AAARGH

 

Paris, le 22 octobre 1998

Fugit irreparabile tempus

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Deux communiqués

1/ Le 14 octobre 1999

Réflexions sur le bonheur d'un juif en cette fin de XXe siècle français

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Alain Finkielkraut à quelque chose d'un prophète, puisqu'il dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, et il a même quelque chose d'un chrétien, puisque, en contrepartie de ce que l'esprit du monde fait pour lui et pour "eux" -- du moins à petite échelle, ce qui prouve ses bonnes intentions -- il défend Mgr Stepinac et, partant, le pape Jean-Paul II. Envers et contre tous, pourrait-on dire. Surtout contre les siens (pendant toute une journée au moins, les radios nationales répétaient inlassablement que "les juifs étaient indignés"; sans doute encore un des services de l'esprit du monde).

Mais on pourrait dire que l'affaire Stépinac n'est qu'accessoire dans l'article d'Alain Finkielkraut dans Le Monde du 7 octobre 1998. Le plus important est sa déclaration que l'esprit du monde le rend, et rend heureux tous les siens en cette fin du XXe siècle. Hannah Arendt serait contente de lui qui décriait l'histoire juive pleurnicharde, et montrant, avec de "nouveaux historiens" de son temps, que pendant le moyen-âge les juifs bénéficiaient de privilèges de la noblesse (liberté de se déplacer, de porter des armes, et propres tribunaux).

Reprenons l'introduction d'Alain Finkielkraut :

"Ah, qu'il est doux d'être juif en cette fin de XXe siècle! Nous ne sommes plus les accusés de l'Histoire, nous en sommes les chouchous. L'esprit du monde nous aime, nous honore, nous défend, prend en charge nos intérêts; il a même besoin de notre imprimatur. Les journalistes dressent des réquisitoires sans merci contre tout ce que l'Europe compte encore de collaborateurs ou de nostalgiques de la période nazie. Les Eglises se repentent, les Etats font pénitence, la Suisse ne sait plus où se mettre [...]"

Une phrase qui invite à reprendre les réflexions sur la nature du bonheur. Dans le "Pirké Avot" on peut lire que l'art du bonheur est de se contenter de ce qu'on a. Ce n'est probablement pas ainsi que peut s'expliquer le bonheur d'Alain Finkielkraut.

Il est aussi un proverbe populaire qui dit que le bonheur des uns fait le malheur des autres. Si tous les moyens consacrés à la construction de logements vides et de résidences secondaires avaient été utilisés pour loger tous les Français, il n'y aurait pas, en France, environ un million de "sans-domicile-fixe" (chiffre un peu ancien probablement dépassé par la tendance qu'il contient).

En abrégeant les réflexions, on pourrait dire qu'il y a des bonheurs des uns qui ne coûtent pas grand-chose à autrui, et d'autres bonheurs qui lui coûtent énormément.

On pourrait aussi évoquer les bonheurs qui sont de pur amour-propre. Dans l'une de ses conférences, le grand-rabbin Sitruk avait expliqué que les riches deviennent riches principalement pour le montrer. Cette richesse ne leur apporte pas de bonheur concret. Au contraire même, il les met en danger.

Il y a des penseurs juifs encore plus audacieux que le grand-rabbin Sitruk. Je me souviens du grand-rabin de Genève Safran disant que dans tout malheur, il y a un bonheur caché. L'inverse pourrait-il être également vrai? Cela dépend évidemment de la nature du bonheur. Mais là nous avons sans doute dépassé depuis longtemps le champ de réflexion ouvert à un philosophe de la France laïque enseignant à Polytechnique.

Personnellement, je pense, mais je me trompe peut-être, que le bonheur venant d'"Eglises qui se repentent", ou d'"Etats qui font pénitence", ou d'une "Suisse qui ne sait plus où se mettre", n'est rien qui vaille. Les rabbins enseignent qu'il ne faut jamais humilier son prochain. Que diraient-ils alors à ceux qui humilient le monde entier et qui, en plus, semble y prendre goût et en redemande ?

Je pense d'ailleurs qu'Alain Finkielkraut, quand il dit "nous", parle plutôt pour ceux des juifs qui, selon Rachi, descendent d'Edom et pas pour ceux qui descendent de Jacob, les juifs sages, ou les vrais juifs.

 

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2/ L'impunité de la presse


Nous avions déjà noté les faits dans un écho radar du 28 février. Rappelons-les:

 

Au cours du mois de janvier, le plus grand journal du soir de toute la Scandinavie, Aftonbladet, qui paraît à Stockholm, a publié toute une série de photos qui montrait des "néo-nazis", armés et cagoulés, paradant, la nuit, devant le domicile de deux personnalités connues, une journaliste de la télévision, Alexandra Pascalidous, et le porte parole de la police locale, Cleas Cassels. Ces photos étaient parvenues par la poste, dit la rédaction d'Aftonbladet, mais elles se trouvaient déjà sur Internet. Elles prouvaient l'existence de menaces pesant sur les "mondialistes" et sur la police.

 

Le reste des media s'est emparé de cette affaire très grave. On dénonça d'abondance le nazisme et le négationnisme. Des centaines de témoins de l'Holocauste commencèrent à pulluler sur les écrans, les pages des journaux, les émissions de radio, demandant tous davantage d'indemnisations et surtout d'information. Le gouvernement, douloureusement ému à l'idée que les témoins authentiques allaient bientôt disparaître, décidait le création d'un "Centre de formation de jeunes témoins", destinés à succéder aux adultes qui font quotidiennement le tour des écoles suédoises pour fournir leur témoignage, assez bien payé, aux nouvelles générations d'écoliers.

 

Le gouvernement suédois, dans un grand élan humaniste, décidait de financer la formation de cette nouvelle génération de témoins en débloquant 12 millions de francs.

 

Malheureusement, on a appris le 24 février que cinq jeunes gens ont été arrêtés par la police et ont avoué qu'ils avaient joué ces scènes nocturnes, contre paiement de 20.000 francs par Aftonbladet. Les photos ont été développées dans le labo du journal, qui appartient à la grande centrale syndicale social-démocrate, LO. Confrontés à ces accusations, le journaliste et le rédacteur en chef du journal, Anders Gerdin, ont dû reconnaître la fraude. Les articles sur "les menaces de mort des néo-nazis" avaient été écrits avant même que les photos soient prises. Aftonbladet avait envoyé ces photos à divers groupes crypto-nazis qui les ont mises sur Internet. Le procureur, N. E. Schultz, a dit que c'était le journaliste d'Aftonbladet qui était responsable de l'appel au meurtre.

 

Voila comment la grande presse veut nous donner des leçons!!!!


Il y a une suite. Le Monde du 24 juin parlait du procès fait au journalistes et à ses acteurs, le 17 juin, non pas dans la rubrique des faits divers mais dans "Kiosque" dédié aux affaires journalistiques, sous le titre, cramponnez-vous, de: "Un reporter inventif à Stockholm". Un certain Antoine Jacob y citait longuement le secrétaire général d'Amnesty International pour la Suède, collaborateur du journal Dagens Nyheter, qui faisait tout son possible pour exonérer le journaliste bidonneur qu'il aurait fallu condamnner seulement "du point de vue de la morale et de l'éthique de la presse". L'Ethique de la presse! Quelle rigolade! Apparemment il a été condamné en première instance mais on ne nous l'a pas dit. On lit dans Le Monde du 16 octobre que le journaliste, "soupçonné" dit le journal, d'avoir monté un "coup" merdiatique, a été acquitté en appel. Rien ne prouve, a dit la cour, qu'il avait l'intention de "menacer" les personnalités devant le domicile desquelles cette pantalonnade avait été photographiée. En revanche, l'un des acteurs payés par le journaliste a écopé de huit mois de prison ferme.

Moralité: Un journaliste, en Suède comme ailleurs, peut bidonner tout ce qu'il veut, à condition que ça retombe sur ce qu'il est convenu de nommer les "néo-nazis". C'est davantage que l'impunité totale: c'est le succès merdiatique.

 

Dernier épisode en date: la publication dans Der Spiegel des propos du Dr. Münch, l'un des derniers médecins d'Auschwitz qui soient encore vivants. Il dit que Mengele était charmant et très élégant. Il dit aussi beaucoup de bêtises. L'interview a fait le tour du monde. La semaine suivante, son fils écrit au Spiegel pour s'étonner des propos prêtés à son père. Il doute de leur substance. Il fait oberver que son père est à peu près gâteux.

Voici ce qu'il écrit dans ce qui est certainement extrait d'une lettre que nous ne lirons pas en entier:

 

Dirk Münch, Rosshaupten
Es ist schon erstaunlich, daß es Ihnen gehlungen ist, meinem 87jährigen Vater, der seit zwei Jahren zunehmend an geistiger Konzentrationsschwäche leidet, nach drei Stunden und sieben Minuten "Schindlers Liste" noch ein Interview abzuringen. Da kann es schon passieren, daß ganze Sätze falsch verstanden oder interpretiert werden, wie z.B. daß der Kater Peter eine Kätzin ist und Minka heisst.
(Der Spiegel, numéro 42, du 121098)

Sa lettre n'a pas fait le tour du monde et le journaliste qui a réalisé ce coup foireux aura sûrement de la promotion.


Il peut donc sembler paradoxal que dans les hautes sphères on s'inquiète des possibles désagréments que pourrait causer la liberté de la presse, tant est mince le danger de voir des journalistes s'en servir un jour. Pourtant, lors du conseil des ministres qui s'est tenu à Paris le 23 septembre 1998, Catherine Trautmann, ancienne étudiante en théologie protestante, actuellement sous-vache au ministère de la culture, a présenté un rapport "sur la modernisation de la presse écrite". On y lit cette petite chose succulente: "[...] dans le but de réserver les aides à la presse aux publications qui respectent une certaine éthique, les différents textes organisant les aides directes à la presse seront aménagés afin de suspendre de leur bénéfice les publications qui ont servi de support à un article ayant occasionné la condamnation définitive du directeur de la publication pour des faits de négationnisme ou d'incitation à la haine raciale, la production d'une attestation sur l'honneur d'absence de condamnation sera donc exigée pour toute demande d'aide". Merveilleux, non? Le fait que le concept de "négationnisme" soit absent de la loi ne gênera que ceux qui connaissent les lois. Mais cette attestation sur l'honneur d'absence de condamnation montre bien l'infinie sollicitude que les sous-vaches jospiniennes étendent à une presse que le gouvernement entend bien "aider" matériellement, pour ne pas dire acheter purement et simplement. Heureusement qu'Internet ne relève pas de la "presse"! Et que nous ne demandons pas d'"aide à la presse"...

Les patrons de la presse établie n'aura aucun mal à fournir des attestations sur cette chose ancienne et bien défleurie, l'honneur. Autant leur demander d'attester sur leur première couche-culotte.

 

 

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