A-T-ON EXTERMINÉ LES PERSONNALITÉS JUIVES
DE POLOGNE ?
Carl O. Nordling
L'article «L'Établissement juif sous la menace et la domination nazies de 1938 à 1945», paru dans la Revue d'Histoire Révisionniste n° 2 d'août-octobre 1990, a incité un certain professeur juif de Cologne à m'écrire une lettre dans laquelle il m'accuse de tirer de fausses conclusions à partir des données statistiques de l'article (voy. ci-dessous annexe p. 100). J'avais conclu mon article en ces termes :
Il est évident que l'extermination systématique n'a pas été ordonnée par les dirigeants nazis comme moyen de débarrasser l'Europe occupée des hautes personnalités juives, capables d'influencer l'opinion publique.
Le professeur pense que cette opinion est à la fois
scandaleuse et fausse, parce qu'elle n'est pas applicable au sort des juifs
polonais. Et c'est en Pologne que les nazis ont réellement montré ce qu'était
censée être la Solution finale.
Visiblement, le professeur oublie que les personnalités juives polonaises ne
constituaient qu'une petite minorité (13 %) parmi les personnalités juives de
l'Europe occupée (d'après les données fournies dans l'Encyclopædia
Judaica). Mais laissons de côté cette petite faille dans son raisonnement.
Admettons avec le professeur que ce qui est arrivé en Pologne montre ce qui a
été ordonné pour toutes les personnalités juives d'Europe.
Dans ce cas, il sera certainement intéressant d'étudier de plus près le sort
de ces juifs polonais qui se sont suffisamment distingués pour mériter de
figurer dans l'Encyclopædia Judaica.
Quel qu'ait pu être le traitement de masse qui leur était réservé, il
n'aurait guère pu être engagé avant, disons, janvier 1940. Pendant la plus
grande partie de 1939, les juifs polonais eurent amplement la possibilité de
quitter le pays et d'échapper ainsi à toute espèce de persécution de la part
des Allemands comme celles qui eurent lieu plus tard. Considérons par
conséquent uniquement les juifs du type considéré qui étaient vivants et
résidaient en Pologne au 1er janvier 1940. L'Encyclopædia Judaica en
dénombre 65. Ensuite, donnons aux Allemands trois ans pour mettre à exécution
l'ordre, quel qu'il soit, qu'aurait promulgué Hitler ou Himmler à l'encontre
des personnalités juives polonaises. Il s'agit de 1940, 1941 et 1942. Voici ce
qui s'est produit pendant ces années :
32 juifs étaient en vie et n'avaient pas encore été arrêtés (49 % sur la totalité du groupe),
13 avaient quitté la Pologne (et la zone sous contrôle allemand),
2 étaient prisonniers de guerre après avoir combattu dans l'Armée polonaise,
6 avaient été assassinés individuellement (un par la SS, cinq par des inconnus),
4 étaient morts dans des ghettos (c'est-à-dire qu'ils n'avaient pas été exterminés à la suite d'un ordre),
1 avait été arrêté mais avait été par la suite relâché et envoyé à l'étranger,
7 avaient été internés dans des camps de concentration où ils étaient morts (ou du moins étaient de toute façon appelés à mourir avant d'être libérés). L'un de ces sept (Korczak) s'était porté volontaire pour le camp et un autre était mort durant le transport.
Par conséquent, au cours de ces trois années, 5 au maximum
(sur les 65) avaient été exterminés d'après un plan général prévu pour le
traitement des personnalités juives ou pour tous les juifs de Pologne.
Naturellement, il n'y a aucun renseignement dans l'Encyclopædia Judaica
sur les causes de la mort de ces cinq juifs. Cela pouvait être tout aussi bien
le typhus qu'un meurtre de masse. Admettons que c'était un meurtre de masse.
Même ainsi il ne serait pas approprié de dire que le groupe des 65 juifs avait
été soumis à une «extermination systématique». J'appellerais plutôt cela,
par exemple, une «décimation au hasard par extermination», parce que 8 %
seulement du groupe ont été touchés par cette mesure. (Cela n'implique pas
que les 92 % restants aient été traités humainement — il est évident que
ce n'était pas le cas.)
Au total 20 % du groupe sont morts après avoir été brutalisés par les
autorités allemandes ou par d'autres éléments hostiles au cours de ces trois
premières années d'occupation.
A la même époque vivait en Union soviétique un autre
groupe de juifs polonais, mentionnés dans l'Encyclopædia Judaica. Ils
avaient fui la Pologne en 1939 et, dès 1941, exactement 20 % d'entre eux
étaient morts après avoir été brutalisés par les autorités soviétiques.
Parmi les 80 % restants, plusieurs auraient survécu à la guerre. Apparemment,
les Soviétiques traitèrent les personnalités juives polonaises tout à fait
différemment des officiers polonais. On pourrait à juste titre parler
d'«extermination systématique» pour qualifier le sort de ce dernier groupe,
parce que les officiers furent exécutés par milliers à la fois, et jusqu'au
dernier. On employa une méthode économique et rationnelle : pas de
constructions particulières, pas de gaz, pas de crématoires consommant du
carburant, simplement une balle pour chacun, suivie du basculement du corps
par-dessus le bord de la fosse. Quoi de plus systématique ?
Visiblement, il n'y a rien eu de systématique dans le traitement des
personnalités juives de Pologne par les Allemands au cours des trois premières
années d'occupation. Se pourrait-il alors que la décision des nazis
d'exterminer systématiquement les personnalités juives polonaises fût une
réaction devant le cours défavorable pris par la guerre et lié aux noms de
Stalingrad et d'El Alamein ? Dans ce cas, les 32 juifs de notre groupe qui
n'avaient pas encore été arrêtés étaient à la disposition d'Himmler.
Voyons ce qui leur est en fait arrivé entre le 1er janvier 1943 et le 8 mai
1945.
12 juifs étaient encore en vie le jour de la victoire (dont deux internés à Auschwitz),
1 avait été fusillé par des juifs sous l'accusation de trahison,
3 avaient été assassinés en des occasions distinctes,
7 étaient morts en ghettos ou en liberté,
1 était mort pendant un transport,
2 étaient morts de faim dans les camps de Belsen et de Nordhausen,
6 étaient morts de causes inconnues dans les camps de l'Est (un à Auschwitz).
Ainsi trouvons-nous qu'après le tournant de la guerre 19 %
au plus (6 sur 32) de ceux qui avaient survécu jusque-là ont été exterminés
d'après un plan hypothétique. Ce n'est pas non plus ce qu'on appellerait
normalement une extermination «systématique». Mais est-il vraisemblable que
même tous les six aient été exterminés d'après un plan ? On sait bien que
les privations de toutes sortes et la fièvre typhoïde ont fait beaucoup de
victimes parmi les internés et le personnel dans les camps durant la dernière
période de la guerre. La responsabilité en est à rejeter sur les autorités
allemandes ; aussi bien l'approvisionnement que le cantonnement étaient souvent
organisés d'une manière quasiment criminelle. Comme la guerre traînait en
longueur et n'en finissait plus, le résultat était que peu de gens
survivaient, mais, en tant que méthode d'extermination, c'était le contraire
d'une méthode systématique.
Pour résumer : Environ un cinquième du groupe des 65 personnalités juives
polonaises est mort dans les «camps de la mort» de l'Est ou aux mains des SS.
Environ deux cinquièmes ont survécu à l'occupation allemande de la Pologne ou
ont quitté le pays au milieu de ce règne de terreur. En dépit du fait que les
juifs polonais ont été beaucoup plus mal traités que les juifs des autres
territoires occupés, ceux qui étaient célèbres n'ont pas été soumis à une
quelconque «extermination systématique».
Une autre question est de savoir si les gens qui façonnent l'opinion publique,
comme les journalistes, les écrivains et les lettrés, étaient soumis à une
quelconque forme de «traitement spécial» (Sonderbehandlung en
allemand), qui se serait distinguée en quelque sorte du traitement cruel
réservé aux juifs polonais en général.
Une possibilité serait que les nazis n'avaient pas pour ce genre de juifs
cultivés autant de mépris qu'ils avaient pour les ordinaires «sales juifs
polonais». Dans ce cas, ceux qui étaient célèbres se seraient tirés
d'affaire un peu mieux que le reste.
Une autre possibilité est, naturellement, que les dirigeants nazis
considéraient précisément les personnalités juives comme un danger imminent,
puisque celles-ci possédaient la capacité d'influencer l'opinion publique. Si
cela avait été le cas, les juifs célèbres auraient souffert encore plus que
le reste de la population juive.
Du moins Hitler lui-même aurait-il certainement opté pour la dernière
solution. Il ne méprisait pas les juifs pour leur «grossièreté» ou leur
«manque de culture». Nous savons au contraire, d'après ses propos de table,
qu'il pensait que les juifs étaient plus forts que les «Aryens» et par
conséquent dangereux (et à mépriser). Pour lui, il était automatique que
les juifs utiliseraient leur force au détriment des Allemands bienveillants et
complaisants.
C'est pourquoi il semble vraisemblable que le reste des juifs polonais s'en est
sorti un peu mieux que les personnalités.
D'après Raul Hilberg, les deux tiers des juifs polonais auraient péri dans les
camps de la mort, deux ou trois pour cent dans les camps de l'Ouest et un
cinquième dans les ghettos de Pologne. Un dixième seulement aurait survécu.
Si l'on accorde crédit à cette estimation, cela voudrait dire que les
personnalités juives ont été en un sens «privilégiées», puisque les
choses se sont beaucoup mieux passées pour elles. Cependant, Hilberg ne donne,
dans son livre The Destruction of the European Jews, aucune source à ses
chiffres, qui demeurent une estimation personnelle et apparemment arbitraire.
Si l'on cherche des estimations fondées sur des sources dignes de confiance, il
faut se tourner vers des travaux comme le livre de Walter N. Sanning, Die
Auflösung des osteuropäischen Judentums (La dissolution du monde juif de
l'Europe de l'Est). D'après les calculs de Sanning, le pourcentage des
émigrants a été plus grand chez les juifs polonais en général que chez les
juifs célèbres de l'Encyclopædia Judaica. De même, la proportion des
survivants a été plus élevée chez les premiers que chez les seconds. En
supposant qu'Hitler était particulièrement désireux d'assujettir les juifs
qui façonnaient l'opinion publique, les chiffres de Sanning sont
incontestablement plus susceptibles de représenter la vérité que ceux de
Hilberg. Ce qui, en tant que Suédois, m'amuserait plutôt : en suédois, sanning,
veut dire vérité !
ANNEXE
Lettre du professeur de Cologne à Carl O. Nordling
8 février 1991
«J'accuse réception de votre lettre et de vos tirés-à-part. Pour ce qui
concerne votre propre publication, je répète ce que je vous ai déjà écrit :
les données de fait vont à l'encontre de votre conclusion. La dernière phrase
de votre article est scandaleuse et fausse : si vous regardez les
données polonaises de votre article et si vous prenez la Pologne comme pays où
la Solution finale de la question juive a atteint son plus haut degré
d'avancement, vous voyez clairement que votre conclusion est non valable ! Tout
ce que vos données démontrent, c'est que, pour les juifs intelligents, la vie
était, au Danemark, en France et dans d'autres pays identiques, plus facile
qu'en Pologne. Aboutir à votre conclusion est plus qu'immoral : c'est stupide.
Il en va de même pour chaque ligne que vous m'avez envoyée au sujet du Zyklon
B. Je refuse absolument d'écrire une réfutation et de promouvoir ainsi une
revue qui édite de telles inepties. Pour votre propre profit, je vous renvoie
au livre de Gerhard Peters : Die Hochwirksamen Gase und Dämpfe in der
Schädlingsbekämpfung [Gaz et vapeurs comme agents de la lutte contre les
nuisibles], Stuttgart, 1942. Peters était le responsable de la Degesch, comme
vous le savez probablement. Ça suffit !
Sincèrement vôtre. »
Revue d’Histoire Révisionniste, n° 4, février-avril 1991, p. 95-100
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