelle. A cette date en effet, le processus conduisant à la «solution finale» aurait déjà été engagé sur un ordre d'Hitler à Himmler. Ce document formel aurait simplement accordé à Heydrich les pleins pouvoirs en lui permettant de s'adjoindre «d'autres services, notamment des services de l'État» (8).
Tout se passe comme si le décret de Göring était à même de prouver un plan d'extermination alors même que son libellé et sa teneur conduisent à de tout autres conclusions. Les exterminationnistes n'expliquent pas d'ailleurs comment Göring a pu être amené à donner son «feu vert» à l'exécution d'un ordre d'Hitler à Himmler!
Le décret ainsi présenté ne satisfaisait visiblement pas le Procureur Jackson. En faisant retraduire en allemand la version anglaise, il prit soin, en plus d'autres changements, de remplacer dans le premier paragraphe l'expression «solution d'ensemble» (Gesamtlösung) par «solution finale» (Endlösung), ce qui rendait le document évidemment plus conforme aux thèses de l'accusation. Cependant, Göring s'éleva énergiquement et avec succès contre cette falsification (9). Depuis lors, seul est admis le texte reproduit ci-dessus, reconnu par Göring.
Le véritable objet du décret nous est livré très clairement par
[38] son premier paragraphe: la politique d'émigration ou d'évacuation pratiquée jusqu'ici par le gouvernement du Reich vis-à-vis des juifs allemands doit désormais s'étendre à tous les juifs établis dans la sphère d'influence allemande en Europe. Dans la mesure où cette zone d'influence allait croissant, les mesures prises jusqu'alors contre les juifs en Allemagne ne pouvaient constituer qu'une solution partielle. D'où la nécessité d'une «solution d'ensemble» qui tienne compte de la situation. Il est possible que les discours provocateurs et incendiaires prononcés par les différents chefs du judaïsme mondial contre le Reich (10) aient contribué à faire apparaître, dans l'optique des dirigeants du Reich, les juifs résidant dans les territoires occupés en 1940/1941 comme des dangers pour la sécurité. Les mesures d'évacuation envisagées à l'encontre de tous les juifs européens visaient à les éloigner des différents territoires occupés par l'Allemagne puisqu'une émigration massive n'était plus guère possible.
Heydrich devait donc, «en complément» des directives déjà reçues, poursuivre (11) maintenant à l'échelon européen la politique d'émigration et d'évacuation pratiquée jusqu'ici (12). En cela, le décret n'apportait aucun élément nouveau. Par contre, Heydrich était désormais habilité à s'assurer la collaboration d'autres services concernés par lesdites mesures.
Heydrich restait chargé de la résolution de la question juive. Seules les circonstances avaient changé: il devait en tenir compte. Le déclenchement de la guerre avait fIxé des limites étroites à la politique d'émigration qui avait eu la priorité jusqu'alors. Les pays d'accueil acceptaient de plus en plus mal l'arrivée de nouveaux contingents d'émigrés juifs. La conférence d'Évian, en juillet 1938, était symptomatique de cet état de fait: les États participant à cette conférence ne firent que donner les motifs pour lesquels ils ne pouvaient pas ou ne pouvaient plus recevoir de juifs (13). La politique d'émigration fut néanmoins poursuivie en fonction des circonstances, comme le confirme l'historienne juive allemande Hannah Arendt. Hitler n'a dû mettre un terme à la politique d'émigration (14) qu'en automne 1941. Encore y eut-il bien des exceptions. Jürgen Rohwer a établi qu'en 1944 plusieurs navires d'émigrants ont quitté la Roumanie par la Mer Noire sous la protection de la
[39] marine de guerre allemande (15). Ces faits contredisent l'existence d'un plan d'extermination. Chaque émigré juif est un témoignage vivant de l'inexistence d'un plan d'anéantissement physique du peuple juif.
A côté de l'émigration, un autre projet était né bien avant la guerre: l'établissement de tous les juifs sur un territoire déterminé; c'est d'ailleurs ce que l'on entendait sous le terme "évacuation". Le gouvernement du Reich avait repris l'idée du fondateur du mouvement sioniste, Théodore Herzl. En 1938, il émit pour la première fois l'idée que Madagascar pourrait être ce territoire (16). La plupart des écrivains exterminationnistes ont estimé que le projet ne devait pas être pris au sérieux (17). A l'époque, Madagascar était colonie française. Après la défaite française, le projet prit plus de consistance. Finalement, il échoua en raison de l'opposition du gouvernement de Vichy (18).
Par contre, les territoires acquis à l'est offraient des perspectives nouvelles d'évacuation des juifs allemands et européens. Il n'est pas impossible que Göring y ait songé en rédigeant son décret. Ce qui explique du même coup pourquoi Heydrich reçoit l'ordre de "soumettre rapidement un projet global portant sur les mesures d'organisation et les dispositions concrètes et matérielles pour réaliser la solution finale, à laquelle nous aspirons, de la question juive". Le concept de solution finale recouvrait déjà l'autre idée, celle d'un établissement des juifs sur un territoire déterminé. Dès 1933, un juriste de renom, le Professeur Dr Johann von Leers, écrivait dans son livre 14 Jahre Judenrepublik(19):
Aussi radicale qu'ait pu être notre action, nous avons toujours combattu le judaïsme non pas pour anéantir le peuple juif, mais pour protéger le peuple allemand. Nous avons toutes les raisons de souhaiter au peuple juif qu'il réussisse à constituer une nation authentique, sur son propre sol, pourvu qu'il n'ait pas la volonté ni la possibilité de continuer à entraver le développement de l'Allemagne. La haine des juifs est en elle-même stupide, voire véritablement barbare. L'inimitié que nous éprouvons envers eux est fondée sur notre désir de sauver notre peuple d'un asservissement spirituel, économique et politique au judaïsme. Aussi longtemps qu'elle ne s'allie pas à des projets de domination mondiale, l'idée centrale du sionisme, l'organisation politique sur une même terre d'un peuple juif jusqu'ici disséminé parmi les peuples, est saine et juste. Plutôt que de se léguer de siècle en siècle le problème juif sans jamais y trouver de solution, les peuples européens feraient
[40]
bien de se défaire de leurs communautés juives pour les installer sur une terre de peuplement salubre, vaste, et située en dehors de l'Europe.
Telle était la position d'un national-socialiste de renom vis-à-vis de la question juive. Personne ne pourra prétendre que dans les lignes qui précèdent ait été exprimé le moindre embryon d'un plan d'extermination des juifs. Les encouragements prodigués en faveur du projet de Madagascar avant le déclenchement des hostilités et pendant la première année de guerre montrent que cette vision était partagée par le gouvernement du Reich.
Heydrich, qui est toujours présenté comme un chaud partisan de l'anéantissement des juifs, se rangeait visiblement à cette opinion. Le 24 juin 1940, il informait Ribbentrop de son désir de participer à toute conférence à venir portant sur la solution finale de la question juive. Heydrich déclarait textuellement (20):
Le problème global posé par la présence actuelle de quelque 3 millions 1/4 de juifs sur les territoires placés aujourd'hui sous la souveraineté allemande ne peut plus être résolu par l'émigration; une solution finale territoriale devient dès lors nécessaire.
Sans doute vers le mois de mai 1940, Himmler avait adressé un mémoire (non daté) à Hitler (21):
J'espère voir la question juive définitivement réglée grâce à l'émigration de tous les juifs vers l'Afrique ou dans une colonie.
Fait significatif, Himmler, dans le même document, repousse expressément la pensée de l'extermination physique d'un peuple, extermination qu'il rejette «du plus profond» de lui-même «car incompatible avec l'esprit germanique et inconcevable». Hitler est dit avoir trouvé ce mémoire «excellent et juste» (22). Il aurait fait sien le projet d'«évacuation des juifs en dehors de l'Europe» (23). D'après les «Tischgespräche», propos de table d'Hitler, du Dr Henry Picker, dont l'authenticité, l'exactitude et l'objectivité n'ont pas été mis en doute à ce jour, Hitler était encore partisan de ce projet à la date du 24 juillet 1942, une fois que la guerre serait terminée (24).
Les propos de Heydrich, qui font expressément référence à la «solution finale», témoignent en tout cas du lien existant
[41] entre ce concept et le plan d'établissement des juifs sur un territoire qui leur aurait été assigné, et qui leur aurait permis de se constituer en communauté et en État. Là résidait en fait, pour les dirigeants nationaux-socialistes, dont nous avons extrait les déclarations, la clef de la solution finale de la question juive.
Il n'existe aucun propos de ce type autorisant l'amalgame entre la notion de solution finale et celle d'extermination du peuple juif. Les dirigeants nationaux-socialistes partageaient l'intention sioniste et la revendication d'un État spécifiquement juif à ceci près que les aspirations sionistes étaient orientées uniquement vers la Palestine.
Le concept de solution finale a gardé ce sens, il est aisé de le démontrer, postérieurement à la conférence de Wannsee, dont on nous dit qu'elle aurait scellé le destin des juifs et où aurait été discuté le détail de l'extermination. C'est en effet le sens que lui donne le responsable de la section Deutschland III du Ministère des Affaires Étrangères, Rademacher, dans une lettre officielle du 10.2.1942(25):
Entre-temps, la guerre contre l'Union Soviétique nous a permis de disposer de nouveaux territoires pour la solution finale. En conséquence, le Führer a décidé de déplacer les juifs non pas vers Madagascar, mais vers l'est. Ainsi, il n'est plus besoin d'envisager Madagascar pour la solution finale.
Il est tout à fait clair que l'expression «solution finale» dans ce contexte ne peut s'appliquer qu'à un transfert en bloc des juifs sur un territoire déterminé. Parler ici, comme le fait Reitlinger, de « fiction» ou de «camouflage», est un non-sens prouvant simplement son étroitesse d'esprit et sa partialité (26).
Les circonstances, mais également le contenu même du décret de Göring, n'offrent pas le moindre indice permettant de supposer que Heydrich ait été chargé du «meurtre légal» des juifs, comme le prétend le procureur américain de Nuremberg Robert M. W. Kempner (voy. ci-dessus, p.36). En marge de ce qui vient d'être dit, une remarque s'impose: la thèse de l'extermination des juifs se heurte d'emblée à un obstacle de poids: à aucun moment en effet, le gouvernement du Reich n'a été en mesure de la matérialiser, ne fût-ce que partiellement. Sur une population mondiale de presque 16 millions de juifs au début de la guerre (27), le nombre de ceux qui
[42] vivaient dans la zone d'influence allemande
au temps de sa plus large expansion s'élevait soit à
trois millions environ, comme l'a montré Harwood (28),
soit à un chiffre certainement inférieur à
celui de six millions. Le journal hébraïque de New
York Der Aufbau du 30 juin 1965 a affirmé qu'à
cette date 3,375 millions de personnes avaient effectué
des demandes de réparation au titre des «dommages
subis» pendant la guerre (29). Tout commentaire me semble
superflu.
2. Le "procès-verbal de Wannsee"
Parallèlement au décret de Göring, on présente, pour soutenir la thèse de l'extermination, le procès-verbal d'une conférence qui a dû se tenir le 20 janvier 1942 sous la présidence du Chef de la Police de Sûreté et du Service de Sécurité (SD), le SS-Obergruppenführer Heydrich à Berlin, à la villa du 56/58 Gross Wannsee. Participaient à cette conférence de nombreux secrétaires d'État, ainsi que de hauts fonctionnaires des services dont la compétence intervenait dans la solution globale de la question des juifs européens. L'écrit habituellement désigné sous les termes de «procès-verbal de Wannsee» a été présenté par le procureur Robert M.W.Kempner au procès, sous direction américaine, des membres de la Wilhelmstrasse (Ministère allemand des Affaires Étrangères) sous la cote NG-2586. Il est reproduit ci-dessous mot à mot. Il s'agit d'un fac-similé emprunté à Robert M. W. Kempner, Eichmann und Komplizen, Europa, Zürich--Stuttgart--Vienne, 1961(30):
[43]
[Page 1 de l'original]
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30 copies
16e copie
I. Ont participé à la conférence qui a eu lieu le 20.1.1942 à Berlin, Am Grossen Wannsee n· 56/58, au sujet de la solution finale de la question juive:
Gauleiter Dr Meyer et Reichsamtsleiter Dr Leibbrandt -- Ministère pour les Territoires Occupés de l'Est
Secrétaire d'État Dr Stuckart -- Ministère de l'Intérieur
Secrétaire d'État Neumann -- Chargé d' Affaires pour le Plan de Quatre Ans
Secrétaire d'État Dr Freisler -- Ministère de la Justice
Secrétaire d'État Dr Bühler -- Administration du Gouverneur Général [de Pologne]
Sous-Secrétaire d'État Luther -- Ministère des Affaires Étrangères
SS-Oberführer Klopfer -- Chancellerie du Parti
Directeur de Cabinet Kritzinger -- Chancellerie du Reich
D. III. 29. g. Rs.
[Page 2]
SS-Gruppenführer Hofmann -- Office Central pour la Race et la Colonisation
[44]
SS-Gruppenführer Müller -- Office Central de la Sûreté
du Reich
SS-Obersturmbannführer Eichmann -- Office Central de la Sûreté du Reich
SS-Oberführer Dr Schöngarth, Commandant en Chef de la Police de Sûreté et du Service de Sécurité du Gouvernement Général [de Pologne] -- Police de Sûreté et Service de Sécurité
SS-Sturmbannführer Dr Lange, Commandant de la Police de Sûreté et du Service de Sécurité pour le District Général de Lettonie, représentant du Commandant en Chef de la Police de Sûreté et du Service de Sécurité au Commissariat du Reich de l'Ostland -- Police de Sûreté et Service de Sécurité
II. Le Chef de la Police de Sûreté et
du Service de Sécurité, le SS-Obergruppenführer
Heydrich, a ouvert la conférence en faisant part de sa
nomination par le Reichsmarschall [Göring] au poste de responsable
chargé de la préparation de la solution finale de
la question juive en Europe et indiqué que l'objet de cette
conférence était de faire la clarté sur des
questions de principe. Pour répondre au désir du
Reichsmarschall de se voir remettre un projet sur les questions
d'organisation et sur les questions concrètes et matérielles
posées par la solution finale de la question juive en Europe,
toutes les administrations centrales directement intéressées
à ces questions doivent se concerter au préalable
pour coordonner leur action.
[Page 3]
C'est le Reichsführer-SS et Chef de la Police allemande (Chef de la Police de Sûreté et du Service de Sécurité) [Himmler] qui sera responsable de l'ensemble des mesures nécessaires à la solution finale de la question juive, sans considération de limites géographiques.
Le Chef de la Police de Sûreté et du Service de Sécurité [Heydrich] a donné ensuite un bref aperçu du combat mené jusqu'ici contre cet adversaire. Les phases essentielles en sont:
[45]
Pour arriver à ces fins, la seule possibilité provisoire de solution a été d'accélérer et d'entreprendre de façon systématique l'émigration des juifs hors du territoire du Reich.
Sur l'ordre du Reichsmarschall on a constitué en janvier 1939 un Service Central du Reich pour l'Émigration juive, à la direction duquel a été placé le Chef de la Police de Sûreté et du Service de Sécurité [Heydrich]. Ce service avait en particulier pour mission:
Le but était de nettoyer
l'espace vital allemand de ses juifs par la voie légale.
[Page 4]
Tous les services se rendaient parfaitement compte des inconvénients qu'entraînait une telle accélération de l'émigration et qu'il fallait toutefois accepter en l'absence d'autres possibilités de solution.
Les travaux d'émigration devenaient par la suite un problème non seulement pour les Allemands, mais aussi pour les autorités des pays de destination ou d'immigration. Les difficultés financières, comme la majoration des sommes de cautionnement ou de débarquement exigées par les différents gouvernements étrangers, le manque de places sur les bateaux, les restrictions toujours plus sévères dans la délivrance des visas, voire leur suspension, ont rendu extraordinairement difficile cette politique d'émigration. En dépit de ces difficultés, nous avons organisé, depuis la prise du pouvoir jusqu'à l'échéance du 31.10.1941, l'émigration d'environ 537 000 juifs. A savoir:
Le financement de l'émigration était assuré par les juifs ou par les organisations politiques juives elles-mêmes. Pour éviter que ne restent sur place les juifs prolétarisés, on est parti du principe de faire financer par les juifs aisés l'émigration des juifs sans ressources; en proportion de chaque fortune, on a créé un impôt correspondant ou une taxe d'émigration pour régler les charges financières dues à l'émigration des juifs sans ressources.
[Page 5]
Outre les subventions en Reichmarks, des devises ont été nécessaires pour les sommes de cautionnement et de débarquement. Afin d'épargner les réserves allemandes de devises, les institutions financières juives à l'étranger ont été mises à contribution à travers les organisations juives allemandes pour collecter les devises nécessaires. Par ce système, les juifs étrangers ont avancé à titre de dons jusqu'à la date du 30.10.1941 la somme globale de 9 500 000 dollars.
Entre-temps, le Reichsführer-SS et Chef de la Police Allemande [Himmler] a interdit l'émigration des juifs, vu les dangers d'une émigration en temps de guerre et les possibilités qui s'offraient à l'est.
III. Avec l'autorisation préalable du Führer, l'émigration a dès lors laissé place à une autre possibilité de solution: l'évacuation des juifs vers l'est.
On ne saurait cependant considérer ces actions que comme des solutions de fortune, mais les expériences pratiques déjà recueillies en ce domaine sont d'une importance significative pour la future solution finale de la question juive.
Dans le cadre de cette solution finale de la question juive en Europe entrent en ligne de compte environ 11 millions de juifs qui se répartissent par pays de la façon suivante:
[Page 6]
|
|
|
| A. Ancien Reich [Allemagne] |
131.800 |
| Ostmark [Autriche] |
43.700 |
| Territoires de l'Est |
420.000 |
| Gouvernement Général [de Pologne] |
2.284.000 |
| Bialystok |
400.000 |
| Protectorat de Bohême-Moravie |
74.200 |
| Estonie - pas de juifs (judenfrei) | |
| Lettonie |
3500 |
| Lituanie |
34.000 |
| Belgique |
43.000 |
| Danemark |
5600 |
| France / Zone occupée |
165.000 |
| --------- / Zone non occupée |
700.000 |
| Grèce |
69.600 |
| Pays-Bas |
160.800 |
| Norvège |
1300 |
| B. Bulgarie |
48.000 |
| Angleterre |
330.000 |
| Finlande |
2300 |
| Irlande |
4000 |
| Italie y compris Sardaigne |
58.000 |
| ----------------------- Albanie |
200 |
| Croatie |
40.000 |
| Portugal |
3000 |
| Roumanie y compris Bessarabie |
342.000 |
| Suède |
8000 |
| Suisse |
18.000 |
| Serbie |
10.000 |
| Slovaquie |
88.000 |
| Espagne |
6.000 |
| Turquie (partie européenne) |
55.500 |
| Hongrie |
742.800 |
| URSS |
5.00.000 |
| ------ dont Ukraine: 2 994 684 | |
| ------------Russie blanche: | |
| ---------- excepté Bialystok: 446.484 | |
| Total |
plus de 11.000.000 |
[Page 7]
En ce qui concerne les nombres de juifs avancés pour les différents États étrangers, il ne s'agit que de juifs de confession, puisque les définitions d'après les critères de race manquent encore en partie dans ces pays. Le traitement du problème dans des pays pris en particulier se heurtera à certaines difficultés en raison des comportements et des mentalités qui y prévalent, particulièrement en Hongrie et en Roumanie. Ainsi par exemple, aujourd'hui encore, en Roumanie le juif peut se procurer contre argent le document nécessaire attestant officiellement une nationalité étrangère.
En URSS, l'influence des juifs dans tous les domaines est connue. Dans la partie européenne vivent environ 5 millions de juifs; dans la partie asiatique, à peine 1/4 de million. La répartition professionnelle des juifs installés dans la partie européenne de l'URSS était à peu près la suivante:
Dans l'agriculture 9,1 %
Ouvriers dans les villes 14,8 %
Dans le commerce 20,0 %
Employés de l'État 23,4 %
Professions libérales
(Santé, Presse, Théâtre,...) 32,7 %
Dans le cadre de la solution finale, les juifs seront emmenés vers l'est sous direction appropriée et de la manière qui convient pour y être affectés au service du travail. Formés en grandes colonnes de travail, hommes d'un côté, femmes de l'autre, les juifs aptes au travail seront conduits dans ces territoires tout en construisant des routes; sans doute une grande partie d'entre eux s'éliminera-t-elle par réduction naturelle.
[Page 8]
Ce qu'il en restera de toute façon à la fin, c'est-à-dire sans doute la partie la plus capable de résistance, devra être traité de façon appropriée
[48] parce que, constituant une sélection naturelle, ce reste est à considérer comme portant en germe les éléments d'une nouvelle renaissance juive. (Voyez la leçon de l'Histoire.)
Au cours de la réalisation pratique de la solution finale, l'Europe sera passée au crible d'ouest en est. Le territoire du Reich, y compris le Protectorat de Bohême-Moravie, devra être traité en premier à cause de la question du logement et d'autres nécessités socio-politiques.
Les juifs évacués seront tout d'abord transférés, convoi par convoi, dans des ghettos dits de transit, pour être transportés ensuite plus loin vers l'est.
Un préalable important, a en outre déclaré le SS-Obergruppenführer Heydrich, pour mener à bien l'évacuation est de déterminer exactement la catégorie des personnes impliquées.
Pour les juifs âgés de plus de 65 ans, on se propose, non pas de les évacuer vers l'est, mais de les transférer dans un ghetto de vieillards -- il est prévu que ce sera à Theresienstadt.
A côté de ces classes d'âge -- environ 30 % des 280 000 juifs se trouvant à la date du 31.10.1941 sur les territoires de l'Ancien Reich [Allemagne] et de l'Ostmark [Autriche] sont âgés de plus de 65 ans -- on placera dans les ghettos juifs pour vieillards les juifs grands blessés de guerre ainsi que les titulaires de décorations (EK 1: Croix de Fer de 1e classe). Avec cette
[Page 9]
solution appropriée on coupera court d'un seul coup aux nombreuses interventions.
La date où commencera chaque grande action d'évacuation dépendra largement du développement de la situation militaire. Quant au traitement de la solution finale dans les territoires européens que nous occupons et dans ceux qui sont sous notre influence, on a proposé que les experts compétents du Ministère des Affaires Étrangères se mettent en rapport avec les responsables qualifiés de la Police de Sûreté et du Service de Sécurité.
En Slovaquie et en Croatie, l'affaire n'est plus tellement difficile, attendu qu'on a déjà trouvé sur place une solution dans ce sens-là aux questions essentielles et primordiales. En Roumanie, le Gouvernement a aussi entre-temps mis en place un chargé de mission pour les affaires juives. Pour le règlement de la question en Hongrie, il est nécessaire d'octroyer au Gouvernement hongrois, dans les meilleurs délais, un conseiller pour les questions juives.
Pour ce qui est des préparatifs en vue du règlement du problème en Italie, le SS-Obergruppentführer Heydrich estime nécessaire d'établir une liaison avec le chef de la police [italienne].
En France, tant dans la zone occupée que dans la zone non
[49] occupée, le recensement des juifs pour leur évacuation se fera selon toute vraisemblance sans grande difficulté.
Le Sous-Secrétaire d'État Luther a ajouté à ce propos que, dès qu'on traitera ce problème au fond, des difficultés surgiront dans certains pays, comme par exemple les pays du nord, et qu'il est donc préférable de laisser tout d'abord ces pays de côté.
[Page 10]
Vu le nombre minime de juifs impliqués, cet ajournement ne peut de toute façon représenter une réduction substantielle.
En revanche, le Ministère des Affaires Étrangères ne prévoit pas de grandes difficultés en ce qui concerne le sud-est et l'ouest de l'Europe.
Le SS-Gruppenführer Hofmann se propose d'envoyer alors en Hongrie, si le Chef de la Police de Sûreté et du Service de Sécurité Heydrich prenait de son côté l'affaire en main, un expert de l'Office Central pour la Race et la Colonisation afin de définir l'orientation générale. Il a été décidé que cet expert de l'Office Central pour la Race et la Colonisation, qui ne sera pas habilité à prendre des initiatives de lui-même, sera officiellement détaché à titre provisoire auprès de l'Attaché de Police, en qualité d'assistant.
IV. Les lois de Nuremberg doivent en quelque sorte constituer la base du projet de solution finale, puisque la solution des questions touchant aux mariages mixtes et aux métis est un préalable au règlement définitif du problème.
Le Chef de la Police de Sûreté et du Service de Sécurité [Heydrich] tenant compte d'une lettre du Chef de la Chancellerie du Reich [Lammers] a exposé pour l'instant à titre théorique les points suivants:
1/ Traitement des métis du 1er degré.
Dans le contexte de la solution finale de la question juive, les métis du 1er degré sont assimilés
[Page 11]
aux juifs.
Sont exempts de ce traitement:
Les conditions préalables pour une faveur d'exception doivent toujours concerner les mérites fondamentaux personnels du métis en
[50] question (et non les mérites d'un parent de sang allemand ou d'un conjoint).
Le métis du 1er degré échappant à l'évacuation devra être stérilisé pour empêcher toute descendance et pour apurer définitivement le problème du métissage. La stérilisation a lieu volontairement. Mais elle est un préalable pour rester dans le Reich. Le «métis» stérilisé est par la suite délié de toutes les contraintes personnelles auxquelles il était jusque-là soumis.
2/ Traitement des métis du 2e degré.
Les métis du 2e degré seront en principe classés dans la catégorie des personnes de sang allemand, à l'exception des cas suivants, dans lesquels les métis du 2e degré seront assimilés aux juifs:
[Page 12]
Dans ces cas-là aussi il est déconseillé de faire des exceptions, même si le métis du 2e degré est marié avec un conjoint de sang allemand.
3/ Mariages entre juifs à 100 % et personnes de sang allemand.
On doit décider ici cas par cas si l'on doit évacuer la partie juive ou bien si, eu égard aux effets d'une telle mesure sur la parenté allemande de ce mariage mixte, on doit la transférer dans un ghetto de vieillards.
4/ Mariages entre métis du 1er degré et personnes de sang allemand.
[Page 13]
[51]
5/ Mariages entre métis du 1er degré et métis du 1er degré ou juifs.
Dans le cas de ces mariages, toutes les parties (y compris les enfants) seront traitées comme des juifs et donc évacuées ou bien alors transférées dans un ghetto de vieillards.
6/ Mariages entre métis du 1er degré et métis du 2e degré.
Les deux parties seront, sans tenir compte de la présence ou non d'enfants, évacuées ou bien transférées dans un ghetto de vieillards, car certains enfants font preuve, en règle générale et au point de vue de la race, d'une empreinte juive beaucoup plus caractérisée que dans le cas des métis du 2e degré.
Le SS-Gruppenführer Hofmann insiste sur le fait qu'il faudra largement utiliser la stérilisation, surtout vu que le métis,
[Page 14]
placé devant le choix «évacuation ou stérilisation», se prononcera plutôt en faveur de la stérilisation.
Le Secrétaire d'État Dr Stuckart constate que la mise en _uvre des possibilités qui viennent d'être proposées en vue de régler les questions des mariages mixtes et des métis va entraîner sous cette forme un travail administratif sans fin. Dans le but de tenir compte également, entre autres choses, des faits biologiques, le Secrétaire d'État Dr Stuckart a proposé d'en venir à la stérilisation forcée.
Pour simplifier le problème des mariages mixtes, il faudra également réfléchir aux possibilités pour le législateur de dire: «Ces mariages sont résiliés.»
Quant à l'incidence de l'évacuation des juifs sur la vie économique, le Secrétaire d'État Neumann a expliqué que les juifs travaillant dans des entreprises importantes pour l'effort de guerre ne pourront être évacués tant qu'on ne leur aura pas trouvé de remplaçants.
Le SS-Obergruppenführer Heydrich a fait remarquer que, d'après les directives qu'il a lui-même définies pour les mesures d'évacuations en cours actuellement, ces juifs ne doivent de toute façon pas être évacués.
Le Secrétaire d'État Dr Bühler a fait remarquer que le Gouvernement Général [de Pologne] serait heureux si, pour la solution finale de la question, on commençait par le Gouvernement Général; en effet, le problème du transport n'y joue pas un rôle capital
[Page 15]
et les arguments relatifs à l'utilisation de la main-d'oeuvre ne devraient pas entraver le cours de cette action. Les juifs doivent être éloignés du territoire du Gouvernement Général le plus vite possible, parce que jus-
[52] tement là le juif représente un danger sérieux en tant que propagateur d'épidémies et parce que, d'un autre côté, il trouble constamment la structure économique du pays par la poursuite d'affaires commerciales douteuses. Et puis les quelque 2 millions 1/2 de juifs en question seraient pour la plupart inaptes au travail.
Le Secrétaire d'État Dr Bühler a fait de plus remarquer que la solution de la question juive dans le Gouvernement Général appartenait d'abord au Chef de la Police de Sûreté et du Service de Sécurité [Heydrich) et que ses efforts seraient soutenus par les autorités du Gouvernement Général. Il n'exprime qu'un souhait: que la question juive dans ce pays soit résolue au plus vite.
En conclusion, on a parlé des différentes possibilités de solution, le Gauleiter Dr Meyer tout comme le Secrétaire d'État Dr Bühler étant d'avis de faire exécuter en même temps dans leurs territoires respectifs certains travaux préparatoires dans le cadre de la solution finale, en évitant toutefois de susciter de l'inquiétude au sein de la population.
La conférence a pris fin avec un appel du Chef de la Police de Sûreté et de la Police de Sécurité [Heydrich] aux personnes présentes pour lui apporter leur concours à la réalisation des tâches et à la résolution du problème posé.
[53]
La reproduction intégrale du « procès-verbal
de Wannsee », document qualifié généralement
de capital, m'a paru indispensable à une meilleure compréhension
(31).
Il convient tout d'abord de constater que cet écrit n'est pas un procès-verbal, au sens propre du terme. D'après les indications de l'Institut für Zeitgeschichte, il s'agirait en fait d'un document rédigé ultérieurement par Eichmann et son collaborateur Rolf Günther (32). Pourtant, la littérature persiste à parler de procès-verbal (33), bien que ce terme se rapporte en règle générale à un acte rédigé au moment des faits (procès, conférences, etc.) et dont l'exactitude est attestée par les signatures des principaux participants. Ce type de document peut dans certaines conditions avoir valeur de preuve. Rien de tel ici. Le texte a tout au plus la valeur de notes d'archives. Ces souvenirs ne pourraient être probants qu'en corrélation avec d'autres.
Le terme de procès-verbal est trompeur. Il est employé pour donner au lecteur l'impression que son contenu apportera des éclaircissements sur l'objet, le déroulement et les résultats de la conférence de Wannsee. Le document ne semble pas avoir été rédigé dans sa forme actuelle par Eichmann ou par aucun autre participant à la conférence. Son authenticité est douteuse, ne serait-ce qu'en raison de son aspect extérieur.
Paul Rassinier a noté que la pièce ne comporte ni cachet, ni date, ni signature; elle est dactylographiée sur un papier de petit format à l'aide d'une machine à écrire ordinaire (34). Il est vrai qu'il s'agit d'un fac-similé. Il est toutefois étrange de ne trouver, en tête du fac-similé, aucune indication de service, aucun numéro de dossier permettant de l'enregistrer. Aussi longtemps que l'original ne pourra être expertisé, il conviendra d'accueillir le «document» provenant de Kempner avec la plus grande méfiance. Il est d'autant plus curieux que le procès-verbal ne comporte pas de signes distinctifs qu'il est pourvu de la mention Geheime Reichssache («affaire secrète du Reich»). Il est vrai que l'écrit porte sur sa première page en bas à droite le signe d'identification D. III.29.g. RS, qui pourrait constituer une sorte de numéro de dossier.
Il est difficile de ne pas penser à une falsification quand on songe aux nombreux exemples dans ce domaine (35). Pourtant, il semble qu'aucun historien officiel allemand n'ait pris la peine
[54] de vérifier l'authenticité de l'original. Il est possible que les historiens n'aient jamais eu même l'occasion de le consulter. En tout cas, une question est restée sans réponse: celle que Heinrich Härtle a émise lors de la conférence des historiens pour le trentième anniversaire du Tribunal de Nuremberg, conférence qui s'est tenue à Washington du 13 au 15 mars 1975 (36). Pendant le procès d'Auschwitz aussi, l'expert Krausnick ne s'est référé qu'à la photocopie du procès-verbal qui se trouve à l'Institut d'Histoire Contemporaine de Munich (Institut für Zeitgeschichte) (37).
Il est douteux que la pièce en question soit une simple vue de l'esprit. Trop de participants à cette conférence ont survécu à l'écroulement du Reich et auraient pu témoigner de la supercherie si la falsification avait dépassé le cadre de simples allusions. Ils ont en tout cas contesté unanimement que l'objet des entretiens ait été l'extermination des juifs européens. Ils n'ont pu se souvenir que d'une chose: il avait été question de déporter les juifs pour les faire travailler dans les territoires occupés de l'Est. Robert M.W.Kempner affirme dans son livre Eichmann und Komplizen que les survivants se sont bornés à nier(38), de peur d'être impliqués dans le projet meurtrier. Il se réfère dans son livre aux interrogatoires des témoins qu'il a lui-même conduits.
Une autre circonstance va à l'encontre de l'hypothèse d'une falsification totale: les événements relatés dans ce document sont en grande partie exacts, encore que le nombre des juifs mentionné aux pages 6 et 7 soit assurément exagéré (39).
La question se pose cependant de savoir si le document est un faux (40). Je tiens pour sûr que certains passages du «procès-verbal» ont été ajoutés, supprimés ou modifiés après coup. Manipulation aisée quand on songe que la pièce n'est pas signée et qu'elle a été, nous l'avons dit, dactylographiée sur une machine ordinaire. On a pu à volonté rallonger ou écourter des alinéas entiers. Pour les dépister sans contestation possible, il faudrait recourir aux méthodes de recherche criminelle, à supposer qu'on ne puisse pas déjà tirer de son contenu la preuve suffisante du faux.
Pas une seule fois, les «historiens» de l'Institut d'Histoire Contemporaine n'ont soulevé la question de l'authenticité du
[55] "procès-verbal de Wannsee" lors des expertises qu'ils ont établies dans le cadre du procès d'Auschwitz. Convaincus de son authenticité, ils se sont ensuite livrés à des extrapolations douteuses: une démarche qui n'a rien de l'étude scientifique qui serait nécessaire, ne serait-ce qu'au vu des doutes fondés émis par l'historien français Paul Rassinier, que ces experts ne pouvaient ignorer (41). Toute étude scientifique suppose la discussion des opinions contraires, sans qu'on passe celles-ci simplement sous silence comme le font systématiquement ceux pour qui l'extermination est un fait établi.
En admettant même qu'un document officiel se rapportant à la conférence de Wannsee ait réellement été rédigé, l'examen du texte proposé par Kempner nous oblige à constater qu'au moins en partie celui-ci ne peut être authentique. Des passages ne s'intègrent pas dans leur contexte et, en supposant que la pièce soit authentique, ils n'ont pu avoir été rédigés que postérieurement. Ce que viennent confirmer les divergences de modes d'expression relevées dans d'autres passages.
Ainsi, selon la section II du procès-verbal, Heydrich aurait donné aux participants de la conférence un résumé récapitulatif des mesures prises pour le "refoulement" (42) des juifs hors de l'espace vital allemand. La politique d'émigration est seule mentionnée. Les multiples efforts déployés par le Gouvernement du Reich pour créer, à Madagascar, un État juif sont passés sous silence. Or nous savons que ce projet restait une préoccupation centrale des hautes sphères gouvernementales. Heydrich n'aurait certainement pas manqué, dans son résumé récapitulatif de la politique poursuivie à cette date, d'en faire mention. A supposer qu'Eichmann ait réellement rédigé le document, on pourrait évoquer un "oubli" de sa part, mais ce serait ignorer qu'il était l'un des artisans du projet (43). Ainsi, il n'est pas exclu que la partie traitant du projet de Madagascar dans la version originale ait été supprimée dans la version remaniée, pour éviter une identification manifeste du concept de solution finale avec le plan d'un État juif. Heydrich aurait terminé son résumé récapitulatif en indiquant que Himmler venait d'interdire l'émigration des juifs, "vu... les possibilités qui s'offraient à l'est". Cette allusion nébuleuse à des "possibilités" a très vraisemblablement été ajoutée pour faci-
[56] liter l'interprétation du «projet d'extermination». Peut-on croire qu'Heydrich n'ait à aucun moment indiqué que la main-d'oeuvre juive était absolument indispensable aux industries d'armement des régions de l'Est, comme le prouvent de nombreux documents?
Dans la section III, il est prévu qu'à la place de l'émigration se substituerait, comme «autre possibilité de solution», l'évacuation des juifs vers l'est (alinéa 1) et que «les expériences pratiques déjà recueillies en ce domaine» sont d'une importance significative pour la future «solution finale de la question juive» (alinéa 2). Si l'on considère, comme nous l'avons montré, que la «solution finale» n'est pas synonyme d'extermination, mais au contraire d'établissement des juifs dans leur propre État, le passage n'est pas surprenant. Somme toute, il ne présente guère d'intérêt. L'établissement prévu des juifs dans un État a naturellement soulevé de multiples problèmes auxquels on a essayé de trouver des solutions dans les zones occupées de l'est, par exemple par la constitution de ghettos. Malgré tout, on peut aisément concevoir que le deuxième alinéa de la section III (de «On ne saurait...» jusqu'à «... question juive.») ait été ajouté ultérieurement au document pour suggérer, en assimilant «solution finale» et «extermination planifiée des juifs», qu'il était question d'effectuer des essais sur les différents procédés de liquidation. C'est ainsi que, dans son expertise sur Auschwitz, Krausnick avance l'hypothèse d'un dessein caché: l'extermination de différents groupes de juifs pourrait être l'occasion d'expériences susceptibles d'être appliquées à une vaste échelle (44). C'est là un exemple éloquent des suppositions, conjectures et conclusions hâtives que l'on retrouve sans cesse dans la littérature portant sur les camps de concentration, suppositions qui se voudraient les preuves de l'extermination. Si l'on omet cet alinéa, le document apparaît beaucoup plus logique, a fortiori si l'on se réfère aux indications de Rademacher (voy.ci-dessus, p.41).
Ces points douteux ne revêtent pas une importance prépondérante dans la mesure où la thèse exterminationniste a été tirée avant tout de deux autres paragraphes du document cités généralement seuls, ou hors contexte. Lorsqu'on considère le procès-verbal dans son ensemble, ces passages apparaissent
[57] comme des corps étrangers. Il est visible que, pour cette partie au moins du procès-verbal, on a affaire à une falsification. Il convient de relire une fois encore les deux paragraphes concernés. Ils se trouvent aux pages 7 et 8 du «procès-verbal»:
Dans le cadre de la solution finale, les juifs seront emmenés vers l'est sous direction appropriée et de la manière qui convient pour y ètre affectés au service du travail. Formés en grandes colonnes de travail, hommes d'un côté, femmes de l'autre, les juifs aptes au travail seront conduits dans ces territoires tout en construisant des routes; sans doute une grande partie d'entre eux s'éliminera-t-elle par réduction naturelle.
Ce qu'il en restera de toute façon à la fin, c'est-à-dire sans doute la partie la plus capable de résistance, devra être traité de façon appropriée parce que, constituant une sélection naturelle, ce reste est à considérer comme portant en germe les éléments d'une nouvelle renaissance juive. (Voyez la leçon de l'Histoire.)
A l'exception de la première phrase du premier paragraphe, le passage ne s'insère guère dans le contexte du procès-verbal. Le deuxième paragraphe est aussi obscur qu'insolite, s'agissant d'un entretien aussi important. Rassinier a déjà mis en doute l'authenticité de cette partie du procès-verbal (45). Il affirme que les deux paragraphes ne se suivaient pas dans le procès-verbal original et que la presse a d'ailleurs reproduit les deux premiers paragraphes séparés par des points de suspension. Pour Rassinier, cette partie du texte n'a pas été reproduite dans son intégralité. Il semble qu'il n'ait pas été en possession de l'original du procès-verbal de Wannsee. Dans le cas contraire, il en aurait assurément cité la partie manquante. Je n'ai trouvé personnellement aucune confirmation de sa thèse. Si elle est vraie, le procès-verbal produit par Kempner serait alors doublé d'une autre version, légèrement différente. Rassinier s'appuie sur des différences stylistiques pour émettre l'hypothèse de deux auteurs différents, pour les deux paragraphes, mais la démonstration en est difficile. Dans leur ensemble, les arguments de Rassinier ne parviennent pas à convaincre, même si l'emphase et la confusion du deuxième paragraphe lui confèrent une singulière originalité par rapport au reste du texte.
De fait, ils s'insèrent mal dans l'ensemble du texte, ce qui explique probablement qu'ils soient habituellement cités hors contexte: le lecteur est ainsi induit en erreur.
Lorsqu'il est dit, dans le premier des deux paragraphes, que
[58] les juifs, "formés en grandes colonnes de travail,... seront conduits dans ces territoires tout en construisant des routes", cette phrase est incompréhensible, car il n'est précisé nulle part de quels territoires de l'est il s'agit. Cette phrase ne présente aucune corrélation avec le texte qui la précède. D'autre part, cette affirmation ne coïncide aucunement avec la réalité de l'époque, car on ne connaît en fait aucun exemple de juifs évacués vers l'est tout en construisant des routes. S'inscrit également en faux contre cette affirmation la première phrase de ce paragraphe, qui indique que les juifs étaient envoyés à l'est pour y travailler, un fait confirmé par de multiples documents relatifs au rôle des juifs dans l'économie de guerre. Ce qui prouve qu'il n'était prévu de liquider les juifs ni pendant le transport ni par la suite. C'est ainsi que les mots "traité de façon appropriée" sont interprétés unanimement dans le même sens que les partisans de la thèse exterminationniste bien que ce passage autorise d'autres hypothèses (46).
L'équivoque pesant sur ce passage du procès-verbal est renforcée dès lors qu'on le replace dans le contexte du paragraphe suivant (p.8 du procès-verbal). Il précise:
Les juifs évacués seront tout d'abord transférés, convoi par convoi, dans des ghettos dits de transit, pour être transportés ensuite plus loin vers l'est.
Un "transport" des juifs vers l'est diffère assurément du fait, décrit un peu plus haut, de les y conduire "tout en construisant des routes". On lit à la p.14 du procès-verbal que le Secrétaire d'État Bühler, qui participait à la conférence, a abordé une nouvelle fois le problème du transport. On a peine à comprendre où serait ce problème si l'on admet l'hypothèse que les juifs se déplaçaient tout en construisant des routes. Toutes ces anomalies ne peuvent qu'amener à douter de l'authenticité du procès-verbal de cette conférence pourtant capitale. Les deux paragraphes des p.7 et 8 auxquels on attribue toujours une valeur de preuve ne peuvent avoir figuré dans le document original, ne serait-ce que parce que les projets évoqués ne sont plus repris ni concrétisés dans aucun autre passage du procès-verbal. La phrase relative à "ce qu'il en restera de toute façon à la fin" (avec une expression bien embarrassée au demeurant) fait naître des doutes ne serait-ce que par
[59] son ambiguïté. Attendu que des gens comme Kempner se plaisent à répéter que tous les participants à la conférence savaient que l'on parlait ici de l'extermination des juifs, il est incompréhensible qu'Heydrich ait tenu ce langage de sphinx. Albert Wucher explique, quant à lui, toutes les équivoques du document de la façon suivante (47):
A l'exception du Chef du Service de Sécurité (SD) et de son Office Central de la Sûreté du Reich (Reichssicherheitshauptamt), aucun de ceux qui étaient le 20 janvier à Gross Wannsee n'était encore fixé sur la solution la plus simple à adopter.
En d'autres termes, seul Heydrich (ou son Office) savait ce qu'il voulait, mais il ne le disait pas. Pourquoi alors cette conférence?
Faisons un test, supprimons du document le passage allant de «Formés en grandes colonnes de travail» à «d'une nouvelle renaissance juive»: la compréhension n'en souffre pas. Bien au contraire: la logique du texte, perdue avec l'adjonction de la phrase douteuse, se retrouve. On obtient le texte suivant (p.7, dernier paragraphe, p.8, troisième paragraphe):
Dans le cadre de la solution finale, les juifs seront emmenés vers l'est sous direction appropriée et de la manière qui convient pour y être affectés au service du travail.
Au cours de la réalisation pratique de la solution finale, l'Europe sera passée au crible d'ouest en est. Le territoire du Reich, y compris le Protectorat de Bohême-Moravie, devra être traité en premier à cause de la question du logement et d'autres nécessités socio-politiques.
Les juifs évacués seront tout d'abord transférés, convoi par convoi, dans des ghettos dits de transit, pour être transportés ensuite plus loin vers l'est.
Cette version est la seule qui soit compatible avec les nombreux documents d'époque attestant de l'importance vitale que tous les détenus, y compris les juifs, revêtaient pour une économie de guerre qui s'était de plus en plus déplacée vers l'est au fur et à mesure des conquêtes. Il est impossible, dans le cadre de ce livre, de traiter en détail de tous ces documents (48). Nous en mentionnerons tout de même un, le document NI-500, produit lors du procès de Nuremberg, attendu qu'il a été rédigé à l'époque des faits et que le lien avec la conférence de Wannsee est évident. Il s'agit d'un télégramme d'Himmler daté du 26 janvier 1942, adressé à l'inspecteur des camps de concentration, le Gruppenführer SS
[60] Glücks (49): «Préparez-vous à héberger, au cours des quatre semaines à venir, 100 000 juifs de sexe masculin et un maximum de 50 000 juives en camp de concentration. D'importantes tâches économiques seront confiées aux camps dans les prochaines semaines...»
Ce n'est pas sans agacement qu'on voit Reitlinger tenter d'échafauder l'hypothèse d'une opposition entre Himmler et Heydrich, Heydrich étant rendu responsable de la mise en place de l'extermination, tandis qu'Himmler est supposé n'avoir eu d'intérêt que pour la main-d'oeuvre qui s'offrait (50). Le Professeur Broszat, de l'Institut d'Histoire Contemporaine de Munich, présente une argumentation similaire dans son expertise sur Auschwitz. Il semble que ce document lui ait donné quelque peine. Il pense qu'Himmler ne fait ici que différer l'exécution des juifs aptes au travail. Pourtant, il évoque en un autre endroit «le parallélisme et la contradiction de ces deux objectifs», l'extermination prévue des juifs et leur utilisation comme main-d'_uvre(51).
Faible argument pour expliquer un état de fait incompatible avec la thèse exterminationniste qu'il défend. Pourtant, même Krausnick doit reconnaître dans l'expertise qu'il livre pour le procès de Francfort que de nombreux juifs étaient encore employés dans les usines d'armement pendant les dernières années de guerre et qu'en 1944 encore, «des dizaines de milliers de juifs ont été déportés vers l'Allemagne», en provenance des camps polonais (52). La vérité transparaît ici: le Reich avait besoin de cette main-d'oeuvre des territoires de l'est. Ces «explications» traduisent l'embarras des partisans de la thèse exterminationniste confrontés avec les documents portant sur l'affectation de cette main-d'oeuvre juive. Il ne fait guère de doute d'ailleurs que si «solution finale» avait réellement été synonyme d'extermination du peuple juif, aucun juif n'aurait pu survivre dans la sphère d'influence allemande pendant la dernière année de guerre.
Le rôle joué par les déportés juifs dans l'économie de guerre est confirmé par une déclaration attribuée à Heydrich par le «procès-verbal de Wannsee» (53). Il y prévoit de dispenser de l'évacuation les juifs âgés de plus de 65 ans, qui seront placés dans un ghetto pour vieillards (p.8, avant-dernier paragraphe).
[61] Si l'on avait envisagé l'extermination de tous les juifs, il eût été incompréhensible d'en avoir exclu les vieux juifs pour les faire bénéficier d'un traitement de faveur. L'exécution de quelques milliers d'hommes en plus ou en moins n'aurait guère dû avoir d'importance, si l'on considère l'ampleur des exécutions de masse évoquées par la littérature. Par contre, tout s'explique si l'on considère l'aspect purement utilitaire d'une main-d'oeuvre dont l'efficience s'amenuise avec l'âge. L'exemption était d'ailleurs applicable aux grands blessés de guerre et titulaires juifs de décorations obtenues sur le front (p.8, dernier paragraphe du procès-verbal). Il est précisé en un autre endroit du texte que «Avec cette solution appropriée on coupera court d'un seul coup aux nombreuses interventions», ce qui prouve assez qu'on ne s'attendait pas à voir se manifester des interventions en faveur des évacués en général. Les participants à la conférence de Wannsee avaient bonne conscience, ce qui n'eût pas été le cas si ces évacuations n'avaient eu pour autre but que la mise à mort des juifs concernés.
Les exterminationnistes répondent à cet argument en invoquant des
«mesures tactiques». Krausnick fait remarquer la «distinction significative» faite par Heydrich, si l'on en croit le procès-verbal, entre «évacuer» (c'est-à-dire tuer), et «placer dans des ghettos pour vieillards»(54). Cet ergotage sur les mots, aggravé par l'interprétation arbitraire de l'un des termes au sens de tuer, ne relève plus de la recherche scientifique. Les autres éléments du «procès-verbal de Wannsee» ne peuvent être rattachés à la thèse de l'extermination. On peut discuter de la moralité ou de l'opportunité de la politique adoptée vis-à-vis des métis, telle qu'elle est définie au paragraphe IV du procès-verbal. Elle n'affecte en aucune façon les données du problème qui nous intéresse ici: l'hypothétique extermination du peuple juif.
Cela vaut aussi pour l'avant-dernier paragraphe (p.15 du document). A la fin de la conférence, on aurait discuté des «différentes possibilités de solution», et certains participants auraient émis le souhait de «faire exécuter en même temps dans leurs territoires respectifs certains travaux préparatoires dans le cadre de la solution finale, en évitant toutefois de susciter de l'inquiétude au sein de la population», passage dans
[62] lequel le terme de "solution finale" a été assimilé à extermination. On a ainsi vu dans les "possibilités de solution" des "possibilités de meurtre". Toutefois, aucun indice ne vient étayer cette dernière interprétation. Krausnick a affirmé, dans l'expertise qu'il a livrée pour le procès d'Auschwitz, qu'Eichmann a interprété de cette manière l'expression "possibilités de solution" devant le Tribunal de Jérusalem. Il est toutefois incapable d'avancer des preuves de cette affirmation invraisemblable (55).
En fait, il ne peut avoir été question que des différentes possibilités d'organisation de l'évacuation des juifs. Le paragraphe précédent mentionne d'ailleurs expressément le Gouvernement Général de Pologne comme champ d'action de la solution finale. On conçoit que l'évacuation en elle-même ait pu inquiéter la population des régions concernées. La solution finale supposait des problèmes d'organisation de la vie commune des juifs. Ils pouvaient ici être étudiés à une échelle moindre, dans le cadre de l'évacuation, en rassemblant les juifs provisoirement dans des ghettos. On sait, par exemple, que le ghetto de Varsovie a mené longtemps sa propre vie communautaire(56). En résumé, on peut dire que, dans la mesure où le "procès-verbal de Wannsee" n'est pas une pure falsification, il renferme toute une série de passages incompatibles avec leur contexte et probablement rédigés postérieurement, tandis qu'il s'est vu vraisemblablement retrancher tous les commentaires se rapportant au plan de Madagascar. Par ailleurs, l'origine du document est ténébreuse, et son aspect extérieur ne correspond pas aux pratiques administratives allemandes. Enfin, l'authenticité du document n'a jamais pu être vérifiée (57). Il ne saurait constituer une preuve de l'extermination planifiée de tous les juifs situés dans la zone d'influence allemande, vu que le document, même sous sa forme existante, n'offre pas d'indices suffisants. On n'y trouve en effet aucun mot qui laisserait supposer une extermination ou un gazage de juifs. Les passages cités à l'appui de la thèse exterminationniste offrent différentes possibilités d'interprétation.
[63]
3. Autres documents sur les déportations
La méthode utilisée pour le décret de Göring et pour le «procès-verbal de Wannsee», qui consiste à déformer arbitrairement le sens des mots pour pouvoir les utiliser à l'appui d'une thèse préétablie, s'est appliquée à tous les documents traitant de la déportation des juifs. Pas un seul de ces documents n'apporte la moindre preuve du projet d'extermination ou des gazages censés avoir été effectués à Auschwitz-Birkenau. S'il en était autrement, il ne serait sans doute pas nécessaire de recourir à ces falsifications. Il serait superflu d'entrer dans le détail de tous ces décrets, ordres, télégrammes, etc., cités dans la littérature. On s'aperçoit que les documents disponibles ne livrent aucun indice de la thèse officielle. Par contre, il ressort de la lecture de plusieurs documents que les déportés juifs étaient intégrés à l'économie de guerre (58).
La thèse officielle ne peut être défendue qu'en substituant aux termes de «solution finale», d'«évacuation», d'«émigration des juifs vers l'Est», de «transplantation des juifs» ceux d'«anéantissement» et d'«extermination». On a souvent parlé d'hypothétiques «codages» ou «camouflages» destinés à voiler les faits (59). Une méthode qui permet bien évidemment de conférer à tout document le sens souhaité. Tout cela n'est pas sérieux. On n'a jamais pu découvrir le moindre document à l'appui de cette thèse. Personne n'est d'ailleurs en mesure d'expliquer à quel moment, en quelle occasion, où et qui aurait décrété que toutes ces expressions recouvraient en réalité le concept de meurtre, pas même les experts qui se sont produits lors du procès d'Auschwitz, bien qu'ils aient fait un large usage de cette argumentation (60). On se demande dans ces conditions par quel miracle les services concernés auraient pu pénétrer, eux, le sens réel de ce «langage codé». Il est vrai que cette question est rarement posée.
Il convient de s'arrêter un instant sur la notion de «traitement spécial» (Sonderbehandlung), qui apparaît dans certains documents ayant pour objet l'envoi dans des camps de concentration de l'Est. Le sens de cette notion n'est pas perceptible a priori. Elle aurait donc pu être un terme de substitution pour désigner des «homicides» ou des «gazages». Des
[64] sources dignes de foi n'existent pas. Il est probable qu'elle prenait des significations différentes en fonction des situations. Les services concernés étaient sans doute les seuls à savoir de quel traitement il s'agissait (61). L' "hébergement séparé" des personnes (gesonderte Unterbringung) peut ainsi avoir été le résultat d'une décision administrative rendue nécessaire par quelque circonstance particulière, le développement des épidémies, par exemple. On sait qu'il existait à Auschwitz même une section réservée aux détenus placés en quarantaine (62).
Le Dr Kaltenbrunner, général de la SS, a pu établir pendant le procès de Nuremberg que la notion de "traitement spécial" avait dans certains cas désigné l'hébergement de détenus éminents dans des hôtels luxueux. Ils y recevaient un traitement de faveur (63). Signalons l'existence du camp de Theresienstadt, aménagé spécialement pour les détenus favorisés. Il s'agissait, pour la plupart, de vieillards et d'invalides de guerre qu'une décision de la conférence de Wannsee avait exemptés du travail obligatoire. En mai 1945, un délégué de la Croix-Rouge Internationale de Genève, qui avait été envoyé sur place, certifia dans son rapport qu'aucun juif n'y avait trouvé une mort violente du fait des Allemands (64). Ce fait n'exclut pas naturellement que l'expression de "traitement spécial" ait pu revêtir des sens différents, celui d'exécution sommaire, par exemple, pour les groupes d'intervention du SD. Dans la mesure où la liquidation de commissaires politiques soviétiques et de juifs et non-juifs qui avaient participé à des actions de guérilla s'effectuait à proximité des camps de concentration, l'expression a pu prendre le sens d'"exécution" dans ces cas précis (65). Mais une fois encore, rien n'indique qu'elle ait pu équivaloir à un massacre collectif de populations, par exemple dans des chambres à gaz à Birkenau.
4. Documents sur les "camps d'extermination"
Aucun document allemand n'atteste de l'existence de chambres à gaz à Auschwitz. Souvent, on a tenté de déduire leur existence indirectement à partir d'autres documents. Ainsi a-t-on coutume d'évoquer certains documents relatifs à la construc-
[65] tion de quatre «crématoires» à Auschwitz-Birkenau et on en déduit la finalité, l'extermination des juifs, qui suppose en toute logique des chambres à gaz! Loin de fournir des indices réels, ces documents font naître des doutes.
Au cours du procès de Nuremberg, le procureur général soviétique Smirnov a expliqué, pendant la séance de la matinée du 19 février 1946, qu'on avait découvert, dans les bureaux du camp de concentration d'Auschwitz, une correspondance volumineuse échangée avec la firme Topf & Fils, d'Erfurt. Il était question de la construction de «quatre crématoires et chambres à gaz de grand rendement» destinés au camp de Birkenau; ces quatre «installations d'extermination» auraient été achevées au début de l'année 1943. A l'appui de ses affirmations, Smirnov présenta une simple lettre, censée avoir été écrite par la firme. Il n'y figure en aucun endroit le terme de «chambres à gaz». Quant à la «volumineuse correspondance» découverte par les Soviétiques, on n'en a plus jamais entendu parler. Cette fameuse lettre est citée par Smirnov dans les termes suivants (66):
J.A. Topf & Fils, Erfurt
12 fêvrier 1943A l'Office Central de la Construction de la SS et de la Police d'Auschwitz.
Objet: Crématoires 2 et 3 pour le camp des prisonniers de guerre.
Nous accusons réception de votre télégramme du 10 février dont nous reproduisons le texte ci-après: «Nous vous confirmons à nouveau que nous avons bien reçu votre commande portant sur 5 fours à triple cornue comportant deux monte-charge électriques pour les cadavres et un monte-charge provisoire. Un dispositif pratique pour l'approvisionnement en charbon a été également commandé, ainsi qu'un appareil pour l'enlèvement des cendres. Vous devez livrer l'installation complète pour le crématoire No·3. Nous espérons que vous veillerez à ce que toutes les machines et leurs pièces détachées soient expédiées sans délai.»
Dans le «Rapport de la commission soviétique sur les crimes de guerre», du 6 mai 1945, que nous étudierons en un autre endroit, rapport auquel Smirnov confère également la qualité d'«élément de preuve», le même texte apparaît, mais avec quelques modifications. Il est ici question de «cinq fours crématoires en trois parties» et d'une «installation utilisable pour
[66] le chauffage au charbon». Ce texte contient enfin une phrase de conclusion inexistante dans le texte cité par Smirnov: «L'installation devra être achevée le 10 avril 1943 (67).»
A l'évidence, le document est douteux; de surcroît, il semble bien qu'en dépit des affirmations de Smirnov, il soit le seul document de ce type que les Soviétiques aient été en mesure de produire. L'existence parallèle de deux versions d'un même «document» est un exemple typique du manque de rigueur qui a présidé à la production de preuves lors du procès de Nuremberg. C'est pourquoi il convenait de l'évoquer ici. Au fait, le texte dans son ensemble apporte peu de choses; aussi est-il indifférent de savoir s'il s'agit d'un document falsifié d'origine soviétique ou de la retraduction imprécise et inexacte d'un original allemand traduit en russe.
Il n'est pas certain même que le Tribunal de Nuremberg ait retenu ce document. Son jugement s'appuiera exclusivement sur des témoignages, d'ailleurs tout aussi douteux, celui de l'ancien commandant d'Auschwitz, Rudolf Höss, par exemple, pour étayer la réalité des exterminations à Birkenau. Nous y reviendrons.
Plus intéressant encore que cette lettre de la société Topf & Fils, le fait que Smirnov ait déclaré, lors de cette même séance du Tribunal de Nuremberg, en conclusion de son exposé:
Je laisse de côté le document suivant, qui concernait les «bains à buts spéciaux» (chambres à gaz).
Il supposait, avec une certaine naïveté, que le tribunal connaissait cette pièce, alors même qu'il n'en avait jamais été question antérieurement, comme nous l'avons dit au premier chapitre. Les juges ne l'ont pas contredit (68).
Cette discrétion peut surprendre, s'agissant de faits relatifs à un camp de concentration situé dans la sphère d'influence soviétique au sujet duquel le tribunal avait certaines bases d'information (témoignages, etc.). Si l'on en croit les déclarations de Smirnov, le tribunal disposait enfin d'un document renfermant des données précises sur ces fameuses chambres à gaz, et il n'en a même pas été question dans les débats, ni dans le jugement. Faut-il en conclure qu'il était si manifestement douteux que les juges n'ont pas osé le produire ? A ma con-
[67] naissance, le document n'a plus jamais été utilisé, dans aucun procès. Par contre, la théorie des "chambres à gaz" camouflées en "salles de douches" est restée. Elle nous est d'ailleurs présentée en de multiples occasions.
Pour prouver que les fours crématoires de Birkenau étaient reliés aux
«chambres à gaz», la littérature cite souvent un rapport de la Direction Centrale de la Construction de la Waffen SS et de la Police d'Auschwitz au Dr Kammler, ingénieur, général SS (SS-Brigadeführer und Generalmajor des Waffen-SS) et chef du département C de l'Office Central de Gestion Économique SS à Berlin-Lichterfelde. Il est daté du 29 janvier 1943 et signé par le chef de la Direction Centrale de la Construction à Auschwitz, le Sturmbannführer SS Bischoff(69).
Si l'on excepte quelques détails de construction, le crématoire II a été achevé, malgré des difficultés inimaginables et les rigueurs du gel, par un travail ininterrompu, jour et nuit, et l'utilisation de toute la main-d"reuvre disponible. Les fours ont été allumés en présence de l'ingénieur principal Prüfer, employé à la firme Topf & Fils, d'Erfurt, réalisatrice des travaux. Ils fonctionnent parfaitement. Le plafond de béton armé de la morgue souterraine n'a pu être décoffré en raison du gel. Cela n'aura pas de conséquences majeures étant donné que la cave de gazage [ou de gazéification] [Vergasungskeller] peut être utilisée à cet effet.
Le retard de livraison des installations de ventilation et d'aération commandées par la Direction Centrale des Services de Construction à la société Topf & Fils est dû à une pénurie de wagons. Dès livraison des installations de ventilation et d'aération, nous commencerons leur montage, si bien que les travaux pourraient être achevés pour le 20.2.1943.
Ce document est le seul, à ma connaissance, à mettre en corrélation le terme de gazage et la construction de fours crématoires. Il ne permet pas toutefois d'établir si la «cave de gazage» [Vergasungskeller] était située à l'intérieur ou au-dehors du crématoire, dans un autre bâtiment. Il est question ici non pas d'une chambre à gaz, mais d'une cave de gazage. Rien ne prouve que l'interprétation donnée au premier terme vaille pour le second. Il est significatif que la version anglaise du document utilisée par le Tribunal de Nuremberg ait falsifié le sens original en le remplaçant par
«chambre à gaz»(70). Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner qu'il ait été et
[68]
reste utilisé dans ce sens par la littérature de langue allemande.
Butz, qui a signalé le fait, remarque que de tous temps les fours crématoires ont fonctionné au gaz, et ce même s'ils sont alimentés en mazout ou en charbon. Dans un premier temps, l'agent de combustion est transformé en un élément gazeux, qui est ensuite amené au foyer. Le lieu dans lequel s'effectue cette opération est appelé «local» ou «cave de gazage ou de gazéification» en allemand(71). Une autre explication vient à l'esprit: l'endroit pouvait servir à la désinfection des vêtements et des équipements militaires. Chaque camp de concentration allemand renfermait effectivement une pièce prévue à cet effet. Or la destruction des parasites a toujours utilisé, entre autres, le gaz cyanhydrique Zyklon B.
Il ne saurait en tout cas s'agir de l'une de ces mythiques «chambres à gaz» conçues pour l'extermination des juifs. Car dans la mesure où lesdites chambres à gaz sont souterraines(72), elles sont identiques aux morgues souterraines des crématoires. Or, si l'on en croit le document sur lequel nous nous penchons, la morgue et la cave de gazage étaient des locaux différents. Si l'on compare la maquette d'un crématoire exposée au Musée d'Auschwitz avec le plan de construction correspondant, lequel se trouve développé, en noir et à contrejour sur le mur d'une salle du Bloc n· 4, on s'aperçoit que morgue souterraine et «chambre à gaz» ne sont qu'une seule et même chose. Ce plan porte le numéro d'archive 519. D'heureuses circonstances m'ont permis d'entrer en possession d'une photocopie de ces plans de construction des crématoires II et III(73). Je reviendrai plus loin sur ce point.
Le document en question, extrait des dossiers de construction des crématoires de Birkenau, est le seul où figure le terme de Vergasung; par conséquent, on peut en déduire qu'aucune preuve documentaire ne vient étayer la thèse de chambres à gaz homicides comme faisant partie intégrante des bâtiments des crématoires. Il en est de même d'une autre théorie des exterminationnistes, selon laquelle la construction des crématoires à Birkenau était devenue une nécessité car, sinon, on n'aurait pas pu éliminer les milliers de cadavres gazés quoti-
[69]
diennement. Cette théorie ne trouve aucune confirmation dans les documents. La date et la durée de service des fours crématoires de Birkenau posent problème. A l'exception d'une pièce sujette à caution, les documents ne fournissent aucun renseignement sur la véritable capacité de crémation des différents fours. Tout au plus certains indices permettent-ils une approximation, laquelle est fort éloignée des capacités de crémation citées dans la littérature.
Habituellement, on affirme que les Allemands ont construit à Birkenau quatre crématoires au cours de l'hiver 1942-1943. Ces crématoires auraient été mis en service au printemps 1943. C'est ce qu'on a également fait dire à Höss(74). Même Rassinier et Scheidl ont repris cette version en se rapportant à deux documents de Nuremberg (NO-4401 et NO-4463)(75). Ils expliquent que les fours destinés aux quatre crématoires ont été commandés respectivement le 3 et le 8 août 1942 à l'entreprise Topf & Fils, qu'ils ont été montés courant février 1943 et mis en service le 1er mai 1943. Je n'ai pas pu compulser les documents mentionnés. D'autres pièces contredisent en partie cette affirmation.
Le document de Smirnov du 12 février 1943, déjà mentionné ci-dessus, ne coïncide pas non plus avec cette conception. Un devis de la maison Topf & Fils établi le 1er avril 1943 pour la livraison de fours crématoires au camp de concentration de Birkenau est en opposition totale avec la théorie émise (76). La coutume veut qu'un devis soit établi avant passation de la commande. Le rapport précité de la Direction Centrale de la Construction, daté du 29 janvier 1943, permet de conclure d'autre part que les fours destinés au crématoire II ont été commandés et mis en service dans le courant de janvier 1943, ce qui vient contredire les deux autres documents précités. Enfin, on trouve dans le livre de Reinhard Kühnl le fac-similé d'une lettre de l'entreprise Topf & Fils datée du 10 avril 1943 adressée à la Direction Centrale de la Construction d'Auschwitz, dans laquelle l'entreprise confirme qu'elle va réparer les fissures constatées «ces derniers temps» dans le «four à 8 moufles du crématoire IV»(77). Ce crématoire a donc pu être mis en service dès le mois de mars 1943.
[70]
Il semble que ce dernier point trouve confirmation dans un document partiellement reproduit sous forme d'un fac-similé dans l'appendice du livre Auschwitz, Zeugnisse und Berichte, par Adler, Langbein et Lingens-Reiner, qui confirme de surcroît les dates de mise en service des crématoires émises précédemment. Il s'agit d'un extrait de "tableau" de "bâtiments cédés à l'administration d'Auschwitz", sur lequel la mise en service des crématoires est inscrite comme suit:
Crématoire IV, le 22 mars 1943.
Crématoire II, le 31 mars 1943.
Crématoire V, le 4 avril 1943.
Crématoire III, le 25 juin 1943.
L'origine du document est inconnue. Par ailleurs, le texte n'a pas été publié intégralement. Sa provenance ne se déduit que par l'impression d'un cachet appliqué en haut à gauche: "Direction de la Construction de la Waffen SS et de la Police (suivent trois lettres illisibles) d'Auschwitz." Ce cachet ne correspond pas à la désignation officielle du service, qui est: " Direction Centrale de la Construction de la Waffen SS et de la Police d'Auschwitz"(78).
Face à toutes ces contradictions et à ces obscurités, la reproduction sous forme d'extraits du rapport mentionné ci-dessus, rédigé le 29 janvier 1943 par la Direction Centrale de la Construction et adressé au chef du groupement C à Berlin-Lichterfelde, amène Gerald Reitlinger, dans son ouvrage intitulé Die Endlösung, à formuler la conclusion suivante(79):
En réalité, le crématoire II n'a été terminé que le 13 mars. Le 13 juin, il était le seul des quatre crématoires à être réellement opérationnel, car les travaux de charpente n'étaient toujours pas achevés. Une commande d'arbustes du 6 novembre 1943, destinés à la création d'un espace vert entre le camp et les crématoires, ne mentionne que les numéros 1 et 2. Les quatre crématoires n'ont été en service qu'au mois de mai de l'année suivante.
Donc en mai 1944, presque un an après la date citée officiellement. Force est de constater qu'aucun document digne de foi ne permet d'établir la date précise d'achèvement des crématoires de Birkenau. On peut même à juste titre se demander s'il y a réellement eu quatre crématoires à Birkenau. Très curieuse-
[71]
ment, le livre de l'ancien détenu de camp de concentration Alfred Kantor, paru en 1972, et qui contient toute une série de dessins de l'auteur sur la vie quotidienne des différents camps où il a séjourné, ne permet d'apercevoir sur les différentes reproductions du camp de Birkenau qu'un unique crématoire, plus exactement qu'une unique cheminée de crématoire. Une personne digne de foi qui a pu visiter le camp de Birkenau sans guide m'a rapporté n'avoir vu que les «vestiges» des crématoires II et III. Il n'existe pas davantage de documents dignes de foi concernant la capacité de crémation des installations de Birkenau. Il est vrai que la littérature officielle fait état d'un «rapport» du Sturmbannführer Bischoff, du 28 juin 1943, indiquant les capacités de crémation quotidiennes suivantes:
I. Ancien crématoire (camp principal)............... 340 corps
II. Nouveau crématoire (Birkenau).....................1 440 corps
III. Nouveau crématoire (Birkenau).....................1 440 corps
IV. Nouveau crématoire (Birkenau)..................... 768 corps
V. Nouveau crématoire (Birkenau)..................... 768 corps
Total................................................4 756 corps
L'origine de ce «rapport» n'est pas donnée. En règle générale, on renvoie au Kalendarium de Danuta Czech(80). Cette dame est l'un des conservateurs du Musée d'Auschwitz(81). A-t-elle été détenue elle-même à Auschwitz? Je n'ai pu le vérifier, non plus que les sources de ses indications.
Les chiffres sont éloquents... par leur absurdité! La précision exagérée de ces renseignements chiffrés traduisent le produit de l'imagination. La crémation des corps dans un four est une technique complexe soumise à diverses nécessités, de telle sorte que la capacité de crémation varie constamment. Une lettre de la maison Topf & Fils adressée au camp de Mauthausen peut peut-être nous donner une idée de la capacité de crémation des fours; elle précise que les fours d'incinération à double moufle chauffés au coke permettent la réduction en cendres de 10 à 35 corps en une dizaine d'heures. Ce chiffre peut être atteint quotidiennement sans surcharger le four en supposant des crémations nuit et jour(82). On peut supposer que les fours d'incinération fabriqués par l'entreprise Topf & Fils
[72]
étaient tous du même type et que ceux qui étaient livrés au camp d'Auschwitz ne différaient pas de ceux qui étaient livrés à Mauthausen et aux autres camps de concentration. Après la guerre, sa mise au point du four d'incinération allait valoir à cette maison un brevet d'invention délivré par les autorités allemandes et enregistré sous le numéro 861731(83). Ces fours n'ont pu différer que par le nombre des chambres de combustion. Car dans le cas contraire, on ne s'expliquerait pas la différence énorme de capacité de crémation.
Si nous considérons qu'il y a réellement eu quatre crématoires à Birkenau et que chaque crématoire comptait un four, lequel pouvait réduire en cendres le chiffre maximal indiqué de 35 corps, la capacité maximale de crémation ne pouvait être quotidiennement que de 4 x 35 corps, ce qui correspond à 140 corps par jour. Une telle capacité de crémation n'est pas suspecte pour un complexe tel que celui d' Auschwitz, dont les différents camps avaient été conçus pour la prise en charge de plus de 100 000 hommes(84). Il faut rappeler que des épidémies et des maladies infectieuses y sévissaient à certains moments et qu'elles accrurent sans aucun doute le taux de mortalité. Le Docteur Scheidl indique qu'à une certaine époque, il y a dû y avoir 69 à 177 décès par jour(85).
Je dois avouer qu'il s'agit ici d'un calcul purement théorique. Pourtant, ce calcul est probablement plus proche de la réalité que ne le sont les chiffres absurdes du «rapport» de Bischoff, à supposer même que les quatre crématoires (communication officielle du Musée d'Auschwitz daté du 29 novembre 1977) aient totalisé 46 chambres de combustion. Puisant à cette même source, Butz se fonde sur ce chiffre et sur une durée d'incinération d'une heure par cadavre pour évaluer à 1 058 corps par jour la capacité totale de crémation(86). A vrai dire, cette estimation est fortement exagérée, dans la mesure où, de nos jours, l'incinération d'un corps dans un four crématoire ultramoderne nécessite une heure et demie à deux heures(87). Il n'est pas concevable que cette durée ait pu être inférieure à une époque où les techniques employées étaient plus rudimentaires. Il découle de ce qui précède que les crématoires de Birkenau n'ont pas été construits en prévision de gazages massifs. Je relè-
[73]
verai au passage que le crématoire primitif du camp d'Auschwitz
(crématoire I) n'a été en service que jusqu'en juillet 1943, si l'on en croit la communication officielle du Musée d'Auschwitz datée du 29 novembre 1977. Or le «tableau des capacités de crémation des fours crématoires» de Bischoff est daté du 28 juin 1943; il est curieux qu'on y ait tenu compte des capacités d'un crématoire qui allait être mis hors de service.
Il est tout aussi surprenant de constater que le chef de l'Office Central de la Construction à Auschwitz, le SS-Sturmbannführer Bischoff, n'ait jamais été inquiété après la guerre. Il a vécu sous son vrai nom à Brême jusqu'à sa mort, survenue en 1950(88). Il n'a jamais été cité pour crimes de guerre devant aucun tribunal, ni même été entendu, à ma connaissance, à l'occasion d'une quelconque procédure juridique. Circonstance étrange si l'on pense à la connaissance que devait avoir celui qui avait supervisé en personne la construction des crématoires. Aurait-on craint qu'il ne puisse prouver, à l'aide des documents qui pouvaient se trouver en sa possession, l'absence de fondement de toutes les affirmations ayant trait aux «usines de mort»? A sa place, le Tribunal de Nuremberg s'est contenté du témoignage d'un certain Wolfgang Grosch, qui n'avait manifestement jamais vu les bâtiments sur lesquels il témoignait(89).
Il est non moins étonnant que la littérature ne renferme pratiquement aucun plan des crématoires. Rassinier est le seul à rappeler qu'à l'occasion de deux procès, le procès de la Wilhelmstrasse et celui intenté aux organisations nationales-socialistes, les plans de construction des crématoires II à V ont été présentés, plans qui indiquent que les fameuses chambres à gaz étaient en réalité ou bien des morgues souterraines (Leichenkeller) ou bien des salles de bains collectives (Baderäume)(90). Ils n'ont pas réapparu depuis lors.
Il n'est pas douteux que les plans des crématoires existent, surtout quand on connaît la méticulosité allemande. Il est d'ailleurs totalement impensable que de telles constructions aient pu être réalisées sans plans. En réalité, ils ont seulement été rendus inaccessibles au grand public. Ils se trouvent aujourd'hui au Musée d'Auschwitz(91). On montre aux visiteurs une maquette du crématoire II, doté d'une «chambre à
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gaz », maquette que l'on dit établie à partir des «plans de construction sauvés de la destruction»(92).
Il se trouve, comme je l'ai dit, que je suis en possession des photographies de ces plans. Leur authenticité ne fait aucun doute, puisqu'ils portent le cachet du musée d'Auschwitz. Or elles prouvent que la maquette diffère en plusieurs points des plans de construction. Elles montrent également, sans aucun doute possible, qu'il n'avait pas été prévu d'installations du type des «chambres à gaz» dans ces bâtiments. Les plans font mention d'une morgue souterraine (Leichenkeller), située dans les bâtiments des crématoires II et III. Cette morgue couvre une surface de 7 x 30 m, soit 210 m2, c'est dire qu'elle est de par sa nature même inadaptée aux gazages décrits par les «témoins oculaires», son volume ne pouvant contenir les 2 000 ou 3 000 personnes censées avoir été enfermées simultanément. Le Musée d'Auschwitz précise que les crématoires IV et V abritaient trois pièces plus petites, d'une surface totale de 236,72 m2, faisant fonction de «chambres à gaz». La disposition même de ces locaux ôte toute crédibilité à cette affirmation, qui ne repose au demeurant sur aucun élément signalé sur le plan de construction. Il est significatif qu'aucune maquette n'en soit présentée aux visiteurs et que les «chambres à gaz» des crématoires IV et V ne soient décrites dans aucun ouvrage traitant du sujet.
Je dois m'en tenir à ces quelques remarques. Je me suis en effet fixé pour but d'examiner les pièces présentées à l'appui de la légende d'Auschwitz, et non pas les documents restés cachés, quels qu'en soient les motifs. Pourtant, les historiens futurs devront un jour s'atteler à cette tâche.
Les visiteurs d'Auschwitz se voient présenter une «chambre à gaz» située dans le vieux crématoire du camp d'origine. Ce qu'on ne leur dit pas, c'est qu'il s'agit, comme a pu l'établir le Professeur Robert Faurisson, d'une pure reconstruction(93), une représentation qui ne recouvre bien évidemment pas la réalité de l'époque. La «chambre à gaz» qui y est décrite se composait en fait de plusieurs locaux. Le plan de construction montre que le plus grand d'entre eux était la morgue, dont l'existence, pour un crématoire, ne saurait être mise en cause.
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Une escroquerie qui ressemble par de nombreux aspects à celle des Américains à Dachau!
Dans la mesure où, lors de l'occupation du camp de Birkenau, les Soviétiques n'ont plus trouvé que des traces de crématoires(94), on ne saura peut-être jamais si les plans de construction mentionnés ont été réalisés et de quelle manière. Une chose est certaine: l'existence éventuelle d'un ou de plusieurs crématoires n'implique pas la présence de chambres à gaz homicides.
A plus forte raison, les livraisons de Zyklon B (préparation d'acide cyanhydrique) au camp de concentration d'Auschwitz ne sauraient être mises en avant pour prouver leur existence.
A Nuremberg, l'accusation a produit des factures de ces livraisons. L'une d'elles, datée du 13 mars 1944, figure dans le livre de Reimund Schnabel Macht ohne Moral (document 134, page 356). Elle atteste la livraison de 14 caisses d'une contenance totale de 420 boîtes de Zyklon B (210 kg) à la
«section de désinsectisation et de décontamination» du camp de concentration d'Auschwitz(95). La mission de cette section était sans doute, comme en d'autres endroits, la désinfection des locaux d'habitation, des vêtements et des équipements. Ancien chef de cette section, l'accusé Breitwieser, qui comparaissait devant la cour de Francfort à l'occasion du procès d'Auschwitz, a indiqué que sa section n'avait jamais été chargée de l'extermination d'êtres humains, et il a été acquitté(96)! Une incohérence parmi tant d'autres dans cette procédure, si l'on considère que la conservation et l'emploi du Zyklon B étaient indiscutablement l'affaire des personnels chargés de la désinfection. Sans leur collaboration, il était difficilement concevable d'utiliser cette préparation pour le «gazage» des juifs.
Rassinier rappelle un fait connu, l'utilisation du Zyklon B, un désinfectant, dans la Reichswehr, dès 1924, puis durant toute la durée de la guerre dans les unités et dans l'ensemble des camps de concentration. On a trouvé des factures attestant la livraison de Zyklon B aux camps de concentration d'Oranienburg et de Bergen-Belsen, où il est officiellement établi qu'il n'y avait pas de chambres à gaz homicides(97).
Il est sûr que ces désinfectants auraient pu être utilisés à des fins meurtrières, mais rien ne prouve qu'il en a été ainsi. On
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ne va pas traiter d'assassins tous les détenteurs de hache sous prétexte que cet outil pourrait être une arme redoutable. Pourtant, dans le cas des
«chambres à gaz» de Birkenau, à défaut d'éléments probants, les arguments les plus contestables sont avancés, et il se trouve même des savants pour les cautionner.
Ainsi le Professeur Krausnick signale dans une note de bas de page de son expertise sur Auschwitz l'existence d'un document qu'on passe généralement sous silence dans la littérature exterminationniste en raison même de son insignifiance. Il s'agit d'une commande qui aurait été passée par la Direction Centrale de la Construction d'Auschwitz aux usines d'armement Deutsche Ausrüstungswerke, une entreprise industrielle SS de la région d'Auschwitz, portant sur la fabrication de «trois tours étanches aux gaz... à réaliser exactement selon les dimensions et le modèle des tours déjà livrées à ce jour»(98). On cherche vainement le lien entre ces
«tours» (Türme) et les «chambres à gaz». Krausnick n'apporte pas de réponse à cette question, et aucun des «témoins oculaires» cités à propos des chambres à gaz n'est en mesure de fournir des renseignements sur des «tours» de ce type.
En outre, cette lettre du 31 mars 1943 fait état de l'exécution d'une autre commande du 6 mars 1943 portant sur la livraison d'une «porte étanche aux gaz (Gastür) de 100 par 192 cm pour la morgue souterraine 1 du crématoire III», «à réaliser exactement selon le modèle et les dimensions de la porte de la cave du crématoire II située vis-à-vis, avec judas à double paroi de verre de 8 mm, joint d'étanchéité et garniture».
Nous aurions donc en l'espèce ce fameux judas, par lequel les médecins SS vérifiaient que le «gazage» se déroulait correctement! En fait, le document ne constitue pas une preuve de cette hypothèse. L'emploi de portes hermétiques aux gaz dans les caves était chose courante à une époque où toutes les caves devaient pouvoir faire fonction d'abris antiaériens. Quant aux judas aménagés dans ces portes, ils étaient destinés soit à l'éclairage, soit à une observation vers l'extérieur. Par contre, il est pratiquement exclu que l'on ait envisagé d'utiliser des judas de cette sorte pour surveiller de l'extérieur l'ensemble du local, surtout en tenant compte du volume de ces locaux (il
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est question d'une contenance atteignant 2 000 ou même 3 000 personnes). Par ailleurs, les abris antiaériens servaient toujours de protection à la fois contre les effets des bombes explosives et contre le passage des gaz. Il faut enfin considérer que Birkenau n'avait guère de bâtiments en dur; il était donc opportun d'aménager les caves des crématoires en abris antiaériens. Dans cette perspective, le terme de
«tours étanches aux gaz» a pu se rapporter à des abris antiaériens de surface.
La quasi-totalité des études sur Auschwitz citent enfin, à l'appui de la thèse des «gazages», des documents dont le texte ne comporte rien d'autre que des communications de routine sur le logement et l'emploi de détenus, leur transfert dans d'autres camps et autres indications semblables. Là, les commentateurs détournent de leur sens des tournures et des expressions en soi anodines pour les assimiler à un «gazage» de détenus. Aucun élément ne vient bien évidemment étayer cette «interprétation». Le terme de «traitement spécial» que nous avons déjà évoqué n'est pas seul en cause. Une expression comme «logés
séparément», que l'on trouve, entre autres, dans un télégramme de l'état-major du camp d' Auschwitz relatif à l'arrivée d'un convoi de juifs(99), est interprétée au sens de «tués dans les chambres à gaz». Dans un autre cas, les commentateurs interprètent le texte joint à une liste de détenus transférés de Monowitz à Birkenau en indiquant que les personnes dont les noms figuraient étaient destinées à être «gazées». Pourtant, rien dans le document n'autorise cette supposition(100).
Toutes ces sollicitations abusives de documents au fond insignifiants, ou dont le texte ne recèle aucune ambiguïté, spéculent de la façon la plus éhontée sur l'absence de sens critique, la crédulité et les idées préconçues imposées au lecteur par des années de lavage de cerveau. Il est évident, pour tout esprit critique, que ce type de documents est sans valeur, même si, par ailleurs, il a été produit contre les accusés des procès de Nuremberg, comme ce fut le cas, par exemple, pour la liste de transfert précédemment mentionnée (pièce N1-14 997 du procès IG-Farben). Aucun historien attaché aux méthodes scientifiques traditionnelles de recherche et de critique des sources ne pourra admettre une démonstration reposant sur des documents dont
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la valeur probante se fonde sur des insinuations dénuées de tout fondement et des commentaires arbitraires. Il serait donc superflu de s'y attarder davantage.
Les mêmes réflexions s'appliquent aux inventaires de vêtements ou de chevelures établis dans les camps de concentration. Là, une certaine littérature en tire la preuve de l'existence d'homicides par le gaz(101). Ces effets et ces cheveux, nous dit-elle, ne peuvent provenir que de «détenus gazés». Pour quels motifs ? Elle ne nous le dit pas. Et elle passe systématiquement sous silence le fait que dès leur arrivée, avant même leur admission dans le camp, tous les détenus étaient tondus et conduits à la douche, par mesure d'hygiène, avant de recevoir la tenue du camp. Ils devaient au préalable déposer leurs vêtements civils, comme c'est l'usage dans tous les établissements de détention.
5. Récapitulation
L'examen des documents d'époque extraits des dossiers allemands a montré qu'aucun d'entre eux n'est de nature à accréditer de façon convaincante la thèse de l'existence de chambres à gaz à Birkenau ou de l'extermination systématique des juifs. Du même coup, il ruine la théorie soutenue tout récemment par l'un des pires acteurs de la justice vengeresse de Nuremberg, le procureur américain Robert M. W. Kempner, qui affirme que les «constats historiques» concernant l'extermination des juifs reposent «presque exclusivement sur des documents officiels du gouvernement hitlérien, soigneusement conservés par une bureaucratie dont on connaît l'efficacité»(102). Affirmation qui se trouve être en contradiction flagrante avec des faits que Kempner est censé connaître mieux que quiconque. Le fameux «procès-verbal de Wannsee», auquel Kempner fait implicitement allusion ici, s'est révélé être un faux grossier, au moins pour sa partie essentielle. Il a été dit que Kempner pouvait être l'auteur de cette falsification, dans la mesure même où c'est à lui que nous devons sa «découverte» . Nous ne nous prononcerons pas sur ce point, car la vérification est malaisée. L'hypothèse n'est en tout cas pas à exclure, si
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l'on considère les méthodes dont Kempner a par ailleurs usé lorsqu'il siégeait comme procureur général au Tribunal Militaire Américain de Nuremberg.
Le seul document qui fasse apparaître textuellement le terme controversé (Vergasung) en corrélation avec un local (document de Nuremberg NO-4473, voy.ci-dessus, p.67) n'a pu être présenté à l'appui de la thèse de l'existence d'une "chambre à gaz" à Auschwitz-Birkenau, que par suite d'une erreur de traduction: Butz a montré que le mot Vergasungskeller ("cave de gazage" ou de "gazéification") avait été traduit en anglais par gas chamber (chambre à gaz). Le fait que des chercheurs allemands aient adopté cette interprétation erronée atteste à quel point, dans notre pays, la science historique est encore éloignée d'une observation sereine et objective, dès lors qu'il s'agit des événements et des faits en rapport avec l'idée d' "Auschwitz".
Nous avons établi qu'il n'est pas possible d'édifier le mythe d'Auschwitz à partir de pièces officielles allemandes; nous allons examiner maintenant les autres "preuves" avancées à l'appui de la thèse officielle.