2/4 ------------> [ 1 ] [ 2 ] [ 3 ] [ 4 ]
[Pour les tableaux, les formules
chimiques écrites sous forme canonique, les graphiques
et les illustrations, qui dépassent nos compétences
numérisatrices, les spécialistes voundront bien
se reporter à la version allemande, accessible surn www.org.(
Das Rudolf Gutachten)
ou disponibles sur papier (en allemand et en français)
à VHO, Posbus 60, B-2600 Berchem 2. NDLR]
Point b.: Le graphique 3 montre
la solubilité (quantité maximale pouvant être
dissoute) de l'acide cyanhydrique dans l'eau à différentes
températures, l'acide cyanhydrique ayant une pression partielle
de 0,01 atm, autrement dit se trouvant en proportion d'une mole
pour cent, ou encore d'une molécule pour cent, ce qui correspond
environ à 13 grammes d'acide cyanhydrique par m3 d'air
[104]. Comme pour tous les gaz, cette solubilité augmente
quand la température baisse; elle varie entre 0,065 mole
par litre à 30*C et 0,2 mole par litre à 0*C. Ces
fortes concentrations montrent l'extrême solubilité
de l'acide cyanhydrique dans l'eau. Elle est diminuée environ
de moitié quand la température augmente de 20*C.
L'acide cyanhydrique est donc environ 250 fois plus soluble que
le dioxyde de carbone et environ 10 000 fois plus que l'oxygène.
Ceci est dû au caractère polaire de la molécule
et à la possibilité de former des liaisons hydrogène
comme dans l'eau. Remarquons que l'acide cyanhydrique, dans les
conditions normales (1 atm, 25*C), n'est pas un gaz mais un liquide.
Point c.: D'après la littérature, l'action de
la température sur la dissociation des acides n'est pas
uniforme [105]. Sans doute, l'élévation de la température
favorise en général la protolyse 1mais,
pour certains acides, cette tendance se renverse à partir
d'une certaine température, tandis que, pour d'autres acides,
la protolyse diminue essentiellement quand la température
augmente. Cependant, dans la plupart des cas, les variations sont
de moins de un pour cent et nous pouvons les considérer
comme négligeables.
Point d.: La quantité d'eau fixée par les
substances très hydrophiles 2 et à
grande surface spécifique dépend beaucoup de l'humidité
relative de l'air et de la température. Comme, lorsque
la température s'élève, la tension de vapeur
de l'eau augmente et, en règle générale,
l'humidité relative de l'air diminue et que ces deux phénomènes
abaissent la teneur en eau, l'augmentation de température
a un effet cumulatif. Dans l'intervalle de températures
considéré, une élévation de température
de 10*C peut diviser la teneur en eau par 10 (voir section 2.5,
Matériaux de construction).
Point e: Une accélération de la réaction
ne peut être produite que par une accélération
de la plus lente des 5 étapes aboutissant à la formation
du bleu de Prusse (cf. section 2.3). En milieu neutre ou alcalin,
les processus les plus lents sont la complexation du Fe 3+ en
[Fe(cn)6]3- (processus c) et la réaction finale du [Fe(cn)6]4-
avec le Fe 3+ qui produit le pigment (processus e). Bien que le
[Fe(cn)6]3- lui-même soit stable en milieu alcalin (voir
sous 2.3, à hauteur de l'appel de référence
[101]), la réaction de complexation du Fe 3+ est ralentie.
En général, une élévation de 20*C
de la température double la vitesse de réaction
si les autres conditions restent identiques. Mais ces autres conditions
sont loin de rester identiques, car, comme on l'a dit plus haut,
la forte diminution de la teneur en eau des parois produite par
l'élévation de température ralentit considérablement
la réaction (voir plus haut): manque de mobilité
des réactifs, faible réactivité du fer 3+
, libération plus rapide de l'acide cyanhydrique gazeux,
etc. (sections 2.3.1 et 2.3.2). Compte tenu de tous ces éléments,
le résultat net d'une élévation de température
est un fort ralentissement de la formation du bleu de Prusse.
L'abaissement de la température augmente significativement
l'humidité du corps solide (parois) ainsi que la teneur
en acide cyanhydrique absorbé et dissous dans l'eau, ce
qui augmente la tendance à l'enrichissement en cyanure
dans le corps solide. En outre, une teneur en eau plus forte du
corps solide augmente la réactivité des oxydes de
fer avec l'acide cyanhydrique ainsi que la réactivité
de tous les réactifs. L'augmentation de la vitesse de réaction
due à l'augmentation de l'agitation moléculaire
(conséquence de l'élévation de la température)
est largement compensée par les effets en sens inverse
dus à une moindre teneur en eau. Un support (paroi) froid,
et donc humide, est dès lors plus favorable à la
formation du bleu de Prusse qu'un support chaud et sec. Mais,
évidemment, la réactivité diminue de nouveau
si la température descend jusqu'au point de congélation
de l'eau.
2.3.4. Influence du pH
La valeur du pH influe de plusieurs façons sur la formation
du pigment. Dans la section 2.3, on a déjà signalé
que le pouvoir oxydant du ferricyanure (réagissant avec
le cyanure) est plus grand en milieu basique. En outre, la valeur
du pH influe sur la réactivité des ions Fe 3+ se
trouvant dans la phase solide (section 2.3.2).
Comme dit plus haut, l'acide cyanhydrique dissous et non dissocié
n'a presque aucune réactivité (c'est un acide faible,
autrement dit peu nucléophile). La formation de CN- (cyanure)
par absorption et dissociation de l'acide cyanhydrique dans l'eau
n'a lieu qu'à partir du pH neutre (pH = 7) et augmente
avec le pH, car le CN- (cyanure), comme base correspondant à
l'acide cyanhydrique, acide faible (pK a = 9,31) [105], est protoné
par un acide plus fort (ici l'eau); l'ion CN- reçoit donc
un proton H+ d'une molécule H 3 O+ pour former de l'HCN
(non dissocié). C'est seulement à un pH 9,31 que
50 % de l'acide cyanhydrique est dissocié en cyanure; voir
graphique 4.
Graphique 4: Degré de dissociation de l'acide cyanhydrique
en fonction du pH à la température ambiante.
Le graphique 5 permet de retrouver la solubilité (concentration
maximum) de l'acide cyanhydrique pour une température et
pour un pH donnés; ceci n'est valable que pour des solutions
idéales. En milieu neutre (pH = 7), la solubilité
de l'HCN varie de 3 ¥ 10 -4 à 1 ¥
10 -3 moles par litre, selon la température.
Une élévation d'une unité du pH multiplie
la solubilité par 10. La concentration effective de cyanure
dans la maçonnerie est déterminée par la
vitesse d'absorption du gaz, par des effets d'adsorption à
la surface du support solide et par d'éventuels déplacements
du cyanure. Etant donné que cette concentration effective
dépend de nombreux paramètres inconnus, elle ne
peut être précisée qu'expérimentalement.
De tout cela il résulte que des pH allant de la neutralité
à une légère basicité sont favorables
à la formation du bleu de Prusse.
Graphique 5: Solubilité de l'acide cyanhydrique dans
l'eau en fonction de la température et du pH, la pression
partielle (p(HCN) étant de 0,01 (10 mbar pour l'acide cyanhydrique,
1mbar de pression totale).
|
|
| Paramètre | Effet |
| Teneur en eau | L'élévation de la teneur en eau provoque: 1* une augmentation de l'absorption de l'acide cyanhydrique; 2* une longue rétention de l'acide cyanhydrique ad-/absorbé; 3* une augmentation de la mobilité des réactifs; 4* une augmentation de la réactivité de l'oxyde de fer. La présence de l'eau est indispensable pour les réactions de dissociation et d'oxydoréduction. Donc: forte élévation de la réactivité quand la teneur en eau augmente. La teneur en eau dépend surtout de la température. |
| Réactivité du fer | Détermine la vitesse de formation; influencée par la nature du matériau et le pH (voir plus bas); augmente avec la teneur en eau. |
| Température | Une baisse de température favorise l'ad- et l'absorption de l'acide cyanhydrique et, si les autres conditions restent identiques, diminue la vitesse de la réaction; mais une baisse de température augmente fortement l'humidité des parois, ce qui influence positivement tous les autres facteurs favorisant la réaction. |
| pH | Une diminution du pH augmente la réactivité du fer 3+ mais diminue la teneur en cyanure libre et le pouvoir oxydant du ferricyanure. Compte tenu de ces effets contraires, c'est en milieu neutre à légèrement basique que le bleu de Prusse se forme le plus facilement. |
2.4. Stabilité du bleu de Prusse
2.4.1. Influence du
pH
Les composés dont le pigment est issu directement, à
savoir les ferri- et les ferrocyanures, sont des sels d'acides
très forts [106]. Il n'est donc pas étonnant que
le bleu de Prusse soit un pigment qui résiste aux acides
mais que les bases détruisent. L'acide cyanhydrique n'est
libéré que par de l'acide sulfurique chaud et dilué;
l'acide chlorhydrique, au contraire, n'a pas d'effet [107]. Dans
l'acide chlorhydrique concentré, le bleu de Prusse est
soluble de façon réversible, c'est-à-dire
que le pigment n'est pas détruit mais subit seulement une
dissolution physique et non une transformation chimique; il n'y
a donc pas libération d'acide cyanhydrique [83].
Pour des pH nettement basiques, il y a une précipitation
importante de Fe 3+ sous forme de Fe(OH) 3 , lequel, dans ces
conditions, est considérablement moins soluble que le bleu
de Prusse (voir tableau 4). Cela a pour effet de décomposer
le complexe Fe4[Fe(CN)6]3 (bleu de Prusse).
La littérature signale que, pour des pH compris entre 9
et 10, le bleu de Prusse est encore assez stable pour être
utilisé comme colorant [100]. Les pH 10 et 11 peuvent être
considérés comme valeurs limites pour la stabilité
du bleu de Prusse.
Les suspensions 3 de bleu de Prusse dans l'eau
ont un pH d'environ 4 [87]. C'est pour ce pH propre (pH légèrement
acide, égal à celui que produisent les pluies acides
dans les eaux de surface) que le bleu de Prusse est le plus stable.
La résistance aux bases est améliorée par
addition de nickel [84, 85, 108, 109].
2.4.2. Solubilité
Le bleu de Prusse est un des complexes du cyanure les moins solubles,
ce qui permet ses multiples usages comme colorant. Cette propriété
est mise à profit dans l'industrie, par exemple pour la
passivation des tuyaux en acier transportant des eaux usées
corrosives. En effet, le CN- contenu dans les eaux usées
forme sur la surface intérieure du tuyau une couche protectrice
et insoluble de bleu de Prusse [110].
Pour le degré de solubilité du bleu de Prusse "soluble",
la S.A. Degussa indique seulement "insoluble" [111]
et, pour la résistance à la dissolution chimique,
"très bonne" [87]. D'ailleurs, les pigments sont
par définition des colorants pratiquement insolubles dans
les solvants et dans les liants hydrauliques (DIN 55 943 et 55
945).
Tananaev [112] a étudié la solubilité des
ferrocyanures de quelques métaux et a trouvé pour
le bleu de Prusse un produit de solubilité 4 égal à 3 ¥ 10
-41 (pK sp = 40,5) sans indication de l'unité. Si l'on
part de la formule chimique qu'il utilise ((Fe4[Fe(CN)6]3, l'unité
étant alors mol7 l-7), cela indique une solubilité
de 0,5 mg par litre d'eau. Le bleu de Prusse serait donc 14 fois
moins soluble que le calcaire, lui-même difficilement soluble
(CaCO 3 , 7,1 mg par litre d'eau, K sp = 4,95 ¥ 10
-10 mol 2 l-2 ) [113]. Des publications ultérieures confirment
cette valeur [96]. Il faut noter que des modifications de la st_chiométrie
(proportions des constituants) du bleu de Prusse et la présence
d'impuretés peuvent augmenter la solubilité ainsi
calculée.
Tananaev précipitait le ferrocyanure de métal à
partir d'une solution contenant l'ion métallique étudié
et du Li4[Fe(CN)6]; il est possible que cela ait donné
lieu à la présence dans les cristaux d'une grande
proportion d'inclusions (ions lithium, eau). On peut dès
lors s'attendre à ce qu'une certaine quantité de
bleu de Prusse colloïdal soit restée en suspension,
malgré une maturation du précipité pendant
quatre heures. Comme Tananaev dosait finalement le fer (III) libre
dans le filtrat par précipitation sous forme de Fe(OH)
3 à l'aide d'ammoniaque, il a probablement précipité
en même temps le Fe 3+ du bleu de Prusse colloïdal.
En effet, l'ammoniaque élève le pH à un niveau
où le bleu de Prusse n'est plus stable (voir section 2.4.1).
Ainsi, ce n'est pas la solubilité du bleu de Prusse que
Tananaev aurait déterminée mais plutôt la
quantité de pigment colloïdal pouvant être dispersée
à l'état de suspension à partir d'un précipité
frais.
Au lieu de la valeur du produit de solubilité du Pb2[Fe(CN)6]
que Tananaev prenait comme référence pour déterminer
celui des autres ferrocyanures, Krleza [96] prend une valeur considérablement
plus basse. Si l'on réinterprète les résultats
de Tananaev en prenant cette nouvelle valeur pour base, on trouve
que la solubilité du bleu de Prusse ne devrait être
que de 0,05 mg par litre. Mais Krleza trouve des valeurs identiques
du produit de solubilité pour la plupart des ferrocyanures,
y compris le bleu de Prusse. Compte tenu du fait que, dans le
cas de solubilités aussi faibles, les méthodes traditionnelles
d'analyse employées (gravimétrie et titration) sont
peu fiables, cette concordance des résultats est assez
étonnante.
On peut toutefois résoudre cette difficulté par
une autre démarche.
En milieu aqueux de pH 7, donc neutre, le bleu de Prusse est stable.
Dans ce milieu, la concentration du fer (III) libre est extrêmement
faible, car le Fe(OH) 3 est très peu soluble (voir tableau
4).
Pour un pH égal à 7, la concentration du fer (III)
libre est:
................Ksp (Fe(OH)3).....2,67 x 10-39 mol4 l-4
c(Fe3+)= ------------------- = --------------------------- = 2,67
x 10-18 mol l-1
..................c3 (OH-).............10-21 l3 mol3
Si la concentration du Fe 3+ libre était amenée
au-dessus de cette valeur par une plus grande solubilité
du bleu de Prusse, ce Fe 3+ serait précipité sous
forme d'hydroxyde et le pigment serait presque entièrement
détruit. Cela n'est pas observé, donc la concentration
du Fe 3+ libéré par le bleu de Prusse doit être
inférieure à 10 -18 moles par litre. Ceci fournit
pour la solubilité du bleu de Prusse une valeur, elle aussi,
inférieure à 10 -18 moles par litre (de façon
précise: 1/4 de la concentration en Fe 3+ libre, K sp plus
petit que 4,1 ¥
10 -124 mol7 l -7
, pK sp plus grand que 123,6), ce qui, pour une masse moléculaire
de 1 110 g mol -1 (Fe4[Fe(CN)6]3)*14H2O)), correspondrait à
10 -15 grammes par litre. Dans ce cas, le pigment de fer complexe
peut, en effet, être qualifié d'insoluble, car maintenant,
pour une molécule de pigment dissous, il y a au moins 10
20 molécules d'eau. La solubilité réelle
serait donc de l'ordre de 10 11 fois plus faible que celle qu'a
donnée Tananaev. Cependant, cette valeur semble encore
très élevée pour des composés dits
insolubles, tels que le sulfure de mercure (HgS).
Il reste à envisager que la chimie du Fe 3+ en solution
aqueuse ne se laisse pas décrire par les concepts simples
de "dissous" et de "précipité"
sous forme de Fe(OH) 3 , car, dans un large intervalle de valeurs
du pH, il existe un grand nombre de complexes hydroxo-aqueux différents,
plus ou moins polymérisés (cf. section 2.3.2).
Le graphique 6 montre la corrélation entre le pH, la concentration
du fer (III) libre (voir remarque plus haut) et la valeur minimale
du pK sp qui en résulte pour le bleu de Prusse, s'il est
encore stable pour la valeur correspondante du pH. On voit clairement
qu'avec la valeur du pK sp donnée par Tananaev le pigment
ne serait stable que jusqu'au pH 3. Il devrait donc déjà
se détruire à son pH propre (c'est-à-dire
au pH de ses dispersions dans l'eau pure), qui est environ 4 (voir
section 2.4.1). Ceci montre à quel point les résultats
de Tananaev, Krleza, etc., sont erronés.
Ces considérations prouvent que, dans un milieu neutre,
les hydroxydes ou oxydes de fer III se dissolvent beaucoup plus
facilement que le bleu de Prusse et que leur concentration à
l'état dissous est beaucoup plus élevée que
celle du bleu de Prusse.
Pour faciliter la dissolution d'une substance, les éléments
déterminants, outre la solubilité de cette substance
dans l'eau, sont la quantité de l'eau et sa teneur en certains
ions. Des eaux saturées ou presque saturées en fer
III ne sont pas favorables à la dissolution de fer III
supplémentaire. Or, précisément, à
l'intérieur d'un solide finement poreux, l'eau qui se trouve
en contact direct avec le solide ne se renouvelle que très
lentement (même si l'eau est abondante) et le fer dissous
y arrive rapidement à saturation. De plus, comme on l'a
dit plus haut, le fer III présent dans la phase aqueuse
provient essentiellement de substances autres que le bleu de Prusse.
L'eau qui coule le long des surfaces extérieures exerce,
elle, une érosion et est donc considérablement plus
aggressive.
Graphique 6: Concentration du Fe 3+ libre en
fonction du pH et valeur minimale du pK sp qui en
résulte pour le bleu de Prusse, sous condition de stabilité
au pH correspondant. Valeur du pK sp selon Tananaev:
40,5; selon nos propres considérations : supérieure
à 123.
2.4.3. Déplacement chimique (ligands concurrents)
En raison de la faible solubilité du Fe(OH) 3 , les ions
OH- précipitent facilement le Fe 3+ du bleu de Prusse à
des pH au-dessus de 9 à 10. En revanche, le ferrocyanure
en excès n'est dissous qu'en milieu fortement basique,
car le Fe(OH) 2 est considérablement plus soluble que le
Fe(OH) 3 (comparez les chiffres du tableau 4).
Tableau 4: Constantes de dissociation et produits de
solubilité de quelques dérivés du fer
Contrairement aux oxalates, les tartrates 5
n'ont presque aucun effet, de sorte qu'à l'aide de [Fe(CN)6]4,
le Fe 3+ se laisse extraire quantitativement par exemple des vins
aigres, procédé courant pour déferriser les
vins [115]. Des solutions concentrées de carbonates alcalins
peuvent précipiter le Fe 2+ sous forme de FeCO 3 . Il en
résulte un abaissement du pH (précipitation du Fe
3+ ) ainsi que la destruction du ferrocyanure dissous, par exemple
du ferrocyanure de potassium jaune. Cependant, ceci n'est pas
possible avec une solution de carbonate de calcium, en raison
de sa faible solubilité. Signalons encore quelques recherches
de Kohn sur le rôle de ligands, pour la plupart organiques,
comme auxiliaires de la dispersion ou de la dissolution du bleu
de Prusse [116].
2.4.4. Influence de la lumière
Un rayonnement ultraviolet d'une longueur d'onde appropriée
peut libérer du CN- à partir des ferro- et ferricyanures,
c'est-à-dire à partir des produits qui précèdent
immédiatement le bleu de Prusse dans le processus de formation
en cinq étapes décrit dans la section 2.3. Avec
le ferricyanure, cela produit, comme nous l'avons vu à
l'endroit cité, le bleu de Prusse [97-99]. Pour le ferrocyanure,
un rayonnement d'une longueur d'onde de 365 nanomètres
donne de bons rendements photochimiques 6:
de 10 à 40 % des rayons ultraviolets sont alors absorbés
[99, 117].
Depuis quelque temps, on envisage la possibilité de détruire
à l'aide du rayonnement ultraviolet les complexes du cyanure
qui se trouvent dans les eaux usées industrielles. Dans
ce procédé, le cyanure libéré est
détruit parce qu'il est oxydé par les radicaux hydroxyles
(OH*) formés simultanément par la photolyse de l'eau
7. Toutefois, les résultats
ne sont pas concluants [118, 119].
Le bleu de Prusse lui-même, cependant, est habituellement
considéré comme résistant à la lumière
[87, 120-123]. C'est ainsi qu'il y a même des brevets pour
une utilisation du bleu de Prusse comme pigment absorbant les
ultraviolets, ce qui n'a de sens que si le pigment est assez résistant
au rayonnement ultraviolet [124]. Pour le bleu de Prusse, on observe
une légère décoloration sous l'action d'une
exposition longue et intense aux rayons solaires et un effet d'assombrissement
nocturne [92, 121, 123]. L'éclaircissement diurne a, lui
aussi, pour origine la libération de CN-, qui réduit
une partie du Fe 3+ en Fe 2+ . Au contraire, en l'absence de lumière
et en milieu humide (conditions remplies la nuit), le Fe 2+ est
oxydé par l'oxygène de l'air et le Fe 3+ est régénéré.
A la longue, la quantité de bleu de Prusse diminue par
perte du CN- libéré; cette perte provient soit du
dégagement gazeux de l'acide cyanhydrique, soit du lessivage
du CN-, soit de l'oxydation, celle-ci pouvant être produite
par le Fe 3+ /oxygène de l'air ou par des radicaux hydroxyle
provenant de la photolyse de l'eau. Ce dernier processus ne joue
qu'un rôle négligeable. Dans tous les cas, la plus
grande partie du cyanure libéré par photolyse se
complexe de nouveau avec le fer, régénérant
le bleu de Prusse.
2.4.5. Stabilité à long terme
Par des observations menées durant 21 ans dans la région
industrielle de Slough, à l'ouest de Londres, on a testé
l'effet de l'environnement sur la stabilité de divers pigments,
dont le bleu de Prussse [125]. Des plaques d'aluminium, couvertes
d'une couche protectrice d'oxyde, furent plongées alternativement
dans une solution de K4[Fe(CN)6]3 et une solution de Fe(NO3)3;
le pigment formé était ainsi adsorbé sur
l'oxyde protecteur.
Comme cette expérience devait vérifier, entre autres,
la protection contre la corrosion apportée par les pigments
aux surfaces d'aluminium, quelques échantillons furent
ensuite placés jusqu'à trente minutes dans de l'eau
bouillante contenant dans certains cas de petites quantités
d'ions chromate, vanadate ou molybdate, pour vérifier si
les pores de la couche protectrice étaient mieux obstrués
dans ces conditions. Les surfaces colorées en tôle
d'aluminium utilisées pour le test furent placées
sur le toit d'un immeuble, formant un angle de 45 degrés
vers le sud-ouest.
Au cours d'une expérience préliminaire à
moyen terme, le seul échantillon couvert de bleu de Prusse
perdit presque complètement sa couleur après cinq
ans et demi. Dans l'expérience à long terme (21
ans) qui suivit, et qui concernait un plus grand nombre de pigments,
parmi lesquels 8 échantillons de bleu de Prusse, c'étaient
maintenant, tout particulièrement, le bleu de Prusse et
l'ocre de fer (Fe203 ) qui, après ce laps de temps, se
montraient les plus stables. Aussi bien pour le bleu de Prusse
que pour l'ocre de fer, on n'avait enlevé qu'un échantillon
après 10 ou 11 ans. Toutefois, dans les comptes rendus
de ces expériences, cet échantillon de bleu de Prusse
n'est pas désigné comme les autres par l'expression
Prussian Blue, parce qu'on le considérait comme du bleu
de Turnbull ou ferricyanure ferreux et qu'on pensait qu'il s'agissait
là d'une autre substance que le bleu de Prusse. Tous les
autres échantillons étaient encore d'un bleu intense,
qu'ils eussent été traités à l'eau
chaude ou non. La moitié des sept autres échantillons
de bleu de Prusse obtint 4 points sur les 5 qui représentaient
la qualité maximale selon l'échelle utilisée
dans ces expériences pour déterminer les variations
de couleur. Il n'y eut donc que de légères décolorations.
Dans la plupart des cas, les oxydes métalliques de transition
(vanadate, chromate, dichromate) qu'on avait adjoints eurent un
effet négatif sur le processus de protection. Cela pourrait
peut-être s'expliquer par la décomposition du bleu
de Prusse sous l'action de métaux de transition tels que
le molybdène, le chrome ou le vanadium. Sur de tels effets
du titane, il existe une série de recherches [123].
Dans les tests en question, les plaques furent exposées
durant 21 ans aux conditions d'environnement d'une région
très industrialisée; elles subirent directement
les précipitations atmosphériques, le rayonnement
solaire et l'érosion éolienne. En été,
quand le rayonnement solaire était intense et qu'il n'y
avait pas de vent, la température de la tôle d'aluminium
peinte en bleu a dû s'élever beaucoup (le bleu de
Prusse n'est stable que jusqu'à environ 140*C [87, 126-128].
Il apparaît que la neige, le gel, la grêle, la tempête,
la bruine pénétrante et acide, pas plus que le rayonnement
ultraviolet direct du soleil n'ont pu détruire le bleu
de Prusse.
Il faut noter que, pour déterminer le degré de détérioration
du pigment, on n'a pas pu utiliser les échantillons non
exposés, car, au bout des 21 années que dura l'expérience,
ils étaient égarés. Mais certaines parties
des plaques exposées étaient protégées
dans une certaine mesure contre les influences directes de l'environnement
par les cadres et par des rondelles de caoutchouc des raccords;
ce furent ces parties qu'on prit comme référence.
Elles ne montraient presque aucune altération.
Comparées aux conditions d'environnement qui nous intéressent,
celles de ce test à long terme sont considérablement
plus dures, car, dans le test à long terme, le bleu de
Prusse "soluble" n'était que adsorbé superficiellement.
Pourtant, le pigment a très bien résisté
à ce test. La nette déviation des essais préliminaires
par rapport à l'ensemble (décoloration après
5 ans 1/2 déjà) n'a pas été expliquée
mais est peut-être due à une erreur sur la composition
(fausse st_chiométrie).
On peut admettre que, dans les conditions considérées,
le temps de demi-vie du pigment est d'environ 30 ans. Autrement
dit, après 30 ans, il reste encore, sur une surface libre,
50 % de la quantité initiale du pigment.
2.5. Influence des divers matériaux de construction
2.5.1. Briques
La composition chimique des briques est très variable,
car des marnes et des glaises très différentes entrent
dans leur fabrication. La proportion en argile (qui comprend de
20 à 60 % de kaolinite, composée d'environ 47 %
de SiO 2 , 40 % d'Al 2 0 3 et 13 % d'H 20) peut aller de 20 à
70 %, le reste consistant en carbonate, en sable très fin
et en oxyde de fer [129], dont la proportion dans la brique peut,
selon nos analyses, aller de 2 à 4 %.
La porosité des briques est comprise entre 20 et 30 % en
volume [130]; selon d'autres sources, elle va jusqu'à 50
% [131]. La dimension des pores des briques est, selon des expériences
que nous avons faites par pénétration du mercure,
fortement concentrée autour du micron.
La cuisson des briques diminue la surface spécifique (0,5
à 1 m2 par g, selon nos mesures, procédé
BET 8), ce qui abaisse la réactivité
du fer. Toutefois, il est possible que, sur les surfaces de la
brique directement exposées aux influences atmosphériques,
une plus grande quantité de fer soit libérée
et participe aux réactions chimiques.
Normalement, pour les briques d'un mur sec (20*C), la teneur en
eau libre, c'est-à-dire non liée chimiquement, est
de moins de 1 % (en volume), mais peut atteindre 4 % si l'humidité
relative de l'air dépasse 90 % [132].
2.5.2. Mortier de ciment et béton
La composition chimique du ciment Portland, le ciment le plus
souvent employé pour la fabrication de béton et
de mortier, est indiquée au tableau 5.
Tableau 5 Composition du ciment Portland [133]
La surface spécifique de la poudre de ciment est de l'ordre
de 3 000 cm2 par gramme. Le béton et le mortier de ciment
doivent leur solidité à l'hydratation des constituants
du ciment: oxyde de calcium Ca0 (chaux vive), dioxyde de silicium
SiO 2 (quartz) et oxydes de fer et d'aluminium Fe 20 3 /Al 20
3 . Cette hydratation produit des alumino-silicates de calcium
hydratés, à fins cristaux étroitement imbriqués,
avec une proportion d'eau chimiquement liée d'environ 25
% en poids [134]. Le béton ou le mortier a alors une surface
spécifique qui, si on la détermine par adsorption
d'eau, va jusqu'à 200 m2 par gramme, ce qui est une valeur
très élevée. D'autres méthodes (par
exemple la mesure BET à l'aide d'azote) n'indiquent que
le tiers de cette valeur, ou encore moins [135]. La porosité
du mortier et du béton dépend fort de la quantité
d'eau entrée dans la préparation; d'après
la littérature, cette porosité est d'au moins 27
% [136], si on y comprend le volume des pores microscopiques qui
se trouvent entre les cristaux de silicate et qui échappent
aux mesures par pénétration du mercure.
Outre la porosité absolue, la répartition des grandeurs
de pores est déterminante pour la réactivité
à l'égard des gaz. Si la plus grande partie du volume
total des pores est formée par un grand nombre de micropores,
la diffusion des gaz est plus difficile que dans le cas contraire.
Le graphique 7 montre la répartition cumulée des
dimensions des pores, d'une part, dans le béton et, d'autre
part, dans un mortier de maçonnerie. (La composition précise
de ce mortier est inconnue, car il provient de vieux murs.)
Graphique 7: Répartition cumulée des dimensions
des pores, d'une part, dans le béton, d'après le
Forschungs- und Materialprüfungsanstalt de Stuttgart, section
1, Matériaux de construction, et, d'autre part, dans un
mortier de maçonnerie, d'après nos analyses. Déterminée
dans les deux cas par pénétration de mercure.
Dans le béton (le volume total des pores étant ici
seulement de 14 %, ce qui tient à la méthode de
mesure), la plus grande proportion du volume des pores est occupée
par ceux dont le rayon est compris entre 0,01 et 0,1 m m; dans le mortier de maçonnerie, en revanche,
elle est occupée par les pores dont le rayon est compris
entre 0,1 et 10 m m. La diffusion des gaz est donc
plus difficile dans le béton que dans le mortier. En général,
la grandeur moyenne des pores des matériaux de construction
à base de ciment augmente par addition de sable et de chaux.
Le béton frais a un caractère fortement basique,
dû à une proportion élevée d'hydroxyde
de calcium, qui est cependant vite transformé. Mais, selon
la nature du ciment, une certaine proportion en est de nouveau
libérée. Le pH du béton non carbonaté
est d'environ 12,5. Mais le Ca(OH) 2 est peu à peu carbonaté
par le CO 2 de l'air, ce qui fait baisser le pH.
La rapidité avec laquelle l'intérieur du béton
se carbonate dépend étroitement de la composition
et de la porosité du matériau; on a la relation
suivante [134, 135, 137]:
d égale c par racine de t (3)
d= profondeur de carbonatation; c = constante; t = temps
Dans des bétons étanches à l'eau, il est
possible, la diffusion étant gênée dans les
matériaux compacts, qu'il se passe des siècles avant
que la frontière de carbonatation progresse d'un centimètre;
dans un mortier de maçonnerie, cela peut se faire en l'espace
de quelques mois.
Dans la partie carbonatée, le pH descend environ à
7, ce qui est le pH d'équilibre de la solution saturée
de carbonate de calcium. Mais, si le mur est très humide,
il se produit un échange de protons, ce qui rend imprécise
la frontière du pH. Si une grande partie des pores (de
l'ordre de grandeur du dixième de millimètre) est
emplie d'une eau pauvre en acide carbonique, la carbonatation
progresse plus lentement, car la diffusion en phase aqueuse est
considérablement plus lente que dans la phase gazeuse.
En revanche, dans le cas d'une eau riche en acide carbonique,
la carbonatation peut être accélérée.
Le béton et le mortier ont en principe une plus grande
teneur en eau que la brique; la différence est de moins
de un pour cent quand la température est de 2*C et l'humidité
relative de l'air de 60 %, mais atteint 10 % quand l'air est saturé
d'eau [132]. Si l'air garde longtemps une humidité élevée
(provenant éventuellement de l'extérieur), une grande
partie des pores peut être gorgée d'eau [136].
Des bâtiments construits sous terre et imparfaitement isolés
ont en général des murs froids et humides, d'une
part, parce qu'ils prennent l'humidité du sol, d'autre
part, parce que la température des murs, étant inférieure
au point de condensation, condense l'humidité de l'air.
La teneur en eau de ces murs peut ainsi aller jusqu'à 10
%, c'est-à-dire être au moins dix fois plus grande
que celle des murs secs.
2.5.3. Mortier de chaux
Le mortier de chaux et, plus généralement, les mortiers
aériens ne sont formés que de CaO et de sable; ils
doivent leur solidité à la réaction de la
chaux éteinte (Ca(OH) 2) avec le dioxyde de carbone de
l'air, qui produit du carbonate de calcium. Ce processus ne prend
que quelques semaines ou quelques mois, car la grande dimension
des pores facilite la diffusion des gaz. Le pH final est environ
de 7. Comme ce matériau ne convient pas à la protection
des armatures en fer et que le mortier n'a qu'une faible résistance
à l'environnement, il n'est en principe utilisé
que comme crépi ou pour le maçonnage des briques.
Pour ce dernier usage, il est souvent mélangé à
du ciment [136]. La surface spécifique du mortier aérien,
en raison de l'absence de fins cristaux d'alumino-silicate, est
considérablement inférieure à celle du mortier
de ciment.
La teneur en fer du mortier de chaux provient principalement du
sable qu'on y incorpore, et qui peut contenir jusqu'à 4
% de Fe 2O 3 . La teneur en eau est la même que dans le
mortier de ciment. Pour le mortier aérien frais, une teneur
en eau trop élevée est néfaste, car elle
empêche le dioxyde de carbone de l'air, nécessaire
à la prise du mortier, d'atteindre l'intérieur de
la masse.
2.5.4. Effets sur la formation du bleu de Prusse
Vu son caractère basique, le bleu de Prusse, peu résistant
aux bases, est rarement utilisé pour la peinture sur béton
ou sur ciment [85, 138]. C'est pourquoi la Degussa décrit
la résistance du bleu de Prusse à la chaux comme
"non bonne" [87]. Mais il s'agit là d'enduits
et de bétons alcalins non encore carbonatés [139].
Le front de carbonatation des bétons et des mortiers peut
être considéré comme le front du pH correspondant
à la stabilité du pigment. Tout comme la carbonatation,
la formation du bleu de Prusse dans un mur exposé à
l'acide cyanhydrique gazeux est une réaction dans laquelle
un des réactifs provient de la phase gazeuse et ne peut
réagir qu'en phase aqueuse [137]. Toutefois, la formation
du bleu de Prusse, comparée à celle du CaCO 3, se
déroule très lentement, de sorte qu'il n'y a pas
de front de réaction très marqué. Par la
suite de la diffusion, les pores se remplissent ainsi de cyanure.
Dès lors, une teneur en eau élevée, mais
non élevée au point de gêner la diffusion
de l'acide cyanhydrique dans la maçonnerie, favorise l'enrichissement
en cyanure. La formation de bleu de Prusse à partir de
ces cyanures prend des années; elle est accélérée
par une haute teneur en eau dans le matériau de construction.
On peut distinguer dans la maçonnerie trois zones dont
les réactivités sont différentes:
1. Dans la partie non carbonatée, la basicité du
matériau permet un enrichissement important en CN-. Cet
enrichissement est également favorisé par la plus
grande absorption de l'acide cyanhydrique dans le matériau
encore humide. Les ions cyanure ne peuvent produire du [Fe(cn)6]3-
que lentement. Celui-ci, en raison de son fort pouvoir oxydant
en milieu alcalin, se transforme très vite en [Fe(cn)6]4-
qui est plus stable. Il y aura donc, à la longue, un enrichissement
en [Fe(cn)6]4-.
2. Au voisinage du front de carbonatation, la tendance à
l'enrichissement en ions cyanure diminue, parce que l'équilibre
chimique est déplacé dans le sens d'une formation
d'acide cyanhydrique (HCN non dissocié). Le pouvoir oxydant
du [Fe(cn)6]3- diminue également. Mais, d'autre part, le
bleu de Prusse lui-même devient stable, de sorte qu'à
la frontière de carbonatation, le [Fe(cn)6]4-, dont la
quantité augmente, va réagir avec le Fe 3+ (devenu
lui-même un peu plus soluble) pour former du bleu de Prusse,
intimement mélangé au CaCO 3 qui précipite
également à cet endroit.
3. Dans la partie carbonatée de la maçonnerie (dont
le pH est neutre), la formation du bleu de Prusse sera de plus
en plus limitée par la quantité d'ions cyanure disponibles
(l'HCN devant venir de la surface libre, qui est de plus en plus
éloignée). Ainsi, le CaCO 3 n'est mélangé
qu'à une petite quantité de bleu de Prusse.
Par rapport à ce qui se passe dans les briques, la formation
de bleu de Prusse dans les joints de mortier et dans l'enduit
est, d'une part, favorisée en raison de la très
grande surface intérieure du matériau, de sa grande
porosité et de sa haute teneur en eau mais, d'autre part,
défavorisée par la faible teneur en fer. Si la teneur
en eau augmente, la pénétration de l'acide cyanhydrique
par diffusion dans des couches plus profondes de la maçonnerie
est rendue plus difficile et la formation des cyanures se cantonne
dans les couches extérieures; ceci est vrai surtout pour
le béton.
Des essais sur la diffusion de l'acide cyanhydrique dans une maçonnerie
de briques ou dans un enduit épais de 5 cm ont fourni des
résultats non reproductibles, parce que, particulièrement
dans le cas de matériaux qui n'ont pas pris complètement
ou qui ne sont que légèrement humides, l'acide cyanhydrique
ne diffuse pratiquement pas et n'est donc pas complètement
absorbé [141].
Le tableau 6 donne les valeurs d'adsorption de l'acide cyanhydrique
dans divers matériaux de construction, d'après L.
Schwarz et al. [142]. Ces chiffres confirment l'hypothèse
selon laquelle la réactivité des ciments est considérablement
plus élevée que celle des briques. Ils confirment
également que les ciments frais et, en général,
les matériaux de construction humides ont une plus grande
tendance à l'enrichissement en acide cyanhydrique. La capacité
de fixer l'acide cyanhydrique est étonnamment élevée
pour la pierre en béton.
|
|
|
|
|
| Clinker |
55,2 |
| Brique |
73,0 |
| Brique de laitier |
2 880,0 |
| Pierre de tuf |
3 790,0 |
| Grès calcaire, légèrement séché |
4 360,0 |
| Grès calcaire, séché environ 1/2 année à 20*C |
2 941,0 |
| Pierre en béton, séchée 3 jours |
8 148,0 |
| Bloc de mortier à la chaux, vieux de quelques jours * |
4 800,0 |
| Bloc de mortier de ciment, vieux de quelques jours * |
540,0 |
| Bloc de mortier de ciment, vieux d'un mois * |
140,0 |
| Bloc de ciment pur, vieux de quelques jours * |
1 550,0 |
| * 2,5 à 3,3 % d'acide cyanhydrique en volume [140]. Selon certains auteurs, les pourcentages en volume doivent, en pratique, être divisés au moins par 2, une partie de l'HCN étant perdue à cause de l'adsorption par les parois et par le matériel de gazage. |
3 1. Action toxique
de l'acide cyanhydrique
L'action biochimique de l'acide cyanhydrique repose sur la fixation
réversible du cyanure sur le F e3 + de l'enzyme respiratoire
cytochromoxydase dans les cellules du corps. Cette fixation empêche
un processus vital, l'oxygénation des cellules, qui permet
l'oxydation de certains de leurs constituants. L'homme est asphyxié,
pourrait-on dire, par l'asphyxie des fonctions vitales des cellules.
La dose mortelle peut être absorbée par voie orale,
par inhalation ou par diffusion au travers de la peau. Alors que
les empoisonnements par voie orale à forte dose (par exemple
par le cyanure de potassium, KCN) sont très douloureux
en raison des crampes provoquées par l'asphyxie, l'inhalation
de fortes concentrations d'acide cyanhydrique provoque la perte
de connaissance avant que les crampes n'apparaissent. Les exécutions
par acide cyanhydrique sont donc indolores et c'est pour cette
raison qu'on les pratique dans certains Etats des USA. En général,
une dose de 1 mg de CN- par kilo du corps est mortelle. Des doses
non mortelles de cyanure sont vite neutralisées et éliminées
par réaction avec du soufre (ce qui produit du thiocyanate,
ou rhodanate).
Entre autres symptômes physiques, le sang et les taches
cadavériques ont en général une coloration
rosée, due à ce que le sang est sursaturé
par l'oxygène, qui n'est plus transféré aux
cellules [146-149]. Dès lors, des témoignages faisant
état d'agonies atroces lors d'exécutions rapides
(donc par haute concentration) et de victimes au teint bleui ne
peuvent pas correspondre à la réalité.
L'absorption par la peau est spécialement favorisée
quand la peau est couverte de sueur, par exemple quand le sujet
travaille. En général, on conseille à ceux
qui ont affaire à l'acide cyanhydrique de veiller à
ne pas transpirer. A l'égard de l'absorption par la peau,
les concentrations deviennent nuisibles pour la santé à
partir de 6 000 ppm 11 (0,6 % en volume) et des concentrations
de 10 000 ppm (1 % en volume) peuvent entraîner la mort
après une exposition de quelques minutes [150].
F. Leuchter signale que, lors des exécutions aux USA, la
victime est immédiatement soumise à des concentrations
en acide cyanhydrique de l'ordre de 3 200 ppm. Dans ce cas, la
mort intervient après 4 à 10 minutes, selon la constitution
de la victime [151]. Pour un volume respiratoire normal d'environ
15 à 20 litres par minute, environ 230 à 380 mg
d'HCN sont absorbés, ce qui correspond à peu près
à trois fois jusqu'à cinq fois la dose mortelle.
Si on suppose que le volume respiratoire augmente avec le besoin
d'air, on arrive à une dose environ 10 fois plus grande
que la dose mortelle (cf. section 3.4.2.2).
Les effets de différentes
concentrations d'acide cyanhydrique dans l'air sont décrits
comme suit dans la littérature [80]:
2 à 5 ppm odeur
perceptible
10 ppm la plus forte
concentration tolérable sur les lieux de travail
20 à 40 ppm légers
symptômes après quelques heures
45 à 54 ppm tolérable
1/2 à 1 heure sans effets notables, ni dans l'immédiat,
ni plus tard
100 à 200 ppm
mortel au bout d'une demi-heure à une heure
300 ppm rapidement mortel
3.2. Caractéristiques
de l'évaporation du Zyklon B
L'acide cyanhydrique sous forme liquide ne reste pas stable très
longtemps et sa mauvaise maniabilité le rend très
dangereux. Déjà à la fin de la première
guerre mondiale, on commercialisa l'acide cyanhydrique sous une
forme plus facile à manipuler et plus sûre que précédemment:
on fixait l'acide cyanhydrique sur un substrat poreux et on ajoutait
un stabilisateur et une substance irritante servant d'avertisseur
même pour de faibles concentrations du gaz toxique (l'odeur
de ce dernier étant à peine perceptible). Cette
préparation, commercialisée sous le nom de "Zyklon
B ", était produite par la firme DEGESCH, qui avait
son siège à Francfort, ou sous licence de cette
firme. Dans de nombreux pays du monde, le Zyklon B fut, jusqu'à
la fin de la seconde guerre mondiale, un moyen très courant
de lutter contre les insectes et les rongeurs [152-154] dans les
entrepôts d'aliments, les grands moyens de transport (trains,
bateaux), les bâtiments publics, les casernes, les camps
de prisonniers, les camps de concentration [155-157] et, naturellement,
servit aux mesures d'hygiène et de lutte contre les épidémies
[140, 158-161]. Il est vrai qu'outre le Zyklon B il existait quelques
autres rodenticides (produits pour tuer les rongeurs) [162, 163]
sous forme gazeuse. Après la guerre, le Zyklon B joua encore
un rôle important pendant quelque temps, avant d'être
supplanté par le DDT, puis par d'autres produits [164,
165]. On pouvait se procurer le Zyklon B sous trois formes: disques
de carton fibreux, semblables aux cartons à bière,
avec un trou au milieu; support granuleux de plâtre (Erco);
et enfin kieselguhr (terre d'infusoires, terre de diatomées)
sous forme de granulés de taille inférieure à
1 centimètre (Diagriess). A l'heure actuelle, le produit
Erco n'est plus disponible; son nom a été changé
en "Cyanosil" ". Le Zyklon B qui est censé
avoir servi aux gazages d'êtres humains est le produit Diagriess,
formé de grains de terre de diatomées (ou kieselguhr),
d'une grandeur de 5 à 10 millimètres, imbibés
d'acide cyanhydrique; dans cette présentation, le support
représente environ 60 % de la masse du produit [166, 167].
Le gaz toxique s'évapore très lentement de son support,
ce qui correspondait au but recherché. En effet, lors des
gazages de locaux, le personnel, muni de masques à gaz,
devait répartir le produit dans ces locaux. Comme les filtres
protecteurs cessent d'être efficaces à partir d'une
certaine concentration de gaz toxique (voir section 3.4.2.3) et
qu'un empoisonnement par diffusion au travers de la peau est également
possible, il faut que le gaz se dégage lentement pour que
le personnel puisse quitter les lieux en toute sécurité.
La rapidité de l'évaporation de l'acide cyanhydrique
hors du support est indiquée dans deux sources [167, 168].
L'information donnée par la seconde source [168], qui émane
de l'US-Army Chemical Corps, est reproduite au graphique 12. Malheureusement,
la source ne dit rien sur la nature du support ni sur la manière
dont le produit était étalé/entassé.
A une température ambiante d'environ 26*C, ce qui est la
température d'ébullition de l'acide cyanhydrique,
il faut environ 9 heures, selon cette source, pour que 80 à
90 % de l'acide cyanhydrique soit évaporé.
Graphique 12: Rapidité d'évaporation de l'acide
cyanhydrique hors du support, d'après l'US-Army Chemical
Corps [168].
L'autre source [167] émane de la SARL Detia Freyberg, l'une
des sociétés qui ont succédé à
la DEGESCH. (La DEGESCH fut jusqu'à la fin de la guerre
le principal fournisseur en produits à base d'acide cyanhydrique.)
Comme le dégagement du gaz dépend de la température
et de la mobilité de l'air, la SARL Detia Freyberg ne donne
que des indications approximatives. Selon ces données,
le support libère, à une température de plus
de 20*C et dans le cas d'une répartition uniforme du produit,
80 à 90 % de l'acide cyanhydrique en 2 heures (voir graphique
13).
Après 48 heures, il n'y a plus dans le support aucune trace
d'acide cyanhydrique, ou seulement des traces négligeables.
A des températures plus basses, la tension de vapeur de
l'acide cyanhydrique est plus faible, ce qui ralentit le processus.
Dans les conditions du graphique 13, il faut compter que 50 %
de l'acide cyanhydrique est libéré après
40 à 45 minutes. Selon G. Peters [153], le temps de dégagement
de 50 % de l'acide cyanhydrique est de 1/ 2 heure, quand le produit
est réparti en couches de 0,5 à 1 cm d'épaisseur.
Cela correspond à peu près aux données de
la SARL Detia Freyberg. Il importe pour la suite de constater
qu'à une température supérieure à
20*C le support, pendant les cinq premières minutes, et
vraisemblablement même pendant les dix premières
minutes suivant la dispersion du produit, a libéré
tout au plus 10 % de l'acide cyanhydrique.
Graphique 13: Rapidité d'évaporation de l'acide
cyanhydrique hors du support, à plus de 20*C et avec un
étalement du produit en couche mince, d'après la
SARL Detia Freyberg [167].
Si la température descendait du point d'ébullition
de l'acide cyanhydrique jusqu'à 0*C, la durée d'évaporation
serait environ triplée (voir graphique 1). D'après
une source datant de la guerre, le ralentissement de l'évaporation
de l'acide cyanhydrique hors du support est peu important même
à des températures inférieures à 0*C
[169]. Pour de basses températures, il faut compter avec
un ralentissement de plus en plus net vers la fin de l'évaporation,
car, ici, les forces d'adsorption exercées par le support
sur l'acide cyanhydrique deviennent plus importantes.
Il y a donc un facteur 4 d'écart entre les données
américaines (US-Army Chemical Corps) et les données
des deux sources allemandes (Detia Freyberg et G. Peters). Comme
les opérations d'épouillage allemandes duraient
en général un petit nombre d'heures (voir plus loin),
il vaut mieux se fier aux sources allemandes, d'autant plus qu'elles
indiquent la manière dont le produit est réparti.
Peters [153] signale en outre que les Américains emploient
comme support presque exclusivement des disques de carton, qui
libèrent l'acide cyanhydrique de façon considérablement
plus lente que le support du produit Diagriess.
Si le produit n'est pas réparti uniformément, mais
exposé en tas, l'évaporation est évidemment
plus lente. Il y a là deux effets à considérer.
Si le produit est entassé, le volume de l'acide cyanhydrique
à évaporer est proportionnel à la 3e puissance
de la dimension du tas réalisé, alors que la surface
du tas, où l'évaporation se déroule, n'est
proportionnelle qu'au carré de la dimension. Compte tenu
de ce premier effet, on doit compter avec un accroisssement du
temps d'évaporation proportionnel à l'entassement.
En outre, en cas de grands entassements, la forte absorption locale
de chaleur va provoquer une baisse plus importante de la température
dans le produit et autour de lui, ce qui freinera encore l'évaporation.
On obtient ainsi un allongement du temps d'évaporation
un peu plus que proportionnel à l'entassement du produit.
3.3. Installations pour l'épouillage des vêtements
Sur les installations pour l'épouillage des vêtements,
on dispose de nombreuses publications datant d'avant et de pendant
la guerre [140, 152-157, 170-173], auxquelles nous nous référerons.
En outre, il existe des directives de l'époque pour le
gazage des biens et des locaux, qui décrivent en détail
les opérations prescrites [174, 175]. Pour l'essentiel,
elles ne diffèrent pas des prescriptions actuelles [176].
C'est sur cette base que nous exposerons brièvement la
procédure des opérations.
Tout d'abord, on se contenta, pour l'épouillage des vêtements,
d'apporter des transformations provisoires à des locaux
ordinaires (10 à 30 m2 de surface au sol): on rendait les
fenêtres et les portes étanches au gaz, on veillait
au bon chauffage du local et on prévoyait un moyen de ventilation.
Des travailleurs équipés de masques à gaz
répartissaient uniformément le Zyklon B sur le sol
du local qui contenait les vêtements à épouiller.
Cette procédure ressemblait aux gazages que l'on pratiquait
alors couramment dans les locaux ordinaires pour y éliminer
la vermine. Aujourd'hui encore, on peut voir des locaux ainsi
transformés dans le camp central Auchwitz I. L'usage de
locaux rendus provisoirement étanches pour des gazages
n'est pas sans risques, d'autant plus que l'étanchéité
est rarement parfaite.
Une citation de la littérature illustrera les problèmes
qu'on rencontrait en gazant à l'acide cyanhydrique des
locaux non étanches:
"Pour exemple: J.M., 21 ans, tapissière. Cette femme travaillait dans la cave d'une maison; au second étage de cette maison, on gazait à l'aide d'acide cyanhydrique un appartement infesté de vermine. L'isolation étant insuffisante, du gaz s'échappa dans le corridor, y empoisonna l'agent de désinfection, puis arriva dans la cave par une cage d'escalier. Mme M. sentit tout à coup en travaillant une démangeaison prononcée dans le cou et eut bientôt un mal de tête et des vertiges. Deux de ses compagnes de travail présentèrent les mêmes symptômes et quittèrent la cave avec elle. Après une demi-heure, elle retourna dans la cave et s'effondra, cette fois, sans connaissance. Elle fut conduite à l'hôpital en même temps que l'agent de désinfection qui avait, lui aussi, perdu connaissance. La patiente s'éveilla à son arrivée dans l'ascenseur de l'hôpital, se sentit de nouveau tout à fait bien et, à l'examen, ne présentait plus aucun symptôme d'empoisonnement. L'agent de désinfection, en revanche, mourut lors de son transport à l'hôpital." [148]
Par la suite, on construisit
des installations spéciales, sans fenêtres et étanches
aux gaz, pourvues de systèmes efficaces de chauffage et
de ventilation et, plus tard, de circulation d'air (procédé
dit "par mouvement circulaire"), qui assuraient une
répartition plus rapide du gaz dans le local. De plus en
plus souvent, on installa un mécanisme qui permettait d'ouvrir
les boîtes de Zyklon B de l'extérieur du local, de
sorte que le personnel ne courait plus aucun danger. Dans ce système,
le fond de la boîte était coupé automatiquement,
le produit tombait dans un récipient ajouré par
lequel on faisait passer un courant d'air chaud, comparable à
un foehn. Ces installations, équipées du système
dit à mouvement circulaire, avaient un volume relativement
petit (quelques m3), ce qui permettait de gagner de la place et
d'économiser le très coûteux insecticide.
Les concentrations utilisées peuvent varier beaucoup selon
le type de vermine et les conditions d'emploi. Elles étaient
comprises, en général, entre 5 et 30 g d'acide cyanhydrique
par m3 d'air. Le temps d'utilisation était tout aussi variable:
de moins de 2 heures à 10 heures et plus. Avec les installations
plus modernes dont on a parlé, c'est-à-dire celles
qui avaient un chauffage (plus de 25*C) et un système à
mouvement d'air circulaire, on pouvait, avec des concentrations
de 20 g par m3, commencer à enregistrer de bons résultats
après une heure ou deux.
La durée du gazage est plus longue pour les insectes et
leurs _ufs que pour les animaux à sang chaud, parce que
les insectes ont une plus grande résistance au gaz toxique,
mais aussi et surtout parce que le gaz doit pénétrer
en concentration mortelle dans les moindres recoins et ourlets
des objets à désinfecter pour y tuer le moindre
insecte (pou, par exemple) qui s'y dissimule. Les animaux à
sang chaud, au contraire, sont très vite exposés
à de fortes concentrations du gaz en raison de leur taille
et surtout de leur respiration pulmonaire.
Comme on l'a dit à la section 1.4, le local désigné
sur les plans comme "chambre à gaz" (!) dans
le bâtiment 5b du camp de Birkenau ne contient aucun équipement.
Ce local a une surface au sol de 130 m2 et est ouvert jusqu'à
la ferme du toit; il a donc un volume libre d'au moins 400 m3
et tout le volume au-dessus de 2 mètres doit être
considéré comme de la place inutilisable. Un usage
de ce local tout entier comme chambre d'épouillage suppose
la mise en oeuvre d'au moins 4 à 5 kilos d'acide cyanhydrique
(10 g par m3) 12 et cela aussi bien si le local
contient peu d'objets que s'il en est rempli dans la mesure du
possible. Dans ces conditions, si l'on suppose 100 cycles de gazage
par an (un tous les 3 ou 4 jours), cette installation et le bâtiment
5a ont donc consommé, à eux seuls, environ 0,8 tonne
de Zyklon B, ce qui correspond à environ 10 % des fournitures
totales en Zyklon B (7,5 tonnes) reçues par le camp d'Auschwitz
en 1942 [177].
Si on considère que, outre ces bâtiments, il y avait
à Birkenau d'autres installations, de différentes
grandeurs, pour l'épouillage par acide cyanhydrique [18],
si on ajoute à cela que les fournitures au camp de Birkenau
approvisionnaient aussi les camps qui lui étaient rattachés
(plus de 30) et que, de temps à autre, on gazait des baraques
de détenus avec cet insecticide [20] (par baraque, environ
40 ¥ 12 ¥ 3,5 > 1 500 m3, donc 15 kg de Zyklon B; par
conséquent, pour les 100 baraques du camp de Birkenau à
elles seules: 1,5 tonne), on voit que les quantités de
Zyklon B fournies au camp d'Auschwitz peuvent s'expliquer parfaitement
par des opérations normales d'épouillage.
D'après la déposition de l'ex-détenu C.S.
Bendel, les baraques étaient désinfectées
surtout à l'aide de "lysoform" (nom commercial
d'une solution de 2 à 3 % d'aldéhyde formique et
de savon de potassium) [178]. Comme ce produit ne tue pas les
insectes, cela ne peut pas être exact. Selon Pressac, cette
déposition "préparée" servirait
à prouver que les fournitures de Zyklon B étaient
employées principalement aux gazages d'êtres humains.
Pressac déclare cette dernière thèse insoutenable
[179]. Il est même clair que la quantité fournie
par an ne permettait pas d'effectuer un gazage complet de tous
les biens et bâtiments dans tous les camps du complexe d'Auschwitz,
puisque les épidémies de typhus ne purent jamais
être jugulées. De ceci il résulte aussi que
le rythme de 3 gazages par jour que nous avons supposé
pour la simulation des chambres d'épouillage des bâtiments
5a et 5b (section 2.5.4) est beaucoup trop élevé.
En effet, les bâtiments 5a et 5b auraient nécessité
à eux deux 24 à 30 kg de Zyklon B par jour, donc
9 à 11 tonnes par an, c'est-à-dire à peu
près toute la quantité fournie au camp. Il est donc
plus plausible de supposer que ces installations d'épouillage
furent utilisées au plus une fois par jour.
3.4. Gazages d'êtres humains
3.4.1. Témoignages
Pour établir les conditions physico-chimiques et techniques
des gazages censés avoir été effectués
sur des êtres humains, nous examinerons dans ce chapitre
quelques témoignages à ce sujet. Une analyse complète
et détaillée des nombreux témoignages réunis
lors des divers procès et dans la littérature serait
une tâche trop vaste et doit être laissée à
des travaux futurs. L'aperçu qui suit ne prétend
donc pas à l'exhaustivité.
Pour illustrer la problématique, citons un extrait du jugement
prononcé à l'issue du procès d'Auschwitz
(tenu à Francfort contre d'anciens membres du personnel
du camp) [180]:
"Car le tribunal manquait de presque tous les moyens de preuve dont on dispose normalement dans un procès de meurtre pour se faire une image fidèle de ce qui s'est réellement passé au moment du meurtre. Il manquait les corps des victimes, les procès-verbaux d'autopsie, les expertises de spécialistes sur la cause et le moment de la mort, l'arme du crime, parfois toute trace des auteurs, etc. Le contrôle des témoignages fut rarement possible. Quand il existait le moindre doute ou qu'une possibilité de confusion ne pouvait être exclue avec certitude, le tribunal n'a pas retenu les témoignages...
Les conclusions générales
[...] reposent sur [...] les dépositions vraisemblables
du témoin [...] Böck et sur les notes manuscrites
du premier commandant du camp, Höss."
Un très grand nombre des témoignages semblaient
invraisemblables au tribunal. Mais on put tout de même obtenir
de quelques témoins "dignes de foi" des dépositions
d'allure vraisemblable. Parmi ces témoins, prenons-en deux,
à titre d'exemple: Rudolf Höss, qui fut commandant
du camp d'Auschwitz, et Richard Böck, SS subalterne du camp.
Un coup d'_il sur ces deux témoins nous fera saisir deux
problèmes majeurs posés par les dépositions
des témoins à charge.
Dans le récit écrit par R. Butler, qui captura Höss,
on peut lire que Höss, une fois prisonnier, fut torturé
[181]. Dans ses notes autobiographiques, Höss mentionne lui
aussi ces tortures [67]. D'après un rapport rédigé
à l'époque par un sénateur américain,
les mauvais traitements infligés à des détenus
auraient été assez courants [182]. A l'époque,
quelques voix s'élevèrent dans les médias
américains pour dire hautement que le Tribunal de Nuremberg
exerçait une vengeance et non la justice [183]. Elles alléguaient:
-- des témoignages extorqués sous la menace;
-- l'obligation de remettre tous les documents à l'accusation;
-- le refus d'accorder à la défense le droit d'examiner
les documents et les actes;
-- l'interdiction faite à la défense de voyager
et de se procurer des devises.
A la lecture du Statut de Londres, qui définissait le cadre
juridique des procès de Nuremberg, on est frappé
par des articles incompatibles avec les pratiques d'un Etat de
droit. L'article 19 stipule: "Le tribunal ne sera pas lié
par les règles techniques relatives à l'administration
des preuves. Il adoptera et appliquera autant que possible une
procédure rapide et non formaliste et admettra tout moyen
qu'il estimera avoir une valeur probante" et l'article 21:
"Le tribunal n'exigera pas que soit rapportée la preuve
de faits de notoriété publique, mais les tiendra
pour acquis" [184].
Mais qu'en est-il de la vraisemblance intrinsèque des dépositions
? Pour cette problématique, on peut se reporter à
deux ouvrages détaillés [185]. Dans ce qui suit,
nous allons examiner d'assez près les témoins les
plus souvent cités.
Dans la déposition de Höss, éditée par Broszat, on peut lire [67]:
p. 126: "Tout en traînant (les cadavres], ils mangeaient et fumaient [...] Aux fosses ils entretenaient le feu, ils arrosaient [les cadavres] avec la graisse qui s'accumulait [...]";
pp. 157 et sq.: "[...] Les corps furent d'abord arrosés avec des restes de pétrole, plus tard avec du méthanol [...] Il essaya aussi de détruire les cadavres par explosion [...]";
p. 166: "Une demi-heure après avoir lancé le gaz, on ouvrait la porte et on mettait en marche l'appareil de ventilation. On commençait immédiatement à extraire les cadavres"
et ailleurs:
"[...]
Q. Mais n'était-il pas extrêmement dangereux pour les détenus d'aller dans ces chambres et de travailler
parmi tous les corps et les nappes de gaz ?
R. Non.
Q. Portaient-ils des masques à gaz ?
R. Ils en avaient mais ils ne s'en servaient pas, car il n'y avait jamais d'accident.
[...]" [186].
Les problèmes soulevés par la combustion des corps
dans les fosses ont déjà été traités
dans la section 1.5.
Qu'on soit entré dans les "chambres à gaz"
sans filtre protecteur, qu'on y ait mangé et fumé
et qu'on ait commencé à traîner les corps
tout de suite après l'ouverture des portes, tout cela n'est
vraisemblable que si les locaux ne contenaient plus de quantités
dangereuses de gaz toxique. La possibilité de ce dernier
point sera examinée à la section 3.4.2.
Les corps humains étant constitués d'eau à
plus de 60 %, leur combustion exige une grande dépense
de combustible et une grande chaleur. Il est impossible qu'au
cours de ce processus il s'accumule de la graisse (qui brûle
facilement). Car, enfin, les corps sont brûlés et
non rôtis. La description d'un homme brûlant de lui-même,
comme celle qu'on trouve dans l'anecdote de Pierre l'Ebouriffé
[Struwwelpeter] de Hoffmann dans le conte du Petit Paulin
qui brûle, ne correspond pas du tout à la réalité.
Occupons-nous brièvement du témoignage de H. Tauber. D'après ses déclarations, H. Tauber fut, pendant la guerre, un des détenus appartenant au Sonderkommando du crématoire II. Pressac écrit que son témoignage est le meilleur en ce qui concerne les crématoires et qu'il est fiable à 95 %. Voici ce qu'on y lit [187]:
"[...] Pendant la combustion de tels corps [non décharnés], nous n'utilisions du coke que pour allumer les fours, car ces corps brûlaient d'eux-mêmes en libérant leur graisse. Parfois, quand le coke manquait, nous mettions de la paille et du bois dans les cendriers sous les moufles. Quand les cadavres gras commençaient à brûler, les autres cadavres prenaient feu d'eux-mêmes [...].
[...] Plus tard, quand les crémations se suivaient de près, les fours brûlaient d'eux-mêmes, grâce à la braise formée par les corps en combustion. Telle est la solution qu'on apportait en général au problème de la chauffe des fours quand il s'agissait de cadavres gras [...].
[...] Une autre fois,
les SS jetèrent un prisonnier qui ne travaillait pas assez
vite dans une fosse pleine de graisse humaine en ébullition
près du crématoire V. A cette époque [l'été
1944], les cadavres étaient brûlés en plein
air dans des fosses, d'où la graisse s'écoulait
dans des réservoirs séparés, creusés
dans la terre. Cette graisse était versée sur les
cadavres, pour accélérer la combustion [...]"
Dans un four crématoire, les gaz de combustion arrivent
du foyer dans le creuset contenant le cadavre puis passent du
cendrier dans le carneau et, de là, dans la cheminée
[188]. Si l'on fait du feu dans le cendrier pour brûler
les corps qui se trouvent au-dessus, on inverse le flux du gaz:
l'air frais est aspiré par la cheminée, les gaz
brûlés s'amassent dans le creuset, d'où ils
se fraient un chemin vers l'extérieur, c'est-à-dire
vers la salle des fours. La combustion à partir du cendrier,
telle que la décrit Tauber, ne peut pas fonctionner. De
tels témoignages ne sont, pour employer les mots de Pressac,
que mensonges et inventions [189].
Mais revenons aux déclarations de R. Höss. Outre le
bois, on aurait employé comme combustibles pour les crémations
en plein air, du pétrole et du méthanol. En fait,
ce dernier produit aurait été tout à fait
inutilisable car il se volatilise facilement. Les combustibles
liquides ne brûlent qu'à côté du corps
et sur lui, de sorte que la chaleur se perd en montant. En outre,
de tels combustibles, utilisés en plein air, se perdent
en s'infiltrant dans le sol. Le méthanol s'évapore
très facilement et a une très basse température
d'inflammation. Tant que la quantité de méthanol
dont le corps solide est arrosé est suffisante, les vapeurs
brûlent à une certaine hauteur au-dessus du corps.
Les flammes n'atteignent le corps solide que quand le méthanol
est presque entièrement consumé: l'enveloppe de
vapeur (combustible) rétrécit et la flamme, qui
s'éteint peu à peu, se rapproche du corps. L'auteur
a fait une expérience de combustion de méthanol
sur son gras gauche et s'en est tiré sans blessures sérieuses.
On observe la même chose avec le papier et l'étoffe:
la carbonisation n'est facile que quand le méthanol s'épuise.
En outre, les mélanges de méthanol et d'air sont
explosibles. Cela rend des essais de combustion à l'aide
de méthanol à peu près impossibles. D'autre
part, l'expérience montre que, dans des combustions de
personnes en plein air par le pétrole, les cadavres peuvent
être superficiellement carbonisés (déshydratés),
mais non brûlés complètement [190, 191].
Enfin, les témoignages sur des tentatives d'élimination
des cadavres par dynamitage ne méritent pas d'être
commentés, car il est clair qu'un tel procédé
est inutilisable.
Il est intéressant que Broszat, dans son édition des confessions de Rudolf Höss, écarte les dernières pages parce qu'elles "contiennent des indications tout à fait fausses sur le nombre de ces juifs". Höss y mentionne 3 millions de juifs de Hongrie, 4 millions de Roumanie et 2,5 millions de Bulgarie. Les chiffres réels sont environ dix fois plus faibles [192]. On trouve encore dans ces confessions de Höss l'invraisemblance suivante [193]:
"[...] Quoiqu'ils fussent bien nourris et gratifiés de larges rations supplémentaires, on les voyait souvent [les juifs des Sonderkommandos] traîner les cadavres d'une main, tenir de la nourriture dans l'autre et la manger.
Même le travail macabre consistant à creuser les charniers et à y brûler les corps ne les empêchait pas de manger. Même le fait de brûler leurs proches parents ne les ébranlait pas [...]"
Passons maintenant aux déclarations du témoin R. Böck [69]:
"Un jour, c'était pendant l'hiver 1942/43, H. me demanda s'il me plairait de participer à une action de gazage [...] Le convoi qui venait d'arriver était sur la voie libre [...] Ils furent tous embarqués et conduits à une ancienne fermette [...].
[...] Quand tout le convoi
fut dans le bâtiment -- cela pouvait faire environ 1 000
personnes --, on ferma la porte. Puis un SS, je pense que c'était
un brigadier, vint à notre Sanka [Sanitäts-Kraftwagen,
voiture sanitaire] et sortit une boîte contenant du gaz.
Avec cette boîte, il alla à une échelle [...]
Je remarquai alors qu'en montant à l'échelle il
portait un masque à gaz. [...] il versa [...] le contenu
de la boîte dans l'ouverture. [...] Quand il eut refermé
la petite porte, une clameur indescriptible s'éleva [...].
Cela dura environ 8 à 10 minutes, puis tout fut silencieux.
Peu de temps après, la porte fut ouverte par des détenus
et on put encore voir une vapeur bleuâtre flotter sur un
énorme tas de cadavres [...]. A vrai dire, j'ai été
étonné de voir que le commando de détenus
désigné pour retirer les cadavres entrait dans la
pièce sans masques à gaz, malgré la vapeur
bleue qui flottait au-dessus des corps et que je supposais être
du gaz [...]".
D'après ce que nous avons déjà établi
dans notre étude, nous pouvons faire les commentaires suivants:
D'après des analyses professionnelles de photos aériennes, il n'y avait, quand ces photos furent prises, ni grandes fosses d'incinération, ni réserves de combustible, ni fumées, ni flammes aux endroits concernés [54, 72]. Dès lors, les scénarios d'extermination faisant intervenir ces choses sont vraisemblablement faux.
Mille personnes ne peuvent tenir sur moins de 200 m2. D'après les témoignages, la surface des fermettes était, au plus, de la moitié [66].
Comme on l'a vu à la section 2.1, l'acide cyanhydrique gazeux est incolore et invisible. On ne pouvait donc pas voir "une vapeur bleue flotter" sur les cadavres. Ce passage trahit une pure invention visiblement suggérée par le nom allemand de l'acide cyanhydrique: "Blausäure" (acide bleu), qui se rapporte en fait au rôle de l'acide cyanhydrique dans la formation du bleu de Prusse.
Section 3.2: puisque l'épisode décrit est censé avoir lieu en hiver, la rapidité des opérations est absolument invraisemblable, car à des températures de gel le Zyklon B ne libère l'acide cyanhydrique que très lentement. (On reviendra sur cette question à la section 3.4.2.1.)
Il n'est pas possible que, comme on nous le dit, des gens aient pénétré sans filtre protecteur dans des pièces contenant du gaz toxique en forte concentration, car il est clair que cela aurait provoqué la mort, tôt ou tard.
Voici l'opinion du procureur
de la République Dressen sur la déposition de Böck
[194]:
"Très
honoré Monsieur X...,
Pour votre information, je vous envoie les copies ci-jointes de témoignages d'anciens membres de la SS sur des gazages de détenus à Auschwitz. Ce n'est qu'un choix -- il existe beaucoup d'autres dépositions semblables. Contrairement à vous, je pense que ces récits de témoins oculaires sont tout à fait propres à démasquer les mensonges de ce factum en ce qui concerne la réalité des gazages d'êtres humains.
Avec mes aimables salutations,
(Dressen)
procureur de la République."
Et dans une autre lettre:
"[...] D'ailleurs,
la déposition de Böck n'est qu'un témoignage
parmi beaucoup d'autres semblables [...].
Avec mes aimables salutations,
(Dressen) procureur de la République."
La déposition de Böck appartient au petit nombre de
celles que le Tribunal de Francfort, après un soigneux
examen, retint comme dignes de foi et où les inexactitudes
étaient donc moins frappantes pour les profanes que dans
beaucoup d'autres dépositions.
Pressac lui-même, en plusieurs passages de son livre, émet
un jugement très critique sur la fiabilité et la
vraisemblance des témoignages [195], sur lesquels, pourtant,
reposent toutes les représentations qu'on peut se faire
des meurtres par chambre à gaz. Il énumère
les inexactitudes, les absurdités et les exagérations
des témoins et explique d'où elles proviennent,
selon lui. En de nombreux cas, Pressac est forcé de corriger
les indications des témoins, pour supprimer des erreurs
et ce qu'il considère comme des impossibilités techniques.
Ainsi, par exemple, les chiffres de victimes par gazage évalués
par Pressac sont considérablement inférieurs à
ceux que donnent les témoins oculaires, qui font souvent
état, pour les crématoires II et III, de plusieurs
milliers de victimes par opération. Déjà,
pour qu'un seul millier de personnes puisse loger dans une pièce
de 210 m2, il faudrait beaucoup de discipline et d'esprit de coopération
de la part des victimes. Mais les masses de 2 000 êtres
humains et plus [196] que mentionnent parfois les témoins
n'auraient pu être entassées dans les morgues I.
Pour arriver au nombre de 4 millions, qui est celui auquel on
évaluait jusqu'à il y a peu les victimes d'Auschwitz
et de Birkenau, on est en fait forcé de supposer des chiffres
techniquement impossibles, comme le faisaient les témoins.
Au printemps 1990, après l'expertise de Cracovie [8], on
a enlevé, à Auschwitz, les plaques commémoratives
qui mentionnaient 4 millions de victimes. Actuellement, le chiffre
officiel est d'environ 1,5 million de victimes [197]. Pressac
a corrigé les indications des témoins en tenant
compte de ce chiffre et en s'appuyant surtout sur un ouvrage de
Danuta Czech [198]. Voici, pour chaque installation, comment Pressac,
après correction des témoignages, pense pouvoir
reconstituer les gazages d'êtres humains:
Crématoire I On interdit aux tiers d'approcher du crématoire; dans la plupart des cas, les 500 à 700 victimes se déshabillent dehors; elles entrent dans la "chambre à gaz" (morgue) par la salle des fours; après la fermeture de la porte, des hommes portant des masques à gaz introduisent le Zyklon B par de petites cheminées; après la mort des victimes (environ 5 minutes), on met les ventilateurs en marche; après 15 à 20 minutes d'aération, on ouvre la porte de la salle des fours, sans filtre protecteur on vide la chambre à gaz, on brûle les victimes [199]. Selon Pressac, peu de gazages ici; en tout, moins de 10 000 victimes [24].
Crématoires II/III Les victimes, au nombre de 800 à 1 200, descendent par l'escalier ouest dans la morgue II où elles se déshabillent. Empruntant l'escalier, elles passent dans la morgue I ("chambre à gaz"). Après la fermeture des portes, des hommes portant un masque à gaz introduisent le Zyklon B par des petites cheminées. Après la mort des victimes (5 minutes), on met la ventilation en marche. Après environ 20 minutes, on ouvre les portes. On nettoie au jet d'eau les corps souillés de sang, de vomissures et d'excréments. On évacue sans masque à gaz les cadavres. Dans le local même, on coupe les cheveux et on extrait les dents en or. A l'aide du monte-charge (charge utile: 1,5 t), on amène les corps au rez-de-chaussée. En les faisant glisser sur une glissière remplie d'eau, on les transporte jusqu'aux fours, où ils sont brûlés [73]. Environ 400 000 victimes pour le crématoire II et 350 000 pour le crématoire III selon Pressac [32]; selon d'autres sources, le triple (nombre total de victimes: 4 millions).
Crématoires IV/V
Quelques centaines de déshabillent, dehors, s'il fait beau,
sinon, dans la morgue, et parfois à côté de
cadavres qui ont été empilés là après
le dernier gazage et qui attendent d'être incinérés;
les victimes vont à la "chambre à gaz"
en longeant la réserve à coke et le bureau du médecin;
après la fermeture des portes, on introduit le Zyklon B
par des fenêtres auxquelles on accède par une échelle;
après 15 à 20 minutes, on ouvre les portes; le Sonderkommando,
tantôt avec masque à gaz, tantôt sans, évacue
les corps vers la morgue ou vers les fosses de combustion qui
se trouvent à l'extérieur, derrière le crématoire
V. Selon Pressac, le nombre des victimes, difficile à calculer,
est sans doute d'environ 100 000; d'après d'autres sources,
le triple [200]. La même chose vaut pour les fermettes I
et II (voir section 1.3.3).
Concernant la quantité de gaz utilisé lors des exécutions,
Pressac estime que 95 à 98 % de tout le Zyklon B fourni
au camp servit au but initial, à savoir l'épouillage
de vêtements et de locaux [201]; il peut s'appuyer pour
cela sur les conclusions du Tribunal de Nuremberg [202]. Pressac
se fonde sur le fait que le camp d'Auschwitz, compte tenu des
quantités d'êtres humains qui s'y trouvaient et des
installations d'épouillage qui y étaient sans aucun
doute utilisées, ne reçut pas de fournitures en
Zyklon B notablement plus importantes que d'autres camps de concentration
où il est prouvé qu'il n'y eut pas d'extermination.
Les fournitures au camp d'Auschwitz sont indiquées dans
les actes du Tribunal militaire international. Pour chacune des
années 1942 et 1943, elles s'élevaient environ à
19 000 kg [177], donc elles ne dépassaient pas 40 tonnes
en tout. Selon Pressac, 800 à 2 000 kg servirent aux exterminations
d'êtres humains. A Birkenau, de l'été 1942
à l'automne 1944, on aurait gazé environ 1 million
de personnes en tout, et, selon d'autres sources (figurant ci-après
entre parenthèses) environ 4 millions. On disposait donc,
pour 1 000 personnes, d'environ 0,8 à 2 (0,2 à 0,5)
kg d'acide cyanhydrique. Les "chambres à gaz"
(morgues I) des crématoires II et III ne pouvaient pas
contenir beaucoup plus de 1 000 personnes par exécution.
Dans leur volume d'environ 430 m3 (500 m3 moins 1 000 personnes
de 70 litres chacune), une quantité de 1 000 (250) g d'acide
cyanhydrique produirait, après évaporation complète
(après plus de 2 heures !), une concentration finale de
2,3 g par m3 (0,19 % en volume) 13
. C'est pourquoi J. Bailer [6], W. Wegner [203] et G. Wellers
[7] supposent maintenant qu'on utilisait l'acide cyanhydrique
à une concentration de 1 g par m3 (0,083 % en volume) ou
moins. Pressac parle, à plusieurs reprises dans son livre,
d'une concentration de 12 g par m3 ou 1 % en volume, ce qui conduit
à une quantité de gaz cinq fois plus grande que
celle que lui-même assigne à des fins homicides [204].
Il s'appuie pour cela sur de nombreux témoignages, d'après
lesquels quatre à six boîtes d'un kilo de Zyklon
B étaient vidées dans les "chambres à
gaz" (morgues) des crématoires II et III, ce qui correspond,
en effet, à une concentration de 1 % en volume [73]. Mais,
dans ce cas, la consommation pour les prétendus gazages
d'êtres humains aurait été d'environ 5 000
kg, autrement dit environ 1/4 de l'ensemble des fournitures totales.
Il est clair qu'ici Pressac se contredit.
Comme autre source indirecte et très sûre pour établir
les quantités d'acide cyanhydrique utilisées, on
peut prendre les durées d'exécution alléguées
par les témoins. Elles ne dépassent jamais quelques
minutes [205]. Le professeur G. Jagschitz cite, dans son expertise
de 1992, un témoin qu'il considère comme compétent:
le Dr. Fischer, médecin du camp d'Auschwitz [206]. Celui-ci,
qui aurait eu régulièrement à surveiller
les "exécutions en chambres à gaz", mentionne,
en concordance avec la grande majorité des autres témoins,
des durées d'exécution de 2 à 3 minutes.
L'ancien commandant du camp R. Höss parle, lui aussi, de
3 à -- exceptionnellement -- 15 minutes [207]. A un autre
endroit, il dit qu'après une demi-heure les portes de la
chambre à gaz étaient ouvertes pour l'extraction
des cadavres. Donc, d'après ce témoignage, le système
de ventilation avait déjà aspiré le gaz après
15 à 20 minutes [67].
Si on suppose des durées d'exécution correspondant
à peu près à celles des chambres à
gaz américaines (4 à 10 minutes avec 3 200 ppm de
HCN [151]), on doit trouver partout dans le local de gazage une
concentration d'environ 3 000 ppm de HCN (3,6 g/m3), au moins
à la fin de l'exécution, c'est-à-dire après
10 minutes. Pour les 430 m3 des morgues I des crématoires
II et III, cela correspond à une quantité d'acide
cyanhydrique d'environ 1,5 kg. Comme le support n'a libéré,
après 5 à 10 minutes, que 10 % de l'acide cyanhydrique
(voir section 3.2), une exécution en quelques minutes exigeait
une quantité 10 fois plus grande, donc au moins 15 kg de
Zyklon B. Encore ceci n'est-il vrai que si l'acide cyanhydrique
libéré arrive immédiatement au contact des
victimes, ce qui n'est pas le cas dans de grands locaux bondés.
Il est donc certain que chacune des opérations de gazage
décrites par les témoins aurait exigé au
moins 20 kg de Zyklon B. Pour 1 000 gazages, cela correspondrait
à 50 % de l'ensemble des fournitures de Zyklon B du camp.
3.4.2. Critique des témoignages
Pour apprécier le degré de véracité
des témoignages, officiels et autres, sur les opérations
de gazage dont nous discutons l'existence, il faut considérer
les facteurs suivants:
1. la rapidité de la diffusion de l'acide cyanhydrique
dans le local et le temps nécessaire à la mise à
mort;
2. le temps nécessaire pour ventiler les locaux remplis
d'êtres humains, compte tenu du nombre de personnes, de
l'architecture des locaux et de leur type de ventilation, compte
tenu aussi du gaz qui continuait à se dégager du
support et des quantités absorbées par les murs
et par les corps;
3. l'efficacité et la capacité des filtres protecteurs
et des masques à gaz.
3.4.2.1. Répartition de l'acide cyanhydrique dans le loca
l
Puntigam et al. [140] décrivent, dans leur publication,
l'évolution de la concentration en acide cyanhydrique en
plusieurs endroits d'une chambre d'épouillage, avec ou
sans circulation d'air (système à mouvement circulaire).
Puntigam n'indique ni les dimensions de la chambre d'épouillage,
ni le volume des objets qu'elle contient, ni la nature du support
du gaz, ni la répartition du gaz, ni la température.
Les concentrations maximales diffèrent selon l'endroit
de mesure, ce qui fait supposer que la répartition du produit
dans le local n'était pas uniforme. Pour la clarté,
le graphique 14 n'indique que l'évolution de la concentration
au milieu de la pièce.
Graphique 14: évolution de la concentration en acide cyanhydrique
dans une chambre d'épouillage, avec et sans système
de circulation d'air, au milieu de la pièce (communication
interne de la firme DEGESCH, d'après [140]).
D'après la publication déjà citée
de Schwarz et al. [142], ces mesures ont été faites
à la température ambiante. Le graphique 16, lui,
ne précise pas bien les données qui nous intéressent,
mais il est clair que, dans ces conditions, la plus forte concentration
n'est atteinte qu'après 4 à 5 heures. A l'époque,
il n'y avait pas encore de système à circulation
d'air; la répartition du gaz ne se faisait donc que par
ventilation naturelle. Il faut noter la forte diminution de concentration
due à l'adsorption par le contenu de la chambre d'épouillage,
ici du matériel inanimé à épouiller.
Les valeurs données par Puntigam pour les épouillages
sans système de circulation d'air (graphique 14, courbe
inférieure) mettent en évidence la même lenteur
dans l'établissement de la concentration maximale que dans
les cas représentés dans le graphique 16; on peut
donc supposer que les températures, elles aussi, étaient
semblables. Selon la SARL Detia Freyberg, une évaporation
de 80 à 90 % du gaz et une répartition uniforme
dans le local sont obtenues en 120 minutes à une température
supérieure à 20*C.
Graphique 15: Adsorption de l'acide cyanhydrique par les vêtements
en fonction de la température dans une chambre d'épouillage
avec système de circulation d'air (schématiquement)
[170].
Le graphique 15 montre dans quelle mesure l'adsorption de l'acide
cyanhydrique par les vêtements dans une chambre d'épouillage
avec système de circulation d'air dépend de la température.
Le fait que l'adsorption soit plus importante pour de basses températures
tient à la plus grande humidité des vêtements
à traiter par le gaz [170].
Dans le cas d'hypothétiques gazages d'êtres humains,
la sueur d'angoisse des victimes pourrait provoquer un effet analogue;
mais, vu la température plus élevée, cet
effet serait assez faible.
Graphique 16: Evolution de la concentration en acide cyanhydrique
dans une chambre d'épouillage vide et dans une chambre
contenant du matériel à désinfecter, à
la température ambiante [142].
3.4.2.2. Empoisonnement ou asphyxie ?
Il faut encore tenir compte de la diminution de concentration
provoquée par la respiration des victimes. Cette diminution
est d'autant plus importante par individu que la concentration
utilisée est plus forte. En effet, s'il est vrai qu'en
cas de forte concentration les victimes absorbent en peu de temps
des quantités mortelles d'acide cyanhydrique, leur organisme
n'y réagit qu'avec un certain retard, pendant lequel elles
continuent à absorber de l'acide cyanhydrique.
Le graphique 17 montre comment le volume respiratoire par minute
évolue chez des êtres humains mourant d'asphyxie
ou d'empoisonnement (asphyxie biochimique). On prend ici pour
unité de temps la cinquième partie du temps au bout
duquel survient l'arrêt de la respiration. La mort n'a lieu
que quelques minutes après l'arrêt de la respiration.
Si, par exemple, l'arrêt de la respiration survient après
5 minutes, le volume respiratoire prend de minute en minute les
valeurs suivantes: 1r e min.: 20 l; 2e min.: 30 l; 3e min.: 50
l; 4e min.: 80 l; 5e min.: 30 l (cf. [214]). Au total, le volume
respiré est environ de 210 litres. On admet que l'allure
de la courbe est indépendante du temps nécessaire
à provoquer l'arrêt de la respiration. Il en résulte
que, si le temps précédant l'arrêt de la respiration
est doublé, le volume d'air respiré est doublé
lui aussi.
Graphique 17: Représentation schématique de l'évolution
du volume respiratoire en fonction du temps dans un cas d'asphyxie/empoisonnement.
Pour la morgue I ("chambre à gaz") du crématoire
II, nous disposons des informations suivantes: volume: 50 0 m3;
volume de 1 000 personnes: environ 8 0 m 3; volume d'air restant:
environ 42 0 m3. Considérons d'abord la contenance de la
pièce en oxygène. Le tableau 7 donne, en fonction
du temps, le volume total inhalé par les 1 000 victimes,
d'une part en m3 et, d'autre part, par rapport au volume initial
d'air. La teneur moyenne en oxygène diminue de 20-30 %
par respiration. La teneur résiduelle en oxygène
qui en résulte pour la chambre est indiquée dans
la dernière colonne.
Tableau 7: Réduction de la teneur en O2 en fonction du temps dans la morgue I supposée étanche à l'air |
||||
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Teneur résiduelle en O2 (20 % par inspiration) |
|
| 5 | 210 | 0,5 | 17,9 18,9 | |
| 10 | 420 | 1 | 15 16,8 | |
| 20 | 840 | 2 | 10,5 13,4 | |
| 30 | 1260 | 3 | 7,4 10,8 | |
| 45 | 1890 | 4,5 | 4,2 (mortel) 7,8 | |
| 60 | 2520 | 6 | 5,5 (mortel) | |
| 120 | 5040 | 12 | ||
Tableau 8: Quantités d'acide cyanhydrique en fonction de la durée d'exécution (dose mortelle = 80 mg/personne = 80 g/1 000 personnes) |
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| 5 10 20 30 45 60 120 |
10 6 4 3 2 1,5 1 |
800 480 320 240 160 120 80 |
40 63 86 95 99 100 100 |
2 030 760 370 252 161 120 80 |
28 600 5 000 1 230 625 320 200 100 3 10 26 38 50 60 80 |
|
NOTES
1
La protolyse est le dédoublement d'un acide (HA)
en un anion Ac-, basique, et un proton (H+ ou, dans l'eau, H3O+)
Ha+H2O--->Ac-
+ H3O+ ;
ici: HCN+H2O ---> CN- + H3O+. Voir aussi note 15.
2
On appelle hydrophiles
(du grec : aimant l'eau) les substances dont les molécules,
tout comme celles de l'eau, sont fortement polarisées.
C'est le cas des oxydes qui constituent la maçonnerie.
3
On appelle suspensions
des systèmes grossièrement dispersés dont
les particules sont grandes de plus de 1 0- 6 m ; voir note 12.
4
Le produit de solubilité ( Ks p) d'un composé
est défini comme le produit des concentrations de tous
les ions du composé complètement dissocié
: Fe4[Fe(cn)6]3-
----> 4Fe3+ = 3 [Fe(cn)6]4-
Ksp(Fe4[Fe(CN)6]3) = c(Fe3+)*c(Fe3+)*c[Fe(CN)6]4-)*c([Fe(cn)6]4-)*c([Fe(CN)6]4-) = c4(Fe3+)*c3([Fe(CN)6]4-)
La fonction p Ksp est le cologarithme décimal du produit de stabilité : p Ksp = -log Ksp (voir note 17).
5
Tartrate: base correspondant à
l'acide tartrique. Le tartrate double de sodium et de potassium
est le tartre des vins, qui se cristallise entre autres sur les
bouchons des bouteilles de vin (sel de Seignette).
6
Le rendement photochimique
est la proportion des quanta de lumière absorbés,
qui produisent la photoréaction étudiée,
ici 10 à 40 %.
7
La photolyse
de l'eau décompose l'eau en particules non chargées,
avec un électron non apparié (formation de radical
par dissociation homolytique ; voir aussi Dissociation,
note 16) :2H2O
+ hv ---> H2O + OH ( h
n = quantum de
lumière)
OH radical hydroxyle.
8
Procédé
de détermination des surfaces spécifiques par adsorption
d'azote ; ce procédé est désigné d'après
les initiales de Brunauer, Emmett et Teller.
9
On désigne
par t le temps après lequel
la valeur est tombée au e-ième (1/e = 0,368...)
de la valeur initiale.
10
Par migration, on entend communément le déplacement
de particules sous l'effet de champs de forces (le plus souvent
déplacement d'ions sous l'effet de champs électriques),
par opposition à la diffusion, qui est un phénomène
purement statistique (note 8). Comme, dans le cas présent,
les dérivés du cyanure se déplacent vers
la surface non pas spontanément mais parce qu'ils sont
entraînés par l'eau qui joue le rôle de solvant,
nous parlerons ici de migration.
11
ppm est l'abréviation des mots anglais « parts
per million », nombre de parts pour un million de parts
de référence ; ici, une ppm d'HCN signifie 1 ml
d'HCN par m 3 (1 000 000 ml) d'air.
12
Les indications de masse se rapportent toujours à la teneur
nette du produit en HCN.
13
1 % en volume représente 10 000 ppm (environ 12 g/m3).
++++++++++++++++++++++++++++
[ 1 ] [ 2 ] [ 3 ] [ 4 ]
Pour les tableaux, les formules chimiques écrites sous
forme canonique, les graphiques et les illustrations, qui dépassent
nos compétences numérisatrices, les spécialistes
voundront bien se reporter à la version allemande, accessible
sur www.org.ou disponibles sur papier (en allemand et en français)
à VHO, Posbus 60, B-2600 Berchem 2. Pour les références
entre crochets voir la partie 4/4.
Traduction française de Gutachten über die Bildung und Nachweisbarkeit von Cyanidverbindungen in den "Gaskammern" von Auschwitz. (Das Rudolf Gutachten) Nous utilison la 3e édition révisée et élargie, de novembre 1992, © de Germar Rudolf, Stuttgart. Cette version française, Le Rapport Rudolf -- rapport d'expertise sur la formation et le contrôle de la présence de composés cyanurés dans les "chambres à gaz" d'Auschwitz a été diffusée en France comme numéro 4 de la revue La Vieille Taupe, 2ème année, Hiver 1996. Cet ouvrage a eu l'insigne honneur d'être interdit par un arrêté du ministre de l'Intérieur en date du 7 avril 1997 (JO du 11 avril, p. 5517) qui précise que l'ouvrage ""est un écrit étranger" et que, "par son contenu qui contribue à la propagation de la thèse négationniste de l'existence de crimes contre l'humanité, [il] fait courir un rique de trouble à l'ordre public". Précisons à ces juristes casqués qu'il n'existe aucun délit qualifiable de "négationnisme" dans le Code pénal, et que la phrase "la thèse négationniste de l'existence" relève d'un jargon qui n'a rien en commun avec la langue française et qu'on peut donc la réputer "écrit étranger", elle aussi, et donc la bannir de nos mémoires. Mais cette interdiction nous fait un devoir moral de mettre le texte sur Internet.
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