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31 Oct 1997 17:30:52 +0100 (NFT) From: "david.lubek" <lubek@laplace.ensae.fr> To: aaargh@abbc.com
Dans son texte sur Daenincks ("Le temps irréparable" -'l'ahuri des poubelles'), Serge Thion fait allusion à une lettre que lui aurait envoyée Pierre Vidal-Naquet après la lecture d'"Une allumette sur la banquise", lettre qui témoignerait de sa "déroute en rase campagne". Pourrait-il préciser? Pourquoi cette lettre n'est-elle pas sur le site de l'aaargh, dans "la parole aux adversaires"? (puisque Thion n'a pas craint de publier sa correspondance antérieure avec Vidal-Naquet ou Kahn, on peut s'étonner de cet oubli). On pourrait au moins s'attendre à des extraits, afin de soutenir ce jugement sévère et sans appel. En l'absence de la moindre citation, l'affirmation paraît gratuite et inutilement insultante.
Nous avons donc demandé à Serge Thion de bien vouloir prendre sa pelle, d'exhumer cette lettre des archives, de nous la transmettre et de la commenter.
Voici d'abord la lettre. Elle est suivie du commentaire de Serge Thion, qui a également retrouvé dans ses archives la réponse qu'il fit au reçu de la lettre du Chevalier blanc.
24 septembre 1993
Serge Thion, chercheur au CNRS à ses moments perdus, et apologiste des faussaires, parfois faussaire lui-même, à ses moments trouvés, vient de publier, dans la clandestinité, un livre intitulé: Une allumette sur la banquise. Dans ce livre, il publie, sans autorisation, une série de lettres de Pierre Vidal-Naquet, qui prouvent exactement le contraire de ce qu'il leur fait dire.
Aucune discussion n'est possible avec Serge Thion qui ment même sur des points de détail qui n'ont à peu près aucun intérêt.
Il est bon, en revanche, de montrer dans quel abîme d'ignorance et d'inculture il est tombé:
1) il confond Armand Panigel et le cinéaste et biologiste Jacques Panijel, auteur d'Octobre à Paris (p. 117);
2) Serge Thion confond pages 172 et 178 Thierry Wolton et son frère Dominique, qui est sociologue. "Si ce n'est toi..." Mais peut-être Serge Thion veut-il protéger un de ses collègues en "révisionnisme".
3) Page 122, Serge Thion décrète que, en dehors de Sagesses barbares, aucun livre de Momigliano n'a été traduit en français. Quatre livres de Momigliano ont été traduits en français entre 1979 et 1992.
4) Serge Thion fait de Choukeiry le secrétaire général de la Ligue arabe (pp. 157-172). Il s'agit sans doute d'une manifestation d'antiarabisme primaire, car Choukeiry était, en réalité, le premier dirigeant de l'OLP.
5) Page 227, et à trois reprises, Serge Thion, sans doute influencé par ses recherches sur les chambres à gaz, appelle Gazirim la montagne sacrée des Samaritains, qui est généralement connue sous le nom de Garizim.
Tout cela fait de Serge Thion l'égal en ignorance de Bernard-Henri Lévy, ce qui n'est pas peu dire et, pour employer son propre vocabulaire, un âne bâté. Cela n'étonnera personne que lui-même.
Pierre VIDAL-NAQUET
Commentaire:
J'aime le savoir, je respecte les vrais professeurs et les hommes de science. On voit que le professeur Vidal-Naquet a lu mon livre dans les détails. Il corrige mes erreurs et j'en tire beaucoup de contentement. Ces erreurs sont incontestables. Ce ne sont pas les premières et je voudrais qu'elles fussent les dernières. Je suis surtout content de leur petit nombre. Quand on brasse un si grand nombre de faits, de noms, de dates, on s'expose évidemment à des inexactitudes, heureusement corrigées par des censeurs sévères.
Je constate que le point 3 est sans objet. Mon affirmation est dans une lettre que j'ai écrite à PVN le 8 mai 1980. elle était exacte à cette date-là. Quand à Thierry Wolton, c'est un idiot de journaliste dont je n'ai cure. Vidal-Naquet veut faire ici un peu de publicité à ses propres écrits sur l'idiot Wolton. Ce n'est pas notre affaire.
Ce livre, Une allumette sur la banquise n'est évidemment pas paru dans la clandestinité. Lorsque j'étais dans la clandestinité et que j'écrivais un texte, je ne mettais pas mon nom dessus. C'était une édition hors-commerce. Ce livre est aujourd'hui disponible sur le site de l'AAARGH. Le lecteur se rendra compte que je publie une correspondance avec Pïerre Vidal-Naquet, à laquelle je ne fais rien dire du tout, et surtout pas le "contraire". Elle parle d'elle-même. Je vois bien dans la remarque de Pierre Vidal-Naquet qu'il voudrait justement lui donner un sens a posteriori. Ce n'est pas mon affaire.
Il m'accuse d'être un faussaire et un menteur. Comme il n'a rien à produire pour justifier de telles allégations, je les considère comme de petites insultes, qui ne méritent pas qu'on s'y arrête.
En revanche, le livre en question contient un fort long développement, dans son premier chapitre, qui entend démontrer que Pierre Vidal-Naquet, dans son fameux texte élégamment intitulé "Un Eichmann de papier" (titre qui ne sera bientôt plus compris par ceux qui n'ont pas connu les "tigres de papier" de Mao, tigres bien réels dont Mao et ses séides ont fini par venir lécher le cul très gentiment, ce qui n'augure pas bien de l'attitude future des Vidal-Naquet envers les Faurisson) -- que dans ce texte, donc, Vidal-Naquet fait montre d'une mauvaise foi constante qui met sérieusement son honnêteté en cause. Il y a démonstration. Les arguments sont logiques, clairement exposés.
Pierre Vidal-Naquet n'a pas un mot, dans sa lettre "to whom it may concern" sur cette déconstruction. C'est ce que j'ai appelé "déroute en rase campagne". Il n'a pas un mot, non pas parce qu'il ne discuterait pas avec des révisionnistes, les correspondances le montrent, mais parce qu'il ne peut pas avouer qu'il est entièrement mû par la passion et que sa médiocre connaissance des dossiers ne l'aide en rien. il commet en outre l'énorme bêtise, récurrente, de s'abriter sous la parapluie troué de Pressac.
J'ai deux preuves supplémentaires à l'appui de cette affirmation. Il y a quelques années, Pierre Vidal-Naquet a donné une conférence au lycée Henri-IV. Il a distillé sa petite affaire comme il le fait un peu partout dans le vaste monde. On connaît la nature de ce réseau d'invitations. Il y a eu des questions. Quand j'ai levé poliment la main pour demander la parole, il a aussitôt levé la séance, avant terme et s'est esbigné en vitesse.
Dans un texte qu'il a intitulé avec son raffinement habituels "Qui sont les assassins de la mémoire", datant de 1992 et publié en 1995, il écrit la phrase suivante, typique: "Dans le même langage [codé], la chambre à gaz s'appelle Leichenkeller (morgue) et il a fallu à Jean-Claude Pressac regarder de très près dans les documents du musée d'Auschwitz pour découvrir que la Leichenkeller n'était autre que la Gazkammer, la chambre à gaz."
Ceux qui connaissent un peu l'affaire mesureront l'étendue de la malhonnêteté que représente cette seul phrase. En effet, ce n'est pas du tout le pharmacien Pressac, derrière lequel se retranche l'historien Vidal-Naquet qui a trouvé que l'on utilisait le terme de "morgue" (Leichenkeller) pour désigner sur les "documents du musée d'Auschwitz", c'est-à-dire sur les documents allemands de l'époque, une vaste pièce dans un bâtiment abritant des fours crématoires. C'est le professeur de français-latin-grec Robert Faurisson. C'est lui qui a trouvé ces documents et les a mis sous les yeux du public. Jusque là, les "témoins" et ceux qui écrivaient sur Auschwitz nommaient ces endroits "chambre à gaz" (Gaskammer). Tout l'enjeu de cette affaire réside en ceci qu'il faut démontrer que les Allemands utilisaient un langage codé dans ce cas précis. Or cette démonstration n'a jamais été faite. Pressac a rassemblé ce qu'il appelle des "indices", mais il n'a jamais pu prétendre qu'il fournissait des preuves.
La malhonnêteté de Vidal-Naquet consiste donc à faire croire à ses auditeurs et ses lecteurs que Pressac a "découvert" quoi que ce soit, et surtout que cette découverte consiste à superposer une "morgue" qui aurait été récemment découverte dans les documents d'Auschwitz avec une "chambre à gaz", connue de toute éternité. On en revient à l'alternative que je posais dans Une allumette: Ou Vidal-Naquet est un imbécile, ou il est de parfaite mauvaise foi. S'il n'est pas un imbécile, sa mauvaise foi vient du fait qu'il ne PEUT pas répondre aux arguments des révisionnistes. On trouvera sur le site AAARGH d'autres exemples de critiques auxquelles il n'a jamais répondu (Faurisson, Saletta, Mattogno, sans compter celles qui sont parues aux Etats-Unis). On se demande pourquoi on invite encore un orateur qui a si peu de munitions dans sa besace. "Déroute en rase campagne" est donc une expression qui n'est ni gratuite, ni insultante. Elle est lénifiante.
031197
J'avais oublié que j'avais répondu sur le champ. Un hasard m'a fait retrouver cette réponse enfouie dans les replis d'un vieux disque dur.Je recopie ci-dessous (août 98):
1er octobre 1993
Faussaire, menteur, je suis tombé dans un abîme d'ignorance. Ô Athéna, éclaire nous des feux de ton savoir !
Aucune discussion n'est possible avec Pierre Vidal-Naquet qui a la science infuse et dont les propos sont de nature oraculaire.
1) J'ai confondu deux Panigel. Quel cynisme de ma part ! Quel horrible mensonge de vouloir faire croire qu'il n'y avait qu'un Panigel !
2) J'ai confondu deux Wolton. Pourrais-je me faire pardonner cet insupportable mensonge en disant que je n'arrive pas à distinguer dans la bêtise les écrits de l'un et l'autre Wolton ?
2bis) J'avoue aussi que j'ai fait une autre confusion. J'ai confondu deux Vidal-Naquet, l'ancien défenseur d'Audin, qui se battait pour la vérité, et l'actuel publiciste, prélat de la nouvelle religion mémorielle et décoré ès qualités. Cette erreur est impardonnable.
3) J'ai regretté que l'on ne traduise guère les ouvrages de Momigliano en français. Ce regret, paraît-il, n'est pas entièrement fondé. Tant mieux.
4) J'ai commis une grave erreur et, sans aucun doute, un hideux mensonge, en donnant Ahmed Choukeiry pour secrétaire général de la Ligue arabe. En effet, de 1949 à 1956, bien avant la création de l'OLP, il n'était que secrétaire général adjoint. L'excellent historien qu'est Vidal-Naquet et qui prend soin de me corriger, semble ignorer ce détail. Mais mon péché n'est nullement véniel, c'est évident.
5) Page 227, et à trois reprises, j'ai écrit Gazirim au lieu de Garizim. J'apprécie beaucoup la désopilante astuce de Pierre Vidal-Naquet qui, toujours facétieux, attribue cette erreur à mes supposées &laqno; recherches sur les chambres à gaz ».
J'ai ainsi fait étalage, sans le moindre précaution, de mon ignorance et je me suis rabaissé au rang de la bête, à celui du premier Bernard-Henri Lévy venu. Là, j'accuse le coup. La comparaison est réellement infamante.
Mais dès que Vidal-Naquet, Haute Conscience morale de notre temps et légionnaire d'honneur, aura daigné intervenir pour que soit restaurée en France la liberté d'expression que nos constitutions n'évoquent, il est vrai, que brièvement, il sera possible de faire une nouvelle édition de mon livre, publique celle-là. Je corrigerai alors mes insupportables mensonges &laqno; sur des points de détail qui n'ont à peu près aucun intérêt » (c'est lui qui le dit).
Il est réconfortant d'avoir des lecteurs attentifs. Je ne suis pas mécontent de voir Vidal-Naquet mettre le doigt sur mes erreurs et reconnaître ainsi que le reste du livre lui paraît, par déduction, dénué d'erreurs et donc entièrement acceptable.
Saisissons résolument
cette dernière occasion de saluer l'importante contribution
de Pierre Vidal-Naquet à la diffusion du révisionnisme.
C'est en effet lui qui a tartiné du saint chrême
de la respectabilité communautaire un disciple du professeur
Faurisson, Jean-Claude Pressac. Ce disciple un peu fantasque a
démontré aux yeux des adversaires du révisionnisme
qu'ils avaient nagé dans la plus totale des ignorances
au moment même où ils l'attaquaient. Nous contemplons
avec béatitude les hommages qu'à travers le disciple
nos adversaire adressent au maître. C'est à l'approche
de Waterloo qu'on se réjouit de la Bérézina.
Serge THION
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