rsgm6a.html?BK ZKXh+TEXTStMlޡ>v.8 Les responsables de la seconde guerre mondiale, P. Rassinier, 1961, chapitre VI

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Les responsables de la seconde guerre mondiale

Paul Rassinier

1967

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CHAPITRE VI

LES SUDETES

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1. - Un puzzle de minorités.

En 1938, la Tchécoslovaquie était un état d'Europe centrale installé sur un territoire de 12.1891 km2 et qui comptait 13.836.000 habitants. D'après le recensement de 1921, ces habitants se décomposaient ainsi : 6.727.038 Tchèques, 3.122.390 Allemands, 2.010.295 Slovaques, 745.935 Hongrois ou Magyars, 459.346 Ruthènes, 180.332 juifs, 75.656 Polonais et 238.727 ressortissants étrangers. Pas davantage d'unité territoriale, pas de frontières naturelles : à l'Ouest, le quadrilatère de Bohême, que les Monts de Moravie séparent de la Slovaquie; à l'Est, la Slovaquie étirée en boudin, que prolonge un morceau de l'Ukraine, la Ruthénie. «  Le pays, disait Mussolini, a la forme répugnante d'un intestin. »

De fait, d'une longueur d'environ 650 km, sa largeur ne dépasse pas 80 à 120 km sur la plus grande partie de cette longueur. Les Alliés qui, en 1919, poursuivaient le démembrement de l'Autriche-Hongrie ont rassemblé en un état ces territoires et ces populations qui en faisaient jusque-là partie et ont inscrit le nouveau statut de cet état dans les rraités de Versailles (art. 27 et 81 à 86), de Saint-Germain (art. 27 et 53 à 58) et de Trianon (art. 27 et 48 à 52). Ces traités précisaient tous que le nouvel état était de type fédéral, chaque nationalité devant jouir, dans son sein, de l'autonomie interne.

[157]

A cette décision, seuls les Tchèques et les Slovaques donnèrent leur accord. Non pas qu'il y eût la moindre affinité entre eux : le seul point commun qu'ils eussent était leur hostilité au régime austro-hongrois. Les premiers qui appartenaient à l'Autriche, avaient souffert du régime préférentiel dont jouissaient, en Bohême, les Autrichiens de souche allemande qui luttaient contre la culture et les traditions tchèques avec le soutien des autorités de Vienne et germanisaient progressivement le pays. Les seconds qui appartenaient, eux, au royaume de Hongrie, y avaient souffert de la magyarisation. Il y avait une importante émigration particulièrement en France, en Russie et aux États-Unis.

En 1914, quand la guerre éclata, Tchèques et Slovaques avaient pris le parti des Alliés, surtout les émigrés, non parce que leur cause leur paraissait juste, mais parce qu'ils espéraient de la guerre, l'écrasement complet de l'Autriche-Hongrie et leur indépendance. Malgré leur peu d'affinités entre eux, les émigrés des deux ethnies s'étaient réunis à Pittsburg, le 30 mai 1918, et avaient signé une convention fondant un état tchécoslovaque dans lequel les Slovaques auraient leur propre administration, leur propre parlement, leur propre langue et leur propre magistrature. Sous ces conditions, les Slovaques s'associèrent aux Tchèques et, plus tard, ils n'acceptèrent les traités de Versailles, de Saint-Germain et de Trianon que parce qu'elles y figuraient.

Des autres nationalités qui furent adjointes aux Tchèques et aux Slovaques dans l'état tchécoslovaque, il ne fut pas question à Pittsburg - on y parla de la Bohême, de la Moravie, de la Ruthénie sans en préciser les contours...

L'affaire avait été menée par les Tchèques, non sans des pensées plus précises et plus ambitieuses quant aux frontières du nouvel état, notamment par trois d'entre eux, tous trois émigrés, tous trois francs-maçons, austro-germanophobes fanatiques et non moins russophiles, surtout après la révolution russe de 1917 : Masaryk, Bénès et Stefanik. Ce dernier, un astronome de Meudon, s'était même fait naturaliser Français et était capitaine de l'armée française pendant la guerre.

Leur quartier général était Paris, mais les deux premiers faisaient de fréquents voyages en Suisse, en Angleterre, en [158] Italie après son entrée en guerre, et aux États-Unis où, à partir de 1917, ils entretiennent des relations étroites avec le président Wilson. Les Alliés qui ont intérêt à créer une cinquième colonne en Autriche-Hongrie, encouragent leurs menées. En France, un Comité national tchécoslovaque est constitué qui a des ramifications aux É.U. et finit, le 29 juin 1918, sous les espèces d'une lettre de M. Pichon, ministre français des Affaires étrangères, par être reconnu «  comme garant de tous les intérêts de la nation, base du futur gouvernement tchécoslovaque ». Cette lettre promet en outre que «  le gouvernement français s'emploiera à faire valoir les aspirations du peuple tchécoslovaque à l'indépendance dans ses frontières historiques ». L'Angleterre, les États-Unis et l'Italie s'alignent sur cette déclaration.

«  Les frontières historiques du peuple tchécoslovaque » est une formule qui n'a rien d'historique - il n'y a jamais eu de peuple ni d'état tchécoslovaques. Elle n'en est pas moins très précise dans l'esprit de MM. Masaryk, Bénès et Stefanik : elle englobe la Bohême, Allemands compris, et tout ce qu'ils pourront grapiller de l'empire austro-hongrois. Par ailleurs, ils n'ont promis l'autonomie interne aux Slovaques et ils n'ont accepté son inclusion dans les traités que pour obtenir leur adhésion au nouvel état qu'ils sont bien résolus à soumettre à leur hégémonie dictatoriale. Et s'ils y ont inclus les Allemands c'est, d'une part, parce que les régions occupées par eux sont fortement industrialisées et qu'autrement ils seraient réduits à un pays agricole, au surplus de forme et d'équipement arriérés ; d'autre part, pour être protégés des entreprises éventuelles du Reich allemand par les monts du Böhmerwald et de l'Erzgebirge qu'ils ont l'intention de fortifier.

Ayant la bénédiction des Alliés, les Tchèques de Paris s'érigent en gouvernement provisoire tchécoslovaque le 3 septembre 1918. Le 16 octobre, l'empereur Charles lance un manifeste annoncant que l'Autriche devient un État fédéral 1. Le 18, un comité national qui se dit tchécoslo[159]vaque mais ne comprend que des Tchèques prend le pouvoir à Prague. Le 9 novembre, il se déclare Assemblée nationale après s'être élargi par cooptation. Le 14, il proclame la déchéance des Habsbourg et l'indépendance de la Tchéquie et de la Slovaquie. Puis il lance les Tchèques à la conquête de la Bohême allemande, - faisant fi de l'ordonnance du 21 mai 1918, de l'empereur Charles - de la Slovaquie, de la Hongrie, de la Pologne qui vient, elle aussi de proclamer son indépendance et vont même jusqu'en Ruthénie. Du côté de la Pologne et de la Hongrie, ils sont stoppés par les missions militaires alliées, en Ruthénie par l'armée rouge qui occupe l'Ukraine.

Au moment où s'ouvre la Conférence de la paix (18 janvier 1919) leur autorité est reconnue de fait sur tout le pays qu'ils ont conquis. Et, à cette conférence, c'est par des Tchèques que le nouvel État tchécoslovaque sera représenté.

Si les Slovaques ne disent rien, tout en commençant à douter du type fédéral promis pour le nouvel État, il n'en va pas de même des autres nationalités : les Ruthènes voudraient bien être rattachés à l'Ukraine (ils ne se disent d'ailleurs pas Ruthènes mais Ukrainiens) mais l'Ukraine étant occupée par l'Armée rouge, ils acceptent à contrecoeur d'être incorporés à l'état tchécoslovaque sous promesse de l'autonomie interne et dans l'espoir de temps meilleurs ; les Polonais veulent être rattachés à la Pologne, mais ils ne sont pas assez nombreux pour faire valoir cette revendication, et on passe outre ; quant aux Hongrois, ils ne veulent pas être séparés des autres Hongrois et, bien qu'ils soient près de 800.000, on passe outre aussi.

Ce sont les Allemands qui opposent la plus farouche résistance car ils veulent à toute force suivre le sort de l'Autriche et rejoindre, avec elle, le Reich allemand. Ils ont, au surplus, l'impression qu'à vouloir les incorporer à un état placé sous la tutelle des Tchèques dont la culture et la civilisation sont en retard de plusieurs siècles sur eux, les Alliés leur font une injure : un peu comme celle qu'on fait aujourd'hui aux blancs rhodésiens que, sous couvert de démocratie et d'antiracisme, la conscience universelle voudrait placer sous la tutelle des nègres *.

[160]

Enfin, depuis la signature de l'armistice qui leur a donné blanc-seing, ils ont vu les Tchèques à l'oeuvre.

Pour lutter plus efficacement contre cette incorporation, ces Allemands qui occupent, sur le pourtour de la Bohême, le Deutschböhmen (Bohême allemande) le Südeninâhren (Moravie allemande) le Böhmerwaldgau (région de la forêt de Bohême) et le Südetenland (pays des monts Sudètes) se regroupent sous le vocable de Südetendeutsche (Allemands des Sudètes) qu'ils se donnent eux-mêmes, d'un commun accord, parce que c'est dans cette région qu'ils sont les plus actifs et les plus nombreux.

A la Conférence de la paix, le chancelier socialiste Karl Renner qui est le leader du rattachement de l'Autriche à l'Allemagne est, en même temps, le leader des Sudètes, d'ailleurs partie intégrante de l'Autriche. Il fait valoir le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes qui est, relativement à la réorganisation de l'Europe, l'article capital des quatorze points du président Wilson et la doctrine même des Alliés : on lui répond que ce point ne s'applique pas aux vaincus. Le 16 février 1919, des élections générales doivent avoir lieu dans toute l'Autriche : les Alliés les interdisent dans le pays dit des Sudètes.

Jusqu'à la signature du traité de Saint-Germain, le chancelier Karl Renner luttera pour que, conformément à la doctrine des Alliés, le pays des Sudètes fût soumis à un referendum : en vain. On avait promis à MM. Masaryk et Bénès et on ne reculait pas devant la violation de sa propre loi. Les 3.122.390 Allemands furent incorporés à la Tchécoslovaquie. Aucun transfert de population ne fut prévu : ces 3.122 390 Allemands furent livrés à la vindicte des Tchèques qui ne se firent pas faute de leur faire payer, avec usure, l'autorité que l'Empire austro-hongrois avait exercée sur eux, quand ils en faisaient partie.

Les autres nationalités incorporées à l'état tchécoslovaque, le furent de même, de force et sans être davantage consultées. Rendons cette justice à l'Angleterre que M. Lloyd George s'insurgea contre Clemenceau qui, soutenu par le président Wilson, menait le jeu dans ce sens, sans [161] doute par solidarité maçonnique 2 avec Masaryk et Bénès, mais finit par céder 3.

 [Légende des illlustrations qui se trouvent à cet endroit dans l'édition imprimée :

CHAMBERLAIN :
«  Le président Roosevelt et les juifs du monde entier ont exercé sur moi une forte pression pour me dissuader de conclure un arrangement avec Hitler. » (New Chronicle, 15 janvier 1952).
 
«  L'Amérique et les juifs du monde entier ont contraint l'Angieterre à la guerre. » (Chamberlain à Kennedy, cf. Journal de Forrestal)]

Contre la force, il n'y a pas de résistance; tout le monde s'inclina, la mort dans l'âme et la révolte au coeur.

La Tchécoslovaquie n'était rien, quoiqu'à une échelle réduite, qu'une autre Autriche-Hongrie, destinée, un jour ou l'autre, au même éclatement, avec ou sans la guerre.

Le 15 juin 1919, le chancelier Karl Renner adressa au président Clemenceau, une longue lettre qui contenait cet avertissement prophétique :

«  En persistant dans cette voie, les Puissances créeraient au centre de l'Europe, un foyer de guerre civile, dont le brasier pourrait devenir, pour le monde et pour son essor social, bien plus dangereux que ne le fut la fermentation continuelle dans les Balkans. »

En 1938, la Tchécoslovaquie fermentait depuis près de vingt ans, mais c'était un foyer de guerre mondiale, non seulement de guerre civile, qu'elle était devenue.

2. - Hitler et le problème tchécoslovaque.

De ce qui précède, le lecteur a déjà sûrement déduit que, si la Tchécoslovaquie était sous pression depuis près de vingt ans, c'était uniquement parce que, s'abritant derrière les lois de la démocratie, les Tchèques qui y étaient les plus nombreux s'y étaient conduits comme en pays conquis.

[162]

Reniant leurs promesses et violant les traités de Versailles, de Saint-Germain et de Trianon auxquels ils avaient souscrit, ce n'est pas un État fédéral reconnaissant les droits des diverses nationalités qu'ils avaient instauré, mais un État unitaire, fortement centralisé et dont les rouages étaient entre leurs mains : l'administration était tchèque et tchèques aussi la police, la gendarmerie, les cadres de l'armée, etc.

La seule originalité de ce système était l'existence, au sein du gouvernement, d'un ministère des Affaires slovaques : c'était la façon des Tchèques de leur reconnaître l'autonomie interne. Les Slovaques, doux et bons, naïfs et simples, s'en contentèrent longtemps : en 1938, les Tchèques avaient commis tant d'exactions à l'abri de ce ministère que les deux communautés étaient au point de rupture.

Les autres nationalités étaient inconnues de la constitution et, comme elles supportaient le fait beaucoup plus mal que les Slovaques, elles étaient plus étroitement surveillées et beaucoup plus brimées. Le budget comportait-il un poste pour le développement de l'Instruction publique ? C'était pour les écoles tchèques. Des indemnités de chômage ? C'était pour les Tchèques. Voter contre le gouvernement était un acte d'héroïsme : on y perdait son travail... Seules, abandonnées à elles-mêmes, aucun secours ne pouvant leur venir de nulle part, elles courbèrent le dos sous l'averse. Il y eut même, parmi ces populations, des courants favorables à une collaboration avec les Tchèques pour les amadouer.

Dans le cas des Sudètes qui est le mieux connu parce que, ayant été à l'origine du drame, il en a été beaucoup écrit, il n'y eut jamais, jusqu'en 1935, plus de 30 % d'entre eux qui se prononcèrent pour le parti des Sudètes de Konrad Henlein qui prêchait l'opposition systématique. Tout changea quand Hitler accéda au pouvoir en Allemagne, en janvier 1933 et qu'il suggéra l'idée à toutes les nationalités de la Tchécoslovaquie, qu'un secours pouvait venir de l'extérieur : la remilitarisation de la Rhénanie avait fait la preuve qu'il était fort, et l'Anschluss, qu'il appliquait sa force à libérer les peuples opprimés par le traité de Versailles comme c'était leur cas. Parmi les Sudètes, l'opposition systématique gagna du terrain : 50 % en 1935, 66 % en 1936 et 83 17o en 1938, Aux élections de 1936, ils obtin[163]rent quarante-quatre députés, le plus fort groupe parlementaire. Malgré la pression policière. Ils avaient même mordu sur les Tchèques.

Au parlement, le plus fort groupe après eux était celui du parti agrarien où les Slovaques étaient en majorité et dont le président était le Slovaque Hodza, favorable à l'autonomie interne dans le cadre d'un État fédéral, mais en sourdine seulement. M. Hodza fut désigné comme président du Conseil. Trois Allemands des Sudètes firent également partie de ce gouvernement : MM. Spina, chef du parti agrarien, Mayr-Harting, chrétien-social et Czech, social-démocrate.

Les choses traînèrent encore un peu, mais, en 1938 pendant la crise, la rupture était consommée entre Tchèques et Slovaques. La politique de rapprochement avec Moscou inaugurée par le traité russo-tchèque du 16 juin 1935, qui était celle de la franc-maçonnerie internationale dont M. Bénès était le porte-parole en Tchécoslovaquie et à laquelle les Slovaques et toutes les autres nationalités étaient foncièrement opposés avait gagné du terrain chez les Tchèques. Mais tous les Tchèques n'étaient pas communistes, ni francs-maçons. Les succès de Hitler avaient, parallèlement, persuadé bon nombre d'entre eux qu'une entente avec lui était plus susceptible de protéger leur indépendance qu'une lutte ouverte et de front, - qu'une politique plus compréhensive à l'égard des minorités s'imposait. Ceux-là partirent en dissidence, si bien que, président de la République, M. Bénès était en minorité 4. Il ne désarma pas pour autant.

Et Hitler ?

Le 11 mars, la veille de l'entrée des troupes allemandes en Autriche, Goering assurait à M. Mastny, ambassadeur de Bénès à Berlin, que « la Tchécoslovaquie n'avait aucune raison d'éprouver le moindre motif d'inquiétude ». Convoqué au Hradjin le 13 mars, M. Eisenlohr, ambassadeur [164] d'Allemagne à Prague, répétait le propos à M. Bénès. A la fin du mois d'août, pourtant, le problème qui était posé devant le monde par Hitler lui-même, était l'intervention des troupes allemandes en Tchécoslovaquie et on en tira la conclusion que Hitler ne tenait pas ses engagements. Une fois de plus, ajoutait-on, mais on aurait été bien en peine de citer un autre exemple où une attitude de Hitler non conforme à un engagement qu'il avait pris n'avait pas été provoquée par la rupture des engagements de l'un de ses adversaires.

En l'occurrence, le 11 mars 1938, la revendication des Sudètes était encore l'autonomie interne dans le cadre de l'état tchécoslovaque et, s'il soutenait ouvertement cette revendication, Hitler n'avait aucune raison d'intervenir. A la fin d'août, la revendication des Sudètes n'était plus l'autonomie interne, mais le rattachement au Reich et ils lui demandaient son appui. D'autre part, un incident qui s'était produit le 21 mai n'avait pas été sans envenimer les choses entre la Tchécoslovaquie et l'Allemagne : prétendant que Hitler avait mobilisé contre la Tchécoslovaquie, M. Bénès mobilisa en retour. Or, Hitler n'avait pas mobilisé, toutes les légations étrangères et, notamment, M. François-Poncet et le capitaine Stehlin 5, notre attaché militaire à Berlin, le confirmèrent après avoir vérifié : ce n'était qu'un faux bruit que M. Bénès avait lancé pour avoir un prétexte et Hitler considéra ce fait comme une provocation.

On a aussi tiré argument du fait que, le 21 avril 1938, Hitler avait demandé à Keitel de mettre au point un plan d'intervention militaire, pour prétendre que, quelles que soient les circonstances, il s'apprêtait à envahir la Tchécoslovaquie avant l'automne sachant pertinemment qu'il déclencherait la guerre. La guerre, il l'appelait, disait-on, de ses voeux et la meilleure preuve en était qu'il s'y préparait. Or, une guerre générale supposait le démantèlement de ce bastion fortifié fiché dans son flanc et qui verrouillait les pétroles roumains, les blés de l'Ukraine et les immenses plaines de l'Est européen.

A l'appui de cette thèse, on a invoqué la conférence que Hitler tint devant ses généraux à la chancellerie de Berlin, [165] le 5 novembre et dont le contenu nous est connu par le document dit Hossbach, du nom de l'aide de camp de Hitler qui en fit le compte rendu 6.

Que, le 21 avril 1938, Hitler ait demandé à Keitel de mettre au point un plan d'intervention militaire en Tchécoslovaquie, en prévoyant cette intervention au plus tard pour le 1er octobre, ne témoigne aucunement qu'il appelait la guerre de tous ses voeux et prévoyait qu'il réussirait à la provoquer pour cette date : il pensait bien, tous ses discours en témoignent, régler le problème tchécoslovaque comme la remilitarisation de la Rhénanie et comme l'Anschluss, c'est-àdire sans guerre. Mais, c'est la doctrine de tous les États, il lui fallait être fort pour décourager ses adversaires de lui faire la guerre et si, comme tout permettait de le penser, les Sudètes réussissaient à faire prévaloir la thèse du rattachement au Reich avant le 1er octobre, s'attendre, de la part de ses adversaires, à des réactions qui l'obligeraient à intervenir militairement. Donc y être prêt. Mais il ne cherchait nullement, comme on l'a dit, à précipiter les choses : la preuve en est faite par la déclaration qu'il fit à Jodl au lendemain de l'Anschluss et que Jodl consigne ainsi dans son journal :

«  Après l'incorporation de l'Autriche, Hitler déclare qu'il n'est pas pressé de régler la question tchèque 7. »

Que Hitler ait eu des vues sur les pétroles roumains, les blés de l'Ukraine, les immenses plaines de l'Est, ne fait pas de doute et ce n'est pas Mein Kampf qui y contredit. Qu'il ait pensé qu'il serait obligé de faire la guerre n'en fait pas davantage. Mais tout ce qu'on connaît de lui semble bien établir que jamais il ne pensa qu'il aurait à faire la guerre ni pour la Tchécoslovaquie (il était sûr, déclarations de Chamberlain, d'Eden, d'Halifax, etc. en mains, que l'Angleterre n'interviendrait pas, donc la France non plus), ni pour Dantzig et le couloir polonais (il était au mieux avec le colonel Beck), ni pour les pétroles roumains (qu'il pensait obtenir par des négociations en dressant la Roumanie contre l'Angleterre qui les possédait) ni pour Memel (la Lituanie [166] ayant aligné sa politique sur celle de la Pologne). La guerre n'était donc, dans son esprit, que pour le jour où il aurait une frontière commune avec la Russie et serait directement affronté à elle. Encore pensait-il arriver à dissocier la Pologne de la Russie en cultivant et en soutenant ses sentiments bien connus d'hostilité au bolchevisme, provoquer l'effondrement de la Russie de l'extérieur et n'avoir recours à la guerre qu'en cas d'échec de ce projet.

Le document Hossbach, qu'on a monté en épingle et sur lequel on s'appuie pour soutenir la thèse d'un Hitler voulant la guerre à tout prix, est d'ailleurs un document très douteux et très probablement sollicité. Son auteur lui-même n'a pu en garantir l'authenticité absolue : il l'avait écrit à la main et, ce qu'on a produit à Nuremberg, ce n'est pas ce texte original qu'on n'a jamais retrouvé, mais une copie dactylographiée non signée, qui n'était pas de lui et dont il a dit : «  Je ne puis dire si le document est une reproduction absolument exacte et littérale de ma relation originale. » Sur les intentions de Hitler relativement à la guerre, voici ce qu'il ajoutait :

«  Hitler, difficile à percer à jour, loin d'être toujours conséquent et qui, alors, n'était pas encore totalement imperméable aux conseils venus de l'extérieur, était-il réellement décidé, le 5 novembre 1937, à courir le risque d'une guerre pour réaliser ses idées fantastiques, qui étaient inconciliables avec les données et les possibilités effectives tant politiques que militaires ? La réponse à cette question occupera longtemps encore les historiens et les psychologues 8. »

Ajoutons, pour notre part, que même si ce document établissait indiscutablement la volonté de guerre délibérée de Hitler dès le 5 novembre 1937, ce n'est, de toutes façons, pas à la guerre qu'il a été contraint de faire qu'il pensait, puisque le document dit expressément de cette guerre-là qu'elle se situait, dans son esprit, en 1943. D'autre part, non moins expressément, le document ne la présente que comme «  éventuelle » et prête à Hitler l'espoir de pouvoir donner une solution politique au problème allemand.

[167]

Il semble bien enfin que cette conférence du 5 novembre 1937, n'ait eu d'autres buts que, de faire pression sur Fritsch pour hâter le réarmement. C'était l'opinion de Goering, de Raeder, de Blomberg, et de Fritsch lui-même. A l'appui : le document Hossbach (que le Führer refusa même de lire !) n'a jamais constitué une pièce de base dans la documentation de l'État-major allemand (où il ne fut jamais enregistré) et aucun plan ne fut jamais bâti par les généraux allemands sur son contenu. «  Seuls, conclut M. J. de Launay dans l'analyse qu'il en fait, les juges de Nüremberg l'ont pris au sérieux 9. » Ce n'est pas gentil pour les juges de Nüremberg.

Cette thèse de M. J. de Launay, qui est aujourd'hui celle de tous les historiens sérieux et objectifs, n'est pourtant pas celle qui prévaut dans l'opinion publique . s'il y a des historiens sérieux et objectifs, il y en a d'autres aussi qui sont orientés. Ils sont les plus nombreux et ils ont l'oreille du pouvoir et de la presse dans tous les pays du monde. On le doit à toute une littérature qui a monté en épingle en les grossissant démesurément, la résistance allemande à la politique de Hitler, ses exploits, le complot des généraux, etc. et qui s'appuie sur les témoignages d'hommes aussi douteux que les policiers allemands Gisevius 10 ou Schellenberg 11, le Dr. Paul Schmidt qui avait à se faire pardonner son long dévouement à Hitler 12 ou dont Hitler avait déjoué les plans comme le Dr. Schacht, son ministre des finances 13, et le général Halder, successeur du général Beck dont il a raconté l'histoire 14 au poste de chef d'état-major de l'O.K.W., etc.

Que les ratés des métiers académiques qui ont envahi la presse à la faveur de la victoire des Alliés aient accepté pour argent comptant les témoignages, écrits après coup, de toutes ces personnes qui en firent des plaidoyers pro [168] domo, passe encore : tous ces besogneux, après tout, écrivent pour les gens qui les paient. Mais que des professeurs d'histoire ne les aient pas passés au crible de l'Histoire passe l'entendement.

Ah ! ces résistants allemands Il est de bon ton, par exemple, de soutenir que, lorsque se posa le problème tchécoslovaque et d'une intervention militaire éventuelle, Hitler rencontra une forte résistance parmi ses généraux. Or, s'il est exact que les généraux se révoltèrent contre Hitler en nombre imposant, ce ne fut que le 20 juillet 1944. après Stalingrad et le mécontentement que provoquèrent chez eux les graves erreurs tactiques dont, pour la première fois, se rendit coupable Hitler : cette attaque en direction de Moscou puis, en pleine bataille sa dérivation en direction de Stalingrad était une incohérence. Aux yeux des généraux, il fallait, au départ, choisir Moscou ou Stalingrad et beaucoup d'entre eux pensaient que Stalingrad et le Caucase étaient préférables à Moscou, en ce sens que la manoeuvre aurait coupé la Russie de son centre vital, le Caucase, tandis que, prononcée sur Moscou, elle ne pouvait atteindre qu'un effet purement politique, sans aucun effet économique.

Quand, après avoir fait échouer l'offensive sur Moscou par son changement d'objectif en pleine bataille, Hitler se décida, un an après, pour Stalingrad, il était trop tard, l'armée russe aidée des Américains avait repris son souffle *. Le désastre (2 février 1943) frappa beaucoup l'ensemble des généraux qui se mirent à douter de ses capacités et à souhaiter, pour l'avenir, que la direction des opérations fût confiée à des hommes de métier. Le complot du 20 juillet 1944 ne s'explique que par le fait qu'ils ne réussirent pas, la lassitude d'une guerre qui durait depuis cinq ans à laquelle la présence de Hitler à la tête de la nation ne permettait pas d'entrevoir une issue, d'autres fautes tactiques qu'il commit dans la suite, etc. Mais on le sait aujourd'hui, en 1938, il n'y avait d'opposant parmi les généraux que le général Beck, chef d'état-major général : le 4 août 1938, à la demande de Beck, eut lieu à Berlin une réunion de tous les commandants d'armée et de groupes d'armée, hors la présence du Führer et, il fut seul, avec l'un de ses aides de camp, le général Adam, à se pro[169]noncer contre les projets de Hitler relatifs à la Tchécoslovaquie 15.

La thèse du général Beck était que, s'il fallait soutenir les Sudètes, il ne fallait pas aller jusqu'à l'intervention militaire qui entraînerait la guerre générale, comme elle avait été en 1936 qu'il ne fallait pas remilitariser la Rhénanie et quelques mois plus tôt qu'il ne fallait pas faire l'Anschluss pour la même raison. Étant donné les déclarations connues de l'Angleterre sur la politique de laquelle la France était contrainte de s'aligner, on le savait aussi par les déclarations publiques des ministres français, cette prise de position d'un homme aussi averti que le général Beck ne peut s'expliquer que par des arrière-pensées et, sur ce terrain, on est réduit aux hypothèses.

En voici une : le général Beck était un ami intime du Dr. Schacht. Le Dr. Schacht était franc-maçon. Le 2 janvier 1936, lorsque le président Roosevelt, autre franc-maçon, prononça l'anathème contre le Japon, l'Italie et l'Allemagne, tous les francs-maçons du monde s'alignèrent sur lui. Alors - coïncidence ? - commencèrent les difficultés entre le Dr. Schacht et Hitler. Le président Roosevelt était contre la remilitarisation de la Rhénanie en invoquant le respect des traités, le Dr. Schacht l'était en invoquant la prudence nécessaire et Beck suivait. L'hostilité à Hitler du président Roosevelt allait croissant, celle du Dr. Schacht aussi : en 1937, le 5 octobre, le premier prononça son célèbre discours de la Quarantaine à Chicago, le second informa Hitler, contre toute vraisemblance, qu'il ne lui serait plus possible de reconduire les effets Mefo, ce qui, au plan économique, privait l'Allemagne de ses liquidités financières et, le 8 décembre, il démissionnait de son poste de ministre. En février-mars 1938, il était contre l'Anschluss comme le président Roosevelt qui ne dit rien publiquement parce que M. Chamberlain l'avait prié de ne plus se mêler des affaires européennes (cf. infra, p. 171) mais qui n'en pensait pas moins tout haut devant ses intimes. Bien que n'étant plus ministre, il cherchait, [170] ainsi qu'en témoignent ses mémoires, à créer une agitation dans les milieux militaires. Au moment de l'affaire tchécoslovaque de même, le général Beck suivait et il suivait encore Schacht au moment du complot de juillet 1944. Il semble bien que, dans toutes ces affaires, le franc-maçon Schacht ait été le cheval de Troie du franc-maçon Roosevelt en Allemagne. Aucun document n'atteste les relations des deux hommes, mais les coïncidences sont trop précises et trop systématiques pour que cette idée soit à rejeter a priori. Ce n'est qu'une hypothèse et elle ne vaut que ce qu'elle vaut.

Telles sont les conditions dans lesquelles Hitler affronta le problème tchécoslovaque. N'ayant pas réussi à dresser les généraux contre Hitler, Beck démissionna de son poste, espérant être suivi. Le général Halder qui écrivit tant de choses contre Hitler après la guerre mais qui était, à l'époque, d'accord avec lui, accepta de le remplacer. Le général Adam fut limogé et ce fut tout.



3. - Le combat de Chamberlain pour la paix.

La conjoncture internationale ne fut pas moins favorable à Hitler qu'il ne l'avait prévu : l'Angleterre resta sur ses positions de non-intervention en Tchécoslovaquie et, chose qui étonna tout le monde, le président Roosevelt s'aligna publiquement sur elle. Aujourd'hui, on a l'explication de son attitude.

Le 11 janvier 1938, alors que les problèmes de l'Anschluss et des Sudètes commençaient à se poser, il avait informé Chamberlain, premier ministre anglais, qu'il projetait de convoquer une conférence internationale à Washington «  afin de définir les grandes lignes d'une action en faveur de la paix ». Chamberlain considérait Roosevelt comme un impulsif et un brouillon qu'il valait mieux tenir à l'écart des affaires européennes, il redoutait de lui fournir une tribune d'où il reprendrait, contre le Japon, l'Allemagne et l'Italie, ses accusations du 3 janvier 1936 et du 5 novembre 1937. Enfin il pensait que les affaires européennes étaient l'affaire des Européens et il était partisan d'une conférence à quatre seulement : Angle[171]terre, Italie, France et Allemagne. Voici sa réponse datée du 14 janvier 1938 :

«  Il est probable que les gouvernements allemand et italien, auxquels nous aurons à demander des concessions, n'y consentiront qu'à condition que les sujets traités conservent un caractère limité et concret et ne soient pas noyés dans des problèmes plus vastes 16 que le président serait désireux de voir régler dans leur ensemble.
«  Il serait regrettable, à mon avis, qu'une action à laquelle le président entend donner un caractère parallèle à la nôtre, compromette les progrès que nous avons laborieusement accomplis au cours des derniers mois. Ceci m'amène à me demander s'il ne serait pas plus sage, pour le président, de s'abstenir de tout geste, jusqu'à ce que nous ayons pu mesurer les nouveaux progrès qu'il nous est possible de réaliser dans la discussion des problèmes que nous avons abordés 17. »

Réponse du président Roosevelt, le 17 janvier

«  Compte tenu des opinions et considérations avancées par le premier ministre, je renonce volontiers à faire toute nouvelle proposition, jusqu'à ce que le gouvernement de Sa Majesté ait pu voir quel progrès il peut faire dans les négociations qu'il envisage. J'espère qu'il sera assez bon pour nme tenir au courant des développements que pourraient prendre ses négocations avec l'Allemagne et l'Italie 18. »

Et il se l'était tenu pour dit. Ainsi fut, au cours de l'année 1938, interrompue provisoirement la croisade de Roosevelt contre les dictatures : dans l'affaire de l'Anschluss comme dans celle des Sudètes, il aligna ses positions sur celles de Chamberlain (son message du 9 septembre 1938 et ses deux interventions auprès de Hitler et Mussolini du 27) dont le concours lui était nécessaire dans le Pacifique contre le Japon.

[172]

Il faut, maintenant, expliquer la position de l'Angleterre. Le traité de Versailles était à peine signé qu'elle s'aperçut que le problème des minorités en Europe centrale avait été mal résolu, que c'était une lourde faute de n'avoir pas appliqué à l'Autriche, la Tchécoslovaquie, Dantzig, le couloir polonais, Memel, etc., le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes qui était pourtant sa doctrine et celle du président Wilson *. Tôt ou tard, ces minorités allemandes devaient, comme les impératifs de la justice l'imposaient, revenir à l'Allemagne, Hitler ou pas Hitler, et ce serait un facteur de paix. En 1925, à Locarno, elle n'avait pas voulu prendre d'engagements en ce qui concernait les états artificiels créés à Versailles. Depuis, le bolchevisme l'inquiétait et elle n'approuvait pas la politique de la France à l'est de l'Europe, notamment le pacte franco-soviétique. Depuis 1935, elle multipliait les conseils de modération au président Bénès à l'égard de Hitler et lui disait qu'en cas de conflit, elle ne serait pas à ses côtés. Enfin, depuis cette date, elle était au mieux avec l'Allemagne avec laquelle, le 18 juin 1935, elle avait signé un pacte naval et ni l'Anschluss, ni la position prise par l'Allemagne dans l'affaire des Sudètes n'avaient altéré ces relations amicales. Le 17 juillet 1938, à un envoyé de Hitler, le capitaine Wiedmann, lord Halifax avait encore assuré, alors que la tension était à son point de rupture entre l'Allemagne et la Tchécoslovaquie :

- «  Dites à votre Führer que j'espère assister, avant ma mort, à la réalisation de ce qui est le but de tous mes efforts : voir Hitler reçu par le roi d'Angleterre et acclamé par la foule londonnienne au balcon du palais de Buckingham 19. »

C'est dans ces dispositions d'esprit que, le 3 août 1938, les quelques 3.500.000 Allemands des Sudètes étant au bord de l'insurrection, leurs trois représentants au gouvernement de M. Hodza ayant démissionné, les incidents de rue se multipliant, l'arrestation de Konrad Henlein étant [173] dans l'air et Hitler ayant annoncé que, de toutes façons. il interviendrait militairement au plus tard le '1er octobre à la demande du Parti des Sudètes 20, M. Chamberlain imposa à M. Bénès, contre son gré, l'envoi à Prague d'une mission d'enquête et de médiation présidée par lord Runciman. Le 10 septembre, l'intransigeance de M. Bénès avait fait échouer la mission. Il ne restait plus à M. Chamberlain, obsédé par la possibilité d'une guerre, qu'à rechercher directement avec Hitler, une solution raisonnable en faveur de laquelle il pourrait se prononcer et qu'il imposerait à M. Bénès, qu'il en fût d'accord ou non, que la France et la Russie, liées par le pacte franco-soviétique, en fussent, elles aussi, d'accord ou non. (Notons que, la France était au surplus, liée avec la Tchécoslovaquie par un traité signé le 25 janvier 1924, précisé le 16 octobre 1925 et que la Russie l'était aussi par le pacte russo-tchèque du 16 mai 1935.) C'est ainsi que naquit, dans son esprit, l'idée de se rendre personnellement auprès de Hitler, et qui aboutit aux entrevues de Berchtesgaden (14 septembre) et Godesberg (23 septembre).

Connaissant l'opposition à sa politique de Churchill qui s'était aligné sur celle des bellicistes français, Reynaud et Mandel, des travaillistes qui s'étaient ralliés à celle du [174] Parti socialiste français 21, ne voulant pas que son entreprise s'ébruitât et provoquât une polémique qui risquait de la mettre en échec, il la prépara dans le silence de son cabinet, seul avec lord Halifax auquel il l'avait soumise et qui l'avait approuvée d'emblée.

Il ne prévint ses autres ministres que lorsque Hitler eût accepté la première rencontre (13 septembre) : dès qu'ils la connurent, tous félicitèrent Chamberlain.

Il faut avoir vécu cette période et suivi, pas à pas, les efforts de Chamberlain pour mesurer au prix de quelles difficultés surgissant de toutes parts, il réussit à conduire son entreprise à bon port : à ces Accords de Munich, (29-30 septembre) tant décriés depuis la fin de la guerre mais qui, il faut avoir le courage de le reconnaître, rétablirent la justice en Europe centrale, en redonnant à l'Allemagne des territoires et des populations qui n'auraient jamais dû en être séparés. Sans préjudice du fait qu'ils ressuscitaient le Pacte à Quatre qui, si on avait poursuivi dans cette vole, pouvait assurer la paix en Europe pour des siècles.

A Berchtesgaden, le 14 septembre, il s'était mis d'accord, non sans peine, avec Hitler sur les régions des Sudètes qui devaient revenir au Reich et les délais d'évacuation par l'ad[175]ministration, l'armée et la police tchèques, mais ce n'était qu'un accord personnel qu'il fallait soumettre au cabinet anglais et, si possible, auquel il fallait rallier le g Gouvernement français. Les deux hommes sont donc convenus de se revoir le 23 septembre.

Il était à peine de retour à Londres et reposé des fatigues du voyage qu'il trouvait sur son bureau. une résolution votée par le Congrès juif mondial le 18 septembre et qui disait :

«  Notre devoir est de vous informer de l'anxiété croissante éprouvée par des millions de juifs en face des tentatives de l'Allemagne pour acquérir de nouveaux territoires habités par des juifs 22.
«  Les juifs du monde entier n'ont pas oublié le traitement inhumain infligé aux juifs de la Sarre et de l'Autriche 23.
«  L'exécutif du Congrès juif mondial vous prie en conséquence, de n'accepter aucun règlement qui ne sauvegarderait pas absolument les droits des juifs. »

Plus tard il avoua que, pendant toute cette période « les juifs ont exercé sur moi une forte pression pour me dissuader de conclure aucun arrangement avec le Führer 24. »

Le 16 septembre, le Cabinet anglais s'était rallié à l'accord Chamberlain-Hitler à l'unanimité : restait à obtenir l'assentiment du gouvernement français. M. Georges Bonnet y était acquis par avance : le 15 septembre, avant même que M. Chamberlain soit de retour, il avait informé Londres que « le gouvernement français soutiendrait toutes les propositions que le premier ministre pourrait faire accepter à Hitler concernant la Tchécoslovaquie. » Et il avait prié M. Lacroix, notre ambassadeur à Prague, d'avertir Bénès que «  au cas où l'Allemagne recourrait à la Guerre, il ne serait pas facile au gouvernement français d'avoir toute l'opinion derrière lui, si la France n'était pas attaquée et si elle n'avait pas la certitude d'avoir l'Angleterre à ses [176] côtés 25 ». Daladier est plus réticent : il doit tenir compte que si, dans son cabinet, Chautemps, Queuille, Monzie, Pomaret, Marchandeau sont, avec Bonnet et lui, partisans de la conciliation, Reynaud, Mandel, Campinchi, Jean Zay, Chappedelaine et Champetier de Ribes y sont hostiles et le crient sur tous les toits.

Finalement, à Londres où ils ont été convoqués, le 18 septembre, par Chamberlain, Daladier et Bonnet se déclarent d'accord avec le Plan Chamberlain-Hitler sous deux réserves : la nouvelle frontière sera délimitée par une commission internationale dont fera partie la Tchécoslovaquie et elle sera garantie contre toute nouvelle agression par l'Angleterre. Puis ils rentrent à Paris : le 19 septembre, le Conseil des ministres français réuni à l'Elysée sous la présidence de M. Albert Lebrun, se rallie à son tour, à l'unanimité, à cette solution. Mais ce n'est qu'une unanimité de façade : les uns ont approuvé le plan qui devenait ainsi le Plan franco-anglais, parce qu'ils y voyaient le seul moyen de sauver la paix, les autres parce qu'ils sont convaincus que Prague ne l'acceptera pas. Ils font d'ailleurs tout pour que Prague n'accepte pas : ce plan ayant été remis à M. Osusky, ambassadeur de Prague à Paris, le même jour dans l'après-midi, muni de la signature de la France et de l'Angleterre, M. Churchill qui tonne à Londres contre la politique de Chamberlain, bondit à Paris, le 20 septembre, pour alerter Mandel et Reynaud, et, encouragé par ses conseils, M. Mandel appelle Bénès à Prague et lui tient ce langage :

«  Vous êtes à la tête d'une nation libre et indépendante, ni Paris, ni Londres n'ont à vous dicter votre conduite. Si votre territoire vient à être violé, vous ne devez pas hésiter une seconde à donner l'ordre à votre armée qui y est prête, de défendre votre Patrie. Ce faisant, vous sauverez l'Europe de l'Hitlérisme, car je puis vous dire que si vous tirez le premier coup de canon, l'écho s'en répercutera dans le monde de telle façon que les canons de la France, de l'Angleterre et aussi ceux de la Russie soviétique partiront à leur tour, et tout seuls. Vous serez suivi par tout le monde [177] et l'Allemagne sera battue dans les six mois sans Mussolini, dans les trois mois avec Mussolini 26 ».

De son vrai nom, M. Mandel est Jéroboam Rothschild quoique non apparenté aux Rothschild, et il est ministre. Noblesse oblige : à la place qu'il occupe il se doit d'inscrire son comportement dans la ligne tracée par la récente adresse du Congrès mondial juif à M. Chamberlain. Tous les coreligionnaires de M. Mandel partagent sa manière de voir, ou peu s'en faut : à ma connaissance, on n'a signalé qu'une exception de marque en France : Emmanuel Berl.

Grâces lui en soient rendues.

Puis viennent les difficultés qui sont suscitées à NI, Chamberlain par M. Bénès : le 21 septembre, il a bien accepté le Plan franco-anglais, mais, le 23 à 22 h 30, il décrète la mobilisation générale en Tchécoslovaquie... Visiblement, il a suivi le conseil de M. Mandel et cru qu'«  au premier coup de canon qu'il tirerait, l'écho s'en répercuterait dans le monde de telle façon que les canons de la France, de l'Angleterre et de la Russie partiraient à leur tour, tout seuls ». De fait, la France mobilise aussitôt 600 000 hommes : il exulte. Il mise sur un courant d'opinion qui contraindrait l'équipe Daladier-Bonnet à céder la place à une équipe Mandel-Reynaud en France et, en Angleterre, Chamberlain à la céder à Churchill. Dans la nuit du 21 au 22 septembre, un de ses ministres s'est ouvert de cet espoir, par fil, au journaliste français Rosenfeld, ami et collaborateur de Léon Blum au pouvoir : celui-ci lui a répondu qu' « il ne fallait pas compter sur un revirement aussi rapide de la France et de son gouvernement 27 » mais, apparemment, il ne l'a pas cru.

[178]

Mussolini a mobilisé sa marine de guerre et concentré plusieurs divisions sur les Alpes, face à la France. La Belgique, la Pologne et la Hongrie prennent des mesures militaires. L'Europe est en armes : si Hitler insiste, il y aura la guerre. Un point noir seulement : malgré le Pacte franco-soviétique et le Traité russo-tchèque, la Russie n'a pas bougé, sous le prétexte, d'ailleurs justifié que, la Pologne et la Roumanie ayant interdit l'accès de leur territoire aux troupes russes, elle ne peut être d'aucune aide. Il y a bien aussi le fait que c'est contre la Tchécoslovaquie que la Pologne (pour Teschen) et la Hongrie (pour la Ruthénie) ont pris des mesures militaires.

Mais M. Bénès se charge des Polonais et des Hongrois. Il est sûr que Mussolini n'a pris de mesures militaires que pour la forme et qu'il n'interviendra pas. Quant à la défection de la Russie, si elle l'affecte, ce n'est pas outre mesure : la France et l'Angleterre suffiront pour abattre l'Allemagne et d'autant plus que, franc-maçon, il connaît la défection de Schacht et de Beck, croit l'opinion allemande et l'armée pour la première fois divisées. Car il croit toujours aussi à une intervention de la France et de l'Angleterre : la France a déjà mobilisé, l'Angleterre y viendra, entraînée par la France. Mandel avait raison : il ne s'est trompé que sur la Russie mais, placée devant le fait accompli, elle sera entraînée à son tour, ne serait-ce que par les ambitions qu'elle nourrit du côté de la Pologne. Alors, il s'affermit sur ses positions.

Lorsqu'il apprend la mobilisation générale tchécoslovaque, M. Chamberlain est à Godesberg, chez Hitler. La discussion est très épineuse. D'entrée de jeu, M. Chamberlain lui a dit que le plan franco-anglais prévoyait l'établissement de la nouvelle frontière par une commission internationale dont ferait partie la Tchécoslovaquie et devrait, d'autre part, être garantie par les Puissances signataires de l'accord. Enfin des délais doivent être prévus pour l'évacuation de la zone des Sudètes par l'administration, la police, l'armée et éventuellement, des populations tchèques. Le Führer s'était, aussitôt hérissé : il ne veut pas entendre parler de commission internationale dont ferait partie la Tchécoslovaquie pour la fixation de la nouvelle frontière : il veut bien parler avec des Anglais, des Français, des [179] Italiens mais ni avec des Tchèques, ni avec des Russes. Il ne veut pas garantir cette nouvelle frontière tant que la Tchécoslovaquie n'aura pas réglé ses différends avec la Pologne et la Hongrie. Enfin, les délais sont trop longs, c'est tout de suite, puisque M. Bénès a accepté le plan franco-anglais, qu'il faut évacuer la zone des Sudètes, sans quoi, M. Bénès trouvera le moyen de tout remettre en cause pendant les délais et l'Allemagne comme les Sudètes trouveront le moyen d'être, une fois de plus, bernés 28. Chamberlain se cabre, on est au bord de la rupture. On lève la séance et on convient tout de même de se revoir le lendemain.

Mais le lendemain, Chamberlain n'est pas au rendez-vous. Entre temps, il a réfléchi et pose des conditions à la reprise des pourparlers. Finalement, tout s'arrange et les deux hommes se retrouvent en présence l'un de l'autre. Hitler tire de sa poche un plan des zones à évacuer dans les quarante-huit heures, d'autres zones, non prévues le 14 septembre, où aura lieu un plébiscite, et rédigé dans le style d'un ultimatum : c'est de nouveau la rupture quand, soudain, arrive le télégramme qui annonce la mobilisation générale tchécoslovaque. Les deux hommes se regardent atterrés : pas de doute, c'est la guerre. Silence de plomb. Hitler s'interroge. Tout à coup, au bout d'un moment qui paraît interminable, Hitler dit : «  Malgré cette provocation inouïe, je maintiens ma proposition de ne rien entreprendre contre la Tchécoslovaquie aussi longtemps que les négociations seront en cours, ou tout au moins, M. Chamberlain, aussi longtemps que vous vous trouverez sur le territoire allemand 29. »

L'atmosphère se détend, la conversation reprend, Hitler accepte de discuter les délais, puis il ajoute : «  Par égard pour vous, M. Chamberlain, je suis prêt à prolonger les délais. Vous êtes le premier homme à qui j'aie jamais [180] fait une concession. Je consens à reporter la date limite de l'évacuation au 1er octobre 30. » Puis il accepte encore quelques modifications de forme qui font de cet ultimatum quelque chose qui se rapproche du titre de Memorandum qu'il a donné à son plan, mais ne retire pas sa prétention au plébiscite dans les zones dont il ne prévoit pas l'évacuation dans les délais. Pour finir, sans s'engager sur son contenu, M. Chamberlain accepte de transmettre ce texte au gouvernement tchécoslovaque.

Les deux hommes se quittent alors. Hitler, enchanté, est très loquace : en raccompagnant le premier ministre anglais, il lui tient des propos très rassurants sur l'absence de motifs de frictions entre l'Allemagne et l'Angleterre, qui, la décision irrévocable de l'Allemagne de ne jamais faire obstacle aux intérêts extra-européens de l'Angleterre, la tranquillité d'esprit avec laquelle elle peut lui laisser les mains libres en Europe centrale et dans l'Est européen.

M. Chamberlain ne dit rien : visiblement, il est très préoccupé par la promesse qu'il vient de faire de transmettre le Memoradum de Hitler au gouvernement tchécoslovaque mais, probablement, plus encore par l'accueil que lui feront M. Bénès - qui vient de mobiliser ­ et les gouvernements français et anglais.



4. - Les accords de Munich.

Le dernier acte de la négociation est dramatique : M. Bénès à qui le Memorandum allemand a été remis le 24 septembre dans l'après-midi a chargé, le 25, son ambassadeur à Londres, M. Jan Masaryk (fils du premier président décédé de la République tchécoslovaque) de remettre à lord Halifax sa réponse qui est un refus motivé par des considérations de ce genre : «  Nous n'avons accepté le Plan franco-anglais qu'à la suite de pressions extrêmes et sous la contrainte [sous-entendu de l'Angleterre et de la France] ... le Memorandum allemand est, en réalité, un ultimatum ... il va beaucoup plus loin que le plan franco-anglais... mon [181] Gouvernement en a pris connaissance avec indignation... » et qui se termine ainsi :

«  Mon Gouvernement tient à déclarer d'une façon solennelle que, sous leur forme actuelle, les exigences de M. Hitler sont totalement et absolument inacceptables. Il se sent tenu de leur opposer la résistance la plus farouche, ce que nous ne manquerons pas de faire avec l'aide de Dieu. La nation de saint Wenceslas, de Jean Huss et de Thomas Masaryk ne sera jamais une nation d'esclaves. En cette heure suprême, nous comptons sur l'assistance des deux grandes démocraties occidentales, dont nous avons suivi les conseils, bien à l'encontre de notre jugement personnel 31. »

En possession de cette réponse que lui a aussitôt transmise lord Halifax, M. Chamberlain invite MM. Daladier et Bonnet à venir se concerter avec lui et convoque son conseil des ministres pour le mettre au courant : les membres du gouvernement britannique sont consternés par le Memorandum allemand et, à l'unanimité, décident de ne pas le cautionner.

Mais, ayant eu connaissance de ce texte et y ayant lu que M. Bénès n'avait accepté le plan franco-anglais que contraint par la France et l'Angleterre, M. Churchill et les travaillistes ont pris feu : comment, on avait osé ?... Scandaleux ! Le 26 septembre, le premier se rend à Downing Street pour protester et plaider véhémentement en faveur de son projet de «  Grande Alliance » (France, Angleterre, Russie); quant aux seconds, le même jour, leur commission exécutive vote une motion vengeresse dans le même sens.

Le 25 septembre à quinze heures, M. Daladier donne connaissance de ce Memorandum à son conseil des ministres réuni à l'Élysée et l'informe de l'invitation de M. Chamberlain. Tous sont d'accord pour ne pas le cautionner non plus sauf M. Georges Bonnet qui déclare que «  si certains points lui paraissent inacceptables, d'autres pourraient peut-être faire l'objet d'une discussion » et M. de Monzie qui, ayant demandé à M. Daladier quelle réponse il ferait aux Anglais si ceux-ci l'interrogeaient «  sur l'attitude de la France, au cas où l'Allemagne attaquerait la Tchécoslova[182]quie » s'est entendu répondre : «  Je veux bien faire toutes les concessions possibles, mais, devant une agression non provoquée nos engagements jouent. Je leur reste fidèle. » Il a aussitôt rétorqué : «  Nous sommes quelques-uns qui ne nous résignons pas à la guerre 32. » Le conseil des ministres est partagé en deux comme le 19 septembre 33.

A 17 h 30, Daladier et Bonnet s'envolent pour Londres où ils sont reçus, vers 21 heures, à Downing Street par MM. Chamberlain, lord Halifax, sir John Simon, sir Samuel Hoare, sir Horace Wilson, sir Robert Vansittart et sir Alexander Cadogan *.

La rencontre est dominée par des considérations qui posent un véritable cas de conscience. Français et Anglais ne peuvent pas conseiller à M. Bénès d'accepter le Memorandum allemand parce qu'ils ne sont pas d'accord sur l'étendue des zones à céder et pas davantage sur celles qui seront soumises à un plébiscite. Comme le plébiscite sera favorable aux Allemands et que Polonais et Hongrois en réclament un aussi, ce serait une désarticulation totale de l'État tchécoslovaque qui équivaudrait à sa condamnation à mort et à sa disparition de la carte de l'Europe. Enfin, ils n'ont pas les moyens militaires de faire reculer Hitler ou de l'abattre par la guerre s'il se maintient sur ses positions et ils ne peuvent pas non plus conseiller à Bénès de refuser puisqu'ils ne pourraient pas l'aider sans se lancer dans une aventure où ils joueraient perdants au départ. Du moins est-ce l'opinion des Anglais.

Les Français sont divisés : Daladier croit qu'il est possible de battre Hitler avec l'aide des Anglais, s'il s'obstine, mais M. Bonnet, qui sait l'état d'impréparation de l'armée française et l'importance de l'aide que peut apporter l'Angleterre à la France si elle vole au secours de la Tchécoslovaquie - deux divisions non motorisées et cent cinquante avions pour les six premiers mois de la guerre 34 - est beaucoup plus sceptique.

Une troisième solution ? Il n'y en a qu'une : la poursuite [183] des négociations qui permettrait d'amener Hitler à réduire ses exigences et M. Bénès à se montrer moins intransigeant.

Chamberlain n'a pas renoncé à la méthode. Apparemment, Daladier n'a pas pris garde à la faiblesse de l'aide que l'Angleterre pourrait apporter à la France, si elle se lançait dans l'aventure à la suite de Bénès. Chamberlain le lui rappelle. Puis il oriente la discussion de telle sorte que Daladier prenne à son tour conscience de l'impréparation de la France et s'associe à lui, dans son effort de négociation : «  J'ai recueilli, dit-il, les informations les plus alarmantes sur l'état de l'aviation française et l'incapacité de vos usines à remplacer les appareils perdus dans les premiers jours de la guerre. Si une pluie de bombes s'abat immédiatement sur Paris, sur les aérodromes, sur les gares, sur les centres ferroviaires, la France se trouvera-t-elle en mesure de se défendre et de contre-attaquer 35  ? »

Appelé en consultation, le général Gamelin répond à Chamberlain en soulignant la force de l'infanterie française, les faiblesses de l'armée allemande, sa pénurie de cadres et de matières premières, sa ligne Siegfried inachevée, l'impossibilité pour l'Italie de soutenir l'Allemagne en guerre, la puissance de l'armée tchécoslovaque qui peut «  tenir ferme », au nord et au sud de la Moravie, etc. 36.

M. Chamberlain n'est pas convaincu. Finalement, il suggère un moyen qui lui parait susceptible de relancer la négociation : sir Horace Wilson partira pour Berlin avec mission de remettre à Hitler un message par lequel il lui fera connaître que le gouvernement a repoussé son Memorandum et le pressera de recourir à la négociation plutôt qu'à la force. S'il refuse il lui lira la déclaration suivante :

«  Le Gouvernement français nous a fait connaître qu'il tiendrait pleinement ses obligations en cas d'attaque allemande contre la Tchécoslovaquie. Si la France se trouvait entraînée à des hostilités contre l'Allemagne en exécution des obligations découlant des traités, le Royaume-Uni se sentirait tenu de lui venir en aide 37. »

Français et Anglais, tous sont d'accord sur cette procédure.

[184]

Les Français quittent Londres et arrivent à Paris le 26 dans l'après-midi. Ils sont très sceptiques sur les résultats de la procédure à laquelle ils ont donné leur accord : «  Je crains, à présent, dit M. Georges Bonnet aux journalistes qui l'attendent au Quai d'Orsay, que la guerre ne soit inévitable 38. »

A Berlin, où il arrive dans la soirée en compagnie de sir Ivone Kirkpatrick et de sir Nevile Henderson, sir Horace Wilson est reçu à la chancellerie par Hitler en présence de Ribbentrop. Hitler est coléreux, irrité à un point qu'on ne saurait dire par la mobilisation tchécoslovaque dont son service de renseignements lui dit qu'elle bat son plein, par une déclaration faite, devant un groupe de diplomates étrangers, par M. Krofta, ministre des Affaires étrangères de M. Bénès, le 24 septembre, et par une information de Pologne qui lui est parvenue le matin même.

Voici la déclaration de M. Krofta : «  De nouvelles concessions de notre part sont impossibles, maintenant que notre mobilisation est en cours. Nous avons dépassé le stade dangereux et nous tenons la situation militaire bien en main. Nous nous attendions hier, à une première attaque de la Luftwaffe, destinée à empêcher la concentration de nos troupes. Elle n'a pas eu lieu. Il faut interpréter cette abstention comme un signe de faiblesse. Si notre mobilisation se poursuit normalement demain et après-demain, quarante divisions tchèques seront prêtes à faire face aux quatre-vingts divisions allemandes 39. »

L'information qu'il a reçue de Pologne le matin même est la suivante : M. Mosciki, président de la République polonaise a reçu une lettre personnelle de Bénès lui proposant «  le règlement des litiges frontaliers qui les opposent » et qui se termine sur « l'espoir d'une collaboration plus active entre les deux pays 40. » Hitler soupçonne que cette initiative lui a été suggérée par Moscou qui voudrait bien obtenir le passage de ses troupes par la Pologne.

« La poursuite des négociations n'a plus aucun sens ! » rugit-il lorsque le Dr. Paul Schmidt lui a traduit la lettre [185] de Chamberlain. Puis il se lance dans une litanie d'imprécations contre Bénès, les Tchèques, Moscou etc. Le Dr Schmidt dit qu'il ne l'a jamais vu dans un état pareil. Pour terminer, il lance : «  Le 1er octobre, j'aurai amené les Tchèques où je veux. »

Finalement, sir Horace Wilson lui demande doucement - il a une voix fluette, paraît-il - de recevoir quand même les négociateurs tchèques.

Tout à coup, alors que personne ne s'attend à ce dénouement, Hitler dit, toujours coléreux : « Eh, bien soit ! Je les reçois mais à deux conditions : que le Gouvernement tchèque accepte mon memorandum et qu'il me livre les territoires sudètes le 1er octobre. J'attends sa réponse avant le 28 septembre à quatorze heures 41. »

M. Chamberlain a marqué un point : il faut, maintenant, que les Tchèques soient au rendez-vous. Il va s'y employer. Qui sait ? Si opposés que soient les points de vue, les négociations peuvent reprendre ?

Le soir-même, Hitler prononce au Sportpalast un discours incendiaire contre les Tchèques mais qui rend un hommage chaleureux à M. Chamberlain. Le premier ministre anglais saisit la balle au bond : tard dans la nuit il prononce à la radio de Londres un discours conciliant, qui rend sa politesse au chancelier allemand et qui l'assure que « les Sudètes pourraient être incorporés au Reich sans que coule une goutte de sang. » Puis il appelle sir Horace Wilson qui est encore à Berlin et le prie d'aller dès le lendemain 27, «  dire à Hitler de sa part que l'Angleterre est prête à garantir l'exécution des promesses déjà faites par Prague à condition que l'Allemagne s'abstienne de recourir à la force. » C'était d'un fin psychologue mais hélas !...

Le 27 septembre, un peu avant midi, sir Horace Wilson est reçu par Hitler : très mal. Tout ce qu'il en tire, au milieu d'imprécations et de menaces plus terrifiantes encore que la veille, c'est qu'il n'y a plus qu'une alternative : ou bien Prague accepte son Memorandum ou bien il le rejette. Dans le premier cas, il attend la réponse pour le lendemain avant quatorze heures, dans le second, il entrera le 1er octobre dans le pays sudète à la tête de l'armée allemande.

[186]

«  Alors, dit sir Horace Wilson, je n'ai plus qu'à m'acquitter de la dernière mission dont m'ait chargé le Premier ministre. » Et il lui lit le texte sur lequel, la veille à Londres, ministres français et anglais sont tombés d'accord : « ... au cas où la France serait entraînée dans des hostilités contre l'Allemagne, en exécution des obligations découlant des traités, le Royaume-Uni se sentirait tenu de lui venir en aide. »

Sans effet. Hitler prend acte sur un ton cinglant, se déclare prêt à toute éventualité, indifférent à l'attitude de la France et de l'Angleterre et peu effrayé à l'idée que, selon ses propres termes « la semaine prochaine, nous serons tous en guerre les uns contre les autres. »

Sir Horace Wilson prend congé : le soir même, il est à Londres. M. Chamberlain mobilise sa flotte mais ne se décourage pas pour autant : il se tourne alors vers Bénès, l'informe que si, le lendemain à 14 heures, il n'a pas accepté les propositions allemandes, les troupes allemandes entreront en Tchécoslovaquie et qu'aucune puissance au monde ne peut épargner ce destin à son pays, qu'une guerre même, quelle qu'en soit l'issue, n'en évitera pas le démembrement, que de toutes façons les territoires sudètes devront revenir à l'Allemagne. Alors, pourquoi une guerre ?

Peine perdue : M. Bénès reste tout aussi inflexible que Hitler.

Le soir, Chamberlain prononce un nouveau discours à la radio de Londres. C'est un avertissement aussi bien aux Tchèques qu'aux Français. Aux premiers, il dit qu'il n'est pas pensable d'envisager une guerre «  pour un pays lointain, peuplé par des gens dont nous ne savons rien. » Et aux seconds : «  Quelle que soit la sympathie que nous ayons pour un petit peuple aux prises avec un puissant voisin, il n'est pas question que nous entraînions l'empire britannique dans la guerre pour cette seule petite nation. »

A Prague, on est atterré, - atterré, mais M. Bénès n'en modifie pas son attitude pour autant : il croit aux assurances que lui a données M. Mandel, lequel aurait déclaré à M. Georges Bonnet qui lui rappelait que la France était dans un état d'infériorité : «  Je le sais, mais les démocraties ne préparent jamais les guerres que lorsqu'elles les ont [187] déclarées. Il faut donc commencer par déclarer la guerre 42. » La guerre d'abord, après on verra...

A Paris, MM. Daladier et Bonnet sont soulagés : ils pourront invoquer l'attitude de l'Angleterre. Dans le clan Mandel-Reynaud, on n'est pas moins atterré qu'à Prague. A Londres, dans le clan de M. Churchill et chez les travaillistes, on est révolté.

De Berlin, le Führer remercie M. Chamberlain pour ses efforts en faveur de la paix : il peut continuer, lui dit-il, mais, quant à lui, il n'y croit plus et n'y peut plus rien. A New-York, M. Roosevelt croit venu le moment de faire sa réapparition sur la scène du monde avec son projet de conférence internationale « élargie à toutes les nations directement intéressées à la controverse 43 », - à la controverse, non au problème, ce qui signifie que la Russie...

Déjà, le 26 septembre dans la nuit, après le discours de Hitler au Sportpalast, il lui a adressé un télégramme lui prêchant la modération et mettant l'accent sur les responsabilités qu'il prenait. Hitler l'avait assez mal pris et, sèchement, lui avait répondu que « c'était à Prague, non à lui, qu'il devait adresser ses admonestations. » Il revient à la charge dans la nuit du 27 au 28 septembre et, cette fois, il est un peu plus adroit : « Si vous consentiez à une solution pacifique... des centaines de milliers d'hommes à travers le monde reconnaîtraient, j'en ai la conviction, que ce geste de votre part dépasse les services rendus dans l'histoire de l'humanité entière 44. »

« Le monde entier, dit Georges Bonnet 45, accueille cette exhortation avec enthousiasme et reconnaissance. »

Dans le clan belliciste où l'on pense que Hitler ne cèdera pas à Roosevelt et où l'on se dit que, cette fois ça y est, le président des U.S.A. entrera en lice en cas de guerre, on se félicite.

De fait, ce n'est pas à Roosevelt que Hitler a cédé, mais à Mussolini qui, fort adroitement lui a coupé l'herbe sous le pied et l'a, une fois de plus, écarté des affaires d'Europe où, depuis janvier 1938, il brûlait d'intervenir.

[188]

Dans cette nuit du 27 au 28 septembre, le Foreign Office et le Quai d'Orsay ont déployé une activité fébrile en direction de Rome, Mussolini leur paraissant le seul homme susceptible d'avoir une influence sur Hitler. Roosevelt lui a envoyé un télégramme le priant humblement de tout mettre en oeuvre pour obtenir la réunion d'une conférence. Tous les États d'Amérique latine en ont fait autant. Au matin du 28 septembre alors que tout le monde voyait avec terreur la pendule courir sur les quatorze heures fatidiques et croyait tout perdu, le Duce envoie son Ambassadeur à Berlin, dire à Hitler que «  quoi qu'il décide, il est à ses côtés », lui demander de «  repousser de vingt-quatre heures le délai fixé » et offrir sa médiation.

Au même moment, arrive sir Nevile Henderson, porteur d'un message de Chamberlain. « L'essentiel des revendications allemandes, dit ce message, peut recevoir immédiatement satisfaction et sans guerre... Je suis prêt, ajoute Chamberlain, à venir à Berlin, sur-le-champ, pour m'entretenir avec vous des modalités du transfert, en même temps qu'avec les représentants de la France, de l'Italie et de la Tchécoslovaquie. »

Hitler a déjà accepté la proposition de Mussolini . « Dites à M. Chamberlain qu'à la requête de mon grand allié le Duce, j'ai déjà accepté de retarder de vingt-quatre heures l'ordre de mobilisation générale. Je dois maintenant le consulter. »

La partie est gagnée : quelques heures plus tard, MM. Daladier et Chamberlain sont invités par Hitler à venir conférer avec lui et le Duce à Munich.

Et ce furent les accords de Munich.

LE MOT DE LA FIN


Si nous avons relaté l'affaire de l'Anschluss et celle des Sudètes avec un luxe de détails que, peut-être, on pourrait nous reprocher, c'est pour rendre à M. Chamberlain, l'hommage qui lui est dû : ce conservateur mit au service de ces deux idées essentiellement progressistes - au sens littéral du mot - que sont le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et la défense de la paix, un acharnement, une ténacité dignes d'éloges. Vieux et déja malade, il fit, par ailleurs, preuve d'une étonnante vigueur intellectuelle autant que physique. C'est aussi pour mettre son comportement en parallèle avec celui de tant d'autres, progressistes par définition, qui se mirent si outrageusement en contradiction avec leurs propres principes et leur propre doctrine - les socialistes français et les travaillistes anglais, notamment. Ne parlons pas des communistes chez qui tout n'est que tactique et doctrine de façade.

En 1919, le 18 septembre, à la chambre des députés, Jean Longuet s'était prononcé contre la ratification du Traité de Versailles au nom du groupe parlementaire socialiste unanime. Son discours était d'une facture remarquable. Il citait Renan :

« Une nation est une grande solidarité constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé, elle se résume pourtant dans le présent par un fait intangible, le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L'existence d'une nation est un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de vie. Oh ! je le sais, cela est moins métaphysique que le droit divin, moins brutal que [190] le prétendu droit historique. Dans l'ordre d'idées que je vous soumets, une nation n'a pas plus qu'un roi le droit de dire à une province : «  Tu m'appartiens, je te prends. » Une province, pour nous, ce sont les habitants : si quelqu'un, dans cette affaire, a le droit d'être consulté, c'est l'habitant. Une nation n'a jamais un véritable intérêt à retenir un pays malgré lui. Le voeu des peuples est, en définitive, le seul critérium légitime, celui auquel il faut en revenir 46. »

Par quoi l'on voit que, sans prononcer la formule, Ernest Renan avait inventé le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, bien avant le président Wilson *.

Jean Longuet traduisait en langage littéraire une résolution votée par le conseil national du parti socialiste, les 13 et 14 juillet précédents, qui disait :

«  Ce traité qui est né de l'abus le plus scandaleux qui ait jamais été fait de la diplomatie secrète, qui viole ouvertement le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, qui réduit en esclavage des nations entières, qui multiplie les nouveaux risques de guerre, qui s'accompagne, enfin de mesures de violence contre tous les mouvements de libération, non seulement en Russie, mais dans tous les pays de l'ancien empire habsbourgeois, en Hongrie, dans tout l'Orient et en Allemagne, ne peut, à aucun titre, recevoir un suffrage socialiste. »

Parce que c'était la justice, la démocratie et la paix, c'était le socialisme.

En 1938, au congrès de Royan du parti socialiste, Léon Blum faisait inscrire dans la motion de politique extérieure que « le socialisme saurait défendre l'indépendance nationale et l'indépendance de toutes les nations couvertes par la signature de la France ». Il faut rappeler que cette signature avait été apposée au bas d'un traité dont, en 1919, leparti socialiste et lui-même disaient avec raison qu'il ne pouvait « à aucun titre recevoir un suffrage socialiste ». L'homme du commun, s'il fait le rapprochement, dira sûrement que ce n'était pas la peine de faire tant de bruit en 1919. Nous dirons, nous, qu'on mesure [191] par là l'effondrement intellectuel dont était victime le parti socialiste et que Léon Blum avait des préoccupations totalement étrangères aux principes et à la doctrine du socialisme.

Si nous ajoutons qu'elles lui étaient inspirées par les prises de position maintes fois réitérées du judaïsme mondial, nous ne serons, sans doute, pas très loin de la vérité. La coïncidence était trop frappante, le reniement trop gros, pour qu'il en fût autrement. Il ne défendait d'ailleurs cette politique personnellement que depuis 1933, c'est-à-dire depuis l'accession de Hitler au pouvoir en Allemagne. Après le vote du congrès de Royan, il put la défendre au nom du Parti socialiste.

Le plus pénible, pour le socialiste qu'est l'auteur de cet ouvrage, c'est d'être obligé de reconnaître qu'en 1938, dans le cas de l'Anschluss et des Sudètes, c'est par Chamberlain, ce conservateur, et par Hitler, ce dictateur, ce raciste, etc. qu'étaient défendues les positions de principe du socialisme en matière de politique européenne.

Même observation pour le parti communiste. En 1923, au V' Congrès de l'Internationale communiste réuni à Moscou, la motion de politique générale votée contenait le passage suivant :

« Le Congrès constate qu'il n'y a pas une nation tchécoslovaque : l'État tchécoslovaque, outre la nationalité tchèque, comprend des Slovaques, des Hongrois, des Ruthènes ukrainiens et des Polonais.
«  Le Congrès estime nécessaire que le parti communiste de Tchécoslovaquie, en ce qui concerne ces minorités, proclame et mette en pratique le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes jusques et y compris celui de se séparer 47. »

Dix ans plus tard, Hitler étant déjà au pouvoir en Allemagne, Gabriel Péri déclarait encore à la Chambre des députés, le 14 novembre 1933, à propos d'une adresse de sympathie que le gouvernement français proposait d'envoyer au gouvernement tchécoslovaque : « La fraction communiste ne s'associe pas au vote qui vous est demandé. [192] Notre sympathie va tout entière aux masses laborieuses de Tchécoslovaquie, aux minorités nationales slovaques, allemandes, juives, hongroises, ukrainiennes, opprimées par le pouvoir central de Prague 48. »

Bien sûr, il n'était pas dans les intentions de Gabriel Péri d'envoyer une adresse de sympathie aux minorités russes opprimées par le pouvoir central de Moscou, ni dans celles de l'Internationale communiste de leur appliquer le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes qu'elle revendiquait pour les minorités de Tchécoslovaquie mais... C'était toujours ça !

Le 17 mars 1938, Maxime Litvinov, ministre des Affaires étrangères de l'U.R.S.S., déclarait devant les correspondants de la presse étrangère accrédités à Moscou : « Voilà quatre ans que l'Union Soviétique travaille au maintien de la paix dans le cadre de la sécurité collective, quatre ans durant lesquels elle n'a cessé de dénoncer les dangers d'une attitude passive devant les agresseurs. Le cas de l'Autriche démontre que nos avertissements, pour justifiés qu'ils aient été, n'ont pas été écoutés. Quand donc se décidera-t-on à faire échec aux dictatures ? Hier, c'était l'Autriche, demain ce sera la Tchécoslovaquie. Ces agressions répétées finiront par déclencher un nouveau conflit mondial. L'Union soviétique est disposée, pour sa part, à examiner avec les autres puissances, soit dans le cadre de la S.D.N., soit en dehors d'elle, toutes les mesures susceptibles d'assurer la sauvegarde de la paix 49. »

A quoi bon commenter ? Il est trop clair qu'il s'agit là, non de principes, non d'une doctrine, mais seulement d'une politique en contradiction avec les principes et la doctrine, qui vise seulement à empêcher, entre le Reich et les démocraties occidentales, toute entente qui permettrait au Reich de se retourner contre la Russie et, le Japon la menaçant sur sa frontière orientale, la condamnerait, au jour du règlement des comptes, à se battre sur deux fronts.

[193]

L'esprit le moins averti sait bien que, dans le débat en cours, ce n'est pas « de lutte contre les dictatures » qu'il s'agit, mais de droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, de paix ou de guerre, ce qui est une autre histoire. Mieux : en l'occurrence, la dictature, c'était par la S.D.N. qu'elle était exercée, dans le cas de l'Autriche, et par les Tchèques, dans celui des Sudètes.

On terminera en rapprochant trois citations de Churchill qui donneraient une allure clownesque à ce débat s'il ne s'était terminé de façon si tragique :

«  1. Le président Roosevelt me dit un jour qu'il allait demander publiquement que lui f$ut suggéré le nom qu'il convenait de donner à la guerre. Je lui fournis aussitôt cette réponse : la guerre qui n'était pas obligatoire. Car il n'exista jamais de guerre plus facile à éviter que celle qui vient de ravager ce qui subsistait du monde après le conflit précédent 50.
«  2. La seconde tragédie capitale de cette époque fut le complet démembrement de l'empire austro-hongrois par les traités de Saint-Germain et de Trianon. Pendant des siècles, cette vivante réincarnation du Saint-Empire romain germanique avait apporté, dans le cadre d'une vie commune, des avantages, tant au point de vue de l'économie que de la sécurité, à de nombreux peuples dont aucun n'avait, en notre temps, la puissance ou la vitalité pour résister par lui-même, à la pression d'une Allemagne ou d'une Russie ressuscitées. Il n'est pas une des nations, pas une des provinces ayant constitué l'empire des Habsbourg, à qui le recouvrement de l'indépendance n'ait apporté les tortures que les poètes et les théologiens de jadis réservaient aux damnés. Vienne, la noble capitale, le foyer d'une culture et d'une tradition longuement défendues, le point de rencontres de tant de routes, de cours d'eau et de voies ferrées, Vienne fut laissée en proie à la famine, comme un grand marché vide dans une région appauvrie, dont presque tous les habitants avaient été distraits 51.
«  3. Les clauses économiques du Traité de Versailles étaient vexatoires et si sottement conçues qu'elles en deve[194]naient inopérantes... Et il ne se trouva personne en haut lieu, d'assez influent, d'assez préservé de la bêtise générale, pour dire ces vérités essentielles dans leur brutalité... Les Alliés triomphants continuèrent à prétendre qu'ils presseraient l'Allemagne «  jusqu'à ce que les pépins crissent ». Or, tout cela eut un effet puissant et désastreux sur la prospérité du monde et sur l'attitude de la race germanique 52. »

Non, il ne se trouva personne en haut lieu et pas même M. Churchill !

En somme : M. Churchill jugé, renvoyé par lui-même parmi les sots, dans l'immense cohorte de la bêtise générale.

Il n'est, encore aujourd'hui, pas une des nations, pas une des provinces ayant constitué l'Empire des Habsbourg, à qui, sous couleur d'indépendance, la Pax sovietica qui a mis fin à la guerre, « n'ait apporté les tortures, dont parle Churchill, que les poètes et les théologiens de jadis réservaient aux damnés ».

Il n'est pas indifférent d'ajouter que, dans «  ces tortures que les poètes et les théologiens réservaient aux damnés » on (Churchill, Roosevelt and Co) a fait mourir, disent les statistiques, cinquante millions de personnes pour arriver à ce résultat.

Et, qu'en ce bas monde, « il ne se trouve (toujours) personne en haut lieu, d'assez influent, d'assez préservé de la bêtise générale, pour dire ces vérités essentielles dans leur brutalité ».


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