DACHAU : VERSION OFFICIELLE REVUE ET CORRIGÉE
Paul BERBEN — Dachau : 1933-1945, The Official History
, Londres, The Norfolk Press, 1975, 300 pages [Édition en français : Histoire du camp de concentration de Dachau (1933-1945), Comité International de Dachau, Bruxelles, 1968].Compte rendu de John COBDEN
(Cette recension est parue dans The Journal of Historical Review, hiver 1989-1990, p. 485-504)
Il arrive que des ouvrages «révisionnistes» importants
aient pour auteurs, non des révisionnistes, mais des gens qui croient en la
théorie exterminationniste. Arno Mayer, avec son livre Why Did the Heavens
Not Darken ? [1], est un cas d'espèce, quand il destitue Auschwitz en tant
que centre de gazage et reconnaît que la plupart des décès dans les camps, y
compris dans ce que l'on appelle les «camps de la mort», provenaient de causes
«naturelles» et non de gazages ou d'exécutions. Un autre livre qui,
remarquablement, vient en aide à la cause révisionniste est celui de Paul
Berben, Dachau : 1933-1945, The Official History. Ce livre commence par
poser en principe que Dachau était un «camp d'extermination», puis il
démolit implicitement sa propre thèse.
Le Dachau : 1933-1945 de P. Berben fut publié la première fois en
Belgique en 1968, puis republié en 1975 par Norfolk Press «à l'initiative et
sous les auspices du Comité International de Dachau (CID)». Ce comité
«représente les dizaines de milliers de déportés qui furent exterminés dans
ce camp de la mort ainsi que les rescapés de cet enfer» [2]. Il s'agit
incontestablement d'une histoire officielle : l'édition anglaise de 1975,
recensée par le présent article, contient une déclaration disant qu'elle a
été «publiée uniquement pour la vente dans l'enclos du mémorial du camp de
Dachau». [Version originale française : Paul Berben, Histoire du camp de
concentration de Dachau (1933-1945 ; surtitre : Dachau 1933-1945 / L'Histoire
officielle, Bruxelles, Comité international de Dachau, 1968, 301 p.
(édition corrigée 1976, 329 p.).]
Le livre soutient ce que l'on pourrait appeler la version œcuménique de
l'Holocauste, d'après laquelle ce ne sont pas seulement six millions de juifs
qui furent exterminés délibérément par les Allemands, mais des millions
d'autres encore, communistes, Slaves, Tziganes, etc. La préface, écrite par le
président du CID, le général major Dr A.M. Guerisse, G.C., D.S.O. (alias
commandant Pat O'Leary, R.N.), affirme [dans son édition anglaise] que «Des
millions et des millions de gens ont souffert les horreurs des camps de
concentration ; on y a exterminé des millions d'entre eux. Leur crime avait
été de combattre pour la liberté, pour les droits de l'homme et pour le
respect dû à tous les individus et à chacun d'eux».
*
L'auteur commence cependant par jeter un doute sur cette affirmation que les détenus des camps de concentration fussent des champions de la liberté et des droits de l'homme. Il ne fait pas mystère de ce que pas mal de détenus de Dachau avaient été envoyés en camp pour la raison qu'ils étaient des criminels de droit commun. Et il ne s'agissait pas d'un petit groupe. Si l'on en croit P. Berben :
La troisième grande catégorie de détenus était celle des «criminels». Dans les statistiques, les SS distinguaient deux groupes : les PSV et les BV, mais ils portaient les mêmes insignes. Les PSV (Polizeiliche Sicherungsverwahrung) étaient des criminels qui avaient purgé leur peine de prison parfois depuis des années, mais on les jugeait dangereux et on les enfermait au camp de concentration à titre préventif (vorbeugend)… Quant à l'autre catégorie, les BV (Befristete Vorbeugungshaft), elle se composait d'hommes qui, au moment où ils avaient accompli leur peine, n'étaient pas remis en liberté mais envoyés directement au camp [3].
Il semble hautement invraisemblable que les nombreux membres
de ce groupe (même après que des milliers d'entre eux eurent été
transférés ailleurs pour diverses raisons, il y avait encore dans le camp 759
criminels le 26 avril 1945) ne fussent là que pour avoir été des défenseurs
des droits de l'homme.
Il semble également peu probable que bien des prisonniers politiques,
spécialement les communistes, fussent des défenseurs des droits individuels. A
la lumière des atrocités commises par les communistes partout en Europe et en
Asie, de 1917 à 1945, et après, il est certainement pour le moins naïf, et
mensonger dans le plus mauvais cas, de dépeindre ces gens comme des combattants
de la liberté. Toutefois, la plupart des prisonniers du camp étaient des
prisonniers politiques, dont une grande part de communistes ou de sympathisants.
Un recensement effectué au camp le 26 avril 1945 montre que 43 401 prisonniers
étaient internés pour raisons politiques. En revanche, le nombre des juifs
dans le camp était de 100 ; 128 prisonniers étaient d'anciens soldats chassés
de la Wehrmacht ; 110 étaient détenus comme homosexuels, 85 étaient témoins
de Jéhovah ; et 1 066 étaient enregistrés comme «asociaux».
Qu'en est-il des «dizaines de milliers de déportés qui furent exterminés
dans le camp de la mort», selon la version de l'auteur ? P. Berben prétend
pour commencer qu'il y avait une chambre à gaz homicide à Dachau, mais
finalement il déclare que «la chambre à gaz de Dachau n'a jamais été
utilisée» {4]. Comme presque tous les auteurs exterminationnistes qui
prétendent que la «chambre à gaz» de Dachau n'a jamais été achevée, ou
qu'elle a bien été achevée mais jamais utilisée, P. Berben n'offre aucune
preuve acceptable qu'il y eût à Dachau une pareille installation, pas plus
qu'il n'explique comment de nombreux détenus de Dachau ont pu jurer que des
milliers de victimes y avaient été gazées.
Le livre nous présente néanmoins un chiffre précis des décès durant les
années de guerre à Dachau. D'après un tableau [5], le nombre des morts au
camp principal de Dachau et dans les commandos extérieurs se monta à 27 839
pour les années 1940 à 1945 (une fois encore, P. Berben passe sous silence le
fait qu'on ait affirmé, sur un panneau affiché à l'entrée du camp, que 238
000 personnes avaient péri à Dachau).
L'analyse de ce chiffre permet certains aperçus intéressants. Sur les 27 839
décédés, on nous rapporte que 2 226 sont morts en mai 1945, après la
libération du camp par les Américains. En d'autres termes, 8 % bien comptés
des décès du temps de guerre à Dachau se sont produits pendant un mois où le
camp se trouvait aux mains des Alliés.
Si l'on voulait citer des chiffres pareils en dehors de leur contexte
(c'est-à-dire sans tenir compte des causes de décès), il pourrait en
résulter un préjudice contre l'occupant américain. D'après les chiffres
fournis par P. Berben, durant les 65 mois écoulés depuis janvier 1940 jusqu'à
mai 1945, 27 839 prisonniers sont morts pour toutes sortes de causes, ce qui
conduit à la moyenne mensuelle de 428 [6]. D'où il s'ensuit qu'au cours du
premier mois où Dachau s'est trouvé sous autorité alliée, le taux des
décès fut de 400 % plus élevé que la moyenne.
Il ne fait aucun doute que quiconque aurait à défendre les «libérateurs»
américains de Dachau aurait tôt fait d'établir et de défendre le fait que la
cause des décès ne tenait pas dans un programme d'extermination américain,
mais dans le prolongement de la contagion qui avait ravagé Dachau dans les mois
qui avaient précédé la capture du camp à la fin d'avril 1945. Exactement !
Dachau fut victime, à partir de la fin 1944, d'une épidémie dévastatrice
(principalement de typhus). De novembre 1944 à la fin de mai 1945, 18 296
détenus sont morts, représentant 66 % des décès des années de guerre. Si
l'on tient compte des décès qui ont eu lieu de novembre 1943 à mars 1944
(autre période d'épidémie), le nombre des victimes s'élève à 19 605, soit
70 % des victimes du temps de guerre.
Si les chiffres fournis par l'histoire officielle sont corrects, et que l'on
tient compte des décès survenus durant les épidémies, il nous reste 8 234
victimes pour une éventuelle extermination. Mais P. Berben ne cache aucunement
que la maladie et la morbidité constituaient un problème permanent et que,
année après année, de nombreux décès étaient dus à des causes naturelles
de cette sorte. Il fait aussi remarquer que de nombreux individus se
suicidaient, que certains prisonniers dont on était convaincu qu'ils
travaillaient pour les nazis étaient assassinés par leurs codétenus et qu'un
certain nombre périrent dans les bombardements alliés. P. Berben note qu'un
seul bombardement d'une usine où travaillaient des prisonniers en tua 223, en
mars 1944 [7]. Dans un autre cas, l'éboulement d'un tunnel dans une usine
provoqua la mort de 22 détenus. Un bombardement allié, au même endroit, en
tua 6 autres plus tard. Ces deux seuls incidents rendent compte à nouveau de
251 décès dans le camp, soit près de 1 % de l'ensemble des morts. P. Berben
prétend aussi que des exécutions eurent également lieu, principalement par
fusillade. Mais ces exécutions n'entrent en compte que pour un très faible
pourcentage, à peu près 0,0087 % [8].
P. Berben observe encore que Himmler voulait diminuer le pourcentage de décès
dans les camps dans la mesure du possible, ce qui paraît curieux si le but
était d'exterminer les prisonniers.
La mortalité dans les camps obligea les SS à y prêter
attention. A grand renfort de statistiques ils suivaient son évolution, non pas
pour sauver des vies humaines, mais pour économiser de la main-d'œuvre.
Le 30 septembre 1943 Pohl signalait à Himmler que la mortalité avait diminué
à la suite de diverses mesures et il joignait à sa lettre une statistique
détaillée pour chaque camp.
On y trouve que pour Dachau le nombre de morts du mois d'août 1943 est de 40
pour un effectif moyen de 17 300, soit 0,23 %, alors que le mois précédent le
pourcentage était de 0,32. On avait donc réalisé une diminution de 0,09. Dans
les autres camps des résultats avaient également été obtenus. Sur un
effectif total, estimé à 224 000 en août, il y avait eu 4 699 morts, soit
2,09 %, contre 2,23 % en juillet : le gain était donc de 0,14 % !
Himmler félicita Pohl pour les résultats, d'ailleurs incontrôlables, qu'il
avait obtenus ! [9]
Ce que l'on trouve dans cette histoire officielle de Dachau n'est pas la confirmation de la théorie exterminationniste, mais sa réfutation. Il devient rapidement évident qu'un pourcentage très élevé de décès peut s'expliquer autrement que par une «extermination». S'il est vrai que nous ne savons pas combien, parmi les morts non dues à l'épidémie, tombaient dans la catégorie des morts «naturelles», nous pouvons pourtant vraisemblablement supposer que beaucoup furent causées par la maladie, les accidents, les suicides et des causes naturelles. La dernière catégorie est importante parce que Dachau abritait bien des prisonniers âgés :
une statistique établie par l'administration du camp mentionne, à la date du 16 février 1945, 2 309 hommes et 44 femmes de 50 à 60 ans ainsi que 545 hommes et 12 femmes de plus de 60 ans [10].
Cet aveu est assez significatif, puisque, selon la théorie
exterminationniste en général, les prisonniers âgés souvent n'étaient pas
même admis dans les camps, mais on les séparait des autres immédiatement à
l'arrivée et on les gazait aussitôt. Dans un camp que le comité officiel de
ses survivants appelle un «camp de la mort», nous trouvons toutefois 2 910
prisonniers avancés en âge qui, de toute évidence, n'avaient pas été
exterminés.
La théorie exterminationniste, soit dans sa version centrée sur les juifs,
soit dans sa version plus étendue, nous a longtemps raconté que, tout comme
les vieillards, les enfants étaient sélectionnés pour la mise à mort
immédiate, vu qu'ils étaient incapables de travailler. Dachau, pourtant,
abritait un nombre indéterminé d'enfants. P. Berben affirme qu'un groupe de
prisonniers formaient un organe de gouvernement officieux [11], appelé le
Comité international, et que ce groupe ouvrit une école pour les enfants dans
le camp :
Ainsi qu'il a été dit, même des enfants étaient détenus à Dachau à certaines époques. Le Comité international veillait à ne pas les laisser à l'abandon. Une école, dirigée par un instituteur yougoslave, fut organisée pour les enfants soviétiques, et les plus âgés furent placés dans des commandos [camps de travail auxiliaire de Dachau] où ils étaient sous la garde de détenus qui tâchaient non seulement de les maintenir en bonne santé mais en outre de leur apprendre les rudiments d'un métier [12].
Vu que les enfants plus âgés étaient en âge de
travailler, il n'est pas vraisemblable que les plus jeunes qui allaient à
l'école travaillaient aussi. D'où il s'ensuit que, selon la théorie
exterminationniste, ils auraient dû, eux aussi, avoir été supprimés
immédiatement.
Un élément important de la théorie exterminationniste tient dans la notion
suivante : les prisonniers que l'on ne tuait pas immédiatement étaient soumis
à l' «extermination par le travail», laquelle consistait en une vie d'esclave
et des conditions d'existence misérables qui rendaient la vie du camp à la
fois cruelle et courte. Sous un régime qui visait à tuer tous les juifs et
autres «indésirables», on s'attendrait à ce que les détenus ne disposent
que de fort peu de nourriture, de soins médicaux et d'autres commodités
indispensables. On n'aurait certainement donné aucun ordre en vue de diminuer
le pourcentage des décès, tout aussi bien qu'on n'aurait rencontré dans les
parages aucun prisonnier âgé ou malade. Les aptes au travail auraient
travaillé ; les autres auraient été mis à mort, et le plus vite aurait été
le mieux. Mais, d'après la description que nous en donne ici cette histoire
officielle, les Allemands à Dachau étaient résolus à maintenir les
prisonniers en vie, même malades et âgés.
*
Les conditions de vie à Dachau, telles que P. Berben les décrit, fournissent de solides arguments contre la théorie exterminationniste. P. Berben esquisse l'historique du camp à partir de son ouverture, le 23 mars 1933. La première fois qu'il aborde réellement la question des conditions de vie dans le camp, c'est pour parler de la cuisine :
La propreté de la cuisine amenait les visiteurs du Parti [nazi], des écoles de Junkers [13] et de la Wehrmacht, à faire la remarque que le traitement des hommes que l'on qualifiait de «rebut de l'humanité» était beaucoup trop bon [14].
Les conditions de vie dans le camp n'ont pas brusquement empiré en raison d'une décision d'extermination. Car pendant la plus grande part de l'histoire du camp, les conditions ont été franchement bonnes, si l'on tient compte du fait qu'il s'agissait d'une sorte de prison. P. Berben cite Wolfgang Jasper, conseiller de légation et membre, depuis 1935, d'une unité de cavalerie SS, qui déclara le 19 mai 1946 :
Nous trouvâmes le camp [15] et les baraquements dans un état irréprochable et rigoureusement propre. Les détenus faisaient très bonne impression et ne paraissaient nullement affamés. Ils pouvaient recevoir des lettres et des colis et avaient une cantine où ils pouvaient acheter des articles. On s'occupait aussi des activités culturelles [16].
Il convient d'examiner la question de l'alimentation. Alors que P. Berben n'arrête pas de parler du manque de nourriture, son propre livre contredit ce qu'il nous raconte. Les repas ordinaires, encore que P. Berben parle constamment de leur insuffisance, étaient naturellement servis par les cuisines. D'autres sources de vivres existaient encore, et elles semblent avoir été nombreuses. P. Berben observe que les autorités officielles du camp augmentèrent en fait le nombre des repas pour certaines catégories de travailleurs durant la guerre :
Lorsque, pendant la guerre, les besoins en main-d'œuvre devinrent pressants, des suppléments de nourriture furent alloués afin d'augmenter le rendement. Certaines catégories de travailleurs reçurent alors un petit déjeuner supplémentaire fort apprécié, le «Brotzeit», constitué par un huitième ou un dixième de pain et une cinquantaine de grammes de saucisson [17].
On sait peu qu'il y avait au camp une cantine où les prisonniers pouvaient acheter des vivres. Ainsi que le note P. Berben, «l'argent apporté à l'arrivée, ainsi que celui qui était envoyé au détenu par la suite, était placé à son compte […]» [18]. En 1942 un système de «bons-primes» fut institué et les détenus ne purent plus être en possession d'argent, parce que l'on pensait que l'argent mis entre les mains des détenus leur faciliterait l'évasion. «L'argent au compte devait être utilisé à l'achat des articles disponibles à la cantine» [19]. P. Berben énumère un certain nombre d'articles proposés en vente à la cantine :
On vendait de la marmelade de betteraves, du gruau d'avoine, de la choucroute, des légumes secs, des moules et du poisson en conserve, des concombres, des condiments, etc. […] On trouvait également à la cantine des articles comme du fil et des aiguilles et surtout des lotions, des crèmes, des parfums. Ainsi, le détenu, tondu à ras, était invité à acheter de quoi soigner sa chevelure ! [20]
La S.S. est blâmée parce qu'elle tirait de la cantine des
«bénéfices considérables». Mais quand bien même les prix étaient
extrêmement élevés, des «bénéfices considérables» n'auraient pas pu
être réalisés sans de considérables ventes. D'après P. Berben, «Alors
qu'avant la guerre on pouvait acheter un grand nombre d'articles, la cantine
perdit graduellement de son intérêt et peu à peu on ne trouva plus rien à
manger ni à boire» [21]. La façon dont les marchandises disparurent des
rayons peut paraître futile, mais en fait elle est très importante. Si le
régime national-socialiste avait résolu d'exterminer les prisonniers, il
n'aurait évidemment pas manqué de fermer la cantine et de simplement
confisquer tous les avoirs inscrits aux comptes des prisonniers. Mais la cantine
ne fut pas fermée brusquement. Au contraire, «elle perdit graduellement de son
intérêt» et la marchandise disparut des rayons «peu à peu». Mais la
marchandise disparut «peu à peu» des rayons des magasins à travers toute
l'Allemagne au fil de la guerre. Nous pouvons en conclure que les détenus de
Dachau subissaient la disette exactement de la même manière que le peuple
allemand.
En plus des repas normalement prévus et du second petit déjeuner, et de ce que
les prisonniers pouvaient se procurer à la cantine, on disposait d'autre
nourriture encore. «A partir de la fin de 1942, des envois importants de vivres
et d'autres objets utiles arrivèrent ainsi au camp […]» [22]. Les parents et
amis des prisonniers envoyaient au camp des colis de vivres. En plus de ces
colis, «les envois effectués par la Croix-Rouge apportèrent également une
aide dont on ne saurait assez souligner l'effet bénéfique» [23]. P. Berben
dit que les envois de la seule Croix-Rouge consistaient en «milliers» [24] de
colis. Dachau servait de camp de rassemblement pour tous les détenus qui
appartenaient au clergé, soit environ
2 700 détenus. Selon P. Berben :
A partir de novembre [1942] l'envoi de colis aux religieux fut officiellement autorisé et la situation alimentaire s'améliora sensiblement. Surtout les Allemands et les Polonais en reçurent des quantités considérables, de leurs familles, de leurs paroissiens et de membres de communautés religieuses. Au block 26, il en arrivait parfois une centaine le même jour [25].
Les religieux continuèrent à recevoir de «considérables quantités» de nourriture presque jusqu'à la fin de la guerre :
Cette période d'abondance relative dura jusque vers la fin de 1944, lorsque les entraves apportées aux communications interrompirent les envois de colis. Cependant les religieux allemands reçurent encore des vivres par l'intermédiaire du curé-doyen Pfanzelt, de Dachau, auquel des correspondants envoyaient des timbres de ravitaillement : le prêtre achetait du pain et du saucisson et expédiait les paquets par la poste locale [26].
Ainsi donc, pendant que P. Berben se lamente à propos du manque de nourriture, il nous raconte que les prisonniers avaient des repas réguliers, que certains bénéficiaient d'un second petit déjeuner, que «des quantités considérables» de nourriture parvenaient aux prisonniers par la poste, que les colis de la Croix-Rouge arrivaient par «milliers», que l'on pouvait acheter des vivres à la cantine, que les membres du clergé en recevaient des «quantités considérables» de leurs paroissiens et que «cette période d'abondance relative dura jusque vers la fin de 1944». Tout cela prit fin, non parce que les nazis avaient résolu d'affamer les gens, mais parce que «les entraves apportées aux communications interrompirent les envois de colis». Pourtant, en dépit de l'aveu que le prisonnier ordinaire disposait de grandes quantités de nourriture, P. Berben écrit que «les moyens licites de se procurer des suppléments n'étaient accessibles qu'à un nombre restreint de privilégiés» [27].
*
P. Berben nous raconte en long et en large comment le gouvernement national-socialiste développa les services de santé, tout au long de la guerre. Il relate comment, lors de la création du camp en 1933, on ne disposait que d'un service médical fort réduit. Mais, lorsque le camp prit de l'extension, on y inclut un hôpital :
Dans le nouveau camp, le «Revier» [28] fut d'abord constitué par les blocks A et B de la rangée est ; ils comprenaient une salle d'opération équipée de façon moderne, qui fut doublée en 1939. On ne manquait jamais de montrer aux visiteurs ces installations qui témoignaient de «l'intérêt que les SS portaient à la santé des détenus» [29].
Au fur et à mesure de la guerre, les besoins du service de santé se firent plus pressants :
En 1940, les deux blocks A et B ne suffisaient plus et on étendit le «Revier» aux blocks 1, 3 et 5. Mais c'est surtout à partir de 1942 que l'augmentation des effectifs provoqua l'extension de l'infirmerie : en septembre de cette année, elle englobait 7 blocks dont un n'avait pas de chambres de malades et était réservé aux bureaux, à la pharmacie et au laboratoire et à des locaux pour la station d'essais. Dans la deuxième moitié de 1944, les 7 blocks furent reliés entre eux par un long corridor fermé, puis on annexa encore au Revier les trois blocks suivants, 11 à 15… [30]
Dans l'histoire officielle de P. Berben, les soins hospitaliers prodigués aux détenus sont continuellement l'objet d'éloges :
Les installations étaient complètes et modernes et, dans des conditions normales, des spécialistes auraient pu y soigner toutes les affections et exercer leur art avec toute l'efficacité voulue. Les opérations s'effectuaient dans deux salles bien équipées ; le laboratoire était bien monté et on put y effectuer les analyses nécessaires jusqu'au moment où, à la fin de 1944, le service fut embouteillé. Il existait notamment un électrocardiographe et un matériel de radiographie Siemens du dernier modèle [31].
L'auteur affirme que le développement du service hospitalier fut profitable aux prisonniers :
Ces modifications exercèrent un effet bénéfique sur la situation des malades. En général, une bonne entente régnait entre médecins et infirmiers détenus et leur coopération obtint des résultats heureux. C'est ainsi qu'à l'initiative des médecins, avec l'appui des infirmiers et l'aide d'artisans il fut possible de construire entre les blocks 11 et 13 une baraque spéciale permettant aux tuberculeux de faire des cures d'air. Les crachats étaient examinés au laboratoire, et la plupart des malades chez qui ils étaient trouvés positifs étaient hospitalisés et traités par des cures de repos et d'air et recevaient un supplément de nourriture [32].
Le livre montre clairement que les autorités du camp cherchaient à juguler la maladie au maximum. Elles s'efforcèrent d'imposer certaines pratiques d'hygiène qui, naturellement, devinrent de plus en plus difficiles à maintenir à mesure que la guerre progressait. P. Berben écrit :
Il est évident que dans un camp où vivaient des milliers d'hommes sur un espace beaucoup trop restreint, dans des conditions déplorables, des mesures d'hygiène très sévères étaient indispensables. Pendant les premières années, lorsque les effectifs étaient encore relativement faibles, que les arrivées se faisaient par petits groupes, les mesures adéquates pouvaient être prises : les nouveaux passaient aux douches, étaient tondus, recevaient des vêtements et du linge, misérable il est vrai, mais lavé. Les chambres n'étaient pas surpeuplées ; les prescriptions au sujet de l'entretien des locaux, des vêtements et de la propreté corporelle étaient vexatoires et donnaient l'occasion de sévir contre les détenus, mais en définitive elles étaient favorables parce que la grande majorité des prisonniers comprenaient que, pour avoir une chance de survivre, ils devaient se soumettre à des règles strictes. Ils savaient que des autorités du camp ils ne devaient rien attendre : quand des mesures d'hygiène collective étaient édictées, c'était uniquement pour préserver leur propre personnel et disposer du maximum de main-d'œuvre [33].
Une lecture même sommaire de cet ouvrage montre que les conditions de vie étaient fort décentes et ne se sont effondrées que tout à la fin de la guerre, lorsque toute l'Allemagne a sombré dans le chaos.
*
Outre que P. Berben reconnaît que l'on disposait de grandes quantités de nourriture et, en général, de soins médicaux de qualité, il fournit encore d'intéressantes informations sur les distractions offertes aux prisonniers de Dachau. Selon cet historien officiel, les détenus disposaient de dimanches pour se distraire et se cultiver. Il nous raconte que, le dimanche après-midi, les prisonniers pouvaient faire du sport, mais que cette mesure fut rapportée en 1938. Toutefois, «à partir de 1941, cette autorisation fut de nouveau accordée et on put se livrer à des activités culturelles. Le dimanche, une certaine liberté était accordée pour ces distractions» [34] :
On organisa aussi des séances théâtrales, des concerts, des revues, des conférences. Parmi les milliers d'hommes qui peuplaient le camp, on trouvait tous les talents, grands et petits, des musiciens renommés et de bons amateurs, des artistes de théâtre et de music-hall. Beaucoup de ces hommes se sont dévoués d'une manière admirable pour procurer à leurs compagnons de misère quelques instants d'oubli et maintenir leur moral. Toutes ces activités étaient d'ailleurs très efficaces pour créer l'esprit de solidarité. Dans les derniers temps, il y eut aussi quelques séances de cinéma, une par quinzaine environ […] [35].
En plus de ces distractions, «le camp disposait d'une bibliothèque
qui avait débuté très modestement mais qui comportait finalement environ
quinze mille volumes […]. Le choix était extrêmement varié, depuis les
romans populaires jusqu'aux grands classiques, les ouvrages scientifiques et
philosophiques» [36]. P. Berben observe encore que «dans leur vie misérable
de bagnards certains hommes ont malgré tout trouvé la force de s'intéresser
aux arts, à la science, aux problèmes philosophiques» [37]. Et pour le cas
où la bibliothèque n'aurait pas suffi à satisfaire les besoins de lecture du
prisonnier, «les détenus pouvaient s'abonner à des journaux et des
publications diverses […]». Les abonnements aux journaux furent autorisés
jusqu'à l'extrême fin de la guerre.
Un trait intéressant qui concerne Dachau et le loisir du prisonnier était
l'existence d'une maison de prostitution carcérale :
Au cours de l'été de 1943 [on notera que les exterminations sont censées avoir atteint leur plus haut rendement à cette époque], Himmler ordonna d'installer dans les camps de concentration des maisons de prostitution baptisées du nom de «Sonderbau» [bâtiment spécial]. Il prétendait par cette mesure résoudre le problème sexuel, combattre le vice contre nature et accroître le rendement des travailleurs […]. A la mi-décembre de 1944, [les prostituées] étaient treize [à Dachau] [38].
En quelque sorte, on peut dire que la vue d'une maison de prostitution pour détenus ne cadre pas avec une politique d'extermination de tous les détenus.
*
Le traitement du clergé mérite une attention spéciale. En raison de la politique générale allemande, la plus grande partie des clercs arrêtés fut transférée à Dachau, le nombre total étant de 2 720. Selon P. Berben :
Le 15 mars 1941, les religieux furent extraits des commandos de travail, sur ordre de Berlin, et leur régime s'améliora. Ils reçurent des fournitures de couchage analogues à celles des SS, et des détenus russes et polonais furent désignés pour entretenir leurs chambres. Ils pouvaient se lever une heure plus tard que les autres détenus et se reposer dans leur lit deux heures le matin et l'après-midi. Dispensés du travail, ils pouvaient se consacrer à l'étude et à la méditation. On leur fournissait des journaux et ils disposaient des livres de la bibliothèque. La nourriture était suffisante : ils recevaient parfois jusqu'à 1/3 de pain par jour. En outre, pendant un certain temps, un supplément substantiel leur fut fourni sous la forme d'un demi-litre de cacao le matin et d'un tiers de bouteille de vin journellement. Il semble bien que ces suppléments aient été fournis à l'intervention du Vatican [39].
Bien que les ecclésiastiques ne fussent pas astreints au travail, certains d'entre eux se présentèrent volontairement comme infirmiers pour l'hôpital à partir de 1943. Ce qui entraîna chez eux des décès en raison de l'épidémie de typhus qui dévastait le camp à cette époque. P. Berben remarque que «plusieurs d'entre eux furent victimes de leur dévouement, l'épidémie de typhus faisant rage à cette époque dans le camp» [40].
Les ecclésiastiques convainquirent aussi les autorités du camp de construire une chapelle pour les services religieux. Avant cela, les services se célébraient dans les baraquements pour les prisonniers. «Le travail patient des religieux et des laïcs avait, finalement, fait merveille. La chapelle, longue de 20 mètres et large de 9, pouvait contenir environ 800 personnes, mais souvent plus d'un millier s'y pressaient» [41]. «En 1944, les services se succédaient sans arrêt le dimanche : des prêtres catholiques de toutes les nationalités officiaient» [42]. Dans les derniers jours du camp, la chapelle devint quelque peu l'objet d'une discussion. A mesure que les prisonniers des camps à proximité du front étaient évacués vers l'intérieur, Dachau se surpeuplait. Lorsque les services médicaux devinrent défaillants, le typhus commença à exercer d'effrayants ravages. On essayait d'enrayer la maladie en désengorgeant les locaux. La direction du camp demanda aux prêtres la permission de transformer la chapelle en locaux d'habitation pour améliorer les conditions de vie. «[…] pour parer à la pénurie de logements qui devenait catastrophique, on proposa aux religieux de renoncer [à la chapelle]» [43]. Les ecclésiastiques restèrent inflexibles et, même pour des raisons sanitaires, il n'entendirent pas céder la chapelle. Ils rétorquèrent que tous les locaux du camp n'étaient pas utilisés comme logements pour les détenus et ils proposèrent qu'au lieu de la chapelle, plus grande, il est vrai, on utilisât plutôt la cordonnerie et la maison close du bloc 31. Ils ajoutèrent que «la chapelle pouvait tout au plus fournir le logement à 250 hommes, ce qui était négligeable en présence de l'afflux incessant de détenus» (44).Ce furent les religieux qui eurent le dernier mot. La direction du camp accéda à leur désir «et la chapelle fut maintenue jusqu'au dernier jour» [45].
*
Si la routine quotidienne dans le traitement des prisonniers,
telle que la décrit P. Berben, ne semble pas pouvoir s'inscrire dans un
contexte d'extermination, les accusations d'expérimentation médicale suscitent
en revanche un légitime sujet de préoccupation. Le camp était un centre
d'expériences pour l'étude des effets de la malaria, de l'altitude et du gel.
Les dommages causés par l'expérimentation doivent, à juste titre, être
condamnés dans les termes les plus vifs. Il reste que l'essentiel de la cause
instruite par P. Berben repose sur le témoignage d'un certain Walter Neff. Neff
était un détenu qui travaillait au camp comme assistant du Dr Sigmund Rascher.
D'après Neff, on a procédé à des expérimentations sur 180 à 200
prisonniers. Il affirme dans son témoignage que 10 d'entre eux étaient
volontaires et que la plupart des autres, à l'exception d'une quarantaine,
avaient été condamnés à mort. Au cours des expériences, dit-il, 70 à 80
prisonniers perdirent la vie. P. Berben ne dit pas clairement combien, parmi ces
70 à 80, avaient déjà été «condamnés à mort».
Neff travailla avec le Dr Rascher à partir du début de 1941. Il fut libéré
de sa détention au camp à condition de continuer à travailler avec le
docteur. P. Berben raconte que Neff venait au camp en uniforme et armé d'un
pistolet [46]. Au cours de son témoignage, Neff a prétendu qu'il travaillait
dans l'intérêt des détenus et qu'il essayait de saboter le travail du
médecin. Il a aussi prétendu avoir participé à une «révolte» dans la
ville de Dachau quelques jours avant l'arrivée des troupes américaines. P.
Berben écrit que le rôle de Neff «ne paraît pas toujours très clair en ce
qui concerne ses rapports avec Rascher et son intervention dans le choix des
sujets d'expérience» [47]. Et pourtant, c'est sur le témoignage de Neff que
repose le plus gros de la «preuve» des expériences médicales à Dachau.
Selon P. Berben :
L'essai le plus terrible auquel Neff ait assisté fut celui auquel deux officiers russes furent soumis. Extraits du bunker, ils furent plongés nus dans la cuve [d'eau glacée] vers 16 h et résistèrent au moins cinq heures. Rascher avait menacé de son pistolet Neff et un jeune aide polonais qui tentaient de donner du chloroforme aux deux malheureux. La scène, telle que Neff la décrivit au cours du procès, fut tenue pour invraisemblable par le Dr Romberg : selon lui, après 10 à 20 minutes, le sujet est rigide et incapable de faire un geste ou de proférer une parole, alors que, selon Neff, les deux officiers parlaient encore au cours de la troisième heure et se dirent adieu [48].
Neff n'eut pas l'occasion d'être confronté avec l'homme
qu'il accusait de ces crimes. Rascher fut arrêté par la police allemande et
emprisonné lui-même à Dachau. P. Berben et Neff s'accordent pour prétendre
que Rascher fut exécuté par les Allemands à Dachau. Tous deux font observer
qu'il fut fusillé et non pas gazé.
Si l'on accepte les expérimentations médicales pour vraies, on n'a pas pour
autant contredit la thèse révisionniste. Ces expérimentations étaient très
limitées en importance et ne concernaient qu'une très faible partie des
prisonniers. La plupart des détenus choisis étaient déjà condamnés à mort.
P. Berben donne à entendre que la direction allemande se montrait préoccupée
par les mauvais traitements infligés par le personnel du camp. Le commandant
Alex Piorkowski, d'après P. Berben, «venait rarement dans le camp des
détenus, était peu actif, s'en remettait à ses subordonnés auxquels il
laissait la bride sur le cou et qui pouvaient traiter les prisonniers selon leur
fantaisie» [49]. Mais Piorkowski fut démis de ses fonctions le 1er septembre
1942 et plus tard il fut exclu du parti nazi. Il fut remplacé par Martin Weiss,
ancien commandant du camp de concentration de Neuengamme. P. Berben remarque que
:
Certains soulignent qu'il [Weiss] introduisit maint changement bénéfique dans l'administration du camp et qu'il contrôlait personnellement l'exécution de ses ordres. Il interdit aux kapos et aux doyens de frapper arbitrairement les détenus, examinait lui-même les rapports de punitions, déterminait le taux des sanctions et assistait à leur application de manière à empêcher les abus. Selon des détenus «privilégiés» [religieux, individus de haut rang], il fit souvent preuve de bons sentiments et leur procura maint allègement [50].
Weiss quitta Dachau pour prendre le commandement du camp de
Lublin le 1er novembre 1943 et il fut remplacé par Wilhelm Weiter. Sous la
direction de Weiter, les choses semblent bien être restées stationnaires. «La
situation du camp ne subit guère de modifications dues à son action
personnelle» [51].
Les conditions, du temps de Weiss, doivent avoir été fort convenables. P.
Berben nous dit que, «Malgré l'abondance des témoignages favorables dont il
bénéficia au cours du procès de Dachau, Weiss fut condamné à mort et
exécuté [52]. Il eût été hautement improbable, surtout dans l'atmosphère
lourdement chargée de l'après-guerre, qu'une «abondance de témoignages»
eussent été déposés en sa faveur si Weiss avait été un monstre. Il est
également intéressant de noter que, après sa mutation à Lublin, Weiss fut
promu à la fonction d'Inspecteur des camps.
Sous la direction de Weiter, les conditions restèrent fort convenables.
Beaucoup de camps ont souffert sous la férule d'officiers sans scrupules : le
gouvernement national-socialiste créa une commission spéciale d'enquête sur
les conditions de vie dans les camps et sur l'honnêteté des officiers qui les
dirigeaient. Le résultat de l'enquête conduisit à environ 200 condamnations.
L'enquête sur la vie des camps se tint à Dachau de mai à juillet 1944. P.
Berben signale que Konrad Morgen, le juge chargé de l'enquête sur le camp,
«avait examiné soigneusement les arrangements intérieurs, etc. L'hôpital
était parfaitement en ordre. Il avait visité toutes les installations. Il n'y
avait pas de surpopulation notable et, chose remarquable, le nombre
d'instruments médicaux au service des prisonniers était étonnamment élevé»
[53].
*
Si, en général, les prisonniers n'étaient pas
expressément mis à mort par les nazis et bénéficiaient généralement d'un
régime alimentaire tolérable, de soins de santé et de logement, de quoi
mouraient-ils alors ? La réponse à cette question est relativement facile à
donner et P. Berben nous y aide pas mal. Son histoire officielle de Dachau
soutient la thèse révisionniste telle qu'elle s'est établie depuis Rassinier
et il réfute résolument les tentatives habituelles de faire passer les scènes
que les Américains ont découvertes dans le camp pour le résultat d'une
politique délibérée des Allemands.
Lorsque le gouvernement allemand, l'économie et l'infrastructure
s'effondrèrent durant les derniers mois de la guerre, les fournitures les plus
indispensables vinrent à manquer. P. Berben remarque à tout instant comment
les vivres et les colis disparurent presque complètement à la fin de la
guerre. Par exemple, il nous raconte que les envois de colis aux religieux
«dura jusque vers la fin de 1944, lorsque les entraves apportées aux
communications interrompirent les envois de colis» [54]. Les installations
médicales étaient «complètes et modernes et, dans les conditions normales,
des spécialistes auraient pu y soigner toutes les affections», mais, «à la
fin de 1944, le service fut embouteillé» [55]. L'espace de couchage resta
suffisant jusqu'aux quelques derniers mois, quand les baraquements furent
exagérément surpeuplés. Le facteur décisif de la mortalité parmi les
prisonniers, ce fut l'effondrement de l'Allemagne.
Lorsque les Alliés s'avançèrent vers le centre de l'Allemagne, un grand
nombre de prisonniers furent évacués des camps à proximité du front et
amenés vers l'intérieur. Dachau, qui occupait une situation centrale dans le
Reich ainsi rétréci, devint le lieu clef de ces transferts. Ainsi, tandis
qu'il devenait de plus en plus difficile de se procurer la nourriture et le
matériel médical, les besoins à Dachau augmentaient à mesure qu'on y
transportait les prisonniers des autres camps :
Il arriva ainsi, à partir du début des évacuations, des dizaines de milliers de détenus se trouvant dans un état d'épuisement effrayant et dont un grand nombre succombèrent avant la libération et dans les semaines suivantes. Ces arrivées massives provoquèrent des difficultés inouïes et un nombre considérable de décès parmi la population du camp, surtout par l'extension de l'épidémie de typhus [56]. […] Lorsque commencèrent les évacuations des camps situés dans les zones menacées par les opérations victorieuses des Alliés, elles dépassèrent en horreur tout ce qui s'était vu jusqu'alors [57].
La surpopulation pouvait parfois devenir tout à fait spectaculaire. Dans les blocks que P. Berben choisit comme exemples, la population s'accrut de 49 % en 5 mois (voy. tableau n° 2, p. 191), et cela au plus fort d'une épidémie de typhus au cours de laquelle la moyenne mensuelle des décès atteignit 2 614 personnes. P. Berben décrit ainsi la manière dont la maladie se répandit à travers le camp :
Enfin le typhus exanthématique gagna ce block également [le block 30, où étaient cantonnés les invalides et une partie des prisonniers âgés] : il avait ainsi franchi la «Lagerstrasse», passant de la rangée des blocks impairs à celle de l'ouest. En définitive, écrit Mgr Neuhäusler, «ce qui s'est déroulé à partir de la fin de décembre 1944, en janvier et en février 1945, au camp de concentration de Dachau constitue une des plus effroyables tragédies de l'histoire de tous les camps de concentration» [58].
Mais le typhus n'était pas la seule maladie à laquelle les autorités du camp avaient à faire face :
Les troubles digestifs étaient extrêmement répandus, surtout les diarrhées et les entérites rebelles que seul un régime approprié aurait pu guérir. La plupart des détenus souffraient d'œdème, ce qui favorisait les excoriations fréquentes au niveau des pieds ; infectées, celles-ci provoquaient des phlegmons extrêmement douloureux. On rencontrait toutes les sortes d'affections pulmonaires, les pneumonies entre autres, et des maladies infectieuses parmi lesquelles l'érysipèle, très contagieux, était la plus fréquente. Des cas de diphtérie et de scarlatine se produisirent également. Toutes ces affections, faute de traitement et de régime alimentaire adéquats accentuaient la cachexie chez les malades et fréquemment se compliquaient au point d'entraîner leur mort [59].
Les maladies sévissaient et tuaient les gens par milliers,
«malgré tous les efforts», écrit P. Berben [60]. Mais alors, si le projet
était d'exterminer, pourquoi se donner tant de peine, surtout durant les tout
derniers mois de la guerre ?
Même les Américains, malgré tous leurs efforts, furent incapables d'enrayer
la maladie. Comme nous l'avons souligné précédemment, il y eut 2 226 décès
en mai 1945, après la libération. P. Berben ne s'en cache pas :
Quelque ardent que fût le désir des milliers de libérés de rejoindre leurs foyers, il fallut bien se rendre à l'évidence : de nombreuses journées s'écouleraient avant le début des opérations de rapatriement. L'épidémie de typhus qui, chaque jour, depuis des mois, fauchait un nombre considérable de vies, devait d'abord être jugulée et son extension à la population civile et aux troupes rendue impossible. La mise en quarantaine du camp, pour une période indéterminée, était inévitable [61].
Les Alliés furent embarrassés dans leurs efforts pour les
raisons mêmes qui avaient empêché les Allemands de mettre fin à la maladie :
«faute d'hôpitaux et de médicaments» [62]. Même après la levée de la
quarantaine, le 12 mai, les décès continuèrent à cause de la maladie. Notre
histoire officielle relève que 200 décès supplémentaires survinrent au camp
entre le 1er et le 16 juin. P. Berben souligne également qu'en dépit de la
libération du camp «l'alimentation continua à causer de sérieux soucis»
[63].
La mort fauchait durement, surtout à l'approche de la fin de la guerre. Selon
P. Berben, le total des victimes s'éleva à 27 839, pour une population de 168
433 détenus, de 1940 à 1945. Donc, pendant les années de la guerre la plus
meurtrière que l'on ait jamais connue, le pourcentage des décès à Dachau
avait été de 16,6 %. Pourcentage assurément fort élevé, mais sans doute
beaucoup moins qu'on ne le pense dans le public, après des dizaines d'années
de propagande. La proportion de décès à Dachau est plutôt basse, si on la
compare à d'autres catastrophes du temps de guerre. Dans le centre de Hambourg,
en une seule nuit de bombardement allié, le pourcentage des morts dépassa de
plus de deux fois celui de Dachau pour toute la guerre. Paul Johnson, dans sa
volumineuse histoire Modern Times (Les Temps modernes ) écrit à ce
sujet que «[…] en une seule nuit le nombre des victimes dans les quatre
quartiers soumis à la tempête de feu atteignit 40 000, soit 37,65 % de la
population totale» [64]. Les ignobles bombardements incendiaires des
populations civiles à Dresde occasionnèrent un pourcentage plus élevé
encore. David Irving écrit, dans The Destruction of Dresden :
Si l'on a pu atteindre un pareil niveau de décès [367,5 pour mille] dans une ville comme Hambourg, où les précautions antiaériennes les plus élaborées avaient été prises, il ne paraît pas déraisonnable de supposer que la même proportion, et fort probablement une proportion de décès plus élevée encore, a été atteinte au cours de la triple attaque sur Dresde [65].
Les pourcentages de décès furent très élevés dans ces
deux cités civiles et il en fut de même dans les diverses armées en Europe.
Par exemple, l'armée allemande perdit 34,3 % de ses effectifs. Les pertes
furent proportionnellement aussi fortes, sinon davantage, pour les armées
polonaise, soviétique, yougoslave, finlandaise, hongroise et roumaine. Comme la
plupart des prisonniers de Dachau étaient non juifs, on peut supposer que
beaucoup d'entre eux, s'ils n'avaient pas été incarcérés à Dachau, auraient
été mobilisés dans l'armée allemande. Et ce n'est pas le fait le moins
étrange de la guerre que ceux des prisonniers qui rejoignirent l'armée
allemande pour échapper au camp (à la fin certains prisonniers politiques et
de droit commun furent autorisés à le faire) doublèrent leur chance de
mourir.
On ne peut pas oublier non plus que quelque 16 millions et demi d'Allemands et
ressortissants de race allemande ont été expulsés d'Allemagne orientale et
d'Europe de l'Est par les Alliés, la plupart d'entre eux étant forcés de
gagner à pied le territoire allemand. De 17 millions d'Allemands de l'Est, 3
211 000 sont morts au cours de l'exode du temps de la guerre et les expulsions
après le conflit, ce qui équivaut à 18,89 % [66].
*
Bien qu'il prétende, ainsi que nous l'avons vu, que la «chambre à gaz» de Dachau n'a jamais été utilisée, P. Berben incorpore à son livre la confession du Dr Muthig, médecin-chef de Dachau [67]. De même que beaucoup d'autres, le Dr Muthig a avoué, après avoir été «interrogé», que les détenus inaptes au travail étaient soumis à l'euthanasie et transférés «vers le camp de Mauthausen pour y être gazés» [68]. Cette «confession» soulève deux difficultés. Premièrement, parce que P. Berben nous montre abondamment comment les prisonniers inaptes au travail étaient l'objet de soins médicaux, bénéficiaient de rations supplémentaires, étaient gratifiés de «cures de plein air», etc. Deuxièmement, les exterminationnistes de niveau universitaire reconnaissent aujourd'hui que Mauthausen n'était pas un camp d'extermination. P. Berben ne donne aucun éclaircissement sur le sort ultérieur du Dr Muthig.
*
P. Berben donne dans certaines aberrations quand il en vient à donner la nomenclature des «camps de la mort». A la page 292 de l'édition anglaise, il reproduit une carte dressée d'après celle établie par les Services de recherche et de documentation du ministère de la Santé publique et de la Famille à Bruxelles. Cette carte comporte six «camps d'extermination», mais elle ne concorde plus avec la doctrine actuelle de l'Holocauste que sur deux d'entre eux : Treblinka et Auschwitz. La carte de P. Berben mentionne quatre camps qu'on ne prétend plus actuellement avoir été des «camps d'extermination» : Soldau, Pustkow [sic], Platzow [sic] et Theresienstadt. Majdanek figure comme simple camp de concentration, au mépris de l'exterminationnisme prétendant qu'il a aussi fait office de «camp d'extermination». Sobibor est mentionné comme «camp autonome», expression non autrement précisée. Assez curieusement, les «camps d'extermination» de Belzec et de Chelmno n'apparaissent même pas sur cette carte et l'on a certainement le droit de s'étonner devant de pareilles discordances dans un livre publié sous les auspices du comité officiel des survivants de Dachau. [Dans les deux éditions en français (1968 et 1976), le camp d'Auschwitz est seulement «de concentration» ; dans l'édition anglaise, il est promu «camp d'extermination». Dans toutes les éditions, le camp de Majdanek n'est que «de concentration» alors que celui de Theresienstadt (!) est «d'extermination».]
*
A propos de la mortalité à Dachau, P. Berben nous apprend qu'avant 1943 le corps de tout prisonnier mort à l'hôpital ou suite à une « expérience médicale » était autopsié. «A partir de 1943, on procéda à l'autopsie des corps de tous les détenus décédés à l'infirmerie ou ailleurs dans le camp» [69]. A l'époque des grandes épidémies de typhus, «on dut se contenter de prendre quelques corps au hasard» [70]. Et pourtant P. Berben nous dit que «Sous la direction du Dr Blaha, plus de dix mille autopsies furent pratiquées» [71]. Que sont devenus ces rapports d'autopsie ? Et si les nazis suivaient un plan d'extermination, à quoi bon pratiquer des autopsies ? Dans cette histoire officielle, on ne pose pas même ces questions.
Somme toute, Dachau : 1933-1945, The Official History
est un livre du plus haut intérêt. On y apprend que, malgré les horreurs
inhérentes à tout camp de concentration, à tout bagne, à toute prison, les
détenus de Dachau avaient une maison de prostitution, une cantine, des congés
le dimanche, des offices religieux, des séances de sport, des conférences, une
bibliothèque, des journaux, des concerts et des séances de cinéma. Le livre
nous dit que les prisonniers recevaient des repas réguliers, que certains
d'entre eux obtenaient même un deuxième petit déjeuner, que la Croix-Rouge
faisait parvenir des vivres, que les familles envoyaient des colis de nourriture
et que les prisonniers pouvaient se procurer de la nourriture à la cantine. Il
nous dit qu'ils disposaient d'un hôpital moderne avec médecins et infirmiers
qui firent tout leur possible pour secourir les prisonniers, jusqu'à ce qu'ils
fussent submergés par les maladies à la fin de la guerre. Il nous dit que la
maladie fut la cause principale des décès à Dachau et que même les
Américains ne purent pas arracher à l'épidémie des milliers de détenus.
Tout en nous parlant de «dizaines de milliers de déportés exterminés dans le
camp de la mort», Dachau : 1933-1945, The Official History démontre que
pareille extermination n'a pas eu lieu.
Face aux efforts incessants de la propagande pour présenter constamment au
public Dachau et les autres camps de concentration comme des centres de
destruction, l'histoire officielle de P. Berben apporte pour le moins un soutien
autorisé à la thèse révisionniste.
Tableau n° 1
|
NOMBRE DES DÉTENUS DÉCÉDÉS A DACHAU ET DANS LES COMMANDOS EXTÉRIEURS ENTRE 1940 ET 1945 |
||||||
| 1940 | 1941 | 1942 | 1943 | 1944 | 1945 | |
| janvier février mars avril mai juin juillet août septembre octobre novembre décembre |
- 17 86 101 87 54 34 119 134 171 273 439 |
455 393 321 227 322 219 140 104 73 88 110 124 |
142 104 66 79 98 84 173 454 319 207 380 364 |
205 221 139 112 83 55 51 40 45 57 43 49 |
53 101 362 144 84 78 107 225 325 403 997 1.915 |
2.888 3.977 3.668 2.625 2.226 |
| 1.515 | 2.576 | 2.470 | 1.100 | 4.794 | 15.384 | |
Tableau n° 2
|
AUGMENTATION DES EFFECTIFS |
||
| Block | 28.11.1944 | 26.04.1945 |
|
2 |
654 733 901 854 889 855 682 869 861 889 783 968 524 707 |
939 842 1.403 1.356 1.117 1.140 990 1.137 1.138 1.152 1.446 1.306 1.090 1.547 |
Sur la mortalité au camp de Dachau, on se reportera également à «Documents inédits - Graphiques et photos de Dachau», R.H.R., n° 2, août-octobre 1990, p. 147-154.
Arno Mayer, La «Solution finale» dans l'histoire, préface de Pierre Vidal-Naquet, La Découverte, 566 p.
Préface, p. 3. Sauf mention contraire, la pagination adoptée est celle de l'œuvre originale, c'est-à-dire l'édition belge de 1968. — NdT.
P. 18.
P. 12.
P. 289, annexe 34.
Voy. le tableau n° 1, p. 190.
P. 95.
P. 277, annexe 29.
P. 94
P. 16.
P. 169.
P. 173.
École d'officiers de la Waffen-SS. — NdT.
P. 8.
En 1937.
P. 46.
P. 69.
P. 61.
P. 61
P. 69.
P. 69.
P. 69.
P. 68.
P. 68.
P. 149.
P. 149.
P. 163.
Revier signifie infirmerie en allemand. — NdT.
P. 105.
P. 105.
P. 105 et 106.
P. 107.
P. 110.
P. 71.
P. 72.
P. 72.
P. 72.
P. 10.
P. 145 et 146.
P. 150.
P. 151.
P. 153.
P. 152.
P. 152.
P. 152.
P. 127, note 3.
P. 127, note 3.
P. 131 et 132.
P. 50.
P. 51.
P. 52.
P. 51. Le texte français passe sous silence cette «abondance» et porte seulement : «Malgré des témoignages favorables dont il bénéficia au cours du procès de Dachau […]». — NdT.
P. 46.
P. 149.
P. 105 et 106.
P. 102.
P. 101.
P. 109.
P. 103.
P. 108.
P. 196.
P. 197.
P. 196.
Modern Times, p. 403.
The Destruction of Dresden, p. 229.
Alfred de Zayas, Nemesis at Potsdam, Routledge & Kegan Paul, 1979, p. XXV.
Annexe 30.
P. 281.
P. 109.
P. 109.
P. 110.
Revue d’Histoire Révisionniste, n° 4, février-avril 1991, p.165-191
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