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Les responsables de la seconde guerre mondiale

Paul Rassinier

1967

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TROISIEME PARTIE

LA GUERRE

 
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CHAPITRE VII

 

LE DÉMEMBREMENT DE LA TCHÉCOSLOVAQUIE

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1- Au lendemain de Munich.

Retour de Munich, Chamberlain et Daladier sont accueillis à leur descente d'avion, l'un à Londres, l'autre à Paris, par des centaines de milliers de personnes en délire qui leur crient leur reconnaissance. A Rome, celle des Italiens monte vers Mussolini. A Munich, lors de son départ, la population a fait fête à Chamberlain en qui elle a vu, avec juste raison, l'artisan de la paix revenue. L'Europe est en liesse. Toutes les conditions y sont réunies dans l'opinion pour la résurrection du Pacte à Quatre (France, Allemagne, Angleterre et Italie) dont Mussolini avait eu l'heureuse idée en juin 1933. Chamberlain a rapporté de Munich un pacte de non agression avec l'Allemagne, il invite la France à en faire autant et la France accepte 1 ; il a fait la paix avec l'Italie en avril 1938 (reconnaissance du roi d'Italie comme empereur d'Éthiopie) et la France peut en faire autant. Malheureusement les parlements et les états-majors ne sont, en France et en Angleterre, pas dans les mêmes dispositions d'esprit. En Allemagne et en Italie, [198] malgré l'éclatante victoire qu'ils viennent de remporter, les deux dictateurs sont sur leurs gardes. Le Pacte à quatre ne ressuscitera pas.

En France, réuni le soir même du retour de Daladier, sous la présidence de M. Albert Lebrun, le Conseil des ministres unanime lui vote des félicitations auxquelles il associe Georges Bonnet. Le 5 octobre, la Chambre des députés ratifie les Accords de Munich par 535 voix contre 75 : 73 communistes plus 2 excités, l'un Jean Bouhey, député socialiste de la Côte d'Or et Henri de Kérillis. Le couple Mandel-Reynaud et son équipe, Léon Blum et la sienne, bien que déçus, n'ont pas jugé politique de heurter l'opinion publique. Les communistes, eux, n'ont pas de soucis de cet ordre : ils savent qu'en toutes occasions, ils peuvent s'aligner sur Moscou sans dommage et c'est pourquoi, unanimes, ils ont voté contre. Dans le rang, leurs militants, tels les professeurs Joliot-Curie et Langevin, les artistes Picasso et Chagall etc. renvoient leurs décorations ou démissionnent bruyamment de nos institutions nationales en signe de protestation. L'Humanité fait feu des quatre fers. Elle est imitée par Esprit du catholique crypto-communiste Emmanuel Mounier, L'Ordre d'Émile Buré, Temps présent de Gabriel Marcel et quelques autres qui, comme eux, n'ont que peu de prise sur l'opinion publique. Dans ce clan, on est assez étonné de trouver Montherlant qui, dans une interview parle de « fléchissement de l'énergie nationale »... Ces voix sont étouffées dans l'allégresse générale.

En Angleterre, c'est plus grave. Le 5 octobre, devant la Chambre des communes, Chamberlain commet une maladresse qui retentira gravement sur le comportement ultérieur de Hitler : il lie l'approbation des Accords de Munich à un programme de réarmement qui prévoit la construction de trois mille avions avant la fin de l'année et de huit mille autres dans le cours de l'année 1939, des crédits militaires qui sont portés de 400 à 800 millions de livres sterling, l'augmentation de la puissance de feu de la flotte, six divisions d'active dont deux blindées et treize divisions territoriales dans l'armée de terre.

Ce programme est accepté à l'unanimité, mais, quand il s'agit de prendre position sur les Accords de Munich, Chur[199]chill prend la parole contre, parle d'un « désastre de première grandeur que viennent de subir la France et l'Angleterre », de « la route qui descend la vallée du Danube ouverte à l'Allemagne jusqu'à la Mer Noire et en Turquie », de la nécessité d'abattre la puissance nazie par une alliance qui engloberait la France, l'Angleterre, la Russie et les États-Unis etc. Quand il se rassied, il est longuement applaudi par le groupe travailliste (137 députés) et quelques personnalités au centre et à droite. Au vote, les Accords de Munich sont ratifiés par 369 voix contre 150 : 137 travaillistes et 13 divers. Parmi ces divers figurent Churchill naturellement, Eden et Duff Cooper, premier lord de l'Amirauté [ministre de la marine] qui donne sa démission du Cabinet.

Ce qui s'est passé à la Chambre des Communes a mis Hitler en éveil. Le 9 octobre, il prononce à Sarrebrück, un discours dans lequel il en prend acte en ces termes : « Les chefs de gouvernement qui nous font face affirment qu'ils veulent la paix et nous devons les croire. Mais ils gouvernent des pays dont la structure permet à tout instant de les remplacer par d'autres, qui ne la veulent pas. Il suffirait qu'un Duff Cooper, un Eden, ou un Churchill prenne la place de Chamberlain pour qu'ils déclenchent aussitôt une seconde guerre mondiale, car telle est leur intention. Ils ne s'en cachent pas : ils le proclament ouvertement. »

Le plan de réarmement proposé par Chamberlain et adopté à l'unanimité par la Chambre des communes, ne lui dit, d'autre part, rien qui vaille : est-ce une simple manoeuvre destinée à désarmer son opposition, ou bien est-ce une mesure qui traduirait une certaine méfiance à l'égard de l'Allemagne ? A Munich, au cours des trois entrevues en tête à tête qu'il a eues avec Chamberlain, il a cru comprendre - surtout dans la dernière, au cours de laquelle fut signé le pacte germano-anglais de non-agression - que l'Angleterre lui laisserait les mains libres à l'Est, sur le continent, à condition qu'il lui laisse, à l'Ouest, l'empire des mers : Chamberlain prendrait-il des précautions pour être à même, en temps voulu, de contre-carrer sa politique à l'Est ? Ce sont là questions qui se posent.

Enfin, ce qui se passe dans la nouvelle Tchécoslovaquie l'inquiète au plus haut point. A Munich, il a fait des concessions : il a renoncé au plébiscite dans les zones dou[200]teuses pour éviter qu'encouragées par l'exemple, les autres minorités n'en demandent un aussi et que la Tchécoslovaquie ne fût totalement désarticulée. De ce fait, il a obtenu moins que ce qu'il demandait primitivement et, environ trois cent mille Allemands sont restés sous le joug tchèque. Il est vrai aussi qu'environ deux cent mille Tchèques sont passés, avec les Sudètes, sous le joug allemand. Il s'ensuit, dans ces zones, des incidents entre Tchèques et Allemands. Et Hitler pense que, risquant la transposition de ces incidents entre le Reich et la nouvelle Tchécoslovaquie, cette situation ne peut s'éterniser.

Le président Bénès a bien démissionné pour se retirer dans sa propriété de Bohême, mais c'est le général Sirovy, chef de l'armée, qui a pris la situation en main et constitué un gouvernement provisoire en attendant que le pays se donne de nouvelles institutions. Hitler n'aime pas le général Sirovy : âme damnée de la politique de Bénès, il a fondé toute la politique de l'armée tchécoslovaque sur le Pacte russo-tchèque dont il avait été un des principaux artisans et sur le Pacte franco-soviétique. Au surplus, les services de renseignements du Reich accumulent sur son bureau des informations selon lesquelles les usines d'armements de Bohême (Skoda de Pilsen par exemple) continuent à tourner à plein, qu'aucune mesure de démobilisation n'a été annoncée, que l'armée se réorganise sur la base de ses anciens effectifs et que, selon toute probabilité, la Tchécoslovaquie nouvelle restera, selon la propre formule de Hitler « un porte-avions braqué sur l'Allemagne 2. »

Il se donne pourtant le temps de la réflexion mais, Churchill ayant, le 16 octobre, repris la parole contre les Accords de Munich à la radio anglaise, il se dit que la situation ne peut manquer de se dégrader en Angleterre, que le doux Chamberlain finira par y être évincé du pou[201]voir, qu'alors l'Angleterre et le général Sirovy s'entendront et qu'il faut envisager des mesures : le 21 octobre, il décide de « renforcer la sécurité aux frontières du Reich » et que « l'armée doit se tenir prête, à tout moment, à écraser ce qui reste de la Tchécoslovaquie, si elle fait mine de poursuivre une politique anti-allemande ». Ce ne sont là que des mesures préventives et à toutes fins utiles, justifiées par l'attitude de ses adversaires mais, dès qu'elles sont connues en Occident, elles y jettent la consternation : que sont devenues les promesses qu'à Berchtesgaden, à Godesberg et à Munich, il a réitérées trois fois à Chamberlain et selon lesquelles, avait-il dit, « les Sudètes sont la dernière revendication territoriale que j'ai à formuler en Europe » et « je ne veux d'aucun Tchèque à l'intérieur du Reich » ? On oublie trop facilement qu'elles sont la conséquence du réarmement anglais et de l'attitude du général Sirovy, non à l'inverse, le réarmement anglais et l'attitude du général Sirovy qui sont la conséquence de la politique de Hitler.

Là-dessus, Hitler commet une première faute très grave. Les Accords de Münich ont prévu : « Les chefs des gouvernements des Quatre Puissances déclarent que le problème des minorités polonaise et hongroise en Tchécoslovaquie, s'il n'est pas réglé dans les trois mois par un accord entre les gouvernements intéressés, il fera l'objet d'une autre réunion des chefs de gouvernements des quatre Puissances aujourd'hui rassemblés 3. »

Teschen a fait retour à la Pologne, mais le gouvernement polonais est plus ambitieux : pour mater les Ukrainiens de Ruthénie, frontaliers des Ukrainiens de Pologne chez lesquels ils entretiennent un perpétuel foyer d'agitation, il réclame leur rattachement à la Pologne, non à la Tchécoslovaquie comme le prévoient les Accords de Munich, et une frontière commune avec la Hongrie. La question reste donc pendante. Quant à la Tchécoslovaquie et à la Hongrie, les représentants des deux gouvernements s'étant rencontrés le 7 octobre ne sont pas tombés d'accord et tout dit qu'ils ne réussiront pas à régler le problème dans les trois mois car, manifestement, ils resteront chacun sur sa position. Alors, Hitler s'entend avec Mus[202]solini qui veut continuer à jouer un rôle en Europe centrale pour instituer une Commission d'arbitrage italo-allemande qui tranchera le différend sans consulter ni Londres, ni Paris. La Commission se réunit le 2 novembre à Vienne et restitue à la Hongrie une bande de terrain qui s'étire d'Est en Ouest le long de la Tchécoslovaquie et contient environ sept cent cinquante mille Hongrois (Magyars d'origine). Paris et Londres qui n'ont pas été consultés, considèrent, indépendamment du contenu de la sentence qui est très raisonnable, qu'il s'agit d'une violation caractérisée des Accords de Munich et protestent véhémentement.

Cinq jours après, le troisième secrétaire de l'ambassade d'Allemagne à Paris, Rath, est assassiné, rue de Lille, par le jeune juif Grynspan. Puis vient, en Allemagne la nuit de représailles, du 9 au 10 novembre 4. Les Accords de Vienne se situent sous un autre éclairage : en France, en Angleterre et aux États-Unis, l'indignation est générale et, mettant les deux choses sur le même plan, on les associe dans la même réprobation. Personne ne s'avise que l'explosion de colère qui a secoué toute l'Allemagne et les représailles sont la conséquence de l'assassinat : pas un mot de blâme à l'adresse de l'assassin, c'est à peine si on enquête sur les circonstances du crime et, tout juste, si on ne le félicite pas. Les choses sont présentées de telle sorte dans la presse qu'en peu de temps, l'opinion est persuadée que le juif Grynspan a assassiné Rath pour venger ses corréligionnaires allemands des sévices dont ils ont été victimes, de la part des nazis, dans la nuit du 9 au 10 novembre.

Le front des démocraties est moralement reconstitué contre l'Allemagne. Celui qui en prend la tête est le président Roosevelt, trop heureux d'avoir un motif de s'immiscer dans les affaires européennes dont il a été écarté par Chamberlain, et sans que celui-ci puisse protester, à peine de heurter l'opinion : le 14 novembre, fondant publiquement sa décision sur ce qui vient de se passer en Allemagne, il rappelle son ambassadeur à Berlin et annonce que l'Amérique met immédiatement à l'étude un projet de construction de dix mille avions... Déchaîné, il demande aux [203] Américains de boycotter tous les produits allemands et fait pression sur l'Angleterre pour qu'elle renonce à sa politique de conciliation avec l'Allemagne. Il demande même au Congrès de modifier la loi de neutralité qu'il a votée sur sa demande en 1936 et d'y remplacer la clause cash and carry par le système prêt et bail : le Congrès ne le suit pas. Quant à l'Angleterre, apparemment, elle ne cède pas à la pression. En février 1939, elle n'a pas encore cédé.

Le président Roosevelt ne se décourage pas pour autant en septembre 1939, dans les documents que les Allemands ont trouvés au ministère des affaires étrangères à Varsovie, une lettre de M. Lucasiewicz, ambassadeur de Pologne à Paris, dit à la date du 7 février 1939, que M. Bulitt, ambassadeur des É.U. à Paris a regretté, devant lui, l'attitude de l'Angleterre et a, aussitôt, ajouté : « Les États-Unis disposent de moyens de pression formidables à l'égard de l'Angleterre. La seule menace de leur emploi devrait suffire à empêcher le gouvernement britannique de poursuivre sa politique de conciliation 5. » Ce qui signifie que, si le président Roosevelt ne l'a pas fait encore, il est bien décidé à employer ces moyens.

Ce texte est à rapprocher de cette lettre que, le 12 janvier 1939, le comte Potocki, ambassadeur de Pologne à Washington, écrit au colonel Beck : « Les excès antisémites qui ont eu lieu récemment en Allemagne ont déclenché ici une campagne anti-allemande d'une rare violence. Y ont participé divers intellectuels et financiers juifs, Bernard Baruch, le juge à la Cour suprême Frankfurter, le secrétaire d'État au Trésor Morgenthau, et d'autres qui sont personnellement liés d'amitié avec Roosevelt. Ce groupe de personnes qui occupent les plus hautes situations dans le gouvernement américain se rattache par d'indissolubles liens à l'Internationale juive 6. »

Désormais, l'Europe est irréversiblement engagée dans la voie de la guerre. Il a suffi qu'un jeune juif assassine un secrétaire d'ambassade allemand à Paris pour que, se [204] développant en chaîne, les événements aboutissent a ce résultat.

En mars 1939, dans l'affaire de Tchécoslovaquie qui a rebondi, Hitler commettra d'ailleurs une seconde faute, plus grave que la première, étant donné le climat, et qui favorisera l'entreprise.


2. - Les Tchèques violent les accords de Munich.

Les Hongrois ayant été rétrocédés à la Hongrie par les Accords de Vienne du 2 novembre, la Tchécoslovaquie telle qu'elle sortait des Accords de Munich, comprenait encore trois grands groupes ethniques : les Tchèques qui étaient 6.727.038 ; les Slovaques qui étaient 2.010.295 et les Ruthènes qui étaient 459.346, disaient les statistiques. Il avait été convenu que le nouvel État serait de type fédéral et que chacun de ses trois groupes jouirait, dans son sein, de l'autonomie interne. Les Tchèques qui sont la majorité, ne montrent aucun empressement à se plier aux conditions de Munich : le général Sirovy a l'armée bien en main et il est Ministre de l'Intérieur ; la Slovaquie et la Ruthénie sont sous administration et police tchèques.

Le 6 octobre, des diètes provisoires se sont constituées à Bratislava pour la Slovaquie et à Uzhorod (transférée à Chust après les Accords de Vienne) en Ruthénie. De ces diètes sont sortis des gouvernements provisoires à la tête desquels sont portés Mgr Tizo pour la Slovaquie et Mgr Volozin pour la Ruthénie.

Les Tchèques ont très mal accepté cela et se comportent comme si ces institutions n'existaient pas. Ils y sont encouragés par M. Bénès qui s'est réfugié à Londres le 22 octobre et qui est resté en relations avec le général Sirovy, et par M. Gottwald, chef du P.C. tchécoslovaque qui s'est réfugié à Moscou. Des tracts sur lesquels on lit : « Tenez bon ! Le jour est proche où les armées françaises, anglaises et russes viendront vous délivrer » sont distribués dans les casernes, dans la police et dans les administrations.

Finalement, Mgr Tizo et Mgr Volozin ont l'idée de résister aux autorités tchèques en s'appuyant sur la volonté populaire : ils organisent des élections qui ont lieu le 2 fé[205]vrier 1939 en Ruthénie où 92,4 % des électeurs se prononcent pour l'autonomie, et le 23 février en Slovaquie où 98 % des électeurs en font autant. Mgr Volozin et Mgr Tizo détiennent ainsi les pleins pouvoirs de la volonté populaire.

Le gouvernement de Prague est d'abord surpris. Puis, le 10 mars, il révoque Mgr Tizo et constitue un nouveau gouvernement slovaque contre lequel toute la population se dresse. En Ruthénie, il envoie l'armée...

Ce fut une belle pagaille dans tout le pays et même en Bohême-Moravie, chez les Tchèques, où environ 350.000 Allemands n'avaient pu être rattachés à la mère patrie par les Accords de Munich, soit que leur densité dans les régions qu'ils habitaient ait été trop faible, soit que la position géographique de ces régions ne l'ait pas permis. Depuis six mois, ceux-là sont en butte aux mesures discriminatoires les plus vexantes de la part des Tchèques : renvoi de l'usine, privation des allocations de chômage, surveillance policière, etc. Ils jugent le moment venu de relever la tête et des incidents se multiplient sans nombre.

Dans la nuit du 13 au 14 mars, vers 1 h 30, Mgr Volozin, entouré des membres de son gouvernement, se rend chez le consul d'Allemagne à Chust et l'informe que « l'Ukraine subcarpathique (Ruthénie) a proclamé son indépendance et qu'elle se place sous la protection du Reich. »

Le 14 mars à 10 heures, la diète de Bratislava mandate Mgr Tizo pour envoyer à Goering un télégramme ainsi conçu :

« Je vous prie de porter ce qui suit à la connaissance du Führer et Chancelier du Reich :
« En témoignage de l'entière confiance que vous lui témoignez, l'État slovaque se place sous votre protection. Il vous prie de bien vouloir assumer, à son égard, le rôle de Protecteur. »

Par retour, Hitler accepte.

Le gouvernement de Prague n'est plus maître de la situation. Le président de la République, M. Hacha, ne sachant plus où donner de la tête, demande à être reçu par Hitler qui accepte aussitôt pour le soir même. Arrivé à Berlin, accompagné de son ministre des Affaires étrangères, M. Schwalkowski, vers 23 heures, le président Hacha est reçu par Hitler à la Chancellerie vers 1 h. le 15 mars.

[206]

Pour y apprendre que le Führer a déjà décidé que les troupes allemandes feraient leur entrée en Tchécoslovaquie, justement ce 15 mars à 6 heures, soit dans cinq heures et qu'elles se dirigeront sur Prague. Il espère que l'armée tchécoslovaque ne fera aucune résistance et qu'il n'y aura pas d'incidents, sans quoi...

Le président Hacha et son ministre, M. Schwalkowski, en sont tout abasourdis : ils ne comprennent pas ou feignent de ne pas comprendre que c'est leur politique qui a amené Hitler à prendre cette décision et que c'est parce qu'ils ont violé les Accords de Munich qu'à la demande des Slovaques et des Ruthènes, il l'a prise. M. André François-Poncet qui ne peut être suspect de sympathies nazies a fixé, une fois pour toutes, les responsabilités : « Les Slovaques, conduits par Mgr Tizo, écrit-il, avaient obtenu l'autonomie dans le cadre de l'État tchécoslovaque. Mais les Tchèques refusaient de les considérer comme un État émancipé et fédéré. Il suffisait à Hitler, pour exécuter son dessein, de prendre parti pour les Slovaques. Le 13 mars 1939 7, Prague ayant prétendu révoquer les ministres slovaques à cause de leur politique séparatiste, Mgr Tizo courut à Berlin et sollicita la protection du Führer 8. »

Il est donc établi qu'en tout premier lieu, les Accords de Munich ont été violés par les Tchèques, non par Hitler. Mais Hitler n'en a pas moins commis sa seconde très grave faute.

Les Accords de Munich, on le sait, étaient doublés par un Pacte anglo-allemand (30 septembre 1938) et un Pacte franco-allemand (16 novembre 1938). Tous deux disaient : « Les deux gouvernements sont décidés, compte tenu des relations qu'ils peuvent avoir avec des tierces Puissances, à rester en contact pour régler toutes les questions d'intérêt mutuel et à se consulter au cas où l'évolution ultérieure de ces questions serait de nature à entraîner des complications internationales. » Or, s'il était une question « de nature à entraîner des complications internationales », c'était bien [207] celle-là : Hitler était donc tenu par ses propres engagements de consulter la France et l'Angleterre.

Dès qu'il s'aperçut que la violation des Accords de Munich était téléguidée de Londres par Bénès et de Moscou par Gottwald, il devait saisir la France et l'Angleterre de l'affaire. Et dès que les Slovaques et les Ruthènes se placèrent sous sa protection, il devait leur faire remarquer que c'était sous celle des garants de Munich, non sous la sienne seulement qu'ils devaient se placer. On ne sait pas ce qu'il en serait advenu : une conférence des quatre Puissances de Munich auxquelles eussent été invitées la Pologne et la Hongrie intéressées par la Ruthénie ? De toutes façons, il eût été bien difficile aux Puissances occidentales de laisser s'éterniser cette situation et de ne pas prendre en considération les doléances de Hitler, des Slovaques et des Ruthènes, sans perdre la face devant l'opinion mondiale. Hitler fût apparu comme respectant ses engagements et désireux de consolider le Pacte à quatre, de collaborer avec les Puissances occidentales, de réparer la faute qu'il avait commise lors des Accords de Vienne (2 novembre 1938) et - qui sait ? - peut-être eût-il réussi à renverser le climat créé par le crime de Grynspan et les représailles qui suivirent en Allemagne.

Au lieu de cela, il agit seul et, de sa propre autorité, régla le problème à sa manière : les troupes allemandes entrèrent en Tchécoslovaquie le 15 mars à 6 heures du matin, occupèrent Prague et tout le pays dans la journée ; la Slovaquie fut érigée en État indépendant sous la protection du Reich ; la Ruthénie fut donnée à la Hongrie qui l'occupa aussitôt (si les Polonais ne l'obtenaient pas, du moins avaient-ils, avec la Hongrie, la frontière commune qu'ils réclamaient) ; le président Hacha et M. Shwalkowski avaient, au préalable, été contraints de déclarer qu'ils avaient, d'eux-mêmes, conseillé cette solution et « placé le peuple et le territoire tchèques sous la protection du Reich allemand » ; la Bohême-Moravie fut dotée d'un « Staathalter » (protecteur) en résidence à Prague (M. von Neurath) et les troupes allemandes ne la quittèrent plus.

En Angleterre, en France et aux États-Unis, ce fut un beau tollé d'articles indignés dans la presse : les représailles déclenchées en Allemagne dans la nuit du 9 au 10 [208] novembre par le crime de Grynspan y furent associées à l'anéantissement de la Tchécoslovaquie par Hitler et rebondirent sur le devant de la scène. Dans le climat d'hostilité à l'Allemagne ainsi recréé, l'équipe Mandel-Reynaud et Léon Blum en France, Churchil-Eden, Duff Cooper et les travaillistes en Angleterre, l'entourage juif de Roosevelt et Roosevelt lui-même, aux États-Unis, reprirent du poil de la bête.

Tout d'abord, le 15 mars, le bon vieux Chamberlain se borne à déclarer, devant la Chambre des Communes :

« En proclamant son indépendance, la Slovaquie a provoqué l'effondrement intérieur de la République tchécoslovaque. De ce fait, la situation qui nous avait amenés à donner notre garantie aux frontières de cet État - situation que nous avions toujours considérée comme temporaire - a cessé d'exister. En conséquence, le gouvernement de sa Majesté ne se sent plus lié par cette obligation. Je déplore profondément ce qui vient de se passer, mais ce n'est pas une raison pour nous écarter de la route que nous avons suivie jusqu'ici. N'oublions pas que l'esprit de tous les peuples du monde reste toujours tourné vers les espoirs de Paix. »

Mais ce qui vient de se passer en Europe centrale a provoqué de profonds remous dans la majorité de M. Chamberlain. Lord Halifax lui-même, son plus fidèle et son plus sûr soutien dans le combat qu'il a mené en septembre, a changé de camp : il vient le prévenir que cette déclaration a fait une impression déplorable à la Chambre des communes et que, s'il ne veut pas que le gouvernement y soit renversé, il lui faut immédiatement se mettre à l'unisson de la réprobation générale. Alors, fortement impressionné par lord Halifax, le 17 septembre, il prononce, à Birmingham, un discours d'un tout autre sens. On y entend :

« A qui fera-t-on croire, en dehors de l'Allemagne, que la petite Tchécoslovaquie pouvait représenter un danger pour son puissant voisin ?... L'Allemagne nous a ménagé, ses temps derniers, une succession de surprises : l'occupation de la Rhénanie, l'Anschluss de l'Autriche, l'incorporation des Sudètes, qui ont dressé contre elle l'opinion du monde entier. Mais, même si les méthodes employées ont paru repréhensIbles, certains arguments plaidaient en faveur de [209] ces changements... Cependant les choses qui se sont passées cette semaine - au mépris total des principes que le Reich, lui-même, avait constamment invoqués - appartiennent à une autre catégorie et nous amènent à nous demander : est-ce la fin d'une vieille aventure ou le début d'une nouvelle ? Est-ce la dernière agression contre un petit État, ou d'autres vont-elles suivre ? Est-ce le premier pas vers la domination du monde par la force ?... Parce que nous considérons la guerre comme un fléau absurde et cruel, il ne faudrait pas en déduire que nous sommes émasculés au point de ne pas lutter, jusqu'à notre dernier souffle, contre une provocation de ce genre si elle devait se reproduire... Je sais pouvoir compter sur l'appui de toute la nation lorsque j'affirme que, si nous plaçons la Paix très haut, nous plaçons la Liberté plus haut encore 9. »

C'est le glas de la politique de conciliation de l'Angleterre.

De Paris, le 17 septembre, M. Georges Bonnet, envoie à M. Coulondre, ambassadeur de France à Berlin (en remplacement de M. François-Poncet envoyé à Rome au lendemain des Accords de Munich) avec prière de communiquer au ministre des affaires étrangères du Reich, une note où l'on peut lire :

« Le gouvernement de la République considère qu'il se trouve placé, du fait de l'action dirigée par le gouvernement du Reich, contre la Tchécoslovaquie, en face d'une violation flagrante de la lettre et de l'esprit des accords signés à Munich le 29 septembre 1938. »
« Les circonstances dans lesquelles l'accord du 15 mars a été imposé aux dirigeants de la République tchécoslovaque ne sauraient consacrer, en droit, aux yeux du gouvernement de la rRépublique, l'état de fait enregistré par cet accord.
« L'Ambassadeur de France a l'honneur de faire savoir à son Excellence M. le Ministre des affaires étrangères du Reich, que le gouvernement de la République ne peut reconnaître, dans ces conditions, la légitimité de la situation nouvelle créée en Tchécoslovaquie par l'action du Reich 10. »

[210]

Puis sans perdre un instant, il convoque M. Sourits, ambassadeur de l'U.R.S.S. à Paris pour lui dire que « le moment paraît opportun pour que Paris et Moscou se concertent et soient prêts à résister ensemble à toute nouvelle tentative d'agression de Hitler 11. » Car M. Bonnet, peu suspect de sympathie pour le bolchevisme, en est lui-même arrivé à l'appeler au secours... C'est dire à quel point les hommes de ce temps-là, et jusqu'aux plus clairvoyants, étaient désorientés.

De Londres, lord Halifax donne les mêmes consignes à sir Nevile Henderson, ambassadeur dAngleterre à Berlin.

A la Maison Blanche, dès le 16 mars, le département d'État publie le communiqué suivant :

« Le gouvernement des États-Unis, qui se fonde sur les principes de la liberté humaine et de la démocratie, ne peut s'abstenir de faire savoir qu'il condamne, de la façon la plus formelle, les événements qui ont abouti, ces jours derniers, à l'abolition des libertés d'une nation indépendante avec laquelle le peuple des États-Unis a entretenu des relations particulièrement étroites et amicales depuis la fondation de la Tchécoslovaquie. De tels actes, caractérisés par un usage arbitraire de la violence, menacent la paix du monde et les fondements de la civilisation 12. »

Le chargé d'affaires allemand à Washington ayant informé, le même jour, le département d'État de l'instauration du protectorat de Bohême-Moravie se voit répondre, le 20 mars, par M. Cordell Hull :

« Le gouvernement des États-Unis a pris connaissance du fait que les territoires de la Bohême et de la Moravie sont placés de facto sous administration allemande. Le gouvernement des États-Unis ne reconnaît aucun fondement légal au statut en question 13. »

Naturellement, le gouvernement allemand rejette cette argumentation comme non fondée.

Le dispositif de guerre qui se mettait progressivement en place, sur le plan psychologique, en se greffant sur le malheureux sort des juifs allemands, - qu'il eût été facile [211] de faire immigrer dans les pays démocratiques comme le proposait Hitler 14 - l'était, dorénavant, sur le plan diplomatique.

Le 18 mars, M. Cordell Hull déclare au prince de Ligne envoyé spécial du gouvernement belge à Washington : « Si une guerre éclate à vos frontières, dites-vous bien que nous interviendrons. Je ne puis vous dire si ce sera au bout de trois jours, trois semaines ou trois mois, mais nous interviendrons 15. »

Il ne manque plus qu'un prétexte.

Et c'est alors que se pose le problème polonais.

3. - Le revirement polonais.

Jusqu'ici, Allemands et Polonais s'entendaient très bien. Il y avait entre eux un pacte de non-agression et de consultation mutuelle datant du 26 janvier 1934, qui fonctionnait à merveille, et leurs relations étaient des plus cordiales.

C'est encore M. André François-Poncet qui nous le dit :

« Le colonel Beck est devenu un familier de Goering et celui-ci, chaque année, est invité à aller chasser dans les forêts polonaises. Au cours de ces cordiales rencontres, on a parlé, naturellement, de la question de Dantzig et du Corridor, qu'il faudra bien résoudre un jour, dans l'intérêt des bonnes relations entre les deux pays, et le colonel Beck a donné à entendre que la Pologne ne refuserait pas de rendre Dantzig au Reich, pourvu qu'elle y conservât des privilèges économiques, et qu'elle s'accommoderait également de la création, à travers le Corridor, d'un couloir exterritorialisé, par lequel passeraient une autostrade et une voie ferrée qui feraient communiquer directement la Prusse occidentale avec la Prusse orientale 16.

Le 20 septembre 1938, M. Lipski, ambassadeur de Pologne à Berlin, est venu répéter ces choses à Hitler en lui [212] demandant, pour plus de sécurité, s'il ne voyait toujours aucun inconvénient à ce que la Pologne profite de la crise des Sudètes pour récupérer le territoire de Teschen. Et le 24, il les a répétées à Ribbentrop. C'est donc tout ce qu'à l'époque, revendiquait Hitler et, ne pensant pas que le colonel changerait d'opinion, il était sincère lorsqu'il disait à Chamberlain que « les Sudètes étaient la dernière revendication territoriale qu'il ait à formuler en Europe. »

Sa position à l'égard de la Pologne est, par ailleurs, fort connue : il pense que, vouloir l'incorporer au Reich serait une absurdité, qu'elle doit subsister comme état-tampon entre l'Allemagne et la Russie, qu'elle n'est pas un état artificiel, que sa personnalité a résisté à trois partages au cours de l'histoire, que les problèmes de Dantzig et du Corridor devront, certes, être règlés un jour, mais que cela doit se faire à l'amiable. Sur ce dernier point, il nourrit l'espoir de pouvoir donner à la Pologne, une partie de l'Ukraine sous joug bolchevique, en compensation d'un arrangement bilatéral qui ne compromettrait en rien son développement économique. Tout cela, il l'a écrit dans Mein Kampf et il l'a répété à Karl Burckhardt, haut-commissaire de la S.D.N. à Dantzig 17.

Les deux parties sont donc d'accord.

Mais, lorsque le 21 mars, Ribbentrop propose à M. Lipski d'engager des conversations diplomatiques dans le dessein d'officialiser cet accord, celui-ci part pour Varsovie et en revient le 26 avec une réponse négative. Au surplus, comme pour donner tout son sens à cette réponse négative, le 24 mars, Moltke, ambassadeur d'Allemagne à Varsovie, avertissait Berlin que des bruits alarmistes couraient relativement aux intentions de l'Allemagne à l'égard de la Pologne et, le lendemain 25, l'amiral Canaris signalait la mobilisation de trois classes de réservistes et des concentrations de troupes polonaises autour de Dantzig.

Que s'était-il donc passé ?

Ici se place une des plus sombres machinations de l'histoire. M. Tiléa, ambassadeur de Roumanie à Londres, a été chargé par son gouvernement de négocier avec l'Angleterre un emprunt de dix millions de livres sterling. C'est [213] une tête folle et il ne sait pas comment s'y prendre. Des négociations se déroulent justement à Bucarest entre l'Allemagne et la Roumanie. Alors, le 16 mars, profitant de l'affolement général provoqué par l'invasion de la Tchécoslovaquie par l'Allemagne, il se présente à Downing Street pour informer le Foreign Office, bien que, précise-t-il, il n'en soit pas chargé par son gouvernement, que la délégation allemande a posé à la délégation roumaine des conditions telles et sur un ton si impératif qu'elles équivalent à un véritable ultimatum : il demande si, en cas d'agression de la part de l'Allemagne, l'Angleterre serait disposée à consentir à la Roumanie un prêt de dix millions de livres sterling pour lui permettre d'acheter des armes ailleurs qu'en Allemagne.

C'était idiot : l'Allemagne et la Roumanie, non seulement n'avaient pas de frontière commune, mais étaient séparées l'une de l'autre par plus de 400 kilomètres.

Lord Halifax, pourtant, prend l'affaire au sérieux : il sait à quel point la City qui a des participations majoritaires dans les pétroles roumains est sensible à tout ce qui se passe du côté de Bucarest et que, sur un tel thème, il lui serait facile d'alerter l'opinion anglaise.

Pour plus de sûreté, le 17 mars, il demande à M. Tiléa de venir lui confirmer ce qu'il a dit la veille : M. Tiléa confirme.

Le lendemain, 18 mars, le Times et le Daily Telegraph annoncent la nouvelle. On a dit que c'était sir Robert Vansittart qui, pour mettre de l'huile sur le feu, l'avait communiquée avec prière de la répandre, à leurs rédacteurs diplomatiques, MM. Mac Donald et Gordon Lennox. C'est possible, mais ce peut aussi bien être lord Halifax. De toutes façons, quelqu'un la leur a communiquée.

A Bucarest où elle fait sensation, M. Gafenco, ministre des Affaires étrangères dément officiellement :

« Les conversations germano-roumaines se poursuivent d'une façon absolument normale. Les nouvelles concernant un ultimatum allemand sont dénuées de tout fondement. De pareilles allégations sont simplement ridicules 18. »

[214]

sir Reginald Hoare, ambassadeur de Grande-Bretagne à Bucarest dément aussi 19. M. Günther, ambassadeur des États-Unis télégraphie à M. Cordell Hull que « M. Gafenco est furieux » et que n'était « la crainte de déplaire à lord Halifax, il rappellerait volontiers M. Tilea qu'il a sévèrement réprimandé 20 ». A Paris, M. Georges Bonnet convoque M. Tataresco, ambassadeur de Roumanie qui lui dit que « les conversations germano-roumaines ont abouti à un accord commercial dont la signature est prochaine » et qu'il n'y a jamais eu d'ultimatum, tout au plus un petit accrochage au début 21.

Cette cascade de démentis n'est pas communiquée à la presse : les journaux du soir à Londres, ceux du lendemain matin, en France et aux États-Unis annoncent que « l'entrée des troupes allemandes en Roumanie est imininente ». Ils annoncent même, sur la foi d'une dépêche de M. Thierry,aAmbassadeur de France à Bucarest, à M. Georges Bonnet que « la Roumanie qui s'attend d'un moment à l'autre à être envahie par la Wehrmacht est en train de mobiliser 22 ». Du lecteur moyen de Paris-Soir, du Times, du Daily Telegraph et du New York Herald Tribune au plus informé des hommes politiques, personne ne connaissant la géographie, tout le monde y croit. M. Georges Bonnet écrit qu'il « a seulement reçu, en 1944, de M. Gafenco, I'assurance qu'il n'y a aucun ultimatum allemand à Bucarest ». On a tout de même peine à croire qu'il n'ait pas eu connaissance, en tant que ministre des Affaires étrangères, du démenti officiel de M. Gafenco, le 18 mars 1939 23.

Le soir même, sir Erich Phipps vient voir M. Daladier à la Chambre des députés et demande à lui parler de toute urgence . On ne sait pas ce que les deux hommes se sont dit, mais M. Daladier convoque ses ministres sur le champ et les informe que « la Grande-Bretagne a décidé de garantir les frontières de la Roumanie » puis leur explique les raisons qui la déterminent : « Le jour où l'Allemagne serait [215] maîtresse des pétroles roumains, elle pourrait faire la guerre à l'Europe tout entière, car elle serait certaine de pouvoir tenir pendant des années 24. » Le Conseil décide de s'aligner sur l'attitude anglaise. Ce n'était pas vrai : la Grande-Bretagne n'a jamais garanti les frontières roumaines, la Roumanie ne le lui a jamais demandé et, d'autre part, le Conseil des Ministres anglais, qui discuta de la question ne se réunit que le lendemain 19 mars.

A ce conseil, lord Halifax a pris acte de « la faillite de la politique de conciliation, enterrée à Prague », déclaré qu'il ne « devrait pas y avoir de Munich polonais » (alors que rien ne disait encore que la Pologne était menacée) qu'il fallait, maintenant, « prendre des engagements à l'Est et garantir les frontières de la Pologne et de la Roumanie, fût-ce en s'inspirant du projet de Grande Alliance de Churchill ». Le Conseil adopte ce point de vue.

Sans perdre de temps, lord Halifax envoie une note aux gouvernements de Paris, de Varsovie et de Moscou - pas à Bucarest : il sait sa supercherie et le sort que lui ferait le gouvernement roumain - pour les inviter « à se consulter sur les mesures à prendre, au cas où une nouvelle action serait entreprise contre l'indépendance politique d'un État européen 25 ». La veille, M. Litvinov a prononcé, à Moscou, un discours dans lequel il a préconisé « une conférence européenne qui réunirait la Grande-Bretagne, la France, la Russie, la Pologne, la Roumanie et la Turquie 26 ».

Le lendemain 20 mars, lord Halifax déclare à la Chambre des lords que « le gouvernement de Sa Majesté, tirant la leçon des événements et décidé à barrer la route à des projets ambitieux de domination universelle, est entré en consultation avec plusieurs gouvernements, pour leur proposer de conclure un pacte en vertu duquel ils opposeront une résistance commune à toute nouvelle menace contre un pays européen 27 ».

[216]

Le 21 mars, MM. Albert Lebrun, président de la République française et son ministre des Affaires étrangères, Georges Bonnet arrivent en visite officielle à Londres : lord Halifax leur présente son plan et M. Georges Bonnet qui en a présenté un, à peu près semblable, dès le 16 mars, à M. Souritz, ambassadeur d'U.R.S.S. à Paris ne peut qu'acquiescer. Il est curieux de constater à quel point l'accord est unanime pour réintroduire dans les affaires d'Europe l'U.R.S.S., qui en avait été écartée à Munich.

En Pologne, pourtant, on n'est pas d'accord. Au reçu de la note de lord Halifax, le colonel Beck a réuni son Conseil des ministres et tous ont été unanimes à déclarer que s'il n'y avait aucun inconvénient à entamer, avec l'Angleterre, des conversations qui pourraient conduire à un pacte analogue à celui que la Pologne a signé avec la France en 1921, en entamer dans le même but avec la Russie n'était pas concevable en raison des relations tendues qui existaient entre la Pologne et la Russie, d'une part et, de l'autre, parce que ce serait provoquer la colère de l'Allemagne qui pourrait donner, par représailles, un autre ton aux conversations qui allaient incessamment s'engager avec elle au sujet de Dantzig et du Corridor. Au cours d'une entrevue qu'il a eue avec Beck, à Berchtesgaden le 5 janvier précédent, Hitler lui a dit que, bientôt il faudrait songer à règler ce problème et, à l'approche de l'échéance, Beck a eu un mouvement de recul.

C'est dire que la garantie anglaise lui arrive fort à propos et il voit tout de suite les avantages qu'il peut en tirer : échapper aux conversations. Aussi, le 24 mars, charge-t-il M. Raczinsky, son ambassadeur à Londres, de dire à lord Halifax :

« Étant donné le cours rapide des événements et la perte de temps qu'entraînera inévitablement une négociation multilatérale, le gouvernement anglais ne pourrait-il envisager de parer au plus pressé en passant, sans délai, un pacte bilatéral avec la Pologne 28 ? »

Lord Halifax craint bien d'indisposer la Russie, mais poussé par Chamberlain qui ne met aucun empressement à se rapprocher de la Russie, il accepte.

[217]

Et, le 26 mars, M. Lipski, ambassadeur de Pologne à Berlin, qui est à Varsovie depuis le 21, repart pour Berlin avec une réponse négative...

Telle est l'explication du revirement du colonel Beck.

Le temps d'échanger les signatures.

Le 31 mars, M. Chamberlain annonce à la Chambre des communes :

« Dans le cas d'une action quelconque, mettant nettement en danger l'indépendance polonaise et à laquelle le gouvernement polonais estimerait de son intérêt vital de résister avec ses forces nationales, le gouvernement de Sa Majesté se considérerait comme tenu de secourir immédiatement, par tous les moyens, le gouvernement polonais 29. »

Le 6 avril, le colonel Beck était à Londres et l'accord était rendu public par un communiqué officiel...

Hitler tente, néanmoins mais sans grandes illusions, encore quelques démarches auprès du colonel Beck puis, le 28 avril, convaincu qu'il perd son temps, il prononce au Reichstag, un discours par lequel il dénonce, à la fois le Traité germano-polonais du 26 janvier 1934 et le Pacte naval anglo-allemand du 18 juin 1935.

Dans le même discours, il répond à une intervention des plus maladroites que le président Roosevelt a faite auprès de lui et de Mussolini le 14 avril, et qu'il a très mal prise.

Qu'a donc écrit le président Roosevelt à Hitler et à Mussolini ?

D'abord, la fin de non-recevoir opposée par l'Allemagne aux protestations des Anglais et des Français contre le démembrement de la Tchécoslovaquie a déchaîné sa colère. Ensuite, le 7 avril, Mussolini a envahi l'Albanie et en a offert la couronne au roi d'Italie : alors il ne se contient plus.

L'Albanie est un pays très pauvre - un pays de pâtres qui ne présente aucun intérêt économique. Mais c'est une position stratégique d'où l'on peut imposer sa volonté à la Yougoslavie, à la Bulgarie et à la Grèce. Qui tient l'Albanie tient les Balkans. Le roi Zog qui préside à ses destinées est une sorte de gangster qui, disait-on jusque là, dans les [218] journaux de gauche « s'était frayé une voie jusqu'au trône par un judicieux dosage de corruption, d'intrigues et d'assassinats ». Dès que l'arrivée des troupes italiennes lui est signalée, il s'enfuit en Grèce avec sa femme, la reine Géraldine. Les envahisseurs sont accueillis à bras ouverts par la population albanaise qui sait leur devoir ses routes, ses rares chemins de fer et ses rares industries. Le départ du roi Zog n'est pas considéré comme une perte par ses anciens sujets, au contraire.

Mais ce ne sont pas des moeurs . Mussolini a chassé un gangster et s'est approprié un pays par des méthodes de gangster.

Pie XII qui a été élu le 2 mars prononce sa première homélie pontificale, Quoniam Paschalia, le jour de Pâques et s'y dit « très préoccupé des dangers que font courir à l'Europe, le chômage, la misère, le manque de fidélité aux engagements souscrits, le mépris, dans certains pays, des droits imprescriptibles de la dignité humaine 30 ». C'est une intervention sur le plan moral. Tout le monde comprend que ces paroles sont prononcées à l'intention de Hitler et de Mussolini et, plus particulièrement des événements récents de Tchécoslovaquie et d'Albanie. Hitler et Mussolini ne s'y sont pas trompés.

Sur le plan diplomatique, la Yougoslavie n'a pas bronché. La Bulgarie et la Turquie non plus. La France et l'Angleterre n'ont protesté que pour la forme et dans des termes tels qu'ils ne compromettent pas les espoirs qu'elles ont de détacher Mussolini de Hitler. Seuls les Russes et le président Roosevelt fulminent.

Si la lettre du président Roosevelt avait été une protestation contre ce qui venait de se passer en Tchécoslovaquie et en Albanie, on eût compris qu'il ne s'adressât qu'à Hitler et à Mussolini. Mais elle ne faisait état que « de rumeurs que nous espérons infondées et selon lesquelles de nouvelles agressions se prépareraient contre d'autres nations indépendantes ». Dans ce cas, « ne s'adresser qu'à deux seulement des parties en litige, dit Mgr Giovanetti de l'initiative du président Roosevelt, semblait vouloir les [219] mettre à priori sur le banc des accusés 31 ». D'autant qu'il leur posait carrément la question et à eux seuls : « Êtes-vous disposés à me donner l'assurance que vos armées n'attaqueront ni les territoires, ni les possessions des nations énumérées ci-après ? » Et il en énumérait trente et une. En terminant, il formulait « l'espoir qu'une telle assurance pourrait représenter dix ans et même, peut-être, un quart de siècle de paix » et, en cas de réponse affirmative, il promettait « la participation américaine à des discussions à l'échelle mondiale, visant à soulager le monde du fardeau écrasant des armements 32 ».

Plus qu'une entorse aux usages diplomatiques, c'était une grossièreté, sinon une provocation.

Depuis que j'ai lu M. Robert E. Sherwood qui fut un des familiers de Roosevelt, je n'ai plus de doute à ce sujet. M. Robert E. Sherwood prétend, en effet, que la pensée profonde du président était « que la frontière des États-Unis se trouvait sur le Rhin 33 » et que ce qu'il « redoutait le plus, on peut en être assuré, c'étaient des négociations de paix, un nouveau Munich 34 ».

Mussolini était en conférence à Rome avec Goering et Ciano, quand cette lettre lui fut remise et c'est alors qu'il prononça son célèbre diagnostic - « Effet de la paralysie progressive... » à quoi Goering répondit en écho : « Début de maladie mentale 35. »

La réaction de Hitler fut cinglante.

Le 17 avril, il fit poser à tous les états cités par Roosevelt (à l'exception de la Pologne, naturellement, de la France, de la Russie et de la Grande-Bretagne dont il connaissait les intentions maintes fois réitérées publiquement) la double question suivante par Ribbentrop : avaient-ils l'impression d'être menacés par l'Allemagne et avaient-ils chargé Roosevelt de faire cette proposition dans cette forme ? A l'unanimité, les vingt-sept états interpellés répondirent par un double non. C'était, pour lui, un suc[220]cès diplomatique sans précédent, que, dans son discours - d'une « rare éloquence » a dit W.L. Shirer - du 28 avril au Reichstag il exploita remarquablement en donnant, une à une, lecture des vingt-sept réponses au milieu des rires, sous des tonnerres d'applaudissements, et en renouvelant ses propositions de conférence internationale pour réviser le Traité de Versailles dans ce qui en subsistait encore. Le président Roosevelt ayant, dans sa lettre, justifié sa démarche dans la forme « la possibilité d'un conflit constitue un souci sérieux pour le peuple américain au nom duquel je parle », Hitler porta les rires et les applaudissements au délire en s'écriant ironique : « Je déclare solennellement, que toutes les allégations répandues d'une façon quelconque au sujet d'une attaque ou d'une intervention projetée par l'Allemagne contre ou dans un territoire américain ne sont que lourde imposture ou grossiers mensonges. Sans compter que toutes ces allégations ne peuvent, d'ailleurs, du point de vue militaire, que sortir de l'imagination d'un fou 36. »

En France, en Angleterre et en Pologne, où les réactions n'étaient plus commandées que par la passion, on applaudit chaleureusement à l'initiative du président Roosevelt. En Russie, on ne dit rien : on ne pouvait pas l'approuver parce qu'elle était, diplomatiquement insoutenable, et on ne pouvait pas non plus la blâmer parce que l'heure n'avait pas encore sonné de révéler au monde les pourparlers renoués, depuis le 3 octobre 1938, entre l'Allemagne et la Russie, et qui devaient aboutir au Pacte germano-soviétique du 23 août suivant. Partout ailleurs et surtout dans les états cités par le président Roosevelt dans sa lettre, il se trouva enseveli dans un grand linceul de ridicule et de réprobation.

Effet quasi immédiat : le 6 mai 1939, Ribbentrop est en visite à Milan. La ville a été choisie par Mussolini pour une rencontre italo-allemande parce que la presse étrangère a évoqué, à plusieurs reprises, l'atmosphère anti-allemande de la capitale lombarde et pour prouver qu'il n'en est rien.

Après les premiers échanges de vues avec le comte Ciano, [221] les deux ministres dînent à l'Hôtel Continental - le comte Ciano reçoit de Mussolini un coup de téléphone lui ordonnant de profiter de l'occasion pour solliciter de Ribbentrop la signature d'une alliance militaire avec l'Allemagne 37. Entre les deux pays, les pourparlers sur une telle alliance n'ont jamais été engagés. Un an auparavant, lors de la visite de Hitler à Rome, au lendemain de l'Anschluss (3-10 mai 1938) Ribbentrop l'avait proposée au comte Ciano qui avait décliné l'offre au nom de Mussolini. Cette fois, c'était décidé : la lettre du président Roosevelt avait eu pour effet de rejeter vers Hitler, Mussolini que l'Angleterre et la France cherchaient à en détacher (visite de Chamberlain et lord Halifax à Rome, le 11 janvier 1939 ; mission de Paul Baudoin auprès de Mussolini, le 2 février 1939).

Le Pacte d'acier qui concrétise cette alliance militaire est signé à Berlin le 22 mai 1939. Son article 3 dit que « l'Allemagne et l'Italie s'engagent à se soutenir sans paix séparée, ni armistice, en cas de complications guerrières avec une ou plusieurs puissances, et ce, immédiatement, avec toutes leurs forces militaires ». Une seule restriction : la consultation réciproque des deux parties au préalable 38.

C'est seulement le 30 mai que Mussolini envoie à Hitler un message confidentiel ainsi conçu :

« Les deux Puissances européennes de l'Axe ont besoin d'une période de paix qui devrait s'étendre au moins sur trois ans. C'est seulement à partir de 1943 qu'un effort de guerre aura plus de chances de mener à la victoire. L'Italie fasciste, bien que convaincue que la guerre est inévitable, ne désire pas précipiter les événements. Elle peut mobiliser, proportionnellement, plus d'hommes que l'Allemagne, mais l'abondance de ses effectifs se trouve limitée, dans ses effets, par la déficience de son matériel 39. »

Autrement dit, l'Italie ne sera prête à faire la guerre qu'en 1943 : c'est un frein. Mais dans sa conférence à ses chefs militaires du 5 mai 1937 (Document Hossbach) Hitler ne la prévoit pas non plus avant cette date.

A la fin de ce mois de mai 1939, la situation est donc la [222] suivante : Hitler a rompu avec la Pologne et l'Angleterre (dénonciation du Pacte naval anglo-allemand du 18 juin 1935 et du Pacte germano-polonais du 26 janvier 1934) ; le 18 décembre 1938, Mussolini avait dénoncé le Traité franco-italien du 8 janvier 1935 40), et, entre les deux dictateurs, le Pacte d'acier venait d'être conclu. D'un côté Hitler maintenant sûr du soutien de Mussolini et, étant donné l'évolution des pourparlers germano-russes en cours depuis le 3 octobre 1938, à peu près assuré de la neutralité de Staline ; de l'autre l'Angleterre et la France avec leur nouvelle alliée la Pologne assurées du soutien du président Roosevelt et du formidable potentiel américain, misant également sur Staline.

Compte tenu du tour que la lettre du président Roosevelt à Hitler et Mussolini avait donné à la discussion, il n'y avait plus guère de chances d'un nouveau Munich : les voeux du président Roosevelt, d'après Robert E. Sherwood, étaient comblés - si c'était là le but qu'il poursuivait, il l'avait pleinement atteint.

La situation était devenue explosive.

4. - Intervention de Pie XII.

Dans cette atmosphère de passions déchaînées, un homme pourtant, gardait tout son sang-froid et ne désespérait pas de la Paix : le Pape Pie XII.

La pensée profonde du président Roosevelt, selon laquelle « ce qu'il redoutait le plus était un nouveau Munich » n'ayant été révélée qu'après la guerre 41 sans doute Pie XII [223] ne lui prête-t-il aucune intention machiavélique et ne considère-t-il pas son intervention dans le débat comme une provocation. Comme une maladresse, sûrement. Non seulement parce qu'il n'avait adressé sa lettre qu'à Hitler et à Mussolini en accusateur, mais encore parce que ses projets de conférence internationale étaient si vastes qu'ils mêlaient tous les problèmes du monde au problème européen dans lequel ils le noyaient. Et surtout, parce qu'ils étaient dominés par des soucis idéologiques (Discours de la Quarantaine) qui n'avaient rien à voir avec les problèmes de la Guerre et de la Paix.

Diplomate de carrière, il savait qu'il fallait sérier les questions. Et il savait aussi que c'était en Europe que se situaient les risques de guerre. D'où l'idée qui lui était venue de régler d'abord, tous les litiges européens entre Européens. Le discours prononcé par Hitler, le 28 avril, en réponse à Roosevelt l'avait, d'autre part, convaincu qu'il y avait urgence. Enfin, Père spirituel et chef de cinq cents millions d'hommes, il croyait à la fois qu'il était placé pour intervenir et qu'il en avait le devoir. Non comme le président Roosevelt, dans la crainte, mais en faveur d'un nouveau Münich, seul susceptible de protéger le monde contre une catastrophe qui signifiait, à ses yeux, la fin de la chrétienté et de la civilisation.

Les états européens qui avaient, entre eux, des litiges à régler étaient au nombre de cinq : l'Angleterre, la France, l'Italie, l'Allemagne et la Pologne. L'Allemagne avec la Pologne, bien entendu ; l'Italie avec la France (revendications italiennes en Afrique du Nord, à Djibouti, en Corse et même à Nice) ; l'Angleterre avec l'Allemagne (dénonciation du Pacte naval de 1935, garantie donnée à la Pologne) et l'Italie (Canal de Suez) ; la France avec l'Allemagne (protestations contre sa politique en Europe centrale, garantie polonaise). L'Italie et l'Allemagne n'appartenaient plus à la S.D.N. ce qui excluait le règlement général par la S.D.N. puisqu'il l'eût supposé en dehors d'elles. Il ne restait donc que le règlement par une Conférence entre les cinq États.

Pourquoi pas la Russie ? ont demandé les adversaires de Pie XII, notamment M. Saül Friedländer à l'occasion de la récente polémique provoquée par Le Vicaire. Et de suggérer que c'était par « une aversion personnelle à l'égard [224] du communisme qui datait de ses contacts (malheureux) avec les Soviets en Bavière, en 1919 42 ». La réponse est, en réalité, bien plus simple : parce que la Russie n'était concernée par aucun des litiges en question et c'était déjà la raison pour laquelle elle avait été écartée des Accords de Munich. Que Pie XII ait été hostile au communisme ne fait pas de doute, l'encyclique Divini Redemptoris de Pie XI le dit clairement qui était sa loi. Mais eût-elle été impliquée dans les problèmes européens en discussion que, prétendre qu'il ne l'eût pas incluse dans son projet n'est qu'une hypothèse toute gratuite. Pour la même raison, il n'avait pas non plus pensé aux États-Unis. Il n'est pas inutile de souligner que, mettant son attitude au compte de son hostilité au communisme, les mêmes en profitaient pour l'accuser de sympathies nazies et de n'intervenir que parce qu'il avait peur que le nazisme, à ses yeux, seul rempart contre le communisme, ne fût écrasé par la gigantesque coalition, alors en bonne voie contre l'Allemagne. 0 Sancta simplicitas !

Avant de soumettre son projet aux intéressés, pour bien s'assurer qu'il ne heurterait personne, Pie XII fit procéder à des sondages par ses services diplomatiques. Et voici comment les choses se sont passées :

1. Le 1er mai 1939, Mussolini reçoit le R.P. Tacchi Venturi, de la Compagnie de Jésus, qui est son ami personnel et qui vient lui demander son avis au nom du pape. Mussolini demande un jour de réflexion. Le 2 mai, comme promis, il répond par une approbation sans réserve. L'envoyé du Pape lui ayant alors demandé comment, selon lui, réagirait Hitler : « J'incline à penser, répond-il, que le Führer ne repoussera pas la proposition. » Il ajoute seulement que « dans la formule d'invitation, il serait bon de préciser qu'on se propose de résoudre pacifiquement les points de litige entre les cinq pays et les problèmes annexes 43 ».

2. Muni de cet encouragement, le lendemain 3 mai, le secrétaire d'État du Vatican, Mgr Maglione, soumet la proposition du pape aux nonces de Berlin, de Paris, de Var[225]sovie et de Londres. Le 5, Mgr Orsenigo, nonce à Berlin, est reçu par Hitler à Berchtesgaden, en compagnie de Ribbentrop. Du compte rendu de l'entrevue qu'il adresse à la secrétairerie d'État du Vatican, comme du Memorandum allemand qui la résume 44, il résulte que Hitler « ne croyait pas qu'il y eût un danger de guerre, vu que la tension était due davantage à la propagande qu'aux faits » et qu'avant de donner sa réponse définitive il devait d'abord se mettre en rapport avec Mussolini car il ne ferait rien sans l'accord de celui-ci. Et il ajoute : « Le Duce et moi agirons toujours à l'unisson. »

A la date du 5 mai, donc, l'affaire se présente ainsi

Mussolini a accepté la proposition du pape, et Hitler qui n'a formulé aucune objection contre, a dit qu'avant de répondre officiellement, il devait d'abord consulter Mussolini.

Du côté des dictatures, l'affaire est en bonne voie.

3. Le 6 mai, le nonce à Paris, Mgr Valerio Valeri, est reçu par M. Georges Bonnet, ministre des Affaires étrangères, qui lui dit d'abord qu'avant de lui donner une réponse, il doit consulter M. Daladier, président du Conseil. et M. Alexis Léger, secrétaire général du Quai d'Orsay 45. Puis, le soir, il l'appelle à la nonciature et le fait venir au ministère pour lui dire que « le gouvernement français jugeait la démarche inopportune » et lui demander « de prier le cardinal secrétaire d'État de suspendre jusqu'à nouvel ordre, la publication du message ». Son opinion sur la démarche qu'il vient de faire, Mgr Valerio Valeri ne la communique à la secrétairerie d'État du Vatican que le 12, après l'échec de la tentative du pape :

« Il est évident que, dans l'ensemble, à l'heure présente, les États qu'il est convenu de désigner sous le nom de démocraties, ne souhaitent pas multiplier les contacts, mais bien plutôt, opposer une barrière à l'expansion des États [226] totalitaires, à l'étendre et à la fortifier. Ils sont d'ailleurs persuadés, que d'ici peu de mois, la balance des forces en présence pèsera entièrement de leur côté. C'est ce qui m'a été dit par M. Bonnet et répété par M. Bullitt, ambassadeur des États-Unis à Paris, lequel ne m'a pas dissimulé sa satisfaction de savoir que la tentative du Saint-Siège n'aurait pas de lendemain. Pour lui aussi, en somme, il faut que les États totalitaires soient mis au pied du mur. Seulement après, quand ils auront donné les garanties auxquelles Roosevelt faisait allusion dans son message 46, on pour commencer à discuter. »

Le 7 mai, M. Alexis Léger, alias Saint John Perse, lui avait dit son opposition au principe d'une conférence, en des termes à peu près semblables.

4. Le nonce à Londres, Mgr Godfrey, est reçu le 5 mai par lord Halifax qui lui fait connaître la position du gouvernement anglais : « Que Sa Sainteté offre ses bons offices successivement et séparément, à la Pologne et à l'Allemagne, à la France et à l'Italie 47. »

Ici aussi, l'offre de médiation était déclinée.

5. Les réponses de Paris et de Londres, qui sont entre les mains de Mgr Maglione dès le 7 mai, anéantissent tous les espoirs que celles de l'Italie et de l'Allemagne avaient fait naître dans l'esprit du secrétaire d'État et du pape.

Le 8 mai arrive celle de la Pologne : elle est, évidemment alignée sur celle de la France et de l'Angleterre.

La réponse officielle et définitive des Puissances de l'Axe était commune. Elle arriva la dernière : le 9 mai. En connaissance de celles de la France, de l'Angleterre et de la Pologne, tirant les conclusions de leur caractère négatif, elle postulait « qu'une conférence des cinq Puissances, destinée à redresser la situation internationale, semblait prématurée et pour le moment inutile, ne fût-ce que pour ne pas mettre en cause la haute autorité du Souverain Pontife 48 ».

[227]

Sans le vouloir, Pie XII avait fait la preuve que ceux qui s'opposaient au règlement des litiges européens par des négociations internationales n'étaient ni Hitler, ni Mussolini, mais la France, l'Angleterre et la Pologne.

Cette preuve a marqué le début de l'hostilité dont, depuis, Pie XII n'a cessé d'être l'objet de la part des bellicistes à tous crins et on les comprend très bien : le but qu'ils poursuivaient n'était pas le règlement des litiges européens, mais l'effondrement du régime national-socialiste en Allemagne, et ils savaient qu'ils ne pourraient l'atteindre que par la guerre. C'est pourquoi ils ne voulaient à aucun prix d'un nouveau Munich. Mais ils voulaient pouvoir continuer à faire croire que c'était Hitler qui rendait impossible toute reprise des contacts internationaux. Or, après l'intervention de Pie XII, ils ne le pouvaient plus.

Dans la suite, ils utilisèrent d'autres aspects du comportement de Pie XII : son appel du 24 août, au lendemain de la signature de l'accord germano-soviétique et sa dernière initiative, le 31 août, à 13 heures.

Le Pacte germano-soviétique du 23 août l'avait profondément ébranlé : la guerre générale dans toute son horreur lui parut inévitable. Dans l'allocution qu'il prononça ce jour-là il prit soin de mettre en parallèle, assez adroitement pour ne vexer personne « les aspirations des peuples et l'intelligence des gouvernants » :

« Ayant présentes dans la prière, tant d'âmes de bonne volonté qui, tout en vivant hors de l'Église, n'aspirent pas moins à la paix, Nous voulons implorer Dieu qui tient dans ses mains les coeurs comme les intelligences des gouvernements, de préserver tous les hommes du fléau de nouveaux conflits sanglants encore plus atroces... C'est par la force de la raison, non par la force des armes, que la justice fera son chemin. Les empires qui ne sont pas fondés sur la justice ne sont pas bénis de Dieu... Il est encore temps que les hommes recommencent à se comprendre, qu'ils recommencent à négocier... ils s'apercevront qu'un succès honorable n'est jamais exclu des négociations loyales... Rien n'est perdu avec la paix, tout peut l'être avec la guerre 49... »

[228]

Le 31 août, à 13 heures, aucun plénipotentiaire polonais muni des pleins pouvoirs pour traiter ne s'étant encore présenté à la Wilhelmstrasse, alors que l'ultime délai fixé par Hitler - qu'il repoussait de jour en jour depuis le 26 août - expirait à minuit, Pie XII, voyant la guerre sur le point de déferler sur le monde, avait tenté une ultime démarche et fait remettre aux ambassadeurs d'Allemagne. de Pologne, de Grande-Bretagne, de France et d'Italie, la note suivante :

« Le Souverain Pontife ne veut pas renoncer à l'espoir que les négociations en cours puissent aboutir à une solution juste et pacifique telle que le mnonde entier ne cesse de l'implorer. Sa Sainteté supplie par conséquent au nom de Dieu les gouvernements d'Allemagne et de Pologne, de faire ce qui leur est possible, afin d'éviter tout incident et de s'abstenir de prendre toute mesure susceptible d'aggraver la tension actuelle. Elle prie les gouvernements d'Angleterre, de France et d'Italie d'appuyer sa demande 50. »

A cette note était joint un projet qui prévoyait

« 1. Une trêve de dix à quatorze jours entre l'Allemagne et la Pologne.
« 2. Pendant cette trêve serait convoquée une conférence internationale à laquelle seraient invitées à participer la France, l'Angleterre, l'Italie, la Pologne, la Russie 51, la Belgique, la Hollande et la Suisse. Les États-Unis et le Vatican enverraient des observateurs.
« 3. Cette conférence aurait pour mission, non seulement de régler le différend germano-polonais, mais aussi de réviser le Traité de Versailles et de préparer un Pacte général de non-agression 52. »

Aux yeux des bellicistes, c'était la preuve que Pie XII voulait éviter à tout prix, l'écrasement de l'Allemagne par la coalition des Puissances démocratiques, encore assez fortes, malgré le Pacte germano-soviétique et la défection [229] de la Russie, que son geste lui était inspiré par ses sympathies pour le nazisme.

Quand la guerre fut là, cette opinion fut confirmée dans leur esprit par toute une série de faits : l'obstination de Pie XII à condamner toutes les atrocités de la guerre et non seulement les atrocités allemandes ; sa sollicitude pour toutes les victimes de la guerre, quelles que soient leur nationalité, leur race ou leur religion, qu'elles appartiennent ou non à l'Église (cette façon de s'exprimer dressa contre lui les juifs, qui lui reprochèrent de ne pas les avoir désignés expressis verbis) ; son hostilité à la thèse de la reddition inconditionnelle de l'Allemagne qui prolongea la guerre d'au moins deux années, etc.

Ce comportement, manifestement inspiré par un pacifisme authentique fut dénaturé à plaisir par les bellicistes qui de sollicitation en sollicitation des texte en sont arrivés, après la guerre et surtout depuis sa mort, à monter cette infamie que j'ai appelée L'Opération « Vicaire » 53 par laquelle ils ont tenté de faire de Pie XII un pape pro-nazi. Ne pouvant s'attaquer à l'oeuvre sur le fond, sans découvrir leur jeu et heurter l'opinion publique, ils ont essayé de la déconsidérer indirectement en déconsidérant, l'homme par l'insulte et la calomnie.


5. - Le pacte germano-soviétique.

Pendant ce temps les Russes...

Le 23 août 1939, tout le monde fut surpris par la signature du Pacte germano-soviétique : c'est que personne, en effet, sauf Boris Souvarine, dont à l'époque, le remarquable Staline 54 avait passé pour ainsi dire inaperçu, n'avait une claire notion de la véritable essence du bolchevisme et, par voie de conséquence, n'avait décelé les vraies raisons du Pacte germano-soviétique (2-14 mai 1935) et du Front populaire qui l'avait préparé.

A gauche, on croyait que l'attitude de Staline lui était dictée par des considérations doctrinales : le socialisme, le [230] communisme, l'anti-nazisme, l'anti-racisme, la défense de la liberté, etc. Au fond, il était un démocrate et la dictature dite du prolétariat à laquelle il soumettait la Russie n'était qu'un phénomène passager commandé par les circonstances. Après tout, Marx lui-même avait reconnu la nécessité transitoire de la dictature du prolétariat 55.

A droite, on le crut aussi et, si on était contre, c'est parce qu'on était contre le marxisme. En plus, sur le plan pratique, dans ce Pacte franco-soviétique, on voyait une réédition de l'encerclement de l'Allemagne par l'Alliance franco-russe de 1891 et, comme en 1891, la mise en place d'un dispositif de guerre contre l'Allemagne. D'où le slogan : le Front populaire et le Pacte franco-soviétique, c'est la guerre ! Jamais, en tout cas, la droite ne pensa que l'aventure se terminerait par un accord entre les Allemands nazis et les Russes bolcheviques : elle aussi croyait aux impératifs des doctrines et des idéologies. Placée devant l'événement, elle y vit seulement un argument qui pourrait nous permettre d'éviter cette guerre dont elle ne voulait pas et, sans voir plus loin, elle ne se l'expliqua que par l'immoralité bien connue du bolchevisme.

Or, le Pacte était dans la logique des choses.

Ainsi que le soutenait Boris Souvarine, le comportement du bolchevisme au pouvoir ne s'inspira jamais de la moindre considération doctrinale qui eût quelque rapport que ce soit avec le communisme, ni en politique intérieure, ni en politique extérieure. Dans le premier cas, il substitua le capitalisme d'État à la féodalité qui était encore le régime de la Russie en 1917. Dans le second, il reprit à son compte la politique des tsars en Extrême-Orient (Chine) et en Europe (Pays baltes, Pologne, Balkans) : le panslavisme.

Ces intentions éclatèrent au grand jour dès le lendemain de la signature de l'Armistice du 11 novembre 1918, lorsque les populations de Russie Blanche, de Finlande, d'Esthonie, de Lettonie, de Lituanie, de Pologne et d'Ukraine, qui réclamaient déjà leur indépendance sous les tsars, la voulurent proclamer et se heurtèrent à l'Armée rouge qui réussit à leur imposer sa loi en Russie blanche, et dans une [231] grande partie de l'Ukraine. Le bolchevisme prétendait maintenir sous sa botte tous les peuples qui avaient été sous celle des tsars : le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes qui faisait partie de la doctrine communiste avait été, dès son accession au pouvoir, relégué dans les oubliettes de l'Histoire et il ne fut plus, dès lors, qu'un article d'exportation à usage externe. Un temps, l'Armée rouge eut même des visées sur la Roumanie et sur la Hongrie : l'entreprise échoua de justesse *.

Mais à l'extérieur des frontières de l'ancien empire des tsars, le bolchevisme étendit ses tentacules par le truchement des partis communistes dont le rôle fut, à partir de 1920, la conquête du pouvoir par la conquête de l'opinion publique sous le couvert de la Révolution mondiale, la culture des troubles sociaux, de la violence, l'appel à l'insurrection, etc.

Entre les deux guerres, peu de gens s'aperçurent que les partis communistes n'étaient que des cinquièmes colonnes du panslavisme dans le monde libre. Peu nombreux sont, encore aujourd'hui, ceux qui s'en aperçoivent. Et pourtant, à la faveur de la seconde guerre mondiale, le panslavisme a fait des progrès spectaculaires : ses frontières sont maintenant à cinquante kilomètres de Hambourg, il a remis la main sur tout l'ancien empire des tsars, sur toute l'Europe centrale sauf l'Autriche, et balkanique sauf la Grèce.

Moscou souffrit toujours très cruellement de l'indépendance de la Lituanie, de la Lettonie, de l'Esthonie et de la Finlande : le seul débouché qu'elle gardait sur la Baltique par son port de Léningrad était, désormais, contrôlé à la sortie du golfe de Finlande, par la Finlande d'un côté, l'Esthonie de l'autre. Un nouveau Gibraltar. D'autre part, les communistes avaient perdu Riga qui était devenue Lettonne. Mais, plus que de cette hypothèque prise par le Traité de Versailles sur leur commerce maritime, ils souffraient des richesses naturelles soustraites à leur économie par l'érection en état polonais de l'ancien duché de Varsovie : quatre-vingt-dix millions annuels de tonnes de charbon, du fer, du zinc, de l'uranium, un complexe métallurgique dont le centre était Varsovie. Jamais ils ne s'étaient résignés à cette amputation non plus qu'à celle des Pays baltes.

De son côté, l'Allemagne ne s'était pas davantage résignée [232] à l'amputation du Couloir polonais, de la Posnanie et d'une partie de la Silésie. Il y avait là un terrain d'entente : dès le début de l'année 1922, quand ils eurent acquis la certitude de l'échec de la Révolution allemande, les bolchevicks pratiquèrent une politique de rapprochement avec l'Allemagne dans l'espoir d'en faire naître l'occasion d'un nonveau partage de la Pologne. Et ce fut Rapallo, puis de fil en aiguille, les échanges de missions militaires.

Pendant toute cette période de compréhension mutuelle, assuré de la paix sur ses frontières de l'Ouest que, maintenue sous le joug par le Traité de Versailles, l'Allemagne n'aurait, au surplus pas pu menacer si elle en avait eu l'intention, Staline put, en toute tranquillité, se consacrer aux intérêts russes menacés en Extrême-Orient par le Japon.

Tout changea en 1933, quand Hitler arriva au pouvoir : celui-là était fort, il se moquait de Versailles et il avait déclaré la guerre au bolchevisme. En octobre, il quitta la S.D.N. en claquant les portes et Staline fut aussitôt sur ses gardes. Il comprit qu'un rapprochement entre l'Allemagne et le Japon, qui avait quitté la S.D.N. en mars précédent, était inévitable, et qu'alors il pourrait se trouver un jour, dans la situation d'avoir à se battre sur deux fronts.

Quand, le 26 janvier 1934, un Pacte de non-agression fut signé entre l'Allemagne et la Pologne, il n'eut plus de doute : le bloc germano-polonais avait une frontière commune avec la Russie. Staline prit donc en considération les avances qui lui étaient faites par la France, notamment par Barthou 56 non par amour de la paix, mais pour créer à Hitler des difficultés à l'Ouest et le mettre dans l'obligation d'avoir à se battre sur deux fronts le jour où il manifesterait l'intention de s'attaquer aux frontières de la Russie.

Telles sont les vraies raisons qui ont poussé Staline à la S.D.N. d'abord, à la signature du Pacte franco-soviétique ensuite : la hantise d'avoir à se battre sur deux fronts. Les tsars n'eussent pas réagi autrement . Il espérait bien, d'ailleurs, que ce pacte créerait, entre l'Allemagne hitlérienne et les démocraties occidentales, un tel état de tension que la situation évoluerait toute seule vers une guerre à l'Ouest [233] et détournerait Hitler de la Russie, -- une guerre où la Russie n'aurait pas à intervenir (elle n'avait pas de frontière commune avec le Reich) et à l'issue de laquelle, les deux adversaires étant épuisés, il serait l'homme fort de l'Europe *.

Comme il l'avait prévu, en 1939, la situation était explosive entre l'Allemagne et les démocraties occidentales, et justement à propos de la Pologne. Il avait donc le choix : assortir le Pacte franco-soviétique d'une alliance militaire et, sous prétexte de défendre la Pologne, y faire entrer ses troupes avec l'assentiment des démocraties occidentales, auquel cas, il récupérerait le grand-duché de Varsovie, mais se trouverait affronté à l'Allemagne dans une guerre ; ou bien récupérer ce grand-duché de Varsovie par un accord avec l'Allemagne. c'est-à-dire sans guerre.

Il n'y avait pas à hésiter.

Les circonstances le servirent. Il v eut d'abord la conférence de Munich dont Staline fut tenu à l'écart, ce qui distendait singulièrement les rapports franco-soviétiques. Ensuite, il y eut l'Angleterre qui fut hostile à une alliance soviétique jusqu'au 31 mars et ne s'y résigna que, faisant contre mauvaise fortune bon coeur, dans le courant du mois d'avril. Enfin, il y eut la Pologne qui, par principe, ne voulait pas entrer dans une alliance aux côtés du bolchevisme. Elle pensait, à juste raison d'ailleurs, qu'une telle alliance provoquerait son invasion immédiate par l'Allemagne à l'Ouest, tandis que, sous prétexte de la défendre, les troupes soviétiques l'envahiraient à l'Est avec son assentiment. Au terme de l'opération, tout se résoudrait par un partage amiable de la Pologne entre l'Allemagne et la Russie. Et il n'y aurait plus de Pologne.

Car, ayant récupéré le grand-duché de Varsovie, il ne faisait pas de doute, aux yeux du colonel Beck, qu'arrivé au contact des troupes allemandes, Staline traiterait avec Hitler. L'Allemagne se trouverait alors affrontée aux seules Puissances de l'Ouest et lui n'aurait plus à redouter d'avoir à se battre sur deux fronts. En sus, dans l'accord qu'il aurait passé avec Hitler, il aurait sûrement obtenu les mains libres dans les pays baltes, sauf peut-être la Lituanie (à cause de Memel), en Roumanie, dans les Balkans, régions sur lesquelles la Russie avait, de tous temps, eu des visées.

[234]

Telles étaient les supputations du colonel Beck et, à ce sujet, trois constatations curieuses s'imposent :

1. Ce sont là, les conditions mêmes qui figurent dans le Protocole additionnel secret annexé au Pacte germano-soviétique. En ce qui concerne le partage de la Pologne (l'expression y figure) la ligne de démarcation entre la zone allemande et la zone russe devait suivre « approximativement les rivières Narev, Vistule et San ». Les intérêts de la Russie en Bessarabie étaient reconnus.

2. C'est sur ces conditions que portèrent les discussions engagées le 14 avril 1939 entre la Russie, d'une part, l'Angleterre et la France de l'autre. La Russie avait réussi à les faire accepter, à ceci près que l'expression « partage de la Pologne » y était remplacée par « autorisation de passage des troupes soviétiques sur le territoire polonais » : une fois en Pologne, on pouvait être assuré que les troupes russes n'en partiraient plus et c'était la même chose dans les deux cas. D'autre part, en admettant que la Pologne eût accepté, il est hautement probable qu'arrivé au contact des troupes allemandes, Staline aurait, comme il est dit plus haut, traité avec Hitler. Ainsi aurait-il atteint son but sans faire la guerre et jeté les Puissances occidentales contre l'Allemagne. Son calcul était que, la guerre terminée, il se fût retrouvé l'homme fort de l'Europe, indemne et à même d'imposer sa volonté aux belligérants épuisés.

3. On est étonné qu'ayant une conscience aussi claire de sa situation, le colonel Beck n'ait pas jugé préférable de traiter avec Hitler dont les propositions laissaient intacte l'intégrité territoriale de la Pologne : Hitler revendiquait seulement, en effet, Dantzig (qui était ville libre et non territoire polonais), une autostrade et un chemin de fer jouissant de l'exterritorialité à travers le Corridor 57.

On est étonné, mais on sait pourquoi : il croit l'armée [235] polonaise capable de tenir l'armée allemande en échec, la souplesse de sa cavalerie supérieure à la rigidité des chars allemands et qu'en quelques jours il aura occupé la Prusse orientale. Par ailleurs, il est persuadé que l'armée allemande est en pleine révolte : les troupes polonaises gagneront Berlin comme dans une promenade. Son Ambassadeur à Berlin, M. Lipski, le dit à qui veut l'entendre : « Voilà cinq ans et demi que je suis dans ce pays. Je sais fort bien ce qui s'y passe. Si une guerre éclate entre l'Allemagne et la Pologne, une révolution éclatera en Allemagne et nos troupes marcheront sur Berlin 58. » *

Le colonel Beck et son ambassadeur ne sont pas seuls à se faire de telles illusions : M. René Coulondre, notre ambassadeur à Berlin s'en fait l'écho dans une lettre qu'il adresse à M. Daladier par-dessus la tête de M. Georges Bonnet : « Hitler hésite... Le Parti flotte... Le peuple est mécontent... Hitler se demande comment sortir de l'impasse... L'épreuve de force tourne à notre avantage... Le poisson est ferré... Il faut tenir, tenir, tenir 59... » Mme Gene[236]viève Tabouis écrit que « cent cinquante généraux et chefs d'armées en révolte contre Hitler ont démissionné 60. » Dans une conversation privée, le général Gamelin dit « C'est bien simple, le jour où la guerre sera déclenchée en Allemagne, Hitler s'effondrera. Au lieu de défendre les frontières du Reich, l'armée allemande devra marcher sur Berlin afin de réprimer les troubles qui y auront éclaté. Les troupes stationnées dans la ligne Siegfried n'offriront que peu de résistance. Nous entrerons alors en Allemagne comme dans du beurre 61. » Aux yeux de tous, l'offre allemande à Moscou prouve que l'Allemagne est dans une situation désespérée.

En Angleterre, des bruits semblables dont l'origine est M. Raczinski, ambassadeur de Pologne à Londres, vraisemblablement corroborés par M. Richard Kordt, de l'ambassade d'Allemagne, qui est hostile à Hitler, sont répandus et parviennent sur le bureau de M. Chamberlain par les soins de Winston Churchill, sir Antony Eden, Duff Cooper, Duncan Sandys etc. On fait même état d'une résistance allemande à la tête de laquelle se trouvent les généraux Halder, Beck, Witzleben, le Dr Schacht, et qui n'attendrait qu'une aide extérieure sous forme d'une déclaration de guerre à l'Allemagne pour passer à l'action et déposer Hitler. Ils sont faux : jamais les généraux n'ont été aussi solidaires de Hitler que dans le cas polonais. Mais ils contribuent à mettre l'opinion publique en condition et à durcir les positions gouvernementales en France, en Angleterre et en Pologne.

Sans doute, ces bruits qu'on dit venir de bonne source, sont-ils aussi la raison pour laquelle ni l'Angleterre, ni la France ne prirent garde que la seule possibilité qu'elles avaient d'apporter une aide à la Pologne était une intervention indirecte sur la frontière ouest de l'Allemagne, que cette intervention ne se concevait qu'à la condition que la Russie intervienne sur ses frontières de l'Est, qu'autrement, le rapport des forces militaires entre l'Allemagne et elles l'interdisait et qu'alors elle n'était plus qu'un chèque tiré sur les nuages.

[237]

Ces considérations stratégiques n'étaient évidemment pas de mise : du moment qu'il suffisait de déclarer la guerre à l'Allemagne pour que son régime s'effondre, comme un château de cartes, il n'y aurait pas de guerre. C'est tout juste si on n'en était pas arrivé à penser que l'armée allemande aiderait les armées françaises, anglaises et polonaises à conquérir l'Allemagne ! On n'avait même pas besoin de la Russie !

Consternant.

Les mobiles de Staline étant ainsi analysés et les illusions des démocraties occidentales expliquées, peut-être n'est-il pas sans intérêt, maintenant, d'informer le lecteur sur la manière dont Staline s'y prit pour monter sa mystification : il n'y déploya pas beaucoup de génie. On peut même dire que les démocraties occidentales mirent beaucoup de bonne volonté à se laisser mystifier.

Le 3 octobre 1938, an lendemain de Munich, l'Ambassade d'Allemagne à Moscou, informait Berlin que, selon certains bruits recueillis par elle, « Staline avait tiré certaines conclusions du règlement de la question des Sudètes dont il avait été exclu et qu'il pourrait bien se montrer plus positif à l'égard de l'Allemagne 62. » Il y avait justement, entre l'Allemagne et la Russie, un semblant d'accord commercial qui était tombé en désuétude et qui arrivait à expiration à la fin de l'année : le 4 novembre, Goering demanda qu'on en profitât pour « ressusciter le commerce avec la Russie, notamment dans la mesure où il s'agissait de matières premières 63. » C'est à l'ombre de ce renouvellement que s'engagèrent les conversations secrètes qui aboutirent à la signature du Pacte germano-soviétique le 23 août suivant.

Le 12 janvier 1939, à la réception du Corps diplomatique venu présenter ses voeux à Hitler à la chancellerie, le Führer qui, en ces occasions, passait systématiquement devant l'ambassadeur soviétique, en se bornant à lui serrer la main sans prononcer un mot, l'honora ce jour-là, d'une longue conversation très amicale. Les diplomates présents en avaient été frappés et avaient aussitôt informé leurs gouvernements de ce changement d'attitude, à leurs yeux [238] significatif. En vain : leurs gouvernements n'accordèrent aucune signification particulière à ces avertissements.

Le 10 mars, les conversations secrètes avaient dû faire des progrès car, devant le XVIIe Congrès du Parti communiste russe Staline prononçait un discours dans lequel les critiques habituelles contre les nazis étaient remplacées par des critiques contre les démocraties et qui contenait cette déclaration insolite : « L'Union soviétique n'a pas la moindre intention de tirer les marrons du feu pour les démocraties occidentales. Au contraire. Le gouvernement soviétique n'est pas opposé, en principe, à une amélioration de ses rapports avec le Reich 64. » De quoi l'on peut conclure que, lorsqu'il décida d'entrer à Prague le 15 mars, Hitler savait qu'il n'avait rien à craindre des Russes. Les démocraties occidentales ne remarquèrent rien.

Le 28 avril, dans son discours au Reichstag par lequel il répond à Roosevelt et informe le monde qu'il a dénoncé le Pacte naval anglo-allemand du 18 juin 1935 et le Traité germano-polonais du 26 janvier 1934, Hitler rend sa politesse à Staline : pas un mot contre le bolchevisme.

Le 4 mai, Staline remplace Litvinov par Molotov au commissariat du peuple aux Affaires étrangères : Litvinov est juif. Après la guerre, divers auteurs ont prétendu que, quelques jours auparavant, dans une conversation privée, à quelqu'un qui lui faisait remarquer que l'Allemagne aurait intérêt à entamer des pourparlers diplomatiques avec la Russie, Goering aurait répondu : « Vous ne voyez tout de même pas Hitler s'entendre avec un juif ? » Les références sur lesquelles ils se fondent sont contradictoires, mais il est très vraisemblable qu'à cette date, Staline ait jugé le moment venu de donner un tour plus concret aux conversations avec l'Allemagne, de les transposer sur le plan diplomatique où il ne fait pas de doute, qu'étant juif, Litvinov était un obstacle insurmontable *.

Léon Blum qui est juif ne s'y est pas trompé : dans Le Populaire du 5 mai, sans faire allusion à l'appartenance juive de M. Litvinov, il a manifesté son inquiétude et formulé « l'espoir que ce limogeage n'entraînerait aucune [239] modification dans la politique, jusqu'ici suivie par l'Union soviétique. » A New-York, l'entourage juif du président Roosevelt se rend compte qu'il a perdu quelqu'un qu'il avait dans la place. De Berlin, M. Coulondre envoie à M. Georges Bonnet un télégramme où il est dit : « Ce remplacement a de toutes autres causes. M. Litvinov était trop rigide en matière de sécuriLé collective. De plus, il nourrissait pour la Pologne une antipathie trop marquée. Si on lui avait demandé de choisir entre Berlin et Varsovie, il aurait été capable de choisir Berlin ! Avec M. Molotov, membre du Politburo et dépositaire de la pensée de Staline, la politique extérieure soviétique ne pourra que gagner en précision et en clarté. La France et l'Angleterre n'auront pas à le regretter 65. »

M. Coulondre est un fin diplomate

A Londres, à New-York et à Varsovie, les ambassadeurs russes répètent ce propos - on est rasséréné.

En mai 1939, Londres et Paris sont en pourparlers avec Moscou depuis le 14 avril. On n'en est qu'au stade des conditions politiques de l'alliance : et ça traîne, ça traîne... Londres et Paris ne s'aperçoivent pas que Moscou ne cherche qu'une occasion de rompre. Les choses traîneront jusqu'au 24 juillet : chaque fois que les Russes obtiennent satisfaction sur un point ils en mettent en avant un autre dont ils espèrent que les Anglais et les Français ne pourront pas l'accepter et qu'ils pourront rejeter sur eux la responsabilité de l'échec des pourparlers. En vain : les Anglais et les Français ont tout accepté, jusqu'à englober les états baltes dans la sphère d'influence soviétique, jusqu'à la thèse russe de « l'agression indirecte 66 », jusqu'à la subordination de l'accord politique à un accord militaire, jusqu'à excepter la Hollande de la garantie commune ! Les Anglais tiquaient [240] bien un peu et, à plusieurs reprises, lord Halifax fut sur le point de rompre : mais à chaque nouvelle exigence des Russes, M. Corbin, ambassadeur de France à Londres, le venait trouver, de la part de M. Georges Bonnet, pour le presser d'accepter. D'autre part, le président Roosevelt qui s'impatientait de voir ainsi traîner les choses, téléphonait tous les jours à son ambassadeur à Londres, M. Joseph Kennedy, qu'il devait « pousser le fer dans les reins de Chamberlain 67. » M. Joseph Kennedy n'était pas d'accord mais il répétait ces choses à lord Halifax. Lord Halifax qui trouvait inadmissibles les exigences russes - et elles l'étaient, ô combien ! - s'inclinait pour n'indisposer ni M. Georges Bonnet, ni surtout le président Roosevelt.

Le 24 juillet, les démocraties occidentales ayant avalé toutes leurs couleuvres, on en vient à la discussion de l'accord militaire par lequel les Russes auraient bien voulu commencer parce que, sur ce terrain, la rupture était plus facile à mettre sur le compte, sinon des démocraties occidentales, du moins sur celui de la Pologne et parce qu'elle aurait été plus rapidement consommée : ils savaient bien que jamais le colonel Beck n'accepterait le passage, pourtant nécessaire, des troupes soviétiques sur le territoire polonais. C'est ce qui arriva : la rupture se produisit le 19 août sur le refus catégorique opposé par le colonel Beck à une demande de lord Halifax et de M. Georges Bonnet qui le pressaient d'accepter et qu'aussitôt ils transmirent à Moscou.

Les Russes n'attendaient que cela : depuis le 15 août, ils s'étaient mis d'accord avec les Allemands sur le principe d'une visite de M. von Ribbentrop à Moscou. Si l'on veut avoir une idée de son objet, il suffira de consulter deux documents très significatifs - les comptes rendus de deux audiences accordées par M. Molotov à Schulenberg, ambassadeur d'Allemagne à Moscou 68.

Dans la première de ces audiences qui eut lieu le 4 août, M. von der Schulenburg avait dit à Molotov que l'Allemagne [241] était prête à renverser ses rapports avec l'Union soviétique, si celle-ci s'abstenait de toute intervention dans ses affaires intérieures et si, dans sa politique extérieure, elle renonçait à toute attaque contre les intérêts du Reich. Il avait même ajouté qu'en cas d'accord il n'existait « de la mer Noire à la Baltique aucun problème qui ne pouvait être résolu » et suggéré « dès à présent, une entente sur le partage de la Pologne. » C'était bien la preuve que, pour en arriver là, les conversations étaient de longue date. Molotov se montra, dit Schulenburg, « extraordinairement réceptif. »

Dans la seconde qui eut lieu le 15 août, l'ambassadeur d'Allemagne, encouragé par l'accueil qu'il avait reçu à la première et après avoir pris conseil de son gouvernement, informa M. Molotov que M. von Ribbentrop était pré[ à venir à Moscou pour discuter, avec lui, des problèmes qui avaient fait l'objet de leur entretien du 4 août. Il ajouta qu'il était autorisé à lui dire, en sus de ce qu'il lui avait dit le 4 août, que l'Allemagne était prête « à user de son influence auprès du Japon, pour amener une amélioration et une consolidation des relations russo-japonaises. »

Réponse de M. Molotov : « Je serai enchanté de m'entretenir avec le ministre des Affaires étrangères du Reich. Je vais dès à présent, préparer sa venue. »

Mais Molotov n'avait pas encore en mains le refus du colonel Beck, c'est-à-dire pas encore de motif plausible de rompre avec la mission militaire franco-anglaise qui avait été envoyée à Moscou pour mettre l'accord au point avec une mission militaire russe et y était depuis le 12 août : le passage des troupes soviétiques en territoire polonais, sur lequel il était sûr que les conversations achopperaient, n'avait été mis que la veille, à l'ordre du jour de la réunion des trois délégations.

Le 19 août, quand le refus de Beck arriva, l'affaire fut vite bâclée : Staline réunit le Politbjuro pour l'informer qu'il avait décidé de signer un Pacte de non-agression avec l'Allemagne et sa proposition fut adoptée à l'unanimité.

Le soir-même, un nouvel accord commercial était signé entre l'Allemagne et la Russie : la première prêtait à la seconde 200 millions de marks à 5 % remboursables en sept ans, et celle-ci s'engageait à lui fournir, dès maintenant, pour 180 millions de marks de coton, de lubrifiants, [242] de phosphates, de manganèse, d'amiante et de peaux brutes contre 125 millions de marks de machines-outils.

Le soir même aussi, M. Molotov priait M. von der Schulenburg de transmettre à M. von Ribbentrop, un projet de pacte germano-soviétique qu'il avait déjà rédigé...

Les deux ou trois jours qui suivent sont employés à mettre au point, par lettres et télégrammes, entre le ministère des Affaires étrangères du Reich et M. Molotov d'une part, Hitler et Staline de l'autre, la date de la rencontre et les termes du Pacte.

Le 23 août au matin, la nouvelle éclate comme un coup de tonnerre dans la presse du monde entier :

« Le gouvernement du Reich et le gouvernement soviétique ont décidé de conclure un Pacte de non-agression. M. von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du Reich, est en route pour Moscou, où il va signer le traité. »

Le colonel Beck prétend que Staline a justifié sa décision, devant le Politburo, en ces termes :

« Si nous acceptons la proposition de l'Allemagne de conclure avec elle un Pacte de non-agression, l'Allemagne attaquera certainement la Pologne et l'intervention de I'Angleterre et de la France dans cette guerre deviendra inévitable. Dans ces circonstances nous avons beaucoup de chances de rester à l'écart du conflit et nous pourrons attendre avantageusement notre tour... Garantis sur notre frontière de l'Ouest par le Pacte, nous le serons au surplus, en Extrême-Orient, par l'influence que l'Allemagne, en reconnaissance, ne manquera pas d'exercer sur le Japon... Ainsi notre choix est clair : nous devons accepter la proposition allemande et renvoyer dans leurs pays, avec un refus courtois, les missions française et anglaise 69. »

On ne trouve ce texte dans aucun document du Parti communiste russe, mais il reflète indiscutablement la pensée de Staline.

Tous les journaux comiaunistes du monde ont, naturellement, présenté le Pacte germano-soviétique comme une importante contribution de l'U.R.S.S. à la paix et entonné le los du « génial Staline ».



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 2gn entre l'Allemagne et la Pologne, il n'eut plus de doute: le bloc germano-polonais avait une frontire commune avec la Russie. Staline prit donc en considration les avances qui lui taient faites par la France, notamment par Barthou no33 2 (A2PMwp  (