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des juifs par les Allemands, Tome 1 : Examen des preuves
Annexe 6 - Rapport Leuchter : critiques et réfutation
L'historien allemand Ernst Nolte de l'Université Libre de Berlin a écrit dans Sieg, n° 5/1990 :
« Même pour des profanes, il est évident, après le premier choc, que, dans des pièces qui sont exposées au vent et à la pluie depuis plus de 40 ans, il n'est plus possible de trouver des preuves décisives de la non-existence de processus déterminés, à moins de prouver qu'une coloration bleue ineffaçable par des influences extérieures aurait dû nécessairement se produire d'une manière analogue à ce qui s'est passé pour des chambres dites d'épouillage. C'est précisément cette preuve que Leuchter n'apporte pas. »
Depuis, Rudolf a comblé cette lacune du rapport Leuchter et détruit l'argument -de bon sens, il est vrai- de Nolte. Plus récemment, après la lecture du rapport de Rudolf, le célèbre historien, confessant qu'il n'était pas qualifié pour juger cette expertise, ajoutait tout de même :
« Cependant, mon impression est que cette expertise est une contribution importante à la solution d'un problème important, solution devenue urgente depuis le 'Rapport Leuchter'. » [1]
L'argumentation de Pressac, elle, est incohérente. La formation des ferrocyanures, dit-il, se serait produite dans les chambres à gaz d'épouillage mais pas dans les chambres à gaz homicides en raison des quatre paramètres suivants :
la quantité de Zyklon-B mis en oeuvre ;
la durée de l'opération ;
la température ambiante ;
les effets des intempéries.
En ce qui concerne les paramètres « quantité » et « durée », on utilisait, dit Pressac, beaucoup plus de Zyklon-B dans les chambres d'épouillage, et cela, pendant plus de temps et à une température plus élevée. Il fallait, dit-il (sans preuve), une concentration de HCN (acide cyanhydrique) de :
5 g/m3 pendant 6 heures pour tuer un pou,
seulement 0,3 g/m3 pendant 5 minutes pour tuer un homme.
Et Pressac de préciser que 97 à 98 % (pour le moins 95 %)
du Zyklon-B utilisé à Auschwitz ont servi à gazer des poux. [2]
Mais, dit-il aussi, pour être sûr du résultat (en fait Pressac est lié par
les dires des témoins quant au nombre de boîtes utilisées par opération),
on administrait aux juifs 40 fois la dose létale, soit 12 g/m3 (encore que
pendant moins de 10 minutes).
Il y a déjà là une contradiction : si les Allemands avaient voulu être
surs du résultat, ils se seraient donné un peu plus de temps. Mais comme
nous le verrons, là aussi, Pressac reste lié par les dires des témoins et
il ne peut donner davantage de temps aux Allemands (bien que, obligé de se
défendre sur le plan de la capacité de crémation, il prétende par ailleurs
qu'il n'y avait qu'un seul gazage « possible » par jour dans
les Kremas II et III : Pressac n'en est pas à une incohérence
près !). Malgré quoi, son raisonnement se détruit tout seul :
Ces 10 minutes ont été répétées d'innombrables fois pour gazer ces centaines de milliers de juifs (ces millions, disaient naguère les historiens) et cela change tout, car « les petits ruisseaux font les grandes rivières ». Pressac aggrave son cas en affirmant que le gaz avait juste le temps d'être inhalé par les victimes mais pas celui de se déposer sur les murs : c'est vraiment puéril de sa part.
Ces 10 minutes sont pure théorie, car il fallait bien davantage de temps pour diffuser et ventiler le gaz, et cela lui permettait de s'insinuer dans les murs et de s'y transformer en ferrocyanure. Le fabricant nous le dit et les experts, comme Rudolf, nous le confirment.
On a retrouvé des doses quantifiables de ferrocyanure dans des locaux autres que ces deux sortes de chambres à gaz, locaux qu'on avait dû désinfecter l'une ou l'autre fois et dans lesquels on aurait dû trouver beaucoup moins de ferrocyanure que dans des chambres homicides.
Même si elles n'ont pas été répétées plusieurs fois par jour, comme Pressac l'affirme aujourd'hui, ces 10 minutes, toutes théoriques qu'elles soient, auraient néanmoins suffi à assurer un développement des ferrocyanures, pour autant, bien entendu, que le gaz ait réussi à se diffuser (ce qui n'est pas sûr, mais il faut bien admettre que s'il ne se diffusait pas, il ne pouvait pas davantage tuer les juifs que former des ferrocyanures).
Voilà pour les paramètres « quantité » et « durée ».
Pour ce qui est de la « température », il faudrait, pour commencer, que Pressac se mette en accord avec lui-même :
Elle était, dit-il, portée à 30°C dans les chambres à gaz d'épouillage (pour faciliter la diffusion de l'HCN, qui entre en ébullition à 25,7°C) ; si elle était moindre dans les chambres à gaz homicides (notamment en hiver, saison au cours de laquelle elle devait être proche de zéro si pas en dessous), comment l'HCN pouvait-elle bien se diffuser et faire son oeuvre en 10 minutes ? On peut ajouter que, comme l'a démontré Rudolf, plus la température est basse et plus le gaz cyanhydrique qui aurait réussi à se dégager (en petites quantités, bien entendu) a de chances de se transformer aussitôt en ferrocyanure, surtout dans un milieu humide.
Si la température s'élevait rapidement dans les chambres à gaz homicides grâce à la « chaleur humaine », comme le prétendait Wellers et comme le prétend également Pressac, son argument relatif à la température n'est plus valable (à savoir qu'il n'y aurait pas eu formation de ferrocyanure dans les chambres à gaz homicides du fait que la température y était trop basse).
Quant aux effets des « intempéries » et d'une façon générale des effets de la durée dans le temps, on a vu comment Rudolf y a répondu de façon imparable. Il n'y avait d'ailleurs qu'à examiner le mur extérieur d'une certaine chambre à gaz d'épouillage pour s'en convaincre. (Ce mur est encore bleuté après cinquante ans d'exposition au soleil et aux intempéries.)
Bref, Pressac ne cesse de se retrouver coincé dans ses propres contradictions et, contrairement à ce qu'affirment des gens qui, visiblement, ne l'ont pas lu, il n'est pas arrivé à trouver la moindre faille dans l'expertise de Leuchter.
L'historien belge Jean Stengers, lui, a estimé (en mai 1989) que l'expertise de Leuchter était « ridicule » à cause de l'état actuel des installations et de notre méconnaissance relative des lieux :
« On sait combien le remaniement des lieux depuis près d'un demi-siècle rend extraordinairement difficile l'identification des vestiges -à supposer qu'il en reste- des bâtiments qui ont pu servir de chambres à gaz. Même un examen approfondi des plans conservés ne permet dans certains cas que des suppositions (...) ».
En décembre 1992, il persiste à parler d'« expertise-bidon ».
On peut lui répondre que ni le Musée d'Etat d'Auschwitz, qui a fait
procéder à une contre-expertise, ni Pressac (bien que Stengers s'y réfère)
ne partagent ses réticences. J-C Szurek, qui, en 1989, a donné une
description-inventaire d'Auschwitz, ne dit rien qui puisse donner raison à
Stengers. Enfin, les photos récentes que donne Pressac laissent penser qu'une
expertise de la chambre à gaz du Krema II est même étonnamment
facile (on peut se glisser facilement sous le manteau de béton du toit
effondré et on distingue très nettement plafond, armatures, piliers, poutre
maîtresse et murs de briques, qui sont manifestement d'origine et n'ont pas
été remaniés). Les films-vidéo tournés à l'occasion de l'expertise de
Leuchter ou ramenés par d'autres (McCalden par exemple) font même pénétrer
le téléspectateur à l'intérieur de la chambre à gaz du Krema II
(ce qui est interdit au pélerin qui a fait le déplacement à Birkenau). Les
réticences de Stengers peuvent se justifier par exemple pour le Krema I
mais en aucune manière pour les Kremas II et III, où est
censé s'être déroulé l'essentiel des gazages : on sait où ils sont et où
sont censées s'être trouvées leurs chambres à gaz ; certains de leurs
vestiges, comme les murs de briques, sont parfaitement identifiables et on y a
un accès facile. [3]
Enfin, compte tenu de ses remarques, on est en droit de se demander sur
quelles preuves matérielles le rationaliste qu'avait été -avant de sombrer
dans la bigoterie-
le professeur Stengers
pouvait bien fonder sa croyance aux chambres à gaz ?
NOTES
| [1] |
Depuis, semble-t-il, Nolte a changé d'avis. En 1996, dans une lettre à François Furet, Nolte écrit que l'affirmation que les morgues des crématoires n'ont pu servir de chambres à gaz du fait qu'on n'y a pas trouvé de trace de cyanure « pourrait conduire à une défaite spectaculaire des révisionnistes si elle n'était soustraite au public. » Malheureusement, Nolte omet de préciser qui est responsable de cette soustraction. (François Furet et Ernst Nolte, Fascisme et communisme, Hachette Littératures, Collection Pluriel, janvier 2000, 146 pp A5. Nous avons résumé cet ouvrage dans notre article « Ernst Nolte et le révisionnisme ».) |
| [2] |
Il s'agit là d'une révision de l'histoire, les historiens nous ayant affirmé très exactement le contraire, notamment Hilberg, qui dans son livre de 1988 (éd. française), dit : « La presque totalité des approvisionnements d'Auschwitz [en Zyklon-B] servait au gazage des gens ; très peu servaient à la désinfection. » On comprend bien, sans pour autant l'approuver, la démarche de Pressac : obligé d'expliquer l'absence de cyanures, il réduit radicalement la quantité de Zyklon-B ! Et de même qu'en 1988, Hilberg écrivait une chose sans preuves parce que cela confortait la thèse exterminationniste, Pressac, en 1989, écrit très exactement le contraire, toujours sans preuves et toujours pour la même raison : ceci montre une fois de plus que les historiens ne sont pas au service de l'histoire, mais l'ont mise au service des thèses qu'ils sont chargés de défendre. Cette révision n'est pas sans effet, ainsi que nous le verrons, sur la signification donnée aux mots « action spéciale » et « traitement spécial ». |
| [3] |
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